Chapitre 11
Cela faisait maintenant trois jours que l'équipage de l'Aurora Execution naviguait sur les eaux, ils n'avaient pas rencontré de problèmes majeurs jusqu'ici. Il y avait eu quelques combats contre des monstres marins mais rien de bien compliqué. Milo regardait les vagues s'échouer sur la coque du bateau, pensive. Elle se faisait du souci à propos de cette histoire de projet de machine volante mais elle devait garder la foi, Aphrodite se chargeait du renseignement, cela leur fera gagner du temps. Ils devraient bientôt arriver sur les terres de l'ouest, elle se sentit soudain un peu nostalgique : elle avait déjà eu l'occasion de visiter le royaume terrestre des Homme-bêtes et s'était liée d'amitié avec ses dirigeants. Les paysages y étaient variés, il y avait de grandes plaines étendues au sud, là où vivaient les tribus équines et bovines, la savane et le désert au centre, territoire des félins et des montagnes arborées au nord, ancien lieu où vivaient les peuples oiseaux.
Milo s'entendait très bien avec Aiolia le roi de la tribu féline et Mû souverain du peuple des Hommes-Béliers, elle était aussi en bon terme avec Aiolos le chef des équidés et Aldébaran celui des bovidés. Une ombre voila tout à coup son regard, elle se remémora ce que l'on lui avait raconté : il y a quelques mois de cela, bien avant sa séquestration chez Misty, il y avait eu une attaque d'une armée royale humaine sur les terres des Homme-Bêtes. Toutes les tribus, mis à part les oiseaux, avaient contribué pour repousser l'invasion. Les clans célestes n'y avaient pas pris part car les hérons étaient trop fragiles pour participer à une bataille, quant aux aigles et corbeaux : la plupart ne se sentaient pas concernés par ce conflit, ils avaient décidé de laisser leurs congénères terrestres se débrouiller. La reine voulait les aider mais elle était contrainte de rester au palais et à remplir ses devoirs, cela ne l'empêcha pas néanmoins de s'inquiéter pour ses amis. Les combats prirent fin au bout d'un mois de lutte acharnée, elle fut dévastée quand elle apprit qu'Aiolia et Mû étaient portés disparus. Le roi des lions donna finalement signe de vie un mois après cette bataille : il avait été retrouver blessé dans un lieu reculé au nord dans la région montagneuse et forestière. Il fut recueilli et soigné par Shura, un Homme-chèvre qui vivait seul en ces lieux. Aiolia eut le temps de faire sa connaissance durant sa convalescence, il tomba vite amoureux de cet être strict et taciturne mais pourtant doux et tendre quand on apprenait à le connaître et le côtoyer. Il s'avéra que ses sentiments étaient réciproques, il l'avait convaincu de le suivre jusqu'à son royaume, une fois de retour le roi l'épousa, Shura devint ainsi le consort royal et le second dirigeant. Quant à Mû... il demeura introuvable... mais Milo gardait espoir, elle était persuadée qu'il était encore en vie.
Camus la regarda de loin, il ignorait ce à quoi elle pensait mais il voyait bien qu'elle avait l'air inquiète, c'était sûrement à cause de ces dernières rumeurs. Le pirate aurait aimé la réconforter mais il n'avait pas pour habitude de le faire, il se sentait incapable de trouver les mots justes. Il laisserait Orphée s'en occuper, lui au moins saurait quoi faire. Même s'il ne le montrait pas, Camus vraiment souciait d'elle. Décidément... cette femme lui faisait ressentir des émotions dont il se croyait dépourvu. Pour peu il ne se reconnaitrait pas lui-même. Mis à part cela, le capitaine espérait trouver des indices au sujet des armes de la légende sur les terres de l'ouest, après tout, c'étaient là-bas qu'elles avaient été forgées.
Après plusieurs heures de navigation, ils cotèrent enfin sur les rivages de l'ouest. Ils étaient arrivés dans le sud, les plaines verdoyantes paraissaient s'étendre à l'infini comme la mer. Le capitaine décida de laisser quelques hommes surveiller le navire, ils en auraient pour deux semaines d'exploration tout au plus. Milo déploya ses grandes ailes noires et s'envola vers le nord, de là-haut elle saurait mieux s'orienter et guider les pirates. Ils la suivirent ainsi jusqu'au coucher du soleil où ils établirent un camp, les peuples bestiaux vivaient dans des lieux plus reculés. Après le dîner, l'équipage alla se coucher, sauf Orphée qui comme tous les soirs jouait un air accompagné au chant par la reine pour les aider à s'endormir. Lorsqu'ils achevèrent leur concert, Milo aperçut le capitaine légèrement éloigné du camp assis sur un rocher, elle souhaita au lyrode une bonne soirée avant de se diriger vers le roux. Camus était en train d'observer la voûte céleste, cette nuit là le ciel était dégagé et parsemé d'étoiles. Il fut sorti de sa contemplation quand il sentit une présence près de lui : c'était Milo qui s'installa à ses côtés.
« _ Bonsoir Camus, que faisais-tu ici tout seul ? Demanda-t-elle.
_ J'observais le firmament. Ce soir, il y a pas mal de chose à voir dans le ciel.
_ Qu'y a-t-il à contempler ? Je ne vois que des points qui scintillent, ce qu'on appelle plus couramment des étoiles. Cependant, je ne vois pas l'intérêt de s'émerveiller devant cela.
_ Oui, on voit principalement des étoiles mais si l'on regarde bien : on peut relier certaines entre elles et voir des formes spécifiques, on appelle cela des constellations.
_ Des formes dans le ciel ? Des constellations ? Nous ne connaissons rien de cela, pour nous les Homme-bêtes, ce ne sont que d'innombrables points qui apparaissent dans la nuit.
_ C'est l'une des différences entre nos deux peuples : les humains ont pris l'habitude d'observer, nommer et classer tout ce les entoure, et leur curiosité les poussent à chercher toujours plus loin que ce qu'ils voient.
_ Hmpf... à t'entendre on dirait que mon peuple est inculte ! Eh bien, je t'écoute : apprends-moi ta science humaine !
_ Ne le prends pas mal, je n'ai fait qu'énoncer un fait. En observant le ciel, les Hommes ont pu s'orienter grâce aux étoiles. Vois-tu cet astre qui scintille plus intensément que les autres ? C'est l'Étoile polaire : elle indique la direction du nord, c'est pratique lorsque l'on n'a pas de boussole. Et si l'on relie les étoiles les plus proches de cette dernière... on obtient la constellation de la petite ourse.
_ La petite ourse ? C'est censé représenter un ours ? Je ne vois rien de tel.
_ Il faut un peu d'imagination pour le voir... mais je te l'accorde : je ne trouve pas non plus que cela ressemble à un ours mais c'est ainsi que les anciens l'ont nommé. Prenons un autre exemple, regarde par ici, il y a un autre corps céleste qui se démarque des autres : l'étoile se nomme Deneb. Observe attentivement cet amas d'étoiles, tu verras qu'elles forment une croix mais avec un peu de fantaisie, on peut voir une queue, de grandes ailes et un long cou : le corps d'un cygne.
_ Oh tu as raison, je visualise bien un cygne dans le ciel. C'est une jolie façon de voir les choses. Tu t'y connais bien dans ce domaine.
_ Tout bon marin se doit de connaître les bases en astronomie, comme je l'ai dit cela sert beaucoup dans la navigation et l'orientation dans l'espace.
_ Je constate en effet, dis-m'en plus sur le sujet, j'aime bien apprendre de nouvelles choses. »
Ils parlèrent ainsi jusqu'à tard dans la nuit, allongés sur l'herbe fraiche en observant la voûte stellaire. Milo nota que Camus avait l'air détendu et avait une certaine lueur dans son regard malgré son expression faciale neutre, il devait sûrement aimer les étoiles plus qu'il ne voulait lui faire croire. Au bout d'un moment, le capitaine s'aperçut que la femme-corbeau avait fini par sombrer dans les bras de morphée et arrêta donc la séance d'astronomie pour ce soir. Il la souleva sans la réveiller et la porta jusqu'à sa tente.
Le lendemain, ils reprirent la route après avoir défait le campement. Suite à de longues heures de marchent à travers les vastes étendues couleur jade, le groupe aperçut au loin des traces de civilisation, ils étaient presque arrivés. La reine leur fit signe de s'arrêter, il valait mieux qu'elle se rende dans un premier temps sur place seule, demander l'autorisation de faire rentrer des êtres humains dans le village. Elle s'envola donc dans sa direction et arriva là-bas en quelques battements d'aile. Les Homes-bêtes sur place furent surpris de voir un corbeau atterrir devant eux, la reine qui plus est, n'était-elle pas portée disparue depuis quelques semaines ? Milo se mit aussitôt à la recherche d'Aldébaran, les différents peuples cohabitaient ensembles en harmonie et en l'absence de leur seigneur, le peuple des Homme-Béliers était sous la protection de celui des bovidés. Les deux chefs étant de très bons amis, Aldébaran avait promis de veiller sur le clan des béliers s'il devait arriver malheur à Mû. La blonde finit par le trouver dans sa demeure, le taureau fut très étonné de la voir surgir chez lui mais se remit vite de sa surprise : si elle était là, cela voulait dire qu'elle s'en était sortie et que c'était une bonne nouvelle !
« _ Aldébaran ! S'écria-t-elle en accourant dans sa direction.
_ Milo ! Je suis content de te voir ! J'avais entendu dire que tu t'étais faite capturer mais tu as réussi à t'échapper apparemment, quel soulagement !
_ Oui je suis aussi heureuse de te revoir ! Il s'est passé tellement de choses, j'aimerais pouvoir tout te raconter mais le temps presse !
_ Que se passe-t-il ? Tu as l'air affolée, cela ne te ressemble pas. Te revoir me paraissait être un fait réjouissant mais au vu de ta mine, j'en déduis que tu n'apportes pas de bonnes nouvelles.
_ Je te promets de tout te dire mais il faut d'abord que tu autorises la présence de mes compagnons de route dans le village.
_ Tes compagnons ? Je ne vois pas pourquoi ils ne pourraient pas être les bienvenus. Dit-t-il confus.
_ Ces sont des humains. Avoua-t-elle de but en blanc.
_ Des humains ? Que font-ils en ta compagnie sur nos terres ?
_ Ce sont des personnes de confiance ! Il faut que tu me croies, nous voyageons ensembles dans un but bien précis, ce sont eux qui m'ont libéré du joug de cet horrible humain. S'il-te-plaît, ils ont besoin du savoir des Homme-béliers pour avancer dans leur quête, accorde-leur le droit de rester.
_ … Tu sais bien que la présence des humains n'est pas tolérée dans notre royaume… Néanmoins, tu as placé ta confiance en eux et j'ai foi en toi et en ton jugement. De plus avec ta capacité à lire dans le cœur des autres, rassure et accorde considérablement du crédit dans ta perception des choses. Alors j'autorise ces humains à venir dans notre village, ceci dit… je ne peux pas te garantir qu'ils seront bien accueillis.
_ Merci de ta compréhension Aldébaran. Le remercia-t-elle allégée.
_ Reviens ici quand tu les auras escortés, j'ai une surprise pour toi et elle te plaira.
_ Vraiment ? Très bien, je vais faire au plus vite alors ! »
Sur ces mots, elle sortit puis se transforma directement et prit son envol. Il ne lui fallut que quelques minutes pour rejoindre l'équipage et leur donner le feu vert pour avancer jusqu'au hameau. En arrivant sur place, les pirates constatèrent que les habitants les regardaient avec méfiance et curiosité, n'osant s'approcher d'eux. En effet, les Homme-bêtes étaient aux aguets : les Hommes ne leur inspiraient pas du tout confiance, après tout ils n'avaient de cesse de les attaquer depuis plusieurs siècles. Cependant, la reine des corbeaux semblait totalement sereine en leur compagnie, ils pouvaient avoir confiance en elle et ses dons. Milo avait durement bataillé pour obtenir cette complicité avec les autres races, et faire évoluer leur opinion vis-à-vis des Homme-corbeaux. Quand le groupe pénétra dans la demeure du chef du clan, Aldébaran les attendait les bras croisés sans sourciller.
« _ Ainsi donc… vous êtes ceux qui ont délivré Milo des griffes du seigneur Misty. Vous ne m'avez pas l'air hostile, je dirais même que vous me paraissez corrects. En gage de mon amitié envers elle, je vous accorde le droit de séjourner dans notre village. Déclara-t-il solennellement.
_ Je vous en remercie seigneur Aldébaran. Me permettriez-vous de mener mon enquête auprès de vos sujets ?
_ Je n'y vois pas d'inconvénient mais c'est à quel sujet ?
_ J'aimerais questionner le peuple des Homme-béliers à propos des armes légendaires étant donné que ce sont leurs ancêtres qui les auraient forgées, peut-être pourront ils m'éclairer.
_ Hélas, je crains qu'ils ne puissent vous aiguiller car eux non plus ne savent pas grand-chose sur ces armes. Seul le descendant du héros Shion, Mû le dirigeant actuel du clan serait à même d'en connaître les secrets.
_ Malheureusement, Mû demeure toujours introuvable… Dit-elle désolée.
_ … Milo j'aimerais m'entretenir en privé avec toi.
_ Oui c'est vrai que nous devons parler.
_ Vous pouvez rester ici vous reposer, si vous le souhaitez. »
La blonde et le taureau quittèrent les lieux pour se diriger vers le jardin priver du maitre des lieux. C'était un endroit calme et discret, Aldébaran y faisait pousser des violettes.
« _ Alors qu'est-ce qui te préoccupe ?
_ J'ai voyagé avec cet équipage des semaines durant… j'ai pu constater qu'ils se battaient pour une noble cause et j'ai décidé de me joindre à eux. Et j'ai aussi pu voir que la plupart des hautes autorités, qui régissent dans leur royaume étaient des êtres corrompus et perfides. C'est dans le but de les renverser que ces Hommes œuvrent. Récemment… j'ai appris qu'un dirigeant malintentionné était en train de créer une machine qui leur permettrait de voler. J'ai le sentiment qu'une nouvelle guerre approche… et cela m'inquiète… je suis venue jusqu'ici pour te prévenir du danger.
_ Mmh… je vois, merci. Nous allons nous préparer au cas où cela arriverait. Tu peux compter sur moi pour te prêter main forte si tu as des problèmes.
_ Merci Aldébaran. Elle lui gratifia d'un sourire sincère.
_ D'ailleurs… à propos de Mû.
_ Oui ? Qu'y a-t-il ?
_ J'ai reçu un signe de vie de sa part.
_ Vraiment ?! Comment va-t-il ?! Est-il revenu ?! Je ne l'ai pas revu !
_ Calme-toi, apparemment il va bien et non il n'est toujours pas revenu. Tiens, regarde par toi-même. »
Il lui tendit un bout de papier. Elle reconnut de suite l'écriture de son ami, il était écrit : « Je vais bien, je suis actuellement chez le seigneur Shaka. Pardonne-moi, je ne peux pas encore rentrer. Ne t'en fais pas pour moi et s'il-te-plait veille sur tout le monde pour moi. ». C'était un message assez bref mais il était en vie ! C'était le plus important, et maintenant ils connaissaient même sa localisation ! Mais il dit ne pas pouvoir rentrer, pourquoi ? Il fallait qu'elle lui parle, c'était important mais où habitait ce seigneur Shaka ? Camus le savait sûrement ! Il fallait qu'ils aillent le voir ! Le taureau lui apprit que c'était un pigeon voyageur qui lui avait fait parvenir ce message et qu'il venait apparemment de l'est, donc du territoire des humains.
« _ Je ne l'ai encore dit à personne, je pense qu'il vaut mieux garder cela secret sinon ils vont tous vouloir partir à sa recherche et ce n'est pas ce que souhaite Mû. Crois-moi, cela me fend le cœur de ne pas pouvoir dire à Kiki que son grand frère est bel et bien vivant.
_ Oui le pauvre… J'ai de la peine pour lui et je comprends sa souffrance : ma famille n'a aussi aucune nouvelle de moi, j'aimerais aller les voir pour les rassurer mais le temps presse…
_ Mmh… je comprends… mais de toute manière tu devras à un moment donné retourner là-haut pour les prévenir aussi.
_ Oui, jusque là j'espère que tout ira bien pour eux.
_ Espérons-le, d'ailleurs avant de repartir pour le royaume de l'est, tu devrais aller voir Aiolia. Il serait content de te savoir en vie, Aiolos est un ce moment chez lui aussi par la même occasion.
_ Je comptais faire ce détour pour les avertir aussi, très bien je ferai d'une pierre deux coup. Merci encore pour tout. »
Ils reprirent la route le lendemain vers le nord-ouest, en direction du désert et de la savane.
