Parce que c'est la saison du chocolat et des crises de foie, je me suis dit qu'un peu de diabète en plus ne pouvait pas faire de mal !
Enjoy!


Chapitre 11 - Promenons-nous dans les bois :

Mercredi arriva comme un grincement d'ongle sur un tableau noir : détestable dès la première seconde, et Connor ne put retenir un grognement misérable lorsque son réveil le plongea sans ménagement dans cette journée fatidique. Il n'avait pas particulièrement mal dormi, pas plus mal que la semaine précédente tout du moins, mais chacune de ses pensées se trouvait immanquablement polluée par les marmonnements d'une petite chose pétulante qui pestait contre l'injustice dont il était victime.

Il ne verrait pas Markus aujourd'hui.

_ Détends-toi Connor, lui conseilla Hank plus tard dans la journée. Tu as l'air d'un coucou qu'on a remonté trop fort.

Alors que la justesse de cette remarque résonnait dans ses rouages comme le son de la cloche qui fait trembler la pierre de son clocher, Connor observa Hank avec une moue contrite. D'ordinaire avachi dans sa chaise, un magazine sur les genoux ou son téléphone dans les mains, Hank était cette fois debout près d'une table au milieu de la pièce, raide comme un piquet et l'œil vif de celui qui a dépassé la dose conseillée de café sur sa journée.

C'était clairement l'hôpital qui se moquait de la charité, mais Connor ravala l'objection et se força à prendre deux inspirations lentes et profondes afin d'apaiser ses nerfs. C'était injuste de reporter sa frustration sur Hank alors que celui-ci lui rendait service, une fois de plus.

Après un dernier soupir, Connor se plaça derrière son pupitre pour le début de son entrainement. Hank avait préparé une séance fictive de façon à étayer leur alibi et Connor devait avouer que le postulat initial de son mensonge était, au final, plutôt vrai. Hank était peut-être la meilleure personne de tout le conservatoire pour le faire évoluer dans son art. La richesse de la séance qu'il avait réussi à concocter en si peu de temps lui fit presque regretter de ne pas avoir passé plus de mercredi après-midi en sa compagnie.

Presque.

Après une dernière inspiration et un regard en direction de son nouveau chef d'orchestre, Connor se lança dans une énième interprétation de Pie Jesu.

A force d'entrainement, sa voix montait désormais sans peine à la hauteur requise et il n'avait plus besoin de lire la partition, mais leur exercice ne portait pas tant sur la justesse que sur la couleur donnée à chaque note. Hank resta indulgent sur leur premier essai, gardant un tempo assez régulier pour ne pas plus le perturber, calant même son rythme sur celui de Connor – un peu comme Zlatko l'avait fait lors de son audition.

Au bout de près d'une heure d'acharnement, les deux musiciens s'accordèrent une pause. Tandis que Hank retournait à son bureau habituel, Connor ruminait une nouvelle vague de frustration. Ses interprétations étaient impeccables – et impeccablement creuses. Maintenant qu'on lui avait fait remarquer sa raideur et son manque d'émotion sur scène, Connor n'arrivait plus à voir autre chose que ce défaut – comme un voyant rouge clignotant en plein milieu de la figure.

Ils avaient essayé les yeux fermés, ouverts, les mains guidées par Hank telles des marionnettes, de dos, assis, debout – rien n'y changeait. Son corps était figé sur place, emprisonné dans une gangue forgée par des années de répression sous les œillades sévères d'Amanda.

_ Quand tu chantes ce morceau, je ne peux m'empêcher de t'imaginer avec une soutane blanche. Remarqua Hank après plusieurs minutes de silence.

La remarque de Hank le tira de sa rêverie et il se retourna vers son compagnon pour constater le sérieux de son affirmation. L'expression de Hank ne portait ni malice, ni dérision mais sa neutralité était presque aussi dérangeante. Hank avait sacrifié sans hésitation son après-midi afin de simuler une session d'entrainement, mais la bonne humeur qui les entourait généralement le midi avait été vite remplacée par un silence électrique, chargé d'impatience et de frustration.

Le nom de sa manager n'avait pas été mentionné une seule fois, de peur de la voir apparaitre dans un nuage de fumée, néanmoins le spectre de son arrivée avait peu à peu éteint leur bonne humeur pour n'en laisser que des cendres froides et humides.

_ Markus m'a déjà fait ce commentaire, lui confia finalement Connor. Il disait que j'étais un prêtre paladin.

_ C'est vrai que pour deux pécheurs comme Markus et moi, tu peux nous apparaître parfois comme bien trop pieux.

Trop pieux. Trop sage. C'était au final toujours le même adjectif qui le résumait. Il sentit l'amertume remonter le long de sa gorge. Comment avait-il pu considérer ce mot comme un compliment ultime jusque-là ? Pieux, sage comme une image, immobile et insipide, comme une statue. Peut-être que s'il continuait à rester aussi sage les gens finiraient par le confondre avec une plante verte et le placer dans un pot. Avec de la lumière et un peu d'eau tous les deux jours, il pourrait peut-être même s'y épanouir !

Le sarcasme de la petite voix pétulante lui arracha une faible grimace, mais Connor ne put que lui concéder le point. Il aurait peut-être plus de succès en tant que plante.

_ Cependant, rajouta Hank après un long silence. Un prêtre en soutane peut être tout à fait capable de mettre l'ambiance sur scène.

La moue sceptique du jeune homme le poussa à continuer dans son argumentation.

_ Bon sang Connor, il faudra que je t'emmène à un concert de gospel un jour. Je te présenterai un pasteur qui n'a rien à envier à Mickael Jackson.

Un raclement de gorge forcé les interrompit dans leur conversation et tous les deux se retournèrent pour faire face à Amanda qui observait le mobilier défraîchi en une moue dédaigneuse. Connor se figea sur place alors qu'une sensation désagréable le prenait aux tripes. Voir Amanda pénétrer dans ce lieu qu'il considérait désormais comme un refuge le laissa en proie à un puissant sentiment de répulsion. Une pointe de colère purement territoriale finit de le faire frissonner.

Une fois son tour du propriétaire terminé, Amanda ne manqua pas d'envoyer un regard calculateur à son poulain. Connor l'observa avec appréhension, déchiré entre le besoin de se tenir à sa disposition, l'envie de se rapprocher de la présence rassurante de son ami et la peur d'attirer les foudres de sa manager dans un cas comme dans l'autre. Dans le doute, il resta figé près de son pupitre alors qu'Amanda avançait dans la pièce, le menton haut et la démarche volontaire. Elle serra la main de son professeur avec autant vigueur.

_ Monsieur Anderson ? Enchantée.

Hank répondit avec un sourire aussi bref que discret.

_ De même.

Le silence électrique qui suivit lui arracha presque un nouveau frisson. Par chance, Amanda n'était pas là pour gaspiller son temps précieux et après un nouveau regard circulaire, elle amorça son éternel plan de bataille : un échange de banalités, une demi-blague pour les remettre sur les rails du sujet réel de leur entrevue, un peu de charme pour ferrer le poisson et l'affaire était dans le sac – du moins la plupart du temps.

_ Vous étiez encore en train de réfléchir à de nouvelles activités à ce que je comprends ? commença Amanda d'un air innocent.

_ Pas vraiment, répondit Hank en un haussement d'épaule. C'est juste que notre conversation m'a fait penser à un vieil ami qui apprécierait Connor, voilà tout.

_ Quoi qu'il en soit, c'est une idée qui semble plutôt adéquate pour notre programme d'entrainement commun, concéda Amanda avec amabilité. Certainement une meilleure idée que celle de lui faire rejoindre un groupe de punks éméchés dans une cave miteuse.

Il ne fallut pas plus d'une seconde à Connor pour comprendre à qui Amanda faisait illusion. Même si l'insulte déguisée en plaisanterie lui piqua les flancs de la plus désagréable des façons, Connor se garda bien d'ouvrir la bouche pour défendre l'honneur de Markus et des Jericrew. Il avait déjà essayé, et le simple souvenir de la poigne de fer sur sa gorge suffit à étouffer la flamme de sa colère.

En revanche, le rictus qui étira les lèvres de son compagnon annonça une toute autre position de sa part et Connor observa Hank prendre la parole avec une pointe d'inquiétude.

_ Ne vous inquiétez pas, siffla Hank avec un sourire presque carnassier. Je n'aurai pas mis ces 'punks' en contact avec notre doux Connor sans leur avoir fait souffler dans l'éthylotest – et passer tous les tests pour les drogues, les maladies contagieuses et même les MST si nécessaire.

Hank était fou, ou bien complètement suicidaire de répondre de façon si ouvertement sarcastique ! Une telle raillerie ne manquerait pas de piquer Amanda dans sa fierté et aucun bouclier sur terre ne pourrait protéger Hank du retour de flamme. Ses instincts le poussèrent presque à se réfugier dans un coin de la pièce, afin d'éviter le gros de l'incendie, mais, contre toute attente, Amanda laissa seulement échapper un rire amusé.

Par chance, sa répétition l'avait laissé la bouche sèche et sa langue était résolument collée à son palais. Sinon pour sûr, Connor leur aurait offert une magnifique imitation d'une carpe empaillée.

Il était dans un monde parallèle. C'était la seule explication plausible.

Un monde parallèle dans lequel tous ses proches avaient été remplacés par des clowns sous acide.

_ Voyons M. Anderson, ricana Amanda. Pas besoin de tant de précautions, Connor n'est pas immunodéprimé.

Amanda reporta son attention sur le jeune homme et son masque de cordialité s'effaça furtivement pour laisser filtrer un regard noir à son attention. Son sourire resta cependant radiant lorsqu'elle poursuivit.

_ Et il ne mérite pas que vous vous ruiniez sur un tel lot d'analyses médicales.

Des années passées en la compagnie de sa manager lui permirent sans peine de lire les sous-titres de cette remarque : Connor ne méritait rien d'autre que son indifférence froide et austère, égale à l'indifférence générale de son public.

La remarque cinglante roula sur lui d'une façon presque réconfortante dans sa méchanceté. Il n'était pas dans une réalité alternative après tout. Hank avait lui aussi perdu de son humeur farceuse et observait Connor du coin de l'œil avec une moue soudain sérieuse.

_ Nous avons décidément des points de vue bien opposés sur de nombreux sujets, grogna sèchement Hank. Je pense justement que Connor mérite bien plus que des analyses inutiles ou des entrainements académiques à la noix. Je suis étonné que sa manager n'arrive pas à voir ça.

Le sourire faussement cordial d'Amanda tomba comme une pierre.

_ Ça n'est malheureusement pas à vous qu'il incombe de choisir ce qui est mieux pour lui et pour sa carrière, siffla Amanda, sa voix jusque-là mielleuse prenant soudain un ton glacial. J'ai accepté d'entendre vos premières suggestions parce que certaines semblaient en accord avec les bons conseils de son nouvel employeur mais toute cette coopération m'apparaît de plus en plus comme une mauvaise idée.

Amanda se retourna brusquement vers la sortie et Connor sentit son estomac tomber lourdement dans le fond de sa cage thoracique avec le reste de ses espoirs. Dans quelques secondes, sa manager allait l'inviter à la suivre, et certainement lui interdire de travailler avec Hank à l'avenir. Il pouvait déjà sans doute dire adieu à ces quelques heures de liberté par semaine, à son refuge, à ses amis – à Markus.

_ Attendez !

La demande de Hank, empreinte d'une pointe de panique, arrêta Amanda dans son mouvement vers la sortie mais celle-ci resta résolument dos à son interlocuteur. C'est seulement après avoir obtenu un soupir de capitulation qu'Amanda daigna se retourner pour écouter la suite de son argumentation. Le sourire satisfait qui étira furtivement ses lèvres disparut avant même que Connor ne puisse l'apercevoir et lorsqu'elle fit de nouveau face à Hank, les bras croisés sur sa poitrine et une moue contrite au visage, Amanda était de nouveau l'image parfaite de l'agacement.

_ Pardon, soupira Hank. L'idée de voir un de mes élèves échouer me rend un peu bougon. Je vous en prie, asseyez-vous.

Hank invita Amanda à prendre place autour des deux bureaux qu'ils avaient depuis longtemps installé au milieu de la pièce en guise de table de déjeuner et sa manager marqua une pause de quelques secondes avant de s'asseoir. Sans consigne particulière, Connor préféra rester près de son pupitre. Il avait depuis longtemps appris à se faire oublier – comme la plante verte qu'il était.

_ Si je ne m'abuse, commença Amanda. Vous aimeriez donc confronter Connor à des musiciens de genres différents, c'est bien ça ?

_ Entre autres, mais pas que, répondit Hank. Je pense qu'il lui faut aussi des loisirs et des activités qui le poussent hors de son train-train quotidien.

Avant qu'Amanda ne puisse objecter, il ajouta.

_ Ça va peut-être vous paraitre un peu hippie sur les bords mais je pense que la vraie musique ne peut transporter que si elle vient du fond du cœur. Et un cœur aseptisé ne pourra jamais faire mieux qu'un haut-parleur. Pour sûr, la technique sera irréprochable, mais ça n'est pas ce que le public attend.

Amanda se contenta d'un grognement pensif.

_ Je vois.

Connor la connaissait trop bien pour considérer cette affirmation comme une marque de son accord avec les propos de Hank. Elle demeura cependant dans le fond de sa chaise et n'offrit pas de remarque plus désobligeante, signe qu'elle n'était pas en total désaccord non plus. Sa précédente discussion avec Zlatko et sa révélation sur une nouvelle façon de charmer le public étaient de toute évidence les seules raisons pour lesquelles Amanda n'avait pas quitté la pièce en insultant Hank de charlatanisme. Il n'appréciait pas particulièrement Zlatko, mais il ne pouvait s'empêcher de lui être reconnaissant sur ce point.

Soudain, Amanda regarda sa montre avec insistance et Connor sentit la petite flamme de ses espoirs s'étouffer sous une bourrasque de panique. Cette rotation de poignet et ce regard insistant étaient le signe universel pour écourter une conversation. Il avait vu sa manager utiliser cette technique des dizaines de fois – si ce n'est des centaines de fois. Leur temps était compté et plus rien de ce qu'il pouvait dire ne marcherait en sa faveur – bien au contraire.

_ Connor, déclara Amanda d'une voix de nouveau mielleuse. Pourquoi ne profiterais-tu pas du reste de l'après-midi pour 'te sortir de ton train-train' ?

_ Je-

Pendant que son cerveau retournait la suggestion comme on manipule un carton de l'intérieur duquel résonne une minuterie suspicieuse, son éloquence s'envola comme une nuée d'étourneaux, le laissant incapable de répondre quoi que ce soit de plus. Heureusement pour lui, Amanda s'empressa de fixer une limitation à cette offre bien trop alléchante avant qu'il ne puisse leur offrir une imitation de carpe hébétée.

_ Tu seras raisonnable n'est-ce pas ?

Il referma la bouche avant de capituler.

_ Oui Amanda.

Amanda le considéra pendant plusieurs secondes, laissant son regard sévère et son silence insistant transmettre sa mise en garde. Il savait à quoi s'attendre s'il rentrait trop tard – encore une fois. Il baissa les yeux en signe de soumission. Il avait compris la leçon.

_ Tu peux disposer maintenant.

Gardant les yeux rivés au sol, il s'éclipsa sans demander son reste. Son sort et le contenu de son emploi du temps allaient se jouer dans cette pièce d'ici quelques minutes, et Amanda le voulait hors de son chemin pour tout orchestrer – comme d'habitude. La présence de Hank aurait dû le rassurer mais sa gorge se serra comme si l'on venait de le condamner à la peine capitale. Le plus déroutant était qu'il était à la fois angoissé à l'idée de passer sur la chaise mais aussi soulagé de voir son calvaire prendre fin. Pour couronner cette pièce montée d'émotions contradictoires, une petite chose frémissante continuait d'espérer après une disculpation surprise.

Éreinté par ces montagnes russes émotionnelles, Connor tituba hors du conservatoire tel une machine mal calibrée. Ses jambes ne répondaient plus correctement et il trébucha presque deux fois avant d'atteindre la sortie. Heureusement, les couloirs étaient presque déserts à cette heure et personne ne remarqua sa démarche chancelante ou la façon étrange dont il agrippait la main courante dans les escaliers à la sortie du bâtiment. Il était cependant bien trop absorbé par l'exercice de ne pas tomber pour s'en réjouir.

Amanda lui avait instruit de profiter de ce quartier libre pour engranger de nouvelles expériences - pas de dévaler la dizaine de marches du conservatoire la tête la première. Non, il ne voulait pas gaspiller ces quelques heures de liberté aux urgences et encore moins devoir subir les remarques condescendantes de sa manager sur sa négligence, son irrespect total de leur effort commun et comment ses égratignures allaient gâcher son shooting photo du weekend à venir.

Une petite voix sournoise lui fit soudain remarquer que, il n'avait peut-être pas besoin d'aller directement aux urgences et qu'un ami travaillant dans le milieu hospitalier pouvait tout aussi bien l'aider à soigner ses bobos – effacer ses plaies par une caresse délicate. Oui, il pourrait même réclamer un baiser magique sur ses écorchures ou un bouche-à-bouche tout à fait professionnel pour l'aider à se remettre de ses émotions.

L'idée lui tordit les tripes de la plus étranges des façons et il ravala un soupir presque déçu lorsqu'il atteignit le bas des escaliers. Son téléphone se matérialisa avant qu'il ne puisse questionner cette nouvelle tendance masochiste qu'il semblait développer.

[J'ai quartier libre jusque 18h]
[Tu veux qu'on se retrouve quelque part ?]

Son téléphone se mit à vibrer avec insistance et c'est seulement lorsqu'il baissa les yeux qu'il remarqua l'appel. Connor marqua un temps d'arrêt devant cette réalisation stupéfiante. Lui et Markus ne s'étaient, au final, jamais appelés.

_ Markus ?

_ Où es-tu, demanda-t-il. Là maintenant ?

L'empressement et le ton sec de sa demande prit Connor de court, le faisait presque balbutier.

_ Je viens de sortir du conservatoire. Pourquoi ?

Markus resta silencieux plusieurs secondes avant de répondre.

_ Retrouve-moi à l'entrée du parc à côté de l'église Woodward.

_ Euh.

_ Je t'envoie l'adresse. C'est à mi-chemin entre nos deux positions.

_ Ok.

_ On se retrouve là-bas dans quinze minutes.

_ Ok.

_ À tout de suite.

Son cerveau voulut lui partager son impatience réciproque à l'idée de le retrouver vite mais son cerveau l'abandonna lâchement, préférant plutôt une énième réponse monosyllabique. L'adresse que lui envoya Markus quelques secondes plus tard ne lui disait rien, mais heureusement pour lui, son GPS était bien plus performant que son traître de cerveau et il se mit rapidement en route vers leur lieu de rencontre.

L'église Woodward était engoncée dans un quartier sinistre aux ruelles noircies par des dizaines d'années de pollution et de pluie. Quelques échoppes miteuses, garages et autres ateliers animaient la rue mais l'église, elle, semblait abandonnée depuis bien longtemps. Les lourdes portes d'entrée avaient été recouvertes par des planches en bois brut et éclaté – un bois plus propice à la désacralisation inéluctable de toute porte condamnée en ville. Église ou non, celle-ci ne faisait pas exception à la règle et abordait moult tags et autres estampes urbaines plus ou moins convenables. Quelqu'un avait d'ailleurs trouvé drôle d'y dessiner un pentagramme à l'encre rouge, ses lignes déchirées formant un œil sanglant qui sembla le dévisager avec une insistance déroutante.

Ignorant le malaise qui lui parcourut l'échine, Connor contourna le bâtiment à la recherche du point exact de leur rendez-vous. Avec sa flore en jachère et ses deux arbres centenaires à la silhouette torturée encadrant le portail d'entrée, le parc attenant n'était guère plus engageant que le reste du quartier. Les pierres noircies du portail et le fer rouillé de la grille se dressaient tels des griffes sales et élimées, figées dans le temps par un sortilège ancien.

Derrière des arbustes indomptés de la haie d'enceinte, Connor aperçut le toit d'un kiosque victorien baigné par le soleil, une silhouette décharnée comme un testament élimé de ce que le parc avait pu être à une époque : un lieu de rassemblement, de communion en musique et de joie. Cependant, le temps avait réduit la structure à une ombre inquiétante et l'ambiance désormais post apocalyptique du lieu lui fit vérifier l'adresse encore une fois - juste au cas où.

C'était pourtant bien là.

Alors qu'il rangeait son téléphone, une main le saisit soudain par le bras et le tira en arrière.

Il se retourna immédiatement vers son agresseur, tous ses instincts en alerte rouge et ses pieds l'attirant déjà dans la direction opposée. L'inspiration suivante lui échappa en un soupir étranglé.

_ Markus !

_ Connor ! S'exclama le guitariste avec le même ton un peu trop haut perché. Félicitations !

Connor n'opposa aucune résistance lorsque Markus le captura en une étreinte pleine d'énergie et encore moins lorsque son compagnon le souleva partiellement du sol en faisant craquer plusieurs de ses vertèbres. Hank les lui avait déjà décollées en début de semaine, il n'était à une séance de kiné près. Une fois de nouveau les deux pieds sur terre et un peu moins compressé, Connor enroula ses bras autour de son ami et retourna l'étreinte à son tour.

Alors que le rire victorieux de Markus vibrait contre son sternum, une petite chose s'agrippa à ses cordes vocales et il ne put s'empêcher de frissonner sous l'étreinte. Il serra plus fort, imitant la petite chose, avant de laisser Markus s'éloigner.

_ Les dieux sont de nouveau avec nous ! S'exclama Markus. Je pensais vraiment que je ne te verrai pas avant la semaine prochaine au mieux.

_ C'est Hank qu'il faut remercier, rectifia Connor. Il a réussi à calmer ma manager in extremis.

Ces quelques minutes de tension l'avaient laissé fébrile et il pouvait toujours aussi bien imaginer le scénario alternatif où Amanda l'aurait trainé vers la sortie et enfermé dans l'appartement pour toujours. Ses boucles soyeuses poussaient avec une détermination et force remarquables pour un homme, mais il craignait de devoir attendre bien trop longtemps avant de pouvoir s'en servir pour donner accès à sa fenêtre à Markus.

Il chassa l'idée incongrue d'un mouvement de tête avant d'accorder à son cerveau fatigué que oui, sa présence ici ne s'était jouée qu'à un tout petit fil. Si Hank avait été un peu plus agressif, un peu plus longtemps...

_ A bien y repenser, remarqua finalement Connor. C'est aussi un peu à cause de lui que la conversation s'est envenimée.

Et aussi à cause de la remarque cinglante d'Amanda et son air de dédain tout à fait méprisable.

Le rire de son compagnon l'interrompit avant que son cerveau ne déraille de nouveau.

_ Quoi qu'il en soit, murmura Markus. Je suis content que tu sois là – j'avais quelque chose à te donner.

_ Ah ?

Sa demi interrogation resta sans autre réponse qu'un regard plein de tendresse et d'une pointe de malice. Avant qu'il ne puisse reformuler sa question, Markus le saisit par la main et l'invita à le suivre d'un signe de la tête. Malgré sa confiance absolue en son ami, le jeune chanteur ne put s'empêcher de freiner lorsque Markus s'engouffra sous la chaine un peu trop longue enroulée autour des barreaux de la porte.

_ Markus ?

Celui-ci se retourna avec un sourire espiègle qui laissa Connor le genou faible et la gorge serrée, déchiré entre l'appréhension de l'inconnu et ce désir insensé de prendre sa main et le laisser le kidnapper loin, très loin d'ici.

_ Promis c'est bien un parc. Le cimetière est de l'autre côté de l'église.

Pendant qu'une partie de lui s'étouffait sur la remarque qui était, il fallait être honnête, le pire argument au monde pour donner à quelqu'un l'envie de le suivre, Connor se laissa tout de même entrainer docilement vers l'intérieur du parc. Prenant bien soin de ne pas frotter ses vêtements contre le métal rouillé, il se faxa entre les deux battants sous le regard amusé de son compagnon. Celui-ci le réceptionna de l'autre côté, stabilisant son équilibre instable d'une main contre ses cotes et un sourire entendu lorsque Connor ne put retenir un faible juron sous l'intensité du frisson qui le traversa.

Cette journée haute en émotion lui avait laissé les nerfs à vifs et le rendait hypersensible à toute entrée sensorielle. Le bruit des feuilles des arbres, chahutées par la faible brise urbaine, était comme le crachin étourdissant d'une radio coincée entre deux stations. Le peu de soleil filtrant au travers les branches lui perçait la rétine à chaque foulée au travers du sous-bois qui les accueillait, tels milles poignards pleuvant du ciel, et il aurait pu jurer tenir une ligne haute tension dans la main plutôt que celle de son compagnon.

Le sentier étroit coincé entre la haie d'enceinte et une autre barre de buissons indomptés lui sembla soudain se resserrer sur eux alors que cette agitation gonflait en lui comme la plus menaçante des tempêtes et il douta soudain pouvoir tout contenir encore bien longtemps. Sa peau paraissait si peu épaisse et si peu solide pour retenir tout ce cocktail explosif qu'il fit presque demi-tour afin d'éviter à Markus de se retrouver dans l'épicentre de la déflagration.

Alors qu'il allait donner l'ordre à ses pieds de freiner, Markus les fit virer de bord.

_ Attention les pieds.

Après lui avoir fait enjamber une souche en décomposition sur le bas-côté, Markus l'entraina dans le sous-bois avec la même démarche assurée, filant au travers la flore comme si le sol était pavé de pierres dorées et non recouvert d'un épais tapis de ronces. Ravalant un autre juron, Connor aborda le tapis d'épines avec autant de précaution et de panique que si le sol avait été recouvert de vipères. Le rire cristallin de son ami résonna devant lui et Connor lui aurait certainement répondu par un regard accusateur si le geste ne nécessitait pas de quitter des yeux les milles dangers qui menaçaient ses chevilles.

_ Attention la tête.

Bon sang mais Markus essayait de le tuer ou quoi ? il s'abaissa juste à temps pour éviter la branche basse que son ami avait relevée au mieux mais il ne put s'empêcher de partager son doute grandissant.

_ Markus, où diable m'emmènes-tu ?

_ On y est ne t'inquiète pas.

Une nouvelle branche leur barrait la route, un paravent de feuilles que Markus releva juste assez pour le laisser passer et sous lequel il se glissa non sans mal. Lorsqu'il se redressa pour prendre en compte son nouvel environnement, Connor fût soudain frappé par l'impression d'avoir été projeté dans un monde aussi loufoque qu'imaginaire, tel Alice entrant au pays des merveilles. Il se frotta les yeux pour dissiper l'illusion – en vain.

Là où il avait cru n'apercevoir que le gris de la pierre et des branches dévitalisées, Connor fut accueilli par une explosion de couleurs et de formes harmonieuses, de bruit de fontaine et d'oiseaux gazouillants gaiement – une bulle de quiétude loin de la folie urbaine. L'atmosphère idyllique était surréaliste, toute droit tirée d'un conte de fée et le décalage incongru piqua soudain tous ses instincts alors qu'il s'imaginait déjà devoir fuir un soldat de pique, qui les chasserait une lance à la main pour rapporter leur tête à la dame de cœur.

C'est sans doute pour cela qu'il ne put s'empêcher de sursauter lorsque du mouvement attira son attention dans l'ombre de l'église.

Avant qu'il ne se ridiculise devant Markus, son cerveau reconnut la silhouette pour ce qu'elle était : deux jeunes femmes avec une bêche, jardinant dans un terre-plein au pied de l'église. L'une des deux se redressa pour faire craquer quelques vertèbres malmenées par sa position voûtée. C'est seulement après un grognement soulagé, les mains sur les reins, qu'elle remarqua les deux intrus.

_ Markus ! Quel bon vent t'amène ? Tu nous ramènes un nouveau jardinier ?

_ Salut les filles ! Répondit Markus avec un large signe de la main. J'ai bien peur de ne venir aujourd'hui qu'en tant que simple promeneur.

La réponse joviale de Markus fut accompagnée de rires tout aussi amusés et bien vite les trois comparses se lancèrent dans un échange de banalités, rattrapant le temps perdu depuis leur dernière rencontre. Son cerveau décrocha tout aussi rapidement.

Connor n'avait pas l'habitude d'être aussi distrait quand on lui présentait quelqu'un. Mais il ne pouvait pas se sortir de la tête la précédente promesse de Markus d'avoir quelque chose à lui donner. Seulement quelques bribes parvenaient à son cerveau, mais sans contexte, et sans capacité de processeur disponible, il ne pouvait faire grand sens du peu qu'il arrivait à capter de la conversation en cours.

_ Ça fait un mois qu'on a pas vu Ruppert, depuis son embrouille avec Jerry.

Une des deux jeunes femmes, celle qui abordait une chevelure d'un bleu profond, lui envoya un regard en chien de faïence, avant de reporter son attention sur Markus et de murmurer un peu gênée.

_ Enfin tu sais bien.

Qu'elle se rassure, Connor était bien la dernière personne qui pourrait divulguer quoi que ce soit de cette conversation. Son cerveau avait déjà tout effacé, et il trépignait désormais, comme un enfant le matin de Noël à qui on demande d'attendre que le reste de la famille soit levée avant d'entamer le déballage de la montagne de cadeaux au pied du sapin. La conversation avait de nouveau migré sur le jardinage quand Markus se retourna vers lui.

_ Mais j'en oublie mes bonnes manières. Echo, Ripple, je vous présente Connor, notre nouveau violoncelliste et membre à part entière de Jericrew.

L'annonce fut comme une gifle en plein visage, qui eût le mérite de lui remettre les idées en place. Leurs expérimentations musicales étaient de plus en plus fructueuses mais il n'avait pas réalisé qu'il avait officiellement intégré les rangs du groupe malgré le peu de temps qu'il arrivait à leur consacrer. Milles protestations se pressaient à ses lèvres pour mitiger les propos de son ami, mais déjà leurs interlocutrices s'en émerveillaient.

_ Violoncelle classique ? Pour de vrai ? J'ai hâte de voir comment vous avez réussi à l'intégrer dans vos morceaux !

_ Ça nous a pris pas mal de persuasion mais le rendu est à couper le souffle.

_ Markus…

La plainte sortit de sa bouche en un croassement gêné qui ne manqua pas d'arracher un rire tendre à son compagnon. Celui-ci se retourna vers les deux jeunes femmes et il lutta de toutes ses forces pour résister à l'envie d'aller se cacher derrière un arbre pendant que Markus abrégeait la conversation.

_ Le patio est toujours accessible ?

_ Oui, acquiesça la jeune femme. C'est notre endroit préféré. Il est toujours choyé en conséquence.

_ C'est compréhensible. Je peux vous l'emprunter une petite heure ?

_ Je t'en prie. Ce parc nous appartient autant qu'à toi.

_ Merci !

Markus leur laissa quelques secondes de salutations mutuelles avant d'entraîner Connor à sa suite. Celui-ci se laissa guider de nouveau vers l'intérieur du parc, un peu moins inquiet pour ses chevilles maintenant qu'ils avaient quitté le parterre de ronces mais tout aussi distrait par la situation pour réellement profiter du décor. Il bouillait désormais d'impatience, et la vibration avait définitivement sorti de sa torpeur le dragon qui s'était rendormi sous le stress des derniers jours. Il était désormais bien éveillé, grondant dangereusement au fond de ses entrailles, son souffle brûlant lui arrachant un nouveau frisson alors que Markus leur faisait contourner le kiosque.

La structure du kiosque était entièrement recouverte de plantes grimpantes aux fleurs éclatantes et dont l'odeur lui chatouilla les narines avant même de pénétrer à l'intérieur de l'alcôve. Seule la charpente du toit semblait épargnée par l'intrusion végétale mais ça n'empêchait pas plusieurs branches de tenter leur chance sur cette surface à la gravité défavorable. Quelques centimètres la tête à l'envers suffisaient généralement à les en dissuader et retourner sur le treillis en bois installé sur toutes les ouvertures du kiosque et qui transformaient la structure autrefois ouverte en une petite cabane presque entièrement fermée. La grotte végétale ainsi formée était effectivement parfaitement entretenue et Connor s'accorda une fraction de seconde pour en apprécier la beauté – mais pas une de plus.

Sous le couvert de la végétation qui les isolaient aussi bien du bruit de la ville que des regards indiscrets, toute son attention se reporta sur Markus, et ce mystérieux cadeau qu'il voulait lui faire. Des milliers de scénarii se pressèrent à son esprit et, quand il les aurait tous immédiatement repoussés en enfonçant son visage cramoisi dans ses mains quelques mois plus tôt, il les accueillait désormais avec délectation.

Une petite chose alla même à vouloir en mettre plusieurs en pratique, mais Connor ravala son ardeur avant de s'éclaircir la voix.

_ J'espère que tu ne m'as pas fait venir jusqu'ici pour m'offrir des fleurs.

Markus eut un gloussement amusé avant de s'approcher d'un pas.

_ Non, ça n'était pas ce que je t'avais promis.

Baignant depuis plusieurs minutes dans un mélange bitumineux d'endorphine et d'essences en provenance directe de ses désirs les plus inavouables, ses neurones eurent du mal à se souvenir de ce que Markus avait bien pu lui promettre. Au fond d'un tiroir, quelqu'un lui souffla le mot champagne mais il renvoya l'idée d'où elle venait en un froncement de sourcil. Il avait observé son compagnon avec assez d'attention pour savoir qu'il ne cachait pas de bouteille de champagne sur lui – ou alors.

Des ballons ? Non. Ça n'aurait aucun sens.

Markus avança d'un autre pas tout en cherchant quelque chose dans la poche arrière de son jean.

Avant que Connor ne puisse lui demander quoi, Markus extirpa sa main de sa poche et, en un geste fluide, libéra une poignée entière de petits projectiles au-dessus de leurs deux têtes. Connor ferma presque les yeux par réflexe - jusqu'à ce que la nature desdits projectiles ne s'impose comme une évidence :

Des confettis.

Aussi inattendue que sincère, une bulle de rire éclata au creux de sa poitrine alors qu'une pluie de papier tombait lentement autour d'eux. Il les observa glisser sur le crâne presque rasé de son compagnon avant de lever les mains pour se protéger de ceux qui tombaient encore sur lui. Sa chevelure bouclée – et un peu trop longue ces derniers temps – était certainement le meilleur piège à confettis au monde. Le sourire amusé de Markus alors que celui-ci observait la scène confirmèrent ses craintes mais il se trouva incapable de trouver quoi que ce soit à redire sur l'attaque surprise de son ami.

Il observa le dernier petit bout de papier tomber au sol avant de reporter son attention sur Markus. Celui-ci le regardait avec un air excessivement amusé qui lui laissa craindre le pire.

_ J'en ai plein des cheveux c'est ça ?

_ S'il n'y avait que les cheveux…

Connor passa énergiquement une main sur le dessus de sa tignasse, de façon à se défaire du plus gros des envahisseurs, mais un nouveau gloussement lui indiqua que son geste n'avait pas été aussi fructueux qu'espéré. Il ne put s'empêcher d'envoyer un regard accusateur en direction de son ami, sa bouche toujours étirée en un sourire incontrôlable brisant cependant toute la crédibilité de son reproche. Il roula des yeux pour la forme.

Le sourire de son compagnon prit soudain une tournure plus malicieuse, et Connor eut la naïveté de croire que sa fausse exaspération était à l'origine de ce changement - mais c'était avant que Markus ne vienne rechercher une poignée de confettis dans la deuxième poche de son jean.

De nouveaux, une pluie multicolore leur pleuvait dessus.

_ Markus !

_ Félicitations !

Connor feint un soupir exaspéré, mais son visage refusa de collaborer à tout autre expression qu'un sourire incontrôlable. Il resta bêtement sous la pluie de petits papiers, attendant la fin avant de s'ébrouer de nouveau. En face de lui, Markus rigolait doucement, ses vêtements toujours couverts de confettis.

_ Ton SMS suffisait, accusa Connor en continuant de s'épousseter

_ On ne félicite jamais trop les gens, répondit fièrement Markus. Et puis je trouve que ce nouveau style de carnavalier éméché te sied à ravir.

Bon sang à quoi pouvait-il bien ressembler ?

_ Je dois surtout avoir l'air d'un clown.

Il se pencha en avant de façon à estimer l'étendue des dégâts. Un seul coup d'œil suffit à lui arracher un grognement. Là, dans chaque pli de son pantalon, de sa veste ou même de son écharpe, des petits points de couleur le narguaient, toujours plus nombreux et toujours mieux logés à mesure qu'il avançait dans son inspection. Bon sang, comment ces morceaux de papier pouvaient atterrir à de tels endroits ? La gravité ne s'appliquait donc pas à leur corps ?

Lorsqu'il se redressa pour faire part de sa constatation à Markus, Connor se retrouva soudain dans l'ombre, son espace personnel assombri par la présence amusée de son compagnon qui s'était encore approché. S'il parvint à ne pas sursauter, Connor se trouva incapable de se souvenir des mots à deux doigts de quitter ses lèvres quelques secondes plus tôt.

Markus l'observait avec amusement, croisant fugacement son regard avant de faire lui aussi un état des lieux complet des dégâts. Il extirpa quelques confettis tombés sur les épaules du jeune chanteur avant de laisser échapper un grognement approbateur.

_ Moi je trouve ça plutôt sexy. Ça change un peu de ton sérieux habituel.

Sexy ?

Markus devait avoir des confettis dans les yeux.

Sauf que non, ses cheveux courts n'avaient pas autant ralenti la course de ces maudits bouts de papier et Markus avait été au final plutôt épargné par les pluies successives. Son sweater était aussi beaucoup plus ajusté que la veste rugueuse de Connor et offrait en conséquence, moins d'accroches. Non, seuls quelques confettis s'étaient arrêtés sur ses épaules et sur la poitrine de son compagnon, retenus plus par la carrure se dessinant délicatement sous le tissu que le tissu en lui-même – sauf peut-être au niveau du col improbable que seul Markus savait porter. Un col comme une invitation. Une fente, un bout de tissu déchiré et laissé là, replié, et éternellement coincé entre l'option de le recoudre dans sa position initiale de col rond ou celle de finir le travail et de le déchirer jusqu'à la ceinture.

L'idée s'ancra dans son cerveau comme une marque au fer rouge et Connor se trouva soudain hypnotisé par ce col et toutes ses possibilités.

Plusieurs confettis avaient profité de cette ouverture incertaine, glissant sur l'arrondi du tissu et s'arrêtant contre la peau hâlée du jeune homme en attendant patiemment que celui-ci ne bouge encore pour glisser au chaud et dévaler la cascade d'abdominaux que Connor pouvait deviner sous le vêtement. C'était une autre habitude vestimentaire de Markus que de ne jamais rien laisser à l'imagination, mais Connor la trouvait soudain insuffisante. Ravalant un juron, il maudit ces fichus confettis, pestant de les voir se repaitre d'une vue qu'il n'avait pu qu'apercevoir sur une miniature pixellisée et de les voir se coller sur une peau qu'il aurait voulu découvrir lui aussi.

Ses doigts cédèrent sous la jalousie avant que son cerveau n'autorise l'attaque.

Il commença par chasser les quelques confettis arrêtés sur la poitrine de son compagnon, à gauche, puis à droite, avant de s'occuper de ces petits impertinents au niveau du fameux col. Animé par une flamme nouvelle, il s'installa comme la poule vengeresse sur son auge de grains, une main fermement plaquée sur le pectoral divinement ferme de son ami pendant que la deuxième venait arracher chaque confetti un à un, les pinçant entre ses doigts avant de les jeter au loin.

Les premières secondes de cet épouillage spontané suffirent à apaiser la petite bête hirsute qui sifflait de jalousie au fond de sa gorge mais celle-ci abandonna les commandes pour laisser place à une autre bête, plus dangereuse et plus imposante que son habituel dragon – une chose presque liquide qui prit lentement possession de son corps. Il la sentit s'immiscer dans son bras d'abord, remonter le long de son poignet comme une de ces plantes grimpantes jusqu'à venir remplir chacun de ses doigts de façon à se repaitre de la chaleur de ce pectoral frémissant sous sa peau.

Le contact lui arracha un frisson et c'était comme si cette chose liquide avait soudain explosé en lui, remplissant son corps entier d'un mélange brûlant de désir. Le choc le laissa sans voix, sa vision oscillant au rythme affolé de son palpitant. Quand il put de nouveau faire le point, ses yeux furent immédiatement attirés vers une tâche éclatante de couleur : le dernier confetti à avoir évité sa session de purification. Celui-ci était coincé sur le revers du col, presque disparu – presque parti se cacher contre la peau défendue. La vision lui arracha un grognement vengeur.

L'opération nécessitait la plus grande précision et la plus grande promptitude, aussi il agrippa le col d'une main ferme avant de venir pincer le confetti. Il lui lança un dernier regard avant de l'envoyer balader.

Il allait s'adonner à une nouvelle inspection lorsque les mains de Markus passèrent furtivement dans son champ de vision et il sentit son écharpe glisser le long de sa peau, comme un boa constricteur s'enroulant autour de sa gorge. Le mouvement le fit sortir de sa torpeur.

Markus l'observait droit dans les yeux tandis que ses doigts finissaient de le débarrasser de son écharpe. L'air automnal frappa la peau de sa gorge comme la morsure d'une lame en métal, mais Connor ne chercha nullement à se protéger. Il resta immobile sous le regard brillant de Markus. L'ombre d'un sourire relevait toujours un coin de sa bouche mais Connor y vit plutôt un challenge qu'un réel signe d'amusement. Le haussement de sourcil, alors que son compagnon secouait sèchement son écharpe pour la débarrasser de tout confetti, confirma son intuition.

Markus s'était laissé épouiller sagement, malgré la délicatesse toute relative du jeune chanteur. Connor pouvait bien subir le même traitement sans broncher – n'est-ce pas ?

Son écharpe fut jetée sur un des bancs installés en cercle à l'intérieur du kiosque mais Connor ne prêta que très peu d'attention à son atterrissage, trop occupé à surveiller Markus alors que celui-ci continuait son effeuillement.

Effectivement, la solution de retirer le vêtement contaminé pour le secouer et le débarrasser de tout confetti était une solution bien plus rapide que de venir picorer chaque morceau de papier un à un. Il reporta son attention sur le t-shirt improbable de son compagnon. Peut-être aurait-il dû procéder de la même manière. Il aurait ainsi pu vérifier si aucun confetti ne s'était glissé au-dessous. Indécis et soudain plein de regrets, Connor considéra cette occasion manquée avec une moue boudeuse.

S'il avait su.

Une expiration amusée ramena de nouveau son attention sur Markus. Celui-ci leva de nouveau un sourcil espiègle avant de venir glisser ses deux mains sur les clavicules du jeune homme. Connor se força à ne pas sursauter, tout comme Markus n'avait pas bronché lorsqu'il lui avait picoré le torse de ses doigts vengeurs. La technique était définitivement plus calme, plus délicate - et horriblement plus sensuelle. Son sourire perdant progressivement de son amusement, Markus appliqua la plus légère des pressions avant de laisser glisser ses mains brûlantes vers les épaules du jeune chanteur, insérant ses doigts entre la doublure de son manteau et ses épaules de façon à lentement débarrasser Connor de sa veste.

Comme son écharpe, celle-ci fut sèchement secouée avant d'effectuer une magnifique parabole en direction du banc le plus proche. Elle retomba en un bruissement sec, sans ricochet, signe que Markus avait visé dans le mile – une fois de plus. Une performance d'autant plus remarquable que son attention était concentrée sur une tout autre chose que ce mobilier urbain ou l'élément de garde-robe fraîchement débarrassé de ses confettis.

Sans écharpe, et désormais uniquement vêtu d'un sous-pull presque aussi fin que celui de Markus, Connor se sentit soudain nu. Le frisson qui le traversa n'avait cependant aucun lien avec l'air frais qui les entourait. Il n'avait pas froid. Non. Il bouillonnait, réchauffé de l'intérieur par ce mélange brûlant qui pulsait en lui comme une mer agitée. Lorsque Markus vint délicatement passer une main dans ses cheveux, une houle furieuse frappa sa poitrine de la plus délicieuse des façons.

Chahuté par le ressac, le capitaine accroché à la barre de son bateau maintenait son cap tant bien que mal, rappelant à son équipage que cette caresse n'était là que pour le débarrasser de ces maudits confettis. Les membres de l'équipage ignorèrent son rappel, sourds à toute musique autre que le chant de la sirène en face de lui – et la délicate caresse des doigts contre son cuir-chevelu.

Son échine soudain plus souple qu'un roseau ne résista pas plus longtemps et il laissa Markus attirer sa tête en arrière, fermant ses yeux sous l'abandon total. Il sentit la houle retomber lourdement en son bas-ventre, l'impact lui coupant momentanément le souffle comme si on venait de lui plonger la tête sous l'eau. Sentant certainement sa soudaine crispation, Markus le ramena en avant, stabilisant sa tête en une position verticale – enfin aussi verticale que son soudain vertige voulait bien lui laisser entrevoir.

Les genoux faibles et la tête remplie d'écume, Connor se raccrocha aux récifs tant bien que mal, ses doigts cherchant une prise pour rétablir un semblant d'équilibre. Il agrippa un biceps, un pan de t-shirt. Aucun des deux ne semblait pouvoir lui offrir la stabilité recherchée aussi il changea sa prise : un trapèze musclé, un coin de ce fichu col – en vain.

Ce fut finalement Markus qui lui apporta la solution, attrapant délicatement son visage entre ses deux mains avant de venir happer ses lèvres en un baiser conquérant.

La mer enragée n'était plus qu'un bruit rassurant à l'arrière de son esprit, un doux chant de vagues et d'écume s'échouant sur la plage. Il était désormais allongé sur la terre ferme et familière, son corps à demi nu étalé sur du sable chaud pendant que la sirène qui l'avait fait tomber à l'eau le ramenait à la vie. Il s'agrippa plus fort, déjà esclave de cette nouvelle expérience – de cette langue avide qui dansait avec la sienne, de ce corps ferme qui frémissait sous ses doigts, ces épaules larges supportant facilement le poids de ses mains, cette nuque puissante et ces cheveux drus.

Il s'émerveilla de toutes ces petits détails pendant de longues minutes – et Markus sembla en faire de même, ses mains comme deux soldats en reconnaissance, avançant sans aucune hésitation, avec des gestes efficaces et bien rodés. Il les sentit descendre vers le sud, glissant sur ses flancs, suivant la courbe de son échine et créant milles vaguelettes de plaisir sous leurs pas. Lorsque les deux mains brûlantes de son compagnon s'arrêtèrent sur le creux de ses reins, les vaguelettes avaient muté en une vague vrombissante, une ondulation puissante qui mût son échine jusqu'à ce qu'il se retrouve pressé contre ce corps divin. Markus gronda son approbation et il le sentit agripper ses hanches avec un peu plus de force pour l'attirer encore un peu plus contre lui, le geste pressant alors les totems de leur désir partagé l'un contre l'autre.

Un éclair brûlant le traversa de part en part, arquant son corps en une courbe frémissante qui l'obligea à rompre le baiser. L'air s'était transformé en sable brûlant qu'il n'eut pas d'autre choix que d'avaler à la recherche de quelques atomes d'air, quelques atomes d'oxygène salvateurs – quelque chose pour calmer le tremolo de sa respiration et les vibrations qui le parcouraient encore comme d'innombrables répliques. Tel une corde trop tendue, Connor frémissait à chaque contact et le souffle amusé au creux de sa nuque lui arracha un grognement tiraillé.

Markus fit soudain remonter ses mains le long de ses flancs jusqu'à les laisser reposer sagement au niveau de sa taille.

_ Désolé, souffla Markus.

Désolé ?

L'excuse lui fit relever la tête, son cerveau imaginant soudain le pire.

_ Je m'étais promis de garder un tempo lent pour ne pas précipiter les choses, lui expliqua-t-il en baissant fugacement les yeux vers ses lèvres entrouvertes. Mais il est dur de résister à ton charme.

La clarification apaisa son appréhension mais son cerveau profita de l'interruption pour prendre de nouveau la main sur les commandes et s'empressa de mettre la sourdine sur la douce musique de leur passion. Il en entendant encore le tempo, une basse sourde et régulière, comme le ronronnement d'un chat endormi – bien loin du crescendo enragé sur lequel ils avaient dansé quelques secondes plus tôt. L'air quitta ses poumons en un soupir tremblotant, une question pétulante frappant déjà à l'arrière de ses lèvres devant ce freinage intempestif : pourquoi garder un tempo lent ?

_ Je croyais qu'on s'en fichait du tempo, rappela-t-il alors que ses mains se refermaient sur le col de son compagnon. Que j'étais roi et pouvais imposer mon rythme aux musiciens.

Markus l'embrassa brièvement, non sans un rire sec et un roulement d'yeux.

_ Effectivement, Monsieur j'écoute-beaucoup-trop-bien-en-classe. Mais je ne suis pas sûr de savoir m'arrêter à temps. Je-

Connor observa son compagnon détourner les yeux en s'humidifiant les lèvres, ruminant plusieurs phrases avant de soupirer de défaite – une vision déroutante, lui qui était d'habitude si confiant.

_ Il y a des choses que je voudrais faire avec toi, lui avoua Markus. Des choses totalement impies pour le paladin que tu es, et je préfère être sûr que l'on soit sur la même page avant de commencer, car je ne saurais pas si j'aurais la force de m'arrêter dans le cas contraire.

_ Et si je n'avais pas envie que tu t'arrêtes ?

La question quitta ses lèvres avant que son cerveau ne puisse la censurer. Il n'aurait peut-être pas beaucoup plus d'occasion de voir Markus à l'avenir et il ne pouvait pas repartir pour des semaines de disette en quittant Markus seulement sur ce baiser et sur cette étreinte suspendue dans le temps. Connor pouvait sentir l'instabilité de leur position, dans le frémissement des muscles sous ses doigts, attendant juste une impulsion pour de nouveau dévaler les pentes abruptes de leur passion, qu'une caresse sur ce corps ferme contre lui, un baiser sur cette gorge palpitante à quelques centimètres de son visage, cette peau comme une invitation à la découverte sensorielle

Un grognement désespéré le tira de sa rêverie, reportant son regard sur son compagnon. Markus l'observait attentivement, ses yeux presque entièrement noirs rivés sur lui.

_ Bon sang Connor, croassa Markus avant de détourner le regard. Je suis toujours en train de considérer l'option de te plaquer contre un des poteaux et de te faire une fellation jusqu'à ce que tu chantes mon nom. Je n'ai vraiment pas besoin que tu viennes faire l'avocat du diable…

La sincérité crue de son compagnon – et surtout cette accusation particulièrement ironique – le laissa pantois, figé dans un entre-deux d'émotions qu'il ne savait pas trop comment interpréter. La suggestion avait retiré la sourdine de sa libido, brouillant sa vue momentanément sous la clarté de son désir, mais elle avait aussi réveillé la petite voix de sa bienséance qui s'offusquait déjà. Ici ? Presque en public et contre la structure miteuse d'un kiosque recouvert de branches – et certainement d'une foultitude d'insectes ? Debout et sans pouvoir profiter de la peau nue de son compagnon ? Sans protection ?

Markus secoua la tête devant son silence avant de l'attirer vers lui en une étreinte rassurante.

_ Tu vois, murmura-t-il. Je suis déjà un chapitre en avance sur toi.

_ Non, mentit Connor. C'est juste que...

_ Tu préfèrerais l'ambiance calfeutrée d'une chambre, l'interrompit Markus. Et tu préfèrerais certainement avoir un lit à disposition.

Connor s'écarta brusquement, prêt à demander à son compagnon si la télépathie faisait partie de son attirail de pouvoirs démoniaques, mais Markus ne lui laissa pas le temps de poser la question avant de caresser doucement son visage.

_ Oui, tu mérites un matelas moelleux sous ton corps nu et couvert de sueur, des draps aussi, quelque chose pour t'agripper pendant que je t'amène lentement vers le septième ciel.

L'image fut comme un coup de pied dans la fourmilière de sa libido, comme des millions de grains de sable, projetés contre sa peau par une rafale impitoyable du Sahara. Oui. Oui il aurait tout donné pour avoir l'occasion de tester ces choses – et peut-être plus encore. Mais aucune de ces options n'était hélas, disponible dans l'immédiat.

_ Tu es pire que le diable, souffla finalement Connor. Tu plantes des idées dans mon esprit, tu les arroses avec abondance par toutes ces images alléchantes – mais tu n'en fais rien.

Markus expira un souffle amusé avant de poser son front contre le sien.

_ Je les laisse pousser jusqu'à la récolte prochaine, lui expliqua Markus. Quand elles seront mûres à point.

L'explication résonna en lui comme une promesse de longs mois de cette torture délicieuse et le grognement qui quitta ses lèvres était tout aussi proche du gémissement de plaisir que de désespoir. Markus soupira d'amusement – cet enfoiré – avant de venir caresser ses omoplates en un geste plus réconfortant qu'aguicheur. Quelques minutes suffirent à faire retomber son agacement et la caresse régulière finit par les enfermer tous deux dans une bulle de quiétude dont il n'avait pas eu l'occasion de profiter depuis de nombreuses années.

La bulle dans laquelle Markus les avait plongés était entièrement étanche au monde et au concept même de l'écoulement du temps. Plus rien n'avait d'importance à part Markus et son étreinte, comme si les lois de la physique avaient toutes le même dénominateur commun : Markus.

L'air qu'il respirait était chaud, réchauffé par leurs respirations combinées. Son corps était maintenu à température malgré la fraicheur de l'air extérieur grâce à son compagnon pressé contre lui et Connor savait que s'il devait tomber, la gravité le conduirait tout droit vers Markus. Comme pour confirmer les supputations du jeune chanteur, Markus resserra justement son étreinte avant de faire un pas en arrière – puis un deuxième.

Titubant à la suite de Markus, Connor eut tout le mal du monde à se détacher. Deux mains finirent par l'arracher à sa gravité. Il cligna plusieurs fois des yeux, ébloui par le sourire de son ami.

_En attendant, lui proposa soudain Markus, un sourire tendre au visage. Que dirais-tu de te promener dans ce merveilleux jardin en ma compagnie et de me raconter tout ton weekend à New York ?

Lui raconter comment il avait passé la moitié de son temps dans les transports ? comment il avait partagé une chambre tout juste correcte avec sa manager pour deux petites heures à l'opéra et quelques minutes à chanter ?

Markus dût lire son désamour pour sa suggestion car il fut rapide à lui présenter une contre-proposition.

_ Ou bien on peut s'installer ici et continuer à te débarrasser de ces petits confettis que tu sembles tant détester.

L'option piqua son attention de la plus curieuse des façons. La proposition pouvait être innocente, mais elle réveilla en lui une chose jusque-là assoupie – une chose alerte et vive d'esprit, se faufilant à l'arrière de son cerveau en égrenant des suggestions comme des petites miettes de pain. Sous le couinement espiègle de cette petite chose, Connor ramassa le premier bout de pain, réfrénant un sourire devant l'extravagance de ce chemin qu'il allait suivre.

Empoignant tout son courage à bras le corps, Connor glissa une main sur le grand muscle dorsal de son compagnon avant de descendre inexorablement vers le sud. Le geste lui valut un soulèvement de sourcil étonné et un regard surpris qu'il soutint sans ciller, ni justifier son geste. Il maintint le cap, sans une fois détourner le regard – même pas lorsque les sourcils de Markus se froncèrent en une ligne perplexe alors qu'il glissait une main dans sa poche. Le galbe délicieux de ce fessier défendu détourna une partie de ses neurones, mais Connor se fit violence pour en garder juste assez pour mener sa mission à terme.

Markus en devina l'objectif quelques secondes plus tard et un sourire amusé lui fendit le visage de part en part.

Connor tenta de garder son sérieux jusqu'au bout mais il ne put résister bien longtemps. Le sourire de son compagnon était bien trop contagieux – et puis il était démasqué de toute manière.

Qu'à cela ne tienne.

Il referma sa main sur une petite poignée de confettis avant de les projeter au-dessus de leurs têtes.


2020/12/13:
Markus: alors tu vois Connor, ça, c'est un magasin de bonbon
Connor: (
)
Markus: Connor?
Connor: ! *se jette tête la première dans un tonneau de bonbecs*
Markus: Doucement Connor!
Connor: *s'étouffe sur les bonbons mais continue d'en mettre dans sa bouche*
Markus: Stop Connor! STAAAAHP!
TROP TARD. LE DRAGON A ÉTÉ LIBÉRÉ! °(❂Д❂)°

Ça y est! les deux tourtereaux ont enfin fait leur nid! Hank va pouvoir se faire un plaisir de les charrier pour de vrai maintenant :D

Je ne promets pas de mise à jour d'ici Noël mais on va voir ce qu'on peut faire pour le 31 en fonction du temps et de la motivation ;)
Des gros poutoux!