Visiblement impatient, ses mains crispées étrangement sur le volant de la Regalia, Ignis attendit que les deux garçons soient sortis de la voiture avant de faire vrombir le moteur de celle-ci et de démarrer au quart de tour. En effectuant son demi-tour, le jeune homme ne s'était pas privé d'envoyer un nouveau regard démentiel en direction de Prompto, qui baissa instinctivement ses yeux au niveau de ses chaussures, devenues soudainement plus intéressantes, tout à coup. Le blond ignorait pourquoi Ignis le fusillait ainsi constamment du regard. Qu'avait-il fait de mal, mis à part être l'ami dont Noctis semblait avoir le plus besoin ? Était-ce donc cela qu'il lui reprochait ? D'être l'ami du Prince, d'être aussi proche de lui, malgré ses origines modestes ? Malgré ses origines tout court, lorsqu'il y repensait plus en profondeur. Le châtain était-il allé jusqu'à faire des recherches sur son passé ? Si c'était le cas, alors… Sans doute avait-il déjà été mis au courant de son secret, celui qu'il s'efforçait de cacher à l'aide d'un bracelet autour du poignet. Non. Si tel était vraiment le cas, Ignis en aurait déjà fait mention à Noctis, et ce dernier ne le lui en avait jamais parlé de vive-voix. De plus, rien, dans le comportement du brun, ne lui indiquait qu'il avait été mis au courant pour ses origines néfastes pour un membre de la famille royale comme lui. Alors, peut-être que ce n'était pas cela, peut-être que Ignis lui en voulait pour autre chose… Mais quoi donc, bon sang ?

— Dis, tu vas rester longtemps à fixer tes chaussures comme ça ? fit remarquer Noctis tout haut, en sourire en coin joueur dessiné sur ses fines lèvres. Le bébé peut pas s'occuper de lui tout seul, c'est déjà risqué de le laisser seul dans l'appart', qui sait quels sortes de bêtises il peut bien faire lorsqu'il a personne pour le surveiller ?

— T'exagère ! contre-attaqua le jeune photographe en rattrapant son ami qui s'engageait déjà en direction de l'ascenseur qui les feraient métaphoriquement monter au septième ciel. C'est pas un monstre non plus !

— Tu diras pas la même chose quand il essaiera de manger ton portable.

— Pardon ? rigola le blondinet, sérieusement intrigué cependant, tandis qu'ils entraient dans l'espace étriqué de l'ascenseur de marbre et d'or qui avaient fasciné Prompto plus d'une fois.

— Ouais, cette chose mange vraiment tout et n'importe quoi ! Je suis désespéré ! Donc, un conseil quand tu seras seul avec lui : ne laisse rien traîner. Ce Chocobo, c'est pire qu'un chien.

Les deux amis rirent de bon cœur pendant la montée des étages supérieurs tandis que Noctis lui relata les pires bêtises faites par leur poussin adopté. Désormais, Prompto n'attendait plus qu'une chose : voir cela de ses propres yeux ! En effet, il avait tout de même beaucoup de mal à croire un traître mot de ce que lui disait le Prince car, lorsque le blond en avait la garde, ce qui arrivait souvent ces derniers temps, Ignis se montrant très souvent absent et Gladiolus harcelant presque Noctis de faire toujours plus de séances d'entraînement, jamais son petit bébé ne s'était montré aussi désagréable !

Le reste du trajet se passa dans le silence le plus complet, et les pensées de Prompto se retrouvèrent à nouveau entremêlées en embrumées, comme à chaque fois qu'il fermait la bouche. C'était étrange, ce remue constant qui s'agitait à l'intérieur de sa conscience à chaque fois qu'il se mettait à divaguer. La plupart de ses pensées se dirigeaient bien souvent vers Noctis, qu'il aimerait aujourd'hui pouvoir qualifier de meilleur ami. Cependant, il ignorait ce que ressentait le brun à ce niveau-là. Le Prince considérait-il lui aussi que leur amitié avait évoluée ? Prompto avait essayé à maintes fois de le lui demander, mais il ne voyait pas lui dire, même armé de son éternel sourire bienfaiteur : « Hey, au fait Noct, tu me considères comme ton meilleur ami maintenant ? Parce que moi ,oui ! » C'était tout bonnement ridicule.

Mais il y avait aussi… autre chose qui faisait réfléchir le blondinet. Dernièrement, Noctis et lui avaient partagé beaucoup de choses, et cela en l'espace de très peu de temps. La fuite d'Insomnia et le sauvetage du bébé Chocobo n'avaient été qu'un début dans l'histoire de leur relation en constant changement, il et lui arrivait bien souvent depuis qu'ils avaient sauvé le petit poussin de regarder le Prince sous un nouvel œil. Enfin, autrement que comme un ami, en tout cas. Prompto avait immédiatement pensé qu'il le considérait juste comme son meilleur ami désormais, parce qu'il n'en avait jamais eu jusqu'alors, et qu'ils s'entendaient drôlement bien tous les deux, leur amitié était faite pour durer. Seulement… était-il normal de trouver son meilleur ami beau et attirant, au point de toujours chercher à avoir un contact avec lui, tant physique que visuel, et que, lorsque cela se produisait enfin, vous vous en retrouviez totalement gêné ? Prompto doutait, et c'était en partie ce qu'il s'apprêtait à déclarer à Noctis un peu plus tôt tout à l'heure, avant l'interruption de la Reine de Cœur. Et pour une fois, le jeune photographe devait bien dire qu'il lui en était profondément reconnaissant ! Comment aurait réagit le brun en apprenant le fond de ses pensées ? Sans doute très mal. Mais son commentaire, dans la voiture, laissait tellement prétendre qu'il n'en pensait peut-être pas moins lui aussi… Rah, mais pourquoi avait-il une vie aussi compliquée ?

La petite cloche indiquant l'ouverture des portes sortit Prompto de ses pensées, qui sursauta presque à son entente. Noctis fut le premier à quitter l'espace restreint de l'ascenseur, très rapidement imité par son ami, qui s'était remis à fixer ses pieds. Etrangement, les pensées étranges du jeune homme se poursuivirent malgré ses efforts pour les balayer définitivement de sa tête. C'était pire lorsque le Prince était en sa compagnie.

Le blondinet se mit étrangement à repenser à l'attitude d'Ignis dans la voiture. Quelque chose clochait avec cet homme. Il devait savoir quelque chose le concernant, mais quoi ? Minute ! Est-ce qu'il avait compris… ce que ressentait Prompto pour Noctis alors que même lui n'était pas certain de vraiment ressentir ça ?! Wow, cette idée lui paraissait presque dingue, mais le photographe en herbe avait bien remarqué que Ignis possédait un sens de l'analyse aiguë qui le dépassait complètement. Pour dire la vérité, Prompto aurait préféré que le cuisinier royal soit plutôt au courant de ses origines plutôt qu'il était amoureux de son meilleur ami.

Voilà. Il avait enfin mis les mots sur ce qu'il pensait vraiment de Noctis. Mais en même temps, comment n'aurait-il pas pu tomber sous son charme, avec ce visage d'ange, ses petits yeux bleus et plissés intriguant et mystérieux, et ce sourire si charmeur et parfait… ?

Les cliquetis des clés s'entrechoquant sortirent Prompto une bonne fois pour toutes de ses drôles de pensées, tandis qu'il fixa du coin de l'œil son ami tourner son trousseau dans la serrure dans le but de déverrouiller la porte. Sans un mot, les deux jeunes hommes pénétrèrent dans l'appartement, et à peine furent-ils déchaussés qu'un piaillement des plus adorables retentit non-loin. Prompto eut à peine le temps de relever la tête qu'il vit une masse dorée à plume fondre dans sa direction. Désorienté, le jeune photographe se reçut le boulet de volaille en pleine poitrine et se retrouva par la force des événements projeté sur son derrière, tandis que le poussin Chocobo lui picorait affectueusement et tout en douceur le bout du nez.

— Eh bah ! commenta Noctis en posant ses mains sur les hanches tout en regardant la scène d'un œil attendrit. C'est que tu lui avais manqué.

— Et coucou le bébé ! s'extasia Prompto en attrapant son « enfant » à deux mains pour le porter dans ses bras comme s'il eut s'agit de son propre nourrisson. T'es content de revoir ta maman, hein ? Papa a dû te faire vivre de vilaines choses, hein ?

— Hé ! s'offusqua le brun à ses côtés en s'engageant dans le couloir dans le but de rejoindre le salon luxueux non loin. Inverse pas les rôles, s'te plaît ! C'est lui qui me fait vivre un enfer, pas l'inverse !

Mais Prompto ne l'écoutait déjà plus, son regard bleuté ahuri posé sur l'état lamentable du salon qui se dépeignait devant lui. La bouche entrouverte dans une expression de béatitude, le jeune homme sentit son sourcil s'arquer malgré lui, avant de tressaillir sans son autorisation. Lui qui pensait sa chambre en désordre, il n'aurait plus qu'à repenser à l'état déplorable de l'appartement de Noctis pour se sentir rassuré lorsqu'il laissait ses affaires traîner un peu trop longtemps au sol avant que sa mère ne passe pour lui laisser un commentaire désagréable le forçant presque à devoir ranger pour ne pas s'attirer encore plus ses foudres. Pour un peu, le jeune homme hésitait presque à prendre une photo pour preuve qu'il n'était pas le garçon le plus crasseux d'Insomnia !

Plusieurs cups de Cups Noodle traînaient de çà et là dans la pièce, tantôt sur la table basse, tantôt sous la table basse, imitées par ses boîtes en cartons de pizzas vides, des sachets plastiques un peu partout, de la vaisselle sale débordant de l'évier, qui avait par ailleurs attirées quelques moucherons affamés, sans parler des vêtements sales et répugnants qui jonchaient le sol et les meubles !

Les yeux agrandis par la surprise, Prompto se retourna lentement en direction de Noctis, qui évitait soigneusement son regard.

— C-C'est pas ce que tu crois ! s'expliqua-t-il soudainement, tandis qu'il se passait une main gênée dans ses cheveux. C'est le Chocobo !

— Ah parce qu'un Chocobo ça laisse traîner ses chaussettes et ses caleçons sales partout dans l'appartement ? contre-attaqua immédiatement Prompto d'une mine déconfite, évitant soigneusement de ne pas regarder en direction du dit sous-vêtement qui demeurait pourtant, inerte, juste à ses pieds.

Noctis, cette fois-ci véritablement rouge de honte presque de la tête au pied (Prompto ne put s'empêcher de comparer son faciès à celui d'une pomme bien rouge et mûre, puisque le brun n'était pas vraiment friand des légumes), se rua sur le-dit caleçon sale aux pieds de son ami, qu'il s'empressa de faire disparaître en le cachant sous l'une de ses aisselles en croisant ses bras sur son torse. Enfin, détournant à nouveau ses iris célestines sur les hauts grattes-ciels d'Insomnia visibles depuis sa baie vitrée, le jeune homme tenta de s'expliquer :

— O-oui ! Enfin, pas comme tu le crois ! Je veux dire… Il va fouiller dans la corbeille de linge sale ! Je te jure, c'est pas des conneries ! Ce Chocobo a une drôle d'aversion pour tout ce qui est odeur nauséabonde, je le comprends pas. C'est pas mon gosse, c'est pas possible.

Tout comme il finissait sa phrase, Prompto et le Chocobo lui lancèrent le même regard blasé avec une exactitude dans le fond de leurs iris déconcertante, et Noctis n'aurait su dire si la scène était hilarante ou tout bonnement effrayante.

— Techniquement non, c'est pas ton enfant, tu n'as pas enfanté une femelle Chocobo à ce que je sache…

Voyant que Noctis ne lui répondait pas, trop occupé à ranger ses caleçons sales qui traînaient sous le bras avant de s'enfuir dans la salle de bain sans un mot, Prompto lança, tout haut et effrayé :

— Pourquoi tu réponds pas ?!

— De quoi ? fit le brun juste en passant sa tête à l'embrasure de la porte de la salle de bain.

— Rien, laisse tomber ça, ça vaut mieux…, soupira le blondinet tout en se laissant tomber sur le seul morceau de canapé immaculé, serrant toujours aussi fermement son Chocobo contre son torse, qui avait fini par s'endormir suite aux caresses de sa « maman ».

Noctis finit par le rejoindre bien rapidement. Resté planté entre la table basse et le canapé, le jeune homme semblait aviser celui-ci d'un œil analytique, cherchait méticuleusement s'il y avait encore une petite place pour lui, au beau milieu de ses détritus. Ça lui apprendra à ne pas faire le ménage assez souvent chez lui ; il allait se retrouver forcé à s'asseoir par terre, aux pieds de son ami, comme s'il eut s'agit de lui le Prince, et non pas l'inverse ! Etrangement, échanger les rôles avec le blondinet, pour au moins une fois dans sa vie ne l'aurait aucunement dérangé. Le brun en avait plus que marre de cette vie où tout lui était dicté et tracé d'avance. Par moment, il aurait aimé être né, tout comme Prompto, dans une famille « normale », et vivre une vie de citoyen tout ce qu'il y avait de plus banal.

Finalement, le bébé Chocobo couina adorablement tandis qu'il s'étira, tout en ébouriffant ses plumes, ce qui fit sourire le jeune photographe qui le fixait toujours avec autant de tendresse dans le regard. Puis, le petit poussin sauta de lui-même à terre avant d'entrer dans le même couloir qu'avant emprunté Noctis pour se rendre à la salle de bain, puis de disparaître dans l'obscurité de celui-ci.

— Où il va ? questionna le blond en étirant son cou dans l'espoir de repérer son petit protéger dans la pénombre, mais en vain ; il avait déjà disparu dans les ténèbres du petit corridor.

— Sûrement sur mon lit pour m'emmerder. Il sait que je déteste quand il fait ça.

Puis, le Prince posa ses mains sur ses hanches, et regarda l'heure sur son téléphone, déjà bien avancée. Il soupira de lassitude en pensant au terrible entraînement que lui ferait encore endurer Gladiolus ce soir, avant de lancer tout haut :

— Dommage, je pourrai pas profiter de ta compagnie plus longtemps.

A cette remarque, Prompto sentit immédiatement ses joues s'empourprer, tandis qu'il joua nerveusement avec le nœud de sa cravate, cherchant à la dénouer car l'air semblait incroyablement lui manquer depuis quelques temps, en plus d'avoir de drôles de bouffées de chaleur. Bon sang, est-ce que c'était réellement Noctis qui lui faisait autant d'effet ?! Wouah… Alors il devait être sacrément amoureux de lui pour ressentir quelque chose d'aussi intense… Pour un peu, Prompto se serait presque cru perdu en plein milieu du désert de Leide ! De l'air… Il avait impérativement besoin d'air !

— Hé ! Relax, je plaisantais ! ajouta presque immédiatement le Prince face à la mine déconfite et visiblement mal à l'aise de son ami. La vache, faut pas prendre tout ce que je dis au sérieux, tu sais !

Rigolant nerveusement tout en se passant une main dans ses cheveux, Noctis fit des efforts incroyables pour tenter de ne pas analyser plus en profondeur la réaction excessive de Prompto. Comme il le lui avait si bien fait remarquer lors de leur dernier cours, le brun le trouvait drôlement changé ces derniers temps, presque absent. Il espérait juste que tout cela n'avait rien à avoir avec lui, d'une quelconque manière que cela soit. Au plus profond de lui-même, le Prince espérait juste que le blondinet n'avait pas fini par se lasser de sa compagnie. Après tout… Il y avait des signes avant-coureurs que ne trompaient pas. Dernièrement, le brun avait bien remarqué l'attitude songeuse de son ami, ainsi que ses regards fuyants, sans parler de cette façon de prendre tout ce qu'il disait au pied de la lettre.

Constatant qu'un léger moment de blanc venait de s'installer entre les deux jeunes hommes qui évitaient chacun minutieusement le regard de l'autre, Noctis finit par annoncer, tout en prenant place derrière le comptoir qui faisait la séparation entre la salle à manger et la cuisine :

— Je vais pas tarder à partir. Si je suis encore en retard, Gladio va me faire payer. Rah, crois-moi, tu voudras jamais te retrouver face à lui lors de ses colères noires ! Une minute de retard, et il te le fait regretter pour le reste de ta vie !

Le brun attrapa un verre dans un des placards, et poursuivit sa tirade, puisque Prompto ne semblait pas vraiment prompt à prendre son tour de parole :

— Je dois bien avoir une éternité d'entraînements intensifs à rattraper, vu le nombre de fois où je suis arrivé en retard !

Le jeune homme leva la tête en direction du blondinet, et constata que celui-ci s'était tourné en direction de la baie-vitrée, le regard fixé sur les hauts gratte-ciels d'Insomnia. En cette fin de journée, la lune commençait doucement à prendre place dans les cieux, baignant les hautes tours de ses rayons argentés presque éblouissants. Certaines fenêtres des immeubles étaient éclairées, remplaçant tristement les étoiles manquantes des soirs dans la grande citée ; les lumières empêchaient de discerner les constellations.

Quelque chose n'allait visiblement pas avec Prompto aujourd'hui. Il était constamment absent, complètement dans la lune et dans ses pensées, encore plus que d'ordinaire, et cela avait le don de rendre Noctis anxieux. Doucement, le brun s'avança dans sa direction, s'accroupit à ses genoux, posant par ailleurs une main sur l'un d'eux dans un geste incroyablement doux qui le surpris lui-même.

— Hé… engagea-t-il d'une voix claire, tandis que ses doigts s'enfoncèrent avec plus de puissance dans le creux du genou du blondinet dans un geste réconfortant. Je vois bien que quelque chose va pas.

Prompto sursauta puis frissonna à ce contact imprévu, avant que son regard ne quitte enfin l'admiration de la ville qui entrait dans une période de sommeil, pour planter ses iris azurées dans ceux, célestines et brillantes du brun. Noctis était plus que sincère dans ses paroles, le jeune homme pouvait bien le voir à la leur claire dans le fond de ses yeux, mais cela ne le résolut en rien à ouvrir la bouche pour parler. Bien au contre, sa gorge se noua d'elle-même devant ce regard si sincère et si beau, ce regard qu'il aimait tant, et le blondinet cru, l'espace d'un instant, qu'il allait fondre en larmes sans aucune raison.

— Si ça va pas, ce serait cool que tu me le dises. S'il te plaît.

Prompto le dévisagea encore quelques secondes, avant de serrer violemment sa mâchoire. Non. Il ne pouvait rien dire. Du moins, pas ce soir, pas maintenant. Pas tant qu'il ne serait pas certain de ce qu'il ressentait au fond de son être, pas tant qu'il ne soit certain de la façon dont réagirait son ami à l'annonce qu'il serait forcément obligé de lui faire un jour ou l'autre.

Finalement, le jeune photographe préféra ramener son coude contre le dossier du canapé, tandis qu'il laissa sa tête reposer dans l'encolure entre son bras et son avant-bras, le regard à nouveau perdu sur les toits d'Insomnia l'infatigable qui s'étendait à l'infini jusqu'à l'horizon.

— Rien, ça va, finit cependant par dire Prompto sur un ton incroyablement bas, presque dans un murmure, mais dont Noctis perçut clairement quelconque émotion triste. Je dois juste être fatigué.

— Mais pourtant, t'as bien tenté de me dire quelque chose tout à l'heure, non ? Tu… Tu ne me fais plus confiance, c'est ça ?

Le brun n'avait pas posé cette question dans un état de colère, mais plutôt de la tristesse. Il ne savait pas ce qu'il avait fait à Prompto pour qu'il se retrouve soudainement dans un état pareil, et il tout ce qu'il espérait, c'était qu'il n'avait pas perdu la confiance qu'ils avaient tous les deux eut l'un envers l'autre dès le premier jour. Le photographe en herbe était l'ami le plus précieux qu'il n'avait jamais eu, et il s'en voudrait à mort s'il le perdait un jour ou l'autre, pour n'importe quelle raison que cela soit !

Prompto ouvrit la bouche pour répliquer, mais plusieurs coups puissants et visiblement impatients à la porte les firent tous deux sursauter violemment de terreur. Bon sang, mais qui pouvait bien s'acharner avec autant de violence contre une pauvre malheureuse porte d'appartement qui n'avait rien demandé ?!

— Noct ! entendirent-ils crier au loin. Bouge ton cul princier de suite, je te signale que t'es en retard !

— Merde ! jura l'intéressé en se campant immédiatement sur ses jambes. Gladio !

Complètement paniqué, le jeune homme se rua en direction du couloir sous le regard empli de tristesse qu'il ne comprenait pas de Prompto, dans le but de récupérer son sac de sport dans sa chambre. Une fois son sac fermement harnaché sur les épaules, Noctis repassa à la vitesse de l'éclair dans le salon, et lança à l'intention de son ami, qui fixait toujours ses moindres faits et gestes sans jamais ciller :

— Je sais pas quand je vais rentrer, mais je vu l'heure déjà avancée, je pense te ramener chez toi de suite après l'entraînement, on pourra discuter à ce moment-là. Le petit dort dans la chambre, il est sage pour le moment. Mais s'il se réveille…

Gladiolus tambourina avec toujours plus de violence, tout en assaillant d'insultes toutes plus vulgaires les unes que les autres, qui montaient clairement en crescendo, le pauvre prince qui enfilait ses chaussures de sport le plus rapidement possible.

— Ca va, ça va ! J'arrive ! cria Noctis à l'intention de Gladiolus.

Puis, il reprit, pour Prompto cette fois-ci :

— Je disais donc : s'il se réveille, tu improvises, parce que tu sais mieux t'en occuper que moi. Allez, salut !

Lui adressant un dernier signe de la main ainsi qu'un sourire en coin plus que sincère, le brun finit par disparaître une bonne fois pour toute derrière la porte de l'appartement, laissant Prompto seul avec ses pensées. Non, ce ne serait pas ce soir que Noctis saurait les sentiments nouveaux qu'il éprouvait pour lui et peut-être même…

Peut-être même que le blondinet n'aurait jamais le courage nécessaire pour lui dire en face ce qu'il ressentait.