Le chapitre est plus long que les autres, il correspond aux chapitres 4, 5 et 6 du pdv de Dorea, et comme il y a beaucoup de redites avec les dialogues, j'ai préféré le laisser en un seul chapitre. Bonne lecture :)

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Chapitre 26 : Inquiétudes

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Samedi 2 octobre 1943,

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Lorsqu'il arriva dans les vestiaires du stade de Flaquemare ce matin-là, Charlus Potter ne s'attendait pas à se faire plaquer au sol par derrière, maintenir en étoile sur le carrelage du couloir, et se résoudre à avaler le caillou que ses coéquipiers – et coéquipière – lui enfoncèrent dans la bouche. Il reconnut le goût poussiéreux du bézoard et se mit à hurler.

« Mais qu'est-ce qui vous prend, bande d'imbéciles ! éructa-t-il en se relevant dès qu'il fut libre de ses mouvements. »

Il fit rouler ses épaules, entendit son cou craquer et tira sa baguette de sa poche.

« Relax, Potter. Orlando voulait seulement s'assurer que t'étais pas sous l'emprise d'un philtre d'amour, fit calmement Enid en lui désignant Mike d'un signe de main distrait.

-Et vous croyez que ce sont des manières de faire ? cria-t-il.

-Je vous avais dit que vos méthodes n'étaient pas convenables, fit calmement Rowle, appuyé contre le mur, les bras croisés devant lui. Dorea Black est une fille très bien, je ne vois pas pourquoi Potter ne pourrait pas s'intéresser à elle. »

C'était donc ça le problème.

« Mes félicitations Potter, tu as fait des jaloux, lui apprit Daran Rowle en venant lui serrer la main. Mon petit frère a eu du mal à y croire en lisant la Gazette hier matin. Il lui tourne autour depuis deux ans. Sans parler de Theophilius Beurk qui s'accrochait à elle comme une sangsue en permanence. »

Rowle était un peu trop pro Sang-pur pour le bien de Charlus. Mais là, il semblait vraiment parler de Dorea Black en tant que personne, alors pour une fois, Charlus lui serra la main à son tour.

« Merci, fit-il en souriant vraiment.

-Une fille très bien ? Qu'est-ce que tu baragouines encore, Rowle ? grogna Enid. La seule photographie que j'ai vue, on dirait un glaçon tellement elle sourit pas.

-C'est marrant que tu dises ça, Forty, reprit Dany Abercrombie en se moquant ostensiblement, parce que c'est son surnom. Le Glaçon.

-T'es sérieux, Abercrombie ? dit Mike Orlando en éclatant de rire. C'est génial comme surnom ! Eh mais ça veut dire que tu la connais !

-Tu l'as pas connu à Poudlard, Orlando. Une vraie pète-sec.

-Elle n'est pas pète-sec, marmonna Charlus avec agacement.

-C'est un glaçon, renchérit Stanley Abbott. Les rares fois où je lui ai parlé, elle me répondait en soupirant comme si je l'épuisais. Sérieusement Potter, on se croise souvent dans des réceptions, et je ne t'ai jamais vu avec elle. Rien. Madeline est toujours au courant de toutes les rumeurs, et même elle n'a rien vu.

-Ta sœur est une fouine curieuse, Abbott, marmonna Charlus. Et c'est bien pour ça qu'on a été discrets.

-Discret ? s'exclama Enid. Me fais pas marcher, Potter ! T'es pas capable d'être discret ! T'as quitté l'autre, García, au début de la saison, et tu te décides à épouser Black en fin de saison ? Tu crois pas que tu vas vite en besogne, hein ?

-Mais va te faire voir, Forty, rétorqua Charlus en accrochant ses protections. J'ai vingt-cinq ans, je ne vais pas attendre cinq autres années avant de l'épouser.

-C'est l'explication la plus débile que j'ai jamais entendue, se moqua Mike Orlando.

-Ce n'est pas débile, intervint Abbott, mais c'est surprenant venant de sa part, c'est tout.

-Non mais attends, elle sort de nulle part ! Et puis… c'est la famille Black quand même, finit Orlando à voix basse.

-Eh bien quoi, la famille Black ? s'étonna Rowle.

-Des foutus fanatiques. Ils sont bizarres, résuma Forty.

-Pas plus bizarre que toi, attaqua Abbott.

-Oh si, plus bizarre que moi, je dirais même que ce sont des mabouls !

-Répète un peu ça ? s'énerva Abbott.

-Merlin, je ne me mêle pas de vos affaires de ménage, moi, laissez les miennes en dehors du stade ! s'énerva Charlus.

-Parce que tu ne l'as pas invitée, peut-être ? demanda Orlando en croisant les bras devant lui. Allez, j'veux voir si elle ressemble vraiment à un glaçon, où est-elle ? demanda-t-il en regardant entre les rideaux installés pour le match. »

Les jours de match, la secrétaire et le manager du club de Flaquemare installaient des tentures de part et d'autre du stade. Les unes étaient proches de leurs vestiaires, les autres du vestiaire pour l'accueil des équipes invitées.

« Tu ne la verras pas d'aussi loin, lui répondit Charlus en accrochant ses jambières.

-Allez, montre-moi. T'es mon pote ou t'es pas mon pote ? s'impatienta Orlando. »

Charlus ne répondit pas, et se demanda seulement si elle serait un peu plus démonstrative lorsqu'il la retrouverait à la fin du match, puisqu'elle serait loin de son père. Il y aurait sa mère et la petite Lucretia, mais ce n'était pas pareil hein ?

« Fous lui la paix, Orlando, intervint Fergus Dingus, le capitaine de l'équipe en attrapant Mike par l'épaule pour le pousser vers son balai. Parce qu'en face, c'est Kalia Marouf. C'est avec elle qu'ils hésitent encore au Département des Jeux pour l'Attrapeur de l'année, alors te fais pas avoir par ses beaux yeux.

-Mais Dingus, il a d'autres yeux en tête, se moqua Orlando.

-Il doit juste avoir le Vif d'Or en tête, c'est clair Potter ? le prévint Dingus en lui tendant son balai. On y va dans dix secondes, maintenant que tout le monde est là, et je vous préviens, c'est le seul match du mois, alors vous donnez tout aujourd'hui, même si c'est juste un match amical, c'est compris ?

-Oui, Capitaine ! »

Dix secondes plus tard, ils entraient dans le stade comme chez eux (c'était en effet chez eux) et Charlus la repéra, tout devant, dans la tribune où il pouvait avoir des billets pour sa famille à chaque match. Elle avait posé son coude sur la rambarde et son menton dans sa main. Il leva la main pour saluer non la foule, comme il en avait l'habitude, mais juste elle. Il la vit répondre et son cœur s'emballa dans sa cage thoracique. Il gagnerait pour elle, juste pour elle. Un peu pour lui aussi. Plutôt grâce à elle, parce que Kalia Marouf était redoutablement précise et adroite, et qu'il n'aurait pas le droit à l'erreur.

Il évitait le premier Cognard au dernier instant. Il évitait le suivant plus habilement. Quelques fois, il se demandait si elle le regardait, mais il n'osait pas vérifier, préférant chercher l'éclat doré du Vif pour l'attraper et vite conclure ce match. Il pourrait ensuite la retrouver, lui donner le cadeau qu'il lui avait acheté hier soir, et passer du temps avec elle pendant le pot.

Le Vif se faisait prier, plusieurs fois, il crut le voir, mais ce n'était que le reflet d'une paire de lunettes dispensé par un supporter. Il restait aux aguets, et finalement, l'acharnement paya puisqu'il l'aperçut près des buts de son équipe. Il fonça, Marouf en fit autant, mais il savait qu'il était assez près pour l'avoir en quelques secondes. Il referma sa main sur la boule métallique avec un cri de victoire.

Il eut vaguement conscience d'embrasser son poing et de le brandir vers l'arbitre pendant qu'il cherchait Dorea des yeux. Elle s'était levée avec les autres et applaudissait en souriant légèrement. Elle n'était pas euphorique comme les deux autres fois où il l'avait vu dans un stade, comme si elle avait peur qu'on l'observe et Charlus préféra se dépêcher de la rejoindre.

« Dis-lui de venir aussi les fois suivantes, t'es plus rapide quand elle est là, marmonna Fergus Dingus en passant son bras sur son épaule une fois sorti du stade.

-T'as pas peur que je te vole la vedette ? se moqua Charlus.

-Tu me voles déjà la vedette, Potter. Dépêche-toi de la rejoindre avant qu'Orlando te saute dessus. »

Charlus ne se fit pas prier et s'enferma dans la cabine de douche. Il n'avait jamais été aussi rapide, et il était déjà changé quand Orlando se mit à crier comme un gorille avec Abbott. Il rangea ses protections et son balai dans son casier, laissa sa tenue réglementaire pour la laverie, récupéra le pendentif qu'il avait acheté à Dorea. C'était une pièce de nacre cerclée d'or. Il avait remarqué la veille qu'elle ne portait plus son pendentif gravé de hiéroglyphes alors qu'il ne l'avait jamais vu sans les fois précédentes. Et quand il l'avait remarqué, il s'était fait la réflexion qu'elle avait porté sa chaîne sans pendentif pour leur repas de fiançailles aussi. Il s'était dit qu'elle l'avait perdu et que c'était l'occasion de lui en offrir un. Il était retourné à la bijouterie, avait été chaudement félicité par la vendeuse qui lui avait vendu la bague de fiançailles, lui avait décrit le pendentif avec des hiéroglyphes mais elle n'en avait pas de semblable. Alors, il lui avait demandé un pendentif avec quelque chose d'ancien gravé dessus, et elle lui avait montré celui-là. C'était en Runes. Il reprit le Vif d'Or, le fit s'ouvrir et glissa le bijou dans la petite ouverture. Il n'avait jamais fait ça avant, mais l'idée lui était venue la veille. C'était romantique, non ? Ceci lui plairait ?

Il emprunta le passage réservé aux joueurs pour atteindre la tribune VIP où un pot les attendait.

« Mr Potter !

-Un instant ! s'excusa-t-il habilement lorsqu'une jeune femme toute blonde avec un appareil photographie l'interpella.

-Potter ! Potter !

-Deux minutes ! s'excusa-t-il en poussant les gens pour chercher Dorea. »

Il ne la trouva nulle part parmi la foule qui s'attroupait et finit par se demander si elle était partie avant de la repérer encore dans les loges, à la place qu'elle avait occupée pendant le match. Elle regardait le terrain. Il ne pouvait que la voir de dos, mais c'était son chignon, il en était sûr, et sa main gauche à laquelle il avait enfilé la bague à têtes de serpent. Il descendit les tribunes en bois doucement, pour ne pas la surprendre, mais il y avait néanmoins assez de grincements pour annoncer son arrivée. Pourtant, elle ne fit pas un mouvement pour se retourner. Il la regarda de dos encore un instant, amusé de la voir tant dans sa bulle, il descendit jusqu'à se retrouver juste derrière elle, puis l'appela doucement par son prénom.

« Dorea ? »

Il la vit frémir, retirer son visage de la paume de sa main, se reculer de la barrière et enfin se lever. Elle se tourna vers lui avec une lenteur qui menaça de le rendre fou, jusqu'à ce qu'il vît son petit sourire crispé faire son grand retour.

« Bonjour Charlus, souffla-t-elle. »

Il mourrait d'envie de se jeter sur elle pour l'embrasser. Ses grands yeux pensifs brillaient un peu, et une mèche de ses cheveux s'était glissée sur le haut de sa pommette, comme une mèche rebelle qui tenait à se reposer.

« Hum hum. »

Il se retourna en sursaut pour découvrir Mrs Black le fixer à deux mètres de là avec la petite Lucretia. Mais il n'en avait rien à faire d'elles.

« Mrs Black, et Miss Lucretia, les salua-t-il de loin avec un signe de main avant de revenir à Dorea. »

Il descendit la dernière marche pour se retrouver au même niveau que Dorea. Elle ne le quittait pas des yeux, ses deux mains devant elle se tenant l'une à l'autre comme pour s'empêcher mutuellement de s'enfuir. Le brouhaha qui venait de l'intérieur de la loge devait l'angoisser un peu, elle qui lui avait demandé par le passé d'aller à l'écart. Il s'assit, et elle en fit aussitôt de même à côté de lui. Il profita que ce soit des bancs pour se rapprocher d'elle et glisser sa main autour de sa taille. Là, elle était toute contre lui, et il pouvait sentir son corps frais fouetté par les vents s'enfoncer dans son torse encore chaud.

Le Vif d'Or s'agita dans sa main gauche, se rappelant à lui, et il le leva devant elle.

« Cette victoire est un peu la tienne, avoua-t-il. »

-Ah oui ? souffla-t-elle sans faire mine de le prendre.

-Vas-y, prends-le, il est pour toi, expliqua-t-il en approchant un peu plus sa main d'elle. »

Elle cessa de respirer, et un instant, il crut qu'elle se retenait de se moquer de lui, de lui dire qu'elle n'avait plus quinze ans, et lui non plus. Puis elle leva la main droite et prit le Vif sans même effleurer ses doigts, pour sa plus grande contrariété.

« Merci, souffla-t-elle.

-Attends, dit-il. »

Il rectifia ceci en enveloppant sa main, et parvint au passage à toucher le Vif pour qu'il s'ouvre. Le pendentif s'éleva lentement devant eux. Il guetta sa réaction, mais comme elle n'en eut pas, il craignit un instant qu'elle pense qu'il voulait lui imposer un autre pendentif. Il tenta de s'expliquer maladroitement.

« J'ai vu que tu ne portais plus ton pendentif à ta chaîne, j'ai pensé que tu l'avais cassé. »

La nacre s'échoua au même instant dans son autre main, la gauche, glissée entre eux.

« Oui, reconnut-elle.

-J'ai essayé d'en chercher un semblable, mais personne ne connaît les hiéroglyphes par ici, alors j'en ai choisi un autre, poursuivit-il. »

Elle continuait de fixer le bijou sans qu'il ne puisse savoir si elle était contente ou non. Etait-elle toujours si longue à donner une réponse ? Si indécise en permanence ?

« Regarde, reprit-il avec maladresse en prenant le bijou pour lui montrer les Runes gravées sur la tranche en or. J'ai tout de même réussi à en trouver un avec des Runes gravées, lui expliqua-t-il et elle regarda en silence. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j'ai imaginé que tu saurais me le dire, continua-t-il. »

Pourquoi ne disait-elle rien ? Il avait si mauvais goût en matière de bijou ? Pourtant, il avait prit quelque chose de beaucoup plus classique que la bague de fiançailles !

« Je n'ai qu'une BUSE en Runes, et je n'y ai plus touché depuis des années. Je vous le dirai la semaine prochaine, merci, dit-elle enfin et il soupira de soulagement. »

C'était loin du « il est beau ! » qu'il avait espéré, c'était même une réponse très terre-à-terre, mais quand elle glissa le pendentif à sa chaîne, il vit ses joues un peu rouges et le petit sourire sur ses lèvres, alors il se rassura un peu. Il se rassura surtout lorsqu'elle continua de l'observer une fois qu'il fut pendu à son cou, un peu surpris aussi d'avoir perdu son attention aussi vite.

« Mais ne t'inquiète pas, nous retrouverons le même pendentif que l'autre, reprit-il pour briser le silence qui s'installait.

-On ne peut le trouver qu'en Egypte, lui apprit-elle.

-Eh bien, nous irons en Egypte, fit-il avec amusement en se disant que décidément, elle avait des réactions uniques.

-Juste pour un pendentif ? s'étonna-t-elle en souriant un peu plus.

-Nous serons à droite à gauche dès le mois de mars pour les matchs, il y en aura forcément un en Afrique du Nord, nous ferons un saut en Egypte, lui assura-t-il enfin tout à fait rassuré. »

-Vous ne le dites pas pour me faire plaisir, n'est-ce pas ? souffla-t-elle en relevant enfin les yeux vers lui. »

Elle mordillait à nouveau ses lèvres, et il avait vraiment envie de l'embrasser. Il avait gagné le match, nom de nom, il méritait bien un petit baiser, non ? Et puis même sans ça, son père n'était pas là, il pouvait bien l'embrasser, non ?

« Oh si, mais ce n'est pas pour ça que ce sont des paroles en l'air, lui dit-il en la rapprochant encore un peu de lui. »

Il lui embrassa d'abord la joue, puis se pencha un tout petit peu plus pour essayer d'atteindre ses lèvres. Elle se tourna elle aussi vers lui et il aurait enfin eu son baiser, si Mrs Black n'avait pas appelé sa fille à cet instant. Donc elle était aussi gardée comme une princesse par sa mère, d'accord. Il lui embrassa à nouveau la joue et se releva pour aider Dorea à en faire de même, bien conscient que leur semblant de tête à tête était terminé.

Il les approcha de sa mère, et de la petite Lucretia, décidé à emporter Dorea avec lui dans la foule ensuite, et à y perdre sa mère, de préférence. Elle est ma fiancée, nom de nom ! J'ai fais mille fois plus avec des filles que je venais de rencontrer ! pensa-t-il en la rapprochant un peu plus de lui, sa main autour de sa taille.

« Mrs Black, pardonnez mon manque de manières, dit-il en prenant sur lui. Les charmes de votre fille exercent comme une emprise sur moi, et je n'ai pas pu m'empêcher de lui accorder toute mon attention. Le match vous a-t-il plu ?

-Très, c'était fort aimable de votre part de nous avoir offert des places aussi bien situées, répondit Mrs Black avec un hochement de tête tout cérémonieux.

-Et vous, Miss Lucretia ? Avez-vous passé un bon moment ? demanda Charlus avec moquerie en voyant les yeux rond de la petite se poser sur le bras qu'il avait passé autour de la taille de Dorea. »

-Oh oui ! se reprit aussitôt la petite Lucretia avec ses yeux gris globuleux. Dorea ne vous a pas quitté des yeux !

-Est-ce vrai, Dorea ? se réjouit-il. »

Elle était tellement… tellement inaccessible, il avait toujours l'impression d'être dans l'incertitude avec elle, alors si elle ne l'avait pas lâché des yeux, c'est qu'elle était contente, non ?

« Bien sûr, avoua-t-elle avec sa réserve pleine de pudeur. Vous ne deviez pas me présenter à quelques personnes ? lui demanda-t-elle précipitamment. Attends-nous ici, Maman, avec Lucretia, ce sera pour le mieux. »

Il ne se fit pas prier et l'entraîna avec lui près des buffets, espérant rester encore un moment en tête à tête avec elle.

« Passons d'abord prendre un verre, lui proposa-t-il. J'admire ta manière de te débarrasser de ta mère, ne put-il s'empêcher de remarquer.

-Je ne m'en débarrasse pas ! s'offusqua-t-elle à mi-voix, ses yeux se posant partout sauf sur lui.

-Vraiment ? Ceci y ressemblait pourtant, la taquina-t-il en lui tendant un verre de Bièreaubeurre.

-C'est juste que… »

Elle semblait à nouveau paniquée et regardait partout sauf à l'endroit où il était, comme si elle vérifiait que personne ne la regardait.

« Vous vous montrez trop familier avec moi, j'ai cru que ma mère allait faire une attaque, souffla-t-elle le plus vite possible. »

Il fit un pas loin d'elle comme si elle l'avait brûlé. Alors elle aussi elle voulait rester loin de lui ? Elle aussi voulait rester une princesse inaccessible ? Bon, il pouvait faire un effort. Mais franchement, c'était une douche froide, parce qu'elle lui avait demandé elle-même de s'éloigner de la foule au mariage d'Ambuela, parce qu'elle l'avait déjà embrassé et parce qu'il avait pensé qu'elle aimait la spontanéité dénuée de protocole qu'il y avait entre eux.

« Je n'ai pas l'habitude d'un tel protocole, fit-il avec raideur en s'éloignant du buffet. Je pensais que mon ton familier ne vous gênait pas, Miss Black. »

Ses yeux gris pâle s'agitèrent à nouveau avec panique. Bon Dieu, mais que voulait-elle à la fin ?

« Non, non, ce n'est pas moi, ce sont mes parents, bafouilla-t-elle. »

Elle revint elle-même se lover contre lui, et presque se remettre dans ses bras, les mains bien serrées autour de sa bièreaubeurre. Elle maltraitait à nouveau ses lèvres avec ses dents, et il eut à nouveau encore envie de l'embrasser. Il se contenta de bien enrouler son bras autour de sa taille, de poser sa main à plat sur sa hanche et de la serrer contre lui. Il est vrai qu'il n'avait pas osé la tenir de cette manière auparavant, ni au 12, Square Grimmaurd.

« Ce lieu m'est si familier que j'y prends mes aises, s'excusa-t-il. Tu ne m'en voudras pas de manquer de cérémonie lorsque nous serons mariés ? s'enquit-il en guettant sa réaction. »

L'ébauche d'un petit sourire traversa son visage et il se rassura.

-Comme il vous plaira, souffla-t-elle en rougissant.

-Comme il me plaira ? se réjouit-il. Réponse intéressante, je la retiens, la taquina-t-il. »

Mais ce devait être trop puisqu'elle baissa la tête dans sa Bièreaubeurre comme si elle ne l'avait pas entendu. Est-ce qu'elle avait peur de la foule, de ce qu'on dirait sur elle, ou que sa mère les retrouve ? Ou bien, était-ce de lui qu'elle avait peur ? Elle n'osait plus le regarder dans les yeux pour se contenter de regarder sa Bièreaubeurre. Un dîner en tête à tête au restaurant, il n'y avait que cela pour…

« Potter ! Fais voir ta gonzesse ! »

Merlin, mais c'était pas possible d'avoir si peu de tenue avec les femmes ! Il rattrapa le verre de Dorea qu'elle avait lâché sous le coup de la surprise, le lui rendit et attrapa Mike Orlando par l'épaule pour l'éloigner et lui remettre les pendules à l'heure. L'imbécile, il croyait avoir qui devant les yeux ? Une supporter hystérique ?

« Parle d'elle autrement, Orlando, le prévint-il dangereusement. Dorea est ma fiancée, pas ma gonzesse, chuchota-t-il pour que Dorea ne l'entende pas. »

Mike allait en rajouter une couche, Charlus le connaissait un peu à présent. Son sourire moqueur en disait long sur la liste des idioties qu'il avait en tête. Charlus s'apprêta à lui lancer un sortilège de mutisme en le voyant regarder Dorea, mais Orlando ne dit rien.

« Bonjour Mr Orlando, souffla la voix la plus froide de Dorea. Dorea Black, se présenta-t-elle succinctement. »

C'était sans doute la première fois que Charlus voyait Mike perdre de sa superbe devant une femme. Et c'aurait été drôle, si ce n'était pas à cause de Dorea, qui était redevenue glaciale, sans doute sous le coup du malaise.

« Euh… Bonjour, Miss Black, bafouilla Orlando.

-Très beau match, Mr Orlando, reprit-elle sans un sourire face à Orlando qui la regardait avec des yeux ronds de stupéfaction.

-Euh… Merci. Tu… Vous étiez… dans les gradins… réservés à la famille des joueurs ? bafouilla Orlando en se dandinant d'un pied sur l'autre.

-C'est exact, on y voit très bien, reconnut-elle. Votre épouse ou votre fiancée y était aussi ? demanda-t-elle.

-Euh… Non, je suis célibataire, avoua-t-il.

-D'accord. »

Merlin, c'était tellement… irréel. Orlando ne savait plus quoi dire, et Dorea faisait la conversation comme elle le pouvait sans paraître même impressionnée d'être devant un Poursuiveur de l'équipe d'Angleterre. En fait, elle lui parlait comme elle avait parlé à Charlus lorsqu'elle avait su qui il était. Mieux encore, puisqu'elle n'avait pas rougi une seconde.

Il attrapa la main de Dorea pour la mener à sa bouche et l'embrasser en lui souriant largement. Elle gérait. C'était parfait. Il n'avait jamais pensé qu'elle puisse entretenir une conversation avec Orlando, mais elle n'avait fait aucune remarque sur l'absence de tenue de Mike, et elle lui avait parlé comme à n'importe qui.

« Eh bien Dorea, il ne te reste plus qu'à rencontrer…

-Potter ! J'le vois ! C'est bon, tu les as trouvé Orlando ! intervint la voix bourrue d'Enid Forty. Salut salut. Donc c'est toi Dorea. Oh putain Potter, t'a bien choisi, fais gaffe à toi, un pas de travers et je cours à ma chance. »

Pourquoi il avait des coéquipiers – et coéquipière – si… si obsédé.e.s, hein ? Et puis pourquoi Enid faisait un baisemain à Dorea déjà ?

« Vous devez être Miss Forty ? proposa Dorea toujours sans sourire avec sa voix froide.

-Oh putain, on dirait Dumby, s'amusa Enid. Juste Forty steuplaît, ma belle. N'empêche, c'est qu'tu connais mon nom, je finis par être connue, hein Potter ?

-Faut le temps qui faut Forty, répliqua Charlus en souriant avec soulagement.

-Alors ma belle, comment qu'il a eu ton cœur, l'autre ? »

Le coup d'œil paniqué de Dorea l'amusa légèrement, mais il préféra l'aider à répondre.

« Parce que tu crois que ça te regarde, Forty ?

-Tu crois pouvoir me cacher ça combien de temps, hein ? répliqua Forty.

-Plus longtemps que tu crois.

-Allez, Dorea, donne-moi ta technique !

-Tu vas finir par la gêner, Forty, intervint Rowle. Bonjour Dorea.

-Bonjour… Mr Rowle ? »

Elle n'était pas sûre d'elle ? Pourtant, il l'avait vue discuter avec Rowle et son frère chez les Croupton, avant de la conduire prudemment à l'écart. Elle l'avait oublié ? Lui aussi ?

« Mr Rowle ? s'étonna Rowle. Nous sommes dans un stade, Dorea, appelez les joueurs par leurs noms de famille.

-Oh euh… D'accord, accepta-t-elle fébrilement.

-Mon frère va arriver, il sera sans doute ravi de vous voir, se moqua Rowle pour provoquer clairement Charlus.

-Votre frère ? s'étonna Dorea.

-Tristan Rowle.

-Tristan Rowle ? Ah euh, d'accord, bafouilla-t-elle en jetant un coup d'œil paniqué à Charlus. Qui est-ce ? souffla-t-elle en sa direction. »

Charlus aurait bien explosé de rire, mais elle semblait vraiment perplexe et paniquée alors il se contint.

« Paraît-il que c'était un de tes prétendant, chuchota-t-il à la place en espérant ne pas s'être montré trop jaloux.

-Tristan Rowle ? Oh misère, pourquoi j'ai tant de mal à me souvenir des gens, se désespéra-t-elle en enfonçant son visage dans ses mains. Comment est-il ? »

Là, il explosa de rire. Elle était unique. Elle pouvait lui raconter des histoires ahurissantes sur sa Magie Antique, mais elle n'arrivait même pas à retenir le nom et le visage de quelqu'un.

« Ne vous moquez pas, s'il vous plaît, bafouilla-t-elle.

-Je ne me moque pas, tu m'amuses, nuança-t-il en resserrant sa main autour de sa taille.

-Abbott est en train de se faire incendier par Dingus, annonça Abercrombie en s'insérant dans leur groupe. Salut Black, ça faisait longtemps.

-Bonjour, se contenta-t-elle de répondre et Charlus en conclut qu'elle ne se souvenait pas du nom du batteur.

-Qu'est-ce que tu as fait toutes ces années ?

-Peu de choses, j'ai appris l'arabe. »

Peu de choses, j'ai appris l'arabe. Bien sûr, c'était peu de choses… C'était dit avec tellement de nonchalance et de naturel. Charlus sourit largement, littéralement mort de rire face au visage stupéfait d'Abercrombie. C'était une réponse incongrue comme il les aimait.

Il rebondit aussitôt sur le jeu d'Abercrombie et le Cognard qui lui avait frappé les mollets. Rowle répliqua que l'Attrapeur devait bien prendre quelques coups de temps en temps, et Charlus en profita pour l'embêter sur sa batte un peu trop feignante. Frederik Dubois, le manager de Flaquemare, vint leur parler du prochain match contre une équipe allemande qui aurait lieu chez l'adversaire le mois prochain. Il leur indiqua les quatre jours d'entraînement tranquille avant de partir pour l'Allemagne, et leur rappela de signer quelques autographes aujourd'hui. Abbott, Orlando et Forty étaient déjà bien attaqués par l'alcool et commençaient à rire bruyamment, alors Charlus, Dingus, Abercrombie et Rowle s'éloignèrent lentement d'eux avec l'entraîneur, Garrick Godown, pour parler des quelques bévues du match. Dorea restait contre lui, et il sentait parfois son regard attentif le détailler. Il se tournait alors vers elle, et il surprenait une rougeur fleurir sur sa pommette. Son petit sourire crispé revenait, et il se sentait bien. Elle serait toujours là à l'avenir, et il en était vraiment heureux. Il se sentait plus… paisible lorsqu'il passait son bras autour de sa taille.

« Je vais devoir partir, lui murmura-t-elle bien trop rapidement au goût de Charlus.

-Déjà ? s'étonna-t-il en cherchant l'heure sur sa montre à gousset.

-Je dois dîner avec votre mère, rappela-t-elle.

-Veux-tu que je vienne avec vous ? demanda-t-il en les menant à l'écart. »

Elle avait une petite mine, ceci devait l'inquiéter. Mais sa mère lui avait promis de ne pas malmener Dorea et de vraiment lui laisser une chance.

« Elle veut me voir seule à seule, lui rappela-elle en baissant un instant les yeux sur ses doigts qui se trituraient entre eux. »

Elle était toute hésitante, toute perdue aussi. Elle attendait sûrement un conseil de sa part, mais Charlus était bien en peine d'en trouver un autre que l'honnêteté, ce qui n'aiderait pas franchement Dorea. Peut-être qu'un baiser la rassurerait au moins sur ce que lui pensait d'elle ?

Il leva la main droite dans l'idée de la poser sur sa joue, mais il vit un éclair de terreur traverser son visage. Elle fit un pas en arrière pour s'éloigner de lui en fermant violemment les yeux. Avait-elle peur que sa mère les voie ? Ou peut-être qu'elle n'aimait pas le public ?

Il s'avança néanmoins vers elle, et effleura sa joue du bout de ses doigts. Sa peau était vraiment douce, tendre et veloutée. Il posa sa main à plat sur sa peau et chercha une étincelle de joie dans le gris froid de ses yeux. Il la trouva aisément, et elle alluma quelque chose sous ses doigts, comme un vent infernal qui ravagea son ventre. Il abandonna l'idée du baiser. Il devait attendre de ne l'avoir que pour lui, il ne devait pas se presser et se jeter sur la première occasion. Elle avait bien droit à sa patience, non ? Il préféra s'emparer de ses mains gantées, et les monter jusqu'à sa bouche pour les embrasser amoureusement. Mais ça lui coûtait, hein.

« J'espère te revoir au plus tôt, Dorea, souffla-t-il en gage d'amour.

-Quand vous voulez, je serai 12, Square Grimmaurd, dit-elle en baissant les yeux.

-Ah, Dorea, enfin je te trouve, tu vas être en retard ! intervint la voix flûtée de la petite de Lucretia. Mr Potter, n'entraînez plus ma cousine loin de sa mère, j'ai cru qu'il faudrait l'emmener à Ste-Mangouste. Et même si je conviens de l'aspect cérémonieux de la Maison des Black, ma tante vit là-bas depuis des années, et elle est votre meilleur alliée contre mon oncle qui a manqué de venir vous étrangler en voyant la une de Sorcière Hebdo. Ne vous mettez pas toute notre famille à dos avant la cérémonie, nom de nom, poursuivit Lucretia comme si elle rouspétait un enfant. Dorea ? »

Qu'est-ce qu'elle était chiante, bon Dieu. Elle était mignonne, hein, mais vraiment casse-pied tout de même. Le genre petite-sœur qui casse tous les bons plans. Il prit sur lui pour ne pas la rembarrer méchamment et l'humilier sans le vouloir, et préféra attirer Dorea dans ses bras pour lui embrasser la joue. Elle était aussi proche de lui que tout à l'heure, face à l'immensité du stade de Quidditch.

« Mr Potter ! s'exclama la petite Lucretia avec stupéfaction. »

Elle tentait de tirer Dorea à elle avec ses petits bras comme un jouet qu'on refuse à un enfant. C'était marrant.

-Petite Lucretia, répliqua-t-il moqueusement en laissant Dorea s'éloigner. J'aimerais pouvoir saluer ma fiancée d'un simple et chaste baiser sur la tempe sans vous voir monter au créneau et sortir les griffes. Toutes mes intentions et mes actions envers votre cousine sont respectueuses et ma fiancée les apprécie tout à fait, n'est-ce pas Dorea ?

-Dorea ! s'exclama la petite Lucretia ses yeux globuleux écarquillés comme jamais.

-Oh euh oui oui, c'est très bien, approuva Dorea dans un bredouillement perdu.

-Qu'est-ce que je disais ! »

Oh que c'était bon d'obtenir un assentiment spontanée de Dorea ! Content comme il l'était, il ébouriffa les cheveux lâchés de Lucretia, comme il le faisait avec ses petits cousins.

« Mr… ! protesta-t-elle en se débattant.

-Lucretia tais-toi, intervint enfin Dorea.

-Quoi ? Tu ne dis rien ? Tu le laisses…

-Lulu, nous sommes fiancés, d'accord ? Cesse de me donner en spectacle, et allons-y, je vais être en retard, chuchota-t-elle furieusement. »

Ahh mais Dorea approuvait ses baisers (sur la joue, hein) ! Il pouvait tout à fait continuer sur sa lancée ! Il n'avait pas ses lèvres, mais il avait tout de même sa joue toute à lui ! Et que c'était drôle de voir Dorea traîner Lucretia comme leur enfant récalcitrante à travers la foule pour quitter la pièce !

Leur enfant ?

Merlin, c'était la première fois qu'il pensait à… La deuxième plutôt ?

Mais c'était la seule femme avec laquelle cette idée lui était venue... Une petite Dorea, qui jouerait au Quidditch avec lui ?

C'était elle, bien sûr, puisqu'il n'y avait qu'avec elle qu'il avait imaginé une telle évolution. Il avait même envie de…

« Potter ! Arrête de baver ! l'apostropha Enid.

-Je t'embête, Forty, trouva-t-il intelligent de répliquer en se tournant vers l'origine de la voix de sa coéquipière.

-Tu te crois malin parce que tu sais faire fondre un glaçon, Potter ? le provoqua Enid en le toisant sans ménagement du haut de son mètre cinquante.

-Tu trouves que je la fais fondre, Forty ? se réjouit-il. »

Il guettait en permanence un signe sur le visage et la stature de glace de Dorea, et il était bien en peine de trouver plus d'un ou deux résultats probants.

« Il m'énerve, râla Enid en levant les bras au ciel. Il a littéralement une fille qui en a dans la cervelle qui lui mange dans la main et il le voit pas ! »

C'était décidé. Il ne resterait pas longtemps à ce pot, quoi que puisse en dire le manager.

.

Une heure plus tard montre en main, il jeta un coup d'œil derrière lui, vers la porte qu'avait empruntée Dorea pour aller à la cheminée. S'il courait assez vite, il pourrait s'éclipser de Flaquemare en toute discrétion et rejoindre Dorea chez ses parents. Il fit prudemment un pas en dehors du cercle formé, se glissa subrepticement derrière ce gorille de Stanley Abbott, et fit quelques pas discrets vers l'arrière.

« Potter ? Où comptes-tu aller ? l'interpella Frederik Dubois, le manager.

-Euh… nulle part, tenta-t-il vainement de se défendre. »

Tout l'auditoire de Dubois se tourna vers lui, et il grimaça largement. Bon. Quand est-ce qu'il pourrait partir, nom de nom ? Il attendit un quart d'heure de plus avant de tenter une nouvelle sortie. Il avait presqu'atteint la sortie, lorsqu'une main se referma sur son épaule et que Garrick Godown, l'entraîneur, lui fit comprendre d'un signe de tête qu'il devait retourner avec le manager. Il pesta, jura et retourna en traînant des pieds où il était quelques minutes plus tôt. Ce n'était qu'un petit match amical, nom de nom, pas de quoi en faire toute une histoire ! Dix minutes plus tard, il se dirigea vers les buffets pour reprendre une Bièreaubeurre… en apparence. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule droite, puis par-dessus son épaule gauche, crut que personne ne prêtait attention à lui, et fila à pas de loup vers la sortie. Il entendit siffler un sortilège à son oreille, et il eut juste le temps de fermer derrière lui la porte pour le faire rebondir dessus avant de filer vers la cheminée du stade. Le tonitruant « POTTER ! » hurlé par le manager faillit le faire changer d'avis, puis il entra dans la cheminée. Zut à la fin : Forty et Orlando étaient affalés dans un coin de la salle, et personne ne leur disait rien !

Il arriva dans le salon de la maison de ses parents. Il remarqua la cape et le chapeau de Dorea sur le meuble et les prit pour… oups, il avait plongé le nez dedans. Il avait vraiment un problème avec son odeur citronnée. Elle était rafraîchissante, comme la limonade, et en même temps imprégnée d'une acidité toute obsédante. Il mit la cape sur son bras et retint le chapeau du bout des doigts de la main et voulut se rendre au vestiaire pour les suspendre convenablement mais son regard fut accroché par un Sorcière Hebdo posé sur le guéridon du salon. Sa mère ne lisait pas ce magasine, et il imaginait mal son frère, son père et encore moins son grand-père lire la presse people. Il comprit la raison de la présence du magasine lorsqu'il déchiffra le titre.

L'ATTRAPEUR ET LA STATUE DE GLACE : l'enfant de notre Attrapeur national naîtra dans huit mois !

« Oh Merlin, marmonna-t-il avant d'exploser de rire. »

Si c'était vrai, Dorea était vraiment douée, parce que selon ses souvenirs, ils n'avaient pas partagé plus d'un demi-baiser. Son enfant… leur enfant oui. Dans huit mois ? Eh ! Mais c'était elle sur la photographie ! Elle semblait tellement perplexe, elle clignait des yeux avant de pencher la tête sur le côté avec un agacement visible, comme si le photographe était un insecte particulièrement nuisible. Mais quand est-ce que cette photographie avait été prise ? Elle ne lui en avait rien dit. L'enfant de notre Attrapeur national naîtra dans huit mois ! Pourquoi pensaient-ils tous qu'ils se mariaient pour des raisons pratiques aux antécédents sulfureux, hum ? Si seulement… Non, il n'avait pas pensé cela. Il n'empêche, songea-t-il en laissant le magasine sur le guéridon pour accrocher les affaires de Dorea dans le vestiaire à l'entrée. Si seulement il pouvait encore goûter à ses lèvres, vraiment cette fois-ci, et à son parfum citronné. Le goûter vraiment, le déguster et… Il faisait chaud d'un coup, non ?

« Maman ? Dorea ? appela-t-il comme il ne les voyaient pas dans la maison. »

Elles devaient être dehors, au fond du jardin, là où sa mère recevait ses invités. Il claqua la porte derrière lui et dévala les escaliers de la terrasse en les voyant derrière le Saule Pleureur de Fleurs.

« Nous sommes ici, Charlus ! l'appela sa mère. »

Il vit Dorea se retourner pour le voir, et lui sourit de plus belle. Il était bien mieux ici auprès d'elle que coincé à ce stupide pot pour un match amical. Il prit sur lui pour d'abord saluer sa mère et lui embrasser la joue avant de revenir à Dorea. Elle le regardait, un petit sourire tendre aux lèvres, bien plus léger et détendu que tous ceux qu'elle avait pu lui offrir par le passé. Il s'empara de sa main et l'embrassa avec toute la séduction qu'il put y mettre pour la voir rougir, et ceci marcha, puisque ses pommettes rosirent nettement.

« Dorea, souffla-t-il d'une voix rauque. »

Ses yeux gris pâle brillaient sous le soleil d'automne, comme deux pierres de cristal dans un cours d'eau. Il lâcha sa main à peine une seconde pour attraper une troisième chaise en ferraille qui reposait contre l'arbre et s'installer à côté de sa fiancée. Il l'entoura d'un bras, inspira discrètement son odeur citronnée en lui embrassant la tempe et se détendit enfin.

« Mon père n'est pas ici ? demanda-t-il pour relancer la conversation.

-Charlus, tu pourrais nous demander la permission de t'installer avec nous au lieu de t'imposer de la sorte, le réprimanda sa mère.

-Maman, râla-t-il, je me suis échappé le plus tôt possible de ce stupide pot pour vous retrouver. Tu ne peux pas me dire de partir. »

Ah ça non, il n'y retournerait pas. Il ramena même son bras vers lui pour rapprocher un peu plus Dorea de lui. Son épaule et le haut de son bras reposaient à présent sur son torse, et le haut de sa cuisse frôlait celui de Charlus. Elle avait prudemment gardé ses mains sur ses genoux, mais son petit sourire léger ne s'en était pas allé.

« Charlus, je reste ta mère, et Dorea est mon invitée. Je reste encore ici chez moi, et si je te demandais de nous laisser, comme j'ai prié ton père et ton grand-père de le faire, j'ose espérer que tu le ferais, fit-elle avec ce petit ton autoritaire qui n'avait jamais fonctionné avec Charlus.

-Donc heureusement que tu ne le feras pas, fit-il avec légèreté avant d'entendre Dorea tousser. Tout va bien, Dorea ? demanda-t-il immédiatement en prenant son verre d'eau sur la table pour le lui tendre.

-Hum, ne trouva-t-elle qu'à marmonner en s'emparant du verre d'eau.

-Non, je ne le ferais pas, mais cesse de prendre ce ton avec moi, nom de nom, le réprimanda sa mère. Tu as envoyé une lettre à Ignatius pour le prévenir de rentrer à temps pour le mariage ? »

Ah oui, il fallait qu'il le fasse. Ignatius était parti vendredi matin, comme convenu, mais Charlus avait oublié de lui donner la date à laquelle le mariage était prévu.

« Je le ferai demain, lui dit Charlus.

-Tu es sûr de ne pas vouloir demander à ton frère d'être ton témoin ? demanda Mrs Potter en pinçant les lèvres avec contrariété. »

Pas encore cette discussion, non. Darius ne lui adressait plus un mot depuis que Charlus avait annoncé ses fiançailles, alors lui demander d'être son témoin n'aurait été pris que comme un affront et une moquerie par son grand frère. Merci bien. Il avait assez de problèmes à gérer en ce moment. Et puis de toute façon, lorsque la question s'était posée, Charlus avait tout de suite pensé à Ignatius. Alors la question était réglée. Sa mère ne l'entendait pas de cette oreille, et elle insistait depuis vendredi soir pour le faire changer d'avis.

« C'est lui qui ne voudra pas, lui rappela Charlus.

-Vous vous êtes disputés ? demanda innocemment Dorea.

-Un peu, fit Charlus avec un geste agacé de la main pour lui faire comprendre qu'il ne fallait pas s'étendre sur le sujet. Mais surtout, je préfère que mon meilleur ami soit mon témoin. Et toi, Dorea, qui sera ta demoiselle d'honneur ? Ta cousine Lucretia je suppose ?

-Euh… Je n'y ai pas encore réfléchi, avoua-t-elle en haussant les épaules. Mais je suppose que oui. Ou ma sœur peut-être. Je dois en parler à ma mère. »

Ah non. C'était sa décision, pas celle de sa mère. C'était de Lucretia dont elle était la plus proche, ceci semblait plutôt évident, non ? Il ne l'avait jamais vue avec sa sœur en tout cas.

« Ignatius s'entendrait mieux avec ta cousine, j'en suis sûr, insista-t-il subtilement.

-Mais enfin, Charlus, s'emporta sa mère. Laisse Dorea choisir sa demoiselle d'honneur sans t'en mêler, nom de nom ! Elle pourrait choisir Morgane que tu n'aurais rien à y redire !

-Non, non, c'est bon, je… voulut intervenir Dorea. »

Oh c'était parfait. Si sa mère prenait la défense de Dorea, c'était obligatoirement parce qu'elle l'appréciait et qu'elle approuvait à présent ses fiançailles. Enfin ! Il se mit à rire de joie, surtout lorsque sa mère eut compris combien elle s'était trahie et qu'elle eut détourné la tête avec un soupir agacé.

« Mais bien sûr que Dorea fait ce qu'elle veut, Maman, je donne juste mon avis, fit-il en remplissant le verre de Dorea d'eau pour le boire lui-même. »

C'est qu'il avait soif après toutes ces émotions.

« Dorea, puisque nous évoquons le mariage, reprit sa mère et Charlus se contenta de regarder sa fiancée répondre, je voulais vous demander si je pouvais vous aider en quoique ce soit. Je n'ai pas de fille avec laquelle j'aurais pu préparer une cérémonie, et mon fils aîné semble contre l'idée d'un mariage avant de nombreuses années. Me permettriez-vous de vous apporter mon aide ?

-Eh bien, sûrement. Mais avec Ste-Mangouste…

-Mes week-ends sont tout à fait libres, sauf les deuxièmes et troisièmes de chaque mois. D'ailleurs, vous resterez à la réception que je donne ce soir ? Chacun des premiers samedi ou dimanche de chaque mois, j'invite quelques uns de mes amis, en fin d'après-midi pour une partie de Cricdditch, puis ils restent souper. »

Merci Maman. Il pourrait l'avoir rien que pour lui, sans Mr et Mrs Black pour mener leur surveillance de Détraqueurs autour de Dorea. Dorea se jeta sur son verre pour occuper ses mains le temps de réfléchir, ou plutôt de montrer qu'elle pesait les mots de sa mère. Elle sirotait son verre comme elle l'avait fait avec sa Bièreaubeurre au stade.

« Dorea, tout va bien ? lui demanda sa mère en haussant un sourcil intrigué. »

Ah ! Sa mère n'avait pas encore éprouvé l'incertitude permanente de Dorea !

« Oui, oui. Je… C'est ma mère.

-Oh, vous voulez prévenir votre mère, comprit Annabella Potter. Bien sûr, où avais-je la tête. Charlus va vous accompagner à l'intérieur pour rédiger un parchemin à vos parents. A moins que vous ne préfèreriez les contacter par poudre de Cheminette ? »

Oh ce regard insistant qui signifiait clairement : je sais que je te donne un coup de pouce, ne me le fais pas regretter et profites-en, garnement. Pas de souci, merci Maman !

Elle ne pouvait plus hésiter, là, si ? Il chercha à la faire revenir avec eux en posant sa main libre sur les siennes pour attirer son attention. Elle releva ses yeux gris d'eau vers lui, et un simple petit sourire la convainquit.

« Nous allons faire cela, accepta-t-elle en lui souriant en retour.

-Viens Dorea, je t'emmène, lui proposa-t-il en se levant. Alors, parchemin ou poudre de Cheminette ? demanda-t-il retournant loger son bras autour de sa taille pour l'avoir au plus près de lui.

-Je ne sais si mes parents accepteront, souffla-t-elle.

-Alors parchemin, choisit-il avec amusement. Ils n'auront pas le temps de refuser quoi que ce soit vu qu'il est presque dix-sept heures, le hibou mettra au moins une heure pour arriver à Londres, et les amis de ma mère arrivent dans une demi-heure. »

Il ramena sagement son bras devant lui pour l'aider à monter les marches jusqu'à la terrasse, puis il passa devant elle pour la guider dans le couloir de la maison jusqu'à atteindre le grand hall d'entrée.

« D'accord, entendit-il vaguement. »

Seuls. Enfin seuls. Merlin. Il n'en espérait plus tant ! Il l'attira à lui au milieu du grand hall et crut perdre la tête lorsqu'elle posa ses mains sur son torse à peine couvert par ses vêtements avant de relever un regard si peu innocent vers lui.

Il en était venu à la conclusion qu'elle était encore innocente des choses de l'amour, comme disait pudiquement Ignatius, mais son regard si… dilaté braqué sur ses lèvres, dans l'attente évidente de ce qui devait suivre le fit douter un instant. Après tout, il l'avait déjà vue seule sur le Chemin de Traverse. Et puis Poudlard était plutôt grand et loin des yeux parentaux. Oh oui, elle savait qu'il allait l'embrasser et ce qui s'en suivrait si elle ne l'arrêtait pas. Elle le priait même de le faire avec un pareil regard enflammé, non ?

« Nous laissera-t-on enfin nous embrasser ? souffla-t-il à quelques centimètres de sa bouche. »

C'était un souhait pour l'univers et une prière pour elle. Il mourait d'envie de retrouver le contact doux et caressant de ses lèvres sur les siennes. Il ne tenait plus. Leur tête à tête lui faisait perdre la tête, justement. Il ne pensait plus vraiment à des valeurs d'honneur ou autre, tout focalisé qu'il l'était sur la bouche suppliante de Dorea et sur ses pommettes flamboyantes.

« Est-ce convenable ? essaya-t-elle de protester en pliant ses bras pour se rapprocher de lui.

-Ne veux-tu pas sortir de ce carcan de bienséance ? souffla-t-il en enfouissant ses mains dans son chignon défait. »

Oh ce toucher, c'était si… si…

« Sûre… sûrement, répondit-elle avec difficulté. »

S'il te plaît ma Dorea, dis-moi de t'embrasser, je n'y tiens plus, voulut-il dire, mais il prit sur lui pour ne pas la mettre dos au mur. Il ne l'avait pas poussée contre les tapisseries pour une bonne raison, il voulait qu'elle initie cette fois-ci le mouvement. Il voulait son choix, dans ses mains et sur sa bouche. Et pas celui de quelqu'un d'autre.

« Sûrement peut-être, ou sûrement c'est sûr ? demanda-t-il avec douceur. »

Il la regarda avaler discrètement sa salive, avant de baisser les yeux sur ses lèvres à nouveau, la faisant presque loucher.

Puis elle fut contre lui, sur ses lèvres, leurs bouches enfin unies, en un seul et simple baiser.

Enfin.

C'était encore mieux que trois semaines plus tôt, au mariage d'Ambuela. Le souvenir de ce baiser était bien pâle en comparaison de la réalité. Il enfonça plus encore ses mains dans ses cheveux, faufilant ses doigts entre ses épingles à chignon pour lui faire pencher légèrement la tête en arrière et pouvoir agrémenter leur baiser d'une touche plus sensuelle. Il se perdait contre ses lèvres et dans sa bouche, fondait sous ses doigts audacieux qui arpentaient son dos et venaient jouer avec les cheveux de sa nuque. Il s'enflammait au contact de sa poitrine ferme contre son torse. Plus rien, il n'y avait plus rien d'autre qu'elle et le ballet de leurs cœurs battant la chamade dans leurs corps. Il entendit son souffle laborieux lorsqu'elle rompit le lien de leurs bouches et il en profita pour goûter sa peau citronnée du bout de ses lèvres. Sa joue était douce et acidulée, sa gorge tendre et savoureuse, son épaule anguleuse et dure, sa poitrine ferme et…

« Charlus, qu'est-ce que… crut-il entendre avant… »

Est-ce que c'était sa mâchoire qui avait craqué sous la main agile de Dorea ? Ou bien seulement le claquement peau à peau qui avait résonné de la sorte ?

La voir porter ses mains à sa bouche, les yeux écarquillés d'horreur à deux pas de lui, s'éloigner puis revenir le laissa si stupéfait qu'il ne parvint même pas à jurer. Oh la vilaine, oh la…

« Oh Merlin, pardonnez-moi je… J'ai paniqué et… Mais que vous prend-il aussi de faire ça ici et maintenant ? Je vous accorde un privilège, et vous m'en demandez mille de plus ! paniqua-t-elle. Et vous là et… Mais pourquoi ricanez-vous ? Je… »

Oh Merlin, elle était unique. Le lieu ne convenait pas à la demoiselle, rien que ça ? Mais pas de problème, il l'invitait à Flaquemare dans leur futur chez eux tout de suite ! Ils étreindraient leur lit quelques semaines avant la date convenue, comme un grand nombre avant eux, tout le monde serait content et lui ne serait peut-être plus autant frustré. Quoique. Ce serait peut-être encore pire de ne l'avoir qu'une seule fois avant leur mariage, à y réfléchir. Oh bon sang, tout de même, pourquoi n'était-elle pas réellement enceinte, comme le disait Sorcière Hebdo ? Il aurait pu faire avancer le mariage au mois d'octobre !

« Si cette journaliste qui a écrit ce stupide article avait vu cette reprise à l'ordre, elle n'aurait jamais écrit que tu t'étais compromise, préféra-t-il se moquer d'elle en la prenant dans ses bras.

-Parce que vous avez vu cet article, et vous ne m'avez pas prévenue ? s'offusqua-t-elle en enfouissant son nez dans son cou, signe manifeste qu'elle n'était pas fâchée.

-Le magasine était sur le guéridon du salon de mes parents lorsque je suis entré, expliqua-t-il sans la perdre de vue. On va dire que le titre m'a donné des idées, finit-il à mi-voix à son oreille. »

La tape qu'elle lui administra sur le torse manqua de le faire dérailler de nouveau.

« Je ne vous permets pas, Mr Potter, ne trouva-t-elle qu'à commenter dans sa fierté outragée.

-Oh je l'ai compris bien plus que nécessaire, se moqua-t-il de lui-même cette fois. Je serai on ne peut plus sage jusqu'à la cérémonie, je te le promets ma Dorea, lui jura-t-il sottement avant de lui embrasser le haut du crâne. »

Il ne tiendrait jamais trois foutus mois. C'était impossible. Esméralda avait tout ravagé sur son passage. Il n'avait pas pu regarder une femme dans les yeux pendant des semaines après leur rupture, et il n'avait pas pu en toucher non plus. Il se rappelait la dernière fois où il avait couché avec elle, l'espèce de non-plaisir mêlé de honte qu'il en avait ressenti tout du long et le dégoût qui s'était logé dans sa gorge aussitôt après.

Dorea avait effacé tout cela par un gentil sourire crispé et naïf. Elle l'avait regardé comme une personne, un esprit capable de comprendre ce qu'elle lui expliquait sur les serpents alors qu'il était loin de suivre tout ce qu'elle disait. Elle n'avait pas minaudé avec lui. Elle l'avait attiré à l'écart non pour prendre du plaisir, mais pour lui parler, discuter avec lui de tout autre chose que le Quidditch. S'il avait été désappointé au début, intrigué et clairement contrarié, il avait fini par apprécier sa façon de parler de choses improbables et ses réactions surprenantes. Peu de choses, j'ai appris l'arabe. Il avait cru l'embrasser en juillet, ivre comme il l'était. Franchement, il se demandait encore comment il avait pu confondre Dorea avec la petite Cracmol à cause d'un peu de Whiskey-Pur-Feu. Et puis, ceci n'avait même pas été un baiser. C'était mille fois plus doux, un baiser de Dorea.

« Mais je t'en prie, laisse-moi t'embrasser, c'est une torture de t'avoir près de moi sans pouvoir le faire, ajouta-t-il.

-Da… D'accord, bafouilla-t-elle. »

Il resserra ses bras autour d'elle pour la presser contre lui. Sa fiancée. Sa sorcière à lui. Rien qu'à lui. Pour toujours. Une petite douceur à choyer et à admirer. Une femme pour la vie avec une tête bien faite et une jolie bouche toute attractive. Une femme qui lui avait dit oui, oui au mariage, oui pour la vie, oui pour tout partager avec lui et lui offrir une famille et un foyer.

Elle se tortilla dans ses bras, et il cessa de caresser ses cheveux pour la regarder se prendre la tête entre les mains. Elle fermait les yeux douloureusement et respirait laborieusement.

« Dorea ? Tout va bien ? s'inquiéta-t-il.

-Migraine, marmonna-t-elle pour toute réponse.

-Oh, euh, veux-tu t'allonger ? proposa-t-il maladroitement. Ou que j'aille chercher ma mère pour qu'elle te donne une potion antidouleur ?

-Juste… Juste du silence, deux minutes, marmonna-t-elle en se massant les tempes du bout des doigts. »

Elle se laissa mener au salon où il l'aida à s'asseoir sur le canapé. Il fit monter et descendre sa main dans le dos de sa fiancée pour l'aider à se détendre et garda le silence, comme elle le lui avait demandé. Il n'y avait pas un bruit dans la pièce, mis à part le tic tac de l'horloge, que Dorea s'empressa d'assourdir distraitement. Il guetta un signe sur son visage lui indiquant que son mal de crâne reculait pendant de longues minutes. C'était possible de faire des migraines si… rapidement ? Et si douloureuses ? Et s'attendre à ce qu'elles partent comme ça ? Avec quelques minutes de silence ?

« C'est mieux, ça va mieux, dit-elle enfin en rouvrant les yeux.

-Tu as souvent des migraines ? demanda-t-il sans la lâcher du regard.

-Parfois, ce n'est rien. Il me faut juste un peu de silence et elle disparaît, répondit-elle évasivement. Alors ce parchemin, où puis-je l'écrire ? demanda-t-elle en regardant autour d'elle.

-Tu es sûre que tu ne veux pas que j'aille chercher ma mère ? C'est peut-être grave, insista-t-il.

-Ce n'est qu'une migraine, Charlus, fit-elle en haussant un sourcil étonné. Tout le monde peut avoir une migraine. Ce parchemin ? insista-t-elle. »

Il avait pourtant toujours entendu sa mère parler de migraines longues et douloureuses, qui ne passaient qu'en étant enfermé dans une pièce sombre et silencieuse pendant plusieurs heures… Enfin, Dorea devait savoir. Il se leva du fauteuil, ouvrit la vitrine pour en tirer le rouleau de parchemin qu'il coupa proprement et prit une plume et de l'encre dans le tiroir du meuble. Il posa le tout sur le guéridon et regarda Dorea s'activer à la tâche. Son écriture souple et régulière, un peu ronde, s'étala sur le parchemin au son du grattement de la plume.

Cher Père, chère Maman,

Mrs Potter est d'une extrême gentillesse et d'un bon sens peu commun. Elle m'a invitée à rester à la réception qu'elle organise ce soir pour ses amis. Je n'ai pu refuser au risque de la froisser ou pire, de me montrer insolente. J'essayerai de rentrer pour dix heures au plus tard.

Avec mes sentiments filiaux les plus respectueux,

Dorea Black.

« Avec mes sentiments filiaux les plus respectueux ? releva Charlus sans pouvoir se retenir.

-Ne lisez pas mon courrier ! s'offusqua-t-elle en agitant le parchemin pour le faire sécher loin de ses yeux.

-Parce que tu as quelque chose à cacher ? se moqua-t-il à nouveau.

-Parce que cela ne se fait pas, répliqua-t-elle en détournant la tête de cette manière hautaine qu'elle maîtrisait bien.

-Même si tu es ma fiancée ? la provoqua-t-il un peu plus.

-Surtout lorsque je serai votre épouse, rétorqua-t-elle en pliant la lettre. »

Elle ôta la chevalière de son doigt, prit l'une des bougies, laissa de la cire couler et appliqua la chevalière dessus proprement.

« Non, mais mes sentiments filiaux les plus respectueux, qui écrit encore ça, Dorea ? insista-t-il sans pouvoir s'empêcher de rire.

-Que voulez-vous que j'écrive d'autre, Mr Potter ? s'agaça-t-elle.

-Je vous aime, proposa-t-il avec évidence. »

Le petit mépris qui tordit sa bouche lui indiqua plutôt clairement qu'il avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas. Il se rappela un instant l'opinion de Dorea sur l'amour et se demanda ce qu'elle avait vraiment voulu dire par là. Aimer ses enfants, soit. Mais aimer un époux, il vaut mieux attendre quelques mois de mariage pour le savoir, non ? Aimer ses enfants, soit… Soit ? Comme si c'était une possibilité ?

« Ce ne sont pas des choses qui s'écrivent, marmonna-t-elle sans le regarder dans les yeux. »

Ce n'était pas une question de possibilité mais plus une question de… pudeur ? Tout de même, c'était étonnant. Il signait toujours ses lettres de la sorte lorsqu'il écrivait à ses parents.

« Vraiment ? insista-t-il. J'espère que tu laisseras nos enfants nous l'écrire lorsqu'ils seront à Poudlard. »

Elle s'immobilisa deux secondes avant de secouer encore plus vivement le parchemin pour le faire sécher. Il savait qu'il s'aventurait sur une pente glissante, qu'elle pourrait rebondir sur leurs propres sentiments, et il n'était pas sûr de pouvoir lui faire une vraie déclaration comme il en avait pourtant rêvé ces derniers jours. Que c'était ironique ! Il était enfin seul avec elle, et il ne parvenait pas à se confier à elle et à lui expliquer sa demande en mariage des plus… imprévues.

Merlin. Ce n'était pas le problème. Certes, ils étaient fiancés, la date du mariage était déjà fixée et… avoir des enfants avec elle ne lui avait jamais paru aussi évident qu'à l'instant et pourtant… C'était peut-être trop audacieux de sa part de…

« Ils n'auront peut-être pas envie de vous le dire, le provoqua-t-elle.

-Si tu les en empêcheras, certes non, répliqua-t-il avec soulagement. Mais c'est toi qui en seras malheureuse, dit-il l'air de rien en rangeant l'encre et la plume. »

Il referma doucement le tiroir pour entendre sa réponse. Il s'attendait à ce qu'elle renchérisse d'une manière ou d'une autre, mais pas à ce qu'elle lui réponde du bout des lèvres en relevant des yeux timides vers lui.

« Ils feront ce qu'ils voudront. »

Elle l'affirmait ou elle le lui demandait ? Que voulait-elle dire par là ? Est-ce qu'elle lui proposait subtilement une manière de les élever ? différente de la manière dont elle avait grandi, surveillée en permanence par ses parents ? Est-ce que… Est-ce qu'elle lui proposait ce qu'elle voulait, d'elle-même, sans penser à ce que ses parents voulaient ? Elle voulait s'impliquer dans leur foyer, et ne pas reproduire le schéma autoritaire que Cygnus Black avait instauré ?

Elle voulait… Elle voulait vraiment vivre avec lui, construire avec lui et non se contenter d'être auprès de lui, c'est ça ?

« Et toi, tu ne me l'écriras pas ? demanda-t-il sans réfléchir en venant prendre ses mains.

-Que… Comment ? bafouilla-t-elle. »

Ses grands yeux gris envoûtant écarquillés de panique et d'effroi restèrent fixés dans les siens un bref instant avant de cligner et de chercher précipitamment une échappatoire. Elle se mit à trembler, d'abord des mains, puis des bras et même des dents. Il se mit même à craindre que ses jambes la lâchent tant sa question semblait l'avoir déstabilisée. Il s'était peut-être un peu emporté. Elle lui avait pourtant dit sa manière de voir l'amour et il savait qu'elle était pudique. Mais… Mais elle lui avait vraiment donné l'occasion d'en discuter et…

« Eh, Dorea, calme-toi, tout va bien, lui dit-il doucement en venant poser ses mains de chaque côté de son visage. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise ou…

-Je ne suis pas mal à l'aise, rétorqua-t-elle en se dégageant fébrilement de lui. Et toute cette conversation est déplacée. Nous ne devrions même pas être seuls en tête à tête. Et il faut que je donne cette lettre à un hibou. Pouvez-vous me prêter le vôtre ? lui demanda-t-elle précipitamment. »

Pas mal à l'aise ? En panique complète alors. Il siffla entre ses dents sans la quitter du regard, entendit distraitement son gros hibou Arnold s'étaler sur la table quelques secondes plus tard. Elle pouvait bien être pudique, mais tout de même. Ils étaient en tête à tête, personne pour les juger ou rapporter ce qu'ils se diraient… et puis, elle n'était pas très bien placée pour le lui reprocher. S'il se souvenait bien, c'était elle qui l'avait prié de leur trouver un coin tranquille au mariage d'Ambuela. Si le fait qu'ils soient fiancés changeait la donne pour elle, ceci se faisait d'une manière assez paradoxale.

« Dorea, soupira-t-il lorsque le hibou fut ressorti avec la lettre de Dorea. Ne t'emporte pas ainsi. Je ne t'ai pas isolée avec moi, tu m'as suivie de toi-même. Si nous retrouver en tête à tête te met si mal à l'aise, qu'en sera-t-il lorsque nous serons mariés ? »

Il voyait sa poitrine se soulever de manière saccadée, avec affolement, mais au moins elle ne fuyait plus son regard.

« Lorsque nous serons mariés, reprit-elle lentement, nous… nous serons mariés. »

Certes ?

« Je veux dire par là que les choses seront différentes, que je pourrai vous parler plus librement sans craindre une réprimande de mes parents, que…

-Tu as vingt-trois ans, Dorea, la coupa-t-il en hallucinant. »

Un sursaut de rire cynique vrilla l'air.

« Mon père est Cygnus Black, Charlus, vous l'avez rencontré, non ? lui rappela-t-elle son visage de glace de retour. Et ma mère est obnubilée par l'idée de faire de moi une jeune fille accomplie, ce dont je n'ai toujours pas tout à fait saisi la définition. J'ai… J'ai grandi avec certaines règles, certains principes de conduites dont je ne peux me défaire en deux coups de baguette. J'apprécie… »

Ah non, qu'elle ne s'interrompe pas ! Pas alors qu'elle s'était si bien lancée !

« Tu apprécies ? la relança-t-il.

-Je t'apprécie, souffla Dorea avec un soulagement visible puisque ses épaules s'affaissèrent de plusieurs centimètres.

-Tu m'apprécies ? releva-t-il en haussant les sourcils.

Donc pas « je t'aime » mais « je t'apprécie » ? C'était ce qu'elle voulait dire ? Il pouvait laisser son cœur s'échapper de son torse ou bien était-ce encore autre chose ?

« Je t'apprécie tel que tu es, et je t'apprécierai tel que tu es et seras, insista-t-elle. J'apprécie ton caractère et tes manières moins… rigides, souffla-t-elle en rougissant d'embarras, que celles dont j'ai l'habitude, mais ne m'en demande pas trop avant la cérémonie, s'il te plaît, insista-t-elle. »

Donc il avait bien compris. Elle aimait ses manières légères, et l'attitude stricte qu'elle adoptait venait du poids du regard de ses parents… puisque là, le masque était tombé : je t'apprécie.

« Tu m'as enfin tutoyé, souffla-t-il en venant s'emparer de son visage pour l'embrasser. »

C'était encore meilleur que l'instant d'avant. Elle avait fait sauter la retenue qui l'emprisonnait et elle se glissait contre lui avec toutes leurs maladresses mises en confrontation. Comme si… Comme si elle voulait oublier tout, où ils étaient et qui ils étaient. Elle le laissait passer ses mains sur sa nuque, dans son dos et même entre ses reins.

Puis à nouveau, elle le repoussa. Oh pas de gifle, cette fois. Un simple éloignement, mais fort contrariant. Ses jurons l'amusèrent particulièrement, surtout quand elle les accompagna d'un relevé du menton tout hautain. Il leva les yeux au ciel, de plus en plus perplexe… Et tomba face à sa mère. Merlin.

« Ah, Maman. Tu n'aurais pas pu arriver quelques secondes plus tard pour éviter une situation gênante ? râla-t-il avec exagération pour cacher son malaise.

-Mr Potter, chuchota furieusement Dorea entre ses dents. »

Aïe, elle était vraiment contrariée pour qu'elle se remette à l'appeler de manière si formelle. Ou bien était-ce la présence de sa mère ?

« Oui Dorea ? Oh, sortons, proposa-t-il en posant sa main dans le bas de son dos, pour la faire avancer. Tes amis ne devraient plus tarder à présent, Maman, non ? »

Il fallait juste sortir de cette pièce et trouver un autre sujet de discussion. Le sourire narquois de sa mère en disait long sur les remarques taquines qu'il recevrait après le départ de Dorea.

.

Il était resté bien sagement avec Dorea toute la soirée. Il ne l'avait pas lâchée des yeux de toute la partie de Cricdditch. II savait que sa magie était puissante, mais son Ventus avait tout de même fait éclater toutes les positions des autres joueurs, et l'une des balles avait failli entrer en collision avec son joli nez. Heureusement qu'il était Attrapeur et qu'il l'avait attrapée avant l'impact.

Elle avait passé son temps à le déstabiliser.

« Alors, j'ai fait un joli coup, dis-moi ? avait-il demandé avec impatience.

-Je ne sais, avait-elle dit distraitement.

-Comment ? J'ai fait passer trois anneaux à la balle ! s'était-il exclamé avec stupeur.

-J'imagine que c'est bien, lui avait-elle dit.

-Bien sûr que c'est bien ! Mais c'est surtout ce rebond qui était fabuleux !

-Certainement, n'avait-elle trouvé qu'à lui dire. »

C'était sûrement de la taquinerie, maintenant qu'il y pensait.

« … un si joli couple ! Ils forment un si joli couple ! Oh, que j'ai hâte d'être à leur mariage ! Leurs enfants seront beaux comme des anges ! avait jacassé cette romantique de Tante Falbala.

-Eh bien, Dorea, avait-il commencé pour montrer son admiration.

-Faites-la taire, ou je m'en vais, avait-elle chuchoté furieusement en rougissant de colère.

-N'y faites pas attention, ma tante est une pipelette, mais…

-Je ne me répèterai pas, avait-elle sifflé et Charlus avait vraiment eu peur qu'elle disparaisse en un mouvement de cape. »

Puis Oncle Willem avait embrassé Tante Falbala pour la faire taire, et l'état de stupeur de Dorea, avait fait encore plus peur à Charlus. Il avait tenté d'expliquer la situation. Et la réponse de Dorea l'avait sonné.

« Mon oncle use de ses charmes sur son épouse en dernier recours quand il n'arrive pas à la faire taire. Mais sois sûre qu'elle ne dira plus un mot de la soirée.

-N'essaie jamais de me faire taire de cette manière.

-Pro… promis. »

La faire taire, elle n'y voyait pas d'inconvénient, mais avec un baiser, non ? Et puis elle était plus contrariée qu'autre chose, et toute gêne s'était envolée ? Il ne la suivait pas parfois. On lui disait souvent qu'il avait trop d'énergie, qu'il partait en tout sens et qu'on ne pouvait pas le suivre. Mais si lui c'était dans le sens physique, Dorea l'était dans le sens… de ses pensées et des émotions.

Mais ce qui l'avait le plus surpris, ce n'était pas encore cela. C'était la franchise sans plus aucune retenue qu'elle avait adoptée lorsqu'ils avaient pu discuter rien que tous les deux à mi-voix.

« Vous n'aimeriez pas me regarder de cette manière ? lui avait-il demandé à l'oreille en désignant le regard admiratif de Tante Falbala pour son mari.

-Vous auriez dû demander la main d'une idiote si vous vouliez être contemplé comme la huitième merveille du monde sorcier, avait-elle répondu distraitement. Je ne suis ni votre supporter ni en admiration devant vous, Charlus, s'était-elle expliquée. Je suis votre fiancée. Je reconnais votre talent au Quidditch, je vais même dire qu'il m'impressionne, mais je ne vous épouse pas pour cela, avait-elle-même continué comme il n'avait pas réussi à formuler de réponse.

-Je pense que je dois être rassuré, avait-il avoué en se souvenant qu'elle n'avait en effet que peu parlé de Quidditch avec lui.

-Ai-je dis quelque chose qu'il ne fallait pas ? avait-elle osé demander, en ne se rendant apparemment pas compte qu'elle adoptait un ton bien trop franc pour être taquin, et qu'elle tenait des propos trop… moqueurs pour être pris avec soulagement ou plaisir.

-Je me disais juste que tu… avait-il commencé en buttant sur la barrière du tutoiement-vouvoiement qui ne lui avait jamais posé problème jusqu'alors. …que vous aviez bien appliqué la transparence que je vous demandais jeudi dernier.

-Personne ne nous écoute, je peux bien accéder à cette exigence, avait-elle répondu avec quelque chose comme de la fierté. »

Et à table… Même si elle ne parlait pas beaucoup depuis le début du repas, elle avait su entretenir un minimum la conversation avec Raphael sur les avancées techniques des balais, alors qu'elle n'y connaissait absolument rien. Et puis, elle l'écoutait. Du moins, elle n'avait pas ce regard pensif qui indiquait clairement qu'elle était dans ses pensées et non avec la compagnie humaine autour d'elle. Et elle le laissait tenir le bout de ses doigts

« … Donc j'ai finalement un entrainement dans huit jours, pour entretenir un minimum le corps et la technique, et trois autres dans trois semaines avant un match en Allemagne contre l'équipe des Wurst de Wittelburg, l'équipe bavaroise. »

Elle hocha la tête en le gratifiant d'un autre de ses sourires timides. Tout de même, elle pourrait lui répondre oralement. Elle ne semblait pas boire ses paroles, mais l'écouter avec un simple intérêt. C'était mieux, bien sûr. Mais c'était déstabilisant.

« Tout… tout va bien Dorea ? lui demanda-t-il finalement lorsque le thé fut servi.

-Bien sûr, pourquoi cette question ? demanda-t-elle d'une voix très douce.

-Tu ne dis rien depuis tout à l'heure, remarqua-t-il.

-Je vous écoute, lui dit-elle.

-Mais… Tu n'as rien à me dire ? insista-t-il. »

Elle laissa quelques secondes de silences passer avant de lui sourire à nouveau. Ah ça, il avait réussi à adoucir la froideur de son visage, mais en contrepartie, elle ne parlait plus.

« Non, je vous écoute, lui dit-elle.

-Tu es sûre ? insista-t-il en se demandant pourquoi il était tombée sur une fille aussi compliquée.

-Oui je suis sûre, il faudrait que je prenne en note les dates de vos matchs pour me libérer et venir vous encourager, lui dit-elle. »

Elle ne pourrait pas lui parler un peu d'elle à la place ?

« Je t'enverrai un hibou, ce sera plus simple, lui répondit-il distraitement. Mais tu es sûre que tout va bien ? Je veux dire, tu ne veux pas me parler un peu de… »

Merci Maman ! Il avait perdu l'attention de Dorea parce qu'Annabella Potter insistait auprès de son mari pour danser, comme elle aimait le faire après chaque repas pour lequel elle avait invité quelques personnes.

« Dorea ? »

Mais non, elle regardait les parents de Charlus se lever, Mrs Volentrain s'installer au piano et les Greengrass entamer quelques pas de danse.

« Mais Dorea, tu es sûre que…

-Je suis sûre que je veux danser, dit-elle impérieusement en lui tendant sa main. »

Enfin ! Enfin elle lui demandait quelque chose ! Il s'empressa d'accéder à sa demande et de l'entraîner un peu à côté de la table pour avoir assez de place pour la faire valser. Il avait pris plaisir à danser avec elle les fois précédentes, mais c'était encore différent ce soir. Elle semblait se laisser aller et perdre de plus en plus la glace qui la figeait. Elle lui souriait comme trois jours plus tôt, lorsqu'elle lui avait ouvert la porte du 12, Square Grimmaurd, juste avant de lui donner sa réponse pour sa demande en mariage.

Puis elle devint molle dans ses bras, et il vit ses yeux se révulser avant qu'elle ne bascule en arrière. Il parvint tout juste à glisser la main qui tenait la sienne derrière sa nuque, et à la maintenir debout grâce au bras qui entourait sa taille.

« Dorea ! Dorea ! Eh, que t'arrive-t-il ? Reste avec moi ! »

Il l'assit sur la première chaise qu'il aperçut et posa ses mains sur son visage pour l'empêcher de glisser. Sa respiration sifflante l'inquiéta un peu plus et il comprit à moitié le mot « Migraine » marmonné par la bouche de Dorea. Elle respirait lentement et profondément sans tenir compte de l'affolement de Charlus et des autres invités, alertés par la panique visible de Charlus.

« Dorea ! Dorea ! C'est encore ces migraines ? Merlin, Dorea, réponds-moi ! s'exclama-t-il en se mettant à genoux devant elle pour chercher son regard, mais elle avait fermé les yeux.

-Charlus ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda la voix de sa mère derrière lui. »

Il tourna la tête vers sa mère. Son père était derrière elle, et les autres invités aussi. Mrs Volentrain avait même délaissé le piano pour les rejoindre.

« Dorea fait des migraines. Elles viennent d'un coup et puis disparaissent rapidement, expliqua-t-il en quelques mots. Tu n'as pas quelque chose à lui donner ? Une potion contre la douleur ou…

-Je ne peux pas lui donner quelque chose sans l'examiner, Charlus, protesta sa mère.

-Mais elle a mal, Maman ! protesta-t-il. »

Sa mère regarda Dorea avec attention, Dorea qui se raccrochait à sa baguette et respirait toujours profondément. Elle fit finalement apparaître l'un des flacons qu'elle gardait dans sa salle de bain dans sa main, le versa dans un verre avec un peu d'eau et le mit dans les mains de sa fiancée. Dorea comprit rapidement ce qu'il se passait puisqu'elle but le verre de potion d'un trait.

Charlus attendit. Le visage de Dorea reprenait vaguement des couleurs et sa respiration perdait son sifflement effrayant. Elle finit enfin par ouvrir les yeux. Elle put même lui sourire chaleureusement.

« Bon Dieu Dorea, peux-tu m'expliquer ce que ces migraines veulent dire ? s'enflamma-t-il. Des migraines pareilles, c'est peut-être grave ! »

Il la vit agiter sa baguette distraitement, mais ne s'en formalisa pas.

« Ma mère va t'examiner, décida-t-il. Cela fait deux fois aujourd'hui, tu ne peux pas rester comme ça et…

-C'est passé, Charlus, tout va bien, ce n'est qu'une migraine, essaya-t-elle de le rassurer. »

Elle eut le culot de se lever aussitôt, de perdre le peu de couleurs qu'elle avait retrouvé et de s'agacer en voyant l'inquiétude de la petite foule devant elle.

« Dorea, je veux que ma mère t'examine tout de suite, insista-t-il en la faisant rasseoir avec autorité. Des migraines aussi promptes et aussi courtes, ce n'est pas normal, martela-t-il alors qu'elle tentait de se relever.

-Eh bien attendez que nous soyons mariés, parce que je ne dépends pas encore de votre autorité, répliqua-t-elle d'un ton sec. »

Il eut un mouvement de recul. Qu'est-ce que… Mais il s'inquiétait, nom de nom ! Ce n'était pas une question d'autorité ! Et puis de quel droit…

« D'ailleurs, quelle heure est-il ? demanda-t-elle en cherchant l'horloge des yeux. Minuit ! Par Morgane, vous auriez pu me prévenir, Charlus, lui reprocha-t-elle et il hallucina toute bonnement. Je vais encore… Je vous remercie mille fois pour ce dîner, mais je m'excuse, Mr et Mrs Potter, reprit-elle avec empressement, car je dois prendre congé. J'ai deux heures de retard sur l'heure que j'avais donnée à mes parents, ils doivent s'inquiéter, dit-elle en allant chercher sa cape et son chapeau au vestiaire. Puis-je vous emprunter de la poudre de Cheminette ? demanda-t-elle en accrochant sa cape. »

C'était surréaliste ! Elle s'était presque évanouie sous le coup de la douleur, et elle ne pensait qu'à rentrer au plus vite chez ses parents ? Elle devait revoir ses priorités !

« Dorea, restez-ici, la prévint-il en lui attrapant le bras pour l'immobiliser.

-Si vous tenez à ce mariage, je vous conseille de me laisser rentrer chez moi incessamment, chuchota-t-elle furieusement.

-Vous rompriez nos fiançailles ? souffla-t-il avec stupéfaction.

-Mon père le ferait rien que pour prendre plaisir à nous contrarier et montrer que tout dépend de lui, siffla-t-elle.

-Et vous le laisseriez faire ?

-Si je ne suis plus là pour parler, la force des choses le fera, lui dit-elle d'un ton si mauvais qu'il se demanda un instant ce que cachait vraiment cette phrase.

-Si c'est une jolie phrase pour dire qu'il va vous tuer…

-C'en est une, et elle est à comprendre mot pour mot. Mon père est Cygnus Black, je vous l'ai déjà répété aujourd'hui et vous le savez. »

Son ton était tellement sec et son visage tellement impassible qu'il perdit un instant ses moyens. Elle avait peur ou elle était en colère ? Et puis il sentait le regard de ses parents et leurs amis sur eux. Il se sentait sur le point d'exploser pour de bon, de transplaner avec elle directement au Ministère pour qu'ils se marient immédiatement et qu'il puisse l'éloigner une bonne fois pour toute de ses parents. Il se retenait de lui poser des questions sur son père, il se retenait d'hausser le ton et de la voir se renfermer comme lors de leur dîner de fiançailles.

« Dorea, j'ai encore moins envie de te laisser partir à présent, souffla-t-il en la tirant jusqu'au salon. »

Il ferma la porte derrière eux pour se couper d'un quelconque public. Il devait discuter avec elle avant qu'elle ne parte. Il devait tirer au clair tout ce qu'elle…

« Mais pourquoi ? s'exaspéra-t-elle en tirant sur son bras pour se libérer de sa prise.

-Parce que s'il te fait le moindre mal…

-Je suis sa fille, d'accord ?

-Donc il ne te fera pas de mal ? Ecoute, tu me dis le contraire et…

-Il suffit ! s'exclama-t-elle. Tu ne peux pas comprendre, tu as une situation, tu es un homme, tu fais ce que tu veux ! cracha-t-elle avec violence. »

Il fit trois pas en arrière sous le coup de la stupeur. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

« … Si je pouvais t'épouser demain, je le ferais, rien que pour ne plus voir la tête de mon père, d'accord ? »

Elle voulait… Elle avait été obligée de lui dire oui ? Elle lui avait dit oui pour… pour des questions pratiques ? Pour fuir son père ? Comme elle aurait pu dire oui à n'importe qui ? Elle le pensait… Elle le pensait sans aucun souci ? Elle pensait qu'il avait tout ce qu'il voulait ?… même elle ?

« … Mais ça ne marche pas comme ça, alors je vais rentrer chez mes parents, me prendre la baguette avec eux, préparer notre mariage, ne plus quitter le 12, Square Grimmaurd sans ma mère pour me surveiller, et attendre sagement la cérémonie. »

Mais… Mais il voulait préparer leur mariage avec elle ! et puis au Diable cette préparation de mariage, il voulait seulement passer du temps avec elle ! Il ne l'avait pas demandée en mariage parce qu'il pouvait faire ce qu'il voulait, mais parce que…

« … Là, nous reparlerons de tout ce que tu veux puisque c'est à toi que j'aurai tous mes comptes à rendre. Ma proposition te convient-elle ? lui dit-elle à bout de souffle. »

Tous ses comptes à rendre ? Mais que croyait-elle ? Qu'il était comme son père, à vouloir régenter la vie de ses proches ? Il s'inquiétait seulement de sa santé ! Est-ce qu'elle fuyait un fou furieux pour en trouver un autre ? Qu'est-ce que le mariage signifiait pour elle, à la fin ? Une simple alliance ? Avec des enfants à la clé ? Pas de sentiments ? Pas de tendresse ?

« J'ai passé une soirée très agréable, reprit-elle d'une voix beaucoup plus douce.

-Moi aussi, lui répondit-il lorsqu'il sentit les doigts de Dorea se resserrer autour des siens. »

Un instant, il n'avait plus senti ses doigts dans sa main, il n'avait plus rien senti du tout.

« Et j'espère en passer beaucoup d'autres à vos côtés, poursuivit-elle. »

Donc… Donc il lui importait de se marier avec lui, non ? Et pas avec un autre ? Être à ses côtés à l'avenir, c'est ça ?

« Vous le pensez vraiment ? lui demanda-t-il malgré lui. »

Elle fit un pas vers lui et osa même déposer sa main chaude et légère sur sa joue. Il ferma un instant les yeux. Si, si. Elle voulait de la tendresse. Ce geste en était la preuve. C'était sûrement plus de la peur que de la colère qui lui avait fait tenir ces propos.

« Bien sûr, l'assura-t-elle dans un souffle. Pourriez-vous… Pourriez-vous me sourire, s'il vous plaît ? demanda-t-elle faiblement. »

Tendresse… Encore un peu de tendresse. Il avait besoin de sa douceur, encore un peu, pour le rassurer tout à fait et lui permettre de continuer à l'attendre sans plus se soucier de ses sentiments.

« Juste… Juste un peu, s'il te plaît. »

Sa voix était aérienne, tellement faible et suppliante. Il sentit son doigt à la commissure de ses lèvres, mais se retrouva incapable de bouger. Il ne savait pas. Il ne comprenait pas ses réactions depuis leurs fiançailles. Parfois, il retrouvait la Dorea Black qui lui avait parlé des heures durant de magie antique, celle qui l'avait ligoté d'un sortilège, celle qui l'avait embrassé… et l'instant d'après, elle semblait être quelqu'un d'autre, effrayée et distante. Ses yeux gris mouillé se détournèrent de lui un instant, et il crut voir ses épaules trembler. Pourquoi ? Parce qu'il ne lui avait pas sourit ? Parce qu'elle…

« Si je suis restée ce soir malgré la colère de mon père, c'est pour vous, souffla-t-elle. En retour, je ne vous demande qu'un sourire, reprit-elle avec des tremolos dans la voix. »

Elle avait peur de son père, il l'avait bien compris, mais elle était prête à l'affronter pour lui ?

Il réussit enfin à lui sourire.

Elle tenait à ce mariage avec lui. A leur mariage. S'il fut rassuré à ce niveau, imaginer ce qu'était la colère de Cygnus Black et ce qu'il était capable de faire l'inquiéta à nouveau. Il faillit courir avec elle dans la cheminée, mais sa voix indiquait déjà sa destination.

« 12, Square Grimmaurd, Londres, souffla-t-elle comme une sentence en fermant les yeux. »

Et elle disparut la seconde d'après. Il eut beau tendre la main pour s'accrocher à elle et s'assurer de son bon retour, il la manqua.

« Si je suis restée ce soir malgré la colère de mon père, c'est pour vous. »

Malgré la colère de mon père.

De quoi est-ce que Cygnus Black était capable lorsqu'il était en colère ?

Elle lui avait paru si… fragile lorsqu'elle était entrée dans le réseau de Cheminette, si loin de son assurance habituelle… Qu'est-ce que son père allait faire ? allait dire ? Merlin ! C'était intenable ! Allait-il la gifler ? Bien trop ? Est-ce que… On racontait qu'il lançait des sortilèges à sa femme mais… Est-ce que c'était vrai ? Est-ce que ce n'était pas seulement des rumeurs ? Est-ce que…

Est-ce qu'il battait Dorea aussi ? Est-ce qu'elle avait sous-entendu ceci en disant que « recevoir des gifles n'était pas très agréable, surtout quand on n'avait jamais le dernier mot » ?

Pourquoi l'avait-il laissé partir ? Pourquoi ne l'avait-il pas raccompagnée ?

« Merlin, qu'est-ce que j'ai fait… se désespéra-t-il en se laissant tomber sur le canapé, la tête entre les mains. »

Il entendit la porte du salon s'ouvrir et plusieurs pas se rapprocher de lui.

« Charlus, commença la voix inquiète de sa mère. »

Il la sentit s'asseoir à côté de lui et passer son petit bras autour de ses épaules.

« Charlus, qu'est-ce qui lui a pris ? Pourquoi a-t-elle crié comme ça ? insista sa mère. Tu es sûr que… Tu sais, si tu veux rompre tes fiançailles tu…

-Annabella, l'interrompit son père, tu vois bien que Charlus est inquiet, pas…

-Mais Robertus, regarde comment elle s'est emportée ! Tu as bien entendu tous ses cris ! s'exclama sa mère. Elle ne laissait même pas Charlus parler ! Elle est devenue hystérique ! Elle n'est pas saine d'esprit, elle…

-Maman ! intervint Charlus en même temps que son père s'exclamait « Annabella ! ». Mais qu'est-ce que… Dorea est ma fiancée, Maman, ne recommence pas à la dénigrer ! Merlin mais… Tu es aveuglée à un point que…

-Aveuglée ? moi ? l'interrompit-elle en haussant la voix. Mais c'est toi qui es aveuglé, par Merlin ! Tu as entendu la manière dont elle t'a parlé ? Je te l'avais dit, Charlus, je t'avais dit de reculer tes fiançailles et…

-Il suffit ! la coupa Tante Falbala. »

Charlus tourna la tête vers elle. Elle s'assit précipitamment de l'autre côté de lui, et s'empara de ses mains. Ses yeux bleus globuleux mal maquillés le fixèrent avec une détermination un peu effrayante. Son rouge à lèvre avait un peu coulé, sa poudre s'effritait et ses cheveux blonds avaient perdu leur agencement parfait.

« Pourquoi s'est-elle emportée ? Que s'est-il passé ? Tu voulais que ta mère l'examine, et elle n'a pas voulu, c'est ça ? lui demanda-t-elle calmement.

-Oui, elle… Elle… »

Pourquoi son idiote de Tante Falbala s'en mêlait ? D'où se permettait-elle d'intervenir dans sa vie ? Qu'allait-elle bien pouvoir lui reprocher elle aussi ?

« Tu es inquiet pour elle, c'est cela ? Mais elle ne l'a pas compris, insista Tante Falbala.

-Elle voulait rentrer au plus vite parce qu'elle sait que son père va être furieux et… se sentit-il obligé de répondre.

-Il va la disputer ? demanda-t-elle.

-Au minimum, en convint Charlus face à son ton inquisiteur. Il… commença-t-il en jetant un coup d'œil à son père qui le fixait avec inquiétude. Je pense qu'il est… violent et j'ai peur que…

-Une gifle n'a jamais tué personne, Charlus, essaya de le rassurer son père.

-Je ne pense pas que ce soit une gifle, mais… mais plus, beaucoup plus et… Et je suis en train de m'imaginer bien pire depuis que j'ai entendu toute sa panique et…

-Calme-toi, Charlus, intervint à nouveau Tante Falbala. De ce que ton père nous disait, son père l'empêche de répondre elle-même, il semblait contre cette invitation à Flaquemare… tu ne penses pas qu'il la terrorise plutôt par des mots et des menaces ?

-Il a déjà essayé de lui faire croire que je l'épousais pour me protéger de Grindelwald mais…

-Donc c'est plus de la manipulation, non ? reprit doucement sa tante. Mon frère est comme ça. Il a toujours manipulé mes parents contre ma sœur et moi. Et tu ne pourras rien faire contre la manipulation que son père exerce sur elle tant que vous ne serez pas mariés, car sitôt qu'elle rentrera chez elle, son père retournera tout contre toi.

-Mais comment je peux faire, alors ? se désespéra Charlus. Je n'ai jamais un moment en tête à tête avec elle chez ses parents de plus de quelques secondes. Elle ne peut pas sortir sans être surveillée par sa mère ou sa cousine…

-Assure-toi juste que son père se contente de la manipuler et qu'il ne lève pas sa baguette sur elle pour l'instant, lui conseilla sa tante. Elle…

-Mais enfin, Falbala, vous vous entendez ? s'exclama sa mère avec exaspération. Dorea a vingt-trois ans ! Son père ne la manipule pas comme une adolescente ! C'est elle qui débloque !

-Annabella, votre aveuglement me stupéfie ! Vous n'avez pas vu la manière dont elle regardait Charlus ? Comment elle était perturbée et heureuse quand il lui parlait et qu'il lui montrait la manière de jouer au Cricdditch ? C'était adorable ! Et Charlus était si calme, si… Tu l'aimes Charlus, n'est-ce pas ? Alors ne laisse pas son père se mettre entre vous, d'accord ? Quand on vieillit, quand on construit une famille, on n'a que l'amour pour nous porter et cimenter les fondations, tu…

-Si tout se construisait avec un peu d'amour, ceci se saurait, Falbala ! s'écria sa mère. Regardez où l'amour à mener Ambuela ? Quatre mois de grossesse le jour de son mariage !

-Que vous êtes hypocrite, Annabella, hallucina Tante Falbala avec un faux rire. Comme si vous n'étiez pas dans cette situation le jour de votre propre mariage, ironisa Tante Falbala. Si vous ne voulez pas soutenir votre fils – votre propre fils ! – vraiment, je ne vois pas…

-Falbala, pourquoi ramènes-tu cette histoire sur le tapis, soupira Oncle Willem lorsque sa sœur quitta la pièce en claquant la porte derrière elle.

-Je… Je crois que nous allons y aller, intervint Mrs Volentrain.

-Et moi je… Je vais voir Annabella, préféra Anysa. Rentre devant, Edmond, dit-elle à son mari. »

Charlus entendit vaguement son père raccompagner les Volentrain à la porte d'entrée et Mr Greengrass prendre la poudre de Cheminette. Tante Falbala n'avait pas bougé et tenait toujours les mains de Charlus dans les siennes. Et lui… Et lui il ne savait plus quoi faire. Dorea l'inquiétait, sa mère semblait attendre le moment où il lui dirait qu'elle avait raison et que Dorea n'était pas une femme pour lui, quant aux autres… Tante Falbala semblait vouloir le soutenir, mais qu'elle tienne des propos aussi niais et se permette de rappeler à sa mère une situation que ses parents avaient dû monter de toutes pièces…

« Excuse-moi Charlus je... Je ne voulais pas blesser ta mère mais… Mais elle croit si peu en l'amour que c'en est parfois plus qu'irritable, reconnut Tante Falbala. Et puis, elle…

-Quand tu parles de la manière dont Dorea me regarde, reprit Charlus, qu'est-ce que tu veux dire ? »

Enid Forty lui avait dit que Dorea lui mangeait dans la main, lui-même avait cru voir du bonheur, de la tendresse et même de l'amour dans ses gestes, mais…

« Quand elle pense que personne ne la regarde, elle te fixe avec un sourire émerveillé, lui confia sa tante en le fixant encore plus intensément. Puis elle vérifie autour d'elle que personne ne l'a vu et reprend un air un peu plus neutre. Et puis, elle regarde souvent sa bague de fiançailles en rougissant. »

D'accord… D'accord…

« Son père est vraiment… Il lui parle comme si elle était stupide, comme si elle était une moins que rien et… Et il répond à sa place lorsqu'on lui pose une question et… Et il ne m'a même pas demandé si je l'appréciais un tant soit peu lorsque je lui ai demandé sa main et… Je vais exploser demain si je vois que Dorea ne va pas bien ou le moindre signe qu'il lui a fait du mal, Tante Falbala, avoua-t-il en fixant l'âtre de la cheminée d'où avait disparu Dorea. »

Tante Falbala le regardait avec inquiétude. Charlus n'aurait jamais pensé que ce soit elle qui le soutiendrait. Oncle Willem était sorti de la pièce avec son père, et il les entendait discuter à mi-voix dans le hall d'entrée. Ils se rapprochaient du salon, d'ailleurs, et ils n'allaient pas tarder à donner eux aussi leur avis.

« Charlus, intervint finalement son père, en venant s'asseoir sur le fauteuil à côté de lui. Dorea… Dorea est très aimable et toute à ton écoute mais… Ta mère n'a pas tort.

-Papa…

-Charlus, reprit Oncle Willem. Tu vois bien qu'il y a un problème, non ? Cette migraine, son attitude hystérique venant de nulle part… Peut-être… je ne dis pas qu'elle est instable, mais qu'elle est peut-être soumise à un sortilège ou même à un philtre d'amour ?

-Un philtre d'amour ? hallucina Charlus. Tu lis les bêtises de Sorcière Hebdo, toi, maintenant ? Ou bien, tu penses qu'elle est trop bien pour moi et que c'est moi qui…

-Si son père est si terrible, continua Oncle Willem, c'est peut-être lui qui lui a donné ce philtre, non ?

-Mais… Mais vous déraillez vraiment, fit-il sans y croire. Personne n'était au courant que nous nous… connaissions avant que j'aille voir son père, nous avons tous les deux voulu être discrets à cause de Sorcière Hebdo et de son imbécile de cousin et… Mais pourquoi vous…

-Tu n'as pas honte, Willem ? s'offusqua Tante Falbala. Elle était effrayée, elle s'est un peu emportée et c'est tout ! Charlus est malheureux, et c'est vraiment vil de votre part à tous de lui mettre des idées pareilles dans la tête en ce moment ! reprit-elle d'un ton grandiloquent. Charlus, envoie-lui une lettre ce soir pour lui assurer que tu comprends qu'elle ait dû partir précipitamment et qu'elle ait pu élever la voix parce qu'elle était effrayée. Et demain, tu iras la voir.

-Je ne vais pas pouvoir me retenir de provoquer son père, Tante Falbala, je le sais. Et qui sait ce qu'il pourra lui faire si…

-Vas-y avec ta mère alors, c'est la seule qui sait te dire quand tu dis des idioties et qui sait réparer tes impertinences, non ? Tu me l'as dit un jour, lui rappela sa tante. »

Et pourtant, c'était des années plus tôt, lorsqu'il avait failli manquer l'occasion de signer avec le Club de Flaquemare à cause de son impertinence, justement. Peut-être que… Tante Falbala avait l'air un peu idiote parfois, mais ne l'était peut-être pas tant. Elle avait une sacrée mémoire, et c'était peut-être son optimisme un peu fleur bleue qui avait toujours fait penser à Charlus qu'elle n'était pas très futée.

« Et n'oublie pas la lettre, Charlus, Dorea mérite un peu de consolation après la dispute qu'elle aura avec son père, non ? »

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Ma Dorea,

Le sommeil ne m'a pas fait grâce cette nuit, car tous les regrets qui martelaient mon cœur m'ont maintenu éveillé à chaque seconde. Je m'en veux de t'avoir laissée partir si précipitamment hier soir sans te proposer de te raccompagner et sans insister pour que tu m'expliques plus longuement ce que tu commençais à me dire. Je m'en veux lorsque je revois ton visage fermé par la déception disparaissant dans les flammes de la cheminée. Je m'en veux encore quand je pense au temps que j'ai mis à te sourire alors que c'était la seule chose que tu m'avais demandée ce jour-là, alors que je t'en avais demandées tant d'autres. S'il te plaît, ma Dorea, dis-moi que tu vas bien, dis-moi que mon impertinence à t'avoir gardée près de moi hier soir, à t'envoyer cette lettre et à demander un pardon que je ne mérite pas ne nous portera pas encore plus préjudice auprès de ton père, ne te portera pas préjudice auprès de ton père. Je viendrai tout à l'heure avec ma mère pour parler de la cérémonie, et de cette façon, si ton père pose la moindre question mettant en doute ce que tu lui as raconté, ma mère pourra lui dire toute la vérité.

Avec mes sentiments amoureux les plus respectueux,

Charlus Potter

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(... On avance ! Je n'ai jamais essayé de décrire un match de Quidditch et je ne me sentais pas de le faire là, mais un jour, ça viendra aha. Est-ce que le changement de point de vue vous plaît ou vous trouvez que c'est inutile ? Que pensez-vous de la petite intervention de la Tante Falbala ?

Merci pour vos reviews, ajouts fav/follow et pour continuer de lire ! Merci FelicityCarrow pour toutes tes reviews que j'adore lire (j'ai répondu à une partie en MP) ! Et oui, Charlus se sent un peu seul sur ce coup et heureusement qu'Ignatius est là aha ! Et merci beaucoup Guest ! Cette version est mieux que la première alors ? Je vais continuer sur ma lancée !

Je vais mettre le chapitre 3 pour les 4 Filles d'Arcturus dans pas longtemps aussi

A très vite !)