Chapitre 12

PDV Floireans

-Ma petite Flo ! Ça fait bien trop longtemps qu'on ne s'est pas vu ! Mais regarde-toi ! Tu es toute maigrichonne et toute pâle ! Mais c'est quoi ce bandage à ta main ? Pourquoi tu as ignoré mes appels ? Tiens mange ces gyeongdans !

Jung Sora était comme à son habitude une deuxième maman. Comme promis à Seokjin, j'avais envoyé un message à la sœur aînée de Jung Hoseok dès que j'eus finis les essayages des TXT et les avoir laissé avec beaucoup de réticence aux mains du manager Choi. Mais je fus néanmoins beaucoup moins anxieuse sachant qu'ils ne seraient pas seuls avec ce monstre immonde.

Jung Sora avait répondu littéralement six secondes après la réception de mon message. Elle était tellement heureuse qu'elle m'a harponnée dès que j'avais finis ma journée à seize heures. Nous étions réunies dans un salon de thé avec tout un tas de desserts sous le nez. Elle me tendait les boules de riz glutineuses.

-Oh ma petite Flo, tu ne sais pas l'angoisse que tu as provoqué chez ce cher producteur Zhong. Il se demandait ce qu'il t'était arrivé et Lian Zemin. Si tu l'aurai vu. C'était comme si on lui avait enlevé son poulain le plus précieux. Bref j'espère que tu ne m'en voudras pas mais j'ai pris la liberté de les contacter. Malheureusement ils ont dû retourner en Chine. Ils devaient s'occuper de l'accueil des acteurs dans leur camp d'entraînement. Je dois dire que tu as plutôt de la chance de travailler avec eux. C'est une belle brochette qu'ils ont dégoté si tu veux savoir.

Je la regardais tout en mangeant les gyeondans distraitement.

-Je suis désolée, dis-je. Je sais qu'ils en attendaient beaucoup de moi mais j'ai failli.

Jung Sora prit ma main qui se préparait déjà à engloutir une autre de ses boulettes sucrées.

-Je sais que ce qu'il s'est passé est horrible. Et j'espère que ce connard ne croisera jamais ma route. Du coup, comme Zemin et Liuxian sont comme moi et qu'on déteste passer à côté d'un diamant brute, ils m'ont chargé de passer un appel vidéo.

-Un appel vidéo ? Mais si c'est pour discuter de cette série, je ne suis pas sûre u'il veuille bien encore de moi et moi-même je ne suis pas sûre que je veuille, enfin plutôt que je puisse le continuer. Et puis je n'ai même pas les esquisses que j'ai fait avec moi. En fait je ne me rappelle pas où je les ai mises.

-Ah ça ma petite Flo, tu ne devrais pas t'en inquiéter.

Sora se pencha et extirpa de son sac un cahier que je n'eus aucun mal à reconnaître. Un cahier avec des licornes enfantines dessus et tout un tas de feuilles volantes qui dépassaient de tout les bouts. Mes recherches sur les costumes ! Elle me tendit mon cahier. J'en feuilletais immédiatement toutes les pages. Oui c'était toutes mes recherches sur les hangfu et la mythologie chinoise autour des pratiquants taoïstes. En voyant toutes ses notes et ses dessins, je ressentis pendant un court instant la joie et la passion que j'avais ressenties à ce moment là.

-Mais... comment...

-Tu devrais remercier mon fouineur de frère. Il l'a récupéré ce fameux jour et l'a regardé. Je suis étonnée par la perspicacité dont il a fait preuve pour comprendre ce que c'était.

-Il a fait le rapprochement entre ce projet et ce cahier ? Fis-je étonnée. Il n'est peut-être pas aussi stupide que je le pensais.

Sora pouffa de rire.

-Alors comme ça tu pensais que Hoseok était stupide ?

Fichue bouche.

-Euh... non non non ! Ce n'est pas vrai ! C'est juste que...

Sachant que j'allais m'enfoncer quoique je dise, j'abaissai mes épaules et pris un air coupable.

-Désolée.

-Tu es vraiment à croquer. Tiens mange du yakbap. Je vais contacter Zemin et Liuxian.

Elle se pencha une fois de plus vers son sac et en sortie son ordinateur portable. Il semblait vraiment très cher et luxueux par rapport au vieux qui se trouvait dans ma chambre. Sora vint s'asseoir à côté de moi et alluma son PC.

-Mange pendant que je les appelles.

Elle me mit le gâteau au riz gluant et aux châtaignes dans les mains et s'assura que je le gobais. J'avais un peu de mal avec le sucré. En fait je sais que j'adore les sucreries. C'était mon péché mignon mais à cause de mon état d'esprit, de ma tentative de suicide et de la remontée de mes souvenirs douloureux, je n'en avais pas mangé. Après avoir mis la première bouchée de gâteau dans ma bouche, une saveur chaleureuse s'était propagée dans mon cœur. Peut-être après tout, mon monde n'était pas aussi noir que je le pensais. Il y avait encore une part de lumière dans cette triste réalité.

L'ordinateur en route, Sora lança l'appel. Il ne fallut que quelques secondes avant que deux personnes n'apparaissent à l'écran.

-Min Gege, Xian Jie, les salua une Sora contente. Comment vous allez ?

-Très b... oh ! Mais n'est-ce pas notre petite chérie ?! s »exclama la directrice Lian en me voyant.

Elle était comme une deuxième Sora alors que je ne l'avais vu qu'une seule fois.

-Comment va notre petit prodige ? Demanda le producteur Zhong avec un doux sourire.

Il pourrait être la copie conforme du président Park mais la grosse différence était qu'il n'employait pas ce ton condescendant que je déteste tant.

Je leur fis un petit sourire.

-Bonjour directrice Lian et producteur Zhong,, dis-je d'une voix timide. Je suis désolée d'avoir manqué notre rendez-vous...

-Arrête-toi là, jeune fille, me coupa le producteur Zhong. D'ordinaire je ne pardonne pas l'irresponsabilité des gens avec lesquels je travaille et je me fiche des excuses mais on a appris que tu avais eu de gros ennuis. En plus je ne peux pas vraiment t'en vouloir quand tu as deux mères poules de ton côté et le soutien de quelqu'un qui souhaitait te rencontrer.

-N'empêche, continuai-je, mon comportement non professionnel est impardonnable. Je ne saurai pas étonnée que vous ne voulez même pas jeter un œil à mes recherches. Je ne veux pas faire perdre votre temmmmmfffff !

Sora avait fourrée ma bouche avec un gyeongdang. Alors que je m'étouffais à moitié avec la boulette, Sora me tapota dans le dos tout en parlant.

-Tu parles beaucoup trop Flo. Je te l'ai déjà dis. S'ils veulent te voir c'est justement parce que tu fais toujours partie du projet.

-C'est vrai, confirma la directrice Lian. Surtout après qu'on est vu tes esquisses. Dans ton travail j'y est vu la passion et surtout le talent ! On a décidé de garder les modèles des uniformes dont tu as eu l'idée et on aimerait te faire pencher sur le style du personnage principal, Wei WuXian. D'autres costumiers s'y penchent dont moi mais j'avoue ne pas du tout avoir le temps pour le faire. J'ai encore tout le reste à superviser !

-Evidemment tout ça ne se fera pas sans ton accord, continua le producteur Zhong. Si tu ne veux officialiser notre collaboration nous nous engageons à ne pas prendre tes idées, cela va de soit. Après si tu veux travailler avec nous, comme on a dit tu pourras aider sur les conceptions depuis Séoul même si nous préférons t'avoir avec nous ici à Hengdian.

-Je... tentai-je de parler malgré la bouche pleine de riz glutineux.

-Oui, tu as des questions ?

Je confirmai d'un signe de tête tout en avalant difficilement le gâteau. Je pris une gorgée de thé à la cannelle et aux pommes pour tout mieux faire passer.

-En fait deux.

-Nous t'écoutons.

-La première comment avez-vous pu voir mes travaux ?

Sora pouffa à côté de moi. Je la fixai me sentant un peu stupide.

-Quoi ? Demandai-je passablement vexée par son attitude.

-Je te l'ai dis aussi non ? Mon petit frère avait trouvé ton cahier. Je me suis donc permis de le présenter à Min Gege et Xian Jie en tant que suppléante.

-Mais... et si je ne voulais pas les montrer ? Et si ce n'était pas les bons travaux ?

Sora pouffa de nouveau de rire.

-Disons que j'ai pris ce risque. Si tu dois devenir ma petite sœur, sache que dans ma famille nous ne sommes pas vraiment très doués pour respecter la vie privée de ceux qu'on aime beaucoup.

Pfff. Ils sont vraiment...

-Sans vergogne, murmurai-je irritée.

Ce qui eut le don de faire exploser de rire les trois personnes.

Quoi ? Avais-je dis un truc drôle ? Décidément même au fond du trou, j'avais des talents d'humoriste ou plutôt de clown.

-Tu ressembles trait pour trait à Yibo ! Vous devriez bien vous entendre tous les deux si vous êtes amenés à vous croiser, pouffa la directrice Lian.

Je ne sus pas quoi en penser. Je ne savais pas qui était ce ou cette Yibo et je devais dire que je m'en foutais un peu si ce n'est totalement.

J'attendis patiemment que le trio de choc se calme avant de pouvoir enfin poser cette autre question qui me taraudait l'esprit.

-Qui est cette personne qui me soutient ? Est-ce que je la connais ?

-Pas vraiment. Du moins je ne pense pas, me répondit la directrice Lian. Elle est très connue pourtant ici même si pas beaucoup de monde ne connait son visage.

Qu'est-ce qu'elle me chantait au juste ? Elle parlait de qui ? Cette description ressemblait beaucoup à L du manga Death Note. Je haussai un sourcil.

-Elle vient de partir, avant l'arrivée des acteurs, dit le producteur Zhong. Mais je pense que tu la rencontreras lors de notre prochaine vidéo-conférence.

-Alors... ça veut dire que vous m'embaucher réellement pour ce projet même si je ne peux pas me déplacer en Chine et quitter mon travail avec de mes garçons ?

-Evidemment ! Nous t'enverrons le contrat via Xiao Sora, répliqua le producteur Zhong. Une dernière chose si jamais tu désires nous rejoindre sur place à n'importe quel moment n'hésite pas. Nous avons une place pour toi si tu désires découvrir les coulisses d'un tournage !

Peu après Sora mit fin à l'appel et se tourna vers moi toute sourire. Elle leva le pouce.

-Bravo ma vieille ! Tu as vraiment fait très forte impression ! Tu as même le soutien d'une personne très influente pour la série.

-Qui est-ce ? Est-ce un producteur ? Un scénariste ? Un réalisateur ? L'enfant d'un des acteurs ou producteurs ou alors un parent plus âgé ?

Après tout ce n'était pas une possibilité à exclure qui correspondrait pas mal avec la description étrange que m'a faite la directrice Lian.

-Même si je te disais son nom, je ne pense pas que tu sauras qui c'est. Tu ne connaissais même pas BTS il y a encore quelques mois de ça !

-Alors même si vous me dites rien sur son identité, pouvez-vous me dire comment une telle personne a pu prendre mon mon partie ?

Sora ébouriffa mes cheveux. Je détestait vraiment cette sale habitude. J'avais déjà du mal à mes coiffer le matin.

-Ne t'ai-je pas dit de me tutoyer, petite insolente ? Tu me vieillis avec ta politesse ! Et pour te répondre, c'est ton talent qui a charmé cette personne. Bon assez bavardé. Il se fait tard et tu as fini le dernier gâteau.

Je rougis. Je ne m'en était même pas rendu compte.

-Désolée. Je vais pay...

-Stop ! C'est moi qui invite. Ne t'inquiète pas.

Elle régla donc la note et nous quittâmes ce charmant salon de thé confortable. Une fois dans la rue au milieu des passants, des bruits de la circulation, de la pollution, de la chaleur étouffante de cette fin d'été, un horrible sentiment de malaise naquit dans mes entrailles et remonta doucement jusqu'à mon cœur puis enserra ma poitrine. Mes yeux regardèrent tout autour complètement paniqués. Mon cerveau cherchait quelque chose, mais quoi ?

En fait si je savais. Je voulais de la tranquillité, de la sérénité, de la paix. Un cocon. Mes yeux commencèrent à brûler. Il y avait beaucoup trop de monde. Trop de monde. Je n'aimais pas. Non. Pas du tout...

-Flo ? Fit une voix douce que je ne pouvais que reconnaître après toutes ses années.

Fifi ?

Je levais les yeux plein d'espoir de revoir enfin cette paire de yeux pâles, ce visage parfaitement aristocratique et ces cheveux de toutes les couleurs.

Sora.

C'était Sora, et pas mon amie.

Ah oui c'est vrai. Je n'avais plus de meilleure amie. Je n'avais plus Fifi.

-Tout va bien, Flo ?

J'acquiesçais d'un signe de tête, ma crise de panique se dissipant aussi vite qu'elle était vénue.

-Tu es sûre ? Tu es quand même très pâle.

Je la rassurais d'un nouveau hochement de tête.

-D'accord. Écoute, si jamais tu as des problèmes ou des difficultés, tu sais où me trouver.

-Oui, à ton entreprise, confirmai-je.

-Non. Je te parle de chez moi ! Me corrigea-t-elle doucement.

-Oh... Désolée. Non je ne sais pas dis-je en baissant d'un ton.

-Ce n'est pas la fin du monde, ma chérie.

Elle pianota sur son téléphone et peu de temps après l'alarme du mien se déclencha signalant un message.

-Je t'ai envoyé mon adresse. Si tu as des problèmes n'hésite pas à venir me trouver.

-D'accord.

-Promis ?

Sora me tendit son petit doigt. Je souris faiblement face à ce geste enfantin. Je scella néanmoins ma promesse.

Je pris la route en direction de chez moi tout en envoyant des messages à mes garçons pour m'assurer qu'ils allaient bien. Je ne pouvais pas m'empêcher d'angoisser en pensant à leur maltraitance et me maudissait de ne pas avoir le courage de dénoncer ces agissements atroces sans courir le risque d'être la risée de tous. C'était décidément un casse-tête.

Alors que je grimpais les escaliers menant à l'appartement que je partageais avec ma mère des bruits familiers me chatouillèrent les oreilles et une boule se forma dans mon ventre.

J'ouvris doucement la porte et entra.

-C'est comme ça que tu prend soin de notre fille ?! Tu la laisse s'entailler les veines ! Pourquoi ? Pour faire ressortir ses chakras ? Guider ses fluides spirituels et autres conneries ?!

-Et toi alors ? Je te rappelle que si tu ne nous avais pas abandonner, l'esprit de notre fille ne serait pas aussi tourmenter ! Au lieu de tout mettre la faute sur moi, pense à ton irresponsabilité en tant que père !

Judwal Saunier.

Mon père.

Mon père était là. Et j'avais à nouveau six ans.