Chapitre 11 : Nous sommes deux

- Il est cruel, souffla Penguin.

- C'est un sadique, approuva Shachi en croisant les bras, l'air grave.

- On l'a toujours su mais à ce point là ? N'a-t-il donc aucun sentiment ?

- Arrêtez votre cinéma, soupira Jean Bart en passant une main sur son visage. Nous serons bientôt fixés.

Il leva les yeux au ciel tandis que ses compagnons le traitaient de traître et de rabat-joie. Depuis ce matin, c'était la même rengaine. Tout le monde était très excité car, aujourd'hui, Chopper allait enfin pouvoir déterminer avec certitude le sexe de l'enfant de leur capitaine. Law savait depuis longtemps s'il s'agissait d'une fille ou d'un garçon grâce à son fruit du démon, mais il avait refusé de partager cette information avec les siens. C'était plus pour les taquiner qu'autre chose, mais le suspense devenait de moins en moins supportable pour le pauvre équipage. Les paris allaient bon train depuis un moment, chacun essayant d'analyser son régime alimentaire et son comportement pour faire pencher la balance vers une option ou une autre. Cependant, Law était trop imprévisible pour que ça donne quoi que ce soit de probant.

- Si c'est un garçon, je...

Ikkaku s'interrompit au milieu de sa phrase. La porte de l'infirmerie venait de s'ouvrir. Enfin !

- Alors ? crièrent-ils, presque tous en même temps.

Le pauvre Bepo eut un mouvement de recul avant de se mettre à rire et de se gratter l'arrière de la tête. Il s'effaça et laissa son capitaine affronter la tempête qu'il avait créée.

- C'est une fille, annonça Law avec un sourire satisfait.

Une explosion de joie suivit sa déclaration. Ikkaku se fit particulièrement remarquer, euphorique à l'idée de ne plus être la seule femme à bord. Le futur père les laissa s'extasier et le féliciter autant qu'ils le désiraient, enfermé dans un silence patient. Comment son équipage pouvait-il être aussi survolté ?

- Est-ce que je peux prévenir le Sunny ? demanda Chopper en émergeant à son tour de l'infirmerie. Eux aussi sont impatients de savoir !

Law hocha la tête avec bienveillance et eut presque envie de rire en voyant le petit renne se frayer un chemin entre les siens pour aller chercher son escargophone, aussi joyeux que ses subordonnés.

Suite à leur rencontre avec les Chapeaux de Paille, les Pirates du Heart avaient été particulièrement attentifs au comportement de leur capitaine, cherchant à savoir si elle lui avait été bénéfique ou non. Durant quelques temps, rien n'avait changé, si ce n'est que Law semblait un peu plus déconnecté de la réalité. Il passait la plupart de son temps assis en silence au poste de commandement, les yeux rivés sur les profondeurs de l'océan, sa main dansant inconsciemment sur son abdomen enflé. Le seul point positif qu'ils avaient vu à cela était que Bepo pouvait garder sur lui un œil en permanence. Puis, il n'y avait eu cet appel en provenance du Sunny

Luffy lui avait demandé de ses nouvelles et de celles du bébé, questions auxquels il avait répondu succinctement et sans le moindre détail. Au moment de raccrocher, Luffy l'avait rappelé.

- Ah, au fait, j'ai un message de Sanji pour toi. Il dit que si tu ne manges pas correctement, tu vas avoir des ennuis.

- Dis à la Jambe Noire qu'à force de me menacer, c'est lui qui risque d'en avoir.

- Mais il a raison : tu dois manger pour que toi et le bébé soyez en bonne santé.

Law esquissa un sourire moqueur.

- Et je ne dis pas ça parce que j'adore manger ! ajouta-t-il comme s'il avait lu dans ses pensées. Tu pourrais te blesser en refaisant un malaise.

- J'ai suffisamment de gardiens à bord scrutant le moindre de mes gestes. Il n'y a quasiment aucun risque que je puisse vaciller sans que quelqu'un ne me rattrape, répliqua Law avec amertume.

- Puisque tu es loin, m'inquiéter pour toi est la seule chose que je peux faire, répondit calmement Luffy.

Law songea à répliquer mais opta finalement pour le silence. Le jeune capitaine était quelqu'un de tactile et, si ce qu'il lui avait dit était vrai – si son amour était vrai –, l'éloignement qu'il instaurait entre eux devait être affreux pour lui. Il passa une main dans ses cheveux pour chasser la culpabilité qui voulait s'insinuer en lui, fourbe et insidieuse. Il n'avait pas à se sentir coupable : il lui avait dit qu'il ne l'aimait pas justement pour éviter qu'il ne se prenne la tête avec des choses qui ne le concernaient pas et passe à autre chose. Il n'avait pas à se préoccuper de son sort.

- Je t'aime, Law.

Ce dernier grimaça alors que son cœur se serrait légèrement. Pourquoi fallait-il que ces quelques mots provoque un tel malaise en lui ?

- Cesse de dire ça.

- Je veux juste que tu le saches.

- Comme si je pouvais l'oublier.

- Je ne te demande rien. Tu n'as pas à m'aimer si tu ne veux pas.

Après cette conversation, petit à petit, Law avait recommencé à s'alimenter. Cela restait insuffisant mais, au moins, c'était régulier. Il avait commencé par manger ce qu'on lui apportait, et, un jour, il était allé de lui-même retrouver les autres pour le repas. Ceux-ci l'avaient accueilli avec solennité, comme si ce n'était pas la première fois depuis des semaines. À vrai dire, lorsqu'Ikkaku les avait avertis l'avoir vu se diriger vers le réfectoire, il y avait eu une véritable explosion de joie, mais ils avaient fini par opter pour la modération, de peur qu'il ne prenne la mouche et ne fasse demi-tour. Law n'était pas quelqu'un d'ouvert en matière de sentiments et ils savaient qu'il lui faudrait du temps pour reprendre sa place parmi eux. Ils l'attendraient autant qu'il faudrait.

Leur patience avait porté ses fruits et Law avait recommencé à participer aux conversations et à la vie à bord. Il était redevenu cette ombre attentive arpentant le submersible qu'il avait toujours été. Ils pouvaient de nouveau l'interpeller sans crainte, compter sur lui pour arbitrer les petites chamailleries et trancher certaines décisions. Ils avaient attendu un moment avant d'aborder de nouveau le sujet de la grossesse mais, au fur et à mesure que le ventre de Law grossissait, et qu'une fin heureuse se profilait pour cette prégnation hors du commun, cela c'était fait naturellement. Ils avaient découvert que, tant qu'ils se contentaient d'envisager un avenir haut en couleur et évitait d'évoquer Luffy, le sujet était aussi sûr que tout autre. Petit à petit, ils avaient également recommencé à le couver – dans la limite du raisonnable, évidemment – et avaient été surpris de ne pas se faire envoyer balader comme cela avait été le cas lorsque leur capitaine leur avait annoncé sa grossesse. Chopper leur avait d'ailleurs donné son feu vert pour l'aider autant qu'ils le pouvaient, inquiet pour l'état de stress permanent que futur parent qui restait bien visible.

Même si cela leur coûtait de le reconnaître après les tourments qu'il avait infligés à leur supérieur, tous savaient qu'ils devaient remercier le capitaine des Chapeaux de Paille. Ils avaient du mal à comprendre comme le jeune homme pouvait avoir autant d'influence sur Law, froid et intouchable. En bien comme en mal, il détruisait tout sur son passage. Il continuait d'ailleurs à les contacter et, bien que ce ne soit pas pas systématique, Law prenait ses appels. Ceux-ci le plongeaient généralement dans de longues réflexions qui faisaient parfois craindre à son équipage une nouvelle rechute vers l'isolement et le mutisme.

Ce n'était d'ailleurs pas l'envie qui manquait à Law. Réfléchir et débattre avec des pensées incohérentes et illogiques étaient bien plus faciles lorsqu'il n'y avait personne pour vous distraire autour de vous. Mais, chaque fois qu'il croisait le regard inquiet de Bepo ou de Chopper, il se reprenait et se contentait de cogiter en silence.

La plupart du temps, leurs conversations suivaient le même schéma : Luffy commençait par demander à Law comment il se portait et comment avançait sa grossesse, ce à quoi il répondait en restant avare en détails, puis le jeune capitaine lui racontait tout un tas de choses pas forcément intéressantes mais qui lui rappelait avec un certain soulagement les échanges qu'ils avaient avant tous ces événements, et, enfin, la conversation se clôturait par Luffy qui lui rappelait qu'il l'aimait.

Ce mélange de naturel et de inhabituel laissait toujours Law dans un état de trouble pesant. Bien qu'il ne puisse pas le voir, l'aîné sentait l'affection que lui portait le plus jeune. Est-ce que cela avait-il toujours transpiré dans leurs conversations ou le remarquait-il seulement maintenant qu'il se posait des questions ? Même si Luffy lui assurait ne rien attendre de lui, pourquoi se sentait-il coupable de ne jamais répondre à ses déclarations d'amour intempestives ? Mais que pourrait-il bien lui répondre de toute manière ?

- Tu réfléchis trop, lui sourit Chopper. Luffy fait ce qu'il a envie de faire au moment où il le veut. Il suit son cœur. Que te dit le tien ?

- Qu'il est paumé et a envie de terminer tout ça dans un bon bain de sang, rétorqua Law avec mauvaise humeur. Ça me détendrait.

Le petit renne déglutit, mal à l'aise, mais Bepo, bien plus habitué à ce genre de répliques, prit le relais.

- Dans ce cas, réagis à l'instinct.

Law lui jeta un regard interrogateur et, en réponse, Bepo lui pinça le bras. Son première réflexe de fut de repousser sa main avec violence, son visage dur comme de la pierre.

- Je peux savoir ce que tu fais ?

- Désolé Capitaine, mais un exemple est plus parlant que des mots, fit l'ours, tout penaud.

Le concerné plissa le nez et détourna le regard, contrarié.

- Vous savez que, si je suis votre méthode, les choses pourraient bien empirer ? dit-il en croisant les bras.

- Pas forcément. Il a déjà bien fissuré ta carapace.

- Ce n'est pas une mauvaise chose, ajouta précipitamment Bepo en le voyant se rembrunir. Il te connaît, il connaît ton histoire – Flevence peut-être mise à part.

Chopper tourna un regard surpris vers les deux amis. Il avait déjà entendu parlé de Flevence, la ville blanche, et du massacre qui y avait été perpétré pour y éradiquer le saturnisme blanc. Se pouvait-il que le capitaine soit originaire de là-bas ? Vu l'éclair de douleur qui passa dans ses prunelles orageuses, c'était effectivement une possibilité.

- Il t'aime et je suis sûr que tu ressens la même chose, ajouta l'ours en le prenant dans ses bras. Simplement, c'est un plaisir que tu ne veux pas te permettre.

Law ferma les yeux contre lui. Il était fatigué de tout cela.

- Law !

L'appel de Chopper le tira de ses pensées. Il réalisa alors que son esprit s'était égaré et qu'il n'avait pas écouter le traître mot que lui avait dit son équipage sur sa future petite fille.

- Luffy veut te parler, l'informa le petit renne avec un sourire en lui tendant son escargophone.

Law accepta l'appareil et s'éloigna.

- Bonjour, Chapeau de Paille.

- Toaro !

Depuis quelques jours, le petit capitaine avait recommencé à utiliser ce surnom débile. Entonnement, ce retour au passé n'était pas trop mal passé auprès du concerné : certes, cela l'horripilait toujours autant – d'autant plus qu'il savait pertinemment le plus jeune capable de prononcer son nom correctement – mais c'était un élément de retour à la normale auquel il aspirait.

- Tu as une fille ! Une fille ! beugla-t-il.

Devant cette réaction, qui ressemblait tellement à Luffy, Law ne put que se mettre à rire. Il devait se trouver une chaise car la conversation, ou plutôt le monologue à un débit bien trop rapide pour être compréhensible, qui s'annonçait risquait d'être longue et il sentait déjà ses jambes demander à être soulagées.

Néanmoins, sa bonne humeur se fana peu à peu. Certes, Luffy semblait se montrer enthousiaste quant à son futur enfant, mais tout son discours était concentré sur Law. Il déblatérait sur lui, sur comment il allait faire pour élever sa fille, mais rien sur son enfant en lui-même, comme si elle n'était un élément de son avenir parmi d'autre, légèrement négligeable. Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait cette remarque et, chaque fois, il sentait la contrariété reprendre le dessus sur l'amitié qu'il portait à son homologue. Même si lui se sentait de plus en plus à l'aise avec Luffy, sa fille passerait toujours en premier.

- Il faut que je te laisse, déclara-t-il, coupant brutalement la conversation.

Après avoir raccroché, il s'empressa d'aller retrouver ses subordonnés, désireux d'oublier ses tourments.

- Qu'est-ce qu'ils font ? demanda-t-il à Bepo en remarquant l'agitation qui régnait dans le sous-marin.

- Ils préparent une fête pour ce soir, lui répondit l'ours avec un sourire. Tu sais bien que tout est prétexte pour s'amuser.

Law esquissa un sourire triste. Au moins, ici, tout le monde était véritablement heureux de l'arrivée de son bébé.

- Il s'est passé quelque chose avec Luffy ? l'interrogea Chopper.

- Je n'ai pas envie d'en parler. Je veux profiter de ce moment et ne pas penser au reste.

Ni le renne ni l'ours n'insistèrent. Néanmoins, le premier s'éclipsa pour recontacter le Sunny : il aurait peut-être plus de chance avec son capitaine.

Durant les jours suivants, Law resta irritable, sans que personne ne sache exactement pourquoi. Même Luffy n'avait aucune idée de pourquoi il lui avait subitement raccroché un nez.

Ce fut Chopper qui finit par avoir une idée de ce dont il s'agissait quand, un matin, il entendit Law chantonner pour sa fille. L'ouïe de celle-ci n'était pas encore fonctionnelle et elle ne pouvait pas l'entendre mais il savait que cela apaisait l'adulte. Sa chanson n'était ni plus ni moins une promesse : celle de se battre, de tout endurer et de traverser même l'enfer pour elle. C'était attendrissant, surtout venant de quelqu'un comme Law.

- Accepter un enfant, ce n'est pas facile, lui dit-il lorsque la chanson prit fin, signalant par là-même sa présence.

Le capitaine le darda du regard tandis qu'il venait s'asseoir près de lui.

- Ta fille reste abstraite pour lui, un concept qui l'éloigne de toi. Contrairement à nous qui la voyons tous les jours grandir et ton ventre s'arrondir, lui ne le connaît qu'à travers ce que nous lui disons.

Il posa une main sur son ventre rond et le caressa doucement. Lui et Bepo étaient les seuls que Law autorisait à faire cela. Les autres qui s'y étaient risqués s'en étaient mordus les doigts.

- Il n'a pas eu l'occasion de s'attacher à elle comme nous.

Il y eut un court silence.

- Pourquoi ai-je l'impression de devenir de plus en plus dépend de toi et de Bepo ? demanda Law avec un brin de désolation.

- On se sentirait inutiles si tu n'avais pas besoin de nous de temps à autres, lui répondit le renne avec un sourire amusé. Tu parleras à Luffy ?

Law glissa son bras autour de lui et le serra contre lui en guise de réponse.

Il finit par obtempérer, après que Luffy lui ai demandé une énième fois pourquoi il était si froid avec lui depuis l'annonce du sexe du bébé. La réponse de Luffy fut immédiate et emprunte d'une douleur perceptible.

- Comment veux-tu que je m'attache à un bébé qui pourrait t'ôter la vie ? C'est au dessus de mes forces.

- Chopper et moi sommes d'accords pour dire qu'elle ne représente plus un danger pour moi. Mon corps s'adapte très bien à sa croissance et il n'y a pas raison de croire que cela va changer. La seule chose qui pourrait encore poser problème est la naissance en elle-même, qui risque fort d'être prématurée.

- Même comme ça, il n'y en a plus que pour elle. Tu ne penses qu'à elle tout le temps… il n'y a rien d'autres qui compte. Je t'aime, et mon avis n'a aucune valeur pour toi, comme tout le reste. Il suffisait de voir comme ton équipage s'inquiétait pour toi là dernière fois que nous nous sommes vus…

Law grimaça, n'appréciant guère qu'il lui reproche son comportement et encore moins quand il savait pertinemment que c'était la vérité.

- Si tu me forces à choisir entre toi et ma fille, je la choisirai, elle. Elle sera toujours, toujours, mon premier choix.

- Et toi, tu seras toujours le mien.

- Je n'ai pas besoin que tu t'occupes de moi, tout comme tu n'as pas besoin de moi pour survivre. Elle ne pourra pas se débrouiller seule et n'a rien demandé à personne. La rancœur que tu nourris à son égard n'a pas de raison d'être, car je suis l'unique responsable. Si tu veux t'en prendre à quelqu'un, alors je suis ta cible.

- Tu sais très bien que je suis incapable de te détester.

- Mais tu peux détester un bébé qui n'a encore jamais eu l'occasion de voir la lumière du soleil ? rétorqua Law avec amertume. Quelle belle preuve de maturité.

Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne.

- Je te laisse méditer ce que je t'ai dit.

- Non ! Ne pars pas ! s'exclama Luffy. J'ai compris ce que tu voulais dire, mais je ne peux pas la voir autrement du jour au lendemain...

Law ravala la remarque acerbe qui lui vint aux lèvres.

- Je t'aime et je ferai ce qu'il faut pour l'accepter. Si tu l'aimes autant, c'est qu'elle doit en valoir la peine, ajouta-t-il alors que Law alors lui gronder qu'il ne voulait pas d'une acceptation factice pour lui faire plaisir.

- Elle le vaut.

Il mit rapidement fin à la conversation et, plus éprouvé qu'il ne le pensait, se traîna jusqu'au poste de navigation où Bepo se trouvait.

- Ça a été ? demanda celui-ci en avisant ses traits tirés

Law ne répondit pas et vint se blottir contre lui. Un intense sentiment de sécurité l'envahit alors que l'ours refermait ses bras autour de lui, et il se demanda un instant si son bébé ressentait cette quiétude à l'intérieur de son ventre ou si son stress l'empêchait d'être en paix. Le risque d'une naissance prématurée l'inquiétait de plus en plus et Chopper ne cessait de lui conseiller de se reposer pour éviter tout effet négatif sur le fœtus. Cependant, il en était incapable.

Comme une réponse, une étrange sensation naquit dans son ventre, comme si une série de petites bulles éclataient et vibraient doucement en lui. Il se figea en réalisant de quoi il s'agissait.

- Capitaine, est-ce que ça va ? s'inquiéta immédiatement Bepo qui l'avait sentit se tendre contre lui.

- Elle a bougé, souffla Law en posant une main tremblante sur son ventre comme pour être sûr de ne pas avoir rêvé.

Presque aussitôt, la sensation réapparut pour disparaître une nouvelle fois. Ses yeux se mirent à briller.

- Oui, c'est ça.

- C'est une super nouvelle ! s'exclama son second avec un immense sourire.

- C'est tellement...

Il était un spécialiste du corps humain et avait pu lui-même constater les merveilles dont était capable cet amas de cellules différenciées et la complexité de leurs interactions, mais rien n'était comparable au fait de sentir littéralement une vie à l'intérieur de soi. Il n'avait pas de mot pour le décrire. Il n'y avait que cet amour brûlant qu'il ressentait pour son bébé, prenant le pas sur tous le reste. Cela le rendit fébrile, presque tremblant, mais c'était tellement agréable. Son enfant, sa petite fille, celle qui avant même d'être venue au monde était déjà la lumière de sa vie. Sans qu'il ne puisse les retenir, quelques larmes lui échappèrent. Si seulement Luffy pouvait ressentir ça, il tomberait lui aussi sous le charme.

- … tellement impossible.