Et bonjouuur ! Bonne année 2021 à tou-te-s, j'espère que vos fêtes de fin d'année se sont bien passées et que cette année vous gâtera plus que la précédente x3 En tout cas, ravie de vous retrouver aujourd'hui pour un nouveau chapitre !

Pour ce chapitre-ci... Bon. C'était censé être un chapitre calme, et puiiiis l'inspiration a débarqué sans me prévenir et... le chapitre est devenu un beau bébé de plus de 8k. MAIS il y a une scène qui devrait vous plaire, donc... vous verrez bien owo

Malheureusement pour Touya, c'est le retour des traditionnels TW PTSD, mention de suicide, toussa toussa. Mais promis, ça s'arrange ! (j'ai l'impression de dire ça à chaque chapitre mais euh promis c'est vrai). Encore merci à mon cher Blue Aaren pour la bêta express, et un gros bisous aux zami.e.s du Discord pour la réf' au pocky xD Je vous souhaite une bonne lecture !

Réponse aux guest :
Nino : Hey Nino ! Ravie de voir que tu es toujours aux rendez-vous x3 Merci beaucoup pour ta review ! Si les rapprochements entre Hawks et Touya te plaisent, le chapitre d'aujourd'hui devrait te faire plaisir owo Encore merci pour ta review !

Guest : Heeey, merci beaucoup pour ta review ! J'espère que le chapitre d'aujourd'hui te plaira tout autant ^^

Les personnages de My Hero Academia appartiennent à Kohei Horikoshi, mais l'histoire, elle, m'appartient.


Chapitre 12 – Le voyage


6 août, sur le parking de la station balnéaire d'Ishigaki :

Alors que le soleil projetait ses premiers rayons sur le parking, les paupières de Touya se fermèrent l'espace d'un instant. Pas loin de lui, la colonie faisait déjà un boucan digne d'une classe de maternelle ; putain, il n'était même pas encore sept heures du matin, et ces gamins gigottaient déjà dans tous les sens. Il comprenait que les adultes aient accepté de les expédier pendant deux jours ; durant leurs absences, ils pourraient profiter du calme et du silence pour se détendre. Trois notions dont Touya ignorait le sens.

Il avait terriblement mal dormi, en plus. Le fantôme de Tenko avait décidé de lui rendre visite et il avait encore du mal à se remettre de la façon dont il était sorti de son sommeil, en sursaut et en sueur. Et puis il s'était réveillé tellement tôt. Hawks ne lui avait pas menti, il s'était pointé à six heures et demie devant la porte de sa chambre pour s'assurer qu'il ne fût plus en train de dormir. Malheureusement pour lui, Touya n'était pas parvenu à se rendormir suite à son cauchemar ; par conséquent, il était tout simplement lessivé. Et accroupi devant l'immense autobus qui allait les conduire jusqu'au port, il sentait déjà la nausée lui tordre l'estomac. Entre son mal de la route, le trop plein d'énergie des adolescents et les deux… choses qui tournaient déjà autour de Hawks comme des vautours affamés, il n'était pas prêt de se reposer.

En parlant de Hawks, celui-ci semblait également être en grande forme. Il discutait avec Aizawa et une jeune fille qu'il avait déjà croisée lors de la soirée blanche ; elle devait sûrement l'aider à encadrer le voyage, nul doute que le chirurgien leur donnait également un coup de main. Tranquillement, le blond demandait aux enfants de faire moins de bruit, donnait des indications quant à leur trajet – une demi-heure de car puis vingt minutes de bateau – et rappelait les quelques consignes de sécurité à suivre. Un couple de vieux vacanciers demanda pourquoi ils devaient partir si tôt pour un trajet si court, ce à quoi Hawks répondit qu'ils mettraient à profit la moindre minute pour visiter la petite île de Taketomi. L'air enjoué sur son visage prouvait sa hâte de partir de la station, hâte que Touya aurait sûrement partagé s'il n'avait pas été aussi épuisé. À sa droite, Natsuo bailla à s'en décrocher la mâchoire ; au moins, il n'était pas le seul à manquer de sommeil.

Ils finirent par tous monter dans le bus. La colonie fonça directement vers l'arrière, et évidemment, ils se disputèrent les cinq places du fond. Natsuo et Aizawa s'assirent quelques rangs devant eux pour les surveiller. Le brun entendit le chirurgien dire à Natsuo à quel point il remerciait sa mère de veiller sur Hitoshi et Eri durant son absence, ce à quoi le futur infirmier répondit que venant d'elle, ce n'était absolument pas étonnant. Il n'entendit pas le reste de leur conversation.

Quant à lui, Touya s'avachit sur le premier siège, derrière la cabine du chauffeur. Il savait à quel point les transports de longue durée, au-delà de l'effrayer, lui retournaient l'estomac. Il se disait qu'en une demi-heure, il n'aurait certainement pas le temps de vomir ses tripes dans un virage trop serré, mais il préférait ne pas tenter le diable.

Lorsque Hawks pénétra l'intérieur du bus en dernier, Touya entendit une voix parfaitement insupportable le héler. Nerveusement, il ferma ses yeux et appuya sa tête contre la vitre sur sa gauche, parfaitement froide. Avec un peu d'espoir, le sommeil l'emporterait rapidement et il n'entendrait plus les vacancières indiquer au maître-nageur qu'il restait une place près d'elles. Qu'est-ce qu'on peut en avoir à foutre, putain. Il le pensa si fort qu'il faillit le grommeler dans sa barbe. Il avait froid, sommeil, et peur du trajet. Et au-delà de ça, il devait se farcir deux potiches qui tentaient de lui voler son seul ami ici - enfin, ami... il fallait rapidement le dire. Tout cela l'irritait, on lui en demandait déjà beaucoup trop pour une heure si matinale. S'il ne s'endormait pas d'ici les secondes qui venaient, il finirait par péter un câble.

Soudainement, il entendit la douce voix de Hawks mettre fin aux piaillements du poulailler.

« - Ne vous inquiétez pas pour moi mesdemoiselles ! » Même s'il ne pouvait le voir, Touya le savait en train de sourire de toutes ses dents. Cet idiot. « J'ai prévu de m'asseoir près de mon coéquipier. »

Frappé d'un soudain intérêt, Touya rouvrit ses yeux sans même le réaliser. Le temps qu'il tourne la tête, Hawks s'était déjà confortablement installé à sa droite et s'apprêtait à entamer ses mots croisés, le plus naturellement du monde. Il lui demanda même s'il voulait de ses pocky saveur choco-banane. Par peur d'être malade, Touya refusa et lui fit promettre de la mettre en veilleuse, sinon quoi il l'expédiait au fond du bus avec les autres. Hawks avait dû s'habituer à ses fausses menaces, car il lui rit au nez en lui rétorquant que si tel était son souhait, il pouvait très bien partir tout de suite. Lorsqu'il fit semblant d'abandonner son siège et que Touya le retint en l'attrapant par la taille, il en profita pour se foutre royalement de lui. De son côté, bien trop épuisé, le brun ne rajouta rien lorsque les railleries fusèrent. En revanche, il ne retint pas le sourire sincèrement heureux qui étira ses lèvres ; ces derniers temps, il avait de plus en plus de mal à ne pas sourire.

Mais la présence de Hawks avait beau le rassurer, cela ne suffisait malheureusement pas ; le car démarra finalement pour entamer son trajet vers le port. Dès qu'il prit le premier virage, Touya sentit la nausée lui monter au nez. Il inspira profondément et se rappuya contre la vitre, espérant que Tsukuyomi* vienne à son secours. Seulement, alors que son regard fatigué se concentrait sur la route qu'ils parcouraient, il réalisa que le bus essayait de dépasser un camion qui devait bien faire trois fois sa longueur. Et alors, Touya commença à paniquer.

Sa poitrine se compressa comme si quelqu'un était en train de serrer ses poumons jusqu'à les faire exploser. Respirer devint bien plus difficile, et l'espace d'un instant, il eut même envie d'appeler son frère au secours. Il s'empressa de se déconcentrer de l'autoroute pour porter son attention sur autre chose, mais ses mauvaises pensées l'envahirent bien plus rapidement qu'il ne l'aurait cru. Est-ce que le chauffeur pratiquait ce métier depuis longtemps, était-il une personne de confiance ? Et s'il avait bu avant de prendre le volant, et si le camion faisait un écart et les percutait de plein fouet ? Et si, et si, et si. Un vieux refrain qu'il détestait de tout son être.

Ses nausées s'intensifièrent lorsqu'il s'intéressa aux brûlures de son poignet. Il tremblait comme un fiévreux, à tel point qu'approcher ses doigts de ses vieilles blessures était une tâche complexe. Cela faisait plusieurs jours qu'il ne s'était plus blessé, et il se sentait comme le pire des déchets d'être à nouveau sur le point de craquer. Contre son bras, il remarqua celui de Hawks qui bidouillait un stylo tandis qu'il était très sérieusement concentré sur son magazine. Et soudainement, Touya fût pris d'un pénible doute ; et si, au lieu de prévenir Natsuo, il… Putain. Il inspira à fond, le manque d'oxygène lui brûlait les tympans et il avait l'impression que tenter de retrouver un rythme de respiration normal était peine perdue. Mais il refusait de se griffer à nouveau, il était sincère lorsqu'il disait vouloir s'en sortir. Alors… est-ce qu'il pouvait…

Avant que ses vieux démons ne puissent le convaincre de se taire et de se faire souffrir en silence, comme il l'avait toujours fait, sa main attrapa violemment l'avant-bras de Hawks, qui sursauta et manqua d'en faire tomber son cahier de mots croisés. Il dût lui lancer un regard étrange, du moins c'est ce que Touya se dit ; il n'eut pas le courage de le regarder en face, bien trop occupé à se concentrer sur sa respiration et à ne surtout pas dégueuler. Mais le futur éducateur sembla mesurer la situation, car en quelques secondes, il sortit une bouteille d'eau et s'en servit pour humidifier la serviette de plage qui se trouvait dans son sac. Il tapota le tissu froid contre le front de Touya, qui ne pouvait pas parler tant il haletait. Il priait en son for intérieur pour que personne ne remarque la situation de panique dans laquelle il se trouvait. Qu'Hawks puisse l'observer dans un de ses pires instants, c'était déjà largement suffisant.

« - Hé, Touya, essaye de te calmer. »

C'était la pire phrase à dire lorsqu'il faisait une crise d'angoisse, mais venant de Hawks, elle parvenait à le rassurer. Ses mains douces épongeaient la sueur dégoulinant de son front et caressaient tendrement ses cheveux.

« - Tout va bien. Tu n'es pas en danger. »

Lentement, Touya parvint à se calmer. Lorsqu'il put à nouveau respirer convenablement, sa tête s'écroula contre l'épaule de Hawks, et il ferma les yeux pour achever de s'apaiser. Pendant ce temps, celui-ci déroula sa serviette pour couvrir le corps encore bouleversé du brun. Ses mains abandonnèrent ses cheveux pour serrer avec force les doigts de Touya, de peur qu'il n'essaye de se blesser dans un nouvel instant de panique.

« - Si tu sens encore mal, préviens-moi et on gérera ça ensemble. J'appellerai Natsuo si ça ne va vraiment pas. Tu es d'accord ? »

Touya perçut difficilement sa voix, le sommeil commençant à doucement l'emporter ; c'était toujours ainsi, lorsqu'il faisait une crise d'angoisse. Il paniquait pendant de longues minutes et finissait par s'endormir. Mollement, il hocha la tête pour lui indiquer qu'il acceptait sa proposition. Hawks abandonna ses jeux pour lancer un film sur son téléphone, pendant que ses doigts caressaient les mains de Touya avec tendresse. Celui-ci soupira ; il lui devait vraiment une fière chandelle. Il n'aurait su décrire le sentiment qui le traversa lorsqu'il réalisa qu'il lui avait encore sauvé la mise, qu'il pouvait vraiment se sentir en sécurité avec lui… qu'il ne le laisserait jamais tomber. Il ne répondit pas à Hawks lorsqu'il lui proposa de suivre son film avec lui ; miraculeusement, il avait fini par se rendormir.

Quelques heures plus tard, il se baladait tranquillement dans les rues de Taketomi. Ils avaient dû faire une pause après que le bateau les avait déposés sur le port de l'île, pour que les malades puissent se reprendre. Touya avait été particulièrement rassuré de voir qu'il n'était pas le seul à avoir vomi ses tripes ; à côté de lui, Kaminari ressemblait à un fantôme.

L'île n'était pas très grande, pas plus de six kilomètres carré d'après Hawks. Il les avait donc accompagnés vers l'endroit où ils dormiraient – une sorte d'auberge de jeunesse réservée et privatisée par la station – afin qu'ils puissent tous poser leurs affaires avant de partir profiter de l'île. L'auberge non plus, n'était pas immense. Chaque genre avait son propre dortoir, et par « dortoir », il fallait comprendre « grande pièce où ils pouvaient tous dormir les uns contre les autres ». Touya s'était senti plutôt mal à l'aise à l'idée de passer la nuit près de tant de monde, et ce même si cela lui garantissait de dormir près de Hawks. Il avait bien trop peur de finir dans le même état que la nuit dernière, trempé de sueur à cause d'un énième cauchemar. Néanmoins, Aizawa lui avait garanti qu'ils trouveraient une solution si la proximité avec les autres lui était insupportable, et cela l'avait rassuré.

Hawks leur avait fait visiter les points essentiels, comme le très beau temple et la grande plage où ils pique-niqueraient tous ensemble une fois le soleil couché, puis ils étaient retournés manger à l'auberge. Désormais, puisqu'ils avaient quartier libre jusqu'au fameux pique-nique, Touya arpentait seul les ruelles du village.

Être seul lui permit de se détendre un peu. Il avait toujours apprécié marcher sans que personne ne puisse le déranger. Libre de ses mouvements, il passa devant des maisonnettes à l'architecture travaillée, croisa certains anciens qui ne manquèrent pas de le saluer, et il finit par retourner au temple pour profiter du silence.

Contrairement à ses parents, Touya n'était pas croyant. Il ne pouvait imaginer qu'un être supérieur ait joyeusement pris la décision de le laisser cramer dans un accident et de faire périr ses meilleurs amis, pour lui enseigner une "leçon de vie" ou une de ces conneries que son père aurait pu lui rabâcher. Mais Rei lui avait tout de même inculquer certaines valeurs religieuses, comme le respect du silence dans les lieux de culte. Pour le brun, enfreindre cette règle tacite signifiait bien plus un manque de respect à sa mère qu'aux divinités qui y étaient célébrées, et à ces yeux, c'était bien plus grave.

Il sourit en pensant au fait qu'à l'heure qu'il était, elle devait certainement jouer avec Eri et la laisser coiffer ses longs cheveux blancs. Touya avait beau s'approcher du quart de siècle, c'était plus fort que lui ; dès qu'il se trouvait loin de sa mère, il ne se sentait pas bien. Il se promit de l'appeler une fois qu'il serait sur la plage, et resta au temple jusqu'en fin d'après-midi.

Une fois de retour à l'auberge, il profita de la petite salle de bain qui était à son unique disposition. Les douches aussi étaient collectives, mais si dormir entouré des autres le mettait mal à l'aise, la simple idée qu'ils puissent le voir dénudé le terrifiait. Alors, lorsqu'ils faisaient le tour de la propriété, la gérante l'avait pris à part pour lui donner les clés d'une salle d'eau qui lui avait été privatisée.

Touya ignorait qui était la cause de cette mesure, mais au lieu de directement penser à sa mère, ses soupçons se dirigèrent plutôt vers le maître-nageur. Ç'aurait bien été son genre de prévoir un aménagement aussi attentionné à son égard, mais le brun ne lui poserait jamais la question ; question de fierté. En revanche, il se demanda l'espace d'un instant si les autres vacanciers ne trouveraient pas quelque chose à redire sur cet énième traitement de faveur – en réalité, il pensait surtout aux deux pestes qui avaient déjà trouvé le moyen de râler lors de la soirée blanche. Au fond, il se fichait de ce que les autres pouvaient penser. Tant qu'il pouvait se laver sans que personne ne l'observe, tout lui convenait. Même dormir dans la même pièce que la colonie.

L'heure du pique-nique arriva rapidement. Lorsque Touya atteignit la plage, l'eau salée, habituellement turquoise, était traversée par les derniers rayons du soleil qui lui attribuaient des tons plus chauds, tirant sur l'orange et le rouge. Touya ne se lasserait décidemment jamais d'un tel spectacle, il se sentait chaque jour un peu plus heureux de se trouver près de la mer et redoutait son retour à Musutafu où il en serait privé. Dans l'eau, Natsuo, Kirishima et Midoriya se faisaient des passes avec un ballon qu'un môme avait apporté. Pendant ce temps, Uraraka, Yaoyorozu et Bakugo s'occupaient de disposer leurs provisions sur une grande nappe qu'ils avaient étendu sur le sable – d'ailleurs, Touya trouva particulièrement étrange le fait qu'une bombe à retardement comme Bakugo puisse être aussi calme en effectuant une telle tâche. Les autres vacanciers dépliaient des chaises et veillaient à ce qu'ils soient tous correctement installés, ils avaient tous de quoi s'occuper. Près d'eux, Hawks se donnait de la peine pour allumer un feu de camp.

Lorsque les préparatifs furent terminés, ils dînèrent face à la mer dans une bonne ambiance générale. Touya n'écouta que très peu les conversations qui fusèrent autour de lui, en revanche il observa chaque vacancier. Natsuo semblait bien s'entendre avec Ashido - rien d'étonnant, vu à quel point ils adoraient parler. L'adolescente comptait se lancer dans des études de médecine, alors elle demandait des tas de conseils au futur infirmier qui se faisait une joie de lui répondre. Face à son frère, Shoto rayonnait d'un éclat que Touya n'avait jamais contemplé. Entouré de ses amis, il semblait parfaitement à son aise, lui qui était habituellement au moins aussi réservé que lui. C'était un spectacle étrange, mais le brun était sincèrement heureux que son frère soit aussi bien entouré ; il fallait bien qu'un des deux ténébreux de la fratrie réussisse à s'ouvrir au reste de l'humanité.

Quand ses yeux bleus détaillèrent les sourires des lycéens et à quel point les vacanciers semblaient tous prendre plaisir à converser ensemble, un désagréable sentiment d'amertume engloutit le cœur de Touya. Il se souvint de cette époque où il se comportait comme eux, avec autant d'aisance et de légèreté. Celle où il n'avait aucun autre soucis que de se demander ce qu'il mangerait à son prochain repas, ou à réfléchir au prochain lieu où Himiko et lui feraient leur shooting.

Il ne fit même plus attention aux gens autour de lui. Lorsqu'au détour d'une conversation, une dame qu'il ne connaissait pas parla anecdotiquement du jeu vidéo qu'elle avait offert à son fils pour son anniversaire, il sentit les cicatrices de son ventre le gratter. À contre-cœur, et sous le regard très attentif de ses frères et de son chirurgien, il préféra s'éloigner du groupe. Il refusait de casser l'ambiance placide du pique-nique parce qu'il n'était pas fichu de se comporter normalement, et parce qu'une vacancière avait cité la licence que Tenko préférait.

Touya s'assit au bord du sable et plongea ses pieds dans l'eau ; elle était froide et lui permit de se concentrer sur autre chose que sur cette désagréable sensation qui le rendait fou. Pourquoi la moindre des situations le ramenait des années en arrière ? Il n'en pouvait plus. Il avait pourtant réussi à se changer les idées ces derniers jours, alors pourquoi était-il incapable de continuer d'aller de l'avant ?

La pression sociale autour de lui l'empêcha de se gratter le ventre. Au moins ça, se dit-il. D'un œil fatigué, et pour tenter de se focaliser sur autre chose, Touya se mit à analyser les moindres détails de l'eau salée qui s'étendait devant lui. Les derniers rayons du soleil s'évanouissaient sur elle, la teintant d'une myriade de couleurs chaudes. Du rouge, du orange et du jaune… La mer ressemblait plus à un désert brûlant et paisible qu'à l'habitat naturel de la faune marine. Il se laissa bercer par les vagues qui s'échouaient sur ses chevilles dans un rythme lent et régulier, qui aurait presque pu l'endormir s'il ne s'était pas senti aussi… épuisé. Paradoxalement, il lui semblait que seul un sommeil de plomb pourrait l'éloigner de ses problèmes, mais bien trop tiraillé par ses émotions – et par les souvenirs de son cauchemar qui décidèrent de le hanter à nouveau – il était incapable de fermer l'œil. Un constat qui le fatigua davantage.

Alors, il se perdit dans la contemplation de la mer et se concentra sur sa respiration pour ne penser à rien. Cela n'eut qu'un bref succès. Les rires qui s'élevaient derrière lui le faisaient culpabiliser de s'isoler plutôt que de profiter du pique-nique avec les autres, et il se sentit encore plus idiot. L'éternel cercle vicieux duquel Touya Todoroki était prisonnier.

Il ne remarqua même pas que, quelques minutes – ou quelques secondes ? peut-être même des heures ? Il perdait la notion du temps lorsqu'il était trop profondément plongé dans ses pensées – quelqu'un s'assit près de lui. Touya ne lui adressa pas le moindre regard, parfaitement conscient de qui il s'agissait ; ses proches savaient qu'il valait mieux éviter de l'approcher lorsqu'il se trouvait dans un état pareil, et dès qu'ils enfreignaient la règle, le brun se renfermait encore plus sur lui-même. Pourtant, cette fois-ci, il ne fit rien. Il continua de regarder la mer, en ignorant complètement son camarade qui, à ses côtés, dévorait son repas. Ils ne se disaient rien, mais c'était suffisant ; contrairement aux autres silences, celui-ci ne mettait pas le brun mal à l'aise, et cela le rassurait d'une certaine manière. De toute façon, il préférait ça à ce qu'on l'envahisse de questions auxquelles il n'avait pas du tout envie de répondre.

« - Tu veux du poulet ? »

Plus que cette soudaine prise de parole, ce fût cette étrange demande qui ramena Touya à la réalité. Lorsqu'il accepta enfin de le regarder, Hawks lui secouait une cuisse de poulet sous le nez tandis qu'il le dévisageait de son éternel air espiègle qui le faisait tant vibrer. Sans que Touya ne le réalise, ses lèvres s'étirèrent légèrement. Il admirait la capacité qu'Hawks avait à éviter les sujets fâcheux, comme s'il était capable de surfer sur le moindre problème susceptible de porter préjudice à leurs vacances. Le brun se sentait coupable qu'il vienne toujours à son secours sans pouvoir lui rendre la pareille, mais il lui en était reconnaissant. Il lui semblait que quels que soient ses maux, le blond réussirait à les dompter et les chasser. Cette simple perspective suffit à détendre quelque peu ses nerfs et à lui changer les idées.

Il accepta la nourriture de son ami et ils mangèrent tranquillement. Hawks ne lui posa évidemment aucune question sur son état, sachant qu'au-delà de n'obtenir aucune réponse, elles le brusqueraient. Il préféra alors lui parler de sa journée. Touya apprit qu'il avait consacré la majorité de son temps à accompagner le couple de personnes âgées et à écouter la moindre anecdote qu'ils possédaient sur l'île, comme s'ils avaient échangé leurs rôles de guide touristique et vacanciers. Hawks partageait ses nouvelles connaissances avec enthousiasme, sincèrement content de s'être instruit tout en visitant l'île. Et alors, Touya abandonna la mer pour le regarder. Lui aussi baignait dans la lumière du Soleil, et les derniers rayons de l'astre coloraient ses cheveux de teintes nouvelles, à tel point qu'ils prenaient les mêmes couleurs que celles de la mer. Les nuages rougeâtres durcissaient les traits de son visage, mais mettaient en valeur ses yeux topaze qui brillaient d'une lueur candide.

Chaque fois qu'il l'observait, Touya se disait qu'il ne l'avait jamais vu aussi beau. La réalité était qu'il ne se lassait jamais de sa présence, de cette joie de vivre qui semblait ne jamais l'abandonner, de… lui, tout simplement. Le simple fait qu'Hawks prenne la parole parvenait à le décontracter, comme si au moindre problème, il serait là pour l'apaiser et lui permettre de continuer à avancer. Au-delà d'appréhender de ne plus voir la mer lorsqu'il rentrerait de vacances, Touya craignait de ne plus se trouver en compagnie de Hawks. Il avait la terrible sensation qu'il s'éloignait de ses problèmes pour mieux les retrouver une fois qu'il serait de retour à Musutafu. De plus, Hawks retournerait aux États-Unis, et ils seraient séparés de plusieurs milliers de kilomètres… Il doutait vraiment qu'ils continuent d'entretenir une quelconque relation une fois qu'ils seraient séparés. Alors... est-ce qu'il réussirait à s'en sortir, sans lui ?

Finalement, la lune prit la place du soleil et ils se retrouvèrent rapidement dans le noir complet. Derrière eux, le feu de camp éclairait la plage d'une lueur chaleureuse qui acheva de fatiguer Touya. Comme après la crise qu'il avait eu ce matin, il se sentit soudainement encore plus épuisé. La douce voix de Hawks – qui avait changé de sujet depuis, mais qui n'avait pas perdu en intensité – le berçait lentement, et ses paupières commencèrent à se fermer contre son gré. Le maître-nageur ne put s'empêcher de se moquer de lui lorsqu'il piqua du nez avant de se redresser brusquement, et Touya l'aurait certainement envoyé bouffer le sable s'il n'avait pas été aussi fatigué. Le voyant être emporté par la fatigue, Hawks décida de le taquiner.

« - Moi qui croyais que tu étais intéressé par ce que je racontais... Tu veux que je m'en aille, peut-être ?

- Grave. Va piailler ailleurs et laisse-moi dormir. »

Le blond rit de bon cœur et emporta Touya dans son hilarité. Aux côtés de Hawks, il avait l'impression d'être à nouveau lui-même, celui qu'il était avant son accident. Celui qui se fichait de vexer son auditoire en ne s'exprimant que par sarcasme et dédain, celui qui ne craignait pas autant de s'ouvrir aux autres. Celui qui n'avait pas peur de vivre, au final.

À nouveau, la nostalgie l'emporta, mais elle fût différente de celle qui l'avait poussé à s'isoler sur le sable. Il n'arrivait pas à détacher son regard du blond, qui se foutait de lui sans aucun complexe. Hawks lui redonnait espoir. Même s'il redoutait leur séparation, Touya se disait que ces jours passés à ses côtés suffiraient à bouleverser son existence, et à, il l'espérait, l'aider à aller mieux. Son simple sourire lui donnait envie de se reprendre en main, de soigner ses maux et d'aller de l'avant. Pour le sourire de Hawks, Touya aurait été capable de faire n'importe quoi.

« - Très bien, dans ce cas… » reprit Hawks en se redressant. « Je vais te laisser dormir. »

Son air espiègle toujours au rendez-vous, il entreprit de se lever. Touya savait qu'il ne le faisait que pour l'embêter, mais il n'était pas question qu'il le laisse s'enfuir. Exactement comme il l'avait fait dans le bus, il entoura son torse de ses bras et le poussa à rester au sol. Hawks se moqua ouvertement de lui, mais ne mît que quelques secondes avant de se lancer dans leur combat.

Ils se chamaillèrent comme des enfants, ignorant complètement l'environnement autour d'eux. Touya se prit un jet d'eau salé dans la figure et fit basculer le corps d'Hawks dans le sable pour se venger. Son dos frappa le sol dans un bruit qui les firent sursauter, mais leurs rires s'élevèrent quelques secondes plus tard. Touya se jeta de tout son poids sur son torse pour l'empêcher de se relever, et Hawks s'agrippa à ses cheveux dans l'espoir de le dégager – sans grand succès. Après plusieurs minutes de lutte acharnée, le maître-nageur capitula dans un énième éclat de rire. Il s'allongea complètement contre les grains dorés et prit un instant pour reprendre son souffle. Il ne retira pas sa main des cheveux de Touya, qui n'avait absolument pas bougé. À aucun instant ils n'avaient arrêté de rire.

Contre son torse, le brun pouvait entendre le cœur du blond qui battait à la chamade. Comme il battait vite, ce petit cœur... Il ne pouvait se lasser de la mélodie qu'il produisait. Est-ce que c'était leur soudaine proximité qui le faisait battre aussi fort ? Il n'en savait rien. Tout ce que Touya savait, c'était qu'Hawks sentait le sel marin, le bonheur et cette éternelle odeur de cannelle, et que ce cocktail sensoriel des plus insolites foutait une pagaille sans nom dans son esprit. Il profita de la nuit noire pour se blottir un peu plus contre lui, espérant que l'obscurité suffirait pour que les autres ne remarquent rien. Tant qu'il ignorait ses frères, ces derniers devraient en faire autant ; du moins, c'est ce qu'il se disait.

« - C'est la visite de l'île qui t'a autant fatigué ? »

Touya sentit la gorge d'Hawks vibrer tandis qu'il parlait, et cela le fit sourire. Ses doigts traçaient des formes abstraites contre son cuir chevelu et son t-shirt à moitié trempé, et son parfum caressait tendrement ses sens. Il n'y avait finalement que contre Hawks qu'il se sentait aussi apaisé. Un constat qui aurait pu l'effrayer, s'il ne s'était pas senti aussi... délicieusement tourmenté. Il ressemblait à un ado' en rut et il se haïssait pour ça, mais Touya avait abandonné l'idée de lutter contre ce qu'il ressentait. Il se fichait de savoir s'il finirait ou non par se rétamer la tête la première. À cet instant précis, il ne souhaitait plus qu'une chose ; s'abandonner corps et âme dans cette idylle estivale, et recommencer à vivre.

« - Hm, j'aurais préféré. » marmonna-t-il difficilement, après quoi il bailla à s'en décrocher la mâchoire. Il laissa un ange passer, puis finit par avouer : « … J'ai passé la nuit à cauchemarder. »

Instinctivement, Hawks le serra un peu plus fort contre lui ; bien qu'elle fût brève, Touya remarqua immédiatement cette attention et il sentit son cœur s'emballer un peu plus. Il n'avait même plus envie de parler, il voulait tout simplement rester contre le blond et se laisser gagner par le sommeil. Les mouvements sur son crâne l'endormait, ils ressemblaient à ceux que sa mère lui prodiguait lorsqu'il ne parvenait pas à rejoindre le monde onirique. Sa respiration finit par se caler sur celle de Hawks, qui ne bougea pas d'un iota. Le bruit des vagues lui semblait désormais bien loin, tandis qu'il se concentrait sur le souffle de son animateur favori. Ses paupières se fermèrent délicatement, mais il ne s'endormit pas pour autant. Il voulait profiter de la moindre seconde partagée avec Hawks, plutôt que de les gâcher à se reposer – bien qu'il en eût terriblement besoin.

« - On devrait sûrement rejoindre l'auberge, dans ce cas. Il va te falloir des forces pour demain !

- Pourquoi ? » demanda Touya sans bouger, bien que ses sourcils se froncèrent. « Y'a quoi demain ?

- Eh bien… C'est une surprise, mais on va beaucoup marcher. » Il laissa un silence planer et reprit avoir ricané le temps d'un instant. « J'espère que ce sera pas trop pour un papi dans ton genre… »

Touya réagit au quart de tour en lui pinçant brutalement les côtes, à en faire sursauter le blond qui s'accrocha encore plus à lui. Bien qu'il aurait pu en émettre des dizaines, le brun ne fit aucun commentaire quant au programme ; sérieusement, une balade à pieds en plein mois d'août. Il n'y avait qu'Hawks pour avoir de telles idées… Mais le coin était pas mal, et au moins, ils passeraient un moment ensemble ; et puis Touya était bien trop fatigué pour sincèrement râler. Dans tous les cas, il ne râlait jamais réellement contre Hawks. Il faisait semblant jusqu'à ce qu'il surenchérisse et qu'ils recommencent à se taquiner. Touya chérissait ces moments de tout son cœur, et même si son corps n'avait plus aucune énergie, sa langue et son sens de la répartie fonctionnaient toujours aussi bien.

« - Le papi va te foutre à l'eau si tu la boucles pas. » Il avait fait mieux en termes de réplique, mais cela suffit à déclencher à nouveau le rire du maître-nageur. « Et en quoi une randonnée peut être une surprise ?

- Si je te le dis maintenant, ça va tout gâcher. Patiente jusqu'à demain. »

Touya souffla du nez en arquant ses sourcils. Envieux de lui rendre la monnaie de sa pièce, il se redressa pour observer le maître-nageur.

« - Tu vas vraiment réussir à la boucler et à ne rien me dire, toi ? » Il prit une mine étonnée tandis que Hawks lui tirait déjà la langue. « J'aurais jamais parié là-dessus.

- Et moi, j'aurais jamais parié sur le fait que tu puisses être sympathique.

- Va t'faire mettre.

- Toi d'abord. »

Il lui adressa son plus beau doigt d'honneur et Hawks lui ébouriffa les cheveux comme s'il était un gamin. Ce geste parvient à lui arracher un rire ; quel abruti, sans déconner… Ses coudes plantés dans le sable, Touya réalisa qu'ils étaient désormais seuls sur la plage. Lorsqu'il demanda à Hawks quand est-ce qu'ils avaient tous désertés les lieux, il lui expliqua que les vacanciers avaient regagné l'auberge quelques minutes après qu'il s'était isolé. Cela expliquait pourquoi il n'avait rien remarqué… D'un côté, cela le rassura ; il se dit que ses frères n'avaient été témoins de rien du tout, et qu'ils ne pourraient pas l'emmerder sur ce sujet. Mais d'une autre part, il réalisa qu'Hawks et lui étaient seuls sur cette plage paradisiaque, dans une étreinte suffisamment rapprochée avec pour seule lumière le crépitement agréable du feu de bois. Alors, comme si c'était la réaction logique à ce genre de situation, son cœur et son souffle s'emballèrent soudainement. Et il ne fît strictement rien pour les calmer.

Touya ne détacha d'ailleurs pas son regard du visage du maître-nageur, qui avait fini par lui sourire. Hawks n'était pas né en hurlant à plein poumons, il était venu au monde en souriant comme un débile et le brun pouvait y mettre la main au feu. Mais contrairement à tous ceux qu'il avait pu afficher au cours de sa vie, celui-ci lui était destiné, et cela l'emplit de joie. Il loucha d'ailleurs un peu trop longtemps sur ces lèvres si joyeusement étirées, et il remarqua qu'Hawks détourna le regard en rougissant. Il se serait royalement foutu de lui s'il en avait été capable, mais voir ses joues se teindre de rouge le chamboula bien plus qu'il ne l'aurait cru et les battements de son cœur se déchainèrent davantage. Il pouvait les sentir pulser contre sa poitrine et battre contre ses tympans, une sensation qu'il ne connaissait que trop bien mais dont le contexte actuel changeait sa nature la plus profonde. Lorsqu'Hawks accepta de le regarder à nouveau, ses yeux brillaient d'un éclat que Touya n'avait jamais aperçu. C'était comme s'ils se regardaient pour la première fois, comme s'ils se découvraient réellement et qu'ils ne pouvaient nier l'attirance qu'ils avaient l'un envers l'autre. Comme s'ils ne pouvaient plus reculer, désormais.

Les lueurs du feu de bois et des rayons de la lune se mêlèrent sur la peau de Hawks, et soulignèrent ses traits autant qu'elles les adoucirent. Touya bloqua sur le moindre détail de son visage ; les poils de sa barbe qui repoussaient tranquillement, les rougeurs sur ses pommettes, certains cheveux fougueux qui chatouillaient son front… Il n'en perdit pas une miette. Ses orbes dorées semblaient ne regarder que lui, zieutant sa tignasse décoiffée et ses traits tirés par la fatigue, s'arrêtant certainement sur les cicatrices de son visage qu'il aurait préféré ne jamais avoir…

Lorsque leur mouvement s'arrêta sur ses lèvres, Hawks cessa de sourire. Touya remarqua qu'il respirait quasiment aussi intensément que lui, et il se demanda quelle mélodie pouvait bien produire son cœur, désormais. Était-elle aussi saccadée et incertaine que la sienne, ou bien parvenait-elle à faire en sorte que son propriétaire garde son calme ? Touya n'en sut rien. Mais lorsque les doigts doux et fins de Hawks vinrent replacer une mèche brune derrière son oreille calcinée, et qu'ils ne la quittèrent pas, l'orchestre de son propre cœur s'emballa et atteint l'apothéose de son boléro.

Le majeur du blond dériva sur la peau de ses pommettes, intacte de toute blessure. D'un regard, Hawks vérifia que ce contact ne le mettait pas mal à l'aise et Touya l'encouragea à continuer d'un bref hochement de tête. Il ferma ses yeux pour tenter de se reconnecter à la réalité et éviter le malaise vagal, mais la situation lui échappait complètement et il ne savait pas encore s'il adorait ou s'il détestait ça. Tout ce qu'il savait, c'était que les doigts d'Hawks se baladaient aux abords de ses cicatrices, et que cela le chatouillait d'une manière étrange qui lui filait la chair de poule.

Ses doigts arrivèrent rapidement à la rencontre de sa lèvre supérieure, et retracèrent tendrement son arc de Cupidon. Touya en déglutit et ne quitta pas Hawks des yeux. Lorsqu'ils croisèrent son regard, celui-ci avait encore changé de lueur ; il ressemblait à un félin parfaitement concentré sur sa future proie, se demandant à quelle sauce est-ce qu'il allait bien pouvoir la déguster. Son index ripa sur sa lèvre et rencontra son souffle brûlant, qui s'était saccadé davantage. Touya n'avait plus aucune idée d'où se foutre, ni de quoi faire.

Encore nichée dans le sable, sa main remonta le long du bras d'Hawks qui lui servait d'appui. Il n'avait aucune idée de quand est-ce qu'ils s'étaient redressés, mais ses genoux et ses mains étaient désormais plantés dans les grains dorés, à proximité du corps du maître-nageur qui s'appuyait sur son coude. Maladroitement, il caressa sa peau douce et parvient jusqu'à sa nuque qu'il saisit délicatement. Son pouce effleura la ligne de sa mâchoire et Hawks se blottit contre lui en fermant les yeux. Lorsqu'ils les rouvrit, il planta son regard de braise dans celui désarçonné de Touya. Et tout se passa très vite.

Il se redressa en une seconde. Il passa en position assise et Touya se retrouva à califourchon sur ses genoux. Hawks prit son visage en coupe et approcha le sien, seuls quelques centimètres les séparaient et ils pouvaient sentir leurs souffles respectifs mourir sur les lèvres de l'autre. Touya crut qu'il allait se jeter sur lui pour l'embrasser passionnément. Pourtant, il ne se passa rien. Hawks se contenta de rester près de lui, sans rien tenter ni rien dire. Les sens de Touya furent envahis par son odeur et par l'excitation qui lui était montée au nez, mais la redescente fût rapide et brutale ; pourquoi est-ce qu'il ne se passait rien ? Pourquoi est-ce que Hawks ne l'embrassait pas ? Il attendait ce moment depuis tellement longtemps, putain. Toutes ces minutes à fantasmer sur cette union charnelle qui le sauverait avaient été vaines ? Ils ne finiraient donc jamais ensemble, tous les deux ?

« - Touya… »

Ce ne fût qu'un murmure, mais le souffle qui mourut sur les lèvres du brun le bouleversa bien plus encore et il crut qu'il allait faire une attaque. C'était à cause de sa lèvre cicatrisée. Ça ne pouvait être que ça. L'impatience et l'exaltation avaient sûrement perturbé son discernement, mais Hawks s'était reconnecté à la réalité avant de commettre l'irréparable et cela l'avait dégoûté. Ça ne pouvait être que ça, c'était forcément ça. Ses doigts étaient encore sur ses cicatrices et Touya était persuadé qu'il n'attendait que l'instant propice pour précipitamment les retirer. Comment avait-il pu croire que cela se passerait bien, comme s'il était quelqu'un d'autre que lui-même et que son apparence n'empêcherait pas Hawks de l'embrasser...

« - Touya, tes doigts me serrent trop fort. »

Hein ?

Comme s'il avait reçu un violent coup sur la tête, Touya reprit ses esprits. Son souffle était toujours aussi erratique, mais non plus à cause de l'excitation ; il était profondément paniqué. Il prit un instant pour se rattacher à l'environnement dans lequel il se trouvait, en observa la plage, le sable et le feu de bois qui y projetait sa lumière. Et évidemment, il regarda Hawks.

Il n'avait pas bougé. Il était toujours aussi près de lui, ses mains étaient toujours apposées sur ses joues. Seule sa respiration s'était transformée, pour retrouver un rythme bien plus calme et assuré. Ses lèvres étaient à nouveau étirées dans un sourire, mais son regard… Il n'était plus le même. Touya ne connaissait que trop bien la lueur qui l'éclairait, et pour cause : c'était celle qu'il détestait plus que tout au monde. Pire que de la pitié, les yeux de Hawks débordaient de compréhension. Comme s'il saisissait ce qu'il se passait, et qu'il n'en voulait absolument pas à Touya d'avoir tout fait foirer. Et il ne supportait pas ça.

Atrocement coupable, le regard de Touya glissa sur ses doigts.

Contre la nuque d'Hawks, ils tremblaient comme ils ne l'avaient jamais fait et pinçaient sa peau fine qui était devenue rouge. Lentement, ne réalisant pas encore l'état dans lequel il s'était trouvé et se trouvait toujours, il les éloigna de l'épiderme du blond et put constater les dégâts ; son cou était rouge et Touya pouvait apercevoir la marque de ses ongles. C'était… C'était lui qui avait paniqué le premier ? C'était à cause de lui que… Son corps entier se mit à trembler, symptôme de la violente redescente qu'il était en train de vivre. Il s'était déjà déconnecté de la réalité, mais jamais au point de… Merde. Il avait tout fait foirer.

« - Merde, Hawks, j'voulais pas… » Il bégaya comme un idiot et plongea ses mains dans ses poches pour éviter de le blesser davantage. « Je… Putain, j'suis… »

Il ne parvint pas à détacher ses yeux de la peau meurtrie d'Hawks, dont les rougeurs disparaissaient pour lui rendre sa teinte initiale. Il l'entendit lui dire que ce n'était pas grave et il lui caressa tendrement les cheveux, mais cela ne suffit plus à le détendre. Son cerveau tournait en boucle sur le fait qu'il venait de le blesser, et il sentit son éternelle culpabilité le saisir à la gorge. Il n'osa même plus regarder Hawks dans les yeux. Il tenta de le fuir en abaissant son visage et en évitant le moindre contact avec lui, mais le maître-nageur ne semblait pas du tout de cet avis. À nouveau, il saisit son visage en coupe et le força à le regarder.

« - Hé, Touya. Tu n'as pas à t'en vouloir pour ça, vraiment. »

Touya aurait pu l'envoyer chier et lui répondre qu'il avait toutes les raisons du monde de s'en vouloir, non seulement parce qu'il lui avait fait mal, mais aussi parce qu'il venait de ruiner son unique chance d'embrasser le mec le plus canon qu'il n'ait jamais rencontré de toute sa putain de vie. Pourtant, il ne fit rien. Il se focalisa sur le visage d'Hawks qui avait retrouvé son air moqueur et espiègle, mais terriblement franc. Touya ne s'étonnait plus de ses réactions hors du commun et ne doutait plus de sa sincérité, mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir agacé. Il avait vraiment tout gâché comme un débutant. Quel putain de crétin.

« - C'est plutôt à moi de m'excuser. » marmonna Hawks en abaissant à son tour son regard, l'air coupable. « J'ai pas pu m'en empêcher, je… Je voulais tellement te… Enfin bref. »

Il soupira et se gratta frénétiquement le crâne, tandis que les lèvres de Touya s'étirèrent de soulagement. Entendre dire qu'Hawks n'avait pu résister à l'envie de l'embrasser lui tordit délicieusement l'estomac, et acheva de repousser ses pensées négatives. Bon, il devait avouer qu'il s'était complètement jeté dans la gueule du loup, lui aussi… Il s'était peut-être même surestimé en pensant pouvoir agir comme s'il ne cohabitait pas avec un putain de traumatisme qui lui pourrissait l'existence, mais tant qu'Hawks ne lui en voulait pas, il s'en fichait. Au final, c'était sûrement mieux que cela se passe ainsi ; au moins, la prochaine fois, il serait maître de son corps et son esprit et pourrait agir normalement… Du moins, c'est ce qu'il se disait.

« - T'excuse pas d'avoir voulu m'embrasser, crétin. » Contre lui, Hawks éclata de rire. Il hésita un instant avant de finalement avouer : « J'en avais au moins autant envie que toi.

- Tiens donc… » Le blond entoura son torse de ses bras et lui adressa un sourire malicieux. « Ça voudrait donc dire que depuis le concours de château de sable, tu fixes mes lèvres non pas parce que j'ai un truc coincé entre les dents, mais parce que tu as envie de m'embrasser ? »

Ironiquement, il reprit les mots que Touya avait prononcé quelques minutes auparavant.

« J'aurais jamais parié là-dessus. »

Touya piqua un fard mais le rejoignit rapidement dans son hilarité. Il l'envoya une seconde fois dans le sable mais se laissa aisément emporter par ses bras qui refusaient de le lâcher. Quel putain d'emmerdeur, celui-là… Au final, il se fichait étrangement qu'Hawks l'ait percé à jour depuis plusieurs temps ; cela leur avait permis d'échapper à cette horrible situation où ils se seraient révélés leurs sentiments dans un mélange d'embarras et d'appréhension, et il bénissait l'univers pour ça. Touya haïssait profondément les langoureux échanges d'affection, et préférait mille fois que cela se déroule… exactement comme il venait de le faire avec Hawks. Tant pis s'ils ne s'étaient pas embrassés, finalement. Il savait que le blond attendrait le moment où il se sentirait prêt, et cette perspective enveloppa délicatement son cœur. Il se sentait profondément heureux, et soulagé.

« - On devrait vraiment rentrer à l'auberge. Ton chirurgien et tes frères risquent de s'inquiéter. »

Hawks venait de marquer un point stratégique qui força Touya à se dégager de son étreinte. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être, mais à en juger par la nuit noire et la Lune hautement placée dans le ciel, il devait être très tard. Il savait pertinemment que Natsuo et Shoto devaient dormir à poings fermés, sinon quoi ils auraient déjà débarqué depuis bien longtemps sur la plage. Néanmoins, il était grand temps pour eux qu'ils aillent se coucher.

Ils abandonnèrent le sable en même temps et nettoyèrent rapidement la plage ; ils jetèrent les quelques déchets qui traînaient encore et éteignirent le feu. Ils se pressèrent de rejoindre le bâtiment, situé à quelques centaines de mètres de là où ils étaient. Ils n'arrêtèrent pas de se taquiner le long du trajet, mais dès qu'ils pénétrèrent dans l'enceinte de l'auberge, ils firent silence. Ils ne devaient absolument pas réveiller les autres vacanciers, et encore moins Aizawa ou un des frères de Touya – ce dernier rêvait de pouvoir écraser les cheveux des deux pestes en tentant de se repérer dans le noir, mais leurs dortoirs étaient séparés. Lorsqu'ils arrivèrent dans la pièce réservée aux hommes, ils dormaient tous sur leurs deux oreilles. Ils gagnèrent leurs lits respectifs en essayant de ne pas faire de bruits ; Hawks faisait tout pour le faire éclater de rire et Touya était terriblement motivé à lui rendre la monnaie de sa pièce. Finalement, ils atteignirent leurs sacs de couchages respectifs.

Contre Touya, Natsuo dormait comme un bébé et un filet de bave s'échappait de sa bouche grande ouverte. Il soupira, mais s'empressa de se mettre en pyjama avant qu'il ne sorte de ses songes. À l'autre bout de la pièce, Hawks, déjà installé dans ses draps, lui lança un rapide « Bonne nuit Papi » qui le fît éclater de rire, et Touya se promit de se venger le lendemain. Finalement, il se ficha complètement de dormir près de tout ce monde ; il était profondément persuadé qu'il ne cauchemarderait pas, cette nuit-là.

Il riait encore lorsqu'il s'allongea sous sa couverture, et s'endormit quelques secondes après avoir posé sa tête sur son oreiller. Il allait définitivement avoir besoin de forces pour appréhender la journée qui l'attendait.


*Tsukuyomi : divinité de la Lune et de la nuit au Japon

Vous voyez, je vous avais dit que ça s'arrangeait owo /s'enfuit

J'espère que ce premier chapitre de l'année vous a plu ! Les choses vont s'accélérer de plus en plus entre nos deux loustics, j'espère que ça vous plaira toujours autant ! A bientôt pour un nouveau chapitre ^^

Des bisous,
Zodiaaque.