Bonsoir tout le monde ! J'espère que vous avez passé un beau Noël malgré le contexte actuel. C'est donc avec un peu de retard que je vous offre ce petit cadeau de Noël, le chapitre 11 de LFS 2, du point de vue de Clarke ! Je n'en dis pas plus, enjoy !
— Comment tu veux que je lui pardonne ce qu'il a dit O' ? C'est comme s'il avait craché au visage de Lexa.
— Tu sais bien qu'il a fait ça avec une idée derrière la tête. Je veux dire, il n'a pas seulement été méchant, il essayait de te protéger.
— De me protéger de quoi ?!
— De ce métier je suppose. Avoue que c'est assez étrange.
— Vous m'avez toujours soutenue, dès le début ! Et maintenant vous changez d'avis ? Et toi aussi Octavia ?
— Ce n'est pas ce que je voulais dire, bien sûr qu'on te soutient dans tes choix de vie. Mais tu admettras tout de même que ce n'est pas banale de bosser dans ce milieu. Et encore moins de tomber amoureuse d'une de tes partenaires de jeu… De Lexa. Que tu adules depuis des années.
— Je sais tout ça. Je m'en veux déjà assez, pas la peine de me le répéter. On a eu nos différents avec Lexa, maintenant tout est clair entre nous. Alors s'il n'arrive pas à accepter ça, c'est que Bellamy n'est pas prêt à être réellement un ami pour moi.
— Je pense que vous avez besoin d'en discuter tous les deux. Peut-être qu'il pourra éclaircir sa penser, je sais bien qu'il ne s'excusera pas, mais au moins lever le malentendu.
— Je ne vois aucun malentendu, ton frère a été très clair. Et puis je suis sûre qu'il y a une pointe de jalousie en lui. Tu as bien vu son comportement pendant la soirée du Nouvel An…
— Oui… Je pensais qu'il avait tout mis derrière lui, en effet on ne dirait pas que ça soit le cas. Mais donc tu vois l'intérêt de dialoguer avec lui. Il te doit des explications.
— Peut-être…
Le regard d'Octavia devient malicieux. Je la connais par cœur.
— Attends, O', ne me dis pas que tu avais prévu le coup ?!
— Désolée Clarke ! C'est vrai, je l'avoue, Bellamy est à la maison, j'ai menti… Il t'attend dans sa chambre pour pouvoir s'expliquer…
— Je ne suis pas certaine que sa chambre soit le meilleur endroit du monde pour ce genre de choses…
— Peut-être justement que… Il faut qu'il tourne la page.
— Donc il est dans sa chambre là ?
— Oui.
— Je te déteste O'…
Je me redresse du lit de mon amie et je saute à pieds joints sur le plancher.
— Si ça se passe mal tu vas me le payer Blake !
Je sors de sa chambre à moitié en riant, à moitié énervée. *Vraiment, elle abuse… Putain, j'ai pas envie de lui parler… Il m'a saoulée au Nouvel An. Quel emmerdeur !* J'avance à peine dans le couloir et je me retrouve devant la porte de Bellamy. J'hésite avant de frapper et je me lance. Evidemment, il me répond tout de suite.
— Oui ?
— C'est Clarke… Je sais que tu es là.
— Entre, entre.
Je le découvre assis à son bureau, un stylo encore dans la main, il semble bosser. Je sais qu'un nombre incalculable de chiffres s'affichent sur sa feuille, rien que d'y penser j'en ai le tournis. J'ai toujours été l'artiste, lui le matheux. Clarke toujours dans les nuages, Bellamy ancré dans la réalité profonde. Deux opposés. Octavia se situe entre nous deux. Tous les trois, nous formions une pyramide parfaitement équilibrée.
— Je te préviens tout de suite Bel', je n'ai pas envie de te parler. Je fais ça pour ta sœur. Bon peut-être aussi un peu pour toi. Il nous faut mettre les choses au clair.
— Je suppose que tu sais déjà que je ne vais pas m'excuser.
— Je te connais en effet… Ce n'est pas ce que je viens chercher de toute façon. Je veux que tu m'expliques le fond de ta pensée.
— Tu la connais déjà.
— Je veux que tu t'exprimes Bellamy.
— Bon. Mais tu ne vas pas rester dans la porte.
Je ferme derrière moi et je me pose nonchalamment au bord de son lit. Il tourne sur sa chaise pour être en face de moi. Son regard se plonge dans le mien, mon cœur se serre.
— Je veux seulement le meilleur pour toi Clarke. Et je ne suis pas sûr que ce job et que traîner avec Lexa soit ce qu'il te faut.
— Je ne comprends pas ton revirement de situation. Tu ne m'as pas empêché de postuler chez Les Filles de Sappho. Tout comme Octavia, tu m'as soutenu.
— Tu nous as tellement bien vendu le truc aussi. Cela semblait la seule chose qui pouvait te rendre heureuse à l'époque. Rencontrer cette Aphrodite, coucher avec elle. J'ai trouvé ça tordu, tu t'en doutes, mais ça te tournait tellement dans la tête ! Tu ne vivais plus qu'avec cette idée. Alors oui, j'ai encouragé la démarche. Mais aujourd'hui je suis redevenu lucide et j'ai l'impression que tu vas droit dans le mur. Tu imagines si ta mère tombait sur une vidéo ?
— J'y ai pensé, tu te doutes bien. J'ai pour habitude d'assumer tous mes actes, alors je lui raconterai simplement la vérité.
— Et un futur employeur ? Tu penses vraiment pouvoir bosser avec un passif d'actrice du X ?
— Dans le milieu artistique, je pense justement que j'aurais moins de problèmes qu'ailleurs. Et si quelqu'une ne veut pas de moi à cause de mon passé, j'irais ailleurs. Je m'en fiche. Mais arrête de tourner autour du pot, ce n'est pas ça le vrai problème.
— Qu'est-ce que c'est alors ? Selon toi.
— Tu es insupportable. Le problème c'est que tu es jaloux.
— De Lexa ?
— De Lexa, et de toutes les autres filles avec qui j'ai tourné. Tu as vu les vidéos, n'est-ce pas ?
Il n'ose pas avouer de vive voix, il hoche simplement la tête.
— Je croyais qu'on avait tourné la page Bellamy. Tu m'as donc menti lorsque tu m'as juré ne plus rien ressentir pour moi il y a toutes ces années ? Amis jusqu'au bout, tu te souviens ? C'étaient des paroles en l'air ?
— Non ! Sur le moment j'y croyais, je le pensais… Mais…
— Mais quoi ?
—Tout est revenu, ce soir où j'ai vu Lexa pour la première fois en chair et en os, dans notre bar. Dans notre bar en plus. J'ai pris ça comme un affront, j'ai été blessé.
— Tu es ridicule.
— Peut-être. Mais les souvenirs de nous deux sont remontés et…
— Bellamy, je te l'ai déjà dit, il ne s'est jamais rien passé entre nous.
— Tu mens !
— Non !
— Et ce baiser alors ?!
Dix ans auparavant :
— Mate, mate Bellamy ! Le prof d'anglais est absent !
— Mais non ? Il était pas dans la liste des profs absents ce matin !
— Regarde !
Je le tirai par la manche pour le traîner jusqu'au panneau d'affichage du hall de notre lycée. La bande rouge en bas de l'écran laissait défiler les noms des profs absents. Après cinq autres noms, celui de Monsieur Hemont apparu.
— Ils se sont mis en grève ou quoi ? Tous ces profs, ça fait beaucoup de déserteurs.
— Aucune idée, et je m'en fiche ! Ça veut dire qu'on a trois heures pour manger, c'est parfait !
— Tu veux venir à la maison ? me proposa Bellamy.
— Ça fait un peu loin, on va perdre du temps, et puis je voulais qu'on déjeune avec O'. Elle n'aura pas le temps de rentrer en une heure.
— Sa pause est dans une heure ? Ça fait un peu juste pour aller chez toi…
— Il fait beau, on a qu'à se poser dehors !
Sans me répondre, il prit la direction de la sortie. Le surveillant nous laissa passer sans rien dire et nous nous retrouvâmes sur la grande place sur laquelle était installé le bâtiment de notre établissement. Collège et lycée. A l'opposé, bien en face, se trouvait le lycée rival. Ce n'était pas une réelle rivalité, cela nous amusait juste de le penser. Ceci dit, les meilleurs élèves allaient dans le lycée d'en face, quand le nôtre accueillait des élèves plutôt moyens. Mais nous étions persuadés d'être les meilleurs et de nous amuser beaucoup plus. Bellamy et moi tournâmes dans la rue adjacente pour rejoindre le parc qui se trouvait derrière. D'autres personnes de notre classe y étaient déjà. Nous leur fîmes un signe de tête. Bellamy choisit un banc un peu à l'écart. C'était notre banc favori à tous les trois, caché derrière le grand tobogan. Ce tobogan que j'avais beaucoup descendue lorsque j'étais enfant. Les Blake ne l'avaient descendu que quelques mois auparavant, lors d'une escapade permise grâce à un blocus du lycée. Nous n'y prenions jamais part, au contraire, nous en profitions pour filer nous amuser. J'avais rencontré le frère et la sœur au début de l'année. Bellamy et moi étions dans la classe de Seconde numéro 5, Octavia était dans la Seconde 8. J'avais tout de suite accroché avec le garçon, qui m'avait assez rapidement présenté sa sœur. Depuis huit mois que nous traînions ensemble, nous étions déjà inséparables. Je les adorais. Mes amis du collège avaient été très peu à venir dans ce lycée et aucun ne s'était retrouvé dans ma classe. Nous avions fini par perdre contact et je m'étais fait de nouveaux amis. J'allais souvent chez les Blake le weekend et lorsque nous finissions tôt en semaine. Parfois je voyais Bellamy seule à seul, parfois c'était Octavia quand le frère prenait ses cours de Karaté. Je m'étais très vite rapproché d'Octavia en qui je voyais déjà une confidente et une meilleure amie. Pour Bellamy c'était plus compliqué, j'avais senti dès le début un regard instant de sa part sur moi, et puisqu'il était un homme, j'avais un peu plus de mal à lui faire confiance. Et plus le temps passait, plus je voyais que je l'intéressais. Et je me laissais faire. Je ne savais pas trop s'il me plaisait, il était charmant oui, même mignon, mais je ne voulais pas mettre en péril mon amitié avec sa sœur, et avec lui. Je sentais qu'il m'apporterait plus en tant qu'ami qu'en tant que copain. Ultime argument, je me sentais de plus en plus attirée par les femmes. A dire vrai, c'était plutôt avec Octavia que j'aurais eu envie de sortir…
— C'est la première fois qu'on se retrouve tous les deux sur ce banc.
Je me tournai vers Bellamy pour l'observer. Il avait dit sa phrase avec un ton un peu trop doux.
— Ah oui ? Il me semblait qu'on était déjà venus, juste toi et moi. Pendant une heure de perme peut-être.
— Non, il ne me semble pas. Il a fait froid et moche jusqu'à présent, donc on passait les perms au chaud. On vient plus ici pendant les blocus ou après les cours, donc tous les trois.
— Ah oui, tu as sûrement raison…
Je n'avais pas envie de relever sa première remarque.
— J'aime bien lorsqu'on est que tous les deux…
— Bellamy…
*Merde, je ne sais plus quoi répondre maintenant. Je ne voulais pas avoir cette discussion…*
— Parfois je regrette un peu de t'avoir présenté ma sœur.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Quand elle est là, on n'a moins l'occasion de faire connaissance juste tous les deux.
— On se connaît tout de même pas mal depuis le début de l'année, tu ne trouves pas ?
J'essayai de m'en sortir comme je pouvais.
— Certes, mais il y a certaines facettes de toi que j'aimerais apprendre à mieux connaître, à déchiffrer…
En disant cela, il s'approcha doucement de moi, c'était presque imperceptible au début.
— Tu vois, typiquement, là ça aurait été l'occasion pour qu'on se pose tous les deux à la maison, mais comme tu veux déjeuner avec O'… Ce n'est pas un reproche attention, juste une marque de regret de ma part.
— Mais regarde, là on est tous les deux.
Ce ne fut qu'en disant ma phrase que je me rendis compte de l'ouverture que je venais de lui proposer. Et c'était trop tard pour reculer. Cette fois, il posa sa main sur mon genou avec l'intention claire de me caresser tendrement la cuisse. Allez savoir pourquoi, je ne le repoussai pas. Sûrement que je me sentais flattée et que je pensais que son désir pour moi pouvait rompre ma solitude. Je n'avais eu qu'un petit ami au collège, rien de très sérieux, mais j'avais tout de même envie de goûter aux plaisirs de l'idylle. Et en parallèle il y avait cette naissance de mon attrait pour les femmes qui pour le moment ne pouvait pas vraiment s'exprimer. Alors Bellamy offrait sûrement un bon compromis. Mais bon, je ne voulais pas non plus lui donner trop d'espoir, je n'étais absolument pas sûre de moi sur ce coup. Je posai ma main sur la sienne pour l'empêcher de me caresser.
— J'ai bien compris que je t'intéresse Bellamy, mais je ne sais pas si toi et moi serait une bonne chose.
— Et pourquoi pas ?
— Comme tu l'as dit, il y a ta sœur, et j'aime ce trio qu'on forme, alors je ne voudrais pas qu'une histoire de cœur ou de cul vienne gâcher une amitié.
— Si tout se passe bien entre nous, cela ne gâcherait rien. Tu serais juste amie avec la sœur de ton copain, et je serais en couple avec la meilleure amie de ma sœur.
— Oui, c'est sûr que dit ainsi ça donne envie, mais on ne sait pas si cela se passera bien. Et on est jeunes, on n'est même pas encore majeurs, difficile de penser sur le long terme.
— Moi j'ai bien envie de penser que tu es la femme de ma vie, mais soit, je comprends tes craintes.
*La femme de sa vie ! N'importe quoi… Enfin, c'est mignon je suppose… Après tout, pourquoi pas… Il est plutôt mignon…* Mais cela ne pouvait pas être si simple, je n'étais pas prête à…
— Mais ce n'est pas si simple Bellamy.
— Je n'ai pas dit que ça devait l'être. On peut prendre tout notre temps. Flirter, aller au cinéma, passer du temps ensemble, sans Octavia, mais même avec elle. J'aimerais juste une chose.
— Oui ?
— Que tu ne me laisses pas espérer trop longtemps. Si tu vois que je m'accroche et que toi tu n'en as plus envie, dis-le moi.
— Pour le moment je pense qu'il est trop tôt pour dire ça. Mais s'il venait à se passer quelque chose entre nous, bien sûr que je serais honnête avec toi.
Pendant un instant je crus qu'il allait se pencher sur moi pour m'embrasser. Le décalage était déjà beaucoup trop grand, je venais sûrement de faire une énorme bêtise. Une camarade de classe nous interrompit. Je ne sus jamais s'il avait tenté de m'embrasser ou non. D'autres élèves de notre classe se joignirent à nous et l'heure termina sans que nous puissions éclaircir les choses. A 13h nous regagnâmes le lycée pour déjeuner avec Octavia. J'étais soulagée de la retrouver. A dire vrai, j'avais envie de la prendre à part pour lui expliquer ce qui venait d'arriver. Evidemment je n'en eu pas l'occasion.
Une fois le déjeuner terminé, nous repassâmes par le hall pour raccompagner Octavia jusqu'à sa classe. Il nous resterait encore une heure à tuer avec son frère.
— Oh putain, Clarke !
— Quoi ?
— Regarde ! Le prof de math est absent aussi !
— What ?! Mais alors ça veut dire qu'on a terminé la journée ?!
— Putain vous avez de la chance, je finis dans trois heures… Moi aussi j'ai un prof absent mais c'est pas le dernier cours de la journée. J'en ai marre, vous faites chier hein !
— Seconde 5 la meilleure classe, ricanai-je, et visiblement tu en as été interdite !
— Nia, nia, nia, allez cassez-vous et profitez ! J'ai un contrôle de math moi, sinon j'aurais bien séché mais bon… Dégagez !
Elle nous chassa en nous poussant vers la sortie, nous étions tous les trois hilares.
— Bon du coup, s'exclama Bellamy avec un sourire jusqu'aux oreilles, cette fois, rien ne nous empêche d'aller chez moi !
— Oui, rien ne s'y oppose…
Je n'étais pas autant emballée que lui maintenant qu'une ambiguïté allait s'installer entre nous. Mais bon, je n'avais rien fait pour l'arrêter, alors je le suivis dans son train de banlieue et nous arrivâmes dans la demeure des Blake. La première fois que je l'avais vue j'avais été assez surprise, moi qui avais toujours vécu dans un petit appartement de la capitale. Leur maison en banlieue me semblait immense. Je m'étais aussi demandé pourquoi, avec un père avocat et une mère journaliste, ils s'étaient tous les deux retrouvés dans ce lycée pourri. Simple, le frère et la sœur avaient fait pression pour ne surtout pas aller dans le privé, et ce lycée leur plaisait à tous les deux pour les options qu'il proposait. Ils n'étaient pas dans la zone pour être prioritaire, mais le père avait fait jouer ses relations. Cela me faisait beaucoup rire que des gens puissent avoir été pistonnés pour atterrir dans ce foutu lycée, mais bon… Sans la ténacité de toute la famille Blake, je n'aurais jamais rencontré ces deux-là !
Bellamy me proposa à boire, je voulais juste un peu d'eau pour me déstresser. J'avais peur de ce qui allait se passer maintenant que nous n'étions que tous les deux et que je lui laissais une chance. Peut-être fallait-il tout simplement que j'arrête de me prendre la tête et que je laisse faire les choses, que je me laisse aller. *Sauf que le mot simplicité ne fait pas partie de ton vocabulaire Clarke, mais bon… Tu peux toujours le suivre dans sa chambre, qu'est-ce qui pourrait arriver de grave…*
Ce n'était pas la première fois que je venais dans sa chambre, bien sûr, mais la première fois que j'y étais seule avec lui. A de nombreuses reprises nous nous étions allongés sur le lit tous les trois, ou bien sur celui d'Octavia, ou sur le mien chez moi. Ça me faisait bizarre de m'asseoir dessus et de le voir s'approcher doucement. Si j'avais été seule avec sa sœur j'aurais su quoi dire, mais là, rien…
— Tu as perdu ta langue Clarke ?
— Je suis un peu intimidé d'un coup, c'est tout.
— Je t'intimide ?
— Plutôt la situation.
Il se mit à sourire.
— Tu parles de notre conversation dans le parc ?
— Oui…
Il leva une main pour la poser sur ma joue. Elle était chaude et agréable. Je me surpris à fermer les yeux pour apprécier le contact. J'ai cru qu'il allait profiter de mon égarement pour m'embrasser, mais il n'en fit rien. Sa main disparut et je rouvris les yeux.
— On s'allonge ? demanda le garçon avec un air totalement innocent.
Il ne me voulait aucun mal, il ne voulait en aucun cas me forcer, je le sentais. Je pouvais lui faire totalement confiance. D'un coup son attitude m'attira. Je poussais sur ses épaules afin qu'il tombe sur le matelas et je tombai avec lui pour me retrouver au-dessus. Il allait parler au moment où son dos toucha les moletons mais je l'en empêchai en l'embrassant. Pas avec fougue, juste doucement, sur les lèvres, presque un effleurement. Et je reculai pour le regarder. Il avait rougi et moi je me demandais ce que je venais de faire. *Ça va pas non ? T'es complètement barjo ? Maintenant il ne va plus te lâcher… Putain de merde…*
— Ce n'est pas ce que je voulais dire en proposant de nous allonger Clarke.
— Je sais bien, j'en ai juste eu envie d'un coup.
*Bah c'est ça, continue en plus ! T'es stupide ma vieille !* Il sourit et sa main chaude regagna ma joue. Je fermai de nouveau les yeux. C'état ce contact que j'avais cherché en l'embrassant, oui, sa main apaisante, rassurante, j'aurais eu envie qu'il ne la retire jamais. Je sentis son autre main passer dans ma nuque et faire pression pour que je descende mon visage vers le sien. Nos lèvres se soudèrent une deuxième fois.
— Ce baiser ne voulait rien dit Bellamy, et tu le sais, je te l'ai déjà expliqué plein de fois ! A chaque fois que tu as tenté de t'en servir pour revenir vers moi.
— Tes explications ne m'ont jamais convaincu. Si Octavia n'était pas rentrée plus tôt ce jour de grève, tu sais très bien ce qui se serait passé entre nous ! Mais au lieu de ça, tu en as profité pour fuir avant qu'il soit trop tard. Je m'en veux de t'avoir laissé filer ce soir là sans essayer de te rattraper. Le lendemain tu es venue me dire de tout oublier, je ne voulais pas te croire. Comment en 24h tu avais fait pour changer d'avis à ce point ? Je me répète, si Octavia ne nous avait pas interrompus…
— Eh bien quoi, qu'est-ce qu'il se serait passé selon toi ?
— On aurait couchés ensemble Clarke ! Et on serait probablement toujours en couple aujourd'hui…
— Tu es bien sûr de toi ! Tu as changé Bellamy. Si je t'ai embrassé cet après-midi-là c'était justement parce que je voyais en toi un gars réglo et doux, prêt à prendre son temps. Jamais tu n'aurais osé me toucher tout de suite. Tu me respectais trop pour ça. Et quand bien même, j'aurais pu aussi faire machine arrière. Ce baiser était une erreur et j'en suis désolée. Tu imagines bien que coucher avec toi t'aurais encore plus fait souffrir. Tu devrais plutôt être heureux qu'Octavia nous aie interrompus.
— Tu mens… Si elle n'était pas venue, si…
Il a raison, je suis en train de lui mentir. J'avais aimé l'embrasser à l'époque, et sûrement que je me serais laissé aller à coucher avec lui il y a dix ans. Mais j'avais profité de l'échappatoire que m'avait offert Octavia pour faire machine arrière. Je m'étais égaré un instant, mais il valait mieux que nous restions amis lui et moi. J'avais senti à l'époque qu'il ne fallait pas gâcher cette amitié. Et j'avais eu raison, nous étions devenus un trio inséparable. L'eau avait coulée sous les ponts et Bellamy m'avait oublié, enfin, c'était ce que j'avais cru pendant toutes ces années, visiblement, il avait bien su garder ses sentiments enfouis. Quelque part, il me fait de la peine aujourd'hui. Pendant dix ans il avait dû subir mes joies et mes peines de cœur. La découverte de ma bisexualité avait dû bien le heurter également. Finalement, sa réaction face à Lexa a été assez logique, il a juste tenté de protéger la fille qu'il n'a jamais cessé d'aimer.
— Alors c'était vrai, dis-je pour rompre le silence que s'est installé, tu ne m'avais pas menti à l'époque en disant que tu avais envie de penser que j'étais la femme de ta vie.
— Tu t'en souviens ?
— Bien sûr… Cette phrase m'avait fait rire, et finalement… Je suis désolée pour le mal que je te fais Bellamy. Mais pourquoi tu m'as menti tout ce temps ? Pourquoi tu m'as jurée ne plus rien ressentir et pouvoir gérer cette amitié tout en gardant tout pour toi ?
— A ton avis ? Moi tout ce que je voulais c'était rester près de toi. Quelles options il me restait, hein ? Te convaincre de m'aimer, ou rester ton ami. J'ai essayé de continuer à te draguer, mais quand tu as commencé à sortir avec des filles j'ai totalement laissé tomber, comment rivaliser avec ce genre de concurrence ? Alors je me suis fait une raison, je ne pouvais avoir que ton amitié. Et ça a marché, non ? Tout s'est bien passé pendant dix ans. J'ai eu ce que je voulais, te voir souvent, te consoler de tes souffrances, te prendre dans mes bras, être là pour toi, te faire sourire…
— Oui, en effet, ça a marché, jusqu'à aujourd'hui. Qu'est-ce qui a changé Bellamy ?
— Lexa. Lexa est arrivée.
— Et alors, ce n'est pas la première femme que je présente à toute la bande.
— Non, mais c'est la première que tu aimes autant.
— Comment tu peux dire ça ?
— Ça fait dix ans que je t'aime Clarke, je te connais. Les hommes et les femmes que j'ai vus défiler dans ta vie n'ont jamais eu l'impact que Lexa a sur toi. Je le vois bien à la façon dont tu l'admires. Et il y a ce trémolo dans ta voix lorsque tu t'adresses à elle. Comment tu passes ta main en douce dans son dos. Comment tu l'enlaces pour l'embrasser. C'est la première fois que la personne avec qui tu sors attise autant ma jalousie. Sans doute parce que c'est enfin la fille que j'attendais.
— Que tu attendais ?
— Oui, celle qui prendrait définitivement ton cœur pour que moi je tourne la page.
— Mais alors, c'est une bonne chose, je ne te suis pas.
— Oui, c'est une bonne chose, sauf que ça me fait peur. Dix années que je ne sais que t'aimer. J'ai enchaîné les filles pour ne plus penser à toi, ce n'est pas pour rien si chacune de mes relations ont été un échec. Mais maintenant, je vais devoir t'oublier et m'investir réellement avec une fille. Ça m'effraie. J'étais confortable dans mon amour pour toi, cela ne me demandait pas trop d'engagement, c'était simple, facile, je n'avais rien à faire du tout. Savoir que ce temps est révolu me fait peur, et j'ai été méchant. Je suis désolé Clarke.
*Il vient de s'excuser !* Bellamy ne s'excuse jamais. Jamais s'il pense être dans son droit, jamais s'il pense que la personne en face n'aurait pas dû s'offenser. Il est donc sincèrement désolé de nous avoir insultées. Octavia avait eu raison d'organiser cette discussion, c'était pile ce qu'il nous fallait.
Pour la première fois depuis le début de la discussion, je me lève et m'approche de la chaise sur laquelle il est toujours assis à l'envers. Je me penche vers lui et pose ma main sur sa joue. Inconsciemment, je veux lui faire ressentir la chaleur apaisante qu'il m'avait offerte le jour de notre baiser.
— Je suis navrée de t'avoir fait tant de mal depuis toutes ces années Bellamy…
— Ah non ! T'aimer a été une joie !
— Tu viens de me montrer à quel point ça avait été une souffrance.
— C'était à la fois une joie et une souffrance. Mais ne t'excuses jamais de ne pas être tombée amoureuse de moi. C'est la vie, on n'y peut rien. C'est moi, j'aurais dû tout t'avouer depuis le début, peut-être qu'O et toi m'auraient aidé à tourner la page…
Une idée farfelue me traverse la tête, je ne sais pas si c'est la bonne chose à faire, mais je pense que cela peut l'aider. Après tout, moi aussi je le connais depuis dix ans. Tout en gardant ma main sur sa joue, je me penche doucement vers sa bouche. J'y appose mes lèvres en exerçant une légère pression tendre. Je me décolle aussitôt pour que l'instant ne soit pas trop long. Je lâche sa joue, me redresse et retourne m'asseoir sur son lit. Il plonge son regard dans le mien, je peux voir qu'il a les yeux humides.
— Au revoir Clarke.
— Bienvenu Bellamy.
Nous nous mettons tous les deux à sourire bêtement. Je suis soulagée de ne pas avoir perdu mon meilleur ami.
Nous sortons de la chambre pour nous rendre dans celle de sa sœur. Lorsqu'elle nous voit tous les deux elle comprend bien que tout est réglé et elle nous saute au cou pour nous couvrir de bisous. Les deux exigent que je passe la soirée et la nuit chez eux. J'accepte juste avant de recevoir un message de Lexa. *Mince, elle n'a pas l'air bien, j'aurais aimé venir la voir ce soir…* Mais mes amis sont si heureux de ma présence que je suis forcée de dire à Lexa que je suis occupée ce soir. Et d'un coup je me sens un peu bête, Lexa avait sûrement eu une journée très éprouvante auprès de son père et moi je venais d'embrasser mon meilleur ami…
Bien sûr, on pouvait s'en douter, Bellamy fou toujours la merde dans les ff Clexa… Est-ce que Lexa va apprendre que Clarke l'a embrassé ? Et est-ce qu'elle va bien le prendre ? Eh bien nous verrons cela… Si je ne poste pas d'ici là, je vous souhaite à tous une belle année 2021 (est-ce qu'elle peut être pire que 2020 ? J'espère pas en tous cas… Vraiment, quelle année étrange, bien qu'elle m'ait permis, paradoxalement, de faire une belle rencontre… Je m'égare haha !) Courage à vous et bonnes vacances pour celles qui ont cette chance !
