EPILOGUE – By your side
« And now I beg to see you dance just one more time. »
Tones and I
La ville, son éternelle rumeur, ses passants.
Les gens étaient trop affairés, trop pressés pour prêter attention à ce qui les entourait. Seuls les enfants semblaient un tantinet plus attentifs, transportés par leur curiosité. Assise à la terrasse d'un café, Yoruichi fronça les sourcils alors qu'Hirako pestait au téléphone :
— Yoruichi, ça fait deux mois qu'aucune œuvre perdue n'est réapparue ! Mon commerce commence à en souffrir !
— Je pense au contraire que ta galerie d'art s'en porte très bien, bouffon. J'essaie de ne pas me retrouver avec toute la mafia européenne aux fesses, tu ferais bien d'en faire autant.
Après, où devrait-elle s'exiler ? Au Japon ?
Shinji continuait à protester inlassablement dans le combiné tandis qu'elle s'accordait une longue gorgée de son café crème. Elle feuilleta nonchalamment un magasine devant elle, tout en ne prêtant qu'une oreille distraite à la litanie de son associé.
Elle ne releva pas le nez quand quelqu'un s'assit devant elle. Une technique de drague commune et lassante, qui ne lui faisait ni chaud, ni froid. Et de toutes manières, elle s'était promis d'arrêter tous ces jeux de séductions il était temps de s'assagir, peu importait si elle ne reverrait jamais ni Kisuke, ni Byakuya. Cette pensée lui arracha un soupir. Elle couvrit le micro de ses écouteurs d'une main et lâcha pour l'inopportun gêneur, d'un ton indifférent :
— Je suis occupée.
— Tant pis.
La surprise la cueillit comme un coup de poing dans l'estomac.
— Hirako, je te laisse.
Elle raccrocha, enleva les écouteurs.
Son souffle vacillait, son cœur battait la chamade dans sa poitrine.
— Byakuya ?
Ce n'était pas possible !
Elle regarda autour d'elle, s'attendant à voir tout un escadron venir la récupérer, la silhouette menaçante de Soi Fon, prête à détaler dès que le mot « Interpol » serait prononcé. Merde, qu'avait-elle fait encore pour attirer l'attention du gouvernement de son pays d'origine ?
Son regard accrocha seulement la tignasse rouge d'Abarai qui discutait avec le serveur au comptoir dans un français hésitant.
— Je ne suis pas là pour t'arrêter, énonça simplement l'agent en croisant les bras sur sa poitrine.
L'ombre d'un sourire flottait sur ses lèvres et la voleuse se renfrogna.
— J'espère bien, je fais dans le caritatif maintenant.
Enfin, si voler des voleurs d'œuvres d'art n'était pas tout à fait une activité caritative, elle était très largement récompensée pour ses efforts.
— C'est ce que j'ai cru comprendre.
Il leva un doigt à l'adresse d'un serveur pour demander un café. Son français était parfait, comme il fallait s'y attendre. Le regard de Yoruichi restait rivé sur la peau pâle de ses mains, des mains qui ravivaient bien trop de souvenirs à son goût. Cela faisait deux ans, déjà…
— Comment m'as-tu retrouvée ?
Il arqua un sourcil moqueur, comme si elle avait posé une question particulièrement bête. Après tout, c'était son métier, de trouver les gens. Certes, mais c'était son métier à elle de disparaître sans laisser de trace.
La frustration grandissait chez Yoruichi, la colère et l'incompréhension gonflait dans sa poitrine. Elle ne pensait pas que revoir Byakuya la mettrait dans un tel état, des milliers de questions lui brûlaient les lèvres, un certain nom avec plus d'intensité que les autres :
— Moi aussi, je suis heureux de te revoir. Laisse-moi t'éclairer avant que tu n'exploses : sur son lit de mort, Hisana m'a demandé de retrouver sa sœur. J'ai suivi cette piste jusqu'ici, et j'ai mis le nez dans une sinistre histoire de trafic humain. Cela n'a vraisemblablement aucun rapport avec Kurotsuchi, mais un coup de main ne serait pas de refus.
Yoruichi fronça les sourcils et désigna du pouce Renji :
— T'es en train de me dire que le gouvernement te prête ton toutou pour une enquête personnelle ? Ça ressemble pas vraiment au directeur Yama.
— Non, Abarai est là à titre personnel aussi. Rukia est une amie d'enfance.
— Sacrée coïncidence.
La voleuse devait se rendre à l'évidence, elle mourrait d'envie de s'embarquer dans cette nouvelle aventure.
— Donne-moi les infos, je vais y réfléchir, répondit-elle néanmoins.
Avec un air entendu, Byakuya lui tendit un dossier. Puis il régla les cafés et se leva, rajustant son écharpe d'un blanc immaculé.
Alors qu'il s'apprêtait à partir, il se tourna à demi vers Yoruichi :
— Au fait, je ne t'ai pas retrouvée.
Elle pencha la tête, curieuse, invitation silencieuse à poursuivre qu'il saisît tout en faisant signe à son subordonné :
— Je ne t'ai jamais perdue de vue, tout simplement.
Et sur ces paroles, il s'éloigna, de sa démarche altière, laissant Yoruichi le cœur battant, les mains agrippées à l'enveloppe qu'il venait de lui donner.
