Merci pour vos ajouts en favoris ou en alerte de cette histoire, je suis également reconnaissante à Amelia-Queen-Black pour ses commentaires.

Merci à ma bêta pour l'aide apporter sur ce chapitre !

Bonne lecture.


Chapitre 9 :

Les pions de Jedusor

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Severus fut surprit le jeudi matin de tomber sur Pamela Alton en sortant de son cours de botanique. Ils échangèrent un sourire complice et sans se concerter, se dirigèrent vers le château.

La relation qu'entretenait Severus avec la jeune femme avait bien évolué depuis les vacances de la Toussaint. Pourtant, il s'était tout d'abord tenu éloigné d'elle, honteux de la facilité avec laquelle il avait cédé à ses avances. Une bourde en présence de Lily aurait été une catastrophe. Il n'avait pas envie qu'à sa honte, s'ajoute la déception de son amie.

Alors lorsque Pamela avait fait de nouveau un premier pas vers lui, il s'était attendu à d'autres propositions audacieuses. Malgré ses beaux discours, Severus n'était pas sûr de pouvoir lui résister mais il avait tout de même essayé et à son grand soulagement, la blonde n'avait pas insisté. Elle avait malgré tout proposé de garder contact, et pourquoi pas de devenir amis. Pamela ne voulait pas couper tout lien, elle aimait bien Severus et disait que l'un n'empêchait pas l'autre. Ils pouvaient très bien juste se parler et se fréquenter. Ce que le Serpentard avait été bien obligé de lui accorder. L'amitié fille-garçon pouvait exister sans problème, même si celle que le Serpentard avait développé avec Lily n'en était pas un bon exemple.

Depuis, Alton et Snape se parlaient lorsqu'ils se croisaient entre deux cours ou encore après le repas. Des rencontres fortuites pendant lesquelles ils étaient tous les deux un peu pressés et n'avaient donc pas beaucoup de temps à s'accorder. Pas autant qu'ils le désiraient en tout cas. Ils faisaient alors en sorte de pouvoir se dégager du temps pour se retrouver. Il arrivait également qu'ils se voient dans la salle sur demande, là où tout avait commencé. Généralement, la pièce prenait encore la forme de cette chambre où Severus avait connu sa première expérience et certaines fois, il craquait et exprimait son envie de la jeune femme, tout en culpabilisant à cause de ses désirs. Pamela l'embrassait, lui souriait et le touchait. C'était agréable pour Severus de plaire – même de façon particulière – à une personne aussi belle. Cela lui redonnait confiance et c'était visible dans ses attitudes. Il ne marchait plus la tête baissée et s'exprimait plus clairement. Il lui arrivait aussi de sourire plus souvent, même si pour le charme, ce n'était pas encore ça…

Regulus avait eu raison à ce sujet : personne ne s'attendait à ce que Snape devienne beau du jour au lendemain. Le plus important était qu'il se sente mieux dans sa peau.

Lily l'avait d'ailleurs complimenté sur ces changements et Snape l'avait remercié en gardant pour lui à qui il le devait. D'abord à Regulus qui lui avait demandé d'assumer son visage, son physique sans en avoir honte, et aussi à Pamela qui l'avait aidé à prendre confiance en lui. Mais la plus grande part, il la devait certainement à lui-même. Il était celui qui avait décidé de changer.

Severus s'arrêta près de Alton et la salua. Le reste de sa classe partait déjà profiter de la petite coupure du matin et personne n'avait eu l'idée de l'attendre, pas qu'il ait de réel ami à Serpentard à part Regulus. Snape parlait bien avec d'autres gens mais ils n'étaient pas proches. Le brun pouvait sentir les regards sur le duo qu'ils formaient avec Alton mais il s'en fichait. Comme d'habitude, les gens parlaient, mais tant pis. Cette décision était étonnante venant de lui, sachant que c'était justement les regards et les rumeurs qui l'avaient fait hésiter quant à sa relation avec la Serdaigle parce qu'il avait souhaité rester discret vis-à-vis d'eux deux afin de ne pas attirer les regards. Il avait eu peur que Lily ait vent des rumeurs et s'imagine des choses ou pire encore, apprenne la vérité. Seul lui pouvait être si désintéressé de la vie des autres qu'il ignorait tout ce qui entourait la belle blonde.

Et puis, quand il s'était mis à considérer Pamela comme une amie, il avait tout simplement décidé de ne pas y prêter attention.

Snape observa un instant la Serdaigle, content d'avoir fait ce choix. Son amie lui renvoya alors un regard doux puis vint cogner son épaule contre lui.

-Qu'est-ce que tu vas faire pendant les vacances, Severus ?

Poudlard avait déjà commencé à revêtir ses décorations de Noël. Le grand sapin trônait dans le hall, majestueux et splendide même si les guirlandes n'étaient pas encore allumées, il était encore trop pour cette magie là. Les premières années avaient été heureux de le décorer et avaient fait un bon travail.

-Pas grand-chose, répondit finalement Severus, pas très à l'aise avec le sujet. A vrai dire, j'hésite entre rester de nouveau à Poudlard ou rentrer chez moi.

-Tu resterais ici pour Noël ? s'étonna-t-elle. Ce ne serait pas un peu triste ?

-C'est que…

Le Serpentard grimaça. Il n'avait jamais parlé de sa famille à son amie et hésitait à le faire. Il fallait dire que les détails étaient franchement glauques…

-Ne te sens pas obligé de te justifier, lui offrit-elle alors. Je suppose que si tu préfères rester, c'est que tu as tes raisons.

Il acquiesça, soulagé qu'elle puisse comprendre ce qu'il ressentait. Ce n'était pas une Serdaigle pour rien.

-Pour ma part, je vais rentrer chez moi, mes parents me manquent, confia-t-elle.

-Ce sont des moldus, c'est ça ?

-Parfaitement. Noël est toujours une période spéciale où je suis beaucoup gâtée. On ne parle pas de mes cours, de mes absences ni de mon avenir. Avec mon père, on va chercher le sapin assez tard, vers le 23 ou parfois même le 24. C'est notre petit truc et il m'attend toujours pour le faire. On le décore dans la foulée et puis avec ma petite sœur et ma mère, on fait la cuisine presque toute la journée, rigola-t-elle. Enfin, ma sœur et moi, on fait des biscuits et on les mange pratiquement aussitôt. Ma mère fait tout le reste. Mon père travaille jusqu'au 24 au soir alors on est content de pouvoir partager un moment en famille tous ensemble.

Pamela avait l'air d'être plongée dans ses souvenirs et Severus les devinaient heureux. Lui n'avait pas cette chance mais sa bonne humeur parvenait à le toucher et c'était agréable. Severus croisa ensuite le regard de la petite Serdaigle et s'arrêta quand celle-ci fit de même. Elle se planta alors devant lui, un grand sourire aux lèvres.

-On pourra se faire un récap de Noël pour la dernière sortie à Pré-au-Lard. Je veux que toi aussi, tu passes un bon Noël !

-Merci, Madame est trop bonne, plaisanta-t-il en reprenant sa marche.

Cela fit sourire Pamela et Severus en ressentit une pointe de fierté.

Il eut cependant vite envie de bougonner quand son amie proposa qu'ils s'offrent des cadeaux. Pamela avait des goûts de luxe et ne le cachait pas, ce qui n'allait pas vraiment avec sa situation financière. Ses parents avaient toujours eu des revenus assez modestes sans pour autant être pauvres. Il lui fit alors remarquer qu'il avait à peine les moyens de s'acheter de nouveaux vêtements et que son argent passait plutôt dans ses potions personnelles et affaires de magie, son père refusant de débourser un centime pour lui.

Severus regrettait chaque jour l'époque où sa mère était encore là. Son père n'avait jamais été très gentil avec lui, et encore moins aimant, mais il avait toujours été correct lorsque Eileen Snape était encore vivante. Il avait été maladroit, même un peu dur parfois, mais seulement parce qu'il n'arrivait pas à comprendre ce fils différent qui n'aimait pas les mêmes choses que lui.

Mais sa mère était morte et Tobias avait compris ce que sa femme lui avait toujours caché lorsque les dons de Severus ne purent plus être dissimulés. Il avait pris peur, allant jusqu'à rejeter cet enfant. Le comprendre n'était plus sa priorité. Au moins ne l'avait-il pas jeté dehors parce que quoi qu'il en dise, ce garçon était son fils. Celui qu'il avait eu avec la femme qu'il avait aimée et qui n'était plus de ce monde. Son dernier souvenir d'elle.

Dans ce contexte, peu importe que Noël soit beau et magique, Severus doutait un jour de pouvoir se réconcilier avec son père. Il n'aurait jamais le genre de Noël que son amie décrivait. Alton l'ignorait mais à sa manière, elle faisait tout pour le voir moins morose.

-Ce sera pour Noël, gros bêta ! reprit la blonde. La valeur du cadeau n'aura pas d'importance, pas si tu y mets beaucoup d'amour !

-Il n'y a bien qu'une fille pour dire ça.

-C'est misogyne.

-Pas du tout !

-Dans tous les cas, écoute-moi bien, Snape, fit-elle en pointant son doigt manucuré sur son nez et Severus loucha dessus avant de lever les yeux au ciel.

-Tu n'auras pas l'excuse de l'esprit de Noël si tu m'offres un truc inutile et bon marché. J'y veillerai.

-Si on y va ensemble, autant que tu l'achètes toi-même, conclut-il.

-Ne gâche pas tout, tu veux !

Elle lui fit un petit sourire amusé. Severus était toujours soit piquant, soit grognon. Enfin, c'était moins le cas à présent. La 6ème année avait fini par comprendre qu'il n'était pas réellement de mauvaise humeur à chaque instant.

-Tu fais quoi ce soir ? Je me suis achetée un nouveau jeu et je n'ai pas encore eu l'occasion de l'essayer.

Severus parût soudain embêté. La Serdaigle ne lui proposait pas souvent ce genre de soirée et il avait vraiment envie d'accepter mais…

-Je ne peux pas, s'excusa-t-il. J'ai ma réunion avec les autres Serpentard.

Pamela soupira avec emphase, juste pour lui faire comprendre que ça l'ennuyait. Malheureusement, elle n'eut pas le temps de lui faire entendre son mécontentement : la pause se terminait et il était temps pour le brun d'aller à son propre cours. Ils se séparèrent rapidement, sans échanger plus de mots, et Severus arriva pile à l'heure pour son cours d'histoire de la magie. Lily lui avait d'ailleurs gardé une place et il en fut heureux. James Potter était aux côtés de son ami Sirius Black et ils avaient l'air d'avoir entamé une conversation importante. En somme, le cours ne les intéressait pas du tout.

-Où est-ce que tu étais ? Je t'ai cherché, lui chuchota Lily.

-Je discutais avec Alton, répondit-il rapidement.

La rousse le dévisagea un moment, semblant vouloir dire quelque chose mais se retenant de le faire.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-C'est juste… Depuis quand vous êtes proches tous les deux ?

-Un mois ou presque. Pourquoi ?

-Rien, c'est juste que ça me surprend. On ne peut pas dire que vous ayez grand-chose en commun, à première vue du moins.

-Mais si finalement. C'est une super fille.

Severus pinça les lèvres pour se concentrer sur ce que disait le professeur et Lily ne sut pas comment prendre son attitude car son ami avait l'air sur la défensive alors qu'elle n'avait rien dit. Il était normal qu'elle se pose des questions. Alton n'était pas vraiment fréquentable et elle avait peur que la Serdaigle ne manipule son ami pour obtenir quelque chose de lui. Severus était loin d'être idiot mais il restait un garçon et Pamela avait des atouts assez convaincants.

Mais si le Serpentard lui disait que c'était une super fille, elle n'avait d'autre choix que de le croire.

C'est juste qu'elle avait l'impression qu'au lieu de passer plus de temps avec son ami comme elle l'avait espéré, celui-ci se retrouvait beaucoup trop occupé pour elle. Lily n'osait pas déranger le duo lorsqu'ils étaient ensemble, n'étant pas proche d'Alton, et d'autant que la Serdaigle n'avait pas l'air d'avoir envie de devenir son amie. Alors c'était comme si elle se retrouvait à devoir partager son meilleur ami avec une autre fille et elle n'était pas habituée. Mais Lily n'était pas jalouse. Que Severus s'ouvre à d'autres personnes était une bonne chose.

xXx

Le soir même, dans les sous-sols de Poudlard, se tenait la réunion qu'avait évoqué Severus Snape. Il y avait de l'alcool et de ce fait, surtout des élèves de 6ème et de 7ème année étaient présents, une quinzaine en tout. Le psychomage Tom Jedusor était celui qui avait suggéré ces réunions, même s'il se gardait bien de le dire à haute voix. Il en avait discuté avec Rosier et Avery qui s'étaient avérés très intéressés. Les réunions s'étaient montés rapidement et celle-ci était déjà la troisième. Il y avait de plus en plus de monde : l'alcool était présent en quantité généreuse et aidait à délier les langues. Tout le monde était à l'aise et se sentait libre d'exprimer ses pensées.

La présence du charismatique psychomage les rassurait et leur faisait même plaisir. Selon les participants, c'était un honneur d'avoir un homme d'un tel rang parmi eux, qui s'intéressait à eux, à leurs opinions, et qui les encourageait en ce sens.

En arrivant, Severus chercha à se mettre à côté de Regulus, confortablement installé sur un des canapés verts de la salle. Il observa son ami qu'il voyait peu ces derniers jours. Depuis sa mise en couple avec Rosier à vrai dire. Snape n'en revenait toujours pas. Il ne s'était pas douté une seule seconde de l'homosexualité des deux hommes, ni même qu'ils nourrissaient une relation de ce type. Parfois, il lui arrivait de se demander si tout était bien réel. Son intuition lui disait que cette histoire était trop bizarre pour être complètement vraie mais au-delà de ça, Regulus avait changé et ça ne lui plaisait pas trop.

Severus s'approcha donc. Il voulait se poser avec lui et pourquoi pas prendre le temps de discuter. Cependant, lorsqu'il arriva à sa hauteur, le cadet des Black releva les yeux vers lui et esquissa une légère grimace.

-Je… C'est la place d'Evan, lui dit-il timidement.

Au même moment, Rosier débarqua et d'une main ferme, repoussa le brun. Le regard froid et calculateur du blond ne l'impressionna pas et Severus observa sans rien dire l'homme s'asseoir à côté de son petit-ami et passer une main possessive autour de sa taille, allant jusque sous son pull pour pouvoir toucher sa peau. Les deux hommes l'ignorèrent ensuite et Severus n'eut d'autre choix que d'aller se mettre ailleurs : il n'allait pas rester debout éternellement, sous peine de passer pour un idiot.

Le Serpentard était déçu par le comportement de son ami. Depuis qu'il était en couple, Regulus s'isolait beaucoup. Il n'avait pratiquement plus de contact avec son frère et ne semblait plus avoir énormément de temps à lui accorder. Severus ignorait encore pour l'heure si son isolement était le choix de Black ou si c'était ce manipulateur de Rosier qui refermait ses crocs de serpent sur le jeune homme.

Il penchait bien entendu pour la deuxième option, mais n'en avait pas la moindre preuve et ne pouvait de toute façon rien y faire si Regulus n'exprimait pas lui-même l'envie que ça s'arrête.

La réunion commença et Snape mit cela de côté.

-Les lois concernant l'accueil des nés-moldus ont encore évoluées alors que dans le même temps, les sièges attribués aux Sangs-Purs dans les différents départements magiques ont diminués, lança Avery qui avait visiblement du mal à camoufler son mécontentement.

-Pourquoi cela ? demanda Regulus. Le nombre de sièges est censé être réparti de manière équitable pour que chaque mode de pensée puisse s'exprimer.

Rosier le serra contre lui, caressant sa joue comme pour le féliciter de sa question pertinente et Severus regarda ce spectacle avec dégoût.

Ce fut Jedusor qui répondit à la question de Regulus, attirant ainsi tous les regards sur lui.

-La réponse est évidente, mon cher Black. Tout simplement parce que le ministère espère évoluer, se moderniser.

-En quoi les Sangs-Purs sont-ils un frein à cette évolution ? demanda Snape.

-Il est vrai que les Sangs-Purs sont souvent issus de vieilles familles, pas vraiment dans l'air du temps. Mais ce n'est pas une raison, s'indigna Parkinson.

-Ils veulent tellement lécher les bottes des moldus qu'ils sont prêt à rabaisser des familles puissantes, fit remarquer Rosier avec mépris.

-Je comprends votre colère, mes amis, intervint Jedusor. Il est triste de se dire que cela ne serait pas arrivé avec à sa tête un ministre de la magie plus sensible à la condition des familles traditionnellement sorcières.

Tout le monde acquiesça. Jedusor leur expliqua ensuite ce qu'il savait de ce subit changement au ministère : les Sangs-Purs n'étaient pas considérés comme favorables à une ouverture d'esprit du monde magique ainsi qu'à l'accueil et à l'évolution que celui-ci prônait. Cela comprenait essentiellement les nés-moldus. Ils étaient soupçonnés de créer un climat délétère lors des votes concernant certaines lois. Il était surtout très probable que le ministère ait fait un peu de ménage dans ses rangs pour l'élection à venir et obtenir ainsi une majorité pour la suite.

Ce sujet en énerva plus d'un et finalement, le groupe décida de parler d'autre chose. Comme les fois précédentes, Regulus tint à évoquer le sujet des créatures magiques : il trouvait les lois trop restrictives à leur sujet. Il savait certaines espèces dangereuses et pas encore prêtes à vivre en parfaite cohabitation avec les sorciers mais avec un accompagnement, il soutenait que c'était envisageable, notamment pour les espèces inoffensives ou qui s'acclimataient vite. Et au delà, il y avait les elfes de maison, les gobelins ou encore les loups garous. Le jeune Black était certain qu'il fallait changer leur statut encore trop discriminant.

Il avait conscience que concernant les loups garous, ce serait plus dur, mais essayer d'aider ceux qui souhaitaient l'être et qui ne voulaient pas sombrer dans une folie meurtrière était la moindre des choses.

Il était si passionné que deux ou trois personnes se moquèrent de lui et, excédé, il monta se coucher. Jedusor les calma alors en affirmant que le Serpentard soulevait un point pertinent : il était dans leur intérêt de faire en sorte que les créatures magiques deviennent leurs alliés car s'ils souhaitaient porter des idées à un certain niveau, cela servait toujours d'être en nombre.

Il commençait à se faire tard et ils évoquèrent ensuite de manière succincte l'obligation de cacher au monde leur identité et la magie. Ce sujet était très important pour Severus : il était certain que si la magie n'était plus un secret, des familles – sang-mêlées pour la plupart - ne seraient plus obligées de se déchirer parce qu'elles découvraient du jour au lendemain la vérité sur leur conjoint ou leurs enfants. Severus aimait à penser que si son père avait eu vent du secret de sa mère, il n'aurait ainsi pas été aussi amer envers lui.

-Monsieur Snape, l'appela Jedusor alors que les Serpentard se hâtaient de rejoindre leurs chambres quelques instants plus tard.

Severus s'arrêta en bas des escaliers et observa l'homme avec attention. Si Rosier ne l'impressionnait pas, le psychomage lui faisait un autre effet.

-Je vous ai beaucoup observé durant ce mois et je dois dire que je suis assez impressionné, continua tranquillement l'homme.

-Merci, répondit Severus, peu habitué aux compliments.

-J'ai appris que vous vouliez poursuivre vos études après Poudlard et devenir un potionniste de renom.

-C'est mon vœu mais j'ai d'autres projets au cas où il s'avèrerait irréalisable.

Severus se garda bien de dire qu'il le serait très certainement car son père ne l'aiderait jamais à payer cette formation.

-C'est une bonne chose. J'ai aussi une formation de conseiller d'orientation, je pense que nous pourrions discuter ensemble de votre avenir. Vous avez du talent et je sens quelque chose de merveilleux en vous. Quelque chose que l'on nomme ambition. Je veux vous aider à réussir.

-Je… Vraiment ?

Jedusor acquiesça et posa une main sur son épaule qu'il serra avant de quitter la Salle Commune des vert et argent.

xXx

La même nuit, chez les Gryffondor, James et Sirius étaient confrontés à un tout autre type de décision.

Assis l'un en face de l'autre sur le lit de James, ils observaient la feuille de mandragore dans leur main puis la pleine lune visible depuis la fenêtre. Ils se regardèrent ensuite. Ce soir commençait la première étape pour devenir Animagus. Ils échangèrent alors un sourire et mirent la feuille dans leur bouche.

-Le goût est étrange, marmonna James qui avait failli recracher sa feuille.

Sirius rigola et couvrit sa bouche. Il ne voulait pas prendre de risque alors qu'il débutait tout juste.

-Je crois… que ça che voit pas trop quand on parle, expliqua lentement James, ce qui fit rire Sirius de plus belle.

-Tu parles comme un esch- un exar-

Sirius se concentra pour coller la feuille à son palais. Il espérait ainsi ne pas l'avaler par mégarde.

-Tu parles aussi vite qu'un escargot, Jamie ! Pour ma part, je me fiche d'avoir des problèmes d'élocution. Mon plus gros problème, ça va être de ne pas m'étouffer avec lorsque que je dormirai... Et ne pas l'avaler en même temps que ma viande !

-Carrément !

James grimaça en voyant le postillon atterrir sur la joue de son ami. Il s'excusa et l'essuya, Sirius balayant son geste d'un revers de main.

-Allez, on va réussir ! approuva James pour se donner du courage. J'ai pas envie de me taper ça des mois et des mois…

Sirius acquiesça et fila dans son lit.

Il s'allongea sous ses chaudes couvertures et essaya de s'endormir mais une heure passa sans que le sommeil ne vienne à lui. Il était trop concentré sur cette feuille et l'afflux de salive qu'il ressentait. C'était dégoutant mais il devait tenir bon. D'ici une semaine, il ne la sentirait même plus. Il se concentra alors sur les ronflements de Frank et souhaita pouvoir avoir une vie aussi insouciante que son ami qui n'avait pas à craindre les cauchemars. Ce désir ne dura que quelques secondes seulement pourtant, avant qu'il ne se dise qu'il avait trop besoin de complications et d'aventures pour se contenter du train-train quotidien et du bonheur débordant que possédait Frank.

Sirius se persuada ensuite de compter les moutons mais arrêta avant d'arriver à 100. C'était nul et tellement ennuyeux que même le sommeil se faisait la malle… Comment était-ce même possible ?! Vers deux heures du matin, il décida finalement d'aller marcher un peu. James venait juste de s'endormir alors il irait seul.

Il prit la cape de son ami qui l'autorisait à l'utiliser autant qu'il le désirait et marcha dans les couloirs vides.

Il tomba alors sur Snape qui faisait sa ronde et rigola en voyant sa mine fatiguée. Le Gryffondor continua son chemin et tandis qu'il se rendait au premier étage, il aperçut Lupin qui devait avoir fini sa propre ronde.

-Bouh !

Sirius surgit de sous la cape, surprenant le châtain qui émit un petit cri de surprise. Il eut même tellement peur qu'il porta d'abord la main à son cœur et pensa ensuite seulement à sa baguette. Devant lui, Sirius s'esclaffa et loin d'être en colère, cela fit sourire le Poufsouffle. Le Gryffondor l'avait bien eu !

-Tu ne devrais pas être là, Black, le réprimanda-t-il tout de même.

-Et che le suis quand même.

Remus observa la cape que le brun tenait contre lui, intrigué, mais n'osant pas poser de question.

-Tu n'arrivais pas à dormir ? Tu n'as pas fait de crise d'angoisse au moins ? s'inquiéta-t-il brusquement.

-Non, c'est juste une insomnie. Je voulais aller marcher, me promener dehors.

-Tu ne peux pas faire ça, Black.

-Appelle-moi Sirius, je préfère. Nous sommes intimes toi et moi maintenant.

Remus fronça les sourcils et chercha quelque chose à dire mais l'ainé des Black était si surprenant et étrange qu'il préféra l'ignorer.

-Tu ne peux pas aller dehors, les portes du château sont fermées, continua finalement le Préfet-en-chef.

-Rien n'est impossible pour moi. Tu veux venir ?

-Non !

Remus fit les gros yeux au brun qui se contenta de sourire de plus belle.

-Et toi non plus tu n'iras pas ! Je suis Préfet-en-chef, tu n'espères quand même pas que je t'aide à désobéir et qu'en plus, je participe !

-James le fait bien.

Remus leva les yeux au ciel.

-Allez, ce sera amusant ! En plus, ze veux te voir sous ta forme d'Animagus !

Sirius prit soudain les mains du plus jeune dans les siennes, ses yeux pétillant d'excitation et de joie. Remus crut presque y voir des étoiles et se fit la réflexion que Sirius devait bien porter son nom. Il était lumineux et attractif. Il était celui qu'on voyait le premier et dont on n'arrivait pas à détacher le regard. L'étoile la plus brillante.

Et puis, il secoua la tête, se disant que c'était simplement le ciel étoilé qui se reflétait dans les yeux gris du brun. Mais ça restait beau quand même. Son sourire n'avait rien d'espiègle ou charmeur, il était simplement profondément sincère et enfantin.

-S'il te plait, Remus...

Celui-ci se rappela alors de ce même engouement qu'il avait ressenti, de ce même intérêt à voir une personne se transformer, lui montrer cette magie si spéciale. De toute façon, il aidait déjà Black et Potter alors un peu plus ou un peu moins…

-D'accord, mais pas longtemps, abdiqua-t-il.

Le pire était qu'il n'arrivait pas à être désolé d'enfreindre les règles. Sirius revêtit ensuite immédiatement la cape et l'invita à venir se coller à lui. Remus était impressionné et même si ce n'était pas tout à fait confortable car il était plus grand que Black, il trouvait l'expérience extraordinaire.

Sirius le conduisit jusqu'à un passage qui les mena dehors en lui chuchotant à l'oreille que c'était un secret. Bien évidemment que c'en était un ! Remus n'avait jamais pensé dévoiler un seul des secrets de Black, que ce soit ses sorties nocturnes, sa cape d'invisibilité, les tours qu'il lui jouait et maintenant les passages secrets qu'il connaissait.

-On va dans la forêt interdite, décréta soudain le Gryffondor.

-Non, c'est trop dangereux, Sirius !

-Remus, la voix de la raison.

Sirius lui donna un léger coup d'épaule, amusé.

-T'inquiète, je te protégerai.

Lupin leva les yeux au ciel mais au final, le suivit sans rien dire.

Arrivés dans la forêt interdite, il demanda ensuite au brun de s'éloigner pour qu'il puisse se transformer. Cela faisait longtemps et pour être honnête, cela lui avait manqué. Il souriait déjà en imaginant la tête que ferait son camarade ! Il se concentra alors et en quelques secondes, ses traits humains disparurent, ses vêtements fusionnèrent avec sa peau et le corps de Remus laissa place à un magnifique puma brun roux qui devait faire entre 1m45 et 1m60 pour 60 ou 70kg.

Sirius écarquilla les yeux. C'était la première fois qu'il voyait ce type d'animal et il sentait la sauvagerie qui s'en dégageait. La queue de Remus bougeait légèrement et il était solidement ancré sur ses quatre pattes, ne le quittant pas des yeux. Sirius le trouvait beau mais ignorait si les pumas pouvaient être autre chose que beau. Bon sang, il appartenait à la maison des lions et ne disait-on pas que les pumas étaient des lions de montagne ? Bien sûr que ça se disait, il n'avait clairement pas inventé un truc pareil !

Quand la surprise disparue, il ne put retenir un cri de joie, totalement euphorique. Cela lui donnait encore plus envie de réussir ! Le Gryffondor voulait lui ressembler, être un animal majestueux et fort !

Malheureusement, son cri fit retrousser les babines de Remus. Le puma changea d'attitude et son regard se durcit. Sirius sentit un coup de chaud l'envahir. Remus était gentil et doux, il n'allait pas l'attaquer tout de même ? Mais les grognements s'intensifièrent et Sirius dût reculer d'un pas. La pression que lui mettait l'animal était si forte qu'il avait du mal à la soutenir.

Il douta alors que le doux Poufsouffle soit vraiment encore aux commandes du gros félin qu'il avait devant lui. Lupin lui avait dit avoir galéré pour en arriver là, peut-être ne maitrisait-il pas sa transformation ? Si c'était le cas, Black aurait aimé être au courant. Il n'aurait pas proposé un truc aussi stupide que de se retrouver en tête à tête avec un animal sauvage ! Enfin, il avait encore sa baguette. Techniquement, il n'était donc pas sans défense… Encore fallait-il qu'il ait le temps de s'en servir.

Quand l'animal le prit en chasse, il ne chercha pas plus loin et détala aussi vite qu'il put. Mais une dizaine de mètres plus loin, Remus bondit sur lui, plaquant son corps lourd d'Animagus contre lui sur le sol. Black sentit le souffle de la bête sur sa nuque et les muscles puissants de l'animal dans son dos. Il frissonna malgré sa chaleur.

Il avait peur de bouger et même de respirer. Son cœur battait fort mais il percevait aussi celui du Poufsouffle. Et puis, le rire de Remus retentit à son oreille comme il reprenait sa forme humaine.

-Très drôle ! grogna Sirius, comprenant qu'il s'était fait avoir.

-Tu as eu si peur !

Remus riait tant qu'il en pleurait. Agacé, Black le bouscula et le renversa sous son corps. Il se tenait à présent au dessus du Poufsouffle et se sentit mieux. Pas que cela perturbe le châtain qui riait toujours et Sirius l'observa, attentif. Il se rendit compte que cela lui plaisait de voir le plus jeune ainsi. Heureux et détendu avec lui, grâce à lui. Il sentit alors sa colère s'envoler et s'autorisa à sourire.

-T'as de la chance que j'ai encore ma feuille, sinon je te l'aurais fait payer.

-Pardon, s'excusa difficilement le châtain.

-Mais franchement, un puma ? s'extasia-t-il de nouveau.

Remus haussa les épaules.

-C'est trop dingue, j'aurais jamais cru que ce serait ça !

-Eh bien, chaque animal a une signification. Je t'avoue qu'au début, j'avais pensé à un agneau ou même à une biche mais le puma est finalement ce qui me correspond le mieux.

-C'est quoi sa signification ?

-L'intelligence, la patience et la sagesse. Mais le puma est aussi connu pour sa force et sa capacité d'adaptation. Grace à ça, j'ai pris conscience que j'étais bien plus fort que je le pensais et aussi dangereux que doux.

-Ouais, ça c'est sûr. Tu penses que je serai quoi, moi ?

Remus ferma les yeux et prit un instant pour réfléchir. Inconsciemment, Sirius se pencha alors un peu plus vers son visage. Il n'avait jamais été proche d'un homme de cette manière et étrangement, cela ne le dérangeait pas. Pourtant, ce n'était ni son petit frère, ni son meilleur ami. Et tant mieux, ce serait étrange sinon. Remus n'avait pas l'air d'être gêné non plus et plus il y pensait, plus il se confortait dans l'idée qu'il n'y avait rien d'étrange à ce qu'ils soient proches. Il aimait bien le Poufsouffle et se sentait à sa place à ses côtés.

Lorsque Remus rouvrit les yeux, il fut pourtant étonné de trouver le brun si près et cela le perturba, il s'obligea à fixer le ciel étoilé.

-Un aigle peut-être.

-Ce serait trop cool ! Ceux qui peuvent voler sont rares en plus ! se réjouit Black.

-Un dauphin ?

-Non, ce serait pas pratique.

-Un cygne, ça pourrait te correspondre aussi, continua le châtain.

-Pourquoi ? s'étonna le Gryffondor.

Remus haussa les épaules, brutalement mal à l'aise. Il se redressa, pensant tout naturellement que Sirius s'éloignerait mais il ne bougea pas.

-Je ne sais pas. C'est difficile pour moi de deviner, je ne te connais pas tant que ça, se justifia-t-il. Est-ce que tu pourrais te pousser, il faut que je me lève, ajouta-t-il ensuite en cherchant à se dégager. On doit rentrer en plus.

-Dis-moi, Remus, est-ce que tu es vraiment gay ?

Le concerné fronça les sourcils et Sirius se sentit obligé de reformuler sa question. Pour autant, Lupin lui lança un regard lourd de sens et Sirius soupira avant de s'écarter. Le Préfet-en-chef se leva et Sirius fit de même. Apparemment, le Poufsouffle avait besoin d'espace pour réfléchir. Pourtant, c'était une question assez simple et Sirius parla de ces rumeurs qui allaient et venaient, relancées dernièrement par la mise en couple de Rosier et de son frère.

Le Gryffondor avait envie d'avoir le fin mot de l'histoire.

-C'est toi qui a lancé cette rumeur je te rappelle ! s'indigna finalement Remus.

-On ne vas pas polémiquer dessus pendant dix ans encore…

Remus croisa les bras sur son torse, sidéré que le Gryffondor ne cherche pas à s'excuser.

-Et puis, tu n'as jamais nié, insista Sirius.

-J'ai nié je ne sais combien de fois le jour où tu m'as attaqué avec cet argument grotesque comme quoi je protégeais mon ami parce que je l'aimais et que nous avions une relation d'amant !

-Ah, vraiment ? s'étonna le lion. Donc tu ne l'es pas.

Remus leva les yeux au ciel et se dirigea à grandes foulées vers le château. Sirius le rattrapa cependant et les couvrit avec la cape une fois à l'intérieur. Une fois de plus, Lupin n'avait pas répondu mais il doutait que le jeune homme apprécie qu'il insiste. Ils se séparèrent ensuite après un signe de la main et un sourire, signe que le châtain n'était pas vraiment fâché.

Une fois dans son lit, il remarqua qu'il lui restait à peine 3h de sommeil et il sortit le livre parlant de métamorphose. Il y avait un chapitre – qu'il chercha longtemps – sur les significations d'animaux qu'avait évoquées Remus plus tôt.

Il trouva l'aigle : l'esprit, la supériorité et la domination, le pouvoir impérial. Il avait trouvé ça cool quand Remus lui en avait parlé mais en voyant la signification, il doutait vouloir être un aigle. Remus le voyait-il comme un dominateur qui se pensait supérieur ?

Il chercha le dauphin : le souffle, l'énergie, la régénérescence. C'était sympa même s'il ne comprenait pas exactement ce que ça sous-entendait.

Et puis, le cygne. La grâce, la pureté, l'amour, la beauté, le rêve, l'élégance et la douceur. Cela le fit rougir et il s'endormit sur son livre avec la pensée qu'il aimait que Remus voit tout cela en lui. Peut-être que celui-ci avait raison : au fond, ces trois significations lui allaient et se complétaient.

Le lendemain, il fut bien évidemment fatigué et faillit avaler sa feuille de mandragore par mégarde en se brossant les dents. James avait opté pour un brossage express suivi d'un sort. Cracher sa feuille si stupidement ? Et puis quoi encore !

Au petit déjeuner, les deux amis échangèrent un regard fier : ils avaient réussi à passer la première nuit sans trop d'encombres. Mais comme ils s'y étaient attendus, manger fut compliqué. A plusieurs reprises, Sirius eut envie de parler de sa nuit à son meilleur ami mais il s'abstint. Remus ne lui avait pas demandé de garder le secret mais une part égoïste en lui voulait que ça reste leur moment. Cette nuit avait été la leur et le resterait. Il devait juste trouver un moyen pour que James et Remus se rapprochent afin que son ami voit le puma.

xXx

Jedusor, assis sur le bois brut de son bureau, observa dans un sourire la pièce qui lui avait été attribuée pour ses futures consultations. Il venait de finir sa liste et l'afficherait dès demain.

Poudlard lui avait manqué et il avait longtemps espéré y revenir pour y enseigner. Mais aujourd'hui, ses ambitions avaient changé et avaient transformé cette école en étape pour ses projets. Un sourire se dessina sur les lèvres du psychomage et il repensa avec tristesse à son enfance, à tout ce qu'il avait fait pour en arriver là.

Seul et isolé dans cet orphelinat après la mort de sa mère avec ce sentiment étrange qu'il était spécial mais qu'il pourrait un jour faire de grandes choses sans pourtant être encouragé dans ce sens. Jusqu'au jour où son chemin avait croisé celui d'Albus Dumbledore. Aujourd'hui, le psychomage avait beaucoup de divergences d'opinion avec le grand sorcier mais n'en restait pas moins qu'il avait un respect immense pour lui. Il savait ce qu'il lui devait : sa résurrection en tant que sorcier. Il avait vite séduit tous ses professeurs à Poudlard. Mature, studieux et consciencieux, il avait également un don pour obtenir ce qu'il voulait depuis son plus jeune âge, et ça n'avait pas changé. Par exemple, il avait toujours voulu officier à Poudlard et Dumbledore en personne lui avait proposé le poste qu'il occupait actuellement.

Bien entendu, sa vie n'avait pas été idyllique. La déception qu'avait été son père n'avait pas été facile à avaler. Il avait abandonné sa mère et l'avait surtout abandonné lui. Il lui en avait voulu un temps avant de se rendre compte que sans le poids de ce lâche dans sa vie, il pouvait accomplir ce qu'il voulait. Ce moldu ne lui aurait rien apporté. A part peut-être encore la présence de sa mère, mais ce n'était que les désirs insignifiants d'un enfant.

Il n'avait jamais cherché à retrouver son père. Il se fichait de cet homme et ne voulait rien avoir en commun avec lui. Il était même sûr de mourir de honte si un jour quelqu'un apprenait le secret de ses origines. De toute façon, du côté de cette branche pourrie qu'était son arbre généalogique paternel, il avait appris il y de cela quelques années et ce complètement par hasard que son géniteur était mort. Heureux, il avait été fêté ça dans un bar.

Après sa scolarité à Poudlard, il avait travaillé un peu ici et là, le temps de trouver exactement ce qu'il désirait. Ses idées étaient nombreuses et il n'avait su que choisir. Poudlard l'avait finalement emporté. Après tout, cette école lui avait permis de se relever. Il avait brigué le poste de professeur de DCFM mais malheureusement, cela lui avait été refusé à cause de son jeune âge. Il l'avait accepté et s'était lancé dans des études de psychomage, persuadé que pouvoir lire et influencer l'esprit des gens lui serait utile. Il avait exercé quelques courtes années chez les moldus pour tester ses capacités et cette expérience lui avait confirmé que les sorciers étaient des êtres supérieurs et que sous-estimer les moldus était quelque chose de dangereux. Il était parti suite à un incident et avait reçu une excellente offre de Durmstrang.

Tout ça pour atterrir ici. Il avait finalement obtenu ce qu'il voulait, même si ça avait pris du temps. A présent, il devait mener sa barque pour ne pas retarder son grand projet.

Il avait d'ailleurs choisi la plupart des élèves qu'il aurait en consultation dans ce but. Beaucoup de Sangs-Purs, d'élèves ambitieux et intelligents et pas mal d'esprits malléables.

Jedusor se servit un verre de whisky pur-feu alors qu'il envoyait par magie sa liste au directeur de l'école.

xXx

C'était le premier lundi du mois de décembre. Sirius n'avait plus de retenue à faire et la liste des élèves que souhaitait voir le psychomage serait affichée dans la journée mais Peter Pettigrow y accordait très peu d'importance.

Depuis les excuses publiques, sa vie allait mieux. Il s'étonnait encore aujourd'hui que Sirius Black ait osé faire quelque chose d'aussi humble. Il en était heureux parce que ces excuses, il les avait toujours attendues sans jamais vouloir se l'avouer. Le Gryffondor avait fait de sa vie un enfer de par ses petites blagues. Ça avait d'ailleurs été comme un exemple à suivre pour tous les autres qui avaient bêtement imité le fantastique Gryffondor. Bien entendu, attribuer toute la faute à Black ne serait pas juste, James aussi avait sa part. Lui et tous les autres.

D'une certaine façon, l'autre Maraudeur aussi s'était excusé. Cela s'était passé dans leur Salle Commune, en présence de la Préfète-en-cheffe. James avait fait moins grand et moins touchant que son ami, mais il l'avait fait. Sa copine était restée derrière lui, s'assurant qu'il ne se défilerait pas.

Mais le « Bon, apparemment, je t'ai emmerdé mais c'était pas le but, donc désolé, hein ! », Peter ne savait pas trop comment le prendre. Il savait aussi que c'était le mieux qu'il pouvait obtenir de Potter. Il soupçonnait d'ailleurs Lily de lui avoir soufflé l'idée puisque « apparemment », il n'avait pas compris que Peter lui tenait rancune.

Tout ça avait fait du bien au Gryffondor, mais ce n'était pas non plus ce qui l'avait comme par miracle intégré au reste de sa maison. Il se rendait compte avec affliction qu'il n'arrivait pas à se faire d'amis. Il paraissait insignifiant pour la plupart des lions. Peu intéressant. C'était sa dernière année et s'il n'avait réussi à se lier d'amitié avec personne, peut-être que c'était de sa faute. Peter se sentait gauche et ne savait pas quoi dire la plupart du temps. Il se sentait bien plus à l'aise en ayant la position d'observateur que celui d'acteur. Cependant, les Gryffondor n'avaient pas besoin de faire-valoir.

Il s'effaçait automatiquement devant les caractères forts et Remus étant doux et conciliant, il se sentait libre de parler ou même de dire des bêtises devant lui. Remus plaisantait souvent en disant qu'il était lui-même trop prévisible ou ennuyeux. Et quelque part, c'était vrai. Peter aurait aimé un peu plus de folie et non pas tout le temps la sagesse du blaireau, mais qui était-il pour critiquer son ami ? Il n'était pas un cadeau et doutait d'apporter quoi que ce soit au Poufsouffle.

La vérité, c'était que Peter aurait aimé changer, mais qu'il était trop lâche pour le faire.

Le discret Gryffondor observa les élèves dans le couloir alors qu'il se rendait lentement dans sa salle. Il n'était pas pressé, il détestait la première heure du lundi…

Son regard fut alors attiré par la silhouette de Marlene. Accompagnée de deux amies, elle se dirigeait vers son propre cours, défense contre les forces du mal. Peter avait honteusement déjà mémorisé l'emploi du temps de la jeune femme.

En la voyant passer, il ne put que se rappeler la liste qu'avait faite les filles. Certaines rancunes étaient toujours là, même si bien heureusement, aucun couple ne s'était séparé. Des garçons avaient voulu faire la même chose, mais pour les filles les plus moches. Heureusement, ça ne s'était pas fait. Trop de problèmes en perspective.

Le top 10. Le fait que Peter n'y figure pas n'était pas une surprise. Que ce soit dans la véritable liste ou dans la fausse publiée par Rita, son physique banal et sa rondeur n'étaient pas une arme de séduction massive. Peter était sorti avec une moldue à 13 ans et à part des baisers, ça n'était jamais allé plus loin. Il se demandait souvent si ce serait à tout jamais sa seule relation. Il n'avait jamais couché avec une fille mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il n'osait pas en parler à Remus parce qu'il avait trop honte, même si la vérité n'était difficile à imaginer pour personne.

Marlene avait voté pour Sirius et on la disait folle amoureuse de lui. Peter avait beau moyennement y croire - ce n'était pas le genre de McKinnon - il ne pouvait nier qu'il était évident que la Serdaigle était attachée à Black. De là à ce qu'il y ait des sentiments amoureux…

Lui ne serait jamais rien pour elle en tout cas.

Elle n'avait d'yeux que pour Sirius. Comme tout le monde à Poudlard.

Peter se rappela alors avec amertume que lorsque Sirius s'était excusé, il avait attiré tous les regards. Il était même celui qu'on avait félicité. Lui, Peter Pettigrow, la victime, n'avait eu droit qu'à cinq minutes d'attention.

Il aurait dû pouvoir prendre l'ascendant pourtant, Remus lui avait offert une occasion si belle… Mais il n'avait pas su la saisir.

Soudain, il y eut de l'agitation dans les couloirs : Tom Jedusor approchait à grand pas et esquissa un sourire à l'attention du Gryffondor lorsqu'il passa à côté de lui. L'adulte colla ensuite la liste au moment où on demanda aux élèves de rentrer.

Peter écouta le cours, pensant pour une raison inconnue à cette liste. Pourquoi l'homme l'avait-il regardé ainsi ? Était-il sur cette liste ? Etait-ce une bonne chose ? Il n'était pas sûr de vouloir voir un psy, ça n'allait pas le cataloguer comme un élève fragile ? Et puis, il n'était pas sûr de pouvoir se confier librement à un inconnu. On disait pourtant que c'était plus facile…

A la fin du cours, Peter se précipita finalement comme les autres pour la lire.

Liste provisoire des élèves nécessitant des consultations avec le psychomage (Tom Jedusor)

Sirius Black

Peter Pettigrow

Dorcas Meadowes

Pamela Alton

Severus Snape

Regulus Black

Evan Rosier

Marlene McKinnon

Les élèves qui ne souhaitent pas dans l'immédiat donner suite à la demande d'entrevue devront le signaler auprès du directeur de Poudlard.

Pour ceux au contraire qui ressentent le besoin de voir le psychomage de l'école, le bureau est ouvert de 05h à 09h puis le soir de 20h à 23h en semaine et le week-end le matin de 08h à 12h. Les rendez-vous se prennent directement avec le psychomage sachant que les élèves sur la liste sont prioritaires. Les horaires du week-end sont sans rendez-vous et sans limite de temps.

Il y eut des exclamations de déception, de filles principalement, sans doute dépitées de ne pas avoir d'entrevue privée avec un si bel homme. Peter lui ignorait toujours comment il se sentait.

Il avait envie de refuser mais que perdrait-il à y aller ? N'était-ce pas le premier pas pour changer de vie ? Jedusor était un psychomage, il pourrait certainement l'aider à ne pas rester cet être effacé qui n'arrivait pas à se faire d'amis.

Il voulait faire cet effort, se donner les moyens de changer. Il espéra donc que ce Jedusor réussirait à changer sa vie.


Alors qu'en avez-vous pensez ? Vous le voyez venir Jedusor avec ces gros sabots concernant Peter non ? A moins que vous ne soyez dans l'erreur. On a un petit, mais vraiment un mini moment wolfstar. Patience, il y a beaucoup de personnage et beaucoup de chapitre, ça arrive. ^^ Il ne faut pas oublier que Sirius était un sacré emmerdeur avec Lupin au début.

Prochain chapitre - La volonté de s'en sortir - le 29/01. On retrouvera Regulus, dans quel état, ça...

J'espère que vous avez apprécié ce premier chapitre de l'année et que de manière générale, elle ne commence pas trop mal pour vous.

A bientôt.