Notes de l'auteure :
Bonsoir :)
J'espère que vous allez bien et que vous profitez de votre week-end. Voici le chapitre 12 !
Bonne lecture :)
Chapitre 12
« Alors, qu'est-ce que tu en dis ? »
Isaac avait l'air un peu mal à l'aise dans ses vêtements. Il ne cessait de retrousser les manches de la veste qu'il avait enfilée. Le pantalon qu'il portait était bien trop grand et il avait tellement serré sa cravate que Stiles se demanda comment il parvenait encore à respirer. Malgré tout ça, il était toujours aussi élégant, comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher. Aucun des deux garçons n'avait cours cette après-midi-là et ils en avaient donc profité pour jeter un œil aux tenues proposées par les magasins.
« Je ne pense pas que ce soit le meilleur choix. Tu devrais remettre la chemise de tout à l'heure. » Stiles lui conseilla.
S'observant une dernière fois dans le miroir, situé juste en face de la cabine d'essayage, Isaac décida finalement que Stiles avait raison et retourna derrière le rideau. Il avait été contacté par la boîte informatique dans laquelle il espérait débuter un stage, dès l'an prochain et réfléchissait à la manière dont il devait se présenter. Leur année passait incroyablement vite et Stiles lui-même peinait encore à faire ses vœux. Il avait alors accepté de lui donner un coup de main, en ignorant ses propres angoisses.
Mais c'était sans compter sur Isaac et son insatiable curiosité.
« Quand est-ce que tu comptes envoyer tes demandes ? » le questionna-t-il, encore caché dans la cabine.
Soupirant fatalement, Stiles prit sa tête entre ses mains.
« J'en sais rien. J'ai cru stupidement qu'en arrivant en dernière année, je serais subitement illuminé par une idée phénoménale qui remettrait mon existence entière en question. J'attends toujours cet appel divin. »
Il entendit le rire d'Isaac, avant que ce dernier ne sorte.
« Bah voilà, » s'exclama Stiles, « c'est parfait. Et on a moins l'impression que c'est la première fois que tu portes des vêtements de ville. »
Le jeune homme aux cheveux bouclés eut l'air ravi. Sa tenue était simple et lui ressemblait beaucoup plus.
« Dis-moi que tu as au moins pensé à des écoles ? » Celui-ci enchaîna, n'ayant visiblement aucune intention d'épargner l'adolescent.
« Bien sûr que j'y ai pensé. Mon père ne parle que de ça en ce moment. J'ai même reçu certaines recommandations et je crois que l'une d'elle me plaît beaucoup mais… Elle est aussi située à trois cent quatre-vingt quatre kilomètres de Beacon Hills. »
Devant ce nombre aussi précis, Isaac ne put que constater qu'en effet, Stiles y avait réfléchi. Et il devina, avant même que Stiles ne reprenne la parole, quel était le véritable problème.
« Je suis allé sur leur site internet. Il propose un plan en 3 dimensions qu'il a l'air dément. Là-bas, je pourrais commencer des études en criminologie, tout en continuant à suivre des cours plus basiques, qui me permettrait de prendre mon temps et de revenir sur ma décision, si tout ça ne me plaît plus, au final. Mais, elle est aussi située à trois cent quatre kilomètres de chez moi. Je ne peux pas laisser mon père tout seul, être aussi loin de la maison. S'il lui arrive quelque chose, s'il a besoin de moi à un moment précis, je serais incapable d'être présent pour lui, » Stiles lui confia, peiné. Le métier de son père était dangereux et il n'était même pas envisageable qu'il pense à faire des études aussi loin. « Je sais qu'il veut que je fasse mes choix, que j'aille dans les meilleures écoles du pays mais je ne suis pas capable de me trouver dans un endroit qui soit si éloigné d'ici. »
Portant une main sur son épaule en signe de réconfort, Isaac lui lança un petit sourire.
« Je suis sûr que tu vas trouver une solution. Tu pourras toujours revenir pendant les vacances. Et je te rappelle qu'Erica, Boyd et moi comptons rester dans le coin. »
Il était vrai que le couple comptait s'inscrire dans l'université du comté. Et la boîte dans laquelle souhaitait entrer Isaac requérait seulement deux années de formation, prodiguée au sein de l'entreprise, qui se trouvait elle-même à une cinquantaine de kilomètres de là.
« Ne t'en fais pas pour ça, ton père aura toujours des gens pour prendre soin de lui, d'accord ? Tu as ma parole. »
S'il restait anxieux à l'idée de ce qui l'attendait après la remise de son diplôme, Stiles se sentit un peu consolé par ses propos. Il savait que ce n'était pas des paroles en l'air. Isaac avait vécu de trop mauvaises choses avec son père pour pouvoir en parler de manière si détachée. Il savait ce que Noah représentait pour Stiles, l'importance qu'il avait à ses yeux. Il n'aurait jamais eu ces mots s'il ne les pensait pas réellement.
Il y avait encore quelques mois, le seul en qui Stiles faisait entièrement confiance, était Scott. Et encore, ce dernier avait tendance à oublier des tas de choses. Aujourd'hui, c'était différent. Il s'était fait de nouveaux amis, était parvenu à devenir important pour d'autres personnes que son propre géniteur. Il se sentait chanceux.
« Bon, je ne dis pas que Derek se fera une joie d'apprendre que tu pars aussi loin, » Isaac l'informa, avec un petit sourire malicieux, mais ce dernier disparut vite quand il se rendit compte de ce qu'il venait de dire. « Attends une minute, à combien de kilomètres t'as dit que c'était ? »
« Trois cent qu- »
« Non, non, hors de question, tu ne pars pas, » l'arrêta l'autre subitement, ses deux mains en l'air, comme s'il pensait que Stiles s'apprêtait à s'en aller tout de suite, espérant le stopper. « Derek nous tuera tous jusqu'au dernier si tu n'es pas dans les parages. Je l'ai vu sourire plus de fois que je ne pourrai compter, ces jours-ci et je veux que ça continue. Ma vie en dépend, » finit-il sombrement.
Stiles n'avait pas encore osé aborder la question avec l'homme, préférant, une nouvelle fois, faire comme si de rien n'était mais il savait que ce n'était que partie remise.
« Il n'est pas si mal, arrête. »
Le regard que lui lança son ami eut tôt fait de le ramener sur Terre, alors qu'il songeait à la première fois qu'il avait lui-même rencontré Derek, à son attitude si agressive et à leurs premiers échanges, pas vraiment prometteurs. Il réexamina alors la requête d'Isaac sous un nouveau jour.
« Bon, d'accord, je ferai mon possible. »
Quand l'adolescent termina ses achats, il hésita quelques instants avant de lui demander concrètement si Stiles accepterait de le déposer chez Derek, qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. Ce dernier accepta volontiers, utilisant toutes les occasions qu'il avait en stock pour passer du temps avec lui. Il pensa lui envoyer un message avant leur venue, mais, maugréant, il remarqua qu'il avait laissé l'appareil chez lui. Sans s'inquiéter outre mesure, il se dirigea vers la maison des Hale, espérant que Derek soit heureux de cette visite surprise.
« Bon sang, comment ce tas de ferrailles peut-il encore être en état de marche. On dirait que ta voiture a l'âge de nos parents, » se plaignit Isaac.
Il se permis de toucher aux boutons du tableau de bord puis celui qui permettait d'ouvrir les vitres latérales, se rendant compte par la même occasion que ce dernier ne fonctionnait pas.
« Je te signalerai que ce tas de ferrailles nous a permis de nous balader toute la journée, donc montre-toi un peu respectueux. »
« T'as raison, elle risquerait de totalement nous lâcher si elle m'entend continuer à dire la vérité. »
« Rien que pour ce que tu viens de dire, je devrais te rouler dessus. »
Ils se chamaillèrent jusqu'à l'entrée, n'ayant pas remarqué que quelqu'un d'autre était là avec Derek, à l'intérieur. Enfin, Stiles ne le nota que tardivement car, juste au moment où il s'apprêtait à passer le perron, Isaac eut un mouvement de recul, la tête relevée en l'air.
« Laura est rentrée ? » Il demanda, à personne en particulier et Stiles fronça les sourcils.
La jeune femme était effectivement présente, installée dans le salon, les yeux rivés vers son frère. Celui-ci s'était tourné vers eux, étonnée comme s'ils venaient d'interrompre une conversation importante. Pendant quelques secondes, Stiles ne comprit pas comment Isaac avait pu deviner qu'elle était là, sans même la voir, puis il se sentit bête, ce dernier ayant certainement aperçu sa voiture dans l'allée.
Lorsqu'il s'intéressa à nouveau à leurs hôtes, il ne put s'empêcher de paraître choqué un instant. Laura avait mauvaise mine. Sa peau, d'ordinaire presque hâlée, était pâle et terne, comme si elle était malade. Ses épaules étaient voûtées et les linges qu'elle portait, froissés, alors que Stiles l'avait toujours vu bien apprêtée. Bien sûr, il lui arrivait aussi de sortir sans vraiment réfléchir à ce qu'il portait sur le dos, mais là, c'était différent. Laura paraissait différente. Son visage était lourdement marqué, cerné, fatigué, comme si elle n'avait pas fermé l'œil depuis une semaine. Sa lèvre inférieure était coincée entre ses dents et Stiles se douta alors qu'elle avait dû passer plusieurs heures à les mordiller.
Son enthousiasme s'évanouit aussi sec, alors qu'il eut peur qu'elle ne soit tombée malade. Quand elle le vit, l'expression de son visage se métamorphosa, un semblant de sourire peint sur ses lèvres. Mais Stiles n'était pas dupe. Quelque chose n'allait pas.
« Stiles, dis donc, tu deviens encore plus beau chaque fois que je te vois. Approche un peu. »
Elle le prit dans ses bras et Stiles tenta de ne pas paraître effrayé face à son impressionnante perte de poids. Elle était tellement fine contre son torse, qu'il eut peur de la briser en deux. Isaac, à côté de lui, la fixait avec force, comme s'il était capable de lire dans ses pensées. Il ne dit pas un mot mais son visage, jusque-là si léger, s'assombrit soudainement. Il eut un bref mouvement de tête vers Derek, très rapide, mais Stiles le remarqua.
« Est-ce que tout va bien ? » Ce dernier demanda, anxieux.
« Bien sûr, » Laura lui répondit avant de rajouter quand son inquiétude fut toujours visible sur ses traits. « J'ai dû régler quelque chose hors de la ville, des rendez-vous chez le notaire, des papiers à remplir. Comme tu peux l'imaginer, ça n'a vraiment pas été amusant. »
Elle plaisantait mais Stiles savait aussi qu'elle ne disait pas l'entière vérité. Pour quelle raison ? Il l'ignorait. Derek n'hésiterait pas à lui dire, si quelque chose n'allait pas, non ? Stiles s'efforcerait de l'aider, comme il le pouvait.
Sans un mot, ils se croisèrent tous les trois du regard, dans une sorte de conversation silencieuse et le jeune adolescent se sentit définitivement exclu. Il n'émit aucune plainte, cependant, ne préférant pas faire d'esclandres et accepta le baiser que Laura lui colla sur la joue.
« Bon, je vais le dire, sinon il ne le fera jamais, mon frère est très content de te voir. Et par content, j'entends qu'il n'arrête pas de parler de toi, à toutes les occasions. C'est adorable. »
« Ne raconte pas n'importe quoi, » grogna l'autre, presque en montrant les dents.
« Le voilà tout timide, je pensais que tu avais dépassé ce stade, mon grand, » le taquina-t-elle, un sourire plus sincère au visage.
« Et moi je croyais que tu devais rentrer chez toi. »
« C'est vrai, Isaac, tu es prêt ? »
Ce dernier avait le teint encore criard. Est-ce que ça le concernait spécialement ? Est-ce que ça avait avoir avec le fait qu'il vivait avec Laura ? Stiles savait qu'elle en avait désormais officiellement la garde et l'idée même que quelqu'un vienne leur dire le contraire, lui donnait des sueurs froides. Les Hale ne laisseraient jamais une telle chose arriver, mais il comprit pourquoi cela pouvait être une source de frayeur. Faisant comme si de rien et se laissant entraîner par l'enthousiasme feint de Laura, Stiles les salua lorsqu'ils s'en allèrent. Puis, il se tourna vers Derek, se sentant soudainement un peu réservé.
« Je ne dérange pas, j'espère. Laura avait l'air... perturbée par quelque chose. »
C'était fou comme il avait la sensation d'être sur des charbons ardents avec l'homme. Il se vantait de pouvoir lire facilement les gens qui l'entouraient, de pouvoir aisément deviner leurs réelles pensées et leurs véritables objectifs. Mais depuis qu'il avait rencontré Derek, ce sens qu'il avait appris à manier avec facilité, ne semblait plus du tout lui être utile. Il ne savait jamais vraiment ce qui lui passait par la tête, ni ce qu'il éprouvait avec précision. Et il n'était pas certain d'apprécier ce changement.
« Elle s'en fait toujours pour rien. Elle va bien. »
Là non plus, Stiles ne le crut pas vraiment. Mais c'était des histoires de famille et il n'avait pas envie de s'en mêler, reconnaissant qu'ils avaient bien le droit d'avoir leur jardin secret. Il pensait sincèrement que c'était ce que Derek désirait alors il essaya de ne pas le forcer. Pas tant que tous ces secrets ne deviennent trop dangereux pour eux. Alors qu'il déposa son sac sur le sol, Derek l'approcha rapidement, sans même qu'il ne s'en aperçoive.
« Bonjour. »
Stiles rougit, mais sourit, bienheureux.
« Bonjour. »
Leur baiser fut interrompu lorsque quelque chose attira subitement le regard du plus jeune.
« Tu ne m'avais pas dit que tu comptais repeindre une autre pièce, » il le réprimanda, examinant les pots de peinture, posés contre le mur. Puis, se penchant vers l'autre, les yeux plissés, il l'accusa « Tu n'aurais pas choisi un nouveau coéquipier pour t'aider ici, derrière mon dos, pas vrai ? Sache que notre relation ne survivrait pas à une telle trahison. »
Derek secoua la tête, exaspéré mais il ne put cacher le sourire en coin qu'il arbora et Stiles le lui fit savoir.
« En fait, ça tombe bien que tu sois là, j'avais besoin de te demander quelque chose. » Derek mentionna.
« Si c'est pour passer un coup de pinceau dans la cuisine, complètement nu, la réponse est oui. »
Le sourcil qu'il releva témoigna que l'idée ne lui paraissait pas saugrenue et Stiles éclata de rire.
« Il me reste une pièce à peindre et… Je voulais ton avis sur la couleur. »
Stiles s'arrêta alors de bouger, estomaqué par ce qu'il venait d'entendre.
« Tu te rends compte de ce que tu viens de suggérer ? Tu accepterais de me laisser choisir ? »
Derek hocha la tête, sans même grimacer, et Stiles leva les yeux au ciel, comprenant la situation.
« D'accord, qui t'a payé ? C'est Erica ? Je suis sûr que c'est Erica, Boyd ne t'aurait pas payé mais menacé et Isaac… est un froussard et n'aurait même pas pensé à sauver mon honneur. »
« Ce n'est pas Erica. Cette pièce… est importante pour moi. Et si je n'ai pas accepté que tu choisisses la couleur des autres pièces de la maison, c'est parce que j'avais une idée bien particulière de celle que tu choisirais. »
Stiles déglutit, perdu dans cette tirade inattendue.
« Ah oui ? »
Il était excité et satisfait devant la réserve émise par Derek, face à ce qu'il s'apprêtait à lui demander. Ce dernier était visiblement conscient de sa fébrilité et renifla, avant de lui prendre la main.
« Viens. »
Ils montèrent les escaliers et pénétrèrent dans une pièce où Stiles n'était encore jamais entré. La plupart du temps, ils restaient tous les deux dans le salon, ou la cuisine, quand ils devaient se mettre quelque chose sous la dent.
La chambre de Derek lui ressemblait totalement.
Elle était sobre, sans fioritures, grande mais pas encombrée. Il n'y avait pas beaucoup de meubles, un bureau collé au mur, une table de chevet sur laquelle reposait un livre, son lit et une petite armoire. Rien ne dépassait, tout était étroitement aligné et droit, comme l'était Derek. Il trouva cela amusant.
En s'avançant davantage, il nota alors qu'il avait fait une erreur. Il y avait autre chose sur sa table de nuit, un cadre photo. Se tournant vers Derek pour voir s'il avait son accord, il s'empara de l'objet quand celui-ci n'émit pas d'objection. La photographie n'était pas récente et représentait Derek entouré de Laura, qu'il reconnut aisément et d'une autre jeune fille, qu'il supposa être Cora. Il l'observa attentivement, ravi de pouvoir assouvir sa curiosité. Elle était, sans surprise, excessivement jolie, mais d'une manière plus revêche. Si elle ressemblait à ses aînés, elle n'avait pourtant pas hérité des mêmes yeux qu'eux, ses iris chocolat lui donnant un air chaleureux, malgré sa posture inflexible.
Ils avaient l'air complices, chacun souriant, tournés vers celui ou celle qui avait choisi de capturer cet instant. Qu'avait-il bien pu se passer pour qu'ils ne se parlent plus ?
« Qu'est-ce que tu en dit ? »
Derek avait adopté un air nonchalant, comme si la réponse ne l'intéressait guère, mais Stiles pouvait se vanter de le connaître, à présent. S'il lui était toujours difficile de saisir le fond de ses pensées, il lui était en revanche, plus facile de détecter ce que ses mots ne disaient pas.
Il voulait que Stiles choisisse la couleur de sa chambre, qu'il prenne une décision importante, au sujet de cette maison qu'il avait rebâti de toutes pièces car c'était important pour lui. Car Stiles était important pour lui. Et cette requête, qui semblait minime et désinvolte, ressemblait en réalité à une déclaration excessivement romantique. Et Stiles tenta de cacher son émotion. Sans grand succès.
Plongeant son regard dans le sien, ses yeux qui lui faisaient ressentir mille choses différentes, il offrit, sans hésitation.
« Je sais que je t'embête avec le orange mais je crois bien que le vert est ma couleur favorite. » Le jeune homme déclara finalement.
Plus tard, alors qu'ils s'étaient mis d'accord sur la couleur – et sur le fait qu'il s'agissait de l'occasion idéale pour baptiser la pièce – ils restèrent allonger sur le matelas, reprenant le souffle qu'ils avaient perdu.
« Je ne pourrai pas venir te voir, demain soir. » Derek l'informa. « Laura veut que je vienne avec elle, pour l'aider. Juste pour ce week-end. »
Evidemment, il fut déçu. Derek allait lui manquer, même s'il passait les jours suivants collés l'un à l'autre.
« Dis pas ça comme si j'allais mourir. J'ai une vie en dehors de tes muscles saillants, Mr Hale, » Stiles mentit.
« Tu m'en diras tant. »
Plaçant son visage au creux de son cou, Stiles respira profondément, dissimulant son sourire dans son t-shirt, lorsque Derek resserra son étreinte autour de lui. Il le tenait particulièrement fort ce soir, comme s'il avait peur que Stiles ne décide subitement de s'enfuir. Loin de s'en préoccuper, Stiles apprécia la position, n'ayant nullement l'intention d'aller nulle part.
O
La journée de cours qui clôtura la semaine de Stiles fut épouvantable : leurs enseignants étaient plus fébriles que jamais, déblatérant à une vitesse particulièrement rapide, au point que Stiles finit sa matinée avec une douleur lancinante au poignet. Les devoirs qu'ils avaient à faire devenaient colossaux et ce, malgré qu'il ait pris le temps de s'y mettre à l'avance. Alors que sa dernière heure était arrivée, il s'installa à sa paillasse, constatant que son heure ne pouvait pas être pire puisqu'il s'agissait de la seule où il n'était pas à côté de Scott, leur professeur ayant choisi de réaliser un plan de classe en début d'année.
Comme pour le narguer, l'heure parut passer encore plus lentement que le reste de sa journée et il dut plusieurs fois se reprendre, sous peine de laisser ses paupières se fermer d'elle-même. Alors qu'une vague de sommeil particulièrement forte commençait à l'envelopper, il reçut soudainement quelque chose sur la tête. Stiles n'eut pas besoin de se retourner pour savoir d'où cela provenait. Massant son crâne, il ramassa le bout de papier qui était tombé près de sa trousse, toujours aussi surpris de constater que Scott ne se faisait jamais prendre dans ses jeux de messages secrets.
Dépliant la feuille chiffonnée, il l'a lu, avant de regarder derrière et d'hausser les épaules.
Scott était placé trois rangs plus loin – à croire que leur professeur l'avait fait exprès – et l'observait avec insistance. Sur ce papier, il lui demandait s'il savait où se trouvait Boyd, Erica et Isaac mais Stiles n'en savait pas plus que lui. Aucun des trois ne s'étaient présentés aujourd'hui et il n'avait pas eu de nouvelles. Vérifiant que le professeur leur tournait toujours le dos, il murmura, espérant que Scott réussisse à lire sur ses lèvres.
« Malade ? »
Scott n'y crut pas une seconde, si Stiles tint compte du « Tous les trois en même temps ? » qu'il lui souffla. Il haussa à nouveau les épaules, mais avoua trouver cela étrange. Ce n'était pas comme s'ils n'avaient pas le droit de louper une journée de cours. Mais depuis qu'ils se connaissaient, cela ne leur était presque jamais arrivé.
La sonnerie retentit comme une libération et Stiles prit le temps de noter les devoirs inscrits au tableau, secouant la tête lorsqu'il découvrit que Scott était déjà dehors, lui faisant signe avec un sourire benêt. Ils rentrèrent chez eux, Stiles déposant Scott au passage qui devait aller faire des courses avec sa mère. En arrivant, il découvrit que son père était déjà là, assis dans le canapé, ses lunettes au bout de son nez. Celui-ci, le voyant rentrer, lui sourit et lui demanda si sa journée s'était bien passée.
Stiles grimaça. Il était exténué. Regardant le sac qu'il avait posé sur le sol, rempli de leçons à réviser, il réfléchit. Puis observa son père et son sourire accueillant. Puis le sac. Son père à nouveau. Sa décision fut rapide à prendre. Retirant ses baskets à la va-vite, il s'affala à côté de l'homme qui rit devant son attitude.
Il n'avait pas envie d'aller s'engouffrer dans sa chambre, pour aller s'assommer le cerveau encore davantage. Il n'avait même la force de penser à faire à manger pour le soir. Heureusement, il restait un peu des lasagnes à moitié trop cuites qu'il avait réalisé la veille.
« Tu es rentré tôt. » L'adolescent remarqua, s'attendant à ce que son père lui donne des nouvelles du boulot.
« C'est plutôt calme, en ce moment. Et j'ai ramené toute ma paperasse dans le bureau, histoire de me sentir occupé. »
Stiles renifla, sachant que ce serait impossible qu'il oublie un jour le travail qu'il menait tant la charge était importante.
« Les membres du conseil sont plutôt contents de nos résultats et sont favorables à ma réélection l'an prochain. »
« Pas étonnant, ils te prennent pour une véritable machine dans cette ville. »
Stiles ne nota pas tout de suite que son père resta silencieux à la suite de sa remarque. Mais il pensait à ce qu'il venait de dire, au fait qu'il n'avait pas eu de vacances depuis des années et que la fatigue commençait à se faire sentir au fil du temps. Bien sûr qu'il avait éprouvé de la culpabilité, les premières fois où il l'avait laissé seul à la maison. Mais ce dernier s'y était si rapidement fait, apprenant à se débrouiller, à lancer une lessive, à se préparer à dîner, qu'elle s'était progressivement estompée. Ça ne voulait pas dire qu'elle n'existait pas. Et que Stiles ne souffrait pas de cette séparation marquée.
« Ça te dirait que je pose quelques journées de congés ? » Noah lui proposa. « On pourrait se programmer un week-end tous les deux, faire un tour en dehors du comté, s'arrêter quelque part pour manger un bout. J'ai entendu parler de ce restaurant qui rend les côtes de bœuf tellement tendres qu'on a l'impression qu'elles fondent sous le palais.
« Vraiment ? »
Stiles était tellement emballé par l'idée qu'il ne releva même pas le fait que son père comptait bien sur ce voyage pour s'enfiler de la viande rouge. Ce dernier hocha d'ailleurs la tête, visiblement décidé.
« J'en parlerai à l'équipe demain et commencerai à chercher un remplaçant temporaire. »
Stiles lui sourit, un sourire blanc et heureux et son père rit une nouvelle fois, passant une main dans ses cheveux pour les ébouriffer. Ils restèrent toute la soirée ainsi, prenant des plateaux repas devant la télé à l'heure du dîner. Mais aucun ne tarda à se mettre au lit, tous deux épuisés.
Le lendemain, Stiles se prépara pour aller travailler, enfilant un t-shirt puis un sweat à capuche, avant de passer la sangle de sa sacoche autour de son cou. Il commençait à midi mais terminait son service en fin d'après-midi, ce qui lui permettait, en rentrant de relire quelques cours, étant donné qu'il s'était accordé une pause le jour précédent. Derek ne l'avait pas contacté mais, après tout, il l'avait prévenu qu'il serait occupé ce week-end. Stiles essayait d'imaginer ce qu'il pouvait bien être en train de faire et l'endroit dans lequel il pouvait se trouver actuellement.
« Voilà votre monnaie. »
Tendant l'argent à son dernier client, il ferma sa caisse. Scott avait promis qu'il passerait mais il n'avait pas vu le visage familier de son meilleur ami apparaître une seule fois.
« J'ai fini de ranger ces articles. Est-ce que tu veux que je fasse autre chose ? » Stiles demanda à l'employé qui l'accompagnait pour la journée.
Phil accepta son aide et lui proposa de lui montrer comment fonctionnait la nouvelle machine qu'il venait de commander. Ce dernier avait commencé à travailler avec eux, il y avait quelques semaines mais avait déjà travaillé un an et demi dans une autre librairie. Il avait un accent canadien et la première fois que Stiles le lui avait fait remarquer, il lui révéla être natif du pays, ayant choisi de se déplacer pour suivre sa fiancée. Il avait fait des tas d'emplois, visité une quinzaine de pays différents et discuter avec lui était comme ouvrir une énorme encyclopédie, remplie de toutes sortes d'anecdotes. Il était instable, détestait la routine et ne pouvait imaginer exercer le même emploi sur plusieurs années. Mais Stiles le trouvait sympa, avec ses cheveux longs, retenues en une queue de cheval et ses chemises à carreaux, qui rivalisaient avec celles de Stiles.
Inutile de dire qu'ils s'étaient très rapidement entendus. Malgré leur différence d'âge, ils partageaient presque les mêmes goûts mais c'était compréhensible. L'homme le disait lui-même : il ressemblait davantage à un adolescent refusant de grandir, qu'à un réel adulte, préparé à prendre des responsabilités. Mais Stiles le trouvait drôle. Il savait notamment dire des blagues dans plus de dix langues différentes, autrement dit, il était un véritable souffle d'air frais durant son service. Il connaissait également tous les comics que Stiles avait lu, ce qui leur offrait un sujet de conversation intarissable.
Alors qu'ils se chamaillaient à propos d'une édition limitée, la sonnette d'entrée retentit et Stiles releva la tête, surpris de découvrir Kira. Elle portait constamment un air réservé, qui contrastait fortement avec son code vestimentaire, n'hésitant jamais à combiner les types de tissus et les couleurs. Aujourd'hui, elle avait opté pour une jupe plissée et une veste en laine, un sac plastique entre les mains.
Stiles la salua chaudement, avant de la présenter à Phil qui lui lança une œillade amicale.
« Je ne reste pas longtemps, » l'informa-t-elle en s'approchant. « Scott a dû récupérer sa mère à l'hôpital alors je me suis dit que je pouvais venir te dire bonjour. J'ai pensé aussi que tu pourrais avoir faim alors je t'ai apporté ça. »
En voyant ce qu'elle avait amené, les yeux de Stiles s'arrondirent et ses papilles s'agitèrent. Sa mère faisait les meilleurs beignets à la cannelle de tout l'Etat et elle en avait apporté une dizaine.
« Kira, tu es un ange venu t'arrêter sur ma route. Si jamais Scott n'est pas à la hauteur, je suis prêt à lui en faire baver pour toi. »
Posant le sac derrière le comptoir, pour sa pause, Stiles échangea encore quelques minutes avec Kira avant que, comme convenu, la jeune fille ne s'en aille pour aller rendre visite à sa grand-mère.
« Oh, et je crois que Derek va venir te voir, » elle lui indiqua, avec un petit sourire, comme si elle savait qu'elle était annonciatrice de bonne nouvelle, « je l'ai vu passé avec les autres, tout à l'heure. »
Stiles ne fut pas surpris d'apprendre qu'elle savait qu'ils sortaient ensemble. Après tout, Scott était incapable de garder quelque chose pour lui. En revanche, sa tirade lui valut un froncement de sourcils.
« Ça m'étonnerait, il n'est pas en ville ce week-end, » il lui annonça sans hésiter mais elle resta un instant pantoise.
« C'est curieux, je l'ai vu pourtant il y a moins de deux heures. Il était avec une jeune femme blonde, près de la station essence. Elle ressemblait à Erica. Il conduit une sorte de voiture sportive, non ? »
Stiles hocha lentement la tête mais son esprit était ailleurs.
« J'ai dû confondre, désolée » souffla-t-elle gênée. « On se voit lundi ? »
Mais Stiles ne répondit pas, trop obnubilé par ce qu'elle venait par inadvertance, de lui dévoiler. Il n'y avait pas de raisons apparentes pour que Kira l'ait confondu. Elle le connaissait. L'avait déjà vu. Était venue chez lui. Pourquoi se serait-elle trompée ? Et cette figure féminine, à la chevelure blonde, ça ne pouvait qu'être Erica ?
Alors… pourquoi Derek lui aurait dit qu'il ne serait pas là si ça n'était pas la vérité ? Il aurait pu évidemment avoir changé ses plans et être finalement resté à Beacon Hills. Mais le fait qu'il n'ait pas pris la peine de le lui dire par message le travaillait un peu. Est-ce que c'était pour ça que les autres avaient été absents aujourd'hui ?
Anxieux, Stiles ne parvint pas à penser à autre chose. Lorsqu'il termina sa journée au magasin, il réfléchit, hésitant à appeler l'un d'entre eux. Il opta pour Isaac. Si Erica était vraiment avec Derek, Isaac, lui, devait normalement toujours être chez Laura. Installé dans sa voiture, sur le parking de la boutique, il tapa le numéro et se mordit la lèvre quand cet appel resta sans réponse.
Il essaya de ne pas paniquer. Ça ne voulait rien dire. Stiles aurait très bien pu déclarer une chose équivalente à Derek, annuler ses plans au dernier moment et oublier de le prévenir qu'il était finalement libre. Mais il n'était pas sûr. Et cette incertitude le paralysait, le forçant à souhaiter à en avoir le cœur net.
Alors, un peu contre son gré, sachant presque qu'il n'allait probablement pas aimer ce qu'il allait découvrir, il se rendit chez l'homme, la gorge sèche. Priant à voix haute, il espéra ne pas apercevoir de voiture garée devant l'allée. Parce que s'il n'y avait pas de voiture, il pourrait s'en aller, en oubliant cette histoire stupide. S'il n'y avait pas de voiture garée dans l'allée, il pourrait se calmer et rentrer chez lui.
Malheureusement pour lui, ça ne fut pas le cas. Non seulement la Camaro rutilante de Derek était installée près du garage mais il reconnut également celle de Boyd. Sortant de sa jeep, Stiles eut l'impression de recevoir une chappe de plomb dans l'estomac quand il aperçut la porte d'entrée s'ouvrir. Derek apparut alors, le visage si fermé et obscur qu'il eut brièvement un geste de recul. Il avait les poings serrés et la poitrine bombée, qui se soulevait comme s'il respirait trop fort. Mais ses yeux, ses yeux lui glaçaient le sang. Ils étaient fixés sur lui mais Stiles aurait préféré que ça ne soit pas le cas car ils étaient si furieux qu'il eut du mal à déglutir.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? » lui hurla-t-il et Stiles resta comme un imbécile, ne sachant pas quoi dire face à ce ton qu'il n'avait plus eu l'habitude d'entendre.
« Je… »
« Va-t'en. »
« Quoi ? Derek, je… »
« J'ai été clair. Je t'ai dit de t'en aller. »
Stiles s'apprêta à rétorquer quelque chose, n'importe quoi mais l'expression de Derek l'en empêcha. Il savait reconnaître quand sa présence n'était pas désirée. Aussi, il remonta dans sa voiture, l'équilibre un peu chancelant et le cœur définitivement en miettes.
Le secret que cache Derek commence à avoir des conséquences ! J'espère que ce chapitre vous aura plu, malgré cette fin un peu difficile pour Stiles x)
Je vous embrasse,
A la semaine prochaine !
