Rating : T
Note : Bon, j'avais prévu de publier demain mais avec l'annonce du reconfinement, j'ai envie de le faire ce soir. Je sais pas si ça apportera quoique ce soit à quiconque, mais moi ça me fait plaisir, puisque j'aborde enfin vraiment le thème de l'asexualité et que ça me tient à cœur. C'est la semaine de la Visibilité Asexuelle en plus (hasard pas du tout prévu) (oui, Miss, c'est le concept du hasard XD). Bref, juste un petit mot pour dire qu'il existe autant d'asexualités qu'il y a d'asexuel'les, et que toustes sont légitimes. Si le sujet vous intéresse, n'hésitez à venir discuter (en review ou en PM).
Prenez soin de vous et de vos proches.
13 - Shukuga
~ Félicitations, célébration ~
– On n'est pas censés attendre ma nomination officielle, avant de faire la fête ? demanda Haruta avec un sourire en coin.
– Santé ! beuglèrent Araku et Tajao sans l'écouter une seule seconde.
Tous les pirates réunis dans le bar brandirent bien haut leur verre en reprenant ce qui s'apparentait presque à un cri de guerre. Thatch les accompagna de bon cœur, sous le rire discret d'Haruta. Ses hommes excellaient dans l'art de la fête, transformant les plus petites soirées en évènements homériques. Une caractéristique propre à tout l'équipage de Barbe Blanche, et pas seulement à la quatrième division. Thatch soupçonnait d'ailleurs Araku d'avoir volontairement vendu la mèche, afin d'obtenir une occasion toute désignée de prendre une cuite. Si Haruta était quelque peu gêné de se retrouver au centre de l'attention, il s'amusait toutefois au moins autant que les autres, vidant cul sec son verre de calvados.
Après tout, il aurait très prochainement un statut de commandant à défendre. Et malgré sa petite stature et sa silhouette fluette, Haruta avait déjà démontré qu'il tenait très bien la boisson.
Tajao n'oubliait pas non plus Thatch, et lui colla dans les mains un verre de liqueur de chocolat. Il arborait avec Araku un immense sourire, le pressant de boire pour rendre honneur à son propre titre de commandant. Un léger rictus releva les lèvres de Thatch. Ses hommes ne connaissaient que trop bien sa faiblesse pour le cacao et se faisaient un plaisir de lui dénicher à chaque fois la fameuse liqueur. Mais si le breuvage était excellent, il était également très fort. Thatch se rappelait encore de sa première cuite à la liqueur de chocolat. Ou plutôt, il ne s'en souvenait toujours pas.
Sans se démonter, il attrapa le gobelet – heureusement petit, vu le degré d'alcool – et but en trois gorgées tout son contenu. Thatch reposa le verre en le faisant claquer contre la table et cogna son poing contre celui d'Haruta, sous les exclamations des autres. L'attention se détourna peu à peu des deux hommes, alors que la fête battait son plein.
– Je ne devrais même pas être au courant, nota Haruta avec humour.
– Ça se saurait, si les pirates savaient garder un secret, rétorqua Thatch en rigolant.
Haruta avait rejoint l'équipage de Barbe Blanche presque six mois plus tôt, intégrant la quatrième division sous le commandement de Thatch. Le jeune homme, jovial et avenant, avait très vite trouvé sa place à bord du Moby Dick, se liant d'amitié tant avec ses camarades de division qu'avec les autres commandants. Redoutable et agile combattant, il s'était illustré dans plusieurs de leurs batailles. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il rejoigne le rang des gradés, Thatch l'avait vite compris.
Or, les postes de la deuxième et de la douzième division étaient vacants depuis peu. Les rumeurs n'avaient pas tardé à se répandre et Marco l'avait confirmé à Thatch juste avant leur départ, une semaine plus tôt.
La quatrième division avait quitté le Moby Dick pour rejoindre Kujira, une île de leur territoire victime d'un équipage de rookies un peu trop turbulents. Les pirates venaient tout juste d'entrer dans le Nouveau Monde, ignorant se trouver sur les mers et les terres de Barbe Blanche. Ils avaient pillé les commerces sans réfléchir, et occupaient la ville depuis cinq jours lorsque Thatch et ses hommes étaient arrivés pour reprendre l'île. Ils avaient expulsés les ennemis, leur coupant toute envie de continuer sur la voie de la piraterie, puis avaient passé les jours suivants à réparer les dégâts et aider les habitants de Kujira. Le gros du travail étant achevé, la quatrième division avait décidé de s'offrir une soirée de relâche avant de reprendre la mer le lendemain pour retrouver le Moby Dick et le reste de l'équipage. C'était là qu'Araku avait annoncé qu'Haruta deviendrait très prochainement un commandant de division.
Thatch ignorait comment cette pipelette avait obtenu son information, mais il ne l'avait pas démenti. De toute façon, d'ici trois à quatre jours, ils seraient de retour sur le Moby Dick et Barbe Blanche officialiserait la nouvelle.
Quelle importance, s'ils fêtaient l'évènement un peu en avance ?
– Mais fais quand même mine d'être surpris, lorsque Père fera son annonce, conseilla toutefois Thatch à son ami.
Haruta sourit par dessus le bord de son verre. Se tournant vers Thatch, il écarquilla les yeux, la bouche entrouverte et la main posée sur sa poitrine dans une grimace de stupéfaction très exagérée. Son visage androgyne était particulièrement expressif et Thatch éclata de rire. Ils trinquèrent à nouveau.
– Hé ! s'exclama tout à coup Tajao. Monsieur-le-futur-Commandant, t'as une touche !
– De quoi ? releva Haruta sans comprendre.
Jetant un coup d'œil aux alentours, Thatch avisa une jeune femme aux longs cheveux roux qui fixait Haruta avec un petit sourire en coin enjôleur. Tajao gloussa mais n'eut même pas le temps d'expliquer la situation à leur camarade que la demoiselle, charmante au demeurant, s'approcha de leur table. Elle fendit la foule d'une démarche sensuelle, sans lâcher un seul instant du regard le jeune pirate aux mèches brunes.
– Salut, dit-elle à l'intention d'Haruta. J'me demandais... ça te dirait de danser avec moi ?
Tajao et Araku ricanèrent derrière leur verre. Haruta, de son côté, se mordit légèrement la lèvre en se dandinant sur son siège, gêné. Son assurance joviale s'était tout à coup envolée.
– Merci pour l'invitation, marmonna-t-il, mais non. Je ne suis pas intéressé.
La rousse fronça les sourcils, quelque peu vexée de cette réponse. Elle jeta un regard méprisant à Haruta, qui se ratatina sur lui-même en baissant les yeux, puis fit volte-face dans un nuage de cheveux cuivrés.
– Mais qu'est-ce qui te prend ? releva Araku lorsqu'elle se fut éloignée. C'est un canon, cette fille !
– Laisser passer une occasion pareille, soupira Tajao avec dépit.
Haruta se redressa légèrement en haussant les épaules, mais il regardait toujours le fond de son verre comme s'il espérait tout à coup qu'il se remplisse d'alcool de pomme et serve de diversion à la discussion.
– J'ai pas envie, c'est tout. Mais allez-y, vous, si elle vous intéresse...
Les deux autres échangèrent un regard, et Tajao jeta même un coup d'œil à la rouquine par dessus son épaule. Elle était partie rejoindre un groupe de femmes à l'autre bout du bar, qui dévisageaient à présent les quatre pirates d'un air peu avenant.
– Maaah, tu l'as complètement refroidie en la repoussant comme ça, conclut-il.
– Ça va, intervint Thatch, lâche-lui les basques. T'aurais pas été fichu de la séduire, de toute façon !
Tajao se redressa d'un bond, furieux et vexé, alors qu'Araku éclatait bruyamment de rire. Thatch ricana, satisfait de sa répartie et s'aperçut du coin de l'œil que Haruta se déridait lui aussi. Le quatrième commandant demanda une nouvelle tournée à une serveuse qui passait à proximité de leur table. Les verres ne tardèrent pas à se remplir de nouveau. Tajao boudait toujours, mais Araku se tourna vers Haruta en fronçant les sourcils :
– Mais sérieux, elle te plaisait pas ?
– Non.
Le pirate cligna des yeux sans paraître y croire.
– Mais du coup, c'est quoi ton style de fille, si un canon pareil te laisse de marbre ? insista Araku.
– Aucun, marmonna Haruta en vidant son verre.
Tajao se redressa à cette réponse, oubliant son récent désappointement pour suivre la conversation avec plus d'attention. Araku était tout aussi surpris mais finit par relever la tête en claquant des doigts, comme sous le coup d'une révélation :
– Ah mais oui ! Tu préfères les mecs, bien sûr ! s'exclama-t-il comme s'il s'agissait d'une évidence.
Thatch sentit Haruta se crisper légèrement à côté de lui. Le quatrième commandant se pinça les lèvres.
Haruta s'était présenté à eux comme un homme, mais sa silhouette svelte et son visage androgyne interpellaient. Les jours suivants son arrivée à bord du Moby Dick, Thatch lui-même s'était demandé si Haruta n'était pas dans la même situation qu'Izou, doté d'un corps qui ne correspondait pas à ce qu'il était réellement. Mais il s'était vite rendu compte que cela n'avait aucune espèce d'importance. Haruta était son frère, comme tous les autres membres de l'équipage. Peu importait le reste. Toutefois, une curiosité déplacée avait flotté autour du nouveau venu, jusqu'à ce que Thatch et les autres commandants s'occupent de la dissiper.
– Je n'aime pas les hommes non plus, expliqua Haruta en prenant une lente inspiration. Je ne suis pas intéressé par les relations de couple, quelles qu'elles soient.
Un silence troublé suivit cette déclaration.
– Mais... commença Tajao. Pourquoi ?
– Pourquoi quoi ? fit Thatch en roulant des yeux. Tu te demandes, toi, pourquoi tu cours après tout ce qui bouge ?
Le pirate ouvrit la bouche pour répliquer mais ne trouva rien à dire. Araku se mit à rire, ce qui l'agaça prodigieusement. Tajao grogna et donna un coup de poing dans l'épaule de son ami, dont l'hilarité redoubla.
– Tu peux te marrer, râla Tajao. T'es exactement pareil !
– Ouais, mais moi, j'ai plus de succès.
– N'importe quoi !
Haruta sourit en voyant leurs deux amis se chamailler comme des gamins dans la cour de récré. Il piocha une poignée de cacahuètes dans le petit bol posé au milieu de leur table et les mangea une à une. Thatch piqua une arachide dans la paume de son ami et la goba en lui adressant un clin d'œil :
– On compte les points ? proposa-t-il en désignant Araku et Tajao.
– On en a pour toute la nuit, à ce rythme.
Thatch hocha la tête en souriant. Il commanda une bière, et Haruta en fit de même, délaissant comme lui les alcools forts de début de soirée pour une boisson plus raisonnable. Sinon ils allaient rouler sous la table d'ici moins d'une heure. Haruta observait distraitement leurs deux camarades, toujours en plein débat sur le nombre et le succès de leurs conquêtes respectives. Le jeune homme gloussa doucement.
– Ça m'évite bien des soucis, d'être aromantique.
– Je ne connaissais pas ce terme, fit Thatch en haussant un sourcil.
– Cela désigne les personnes qui ne ressentent pas d'attirance romantique, précisa-t-il.
– Donc, tu n'as jamais été amoureux ?
– Non.
Thatch se tut un instant, ne pouvant s'empêcher de penser à Izou. Sa compagne lui avait avoué n'avoir presque jamais ressenti de désir physique au cours de sa vie. Il ne pouvait s'empêcher de faire un parallèle avec le discours d'Haruta, tout en ayant confusément conscience qu'il s'agissait de deux choses différentes. Izou et lui étaient amoureux, après tout. La jeune femme lui avait plusieurs fois confié ses sentiments et il ne doutait pas de sa sincérité.
Le jeune homme pesa soigneusement ses mots, curieux de comprendre mais désireux de ne pas froisser son ami.
– Même pour...
Il hésita devant la posture tendue d'Haruta. La discussion le mettait visiblement mal à l'aise.
– T'as le droit de m'envoyer chier, hein, si mes questions t'emmerdent. Après tout, tu es déjà presque un commandant !
Sa répartie arracha un rire au jeune homme, qui lui fit signe de poursuivre. Haruta s'adossa contre le dossier de sa chaise, sirotant sa bière. Araku et Tajao avaient dérivé sur leurs – nombreux – déboires relationnels, ne portant guère d'attention à la conversation de leurs deux camarades. Haruta et Thatch semblaient être à l'écart de la fête, dans la bulle de leur discussion.
– Même pour une aventure d'un soir ? reprit le quatrième commandant. Je veux dire, il n'est pas toujours question de sentiments amoureux dans une relation...
Haruta ne répondit pas tout de suite. Se mordant distraitement la lèvre, il observait les reflets dans le liquide ambré de son verre. Il resta un moment silencieux, Thatch crut que sa question était trop intrusive et qu'il ne répondrait pas. Mais son ami finit par relever la tête, accrochant son regard de ses prunelles aussi bleues que l'océan.
– C'est vrai. On peut parfaitement avoir des relations sans amour, juste pour le sexe. Mais pour ma part, je ne suis pas plus attiré par l'un que par l'autre, expliqua calmement Haruta.
– On peut avoir l'un sans avoir l'autre, murmura Thatch tout bas, en songeant à Izou.
Haruta observa son commandant sans rien dire. Il devinait intuitivement que la remarque ne lui était pas destinée, qu'elle était plutôt le fruit d'une réflexion que Thatch était en train de formuler. Le jeune homme but une nouvelle gorgée de sa bière. Il ne craignait pas particulièrement de parler de ces sujets, aussi intimes soient-ils, mais c'était toujours délicat la première fois que la question était abordée, et le contexte d'un bar bondé de pirates plus ou moins ivres ne favorisait pas forcément les confidences. Pour autant, Haruta se sentait en confiance avec Thatch et ce, depuis le jour où il avait intégré la quatrième division.
Et s'il était infiniment fier d'être prochainement nommé commandant, le jeune homme ne pouvait s'empêcher de regretter un peu son départ de la quatrième. Il serait bien sûr toujours aussi proche de ses amis, mais ce ne serait plus tout à fait pareil.
– Ça va ? demanda-t-il au bout d'un moment, comme Thatch restait silencieux.
– Oui, pardon. J'étais dans mes pensées.
Il hésita un instant, avant de reprendre :
– Désolé de t'embêter avec ça, mais y a un nom particulier, quand on aime pas le sexe ?
– Ça ne me dérange pas. Et oui, on parle d'asexualité... Mais c'est un peu plus complexe que juste "ne pas aimer le sexe", tu sais.
– Ah bon ?
– C'était ta faute ! s'exclama bruyamment Araku en frappant du poing sur la table, faisant trembler leurs verres qui renversèrent quelques gouttes d'alcool.
Thatch et Haruta jetèrent un regard interdit à leurs deux amis, qui semblaient sur le point d'en venir aux mains. Leurs futiles chamailleries avaient dégénéré en dispute plus virulente. D'autres pirates entendirent l'éclat de voix d'Araku et s'approchèrent, à la fois curieux et excités par la perspective d'une bagarre. Thatch soupira, Araku et Tajao étaient les meilleurs amis du monde, mais ils ne pouvaient s'empêcher de se chercher des poux lorsqu'ils buvaient un peu trop, et ils venaient clairement de passer une certaine limite. En jetant un coup d'œil à la vieille pendule défraîchie accrochée au-dessus du bar, le commandant réalisa qu'il était presque quatre heures du matin, bien plus tard qu'il ne l'aurait cru.
Il se leva de sa chaise, non sans tanguer un peu dans le mouvement. Mais il secoua la tête et retrouva son équilibre pour se glisser derrière Araku et Tajao. Le cuisinier gratifia chacun des deux trublions d'un coup sur l'arrière du crâne, pas assez fort pour les blesser, mais suffisamment pour leur arracher des complaintes outrées.
– Aller, ça suffit pour ce soir ! On rentre au bateau !
Quelques protestations résonnèrent devant la bagarre avortée avant même qu'elle ne commence, mais les pirates obtempérèrent sans faire trop de manières. Thatch connaissait bien ses hommes, ils aimaient faire la fête mais savaient aussi s'arrêter lorsque c'était nécessaire. Alors qu'ils se rassemblaient et quittaient le bar, le commandant s'approcha du comptoir et laissa une bourse plus que généreuse pour leurs consommations de la soirée.
Il avait perdu Haruta de vue, mais ne doutait pas qu'il avança avec les autres en direction du port. Thatch rejoignit le groupe, s'assurant au passage qu'aucun pirate ivre ne s'égare en chemin pour finir sa nuit dans une poubelle – ce qui était déjà arrivé plusieurs fois à Tajao. Ils avaient même dû faire demi-tour en pleine mer, une fois, pour aller le récupérer.
Haruta se glissa soudain à ses côtés, sans un bruit, le faisant sursauter.
– Désolé, s'excusa le jeune homme avec un sourire qui ne l'était pas tant que ça.
Thatch rigola tout bas.
Ils marchèrent un temps sans rien dire.
– Tu t'intéresses à l'asexualité ? demanda Haruta au bout d'un moment.
Le quatrième commandant hésita un instant.
Il n'avait jamais évoqué avec aucun de ses amis le sujet de son intimité avec Izou, alors même que les discussions de cul étaient fréquentes à bord du Moby Dick. Blamenco était friand d'anecdotes graveleuses, Rakuyou s'amusait à exagérer ses exploits, au grand dam de Vista, gentlemen dans l'âme, qui réagissait toujours au quart de tour. Thatch participait avec joie et humour à ces joutes verbales, charriant Jiru sur ses mésaventures amoureuses et taquinant Fossa sur les amantes qu'il ne revoyait jamais. Mais ses frères n'abordaient jamais ces questions concernant Izou, dans un mélange de respect et de pudeur pour leur sœur. Thatch ne s'en plaignait pas, peu désireux d'exposer sa compagne et leur vie privée.
Toutefois, le jeune homme devinait dans certaines phrases ou certaines situations l'existence sous-entendue d'une sexualité entre eux, qu'il n'avait jamais démentie. Il n'était pas certain de savoir comment aborder le sujet, ne voulait pas prendre le risque de révéler ce qu'Izou tenait probablement à garder secret. Et quelque part, il craignait aussi l'incompréhension de ses amis.
Mais Haruta, lui, paraissait déjà en savoir long sur la question. Bien plus long que Thatch lui-même.
– Je sais pas trop, marmonna le cuisinier en se grattant la nuque. Je crois qu'Izou est comme ça aussi... Même si elle a jamais utilisé ce mot-là en particulier.
– Elle ne le connait peut-être pas. J'ai mis très longtemps avant de comprendre ce que j'étais, avoua Haruta.
– Ça n'a pas dû être facile...
– Non, pas tous les jours.
Le silence accompagna leurs pas jusqu'à ce que les mâts des navires amarrés au port surgissent dans la semi-obscurité des quais, faiblement éclairés par les lampes à huile.
– Tu sais, j'ai longtemps pensé que c'était moi, le problème, dit lentement Haruta. Alors qu'en fait, il n'y a même pas de problème. C'est juste une question d'équilibre. Un équilibre à trouver avec soi-même. Un équilibre à trouver avec les autres.
Thatch se mordit la lèvre.
Il lui était inconcevable d'imposer à Izou quelque chose qu'elle ne désirait pas. Surtout dans le contexte de l'intimité. Il avait accepté sans conditions sa volonté, et il ne le regrettait pas. Seulement... Il craignait tellement d'aller contre son sens qu'il n'avait même pas cherché à comprendre ce qu'elle ressentait. Et il redoutait tant de la perdre qu'il n'osait lui révéler le désir qu'il éprouvait à son égard, mais aussi et surtout sa frustration de ne pouvoir partager cela avec elle. Thatch s'était lui-même aveuglé sur ce dernier point, se persuadant que le problème n'en était pas un. C'était une erreur, comprit-il.
Quel équilibre pouvaient-ils espérer trouver s'ils ignoraient ce qui habitait leur cœur au plus profond d'eux-même ?
Ils devaient trouver le moyen d'en parler.
Cette décision l'apaisa étrangement et il releva la tête, adressant un sourire à Haruta.
– Je suis content que tu l'aies trouvé, l'équilibre.
– Moi aussi.
Son regard bleu pétilla et Thatch sourit plus largement encore.
– Ah ! s'exclama-t-il. Ça va me manquer de ne plus t'avoir dans la division !
