16 août 2012 – 10 : 32

C'est ridiculement difficile de dire au revoir à mon frère.

Je sais que c'est égoïste mais je voulais vraiment qu'il oublie l'université et reste à la maison, mais je sais aussi qu'Emmett ne sera jamais vraiment heureux jusqu'à ce qu'il soit parti.

Il m'a dit une fois que les gens qui restent ici après le lycée finissent par rester ici pour toujours. Cette ville est un piège et les gens comme maman restent coincés dedans pour toujours. Je ne veux pas penser que ce sera la vie de ma mère pour le reste de l'éternité mais une partie de moi pense qu'il a sans doute raison.

Je ne pense pas qu'il s'agisse de la ville, je pense que ce sont les souvenirs. Ce qui est arrivé ici vous accompagne – c'est comme une maladie. Il y a des limites à ce qu'une personne peut supporter et c'est peut-être ce qui a poussé ma mère à commencer à boire. Elle n'a jamais pu passer à autre chose. Ce n'est qu'une théorie mais peut-être que ce n'est pas tout à fait faux. Peut-être que certaines personnes peuvent passer à autre chose.

"Tu me ferais une faveur ?" me demande Emmett, en poussant le dernier sac sur le siège arrière de sa voiture.

Plissant les yeux face au soleil flamboyant, je mets ma main au-dessus de mes yeux et réponds par un signe de tête prudent.

"Ne casse pas de vitre en mon absence." Il me fait un clin d'œil.

Je le bouscule mais je sens un sourire se former au coin de mes lèvres.

"A qui vais-je pouvoir lancer maintenant ?" je plaisante, mais cela semble plus agressif que je ne l'avais prévu.

"Euh…" Il incline la tête vers la pelouse. Vers elle.

Ma petite-amie se tient pieds nus dans l'herbe, sirotant le soda d'un distributeur qu'elle a acheté sur le trajet pour venir ici. Ses cheveux ondulés sont plus bruns aujourd'hui, brillants de soleil, détachés et beaux comme toujours.

Elle nous regarde en me faisant un demi-sourire, aussi triste du départ d'Emmett et de Rosalie que moi.

"Euh je ne crois pas qu'elle veuille jouer au baseball mec," je plaisante, bien que je ne pense pas que ce soit ça qu'il suggérait.

Emmett roule des yeux en se moquant. "Non, je voulais dire que tu devrais t'ouvrir à elle. Tu peux m'appeler à tout moment mais Sunshine est ta copine. Parle-lui tu sais ? Tu es trop stressé, ce n'est pas bon pour toi."

Je hausse les épaules pour lui répondre. "Je ne pense pas que je stresse."

Il serre ses lèvres pensivement. "Tu es plus content qu'avant, je te l'accorde. Tu me tuais avec cette phase émotive. J'ai pensé que j'allais d'étrangler."

Je me désigne en secouant la tête, "Émotif ? Quand étais-je émotif ?"

Il sourit d'un air entendu du genre 'Allez'. "Tu étais déprimé, mec… je sais que tu ne l'as probablement pas réalisé mais avant elle…" il tourne son pouce vers la pelouse - " tu traversais quelque chose. Ce n'était qu'une question de temps avant que maman t'envoie voir un psy."

Je sens mes sourcils se rapprocher, essayant d'assimiler cette nouvelle information. "Euh… quoi ?"

Il hausse les épaules, pinçant les lèvres. "Peut-être qu'elle ne l'aurait pas fait mais il fallait que quelque chose arrive. Tes notes, ton attitude, rester dehors tard le soir… elle commençait à s'inquiéter."

J'ouvre la bouche, prêt à me défendre mais je la ferme tout aussi rapidement.

Puis je réalise qu'Emmett a raison. Il y a eu plusieurs fois où maman a tenté de me parler mais je l'ai envoyée promener.

J'ai envoyé promener tout le monde.

Jusqu'à Bella.

Déprimé cependant ?

"Hé ne réfléchis pas trop ! Tout ce que je dis c'est de ne pas arrêter de parler à Bella. Laisse-lui savoir ce qu'il te passe par la tête. Il se passe beaucoup de choses pour toi et je suis sûr que l'adoption n'est facile pour aucun de vous deux. Tu laisses trop tout ça te prendre la tête et tu commences à trop t'inquiéter. Je comprends, je fais la même chose. Mais tu dois en parler mec."

C'est un euphémisme.

Dire "ce n'est pas facile," serait un peu léger, ça rend Bella triste d'abandonner le bébé qu'elle et moi avons fait. Cela me fait peur de le laisser à des inconnus.

Vic et Jim ne nous sont plus vraiment des inconnus. Nous sommes à peu près sûrs qu'ils ne sont pas des trafiquants de bébés mais je suis toujours un peu paranoïaque. J'ai lu quelques histoires sur Reddit sur des personnes qui abandonnent leur enfant pour des adoptions ouvertes uniquement pour que les parents adoptifs disparaissent de la face de la terre après la signature des papiers.

Je frémis à cette pensée.

"Je le ferai," je promets en me raclant la gorge. "Je veux dire, nous parlons tout le temps. Cela… devient juste… tendu, rapide."

Bella est toujours sur la défensive quand il s'agit du bébé. Elle pense que je l'accuse de ne pas être sûre de cette adoption mais je suis presque aussi peu sûr qu'elle.

Personne ne l'est.

J'ai aussi appris ça d'internet, la plupart des femmes changent constamment d'avis. Il y a tellement de doute quand il s'agit de placer son bébé pour une adoption.

"Reste calme," dit-il en haussant les épaules. "Je ne sais pas si je serai aussi calme que toi extérieurement, Edward."

Je sens ma tête hocher alors qu'il s'approche de moi. Me raclant la gorge, je réponds dans un murmure guttural : "Je le ferai."

J'enlace Emmett trois fois, chacune apparemment plus longue que la précédente. Je souhaite vraiment qu'il puisse rester mais il ne sera pas heureux tant que Rose et lui ne seront pas des oiseaux libres – volant loin de la ville et faisant leur propre truc.

Rosalie embrasse Bella pendant un long moment. Elles pleurent et ça me fait presque m'étrangler un peu aussi. Rose va me manquer même si elle est agaçante et n'a aucune notion d'espace personnel.

Quand elle arrive vers moi, elle sourit et baisse la tête en passant la main autour d'elle pour tirer son sac en bandoulière. "Je ne suis pas un harceleur, je le jure..."

Confus, je fonce les sourcils alors qu'elle fouille dans son sac. Elle sort une petite photo et me la tend.

"Euh..." je tends la main prêt à rejeter le cadeau étrange qu'elle est sur le point de me faire. Chaque fois que Rose a un cadeau pour moi c'est quelque chose de stupide comme un emballage de bonbon ou une photo du nez d'Emmett. Ce que, oui, elle me donne souvent.

"Prends-la," m'exhorte-t-elle, poussant la photo contre ma poitrine. Je la prends et elle agite une main dédaigneuse. "L'appareil s'est déclenché au mauvais moment."

J'acquiesce. Bien sûr que oui.

"Puis-je te serrer dans mes bras maintenant ?"

Je hoche de nouveau la tête.

"Tu vas paniquer ?"

Je secoue la tête.

Elle sourit et s'avance, enroulant ses bras autour des miens pour me serrer dans ses bras. "Je t'aime Eddie mec."

Je fronce les sourcils, réellement triste qu'elle parte. "Je t'aime aussi, crapule."

Elle murmure qu'elle a laissé sa dernière réserve dans ma chambre et je roule des yeux. Se reculant, elle lève deux doigts pour signifier la paix. "Fume, frangin."

Je ricane, "Euh…"

Je suis coupé par un gros sanglot. Je me tourne et je vois ma mère qui serre les épaules robustes d'Emmett, sa tête enfouie dans son torse.

"Mon bébé va à l'université !" gémit-elle, reculant pour essuyer son visage. Bella va vers maman et lui offre le mouchoir qu'elle avait enroulé autour de son soda. Elle sourit, les larmes aux yeux et le lui prend. "Merci chérie."

Brightside hoche la tête et se dirige lentement vers moi. Quand elle m'atteint enfin, elle s'étire et me pince la joue, me forçant à sourire. "Ça va ?"

Je hoche la tête alors qu'elle glisse ses bras sous les miens et pose sa tête sur ma poitrine. Je sens la bosse pousser contre mon pelvis et je soupire par le nez. "Je vais bien. Et toi ?"

Le frère de Bella est parti pour Chicago la semaine dernière et j'étais aussi un peu déprimé à ce sujet. Je ne suis pas sûr si la relation fraternelle à distance fonctionne ou non. Je l'espère car Jasper et Emmett vont me manquer.

"Je vais bien," chante-t-elle en me montrant un sourire chaleureux. "Ils vont vraiment me manquer, cependant. Tu as une famille extraordinaire, Edward."

"C'est vrai," lui dis-je. Nous sommes un peu de la merde parfois mais ils sont vraiment étonnants. Je suppose que je...ne les appréciait pas vraiment jusqu'à ce que je réalise à quel point ils pouvaient être étonnants.

Par-dessus tout, ma mère.

Ce n'est pas qu'elle ne m'avait jamais accepté avant, je ne lui avais juste pas vraiment donné une chance. Il y a tellement de choses que je lui dis maintenant alors qu'il y a quelques mois je ne l'aurais pas fait.

Rose envoie vingt baisers à Bella alors qu'elle prend la place du conducteur et Emmett doit convaincre maman qu'il l'appellera tous les jours et lui fera savoir qu'il est en sécurité avant qu'elle ne lâche prise. Je le regarde monter dans la voiture et il me manque déjà lorsqu'il se met à hurler à propos de l'université et des fêtes.

"Oh bon sang !" murmure maman en soupirant, en regardant son fils partir. "Mon bébé s'en va..."

"Il va revenir Es", dit Bella en souriant. "Bientôt. Pour les vacances et tout ça."

"Argh," gémit maman, en laissant tomber ses mains sur le côté. "Je ne sais pas ce que je vais faire sans vous les gamins ici. Vous me faites me sentir jeune. Je vais devoir prendre des gardes à l'hôpital ou quelque chose pour me distraire."

Le visage de Bella s'illumine, ses épaules se redressent. "Tu sais ce dont tu as besoin ?"

La mère regarde ma petite-amie avec méfiance.

Bella fait son sourire malicieux classique. "Tu as besoin d'un homme."

Maman raille immédiatement et je sens que mes yeux s'écarquillent.

"Et si c'est plutôt non ?" Je lâche, mais Bella ne m'écoute pas. Elle s'approche de ma mère en souriant largement.

"Allez, Es..." Elle se balance, en frottant l'épaule de maman. "Ce sera bien pour toi de sortir avec quelqu'un. Nous pouvons te mettre en relation avec un étalon en ligne."

"Non !" Je secoue la tête avec véhémence. "Absolument pas..."

"Ça n'a pas besoin d'être sur Internet, Edward." Elle roule les yeux vers moi et se retourne vers maman.

"As-tu pensé à sortir avec quelqu'un ? Ça pourrait être amusant."

A en juger par son expression, elle n'y a pas pensé. "Oh, ma chérie," marmonne maman en secouant la tête. "Je suis… trop vieille.. pour ça, et je ne pourrais jamais…"

Je réalise alors que ma mère n'est vraiment sortie avec personne depuis la mort de mon père. Les seuls hommes dans sa vie ont été Emmett et moi. Elle n'a pas vraiment été sociable non plus. Elle ne parle à ma tante que de temps en temps mais la plupart du temps, il n'y a eu que nous.

Bella a raison. Cela pourrait être bon pour elle.

"Je ne dis pas que tu devrais te jeter sur n'importe qui mais je suis sûre qu'il y a quelqu'un,

là, pour toi." Bella serre les lèvres pensivement, ses sourcils se rapprochent pendant qu'elle regarde Maman. "Tu peux toujours aller à un seul rendez-vous et voir si ça te plaît. Et je suis sûre que Carlisle n'en penserait rien de mal. Il voudrait que tu sois heureuse."

Je peux à peine croire les mots qui s'échappent de ma bouche. "Elle a raison, maman. Papa voudrait que tu sois heureuse."

Maman tourne la tête vers moi, elle est clairement choquée. "Je..." elle bégaie momentanément, fermant les yeux et en secouant la tête. Elle prend une profonde respiration et rouvre les yeux, donnant à Bella un timide sourire. "Je vais y réfléchir…."

Ses yeux se tournent vers moi et je me force à sourire, lui faisant un signe de tête encourageant. "Tu devrais."

Elle croise les bras et incline la tête sur le côté. "Personne ne pourra jamais remplacer ton père."

Je hoche la tête.

Je sais cela.

"C'est si difficile pour moi d'y penser mais je vais y réfléchir."

Je hoche à nouveau la tête.

Je le sais aussi.

"Oui !" Bella lève la main en l'air. "Oh, et je peux te coiffer aussi ?"

Maman rit, en hochant la tête. "Oui, ma puce, tu peux arranger mes cheveux."

Bella pousse un cri, en applaudissant. Je sens mes sourcils se rapprocher, amusé qu'elle trouve cela si excitant. Je suppose que c'est un truc de nana ?

Maman retourne à l'intérieur et Bella a un sourire victorieux, comme si elle avait fait du bien pour la journée. Elle revient à mes côtés et je fais un commentaire sur son manque de chaussures.

"Mes pieds me font mal..." se plaint-elle en haussant les épaules. "Qu'est-ce que c'est ? Dans ta main."

Je sens mon visage tomber quand je réalise que je tiens toujours la photo que Rose m'a donnée avant de partir. Je la relève vers mes yeux pour l'examiner et la laisse presque tomber dès que je le fais.

C'est une photo de Brightside et moi le 16 mars. Je ne regarde pas l'appareil photo et elle non plus - mais nous nous sourions tous les deux. On a l'air mal à l'aise, un peu saouls et joyeux.

"C'est nous ? !" s'exclame Bella. "C'est quoi ce bordel ?"

Je ris d'incrédulité, en secouant la tête. "C'est une harceleuse."

"Une bonne !" dit-elle. "On dirait une professionnelle. Qui aurait cru que des gens ivres pouvaient être si beaux ?"

Je souris mais ne dis rien.

Je retourne la photo et découvre une note au dos, écrite en lettres cursives bâclées.

E,

Tu as un beau sourire. Je ne pensais pas le revoir, alors je me suis dit que j'allais le prendre juste au cas où. Il s'avère que je n'en avais pas besoin.

XoXo Rose

P.S. Je ne suis pas un vrai photographe.

P.P.S. Bella est une fille vraiment cool et je l'aime. S'il te plaît, ne romps jamais.

P.P.P.S. J'aime la photographie et le faux club de photographie était légitime.

Je t'aime !