La nuit avait été très courte et le feu de la cheminée qu'ils avaient fini par allumer avant de dormir n'y avait pas survécu. Frissonnant à la faveur d'un léger courant d'air, Oscar agrippa un morceau de drap dans un demi-sommeil pour s'en recouvrir. Elle avait très peu dormi durant cette nuit et entendait rattraper le maximum de sommeil en retard. Mais le soleil ne l'entendait pas de cette oreille, et il eut tôt fait de les couvrir tous les deux de ses puissants rayons puisqu'ils avaient commis l'erreur de s'endormir sans tirer les lourds rideaux du baldaquin qui auraient dû les protéger.
Grognant légèrement, Oscar se décala afin d'éviter le facétieux rayon lui avait décidé de venir lui chatouiller l'œil. Avec satisfaction, ce mouvement la propulsa dans les bras bien accueillants de son tout nouvel époux qui ne se fit pas prier pour la serrer contre lui instinctivement. Ah voilà, il faisait bien plus chaud ici, pensa-t-elle en se pelotonnant dans ses bras, se rendormant illico.
Sortant à son tour des limbes du sommeil, Alain s'étira et reprit Oscar dans ses bras, un sourire rayonnant sur son visage. Bon sang il venait de passer la nuit à lui faire l'amour, enfin, elle était son épouse. Il était un foutu veinard et il était sacrément fier de lui : épouser une telle femme, ce n'était pas donné à tous les hommes et il se sentait privilégié. Il la sentit soupirer de contentement contre son torse contre lequel elle s'était blottie. Ouais, il était vraiment un foutu veinard, il n'y avait pas à tortiller des fesses !
Le bruit de son ventre qui gargouillait la fit pouffer de rire contre lui. « Désolé, » lui dit-il penaud. « Allons découvrir la cuisine, » proposa-t-elle, ouvrant finalement les yeux pour faire face à un mari qui semblait ennuyé de lui avoir proposé un tel réveil. Il était d'ailleurs curieux de sa réaction, comment allait-elle réagir après cette première nuit dans ses bras ? Elle s'étira à son tour, voluptueusement. Bon sang si elle continuait, jamais ils n'atteindraient la cuisine pour manger, comme elle était belle sa femme, il ne pourrait se contenter de la dévorer du regard bien longtemps.
Elle se leva finalement, dans la glorieuse nudité qui était auréolée des rayons matinaux du soleil, cherchant à retrouver la longue robe de lin qui la protègerait du froid. Elle lui jeta la sienne au visage, amusée et flattée de le voir la dévorer du regard. A la lumière du jour, il remarquait de nouveaux détails et se dit que même au moment où il aurait la chance et le bonheur de connaître son corps par cœur, il ne se lasserait jamais de la découvrir encore et encore. Enfilant la chemise , il se leva également, la rattrapant et lui prenant la main, gagnant au passage un sourire qui l'éblouit.
Ils firent le chemin vers la cuisine rapidement, ils mouraient de faim tous les deux. Oscar observait les lieux, réalisant vraiment qu'il s'agissait désormais de sa nouvelle demeure. C'était un sentiment étrange, elle ne s'était jamais vraiment imaginée vivre ailleurs qu'à Jarjayes ou même Arras jusqu'à présent. « Ça te plait ? » s'enquit son tout nouvel époux, soudainement inquiet. Il s'était peut-être trop avancé avec cette demeure ? Après tout son beau-père leur avait officiellement légué Arras. Un pied à terre parisien ne serait pas du luxe néanmoins. Elle s'arrêta dans sa contemplation, elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle s'était arrêtée en plein milieu du foyer, avant de descendre vers la cuisine.
« Pardon, je regardais un peu, hier soir tout était très sombre, » lui expliqua-t-elle. « Ça mérite un gros ménage, mais ça sera toujours mieux que de m'imposer chez Rosalie et Bernard, » lui répondit-elle dans un sourire. Il lui prit la main à nouveau et la guida dans les escaliers, les descendant lentement, regardant lui aussi, elle lui avait demandé la veille s'il avait des souvenirs, mais finalement, il se rendait compte qu'il devait être bien trop jeune pour en avoir. Il stoppa net par contre lorsqu'il se trouva face à face avec un tableau représentant une famille. Oscar remarqua son étonnement et observa le tableau de plus près. Il s'agissait probablement de ses parents, de lui et de sa sœur. C'était étonnant que la personne qui a avait précédemment racheté l'hôtel particulier ait pu conserver ce tableau.
« Tu vas bien ? » lui demanda-t-elle doucement, qui pouvait savoir ce que ce souvenir pouvait provoquer en lui ? Il releva la tête et la regarda, touché de la voir s'inquiéter pour lui. « Oui, je ne m'attendais pas du tout à trouver ce genre de tableau ici. » répondit-il finalement.
« Ce sont tes parents ? » lui demanda-t-elle, fixant le tableau à la recherche de ressemblances.
« Oui, et les enfants … » il stoppa quelques instants, fixant à son tour la toile, incapable d'échapper au regard figé de sa sœur. Oscar lui sourit et s'approcha de lui. « Diane ressemblait beaucoup à ta mère. »
Il lui serra la main pour la remercier, trop ému pour continuer sur ce terrain, évoquer sa chère Diane était toujours une douleur et il ne souhaitait pas appesantir cette journée. Il souhaitait profiter de sa femme au maximum, qui pouvait savoir combien de temps Bonaparte lui laisserait ? L'entrainant à nouveau vers la cuisine il s'empressa de détourner l'attention vers un autre sujet : son estomac. Oscar n'était pas dupe, mais elle respectait le fait qu'il ne souhaite pas en parler. Après tout, il l'avait tout autant respecté lorsqu'il s'était agi d'André, elle devait en faire autant.
Elle fouilla dans les sacoches qu'il avait rapporté la veille à la recherche d'ingrédients pour leur composer leur collation du matin tandis qu'il s'affaira à démarrer un feu. « La première chose que nous ferons c'est de nous trouver une cuisinière, » promit-il. Oscar releva la tête, de la sacoche, « En avons-nous réellement besoin ? » interrogea-t-elle. « Evidemment, avec le temps que tu vas passer à la caserne maintenant, tu ne pourras pas tout faire, » élabora-t-il comme une évidence. Dubitative, Oscar observait la pièce, ce n'était pas une si grande cuisine que cela, elle estimait qu'elle possédait désormais suffisamment de connaissances en la matière pour s'en occuper.
« Oscar, en aucune façon je ne remets tes compétences en doute, j'estime juste que tu n'auras pas le temps de tout gérer à la fois. » lui expliqua Alain. Il ne manquerait plus qu'elle s'imagine qu'il ne soit pas satisfait. Elle n'était pas la meilleure cuisinière du monde mais les plats qu'elle avait pu lui servir étaient tout à fait honorables pour une novice. D'ailleurs il était persuadé que si d'aventure elle se décidait à passer plus de temps devant les fourneaux, il se pourrait bien qu'elle devienne une cuisinière émérite.
Oscar ne répliqua pas, à bien y réfléchir, c'était une bonne idée, mais ses raisons étaient toutes autres et elle n'osait pas pour l'instant lui en dire plus. « Soit, je demanderai à Rosalie si elle peut me recommander quelqu'un, » lui répondit-elle finalement, lui tendant une tranche de pain qu'elle venait de découper. Elle s'approcha du feu pour se réchauffer, l'atmosphère de la pièce était encore fraîche et humide. Alain se plaça derrière elle, l'attirant à lui. « Il serait dommage de prendre froid ma chère épouse, » lui dit-il en décalant sa chevelure sur l'autre côté de sa tête fin d'avoir accès à son cou et d'y plonger les lèvres.
Deux mois plus tard, c'est un Alain renfrogné qui passa le pas de la porte, jetant rageusement ses gants sur une console de l'entrée. Oscar sortait à ce moment du bureau, attirée par le bruit qu'il faisait. En un coup d'œil, elle sut que l'Alain des mauvais jours était de sortie. Restant calme, elle s'approcha de lui, se demandant ce qui pouvait provoquer sa colère. Lorsqu'il remarqua sa présence, l'ire qui s'était emparée de lui s'évapora, laissant place à la tristesse. Alors elle comprit : le départ avait été annoncé.
Elle ne pensait pas être aussi touchée, après tout elle savait que son départ n'était qu'une question de semaines, Bonaparte avait un appétit belliqueux bien trop important pour rester trop longtemps dans l'inaction. Elle avait pourtant sous-estimé à quel point ce départ la remuerait, et visiblement Alain en était arrivé à la même constatation. Il était trop tôt, ils goûtaient à peine à la vie matrimoniale, leur habitation commençait à peine à ressembler à un foyer.
Ils se regardèrent quelques instants, cherchant les mots qu'ils ne trouvèrent pas, tous deux parfaitement conscient que l'autre avait compris. « Quand ? » demanda-t-elle enfin, se disant qu'il fallait bien en parler de toute façon. « Dans deux semaines, » consentit-il à lui répondre. Elle ferma les yeux, c'était si court … « L'Italie à nouveau ? » reprit-elle avec un peu d'espoir. Cette fois, c'est lui qui ferma les yeux. Ce n'était pas bon signe. Il les rouvrait et la dévisagea, elle n'allait pas apprécier. Il n'était pas censé le lui dire car très peu de personnes étaient informées. Mais il savait qu'il pouvait lui faire confiance une fois qu'il lui expliquerait les raisons de ce secret. « L'Egypte. »
Foutre … qu'allait faire Bonaparte en Egypte ?
Elle ne sut quoi lui répondre, l'annonce de son départ imminent et d'une destination aussi lointaine lui firent l'effet d'un coup porté au ventre. Elle ne savait que lui dire, un tel départ était risqué, tellement risqué et il devait bien entendu déjà en avoir conscience. Mille morts les attendaient au tournant de chaque étape du voyage, la traversée de la Méditerranée n'étant pas des moindres entre les vaisseaux anglais menés par l'Amiral Nelson qui y naviguaient et les navires de pirates barbaresques qui y foisonnaient. Elle n'avait pas conscience que son visage se décomposait au fur et à mesure de ses réflexions et la voir ainsi brisa Alain.
« Viens avec moi, » lui dit-il finalement, ne regrettant même pas le ton presque suppliant qu'il employa. C'était finalement une idée censée, elle était parfaitement capable de se défendre sur le camp en son absence, elle était habituée à la vie militaire, elle pourrait même participer à la campagne. Il s'attendait à ce qu'elle pèse le pour et le contre et fut surpris lorsqu'elle lui opposa un refus immédiat. Il ne l'avait pas vu venir, non pas qu'il soit blessé par sa réponse, mais il s'était plutôt attendu à un accord ou tout du moins une réflexion, c'était étonnant.
« Je ne peux pas prendre ce risque, » dit-elle finalement d'une voix étranglée par l'émotion. « Alain … je voulais attendre, être certaine avant de t'en parler, » commença-t-elle, très émue. Il sentit son cœur s'arrêter de battre, était-elle sur le point de lui annoncer ce qu'il pensait qu'elle allait lui annoncer ? Elle eut un sourire à la fois magnifique et plein de tristesse. « Je n'en suis pas encore certaine, mais vois-tu, la nature s'est toujours fait un plaisir malsain à me rappeler très régulièrement qui j'étais vraiment, à mon immense colère. »
« Et pas cette fois ? » murmura-t-il, profondément ému, son cœur triste se gonflant d'un espoir fou.
« Pas cette fois, » confirma-t-elle, « c'est la première fois de ma vie que cela arrive, alors tu comprends, je me suis mise à espérer, » admit-elle, avec un sourire un peu plus franc. Lui aussi se permit de sourire à son tour. Le rêve de sa vie allait bientôt prendre forme, il avait une femme aussi courageuse que belle et intelligente qu'il adorait et qui était sur le point de lui donner un enfant.
« A-t-on moyen de s'assurer qu'il s'agisse bien de ce que nous espérons ? As-tu beaucoup de retard ?» s'enquit-il enfin.
« Je n'en ai aucune idée, » avoua Oscar, « Mis à part cette histoire de retard que j'ai entendue plusieurs fois dans les couloirs de Versailles, je n'ai jamais reçu la moindre éducation à ce sujet d'ailleurs, je ne sais même pas ce que je dois, ou ne dois pas faire. »
« Ne pas m'accompagner en Egypte me semble pourtant une décision très censée, aussi douloureuse soit-elle, » lui dit-il avec ce petit sourire en coin qui l'horripilait autant qu'elle l'adorait.
« Je suis à la fois folle de joie et terrifiée, » continua-t-elle, la porte aux aveux avait été ouverte, elle sentait qu'elle devait lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur.
« Eh bien moi je suis à la fois fier comme un coq, et triste de devoir t'abandonner ainsi, » lui donna-t-il le change. Elle hocha la tête en levant les yeux au ciel, évidemment qu'il était fier, ce fieffé mâle. Il avait parfaitement conscience de l'avoir à la fois amusée et agacée, alors il continua dans cette voie, se disant que cela la détournerait de sa peur et de sa tristesse. « J'y ai mis du cœur à l'ouvrage je te rappelle, »
« C'est généralement comme cela que sont fait les enfants, je te remercie, je suis peut-être ignorante de certaines choses, mais celle-ci je l'avais bien intégrée, » répondit-elle, amusée.
« Ça pour l'avoir intégrée, tu l'as intégrée, c'est presque dommage qu'on ait déjà réussi, l'entrainement était très intéressant, » lui dit-il en s'approchant d'elle, enroulant un bras autour de sa taille, et lui caressant la joue de sa main avant de remonter vers une mèche de cheveux rebelle et de plonger dans sa chevelure. Bon Dieu qu'elle allait lui manquer ! Et dire qu'elle portait probablement leur enfant ! Oscar de Jarjayes portait peut-être son enfant, leur enfant. C'était une pensée vertigineuse. Bon Dieu qu'allait-il foutre en Egypte ? Comment pouvait-il l'abandonner maintenant ?
« Rosalie sera là, » répondit-elle en devinant le cheminement de ses pensées. « Et Marie s'occupera bien de moi. »
Marie Lassalle était leur cuisinière. Apprenant qu'ils recherchaient une cuisinière, Rosalie leur avait vivement recommandé la jeune sœur de leur ancien camarade de la compagnie B. Sans même en savoir plus sur ses capacités culinaires, Oscar l'avait immédiatement embauchée. Et c'était un excellent choix, Marie était très douée et efficace. Peut-être était-il temps d'ailleurs d'envisager de lui confier la gouvernance de leur demeure et d'embaucher une autre cuisinière ? C'était précipité mais l'annonce qu'Oscar venait de lui faire lui faisait penser qu'elle ne pourrait peut-être plus continuer longtemps à faire les corvées qu'elle s'imposait.
L'affaire s'annonçait délicate : faire prendre conscience à sa femme qu'embaucher de nouveaux domestiques pour l'aider allait s'avérer nécessaire, et ce avant son départ ne serait pas une tâche aisée. Elle semblait avoir à cœur de prouver qu'elle était capable de tenir son rôle de maîtresse de maison tout en effectuant sa tâche à la caserne. Mais pour avoir des souvenirs de la grossesse de sa mère lorsqu'elle attendait Diane, il savait qu'elle serait très vite fatiguée et il ne voulait courir aucun risque. Une première grossesse à son âge était risqué, tout comme le lui faire remarquer d'ailleurs.
A sa grande surprise il n'eut pas à batailler, elle accepta immédiatement, et cela l'inquiéta. Il fut étonné de constater qu'elle était arrivée à la même conclusion que lui. « Il est absolument hors de question que je prenne le moindre risque, c'est peut-être ma seule chance de devenir mère un jour, » lui confia-t-elle.
Les deux semaines étaient passées bien trop vite, les amenant à la fois à la date de son départ et à la confirmation sa grossesse : elle n'avait toujours pas eu ses menstrues. Alain répugnait de la laisser vivre cette période importante seule, sans compter qu'il allait probablement manquer la naissance de leur enfant. C'était d'une injustice éhontée et aujourd'hui plus que jamais il regrettait d'avoir cédé à la flatterie de Bonaparte.
Ils n'avaient annoncé la nouvelle à personne, ayant trop peur de se porter malheur, et ainsi personne ne pouvait saisir le déchirement de leurs adieux. Alain promit de lui écrire à chaque occasion, mais si le courrier d'Italie avait pu arriver sans trop d'encombre et avec seulement quelques semaines de décalage, Oscar doutait fortement que la traversée de la Méditerranée soit aussi simple. Le jour même de son départ, Oscar se jeta corps et âme dans la réorganisation de la caserne, Bonaparte lui avait donné carte blanche et l'aura de meneuse de la prise de la Bastille et les quelques hommes qui avaient connu la compagnie B des Gardes Françaises firent le reste. Malgré la fin du secret sur sa véritable identité, elle fut soulagée de constater qu'elle était déjà respectée par ces hommes.
Ils ne seraient pas « ses » hommes, elle ne dirigeait pas la compagnie. Elle était néanmoins en charge de leur entrainement avant de les envoyer au combat et elle entendait qu'ils disposent de la meilleure préparation possible. Après tout, peut-être qu'ils retrouveraient son époux en Egypte et qu'ils devraient le défendre. Et au-delà de ces considérations romanesques qui l'étonnaient car elle n'y était pas habituée, elle remarquait que ces hommes étaient tous très jeunes, et le manque de préparation pouvait les envoyer à la mort. Ils avaient tous des mères et des sœurs, voire des épouses et des enfants pour certains. Il lui semblait qu'il était de son devoir de les rendre les plus aptes possibles.
Elle était en conséquence d'une exigence incroyable avec eux, leur faisant faire et refaire inlassablement les mêmes exercices jusqu'à ce qu'ils soient maîtrisés, passant ensuite à un autre exercice, ou compliquant les enchainements. Et pourtant, aucun soldat ne s'en plaignait, ils avaient tous conscience qu'ils partaient au combat et donc potentiellement vers la mort. Bonaparte avait assuré leur équipement, la colonelle leur apprenait comment en tirer le meilleur parti pour sauver leurs vies. L'un d'entre eux tenta néanmoins de remettre ses connaissances en cause un jour, et elle remercia le ciel d'être encore capable de quelque peu se défendre. Non seulement elle le défia, connaissant son niveau et ses faiblesses après quelques jours d'entrainement à ses côtés, elle n'eut aucun mal à le désarmer et le mettre en position de défaite. Elle l'envoya passer le reste de la journée à l'hôtel national des invalides de guerre où elle passait encore un peu de temps en temps. Elle voulait qu'il prenne conscience des risques qu'il prendrait une fois sortie de la caserne des jeunes recrues.
Bientôt, elle ne put plus assurer les démonstrations qu'elle exécutait avec sa grâce habituelle d'ordinaire. Elle dut annoncer sa grossesse. L'on tenta de la renvoyer chez elle au repos jusqu'à la naissance mais elle refusa. Il ne manquerait plus qu'elle se retrouve seule chez elle à se morfondre de l'absence de son époux ! Aucune lettre ne lui était parvenue et son inquiétude était à son maximum. Elle opta donc pour conserver son rôle à la caserne et continua à superviser les entrainements et l'organisation du recrutement. Elle pouvait continuer à faire des démonstrations sans pour autant participer à un réel combat. Son ventre s'arrondissait et elle déplorait qu'Alain ne puisse pas être là pour le voir, lui qui lui avait tant parlé de son envie de la voir si pleinement femme à ses côtés.
Pendant un temps, elle se demanda s'il n'était pas envisageable de contacter Monsieur Armand qui avait fait son portrait quelques années plus tôt. Etait-il seulement encore en vie d'ailleurs ? Rosalie lui conseilla de plutôt opter pour une esquisse au fusain, la réalisation irait bien plus vite. C'est ainsi qu'elle se retrouva, lourdement enceinte désormais, à poser quelques heures par jour dans le salon de sa demeure, impatiente de découvrir le résultat. Il fut très convaincant, tant qu'elle demanda d'autres exemplaires pour les envoyer en Angleterre. Elle convia également l'artiste à revenir dès qu'elle aurait accouché afin de faire le dessin de son enfant. Elle pensait ainsi qu'elle pourrait les montrer à Alain lorsqu'il reviendrait. Elle n'oserait pas envoyer les dessins, craignant qu'ils n'arrivent jamais à bon port. Elle s'était résolue à ce qu'il ne soit pas présent lors de la naissance. C'était une question de semaines désormais, bientôt elle serait mère.
