Note d'autrice :
Bonjour à tou·te·s,
Tada, comme prévu hier, me voici avec le chapitre habituel du jeudi !
Je vous remercie pour vos réactions sur le chapitre d'hier, vous m'avez gâté en reviews et c'est un beau cadeau d'anniversaire ! Je vous répondrais en privé dès que j'aurais le temps promis ! Ne vous privez surtout pas pour laisser un mot aussi sur ce chapitre là ;)
Alors pour ce chapitre, je ne donne aucune info, le titre est déjà bien assez parlant à mon sens !
Bonne lecture : ) Rating : M+
Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent à JK Rowling.
Chapitre 11 – Fantasmes et premier baiser
Samedi 5 février 2000
L'entraînement de Quidditch avait été assez intense. La capitaine de l'équipe était dure avec eux, sachant que le prochain match approchait. Harry trouvait aussi qu'elle s'était améliorée et acceptait plus facilement les remarques de ses joueurs. Ainsi elle profitait de l'expérience de Ron et Harry, qui avaient déjà joué plusieurs années dans l'équipe.
Comme souvent, l'entraînement avait eu quelques spectateurs, dont leurs amis. Hermione avait pris l'habitude de venir les voir régulièrement depuis le début de l'année et Seamus avait rapidement fait de même. Le mauvais temps hivernal avait espacé leur présence, mais il faisait beau ce jour-là et presque tout le petit groupe s'était retrouvé sur les gradins : Seamus, Hermione et Drago. Théodore visiblement occupé ailleurs.
Harry se préparait à prendre une longue douche chaude bien méritée. Les vestiaires de Quidditch étaient déserts : Ron l'avait honteusement abandonné pour rejoindre sa belle et les autres membres de l'équipe étaient dans celui des filles. Drago et Seamus avaient quitté le stade à la fin de l'entraînement et Harry se doutait qu'ils les retrouveraient dans la Grande Salle pour déjeuner.
Le brun se glissa sous le jet et laissa l'eau chaude détendre ses muscles endoloris par l'activité physique qu'il avait fournie pendant deux heures. Il savait qu'il ne devait pas trop traîner, sinon il ne resterait pas grand-chose à manger, mais c'était un tel plaisir de profiter d'une douche brûlante après le Quidditch. Pour bien faire, il ne manquait plus qu'une agréable compagnie et ça serait parfait.
Harry s'ôta rapidement cette idée de la tête. Il savait où ça le mènerait et il ne souhaitait pas se prendre le chou sur ses envies du moment. Il se sentait simplement un peu délaissé depuis la rentrée, voilà tout. À part Stewart qui avait été plutôt un mauvais coup et son escapade pendant les vacances de Noël, il était resté seul depuis septembre. Évidemment, la masturbation ne comptait pas !
Le Gryffondor se lava les cheveux. Laissant ses pensées vagabonder, il en revint aussitôt aux mêmes conclusions. Les mains dans les mèches brunes, il ne put que faire un parallèle avec Drago. Cela faisait plusieurs fois qu'ils prenaient leur douche ensemble, sans qu'il y ait la moindre ambiguïté, la moindre tension sexuelle. Ce n'était pas l'envie qui manquait à Harry, mais son ami était loin de ce genre de considérations et il savait se maîtriser. Il compara sans le vouloir le contraste entre les cheveux très fins du Serpentard et les siens, plus épais. C'était vraiment différent. Du shampoing il dériva à ce qu'il avait remarqué de la morphologie du blond. Certes, il s'était aminci et Harry n'aimait pas spécialement les squelettes, mais il n'en était pas encore là. Harry avait noté, sans y faire attention sur le moment, les courbes anguleuses du corps masculin. Sa peau blanche qui contrastait avec la sienne, plus mate, les muscles de ses pectoraux, de son ventre, de ses jambes fuselées.
Non ! Harry se refusait de penser à lui ainsi. Le Serpentard savait qu'il lui plaisait, mais n'avait jamais abordé le sujet de nouveau, il n'était clairement pas intéressé. Il était inutile que le brun se fasse du mal à imaginer des choses.
Par les couilles de Merlin, il bandait maintenant ! Il lui serait facile de faire disparaître ce petit détail avec quelques efforts et un peu d'imagination. Et il savait exactement à qui il pouvait penser pour éviter de fantasmer sur le blond. La jolie Tracy, qu'il avait vue pendant les vacances de Noël.
Samedi 1er janvier au mardi 4 janvier 2000
Harry venait de quitter ses amis. Ron et Hermione l'avaient entraîné à une énorme fête organisée par des anciens de Poudlard pour le réveillon. Il y avait retrouvé ceux qu'il côtoyait en Huitième année, mais aussi de nombreux autres. Il n'avait pas vu certains d'entre eux depuis plus d'un an, il avait été très absent avant sa dernière rentrée à l'école de sorcellerie.
Le brun se faufila dans une ruelle et, après avoir vérifié qu'il était seul, il transplana. Il cacha sa baguette au fond de son sac et parcourut les trottoirs pendant environ quinze minutes pour atteindre l'immeuble qu'il visait. La marche dans l'air glacial l'avait dégrisé et réveillé.
Il chercha le nom sur la sonnette de l'interphone : Tracy Jones. Une voix endormie lui répondit et lui ouvrit. Il monta rapidement les escaliers et fut accueilli par une jeune femme de son âge environ, peu vêtue et visiblement en état d'ébriété.
— Salut Tracy, tu fêtes encore le Nouvel An ou tu es en train de cuver ?
— J'essayais de cuver… jusqu'à ce que tu me réveilles.
— Désolé… Mais tu m'avais dit de venir à n'importe quelle heure.
— Je plaisante, entre.
Harry discuta une petite heure avec son amie, mais les deux jeunes adultes étaient épuisés par leur nuit sans sommeil et une quantité d'alcool non négligeable ingurgitée. Ils se couchèrent alors que le soleil commençait à éclaircir l'horizon.
Il avait rencontré la jolie femme à la peau noire lors d'un de ses voyages l'année précédente, aux États-Unis. Elle lui avait renversé son café à emporter dessus. Elle était à New York pour un semestre à l'université, quelque chose en rapport avec le marketing moldu. Harry ne se souvenait pas très bien. Ils s'étaient très bien entendus et de fil en aiguille, elle l'avait invité dans son petit appartement d'étudiante. Sans rien se promettre, sans se prendre la tête, ils avaient passé plusieurs semaines ensemble. Depuis, Harry revenait voir Tracy, qui vivait à Londres, dès qu'il y était. L'alchimie amicale et sexuelle entre eux était impressionnante et le brun en profita très largement encore cette fois-ci. Elle était gentille, belle, intelligente et facile à vivre. Ils faisaient l'amour ensemble, mais ils étaient amis.
Harry ne lui avait pas dit qu'il était sorcier et ne voulait pas le faire, Tracy ne serait jamais plus qu'une sex-friend et ça leur convenait à tous les deux.
Harry resta chez elle, à sa demande, jusqu'à la fin des vacances. Jusqu'au dernier moment, au point où il risqua de manquer son train de retour pour Poudlard.
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Harry se caressait rapidement, les yeux fermés, appuyé d'une main contre le mur de la douche. L'eau chaude coulait dans son dos, le bruit des gouttes, éclaboussant le carrelage, résonnait dans la petite cabine. La vapeur formait un nuage dense autour de lui, créant une ambiance à part du monde.
Harry était maintenant complètement perdu dans son fantasme. Une peau sombre terriblement douce sous ses doigts... De longs cheveux crépus qui lui chatouillaient le dos… Des petits seins fermes… Un dos fin et musclé… « Oh, merde ! » Des hanches voluptueuses… Des petites mains agiles… Une peau blanche parsemée de cicatrices… Des jambes musclées… « Non, Harry, garde le cap ! » Une toison noire s'ouvrant sur une caverne chaude et moite… Un nez pointu et une mâchoire carrée… Des yeux gris comme un ciel d'orage… De fins cheveux blancs comme la lune… « Arrête de penser à lui ! » Des pectoraux bien dessinés… Un ventre plat et une ligne de poils blonds… Des bras musclés et la Marque qui ressort sur une peau pâle… Des yeux gris qui hypnotisent… Des cheveux fins et doux sous ses doigts…
Harry ne pouvait plus maîtriser les images qui lui venaient en tête et la jolie Tracy avait totalement disparue de son imagination, ne restait plus que Drago Malefoy. Son cerveau se servait allégrement des douches qu'ils avaient prises ensemble pour nourrir ce fantasme et Harry gémissait bruyamment tandis que sa main accélérait encore les mouvements. Son orgasme le surprit par sa puissance et il éjacula en murmurant « Drago ».
Il mit quelques instants à retrouver ses esprits et à réaliser.
— Merde, merde, merde ! grogna-t-il les dents serrées, tout en tapant du poing contre le mur.
Il se rinça et se sécha rapidement avant de rejoindre les vestiaires, sa serviette autour de la taille. Harry était en colère après lui-même, il s'était interdit de se toucher en pensant à Drago. C'était la première fois que cela arrivait, qu'il n'avait pas pu réfréner les images qui lui venaient en tête. Et c'était un énorme problème parce que le blond n'était pas du tout intéressé. Il était son ami, rien de plus. Et rien que cela était déjà un petit miracle étant donné leur passé chaotique.
Une fois à son casier il commença à se rhabiller et remit ses lunettes. Il se sécha les cheveux avec sa serviette. Un mouvement à la périphérie de sa vision lui fit relever la tête.
Drago était assis sur l'un des bancs du vestiaire, seul.
— Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna Harry.
— Tout le monde te cherche, partout. Visiblement, j'avais raison de dire que tu étais ici.
— Pourquoi es-tu seul ? Personne ne t'a emmerdé, j'espère ? s'inquiéta le Gryffondor.
— Seamus m'a accompagné, le bruit de la douche nous a confirmé ta présence. Comme il voulait envoyer un hibou à son mec, j'ai préféré attendre au chaud que tu aies terminé.
Harry déglutit lentement, il n'aimait pas l'idée que Drago était resté dans le vestiaire depuis un temps indéterminé.
— Tu es là depuis quand ? demanda-t-il innocemment en finissant de s'habiller pour l'extérieur.
— Depuis assez longtemps pour savoir ce qui t'a autant retardé…
— Je prenais ma douche, Malefoy !
— À d'autres, Potter. Pour ton information, tes gémissements étaient loin d'être discrets !
Merde ! Pourvu qu'il n'ait rien entendu d'autre… Harry rougit jusqu'à la pointe des cheveux et évita soigneusement de regarder Drago.
— C'est très embarrassant…
— Si ça peut te consoler, tu es loin d'être le premier que j'entends s'astiquer sous la douche. Au cas où tu l'aurais oublié, j'ai été dans l'équipe de Quidditch de Serpentard plusieurs années.
— Ouais, ouais… Bah si tu pouvais oublier cette fois-ci ça m'arrangerait.
— C'était bien mon intention.
— Parfait, alors rejoignons les autres pour déjeuner.
oOoOooOoOo
Vendredi 11 février 2000
Drago était à la traîne du petit groupe d'amis qui l'accompagnait. C'était l'heure du dîner et tous les élèves y étaient déjà depuis un moment. Leur méthode ne variait plus depuis un certain temps : ils se débrouillaient toujours pour arriver tardivement, limitant ainsi les insultes et brimades discrètes subies par le blond à l'occasion de sa présence dans la Grande Salle. Drago aurait bien sauté tous les repas, mais Pomfresh le surveillait depuis son dernier passage à l'infirmerie. Elle avait imposé une pesée par semaine, voulant vérifier qu'il ne perdait plus de poids. Afin d'éviter des remontrances, le Serpentard se forçait donc à accompagner les autres aux repas et à manger un peu plus. Il avalait beaucoup de sucreries en dehors des repas pour vaguement compenser ses maigres apports, ignorant totalement les remarques de Hermione à ce sujet. Pour prévenir d'éventuels problèmes dentaires, il s'acharnait sur le brossage et les sorts de nettoyage, tout simplement.
Ce soir-là, cependant, Drago rechignait plus que d'habitude à se rendre dans la Grande Salle. En effet, depuis le lundi, de manière aléatoire lors des différents repas, sa chaise réagissait à sa présence. Et pas de façon très agréable. Il avait déjà subi deux dérobades au moment de s'asseoir, s'étalant lamentablement au sol sous les rires des étudiants. Une autre fois, la chaise s'était brisée en plein milieu du repas et il s'était cogné le menton à la table avant de tomber, imposant un nouveau passage à l'infirmerie. Et trois fois, elle s'était tout bonnement volatilisée au moment où il la tirait pour s'y installer, le laissant debout comme un idiot, la main en l'air.
Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait encore d'enchantements lancés par le groupe qui le martyrisait, profitant de l'occasion pour l'humilier un peu plus en public. Et quel public : la totalité de l'école, professeurs inclus. Même si ces derniers n'avaient probablement pas assisté à ces moments, la table de son année étant tout au fond de la pièce par rapport à eux. Par ailleurs, malgré l'insistance de ses amis, Drago n'avait pas reporté les incidents à la directrice et leur avait interdit de le faire à sa place. Il en avait assez de se plaindre tout le temps. Et de toute façon, cela ne changerait absolument rien à la situation, elle ne pouvait quasiment rien faire pour l'aider et le Bureau des Aurors avait visiblement choisi de ne pas enquêter sérieusement. Quant à ses amis, leurs investigations étaient au point mort, personne ne savait par où commencer.
En arrivant dans la Grande Salle, Drago croisa de nombreux regards amusés qui le suivirent. Nul doute que les étudiants attendaient avec impatience le moment où Drago allait être humilié par une simple chaise. Les quelques insultes habituelles ponctuèrent son passage : « pédé », « sale Mangemort », « petite pute », il n'y prêtait même plus attention. Il ignora les regards et les mots, se demandant malgré tout ce que sa chaise allait lui réserver ce soir. Les deux autres repas de la journée s'étaient déroulés sans incident et Drago était certain qu'il n'y couperait donc pas.
Tout le monde était installé et Drago nota les regards inquiets, mais encourageants de son entourage. Il inspira amplement pour se motiver et tira la chaise vers l'arrière. Rien ne se passa. Il se posta devant, s'assit avec précautions sur le bois, gardant les muscles de ses cuisses bandés au cas où, ne voulant pas encore finir à terre. Toujours rien. Il s'approcha de la table en tirant la chaise avec lui, ne croyant pas en sa chance.
Drago s'autorisa à souffler un peu, restant cependant vigilant, le dîner ne faisait que commencer et les blagues avec sa chaise étaient encore possibles. Il échangea un sourire avec Hermione, assise en face, et jeta un coup d'œil à Théodore à sa gauche. À sa droite, Blaise lui signala son soutien d'un hochement de tête discret. Depuis qu'il s'était excusé fin janvier, le jeune homme avait recommencé à lui adresser la parole de temps en temps et à s'asseoir à ses côtés régulièrement, aux repas ou en cours. Drago n'avait pas très envie de lui parler, mais il était forcé de constater que c'était agréable d'avoir un peu plus d'alliés, même si Blaise et Daphnée n'étaient pas dans la confidence de ce qui se passait réellement.
Drago reporta son attention sur la table et les différents plats qui s'y trouvaient. Il se servit un peu de pommes de terre et des petits pois, et les grignota lentement. Au moment des desserts il engloutit presque avec plaisir un monceau de jelly verte. Le repas s'était finalement bien déroulé et les curieux avoisinants avaient fini par se détourner puisque rien ne lui était arrivé.
Il avala sa dernière cuillère, reposa son couvert et s'essuya la bouche. Il échangea un regard avec Harry, assit plusieurs places plus loin et lui donna le signe du départ. Comme d'habitude, Harry fit passer le mot à Seamus, installé tout au bout. Le Préfet ne mangeait que rarement près d'eux, car malgré son investissement et son indéfectible soutien, il tentait de le camoufler aux autres élèves de la Huitième année pour ne pas éveiller les soupçons des éventuels coupables.
Drago posa les doigts sur l'assise, de part et d'autre de ses cuisses, pour se reculer. Mais au lieu de bouger, la chaise se mit à vibrer, secouant le Serpentard, le faisant ressembler à la jelly tremblotante qu'il appréciait tant depuis quelques semaines. Il poussa sur ses pieds, mais la chaise semblait fixée au sol, continuant à le ballotter en tous sens.
Puis elle s'arrêta de bouger, laissant Drago à deux doigts de vomir son repas. Il essaya de nouveau de se déplacer, sans succès. Puis, simultanément, deux choses arrivèrent : ses mains furent entourées de cordes magiques, le liant à la chaise et celle-ci se mit à chanter. Enfin, chanter était un bien grand mot pour décrire cet insupportable braillement.
Toute la Grande Salle était maintenant tournée vers Drago, subissant, avec le peu de dignité qui lui restait, d'être attaché et l'objet d'une chanson grossière et insultante sur l'homosexualité. La rougeur démarra dans son cou et monta sur ses joues pâles. Il fut bientôt aussi écarlate qu'une écrevisse bouillie, honteux d'être encore et toujours le sujet de railleries sur sa sexualité. Alors qu'il était loin d'être le seul de Poudlard à aimer les garçons, mais ça n'arrivait qu'à lui.
Drago avait l'impression que l'ensemble de l'école hurlait de rire en l'observant être humilié. Au moins, cette fois-ci les enseignants ne pourraient pas manquer l'incident, la voix de la chaise portant dans toute la pièce. D'ailleurs, Drago perçut du mouvement au loin, Théodore lui confirma que la directrice essayait de traverser la Grande Salle. Elle n'eut pas le temps d'arriver avant que la chaise se taise et libère le Serpentard, les étudiants s'étant agglutinés entre les tables pour tenter de mieux voir ce qui se passait, bloquant le passage.
Aussitôt libre de ses mouvements, Drago se leva et repoussa la chaise avec violence. Elle se renversa. Un sentiment de haine lui fit perdre les pédales. Sans réfléchir aux conséquences, il sortit sa baguette, la pointa sur l'objet et hurla :
— Reducto ! Reducto ! Reducto !
La pauvre chaise se brisa en mille morceaux sous la puissance des sorts, envoyant des échardes un peu partout. Y compris sur lui-même et les quelques autres étudiants à proximité : Blaise, Théodore, Terry Boot et Michael Corner. Drago serra les dents et retira les petits pics de bois enfoncés dans sa peau. Un peu de sang perla, mais il l'essuya d'une main. Les autres en revanche n'étaient pas si calmes et Drago fut rapidement l'objet de regards haineux et d'invectives de la part de certains de ces condisciples.
Heureusement, McGonagall arriva près d'eux au moment où Michael attrapait Drago par le col, bien décidé à lui coller son poing dans la figue.
— Monsieur Corner, veuillez lâcher votre camarade.
— Mais il a…
— Peu importe, rien ne justifie que vous en veniez aux mains.
Le Serdaigle de Huitième année lâcha Drago à regret, lui permettant de nouveau de respirer plus amplement. Cet imbécile l'avait presque étouffé.
— Bien, tous ceux qui sont blessés, vous allez à l'infirmerie. Et vous, monsieur Malefoy, vous me suivez.
Personne ne bougea.
— Immédiatement, ou je retire des points ! gronda la directrice.
Les élèves de Huitième année concernés se dispersèrent aussitôt.
OooO
Drago était une fois de plus assis dans le bureau de la directrice. Il l'avait suivie sans faire d'histoires, se doutant bien que son coup d'éclat allait lui porter préjudice, inutile d'en rajouter.
— Monsieur Malefoy, je sais que vous subissez de grosses pressions et je suis navrée que ce torrent de haine à votre encontre ne s'apaise pas. Cependant, vous comprendrez que je ne peux pas laisser passer votre comportement, n'est-ce pas ?
Drago hocha la tête pour confirmer. Il le savait, il avait enfreint l'une des règles de l'école : pas de magie en dehors des cours ou des révisions. Évidemment, tous les élèves utilisaient des sorts au quotidien sans en avoir le droit, mais cela était toléré puisque fait dans le respect de chacun et hors de vue des professeurs. De plus, pour tous les témoins de la scène, sa réaction de violence était largement disproportionnée par rapport à ce qu'il avait subi : une simple chanson injurieuse. Et la directrice devait montrer qu'elle punissait tout comportement inapproprié, au risque de ne plus avoir l'autorité sur ses étudiants.
— Compte tenu de la situation, je ne vais pas suivre les recommandations du Magenmagot. Comme vous le savez, en cas d'incident, je suis normalement tenue d'informer votre Sorcière de réinsertion. Et le Magenmagot pourrait décider de modifier l'assouplissement de peine dont vous bénéficiez actuellement en suivant votre année scolaire. Évidemment, il ne serait pas juste que vous subissiez ce genre de punition étant donné le calvaire que vous vivez ici.
— Merci, madame la directrice.
— Je n'ai pas fini. Afin de ne pas laisser l'incident impuni, vous aurez officiellement une retenue avec moi la semaine prochaine et je retire vingt points au sablier de votre année.
— Officiellement ?
— Disons que nous nous arrangerons pour que cette retenue n'en soit pas vraiment une, mais personne n'a besoin de le savoir.
— Je vous remercie.
— Je vous en prie, j'aimerais pouvoir faire plus. Vous pouvez retourner à votre Salle Commune, si j'en crois mon petit doigt, certains de vos amis vous attendent en bas de la statue.
oOoOooOoOo
Lundi 14 février 2000
Harry était affalé dans un canapé de la Salle Commune désertée par la majorité des élèves. Drago se trouvait assis dans un fauteuil tout près et Théodore était à une table à l'autre bout de la pièce. La plupart des autres étaient sortis à Pré-au-Lard à l'occasion de la Saint-Valentin, un privilège accordé par la directrice aux étudiants de Huitième année. Ron et Hermione étaient inexplicablement absents également. Pour Harry cela signifiait qu'ils étaient soit à la bibliothèque, soit dans le lit de son meilleur ami.
— Je n'ai pas la moindre envie d'aller à cette stupide soirée du club de Slug, ronchonna Drago pour la centième fois de la journée.
— Je crois que j'avais compris, soupira Harry. À vrai dire moi non plus, mais toi tu n'as vraiment pas le choix.
— Je sais bien, déjà que la directrice a passé l'éponge pour mon acharnement sur cette chaise, si en plus je refuse l'invitation d'un professeur… Je risque de retourner purger ma peine au foyer, ou pire à Azkaban.
Harry lui envoya un regard de soutien. En son for intérieur, il n'avait pas la moindre envie que Drago soit renvoyé de Poudlard, parce que de façon très égoïste il voulait encore passer du temps avec lui. D'autant plus qu'il était dans l'intérêt du Serpentard de réussir ses ASPIC.
— Ce prof ne m'apprécie même pas ! continua Drago. Il ne m'invite que parce que je suis le meilleur de la classe.
— Je préfèrerais être à ta place ! Moi, il m'invite parce qu'il m'idolâtre, comme tous les autres crétins de ce pays, grogna Harry.
— Ouais, et je ne vois vraiment pas pourquoi en plus.
— C'est ce que je me tue à répéter, mais personne ne m'écoute !
Drago pouffa et Harry sourit. Les moments où le Serpentard riait étaient rares, il en bavait sérieusement. Pas une semaine sans qu'un mauvais sort ne lui soit lancé et il s'était déjà retrouvé plusieurs fois à l'infirmerie.
— Bon, tu as trouvé quelqu'un pour ce soir ? Slughorn a bien insisté pour que tout le monde vienne accompagné, demanda Harry. Encore une lubie stupide si tu veux mon avis.
— Non… Je ne peux pas y aller avec une fille au risque de me faire lyncher et le nombre de mecs qui acceptent de me parler se compte sur les doigts d'une seule main. Seamus refusera parce qu'il a un copain, Ron est déjà invité par Hermione, Théo déteste ce genre de mondanités, Blaise y emmène Daphnée. Il ne reste que toi. Tu y vas avec qui, d'ailleurs ?
— Personne.
Une idée farfelue vint germer dans la tête du Gryffondor alors qu'un silence confortable prenait ses aises entre eux. C'était l'occasion de tenter sa chance. Il n'en aurait pas beaucoup d'autres. Après tout c'était la Saint-Valentin et Drago semblait commencer à aller un peu mieux.
— On pourrait y aller ensemble ? hasarda Harry d'un ton détaché.
— Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Allez, c'est pas les prétendants qui doivent te manquer pourtant… Et ce mec canon dont vous parliez l'autre fois avec Ron ?
Évidemment, Drago n'avait pas pris l'invitation à sortir avec lui au sérieux.
— Il est pas intéressé, soupira Harry.
— Tu lui as demandé ?
Harry attendit quelques secondes pour réfléchir à sa réponse. Rien ne l'obligeait à dire la vérité, sauf qu'il avait toujours été honnête avec Drago. Et puis, cette année, il avait décidé de ne pas se prendre la tête et de profiter de tout. Quitte à prendre des risques.
— À l'instant. Il m'a dit non.
Drago resta interdit, les yeux écarquillés, la bouche ouverte dans une imitation d'un poisson hors de l'eau.
— Ne fais pas l'étonné, Drago. Tu le sais depuis un moment que tu me plais, je te l'ai dit le jour où les photos ont été diffusées, après la douche. Tu ne t'en souviens pas ?
— J'avais complètement oublié, je l'avoue. J'étais pas vraiment bien ce jour-là.
— Je sais, c'est pas grave.
Le silence revint. Harry plongea son regard dans le feu de cheminée. Au moins, il savait maintenant pourquoi Drago ne lui en avait jamais reparlé. Et il avait confirmation qu'il n'était pas intéressé, inutile donc de laisser ses fantasmes idiots se poursuivre. Un simple crush s'oubliait facilement. Enfin, il l'espérait.
— Tu veux vraiment y aller avec moi ? questionna Drago, brisant le silence.
— Oui, mais je ne veux pas te mettre mal à l'aise. On ira séparément.
— Je veux bien qu'on y aille ensemble, en amis.
— D'accord, en amis, sourit Harry.
OooO
Ron et Hermione rejoignirent leurs amis au dernier moment. Drago était déjà en train de stresser parce qu'ils allaient être en retard.
— On a failli attendre, rouspéta Harry.
— Oui… ben tu es tout le temps en retard aussi, répliqua Hermione, toute rouge.
— Maintenant que votre appétit sexuel est satisfait, est-ce qu'on peut y aller ? demanda Drago, les bras croisés de réprobation.
— Quoi, mais… je…
— Laisse tomber, Ron, inutile de nous enfoncer, le coupa Hermione.
Drago leva les yeux au ciel et Harry rit doucement.
Les quatre amis se rendirent rapidement dans la salle prévue pour cette petite fête privée. Harry soupira quand ils passèrent devant la Grande Salle. Au moins Drago devrait être un peu plus tranquille ce soir. Le Gryffondor espéra qu'il mangerait mieux qu'avec les insultes, et mauvaises blagues quotidiennes, qu'il subissait au milieu de tous les autres élèves. Sans compter les incidents de la chaise qui avaient duré toute la semaine passée.
À leur arrivée aux portes de la salle convenue, une fête minable battait son plein. Un buffet était assailli par des ventres affamés et une musique de chambre déprimante résonnait dans la pièce. Le professeur Slughorn les accueillit. Il serra chaleureusement la main de Hermione et se trompa encore sur le prénom de Ron, qui l'accompagnait. Puis il resta silencieux un peu trop longtemps au goût de Harry quand il s'avança vers lui avec Drago.
— Où sont vos cavalières ? se reprit le professeur.
— Nous sommes venus ensemble, expliqua Drago en se collant presque à Harry.
Slughorn sembla s'étouffer de surprise.
— Nous sommes venus en amis, professeur, rectifia Harry.
— Oui, oui bien sûr, répondit Slughorn en retrouvant des couleurs. Soyez les bienvenus.
Harry s'avança dans la pièce avec ses trois amis.
— Franchement, Drago, tu exagères.
— C'était trop tentant. Dommage qu'il ne soit pas tombé dans les vapes, ça aurait fait ma soirée.
OooO
Quelques heures après son arrivée, Harry s'ennuyait ferme. Drago et Hermione discutaient dans un coin, un truc en rapport avec des cours qu'il ne suivait pas lui-même.
Ron le rejoignit avec une assiette pleine de pâtisseries.
— Encore ? s'étonna Harry.
— Elles sont super bonnes !
— Si seulement Drago pouvait prendre un peu exemple sur toi, ça lui ferait pas de mal. Il fait visiblement des efforts pour manger, mais je crois que c'est juste parce que Pomfresh l'a menacé.
Ron, la bouche pleine de cake, le regarda bizarrement. Il termina son assiette et la posa sur une petite table à proximité.
— Harry, à propos de Drago… Est-ce que tu as enfin réussi à lui parler ?
— Plus ou moins.
— Est-ce que vous sortez ensemble ?
— Non.
— Tu es sûr ? Parce que je ne veux pas me mêler de vos histoires, mais je vous ai entendus prendre des douches ensemble... Et j'ai surpris Drago sortant de ton lit l'autre matin, il était super tôt. Et tu ne le quittes pas des yeux.
— Il est pas intéressé, Ron. Je l'ai invité à venir avec moi ce soir, il ne voulait pas.
— Ah merde, désolé mec.
— T'inquiète pas.
— Mais alors qu'est-ce vous fichez ensemble dans la douche ? Dans ton lit ?
Harry décida d'être le plus vague possible. Drago l'avait réveillé plusieurs fois, mais avait passé une seule nuit dans son lit pour le moment et Harry se rappelait parfaitement que c'était à sa propre initiative. Mais il n'avait pas envie de le dire à Ron.
— C'est moi qui lui ai dit de venir me réveiller quand il fait des mauvais rêves. Il s'est endormi à côté de moi l'autre fois, alors je l'ai laissé rester. Et pour la douche, c'est un truc entre nous, mais rien de sexuel ni rien. Je ne peux pas en parler sans dévoiler certaines confidences de sa part. Garde ça pour toi, d'accord ?
Son ami accepta d'un mouvement de tête avant de continuer.
— Il sait pour tes sentiments ?
— Non, j'ai pas été jusque-là.
— C'est pas plus mal finalement, surtout s'il veut pas sortir avec toi.
Harry hocha la tête distraitement. Est-ce que vraiment ce n'était pas plus mal ? Ou est-ce qu'il devrait être complètement honnête avec Drago ? Tout lui dire et tenter une dernière fois sa chance ? Après tout, si le blond pensait que Harry n'en avait qu'après son physique, cela pouvait expliquer son refus.
Ron repartit rapidement à l'assaut du buffet et Harry resta appuyé au mur. Il avait besoin de réfléchir.
OooO
Les quatre amis étaient revenus dans leur Salle Commune un peu avant vingt-trois heures. Ron et Hermione n'avaient pas traîné, chacun allant se coucher dans son propre lit. La jeune femme voulait être reposée pour les cours du lendemain et Ron avait trop mangé, il préférait aller dormir.
Harry n'avait pas sommeil, il s'assit sur l'un des canapés proches de l'âtre rougeoyant, dos à l'accoudoir. Il se couvrit d'un plaid et laissa ses pensées se perdre dans les flammes.
Un mouvement à l'autre bout du canapé lui apprit que Drago l'avait imité. Harry releva ses genoux, laissant la place à son ami. Le meuble n'était pas très grand, leurs pieds se retrouvaient collés et ça tenait chaud. La position était confortable et l'ambiance feutrée de la Salle Commune vide, avec le bois qui craquait en brûlant, était propice aux confidences. Harry prit à deux mains son courage de Gryffondor.
— Drago, il y a quelque chose que je dois te dire.
— C'est jamais bon signe quand ça commence comme ça…
— Non, rien de grave. Juste, je pense que je te dois la vérité.
— Je t'écoute.
— Il y a quelques semaines, tu m'as confié ton mal-être. Et j'ai envie de te parler d'un truc important pour moi.
Drago était attentif à ses paroles, il continua.
— J'ai des sentiments pour toi, c'est pas juste une attirance physique.
Un sourcil étonné s'était levé et le Serpentard ouvrit la bouche.
— Ne flippe pas, d'accord ? coupa Harry avant que le blond ne prononce le moindre mot. Je ne suis pas en train de te dire que je suis amoureux, simplement mes sentiments vont au-delà de l'amitié.
Le Gryffondor avait été volontairement rassurant sur le sujet, ne souhaitant pas alarmer Drago, mais il soupçonnait que ses sentiments étaient bien plus importants qu'il l'avait admis. Lui-même essayait de se convaincre que c'était un simple crush. Il aimait bien se voiler la face.
— C'est… inattendu.
— Je m'en doute.
— Écoute Harry, je ne sais pas quoi te répondre. Je continue à penser que c'est une mauvaise idée. Franchement, toi et moi ? Comment est-ce que ça pourrait fonctionner après tout ce qu'on s'est jeté à la tête toutes ces années ?
— Pensais-tu qu'on pouvait devenir amis, Drago ? Et pourtant on l'est. Il n'y a pas une très grande différence, finalement.
— Il y en a une, Harry. L'intimité, la proximité physique. Je ne peux pas, je ne suis pas prêt. Merlin, je ne sais même pas si je pourrais t'embrasser sans tourner de l'œil ! Et je suis absolument certain que je ne supporterais pas que tu me touches.
— Ce n'est pas pour te faire changer d'avis, mais sache que ce n'est pas un problème pour moi de ne pas t'embrasser, de ne pas te toucher. Ce que l'on partage déjà, quand tu t'endors près de moi après un cauchemar ou quand je te le lave les cheveux, ça me suffirait. Aussi longtemps que cela serait nécessaire.
— C'est très gentil, Harry, mais je crois que je préfère en rester où on est maintenant. En tout cas, pour l'instant.
— Aucun problème, céda Harry, camouflant sa déception.
OooO
Drago se retournait dans son lit depuis une heure, sans trouver le sommeil. La soirée et ses discussions avec Harry ne cessaient de lui trotter dans la tête. Impossible de penser à autre chose.
À force d'y réfléchir, il n'arrivait plus à être sûr que ses arguments pour refuser une relation avec Harry étaient valables. Ce dernier avait balayé sans difficulté toutes ses réticences, mais était-il raisonnable de le croire ? Quel garçon de dix-neuf ans accepterait de sortir avec quelqu'un qui ne pouvait pas être embrassé et qui supportait très peu le contact ? Au bout de combien de temps lui demanderait-il de se forcer ? Au bout de combien de temps lui parlerait-il de ses envies de sexe ?
Drago avait les plus grandes difficultés à imaginer qu'il puisse avoir un jour de nouveau envie de coucher avec quelqu'un. Il réussissait seulement depuis peu à pouvoir se toucher la peau lors de sa douche quotidienne. Au bout d'un mois de travail sur lui-même. Est-ce que tout le reste reviendrait aussi ? En étant patient, en étant soutenu, en y travaillant ? Il l'espérait, il l'espérait vraiment.
Les mots de Harry tournaient en boucle dans sa tête « tu me plais », « j'ai des sentiments pour toi ». Et lui, est-ce que Harry lui plaisait ? S'il essayait d'être objectif, pourrait-il le trouver à son goût ? Avant, il avait toujours cru que Potter était petit et malingre sous ses vêtements moldus informes. Et c'était à peine mieux en uniforme. Sauf que depuis ils avaient vieilli et il avait eu l'occasion de constater que le jeune homme à la peau mate était loin d'être malingre. Pas très grand, certes, mais plutôt musclé en réalité. Plus que lui-même en fait, et plus carré des épaules. Son visage était agréable à regarder et même sa tignasse indomptable avait son charme. Et le vrai atout physique du Gryffondor était indéniablement ses yeux émeraude. Il aurait fait un malheur avec le vert de Serpentard, Drago en était convaincu. Il le réalisait maintenant, Harry lui plaisait.
À force de réfléchir, Drago finit par s'endormir.
Pour se réveiller en sursaut quelque temps plus tard en criant. Par Salazar, quel affreux cauchemar !
Il se frotta le visage énergiquement et lança un Tempus. Trois heures et demie. Il n'avait pas dormi longtemps. Il attendit que son cœur cesse de battre la chamade et se rallongea, les paupières grandes ouvertes. Les images de son rêve semblaient lui passer devant les yeux.
Sa mère, enlevée par ses harceleurs, torturée, violée et abandonnée pour morte dans une ruelle sombre et puante de Londres. Dans son cauchemar, les coupables lui envoyaient des photos sorcières des sévices qu'ils lui avaient fait subir.
Drago souffrait énormément du harcèlement qu'il vivait, mais il ne pouvait imaginer qu'on puisse s'en prendre à la seule famille qui lui restait — son père ne comptait plus. Il en deviendrait fou, sans aucun doute. Ou mettrait fin à sa vie…
Il changea de position pour tenter de se rendormir. Il changea de position encore et encore, le sommeil ne venait pas. Et le temps s'écoulait inexorablement.
Il avait besoin de réconfort. Il espérait que les révélations de Harry dans la soirée — et surtout le refus que Drago lui avait opposé — ne changeraient rien à son offre de l'aider à surmonter ses cauchemars.
Il se leva avec sa baguette allumée et réveilla Harry en le secouant doucement par l'épaule.
— Drago, c'est toi ? coassa le Gryffondor, la voix enrouée de sommeil.
— Je peux venir dans ton lit ?
Harry poussa ses couvertures, déplaça ses oreillers et s'adossa au mur, en laissant un espace pour Drago à côté de lui. Il tapota le matelas et Drago se faufila entre les rideaux. Le brun lança un sort de silence sur son lit. Le blond éteignit sa baguette, les laissant dans le noir total.
Drago lui raconta son cauchemar, des sanglots coincés au fond de la gorge, à deux doigts de pleurer. À voix haute, cela semblait finalement moins plausible que dans sa tête et cela lui fit du bien.
Harry lui laissa le temps de se remettre de ses émotions, conservant le silence. Drago sentait la chaleur qui se dégageait du corps à côté de lui, leurs épaules et leurs bras se touchant. Le lit n'était pas très large. C'était agréable. Il n'avait pas eu conscience à ce point de leur proximité les fois précédentes où il était venu demander à Harry de le rassurer après un mauvais rêve.
— Est-ce que je peux rester pour la nuit ?
— Bien sûr, Drago. Je vais mettre un réveil plus tôt.
Le Gryffondor attrapa ses couvertures et commença à bouger pour se rallonger. Drago était soulagé, Harry n'avait pas changé d'attitude malgré leur discussion en fin de soirée. Cela le décida.
— Attends, l'arrêta Drago.
Le blond se tourna un peu vers Harry dans le noir. Il savait qu'il était juste là, il l'entendait respirer. Il aurait voulu voir ses yeux verts lui rendre son regard, mais il savait qu'il n'aurait jamais le courage de faire ce qu'il avait envie de faire s'il y avait ne serait-ce qu'une faible luminosité.
Drago leva la main droite, trouva une épaule habillée d'un pyjama. Il fit glisser ses doigts le long du corps, jusqu'à la joue légèrement râpeuse. Harry gardait une barbe de trois jours depuis quelque temps. Il joua avec les poils courts et piquants un instant, puis sa main gauche rejoignit aussi le visage de Harry pour le prendre en coupe.
Le Serpentard se pencha en avant, lentement, et s'arrêta si près qu'il sentait le souffle de l'autre homme sur ses lèvres. Son cœur menaçait de lui sortir de la poitrine et il se félicitait d'être assis, car ses jambes n'auraient pas pu le porter. Il attendit quelques secondes, Harry ne bougeait pas, mais Drago sentit son souffle s'accélérer.
Drago réduisit la distance entre eux et posa ses lèvres sur celles de Harry. Il appuya un peu plus fort son baiser, le laissa durer le temps de réaliser que tout allait bien. Il ne s'était pas évanoui et son cœur reprenait doucement son rythme habituel.
Il s'écarta enfin. Il se sentait bien, il se sentait normal, il était même heureux de cette petite victoire. Il remercia silencieusement Harry d'être resté immobile et de ne pas l'avoir touché. Il le lui avait affirmé plus tôt dans la soirée et Drago était rassuré de constater par lui-même qu'il pouvait lui faire confiance.
— Bonne nuit Harry, chuchota-t-il finalement en s'allongeant.
— Bonne nuit Drago, répondit la voix de Harry.
Et le Serpentard aurait pu jurer qu'un immense sourire s'étirait en ce moment même sur les lèvres du Gryffondor. Et cela lui convenait d'en être responsable.
Drago tourna le dos à Harry et s'endormit sans difficulté.
Voilà pour ce chapitre 11, en espérant que vous avez aimé ! J'avoue que j'attends vos réactions, j'espère très nombreuses, à ce petit bisou ^^ (Oui j'ai conscience que c'est un peu frustrant que le chapitre s'arrête là, navrée…)
Nous nous retrouvons dans deux semaines, le 15 octobre 2020 pour la suite ! Le titre du prochain chapitre : La main dans la main.
