Disclaimer: les univers de cette fanfic appartiennent au Professeur Tolkien et à Monsieur Paolini


Dès que Saphira se fut posée en marge de Linhir, Eragon sauta à terre et aida les trois humains à descendre.

"Je ne sais pas qui vous êtes, ni d'où vous venez, déclara Herion, mais vous avez sauvé la vie de mon père, et le prince Eldarion a l'air d'avoir confiance en vous.

-Je ne sais pas non plus où mon équipée et moi avons atterri, reprit le dragonnier, mais Saphira et moi n'avons pas pour habitude de laisser d'honnêtes gens mourir. Par contre, si vous parlez de Saphira aux habitants de Linhir, il est fort possible que nous soyons bientôt chassés du Gondor, et que nous ne parvenions pas à vous aider davantage.

-On gardera le secret, je vous le promets.

-Bien. Vous avez besoin d'aide pour l'accompagner jusqu'aux murs?

-Non, non. Vous en avez déjà beaucoup fait. Je vous remercie, du fond du coeur."

Eragon et Saphira regardèrent Herion et sa famille parvenir aux portes de la ville, puis la dragonne s'envola de nouveau.

"Que penses-tu de tout cela, petit homme? s'enquit-elle en s'élevant dans les airs.

-Tout cela ne me dit rien qui vaille, Saphira. Ces orcs ne nous ont pas rencontrés par hasard; ils pourchassaient Eldarion et ses hommes. Si nous n'avions pas été là...

-Nous avons sauvé la vie d'un prince. J'espère que cela comptera comme un bonus quand nous plaiderons notre cause.

-Je le pense, oui. Mais il y a autre chose. Ils ont été prévenus qu'Eldarion quittait Dol Amroth.

-Il y a donc un espion là-bas.

-Oui. Mais on peut éliminer la famille princière; la personne qui les a trahis n'était pas au courant que tu te trouvais avec nous.

-Cela pourrait être tout le monde, dans ce cas. Le départ d'un prince fait du bruit, et il est préparé plusieurs jours à l'avance.

-Ce qui élargit encore plus la liste des suspects."

Eragon laissa échapper un profond soupir.

"Et Eldarion a pris dans ses propres réserves pour combattre l'infection du vieillard. Je l'ai vu; il a agi dans la précipitation, sans mobiliser l'énergie de son bijou.

-Peut-être qu'il n'a plus d'énergie dans son bijou.

-Possible. Mais cela voudrait dire qu'il l'aurait dépensée dans les derniers jours, ce que je trouve douteux. Les efforts dispensés jusque là étaient de loin surmontables, surtout pour un demi-elfe. Soit il nous a menti, soit il nous a caché quelque chose. Dans tous les cas, il est affaibli; je ne pense pas qu'il avait prévu cette suite d'événements."


Echorost était encore pire que Minas Brethil, songea Eldarion en inspectant les environs du regard. Aucun survivant n'était à signaler dans ce village, et les orcs avaient pris leur temps afin de bien mettre en scène leurs crimes, des têtes exposées sur le mur d'enceinte au tas de cadavres pourrissants rassemblés sur ce qui était la seule place publique.

"Toujours rien! cria plus loin Ondoher en sortant des ruines d'une habitation.

-Il n'y a plus personne, confirma Lupusänghren. Plus de consciences. Plus de vie. Ni ici, ni aux alentours. Je perçois seulement des animaux, au loin, mais pas d'orcs.

-C'est au moins cela de gagné, souffla le demi-elfe. Ils ont été pris au dépourvu à Minas Brethil en recevant la nouvelle de notre départ, mais ils ont eu le temps de mettre en scène leur attaque ici.

-Ils font toujours ainsi?

-Toujours. Leur but est d'insuffler la peur dans nos esprits avant de nous combattre. Cela nous affaiblit et les rassure. Pendant la bataille des Champs du Pelennor, il y a vingt-huit ans, ils ont catapultés les têtes coupées de soldats gondoriens sur Minas Tirith avant de l'assiéger. Mais quand les Rohirrim sont arrivés et que toute la cavalerie chargé comme un seul homme, leurs premières lignes se sont brisées avant même que les deux forces n'entrent en contact.

-Ce sont des monstres, mais aussi des lâches, précisa Aravir. C'est toujours bon à savoir, ça.

-Depuis la fin de la guerre, ils n'attaquent jamais en sous-nombre, reprit Eldarion. Jamais. C'est pour cela que je crains un accroissement phénoménal de leur population. Et en plus, ils sont aidés par des humains, ce qui est totalement nouveau.

-Croyez-vous qu'il puisse s'agir des princes de Dol Amroth?

-Non, j'en suis sûr. Leur famille a toujours été fidèle à la mienne. Le prince Imrahil est venu en personne avec ses soldats devant Minas Tirith et a été le premier des grands du Gondor à prêter allégeance à mon père. De plus, les orcs que nous avons combattu ne semblaient pas au courant de l'existence de Saphira. Mais leur soutien se trouve dans les hautes classes. Il fallait que celui qui a prévenu les orcs trouve un messager et ait accès à des chevaux. Un riche marchand, ou un noble. Je ne connais pas tous les vassaux des princes Imrahil et Elphir. Le Belfalas est une principauté vassale du Gondor. Il n'entre pas dans son domaine royal.

-Votre père a été choisi par les grands du Gondor? s'étonna Lupusänghren.

-Je ne dirais pas cela... Mon père était le seul héritier du Royaume du Gondor. Entre l'extinction de la branche principale et sa venue au pouvoir en tant que roi, les Intendants prenaient en charge cette prérogative. Beaucoup de nobles attendaient le retour d'un roi, mais d'autres préféraient la tutelle des Intendants. Et comme les grands du Gondor sont très puissants, il est vital d'avoir leur soutien. Vous possédez une monarchie élective?

-Une monarchie élective, oui. A la mort d'un souverain, où lorsqu'il décide de laisser sa fonction, les grandes famille du Du Weldenvarden se rassemblent pour choisir lequel de leurs membres est le plus apte à régner. Ce ne sont pas des élections à proprement parler, comme j'en ai entendu parler au sein de communautés humaines, mais de longues discussions, parfois intenses et profondes. Mais elles ont toujours abouti à un choix éclairé et unanime. La courtoisie est essentielle pour des êtres qui peuvent vivre pendant des milliers d'années. Et nous ne pourrions pas nous permettre de troubles internes. Mais après que le roi ou la reine ait été choisie, personne ne revient plus sur sa façon de gouverner, sauf si il ou elle se montre tyrannique, bien entendu. Mais ce n'est jamais arrivé.

-Je comprends. C'est...

-... de la même façon que procèdent les nains, mais avec beaucoup plus de guerres civiles et troubles sanglants.

-Je l'ignorais. J'allais dire que c'était rare chez nous, mais maintenant que vous le mentionnez, certains royaumes nains fonctionnent à peu près de la même manière en Terre du Milieu également.

-Nos deux mondes se ressemblent beaucoup.

-En effet. Il faudrait rechercher leurs origines; dès que la situation se sera calmée, je demanderai l'accès à la bibliothèque d'Imladris. Mais pour l'heure, il nous faut vite partir. Eragon et Saphira devraient bientôt arriver à notre point de rendez-vous, et je ne veux pas les faire attendre sur une route aussi dangereuse."


Eragon aperçut le groupe de voyageurs un jour après son départ, vers midi, en remontant la route. Après s'être posé, il demanda des nouvelles.

"Aucun survivant, l'informa Eldarion. Ils ont pris soin d'organiser leur massacre, cependant.

-Les orcs ont donc été pris de court à Minas Brethil.

-C'est ce que nous pensons.

-Avec Saphira, nous avons réfléchi aux potentiels traîtres, et nous avons écarté les princes de Dol Amroth.

-Nous en sommes arrivés à la même conclusion. Comme je le disais au seigneur Lupusänghren, le prince Imrahil et son fils le prince Elphir nous sont loyaux depuis le début, et d'une intégrité sans faille. Ils n'emploieraient jamais ces bas moyens. Mais celui qui a fait le coup est assurément quelqu'un qui a accès à un cheval rapide et à des moyens pour engager un messager.

-Cela ressert notre champ de recherche.

-Pas assez, je le crains. Les villes portuaires sont largement pourvues de gens fortunés, et les bruits de la rue sont des informateurs très efficaces. Parvenir le plus vite possible à Pelargir pour prévenir les autorités reste la meilleure chose à faire pour l'instant."

Eragon approuva ses dires, et après qu'il soit remonté à cheval et que Saphira ait pris de l'altitude, la troupe força l'allure. Pendant le reste de la journée, le dragonnier ne put s'empêcher de remarquer les traits tirés du prince. Quand ils eurent établi le camp pour la nuit, il profita de l'absence des soldats pour lui avouer:

"J'ai remarqué que vous n'avez pas utilisé les réserves d'énergie de votre bijou pour soigner le vieil homme. Avec tout le respect que je vous dois, vous agissez imprudemment. Vous avez sacrifié une énergie précieuse.

-Undòmiel ne possède plus d'énergie. La pierre est vide."

Il détacha son pendentif et expliqua au dragonnier étonné:

"Voyez, les diamants sont attachés à un support en mithril, qui forme lui-même un médaillon sans les pierres précieuses. Le mithril est le métal le plus pur et le plus solide que l'on puisse trouver en Terre du Milieu; c'est un excellent matériau pour les cottes de maille et les armures, mais aussi un excellent conducteur de magie. Ce bijou est lié de manière magique à ma mère; si il lui arrivait quelque chose, je le sentirais, de même que s'il m'arrivait quelque chose, elle le sentirait. Mais avant que je ne parte pour l'Arnor, à mes dix-huit ans, elle y a ajouté un sort de protection.

-Et le sort se sert de l'énergie contenue dans le diamant pour fonctionner.

-Exactement. Quand nous étions dans le Dor en Ernil, la nuit suivant l'attaque, le médaillon a commencé à puiser de l'énergie pour contrer un sort. Une grosse quantité d'énergie. Et depuis cette nuit, mon médaillon chauffe par à coups. Mais Undòmiel n'a plus d'énergie, et elle prend sur mon énergie pour me protéger. Jusque là, je pensais que ma mère essayait de me visualiser, mais heureusement, je n'ai pas voulu écarter le sort par prudence.

-Vous croyez qu'il s'agit du traître de Dol Amroth?

-Je l'ignore. Je doute que les nobles de Dol Amroth aient accès aussi facilement à la magie, mais je ne connais pas celui qui a voulu me visualiser. C'est pour cela que je veux arriver à Pelargir le plus tôt possible. Là-bas, la population est assez dense pour que je puisse recharger Undòmiel sans que personne ne remarque même sa fatigue.

-En attendant, je vais vous prêter un peu d'énergie.

-Vous n'êtes pas obligé.

-Non, mais je ne voudrais pas que vous vous fassiez tuer par un orc à cause de votre épuisement. Ce serait très imprudent de ma part, en sachant que j'investis tout en vous."

Eldarion le regarda un instant, indéchiffrable, puis rit doucement en voyant son expression ironique.

"Plus sérieusement, reprit Eragon, pourquoi ne m'avez vous pas demandé de l'aide à Minas Brethil? J'aurais pu vous laisser vous servir d'une pierre.

-Je vous en demandais déjà assez.

-J'aurais pu en parler aux elfes, ils..."

Il s'interrompit en voyant Eldarion serrer les lèvres.

"Le seigneur Lupusänghren fait tout ce qu'il peut pour apaiser les tensions, je lui en suis reconnaissant, mais vos amis restent assez hostiles à notre égard. Et je me dois de considérer que dépenser autant d'énergie pour un homme condamné à mourir dans quelques années ne les enchante pas."

Eragon resta silencieux, rendu sceptique lui aussi par cette observation. Le demi-elfe crut un instant l'avoir offensé.

"Veuillez me pardonner, je me suis montré irrespectueux. C'est juste que... sur le peu d'elfes avec qui j'ai eu à collaborer en tant que guérisseur, plusieurs m'ont fait comprendre que je ne devais pas m'épuiser en vain. Mais je n'ai en aucun cas le droit de faire de mon expérience une généralité.

-Vous n'avez pas à vous excuser. J'ai aussi rencontré des elfes avec des réactions semblables, et je dois avouer que certains de mes compagnons n'ont que très peu essayé de manifester le légendaire courtoisie envers vous. Si vous demandez de l'aide à Lupusänghren, cependant, il vous aidera. Il est le plus conscient de l'enjeu que représente notre bonne entente, et il se dévouera pour faire aboutir notre mission.

-Je vous remercie, Eragon. Vous et vos compagnons nous avez été d'une aide vitale depuis Dol Amroth.

-Vous nous empêchez de nous faire lapider depuis Dol Amroth. La dette est nulle."

Eldarion sourit encore, puis changea de sujet:

"Nous devrions nous reposer. Il nous reste deux jours de route jusque Pelargir, et la suite ne sera pas moins fatigante.

-Entendu. Mais d'abord..."

Le dragonnier défit la ceinture de Beloth le Sage et la tendit à son compagnon de voyage.

"La pierre. Vous n'y échapperez pas."