Bonsoir !

Je profite de la publication du chapitre X pour également vous tenir informés des (petits ?) changements ayant découlé de mon travail de réécriture. Je ne vous note ici que les modifications importantes à prendre en compte en regard de l'intrigue. J'espère qu'il n'y en aura pas d'autres !

CHANGEMENTS IMPORTANTS DANS L'INTRIGUE

PROLOGUE. Harry échoue à lancer le sortilège Doloris sur Drago. Il essaie à plusieurs reprises mais le sort est inefficace, ce dont Drago se moque. Harry finit par l'attaquer et par le blesser avec d'autres sortilèges.

CHAP. III. Dumbledore n'a pas conseillé à Harry de ne pas parler du lien et de la marque à Malefoy. C'est seulement Harry qui refuse d'entrer en discussion avec Drago.

A nouveau, je précise que cette fanfiction est un work-in-progress. Je sais que cela peut être très pénible pour les lecteurs, surtout lorsqu'on sait que je suis une éternelle insatisfaite qui doit lutter contre son envie de tout réécrire et de changer la moindre virgule un jour sur deux... Je lutte néanmoins, et promets qu'il y aura le moins de modifications possibles.

Si j'ai choisi de publier de cette façon au lieu d'attendre d'en avoir terminé l'écriture, c'est parce que vous êtes un moteur pour moi, une motivation à part entière. J'ai besoin de vous ! Besoin de connaître vos impressions "en direct", besoin de découvrir en même temps que vous ce qu'il advient de cette histoire... Je fais de mon mieux pour qu'elle soit cohérente mais c'est la première fois que j'écris une fanfiction dont le projet tient la route, qui plus est une fanfiction longue, et je me perds parfois dans mes notes donc n'hésitez pas à m'envoyer un petit mot, en review ou en privé, si vous remarquez l'une ou l'autre incohérence, ça m'aiderait beaucoup !

Merci à ceux qui sont là pour leur patience ! Merci à ceux qui arrivent pour leur lecture !


...


LES MARQUÉS

Huit mois avant le Nœud (PRO NODUS)

Fêter Halloween (Partie 1)


Le second cours d'occlumancie avait été un désastre sans nom. Harry y avait, pour tout dire, largement contribué. Cette fois-ci, Malefoy et lui étaient arrivés ensemble. Pur hasard. Harry n'avait pas eu d'entraînement de Quidditch, Malefoy si. Ils étaient donc arrivés en retard tous les deux.

Évidemment, les remontrances de Rogue s'étaient adressées exclusivement à Harry, de quoi le mettre de mauvaise humeur à peine le pied posé dans le bureau. D'abord, il était en retard et en plus, il n'avait pas même daigné feuilleter l'ouvrage que Drago lui avait prêté en vue de préparer au mieux cette séance. Harry avait eu beau prétendre qu'il n'avait pas trouvé le temps, il avait senti dès cet instant que Rogue ne lui ferait pas de cadeaux.

À nouveau, ils avaient dû s'installer, chacun dans un fauteuil, Rogue face à eux, droit dans sa grande assise noire. Rogue avait posé des questions, Drago avait répondu, Harry s'était moqué. Puis ça avait été au tour de Harry de répondre. Comment vois-tu ta magie ? À quoi ressemble-t-elle ? Quelle température-a-t-elle ? Où la sens-tu la mieux ? Mais aucune de ces questions ne l'avait aidé à mettre des mots sur ce qu'il savait ou voyait de sa magie, tout simplement parce qu'il n'en voyait rien, jamais. Rogue avait émis le doute qu'il ait véritablement du sang de sorcier en lui, ce qui avait eu le don d'aiguiser sa colère. Malefoy avait eu réponse à tout, évidemment. Il était plus insupportable que Hermione.

Harry avait tout fait pour couper court à la conversation. Il n'avait pas eu envie de ça. Il n'avait pas eu envie d'être là. Il avait eu faim, et froid à cause de ce satané océan. Il était fatigué, trop impatient de quitter ce bureau, cette voix. Il n'aimait pas être en présence de Malefoy, pas comme ça. En classe ou dans la Grande Salle, c'était différent. Habituel, normal. Et puis, il y avait du monde. Dans le bureau de Rogue, Malefoy était trop près, trop réel. Trop. Harry avait toujours éprouvé cette sensation de débordement en sa présence, qui, à elle seule, mettait ses nerfs à vif, mais c'était bien évidemment pire depuis qu'il devait conjuguer cette répulsion viscérale aux effets de l'indésirable marque sur son bras. Son vrai cœur se gorgeait d'une lave virulente alors que l'autre, dans son poignet, battait et diffusait tout son bien-être dans son sang.

Alors, tout le monde s'était levé. Harry et Drago avaient dû se plier à un exercice ridicule, celui-là même que Harry avait déjà réalisé sous la direction de Luna. Rogue leur avait ordonné de sortir leur baguette et de la pointer, qu'importait, sur les éléments posés sur le buffet en face d'eux – les fioles, les ballons bouillonnant, les éprouvettes colorées, les bols malodorants, les circuits douteux,… Ensuite, de se débrouiller pour lancer un sortilège informulé, aussi simple pouvait-il être, en accordant cependant une attention toute particulière à la couleur de leur magie lorsqu'elle se concentrerait dans leur baguette pour former le sort.

Malefoy avait lancé un Incendio qui provoqua une petite explosion en escalade parmi les éprouvettes heureusement vides. Harry avait projeté trois ballons fumants dans le mur en pierre derrière le buffet, en lançant un Stupéfix inhabituellement énergique. Rogue avait applaudi dans un sourire hypocrite et s'était approché d'eux. « Très bien, quelle couleur ? » avait-il demandé. « Nacre », avait immédiatement répondu Malefoy, rangeant sa baguette dans la poche intérieure de sa longue robe. Nacre, avait mentalement imité Harry. Nacre. Non mais sérieusement ? « Je n'en sais foutrement rien », avait-il répondu, délibérément désinvolte et désintéressé. « Multicolore ? » Devant le regard tangiblement sévère de Rogue, il avait fini par détourner les yeux, par hausser les épaules. « Rouge ? » Rogue pouffa. « Vous, les Gryffondor, voyez tout en monochrome. Pire que des chiens. » Harry avait failli casser sa baguette dans son poing serré.

Retourné s'asseoir, Rogue leur avait ensuite listé, très calmement, les différentes potions et objets de grande valeur qu'ils avaient détruit avec leurs sortilèges. Malefoy s'opposa à son professeur pour la première fois de la soirée : ce qu'il avait cassé ne contenait aucune potion, aucun mélange d'aucune sorte. Il s'en était assuré avant de diriger sa baguette là où elle avait insufflé l'explosion. Harry était complètement effaré. Rogue leur avait seulement dit de viser le buffet ! Il n'avait absolument pas pensé à détailler le contenu ou l'absence de contenu des ustensiles ! Il s'était concentré sur son sortilège, comme demandé ! Il s'était senti humilié par le piège, persuadé que Malefoy et Rogue avaient fomenté contre lui, qu'il était la victime d'un sale complot de Serpentard – ce qu'il ne manqua pas de faire remarquer, d'ailleurs. Cela l'emmena vers un nouvel échange virulent d'insultes avec Malefoy, que Rogue laissa se dérouler sans intervenir puisqu'il était alors en train de ranger ses livres dans sa petite bibliothèque, derrière son bureau.

Malefoy se dégagea lui-même du conflit dans une lasse condescendance que Harry eut ardemment envie de lui renvoyer dans la figure. D'un bref mouvement de baguette, il s'était contenté de réparer les éprouvettes éclatées au sol en mille petits morceaux invisibles de cristal et, une fois le travail fait, il avait sobrement salué Rogue et quitté la salle.

Rogue avait interpellé Harry tandis qu'il s'empressait d'en faire autant. « Monsieur Potter », avait-il dit très calmement, « vous me ferez le plaisir de faire parvenir à votre camarade l'heure, le lieu et la date de la prochaine retenue, à savoir : dix-huit heures, salle vingt-deux du troisième étage… (Il avait fait mine de réfléchir mais Harry n'était plus dupe face aux mises en scène de Rogue) Demain ! », avait-il enfin conclu, le sadisme dans son sourire. « Faut-il que je lui envoie une Beuglante au beau milieu du petit-déjeuner de demain, Monsieur ? » n'avait pu s'empêcher de demander Harry. Si Rogue avait réellement obligé Malefoy à venir jusqu'à la table des Gryffondor en plein milieu du repas, un dimanche (le jour de la semaine où tout le monde y traînait davantage), tout ça pour lui donner un bête livre en mains propres, peut-être fallait-il que Harry propose lui-aussi une façon d'afficher en grosses lettres l'existence de leurs leçons secrètes ?

La blague n'avait pas amusé Rogue. Évidemment. Il avait enlevé dix points à Gryffondor, précisant qu'il se montrait magnanime compte tenu de toutes les marques d'irrespect et d'insubordination qu'il avait démontrées en cette heure de classe, et qui auraient chacune mérité ces dix points. Harry avait encore cherché à protester, pourtant, indigné par la mauvaise foi de Rogue. Sachant qu'il ne pourrait pas le convaincre de retirer cette heure de retenue supplémentaire, il avait fini par presque le supplier d'au moins le laisser la passer seul. Malefoy n'avait gâché aucune potion, pas vrai ? Il avait même déjà réparé ses éprouvettes. Grossière erreur, car le voir ainsi souffrir avait dû être un incommensurable plaisir pour Rogue, qui avait persisté et signé. « Vous et Monsieur Malefoy, Potter, c'est non négociable. Il me semble vous avoir prévenus la semaine dernière : vous devez travailler ensemble. Si l'un de vous commet une erreur, ça sera immédiatement une retenue pour tous les deux. »

Il avait eu l'air si heureux de lui-même que Harry, ayant d'abord jeté un coup de pied dans une table pour tenter de contenir sa colère, avait fait volte-face alors qu'il s'apprêtait à quitter la salle, pointé sa baguette sur le buffet et fait s'encastrer dans le mur, les uns après les autres, tous les ustensiles encore entiers jusque-là.

« Deux heures de plus, vingt points de moins », avait crié Rogue alors que Harry déboulait comme un fou dans le couloir, la rage au ventre, haletant et tremblant.

Le lendemain, il ne s'était pas encore tout à fait remis de ses émotions. La nuit avait été courte, comme celles qui l'avaient précédée. Il l'avait d'abord passée à s'embourber dans de la boue couleur nacre qui avait l'odeur du sang avant de se trouver une fois de plus noyé tout au fond d'un océan. À son réveil, il avait cherché Malefoy sur la carte, mais son nom était immobile dans un coin de la salle commune des Serpentard. Il avait veillé jusqu'aux premières heures du matin, le corps et les sens en alerte, ses yeux brûlant de fatigue fixés sur l'encre paisible, guettant un mouvement. Malefoy avait fini par bouger, un peu. Il avait fait les cent pas dans la salle commune, sans doute devant la cheminée s'était imaginé Harry. Il n'avait vu qu'une seule fois la salle commune des Serpentard, en deuxième année, mais il se souvenait parfaitement du décor, du bois sombre, du vert partout, du reflet du lac dans les carreaux des fenêtres filtrant jusqu'aux flammes virevoltant dans la cheminée.

En revanche, il buta contre son imagination lorsqu'il vit Malefoy remonter vers son dortoir. Il passa un long moment à y réfléchir, à regarder autour de lui les lits rouge et or, les masses informes respirant sous l'épaisseur des couvertures, les larges tentures de velours, le rayon blanc de lumière pleuvant sur la moquette vieillie… Les dortoirs de Serpentard devaient être identiques, seulement déclinés dans une autre nuance de couleur. Harry se demanda où était placé le lit de Malefoy par rapport à l'entrée, s'il ne faisait pas plus froid là-bas qu'ici à cause du lac, si le plancher sous la moquette craquait de la même façon.

Malefoy passa un moment dans le dortoir, isolé des autres noms jusqu'à ce que celui de Blaise Zabini ne gigote dans un autre coin de la pièce, et se retrouve finalement à proximité. Sans doute discutaient-ils. Les lettres se chevauchaient un peu et Harry râla de ne plus pouvoir lire correctement le nom de Malefoy. Il resta rivé sur sa carte jusqu'à ce que la main de Ron, une heure plus tard, ne vienne secouer son épaule. Harry attendit que Malefoy et Zabini repassent dans la salle commune et puis dans les couloirs des cachots, jusqu'à rejoindre la Grande Salle, avant de se décider à se lever, se préparer et s'y rendre à son tour.

Il avait sans doute été le seul élève à se réveiller sans n'éprouver aucune joie à l'idée de fêter Halloween. A vrai dire, il avait même complètement oublié que c'était aujourd'hui. Pour lui, cela faisait longtemps que la date n'évoquait plus rien de festif ou d'un tant soit peu agréable. Ron, à l'inverse, était anormalement excité. Devant la classe de métamorphose où les première année attendaient leur première heure de cours, il s'était fait une joie de raconter comment, au même âge, il avait dû se battre férocement contre un troll entré dans les toilettes. Pour le coup, Harry avait roulé des yeux de la même façon que Hermione, et tous deux avaient continué leur route vers leur propre salle de cours sans attendre leur compagnon fanfaronnant.

Pour informer Malefoy de la retenue, Harry avait attendu la fin du cours d'Histoire de la Magie. Il avait répété mollement les informations données par Rogue, dans le même ordre, le cours tout juste écoulé le baignant encore de sa torpeur végétative. Malefoy paraissait seulement un peu plus réveillé, même si ses cernes étaient beaucoup plus violacées. « Tu te fiches de moi, Potter ? » avait-il vociféré, mais Potter était déjà en train de descendre quatre à quatre les escaliers. Lorsque Malefoy était arrivé à son tour dans la Grande Salle, il avait été hors de question pour lui de réitérer son expérience près de la table des rouges, d'autant plus qu'il l'aurait fait uniquement pour insulter Harry Potter. Il était loin d'être idiot au point d'aller délibérément se présenter en infériorité numérique. Et puis, peut-être qu'il était fatigué, lui-aussi.

Les cours de l'après-midi avaient été suspendus pour la fête, remplacés par les préparatifs habituels de décoration en vue du dîner spécial de ce soir. Harry aurait seulement voulu dormir, mais Hermione réussit à les convaincre, lui et Ron, de mettre à profit ce temps libre pour d'ores et déjà avancer dans les devoirs de la semaine. Elle avait raison, en réalité. Rogue les recouvrait toujours de pages à rédiger sur l'un ou l'autre sujet obscur des Défenses contre les Forces du Mal. Depuis la rentrée, Harry n'en avait rendu que trois, et deux fois il s'était retrouvé avec un P – la troisième fois, avec un A. Dans tous les cas, c'était très loin d'être suffisant à ses yeux. Avoir de mauvaises notes en potions, c'était une chose. Il n'excellait pas en la matière et Rogue enfonçait le clou. Cette année, avec Slughorn et le livre du Prince de Sang-Mêlé, il s'en sortait bien mieux. Chouette. Mais tout dégringolait en Défenses ! Et en cette matière, il ne devait cette désolante moyenne qu'à la rancune du professeur Rogue. Il était doué, habituellement. Il l'était toujours, cela ne faisait aucun doute ! Mais son talent ne pouvait définitivement pas se retranscrire au travers de ces interminables dissertations qu'ils devaient rédiger toutes les semaines. Rogue voulait décidément le pousser à bout.

Des heures durant, il s'efforça donc de remplir au moins deux pages sur cinq, histoire de prendre un peu d'avance sur ce weekend. Il avait rassemblé toute sa moindre force – car il était véritablement épuisé par les nuits courtes, les cauchemars et les réveils haletants, épuisé par le nom de Malefoy sur une carte qui ne l'aidait aucunement à y voir plus clair, épuisé sûrement par ses colères trop intenses – et sérieusement tenté de se concentrer sur le contexte historique des Inferi… Mais après le cours d'Histoire de la Magie durant lequel il n'avait encore pas pu s'empêcher de somnoler (c'était déjà difficile de ne pas succomber les jours où il était en grande forme !), il était d'autant plus douloureux de garder les yeux ouverts. La seule chose qui maintenait son corps éveillé était encore ce petit battement de cœur limpide et frêle au creux de son poignet.

A la table des Serpentard, Drago s'alanguissait, le visage tombé entre ses bras croisés sur le bois. Il était là. A priori seulement physiquement, mais ça suffisait. L'océan, le sang, la pulsation. C'était presque devenu un rituel, une mélodie des sens que Harry connaissait déjà par cœur. Dernièrement, l'agacement avait laissé place à l'angoisse. Et si ça ne partait jamais ? S'il allait devoir vivre avec ça toute sa vie ? Comment allait-il bien pouvoir le gérer ? Drago Malefoy allait peut-être mourir, pendant la guerre. Ou disparaître. Ou être emprisonné.

Harry souffla bruyamment, se redressa au-dessus de ses livres et enleva son coude de la table. Sa main abandonnant son appui confortable dans ses cheveux laissa toutefois son empreinte dans l'épaisseur de la tignasse et toute une mèche resta bêtement en l'air tandis qu'il se frottait grossièrement les yeux. Non. Il ne fallait pas penser à la guerre. Il avait déjà assez à faire avec un seul rythme cardiaque – et pas au bon endroit, en plus – pour avoir à gérer une arythmie douloureuse dans la poitrine. Ne pas penser à la guerre. Penser à Malefoy. Est-ce que c'était mieux ?

Quand bien même il n'était pas question de la guerre, Harry et lui allaient bien finir par quitter Poudlard. Et quoi ? Harry devrait alors subir la brûlure jusqu'à ne plus rien sentir de tout son corps tant le feu l'aurait endolori ? Et cette emprise, allait-elle grandir encore et encore jusqu'à lui casser le bras ? Jusqu'à le casser, lui ?

Il ne comprenait pas. Comment un tel lien pouvait-il bien se vivre sur le long terme ? Comment les sorciers pouvaient même le considérer comme une bonne chose, au vu de ses effets littéralement impossibles à endurer sur le plan physique ? Harry voulait bien croire que tous n'avaient pas la malchance d'être liés à un… A un quoi, d'ailleurs ? Harry fronça les sourcils. Rival ? Ennemi ? Il réfléchit un instant et se rendit compte qu'aucune de ses pensées, jusqu'à présent, n'avait nécessité qu'il désigne Malefoy par un rôle à jouer face à lui. Aucune de ses pensées ne l'avaient jamais mené à définir leur relation. Rivale ? Hostile ? Trop fort. Conflictuelle ? Tendue ? Trop faible.

Harry secoua la tête et dirigea une nouvelle fois son regard vers la table des Serpentard. Malefoy ne bougeait pas. Étendu sur la table, il dormait apparemment d'un sommeil profond. De là où il était, Harry ne pouvait plus voir que le décoiffé hirsute de ses cheveux trop blonds. C'était irréaliste. Harry fut presque aussi surpris que la fois où il découvrit les Sombrals pour la première fois. Malefoy n'était jamais décoiffé. A tout bien y réfléchir, Malefoy ne s'allongeait jamais sur la table non plus, ni en cours ni même dans la Grande Salle. Son comportement était étrange. Suspect ?

Harry plissa les yeux en sa direction et tenta de trancher.

- Ça va, vieux ? demanda soudain Ron à sa gauche, le buste toujours penché sur ses ignobles pattes de mouches. Sa plume coulait encore à la surface de son parchemin, ce que Harry ne tarda d'ailleurs pas à lui faire remarquer après lui avoir adressé un bref hochement de la tête.

Il se détourna de Ron pestant contre son encre de mauvaise qualité pour reporter son attention sur Malefoy, puis sur son devoir. Puis sur Malefoy.

Donc. Harry était lié à quelqu'un qu'il n'appréciait pas le moins du monde. Bien. Ce n'était pas le cas de tous les autres sorciers victimes du Nexus. Victimes ou heureusement sélectionnées, selon le point de vue. Harry voulait donc bien admettre (Hermione avait déjà pas mal préparé le terrain) qu'il refusait peut-être, inconsciemment, de se plier à la marque. Comment aurait-il pu en être autrement, en fin de compte ? Hermione lui demandait-elle vraiment d'accorder sa confiance à une marque sur son bras ? À cette énième réminiscence de son discours à ce propos, Harry fronça violemment les sourcils, serrant les lèvres pour se retenir de lui hurler dessus alors qu'elle était paisiblement en train de réécrire ses runes, à sa droite.

Même dans le cas où un sorcier se retrouvait lié à quelqu'un de formidable, de talentueux, de sympathique, d'intelligent – n'importe qui autre que Malefoy –, il n'en restait pas moins inconcevable pour Harry qu'il puisse supporter de telles invasions sensitives toute sa vie durant. Et tout ça pour quoi ? Pour un lien magique ? Il pouffa d'un rire solitaire, faisant mentalement un parallèle entre cette absurdité sans nom et celle qui l'avait frappé avec la même intensité en quatrième année, lorsque l'on avait essayé de lui vendre un tournoi inhumainement dangereux et gravement mortel comme une simple preuve de coopération magique internationale. Les sorciers n'avaient vraiment pas le sens de la mesure.

- Harry ? Tu m'entends ?

Harry tourna la tête vers Hermione.

- Quoi ? demanda-t-il sèchement, dérangé dans ses pensées.

- Ça va ?

Elle avait l'air inquiète. Harry ouvrit la bouche pour lui rétorquer qu'elle le surveillait encore comme un elfe malade mais il se rappela qu'il venait de rire tout seul et que sa question provenait sans doute de là.

- Oui, je… repensais à une blague de Fred et Georges.

- Une blague faite à Malefoy ? réattaqua-t-elle immédiatement, désignant Malefoy, dans l'autre coin de la salle, d'un imperceptible geste de menton. Harry leva les yeux au ciel et ses épaules se voutèrent au-dessus de son devoir.

- Ce n'est pas lui que je regardais, maugréa-t-il.

- Ce n'était pas ton devoir, en tous cas.

Harry ferma les yeux. Inutile de la reprendre. Il n'avait pas l'énergie de faire un esclandre au milieu de la Grande Salle. La venue événementielle de Malefoy à la table des Gryffondor alimentait encore les murmures. Il ne voulait pas nourrir davantage les bouches toujours sèches de rumeurs et de prophéties absurdes.

Il ne voulait pas que Malefoy meure dans la guerre non plus.

[…]

Harry courait. Il ne voyait même pas où il allait. Il se retournait sans cesse pour vérifier l'avancée de son assaillant. Une douleur lancinante écrasait sa poitrine. Sa respiration était brûlante. Il trébuchait sans arrêt, son pied glissant entre deux pierres, sa cheville se tordant dans la poussière.

Le monde hurlait. Partout, des voix. Ron, Hermione, Ginny, Luna, Neville. Hagrid, Dumbledore, McGonagall. Molly et Arthur, Fred, Georges, Bill, Cho. Harry reconnut aussi Parvati et Padma Patil, Dean, Seamus, Fleur, Cédric… Et même tante Pétunia, oncle Vernon, Dudley. Elles hurlaient toutes son prénom.

Il se retourna encore. Personne. Qui l'assaillait ? Il y avait quelqu'un, il le savait. Il le sentait. Il fallait qu'il coure encore. Pour aller où, quoi faire ? Il n'en savait rien, mais ne cessait de se répéter mentalement : « Si je m'arrête, je meurs ».

Il courait sur des ruines, dans la poussière, et ne croisait personne nulle part. Seules les voix le suivaient, toujours d'aussi près, comme si elles provenaient directement de l'intérieur de sa tête. Il y en avait des tas. Harry avait l'impression qu'elles affluaient davantage à chaque pas. Il ne s'agissait pas d'échos, il s'agissait à chaque fois d'une voix nouvelle, mêlée sans distinction aux autres, et pourtant Harry reconnaissait chacune d'entre elles, éprouvait chaque appel comme une déchirure, une demande qu'il ne pouvait satisfaire.

Puis, il y en eut une autre encore, que Harry reconnut de la même façon, mais qui fit taire toutes les autres, brusquement.

Déboussolé, il glissa sur un éboulis de pierres claires. La colonne en bas des ruines amortit sa descente. Butant contre elle de tout son poids, il haleta, tentant en vain de reprendre son souffle, la poussière compacte des alentours irritant ses voies respiratoires.

Il leva la tête et regarda devant lui. Il se trouvait dans le cloître de Poudlard. Détruit. En ruines. Les fines pellicules de poussière neigeaient délicatement. Au centre de la cour, elles tombaient doucement sur une tête décoiffée, saupoudrant de cendres des cheveux trop blonds. Elles tombaient sur des mains rougies par le froid, serrées autour de la gorge blonde. Sur les mains de Drago tendues sur le sol, sur les cheveux noirs de Harry, sur sa nuque gelée.

Harry frissonna. Il sentit ce gel dans sa nuque. Il sentit cette gorge battre sous ses pouces. Pourtant, il se regardait tuer Malefoy sans parvenir à bouger ou à crier, sans même plus pouvoir respirer. Son œsophage s'était resserré si fort que plus rien n'atteignait ses poumons.

Le Harry de la scène, penché sur Malefoy, avait l'air terrifiant. Harry eut peur de croiser son regard. Il baissa plutôt les yeux vers le visage de Malefoy, vit le bleu sur ses lèvres, la fumée dans ses yeux. Quelque chose se déchira au fond de sa gorge et enfin il parvint à crier :

- HARRY !

[…]

Harry était en nage. Il s'était redressé si vite que sa tête lui tournait. Sa respiration était anormalement nerveuse et ses lunettes complètement renversées sur son nez. Portant ses mains tremblantes à son visage, il les remit maladroitement en place puis pressa le dos de ses doigts contre son front gelé et trempé.

- Harry ?

Hermione ? Où était-elle ? À côté de lui. Sur sa droite. Dans la Grande Salle. Oui, il était dans la Grande Salle. Il faisait jour, il n'y avait de poussière nulle part et Malefoy était…

Malefoy était toujours à sa place, mais réveillé. Il le fixait étrangement. Harry le remercia mentalement d'être en vie, mais il dut témoigner d'un inhabituel soulagement en captant son regard car Malefoy finit par baisser les yeux.

- Harry ?

Harry ne le quitta pas des yeux pour autant. Et si Malefoy était au courant du rêve qu'il venait de faire ? Et si c'était lui qui était entré dans son esprit ? Il avait bien pu mentir en prétendant ne pas être capable de legilimancie.

- Harry !

Non, ça ne tenait pas. Harry savait faire la différence entre les visions et les cauchemars. Personne n'était entré dans son esprit. C'était juste un mauvais rêve, construit à partir des dernières bribes de pensées qu'il avait émises avant de s'assoupir sur ses livres…

- Harry !

- ARRETEZ TOUS DE HURLER, BON SANG !

Harry s'était brutalement levé, portant ses poings contre ses oreilles. Ron et Hermione le regardaient, bouche bée.

- Personne… Personne n'a hurlé, Harry…

- On t'a juste appelé ! Et secoué, aussi. Mais tu ne réagissais plus à rien !

Harry releva la tête vers le reste de la Grande Salle. Tout le monde ou presque le fixait avec de grands yeux à la fois curieux et inquiets. Comme d'habitude.

- C'est toi qui as crié dans ton sommeil, expliqua Hermione. Ton propre nom… Ca t'a réveillé.

Harry la regarda sans comprendre.

- Harry, tu refais des cauchemars ? demanda-t-elle sur un ton inutilement plus discret puisque, de toute évidence, ils bénéficiaient déjà de l'attention générale.

- Arrête de m'appeler Harry, chevrota Harry.

Les sourcils de Hermione se fronçaient dans une moue toujours plus perplexe.

- Euh, très bien… Est-ce que… Est-ce que tu veux qu'on aille prendre l'air ?

Soudain, Harry éprouva l'irrépressible besoin de sortir dans le cloître.

- Oui, dit-il, et il enjamba le banc puis partit. Sans ses livres, sans ses amis, sans un regard.

[…]

- Ravi de vous voir à l'heure, Potter. J'espère que vous avez eu l'occasion de reprendre vos esprits ? demanda Rogue lorsqu'il arriva devant la salle de classe du troisième étage à dix-huit heures tapantes.

- Certainement, Monsieur, répondit sombrement Harry, qui n'avait absolument pas repris ses esprits et qui était tout bonnement exténué, physiquement et mentalement. Cela s'était avéré harassant de devoir supporter dans le même temps les deux personnes qu'il détestait le plus, sans compter, bien sûr, qu'il rêvait de pouvoir dormir quelques heures sans refaire d'horribles rêves, presque autant qu'il rêvait de dix petites minutes de répit durant lesquelles il n'existerait ni de mage noir à combattre, ni de prophétie, ni de guerre à venir.

- Ce n'est pas que la santé du héros local ne m'intéresse pas mais j'aimerais qu'on s'y mette rapidement, rétorqua froidement Malefoy en les dépassant l'un et l'autre pour pénétrer dans la petite salle de classe que Rogue venait à peine de déverrouiller.

Elle n'était pourvue que d'une seule grande table pouvant servir de bureau ainsi que d'un petit chariot aux deux étages bien remplis (le premier d'ingrédients divers et d'ustensiles semblables à ceux présents dans le bureau de Rogue, et le second de livres et de grimoires épais, dont les seules couvertures donnaient déjà à Harry des envies de bailler à s'en décrocher la mâchoire). Au tableau, Rogue indiqua du bout de sa baguette : 2 Philtres de Confusion, 1 Potion d'Amnésie, 1 Potion de Régénération sanguine.

- Quatre !? s'indigna Malefoy. en laissant son sac rouler de son épaule jusqu'au pied du chariot. En une heure !?

- Drago, je pense que Potter–

- Comment as-tu pu te débrouiller pour gâcher autant de préparations, Potter !? Est-ce que tu fermes les yeux quand tu lances un sort par peur des ricochets ?

Harry sentit sa nuque se geler. Il avait peut-être bien envie de l'étrangler.

- Malefoy, s'il vous plaît, intervint Rogue, qui ne vit visiblement aucun inconvénient à avoir été interrompu par Drago. Je disais donc : Potter a dû vous signaler que vous n'aviez non pas une mais trois heures de retenue ce soir, puisqu'il s'est bêtement emporté dans mon bureau après votre départ et qu'ainsi, deux autres potions ont fini par subir les affres de son intenable colère.

Malefoy était abasourdi.

- Trois heures de retenue !?

Malefoy avança vers Harry, l'expression féroce.

- Je vais te tuer, Potter.

- Trois heures pour vous étriper si cela vous semble préférable, reprit Rogue en haussant le ton, prenant de l'avance sur l'échange d'insultes qu'il voyait se profiler. Mais il me semble que vous souhaitiez vous y mettre rapidement, Drago ? Si les quatre potions ne sont pas entièrement réalisées dans le temps imparti, ça sera une nouvelle retenue pour vous deux ainsi que vingt points retirés à chacune de vos maisons.

La pensée furtive que sa maison, grâce à lui, bénéficierait bientôt du record de points en négatif, noua l'estomac de Harry, cousit ses lèvres. Malefoy, à l'inverse, frémissait de colère.

- Vous êtes injuste. Vous le savez, et vous le paierez.

Son ton était calme, posé, mais Malefoy aimait le goût des menaces. Bien qu'il fût déjà en train de rassembler les ustensiles dont il aurait besoin pour la réalisation de la première potion, il n'en demeurait pas moins digne dans sa colère blanche.

Cela sembla amuser Rogue. Il s'approcha de son élève à pas lourds, posant une main sévère sur le chaudron que Malefoy s'apprêtait à prendre.

- C'est ce que vous pensez, Drago ? Pensez-vous vraiment que votre père en entendra parler de là où il se trouve ?

Malefoy baissa les yeux. Étrangement, le silence mit Harry très mal à l'aise. Il en profita pour poser son sac près de la porte et faire mine de chercher… quelque chose.

- Bien, reprit Rogue, satisfait, en faisant le tour de la salle. Je vous laisse à votre besogne. Participer au repas d'Halloween fait hélas partie de mes obligations professorales. Peeves viendra vous surveiller.

Harry hallucina.

- Peeves ?

- C'est une plaisanterie, rit Malefoy dans ses mains.

- Trois heures, répéta Rogue, imperturbable. Tâchez d'avoir fini, ou ça sera toute la nuit.

Avec un petit sourire entendu, il passa la porte et la referma lentement derrière lui, scrutant encore ses élèves de ses petits yeux noirs et ronds avant de disparaître derrière le bois.

Harry se retourna vers Malefoy. Tous deux se regardèrent presque une minute durant. Une fois toutes les insultes d'usage échangées dans le silence, ils purent passer aux choses sérieuses.

- Bien, souffla Drago. Déboutonnant et retroussant soigneusement les bords de sa chemise dépassant de sa robe, il s'éloigna vers le chariot, se pencha pour récupérer le troisième tome de l'encyclopédie des potions. Le philtre de Confusion est dans celui-ci, si je ne me trompe pas.

Revenant à la table où il avait déposé ses ustensiles, il chercha sa page. Harry, pendant ce temps, était en train d'essayer de savoir de quoi il allait avoir besoin.

- Prends juste la même chose, ordonna Drago, sans se retourner vers lui.

Harry revint avec tout, sauf le chaudron.

- Pas de chaudron ? fit Drago en arquant un sourcil.

- Tu en as un.

- Et alors ?

- Alors on doit travailler ensemble, non ?

- Oui, grinça Drago, mais ça ne fonctionne pas de travailler sur la même potion. C'est déjà très difficile avec un binôme appréciable alors avec toi… grimaça-t-il. Ça prendra trop de temps. Prends ton propre chaudron et concentre-toi sur la potion d'Amnésie, elle est plus simple à réaliser.

- Tu insinues que le reste sera trop compliqué pour moi ?

Drago sourit en épluchant une espèce de pêche à la peau bleue dont il avait ramené entre eux tout un bocal.

- Je ne l'insinue pas.

Harry repartit d'un pas énervé vers le chariot. Son chaudron dans les mains, il revint l'installer bruyamment à côté de celui de Malefoy, qui était déjà en train de faire chauffer les morceaux coupés fins de sa pêche bleue.

- Où est la potion d'Amnésie ?

Drago, déjà froissé par le bruit parasite de son sympathique partenaire (et par bruit, il était tout autant question des fracas de chaudron que de ses maudites questions stupides), prit sur lui pour ne pas lui mettre la tête sur le feu. C'était déjà très largement de sa faute s'il se retrouvait coincé ici durant toute cette soirée d'Halloween alors il pouvait au moins faire preuve de décence et la fermer.

- Dans un des livres là-bas.

- Lequel ?

- Ne m'énerve pas, Potter, cracha Malefoy, que Potter poussait vraiment dans ses retranchements.

- Alors réponds à la question ? renchérit-il, l'air de rien.

De sa grande cuillère en bois, Drago s'empressa de retourner ses morceaux de pêche, déjà presque gâchés. Le feu sous le chaudron allait trop fort, à l'image de celui que Drago sentait frémir encore dans ses entrailles.

- Il n'y a que trois fichus tomes sur le chariot, bon sang ! Cherche ! Ou peut-être que tu ne sais pas lire ? Non, attends, je sais : tu as peur de te couper les doigts avec les vilaines pages ? Tu crois qu'on en ferait une nouvelle légende, de ça, Potter ? Le Garçon-Qui-A-Survécu-A-Une-Coupure-De-Papier ! Regardez sa terrible cicatrice !

Portant sa main à son front, Malefoy feignit de s'évanouir et Harry le poussa méchamment.

- La ferme, Malefoy !

- Ne me touche pas ! menaça Drago, les joues rougies par le sang affluant.

- Oh, je suis trop impur pour toi peut-être ? se moqua Harry, le poussant encore.

- Oui, ça doit être ça, oui !

Harry avançait sur Malefoy, sans doute pour l'acculer davantage, lorsque Peeves fit irruption dans la pièce, traversant le mur à côté de la porte.

- Oh, oh, oh, on dirait que vous ne m'avez pas attendu pour lancer les hostilités ! Qu'est-ce qui se passe, cette fois-ci ? Le p'tit dingo est encore sur les nerfs ? Le fissounet à son papa encore en train de pleurnicher ?

- Va-t'en, répondit sèchement Harry.

- Votre professeur m'a confié une mission, chers amis ! caqueta-t-il en virevoltant près d'eux. Une mission absolument fan-tas-tique !

- Rendre cette soirée encore plus douloureuse ? soupira Drago.

S'élevant plus haut vers le plafond, il se tourna vers eux affichant une moue boudeuse digne de celle de Mimi Geignarde. Drago en eut d'ailleurs la nausée.

- Alors comme ça, on est punis ? Bouhou, bouhou…, geignit-il, le regard cruel. Le soir d'Halloween, comme c'est triste… Heureusement que je suis là pour vous tenir compagnie ! Que diriez-vous d'une petite chanson ?

- Pitié… Serrant les dents, Malefoy tenta de se remettre au travail, même s'il dut d'abord nettoyer son chaudron de ses morceaux de pêche desséchés.

Peeves, redescendant en flèche sur eux, se mit aussitôt à chantonner des absurdités sur leurs noms de famille respectifs, les faisant rimer avec tout un tas de grossièretés.

- Premier tome, maugréa Drago, et Harry alla chercher le livre.

Peeves se faufilait entre eux, d'un côté puis de l'autre, enchaînant gaiement les couplets improvisés de sa chanson.

Pottèr, Pottèr, mais quelle est cette colère ?

Quand Malefoi est près d'toi, c'est toujours la guerre !

Est-ce une bataille capillaire ? Ou bien une garçonnière ? Aha !

Harry et Drago tâchaient de rester concentrés. Ils avaient déjà pris du retard et, si l'arrivée de Peeves avait interrompu ce nouveau conflit entre eux, Harry éprouvait maintenant une forme d'empressement à terminer les quatre potions dans les temps, refusant catégoriquement de passer une seule minute de plus dans cette salle, en si mauvaise compagnie. En plus, il commençait à avoir faim. Le festin d'Halloween commencerait officiellement dans une demi-heure, et il allait tout rater.

Peeves sautillait dans les airs, zigzaguant autour d'eux, tant qu'ils en eurent très rapidement le tournis. Malgré cela, Drago parvint à reprendre correctement le cours de son philtre de Confusion, désormais occupé à mijoter, et Harry, pour sa part, eut fini sa – simple – potion d'Amnésie avant vingt-heures ! Peeves les félicita à coup d'applaudissements tonitruants et de cris suraigus, les emmêlant brusquement de long serpentins orange et repartant de plus belle dans son habituelle euphorie.

C'est la fête, c'est la fête !

Avec des déséquilibrés, c'est chouette !

Harry sentait son sang trembler dans ses veines. Cette espèce de bruit de fond constant l'insupportait. Il détestait Peeves. En fait, il détestait tout ce qui se trouvait dans cette pièce. C'était comme s'il avait été envoyé en enfer. C'était même presque pire que ses cauchemars.

- Bien, il nous reste la potion de régénération sanguine…

Dans le troisième tome de l'encyclopédie des potions, Malefoy lisait d'un air attentif et concentré. Pour le coup, Harry devait bien admettre qu'il était heureux de se retrouver en corvée de potions avec quelqu'un qui savait y faire. Il ne l'aurait jamais avoué au principal concerné, ça allait de soi, mais il fallait bien dire que Malefoy était rapide. Il avait préparé le philtre de Confusion en double quantité pour avoir de quoi remplir les deux fioles entières. Harry n'aurait jamais pu le faire sans se retrouver à la fin avec un mélange mal équilibré et de toute façon inefficace… Il était déjà incapable d'avoir un bon résultat en respectant strictement les doses indiquées pour un seul philtre !

- Il va falloir s'y mettre à deux.

- Tiens, je croyais que tu ne voulais pas travailler avec moi ? rappela Harry, rancunier.

- Je ne le veux toujours pas, répliqua aussitôt Malefoy. Mais il n'est pas question que tu restes là à rien faire pendant que je me tue à la tâche. Déjà que tu n'es pas très utile alors que tu es le premier fautif de ces trois satanées heures de retenue…

Harry soupira. Ce n'était pas faux. Apparemment, Malefoy était rancunier, lui-aussi. Harry aurait aimé lui donner tort, prendre les devants, être meilleur que lui. Mais en baissant les yeux vers la page consacrée à la potion de régénération sanguine, il se rendit compte qu'il ne savait pas ce qu'étaient la moitié des ingrédients. Tout ce à quoi il pensait, c'était Arthur Weasley, l'agression dont il avait été victime l'année précédente, et le nombre de fois où on avait dû lui prescrire une potion de régénération sanguine pendant sa convalescence.

Il chassa rapidement ces souvenirs de son esprit, replongeant pour la première fois volontiers dans l'océan. Pourquoi diable n'avait-il pas pris son manuel de potions avec lui ? Le Prince de Sang-Mêlé aurait su lui donner les bonnes astuces. Avec son aide, il aurait pu se montrer bien meilleur que Malefoy, bien meilleur que tous. Il l'avait déjà fait en classe. C'était d'ailleurs ce qui lui assurait sa place au Club de Slug, non ? Sans ce manuel, Harry redevenait complètement hermétique à l'art des potions. Sans doute traînait-il derrière lui trop d'années de traumatismes en compagnie de Rogue. Celle de Malefoy et de Peeves ne lui paraissait pas plus favorable à le faire progresser, cependant.

Malefoy était visiblement trop fatigué – ou concentré, ou les deux – pour se surprendre de ce silence inhabituel venant de Harry. Il poursuivait sa lecture, sa main gauche s'évertuant à enlever de ses épaules et de ses cheveux les serpentins emmêlés que Peeves continuait à lancer en chantant au-dessus d'eux.

- Tu vas t'occuper des ingrédients et moi, de la préparation, trancha-t-il, en apparence imperturbable. À l'intérieur pourtant, il bouillonnait. Cette colère était d'ailleurs la seule chose qui le faisait tenir debout. Sans elle, il le sentait, ses os ramollis l'auraient laissé tomber au sol et dormir à même le carrelage.

Les yeux toujours baissés de Harry dévièrent sur les doigts de Drago tenant le bord souple de la page, puis sur son poignet et le bord de sa chemise retroussé. Pourquoi n'avait-il pas remonté ses manches ? Avait-il bien quelque chose à cacher ? Ça ne pouvait qu'être la Marque des Ténèbres. Il n'avait aucune raison de cacher l'autre, celle qu'ils partageaient.

Harry fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il éprouvait, en ce moment ? Le cœur battait-il de la même façon dans l'un et l'autre bras ? Est-ce que Malefoy éprouvait seulement quelque chose ? Soudainement, Harry se sentit angoissé à l'idée que, peut-être, il était le seul des deux à subir ces effets. Est-ce que cela aurait voulu dire qu'il était un peu plus lié que l'autre ?

Brusquement, la main de Drago se souleva devant ses yeux. Malefoy claqua des doigts.

- Oh, Potter ? S'il faut que j'attende que tu redescendes de ton piédestal, autant fêter Noël directement.

- Oh mais oui ! s'interrompit Peeves dans son insupportable chansonnette qui répétait en boucle les mêmes aberrations. Vive Noël, vive Noël ! Avec des fous à la pelle !

Il se remit à virevolter avec entrain, lançant partout des serpentins rouges et des épines de sapin.

- Désolé, se reprit Harry. Je fais quoi ?

Malefoy cligna lentement des yeux, rassemblant ses forces pour rester maître de ses émotions. Il montra d'un geste du bras le chariot encore chargé d'ingrédients et de quelques ustensiles.

- Les ingrédients. Je te dirai à chaque fois quoi prendre et comment le couper ou l'extraire, compris ? Tu as intérêt à rester concentré parce que je ne répéterai rien, et pas question non plus de rater ma potion à cause de ton mauvais travail de commis.

Malefoy était donc mille fois pire que Hermione.

- Pourquoi on ne fait pas l'inverse ? demanda rudement Harry, qui avait décidément beaucoup de mal à accepter de seconder Malefoy, même pour un bête travail de potions.

Malefoy se fendit d'un rire qui n'avait rien de naturel, mais qui suffit largement comme réponse. Excédé, Harry retourna jusqu'au chariot où il se libéra un petit espace de travail parmi les livres et les ustensiles inutiles. Ravalant le nœud de sa rancune, il fit de son mieux pour rester concentré et obéir aux instructions de Malefoy, même si le résultat ne trouva jamais grâce à ses yeux. Harry le soupçonnait sérieusement de profiter de la situation. Plusieurs fois, ils ne purent s'empêcher d'échanger quelques amicales considérations, l'un appuyant sur la médiocrité du travail de l'autre, l'autre reprenant ses termes en minaudant pour s'en moquer. Au moins, il y avait un peu plus de distance physique entre eux même si, en regard de la marque, Harry ne savait vraiment plus si c'était là une bonne chose ou non – et la réponse le terrifiait d'avance.

Pottèr et Malfoi

Mélangez moi-ça

Colère et mauvaise foi

PAF ! Ça fait du pipi de chat !

Dans l'ensemble cependant, ils furent productifs et appliqués, si bien qu'à vingt-et-une heures passées de vingt-deux minutes, ils eurent enfin terminé. Harry mourait de faim et ne savait encore qui, de son estomac ou de sa fatigue, allait gagner le monopole des dernières heures de cette journée. Drago reboutonna les bords de sa chemise, toujours aussi impeccable, et nettoya d'un coup de baguette les ustensiles utilisés. Harry baillait près de la porte.

- Ca y est ?

Malefoy le rejoignit après avoir aussi fait disparaître tous les serpentins et épines de sapin traînant de ci, de là autour de la table et du chariot, s'étant accrochés à sa robe, à ses cheveux, à sa nuque. Harry était plein de sapin mais n'en avait cure. Il avait seulement faim.

- Est-ce que tu ranges, parfois ? Est-ce que tu te ranges, Potter ? demanda Malefoy une fois à sa hauteur, irrité par son flegme. Sa baguette toujours en main, il lui lança un sort de nettoyage qui lui fit l'effet d'un coup de vent. Plus d'épines nulle part, mais toutes les mèches de ses cheveux dressées sur son crâne.

Malefoy pouffa et ouvrit enfin la porte. Tenta d'ouvrir enfin la porte.

- A quoi tu joues, Malefoy ? demanda Harry en s'efforçant de plaquer ses cheveux sur sa tête.

- La porte est bloquée, abruti, répondit Drago en insistant autant de fois qu'il le put sur la poignée qui s'enclenchait dans le vide.

- Oh, oh, oh ! Alors vous êtes coincés ici ! Pour toujours ! Aha !

Harry se sentit défaillir. Non. Impossible.

- Laisse-moi faire, dit-il à Malefoy.

La porte était bien bloquée. Comment ? Par quoi, par qui ? Pourquoi !? Pourquoi encore lui !?

Pottèr et Malfoi

Bloqués toute la nuit

P'têt bien qu'y vont dev'nir amis

Ou p'têt bien qu'y vont s'entretuer à minuit ! Youpie !

- Avec moi, les amis ! Pottèr et Malfoi…

Harry détestait Halloween, définitivement.


...


Bonsoir, lecteurs !

Ça fait un bail, pas vrai ? Je sais pas vous mais moi, vous m'avez manqué. Si vous êtes toujours là, merci du fond du cœur pour votre patience. J'espère que ce chapitre, qui s'est tant fait attendre (et qui est aussi un peu plus long que d'habitude, d'ailleurs), saura vous satisfaire ! Personnellement, j'ai bien ri en l'écrivant, et surtout bien renoué avec mes petits Drago et Harry !

Prochain chapitre dimanche 15.11 (allez, on s'y remet à donf, là !).

Merci à Oohfemmeluxieuse pour sa (ses ? Je ne sais plus auxquelles j'ai répondu, ça date, snif !) review. Oui, c'est tendu entre Harry et Hermione... C'est tendu entre Harry et tout le monde, à vrai dire, il est sur les nerfs le petit ! Mais à vrai dire, je crois que je le serais aussi à sa place, pas toi ?

Farronlf, merci de m'avoir (re)boostée, soutenue, encouragée, écoutée, conseillée, relue et corrigée.

Et merci aux anonymes s'il y en a, ainsi qu'aux petits nouveaux qui nous rejoignent et qui découvriront directement la version 2.0 de cette fiction (quels petits veinards) !

A très vite (promis), xoxo.