Le juste vivra par sa loyauté
JOYEUX NOËL ! Sur ce, le rating a été modifié. Nous passons donc au niveau M mes chers amis !
Chapitre 13 : Sans issue
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Précédemment
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« Sirius ?! C'est quoi le problème ? »
Lizzie aurait dû se douter que le reste de la cavalerie n'allait pas tarder à arriver. Tout le monde savait que lorsque Sirius Black apparaissait, James Potter n'était pas jamais bien loin.
Et à en juger par les yeux flamboyants de ce dernier, il allait bientôt la faire regretter de ne pas être partie plus tôt.
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Est-ce qu'elle ferait mieux de mourir ?
Est-ce qu'elle avait eu tort de se raccrocher à la vie ? Est-ce que toutes ses séances chez le psy n'avaient que servi d'interlude, un bref instant de répit avant que la réalité ne fracasse de nouveau tout semblant de stabilité mentale qu'elle avait durement bataillé pour obtenir ?
Eva étouffait. Elle ne voyait plus la lumière au bout du tunnel. Elle avait l'impression que les murs s'étaient écroulés et qu'il n'existait plus aucune issue de secours. Elle n'avait plus le choix, il n'y avait plus qu'une direction à prendre : celle de la défaite, de la mort peut-être même ? Peut-être qu'elle devrait se satisfaire des quelques mois qu'elle avait réussi à voler. Après tout, si Argus Rusard n'avait pas défoncé la porte au mois de mai dernier, elle ne serait pas capable aujourd'hui de plonger ses yeux dans ceux de Sirius.
Il avait des yeux si singuliers. Il était si peu banal contrairement à elle. Des yeux gris, qui avait des yeux gris à part lui ?
Si Argus Rusard n'avait pas défoncé la porte, elle se serait éteinte sur les dalles froides d'une salle des cachots abandonnée. La scène n'aurait pas été très théâtrale, elle ne serait même pas morte dans une mare de sang. Royce était bien trop maniaque et attentif pour qu'une seule goutte de sang éclabousse le sol. La preuve, il avait essuyé avec un claquement de langue agacé le flot de sang qui s'était échappé du nez d'Eva après un coup de poing violent de la part de Rosier.
Il préférait garder le sang à sa place, c'est-à-dire dans le corps humain. Après tout, quoi de plus jubilatoire que de voir Eva Brown se tordre de douleur alors que son sang bouillonnait sous sa peau, la brûlant de l'intérieur ? Il avait particulièrement apprécié de découvrir que, malgré un sortilège d'immobilisation, le corps humain parvenait tout de même à trembler lorsque la douleur était poussée à son paroxysme.
« Respire, Eva. Respire. Regarde-moi. Inspire, expire, inspire, expire. »
C'était vraiment la fin du monde. Eva avait réussi à mettre à genoux Sirius Black et il encerclait même son poignet de sa main.
Elle prit quelques secondes à comprendre qu'il avait imité sa position. Quand est-ce qu'elle était tombée à genoux, une main au sol et l'autre enfouit dans sa poitrine ? Elle ne s'en rappelait pas. Et depuis quand la touchait-il ? Elle ne le savait pas non plus.
« J-j'arrive pas, hoqueta-t-elle.
– Bien sûr que tu peux. Regarde-moi faire. »
Elle déchirait entre ses doigts tremblants son pull, espérant vainement que cette pression sur sa poitrine lui permettrait de libérer ses poumons. Comme pour la rappeler à l'ordre, Sirius affermit sa poigne sur son poignet.
C'était ridicule. Elle était ridicule. Pitoyable même. Qui d'autre qu'elle aurait besoin que Sirius Black exagère sa respiration pour qu'elle réussisse à ne pas s'étouffer sur du vide ?
Et cet idiot écarquillait les yeux comme pour la supplier de continuer à le regarder.
Ne savait-il pas qu'il n'avait pas besoin de faire ça ? Eva passait son temps à l'observer du coin de l'œil. Rien que la veille elle avait dû se faire violence pour arrêter de lancer des coups d'œil furtifs par-dessus son épaule en direction de la table des Gryffondors auquel elle tournait le dos.
Elle n'avait pas arrêté de faire tourner en boucle ce moment où, épaule contre épaule, il avait été si proche que son souffle avait fait voler les petits cheveux qui s'étaient échappés de sa tresse. Elle avait pu plonger sans vergogne ses yeux dans ceux magnétiques de Sirius. Et ce moment où elle avait senti ses doigts effleurer sa poitrine alors qu'il ne faisait qu'attraper sa tresse entre ses doigts élégants…Ce moment la hantait.
Eva avait eu l'impression de vivre un moment hors du temps. Le temps s'était vraiment arrêté pour elle alors qu'elle l'admirait sans un mot, seul le tambourinement de son cœur venant briser la quiétude du moment.
« Ça ne me dérange pas. Mais un autre gars que moi pourrait se demander quels signaux tu essayes de lui envoyer. »
Toute la nuit elle s'était tournée et retournée dans son lit, passant en boucle cette phrase qu'il lui avait dit. Elle s'était difficilement endormie et l'anxiété l'avait réveillé très tôt. Lizzie Lestrange – tout comme les autres Serpentards – devait croire qu'Eva était partie courir comme une furie sur le terrain de Quidditch à l'aube pour faire un doigt d'honneur à Royce Mulciber mais la réalité était tout autre.
Elle avait voulu faire partir cette chaleur qui nouait son estomac et la faisait croiser ses jambes sous ses draps. Elle s'était obligée à courir jusqu'à ce qu'elle s'effondre sur l'herbe mouillée du parc, à bout de souffle et la gorge tellement sèche qu'elle en avait un goût de sang dans la bouche.
Elle ne savait pas si elle devrait avoir honte d'avoir été momentanément plus préoccupée par le désir que Sirius avait éveillé en elle pour la première fois de sa vie que par la menace très présente des Serpentards. De toute façon, elle avait bien vite repris ses esprits avec l'arrivée du colis mystérieux au petit-déjeuner.
Se concentrer sur Sirius – se concentrer sur Sirius était une bonne idée. En décortiquant chaque coin de son visage à travers sa vision brouillée par des larmes et les cheveux qui lui collaient au visage, Eva remarquait que ses pensées devenaient plus claires.
Trouve un point d'ancrage lorsque tu te sens partir, c'est ce que lui avait conseillé son psy pendant l'été.
Ses cils – ses cils étaient toujours aussi longs et élégants. Il avait des traits tirés aujourd'hui et ses cernes étaient accentuées. Le bout de son nez était rouge, comme s'il venait de l'extérieur et avait été confronté au froid de fin d'octobre. Et là, en bas de sa joue droite se trouvait le petit grain de beauté qui était le premier d'une longue lignée descendant jusqu'à son cou. Un, deux, trois, quatre – elle en comptait quatre.
« C'est bien, Eva. Continue comme ça, » lui soufflait Sirius d'un air encourageant.
Il ne perdait pas son air sérieux. Si elle n'était pas occupée à se concentrer à inspirer et expirer comme si sa vie en dépendait, elle aurait été perturbée par l'intensité de l'attention qu'il lui portait.
Finalement, au bout de deux minutes – ressemblant plutôt à une éternité –, Eva sentit qu'elle avait retrouvé un semblant de contrôle. Elle allait lui dire qu'il pouvait la lâcher, qu'elle allait mieux – de fait, sa respiration était beaucoup moins erratique et elle se rendait de nouveau compte que son monde ne se résumait pas qu'à Sirius et à ses pensées morbides.
Elle était à Poudlard, dans le couloir principal des cachots. Elle pouvait entendre des bruits de pas derrière elle, accompagné par le brouhaha des élèves qui discutaient tranquillement. Elle leur tournait le dos, son corps toujours dirigé en direction du couloir sombre d'où avait surgi Lizzie Lestrange tantôt.
A genoux, le froid des dalles de pierre traversait l'épaisseur de ses collants. Sa tête était lourde – mais toujours vibrante d'énergie – et tombait en avant. Ses cheveux détachés gisaient au sol. D'un main, Sirius serrait entre ses doigts son poignet, de l'autre, il la forçait à se redresser en agrippant son épaule.
Il était étonnamment proche d'elle. Accroupi qu'il était, ses genoux fléchis frôlaient le bras avec lequel Eva se tenait au sol.
Elle se rendit compte que quelqu'un parlait au-dessus d'elle, une voix féminine.
« – ne veux pas que je parle à Evan de ton petit secret. »
Evan, Evan Rosier
Les mots de réconfort qu'elle allait adresser à Sirius se perdirent dans sa gorge. Avec un hoquet de stupeur, elle se remémora soudainement un souvenir qu'elle avait enfouit au plus profond d'elle-même.
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« Une pétasse comme toi devrait se réjouir d'être la première à mourir. Si tu savais ce que Royce a préparé pour toi, j'ai hâte. »
Evan Rosier ricana sombrement. Entre ses doigts, il tenait le petit doigt d'Eva. Sur ses dix doigts, c'était le seul qui n'était pas plié de manière anormale. Rosier avait pris un plaisir malsain à casser un à un ses doigts en la fixant droit dans les yeux, son sourire moqueur s'élargissant à chaque fois qu'il voyait les yeux marrons d'Eva s'écarquiller de douleur.
Le « stupéfix » et « silencio » que Ronan Parkinson lui avait lancé l'empêchait d'ouvrir la bouche pour lâcher un hurlement d'agonie, Rosier avait donc dû se satisfaire simplement de la vue de la peur et de la douleur dans ses yeux.
« Après tout, tu es sa pute préférée. »
Il plia le petit doigt d'Eva à l'envers.
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Elle sentait que son visage s'écroulait de nouveau. La panique, la peur voulait de nouveau la noyer. Elle ferma les yeux et retint sa respiration.
« Eva ? Eva ? » la héla Sirius d'un ton pressant.
Il lui secoua l'épaule.
Elle se borna à retenir sa respiration. C'était comme pour le hoquet, si elle se retenait de respirer, l'envie de paniquer allait disparaître.
« C'est pas le moment d'arrêter de respirer. Ne sois pas aussi stupide que Remus, il n'y a que lui qui a le droit d'être aussi désinvolte avec sa santé. Eva, grinça Sirius d'un ton menaçant.
– Mes mains, expira-t-elle en un souffle, les yeux toujours fermés. Est-ce que mes mains vont bien ?
– Tes mains ? répéta lentement Sirius, clairement confus.
– Est-ce que je peux bouger mes doigts ? » chuchota-t-elle du bout des lèvres.
La peur la tétanisait. Elle n'osait pas bouger ne serait-ce son petit doigt. Elle avait la peur irrationnelle que ses mains ne lui répondent plus comme lors de son réveil à l'infirmerie en mai dernier.
« Ça prendra un peu de temps avant de revenir, Miss Brown. Ne vous inquiétez pas. La pommade vous fera de l'effet d'ici quelques jours, » lui avait dit Madame Pomfrey en vérifiant que les bandages enveloppant ses doigts étaient bien ajustés.
Elle savait qu'il la fixait, l'intensité de son regard lui brûlait la peau du visage. Il devait sans doute se demander ce qu'il se tramait dans sa tête mais Eva était incapable de lui expliquer. Finalement, après un bref instant de silence, elle sentit la chaleur de la main de Sirius quitter son poignet pour glisser jusqu'à ses doigts gelés qu'il parvint aisément à délier de son pull d'uniforme.
Elle le sentit plier doucement ses doigts.
« Tout m'a l'air d'être en ordre, » lui répondit-il finalement.
Elle aurait pu sangloter de joie tellement le soulagement qu'elle ressentait était violent.
Tout son corps tendu se relâcha.
Extenuée, elle se laissa tomber en avant. Son front s'apposa contre le torse de Sirius et elle soupira, épuisée. En-dessous de son visage se trouvait leurs mains jointes, posées sur les genoux toujours fléchis de Sirius et chatouillées par les cheveux d'Eva.
Gêné par leur positionnement maladroit, Sirius lâcha sa main pour se réajuster. Il posa un genou à terre et encercla lâchement le dos d'Eva de son bras maintenant libre, prenant soin de poser son bras en-dessous des cheveux d'Eva et non par-dessus. Cette marque d'attention de sa part aurait fait rougir de plaisir Eva un autre jour.
Sans que Sirius ne le remarque, Eva plia légèrement ses doigts qu'elle avait ramenés vers elle –
(Elle avait fait l'erreur de penser qu'il en avait terminé, mais Rosier était revenu et avait violemment écrasé ses doigts tordus sous sa chaussure)
– voulant s'assurer par elle-même que ce que Sirius lui avait dit était vrai. Le visage enfoui dans son torse, cachée du reste du monde avec ses cheveux qui faisaient office de rempart, Eva se sentait enfin en sécurité. Sentir sous sa joue le battement irrégulier du cœur de Sirius la réconfortait.
Trouve un point d'ancrage
Elle croyait bien en avoir trouvé un plus captivant que les miettes de scones d'il y a deux heures à peine. Elle n'avait même pas la force de se sentir embarrassée. Elle était clairement avachie sur lui, elle ne faisait aucun effort pour l'aider à supporter son poids.
Petit à petit, d'autres bruits vinrent s'ajouter à celui du tambourinement du cœur de Sirius.
Elle reconnut la voix moqueuse de Lizzie Lestrange :
« Adrian et toi faites une belle paire, deux Serdaigles imbus d'eux-mêmes. »
De qui parlait-elle ? Le seul Adrian de Serdaigle qu'Eva connaissait était Adrian Parkinson, la sale fouine qui avait été l'élément déclencheur de ce jeu du chat et la souris qu'Eva avait naïvement cru avoir laissé derrière elle après que Dumbledore lui ait assuré dans l'infirmerie qu'il ne laisserait plus personne lui faire du mal.
Qu'elle avait été naïve… Toujours délirante de douleur et clouée au lit de l'infirmerie, elle y avait vraiment cru. Après tout, quand celui qui avait vaincu Grindelwald vous faisait une promesse, qui ne le croirait pas ? Cet après-midi-là de fin mai, le soleil avait été resplendissant et avait baigné l'infirmerie d'une lumière rassurante qui avait rendu encore plus saisissant l'intensité des yeux clairs de Dumbledore.
« Vous n'avez rien à me dire de plus, Miss Brown ? »
Il lui avait posé tellement de fois cette question mais, muette de peur, Eva n'avait jamais pu lui répondre honnêtement.
« Je ne peux rien vous dire, professeur. Pa-pardon, » avait-elle hoqueté avant de fondre en larmes sur le lit de l'infirmerie.
La honte lui avait rongé l'âme. Elle se répugnait. Le fait qu'elle ne puisse même pas essuyer ses larmes, ses bras aussi lourds que du plomb à ses côtés, avait terminé de l'achever.
Il fallait qu'elle arrête d'y penser. Cela ne servait à rien de raviver des souvenirs aussi douloureux. Le moment présent – c'était dans le présent qu'il fallait vivre.
Adrian Parkinson, c'était à lui qu'elle pensait il y a une seconde. Mais qui était l'autre personne de Serdaigle à qui Lizzie Lestrange avait susurré ses mots ?
Alors qu'Eva s'apprêtait à faire l'effort monumentale de sortir de son refuge pour voir de ses yeux bouffis qui était la mystérieuse personne qui subissait le venin piquant de la fiancée d'Evan Rosier, une voix masculine prit le contrôle de la situation :
« Sirius ? C'est quoi le problème ? »
James, c'était James.
Non, non, non, Eva ne voulait pas qu'il la voit comme ça !
James avait toujours été trop malin. S'il la voyait dans cet état-là avec Lizzie Lestrange aussi proche, il n'allait pas prendre très longtemps avant d'en venir à la conclusion la plus logique : les Serpentards étaient ceux qui tiraient les ficelles. Et si James commençait à lui poser des questions, Eva n'était pas sûre qu'elle parviendrait à le convaincre d'arrêter. Il le lui avait bien fait comprendre il y a quelques semaines derrière une tapisserie : il ne la laisserait plus se faire marcher sur les pieds sans qu'il ait son mot à dire.
Prise de panique, Eva allait se redresser mais le bras de Sirius qui la tenait tantôt de manière lâche se tendit. Il la ramena plus fermement contre lui. Elle leva des yeux confus vers lui. Elle ne vit d'abord que sa mâchoire ciselée puis, il baissa les yeux vers elle, et le gris glacial de ses yeux noua ses mots de protestation dans sa gorge :
« On se lève, » dit-il.
Sur ces mots, il la remit sur ses pieds, leurs torses momentanément collés l'un à l'autre. Un piaillement de surprise échappa à Eva. Maintenant débout, ils étaient à taille identique. Ses yeux gris n'étaient qu'à quelques centimètres des siens :
« Laisse-nous gérer le problème. »
Il attrapa sa main et, muette de surprise, Eva le laissa manier sa main pour qu'elle essuie d'elle-même sa joue humide.
« C'est mieux comme ça, déclara-t-il et Eva réalisa qu'il avait voulu faire disparaître le chemin qu'avait tracé ses larmes sur sa joue. Reste là. »
Et aussi simplement que ça, il lui tourna le dos comme s'il voulait faire rempart entre elle et le reste des élèves. Seule, elle se rendit compte qu'elle avait froid. La chaleur de Sirius avait momentanément permis à son corps de se réchauffer.
Elle ramena ses bras contre elle et les croisa sous sa poitrine, peinant à se retenir de grelotter.
« Cornedrue, salua Sirius et, à son ton léger, Eva aurait pu croire qu'elle avait imaginé son attitude si sérieuse d'il y a quelques secondes encore. T'en as pris du temps, tu t'étais perdu dans les beaux yeux de Chourave ?
– C'est Eva derrière ? » répondit James, ne semblant pas d'humeur à renchérir aux blagues de Sirius.
Sirius se dandina sur ses pieds et, après lui avoir jeté un regard par-dessus son épaule, il répondit par l'affirmative à James. Eva n'osait pas regarder plus haut que l'épaule de Sirius. Déjà, elle sentait le regard de James lui brûler le visage mais la honte la rendait incapable de lui rendre son regard.
Tu n'as qu'à les emmerder, lui avait-il crié. Elle était bien loin de les emmerder, tremblotante qu'elle était…
« Lestrange. J'imagine que c'est toi qu'on doit remercier pour cette réunion ? »
James était froid. Il n'y avait rien du ton blagueur qu'il utilisait toujours.
« Ne me remercie pas, Potter. J'étais simplement la seule âme assez charitable pour m'arrêter voir si Brown ne faisait pas une crise cardiaque, je l'ai fait sans chercher de remerciements.
– J'ai vraiment du mal à y croire, Lestrange, gronda James d'une voix sourde qu'on devinait qu'il peinait à garder calme. Ton sale sourire me fait plutôt penser le contraire.
– Toujours aussi suspicieux, Potter, soupira dramatiquement Lizzie Lestrange et Eva remarqua enfin Marlène McKinnon à ses côtés – l'air stoïque, la Serdaigle ne laissait pas deviner ce qu'elle pensait de la situation. Tu sais, j'ai mieux à faire que de passer mon temps libre à harceler de pauvres élèves comme tu t'amuses à le faire.
– Je crois que tu te trompes de personne, Lestrange. C'est ton fiancé qui a comme passe-temps de tabasser des élèves, pas moi, » réfuta James.
Elle pouvait voir par-dessus l'épaule de Sirius l'éclat furieux des yeux de James derrière le verre de ses lunettes. Derrière lui se tenaient Remus et Peter. Remus adoptait un air sombre qui tranchait avec l'énergie fébrile de Peter qui se dandinait sur ses pieds, semblant sur le qui-vive d'une attaque potentielle.
Peter était le seul à avoir déjà dans sa main sa baguette.
« James Potter, se lamenta Lizzie Lestrange en un soupir excédé. Si prompt à rejeter la faute sur les Serpentards. Je suis sûre que Severus Rogue aurait un avis bien différent du tien.
– Ne me parle pas de Rogue, aboya James, son visage s'assombrissant. Il est loin d'être l'innocent que toi et tes copains défendez. »
Le visage de Lizzie Lestrange se tordit en une expression méprisante qui rappela à Eva les nombreuses fois où Rodolphus puis Rabastan avaient adopté cette expression à la vue des nombreux Sang-Mêlés ou Nés-Moldus étudiant à Poudlard.
Rares étaient les fois où Lizzie Lestrange perdait son sourire amusé mais l'audace de James semblait avoir réveillé en elle cette facette que la Serpentarde se gardait bien de montrer aux professeurs.
« Monte sur tes grands chevaux, Potter, le provoqua la cadette des Lestrange. Tu n'es bon qu'à ça, toujours à brailler plus fort que les autres pour te faire entendre. Mais tu sais quoi ? Tu ne vaux rien, tu n'es qu'un sorcier de deuxième cla–
– Un traitre à son sang, c'est ça que tu veux dire Lizzie ? » l'interrompit Sirius, prenant pour la première fois la parole.
Eva avait vu les épaules de Sirius se tendre avant qu'il ne prenne la parole, elle n'était pas surprise qu'il explose. Maintenant que tous les regards se tournaient dans leur direction, celui de Lizzie Lestrange compris, Sirius semblait avoir doublé de taille. Eva ne doutait pas que sur son visage se trouvait une expression farouche. « Traitre à son sang », c'était en effet l'insulte préférée des Sang-Purs lorsqu'ils se moquaient de Sirius le Premier et Dernier Black à Gryffondor.
« C'est toi qui le dis, Sirius, pas moi, répondit Lizzie, si posément que si ça avait été quelqu'un d'autre, Eva aurait cru que la jeune fille avait été blessée par l'accusation de Sirius.
– Pas besoin d'être Legilimens pour savoir ce que tu voulais dire, Lizzie. De toute façon, vous êtes tous éduqués à la même sauce. »
Les yeux de Lizzie se plissèrent. Elle avait l'air contrarié.
« Et toi aussi il n'y a pas si longtemps que ça. Tu ferais mieux de ne pas l'oublier. N'est-ce pas Marlène ? »
Pourquoi impliquait-elle Marlène McKinnon dans la conversation ? Eva ne comprenait pas. Perdue, elle chercha des yeux la Serdaigle qui laissa échapper l'espace d'un instant une expression mécontente avant que son visage ne redevienne aussi lisse que du marbre.
« Ne me mêle pas à tes histoires, Lizzie. Je ne suis pas d'humeur à subir ta puérilité, trancha la préfète et Eva se dit qu'elle ne cesserait jamais d'être étonnée du niveau de vocabulaire des Sang-Purs. Le cours de Potions débute dans moins de deux minutes alors j'apprécierai que tu t'expliques sur l'état plus que douteux d'Eva Brown à notre arrivée. »
Lizzie laissa échapper un petit rire incrédule face à la réponse de la Serdaigle. Eva observa un minuscule froncement de sourcil apparaître sur le visage de Marlène à l'entente du rire de la Serpentarde avant que la blonde platine ne se contrôle de nouveau.
C'était curieux, très curieux. Il y avait clairement une partie du dialogue qui échappait à Eva.
Mais, Eva ne put pas plus s'interroger sur les secrets que partageaient Marlène McKinnon et Lizzie Lestrange car celle-ci venait de planter ses yeux dans ceux d'Eva, un sourire narquois sur ses lèvres. Ses yeux sombres étaient de nouveau éclaircis par une lueur amusée.
« Pourquoi ne pas demander l'avis de la principale concernée dans ce cas ? Qu'en dis-tu, Eva ? » susurra Lizzie, prononçant d'une manière si affectueuse son prénom qu'Eva en resta tétanisée de peur.
C'était une mise en garde.
Dis-leur quoi que ce soit et ce ne seront pas que des menaces la prochaine fois.
Effrayée à l'idée de faire le moindre faux pas, Eva resta à fixer Lizzie Lestrange qui haussa moqueusement ses sourcils face à son silence :
« Qu'y a-t-il ? Tu as perdu ta langue ? Tu te caches derrières les hommes maintenant ? » la nargua Lizzie et, à ces mots, Sirius se redressa.
En voyant cela, Eva reprit ses esprits. Contrairement à ce que lui avait dit Meredith l'autre jour, elle n'avait pas encore complètement « perdue ses couilles ». Et elle n'avait jamais été du genre à se cacher derrière quelqu'un d'autre. Encore moins derrière Sirius.
Elle fit deux pas en avant pour se mettre à la droite de Sirius qui lui jeta un regard indéchiffrable. Eva ne saurait dire s'il était mécontent ou pas de sa décision. Il lui avait tout de même dit de rester là où elle était.
« Je ne me cache pas. »
Sa voix était rouillée. Elle se racla la gorge puis, prenant son courage à deux mains, planta ses yeux dans ceux de James qui suivait l'échange avec une mâchoire carrée :
« Je suis désolée. Lestrange n'y est pour rien. J'ai paniqué. Slughorn a préparé un contrôle et je ne suis pas du tout au point, avoua-t-elle et ce n'était pas entièrement faux – malgré ses révisions de la veille avec Sirius puis avec Jeff, elle ne se sentait pas assez préparée.
– Je ne te crois pas. »
Elle crut tout d'abord que c'était James qui venait de parler – il avait ouvert sa bouche dès qu'elle avait terminé de parler – mais elle se rendit compte que la voix était plus proche. Elle tourna des yeux surpris vers Sirius qui, les sourcils froncés, paraissait réellement contrarié.
« Pourquoi ? »
C'était une réaction immédiate. Pourquoi ne la croyait-il pas ? Qu'est-ce qui n'était pas crédible dans cette histoire ? Après tout, elle n'était pas la première ni serait la dernière à craquer à cause du stress des examens.
« A cause de ça, » répondit-il sèchement et, en une seconde, il tenait de nouveau le poignet d'Eva entre ses doigts – le même poignet qu'il avait plutôt tenu en plein cœur de sa crise de panique pour l'empêcher de creuser un trou dans sa poitrine.
Il brandit la main d'Eva en l'air. Sur sa main se trouvaient des traces de suie qu'elle avait tenté d'essuyer de son cou plus tôt après le commentaire moqueur de Lizzie Lestrange.
Sirius n'avait plus l'air contrarié, non, il avait l'air furieux.
« Ces traces sur ta main, tu m'expliques d'où elles viennent ? »
Il la défiait de mentir encore une fois. La fureur glaciale qui émanait de ses yeux intimidait la Poufsouffle.
« De quoi tu parles, Sirius ? » demanda James mais Sirius ne lâcha pas Eva du regard malgré l'intervention de son meilleur ami.
Eva avala sa salive, les yeux écarquillés.
« Explique-toi Eva parce que je ne suis pas sûr que tu apprécierais que je le dise à ta place. »
Non non non non non ! Ce n'était pas censé se passer comme ça !
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« Jure que tu ne diras rien. Pas à ta mère, pas à tes amis Sang-de-Bourbe, pas à Dumbledore. Jure que tu ne diras rien à personne. »
Incapable de reprendre le contrôle de son corps, elle s'entendit lointainement promettre : « Je le jure. »
Une lumière éblouissante éclaircit la salle des cachots. Le Serment Inviolable venait d'être scellé. Jamais elle ne pourrait confier à quiconque les évènements de cette nuit.
« Pleure pas, Brown, ricana Rosier qui observait toujours le spectacle quelque part dans la salle. De toute façon, qui en aurait quelque chose à foutre des pleurnicheries d'une pétasse de ton genre ? On a déjà une Mimi Geignarde, pas besoin d'une Eva Geignarde.
– Evan, soupira d'un air las Oliver Avery, le deuxième spectateur silencieux. Tu devrais t'en tenir à tes manières de brute épaisse. Ton humour laisse plus qu'à désirer, j'ai du mal à croire que Lizzie ne te l'ait pas déjà dit.
– Ta gueule, Avery ! Peut-être qu'on devrait faire un deuxième Serment Inviolable pour toi, ça t'apprendrait enfin à fermer ta grande gueule.
– Ne sois pas d'aussi mauvais goût. De toute façon, tu n'es même pas capable de jeter un imperio.
– Fais pas le malin, Avery, gronda Evan Rosier. Royce s'est déjà échauffé. Lancer un deuxième imperio serait un jeu d'enfant pour lui. »
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Un rire vint interrompre leur duel de regard.
Lizzie Lestrange venait d'éclater de rire, sa main cachant pudiquement sa bouche.
« Qu'est-ce qui te fait rire Lestrange ? grinça James.
– Sirius s'est toujours cru un si fin détective, je trouve juste cela amusant qu'il se prenne autant au sérieux. C'était mignon lorsqu'il avait huit ans mais aujourd'hui... (Lizzie perdit son sourire), c'est pitoyable.
– Ne me prends pas pour un idiot, Lizzie, » rétorqua Sirius dont la colère glaciale pétrifiait Eva.
Sirius lâcha son poignet et Eva plaqua sa main contre sa poitrine.
Elle avait l'impression d'avoir été mise le dos au mur. Sirius l'avait mise face à face avec sa lâcheté et se rendre compte de ce qu'elle était devenue la répugnait. C'était seulement à cause de la fatigue qui lui assommait le corps qu'elle ne fondait pas de nouveau en larmes.
Elle n'osa pas rendre son regard à James. Elle sentait d'ici sa stupeur et sa rage.
« Je reconnais très bien la marque de tes frères, continua froidement Sirius en direction de Lizzie Lestrange. Déjà enfants, ils adoraient marquer leurs victimes. Je vois que la pratique ne s'est pas perdue.
– Je ne vois pas de quoi tu parles, s'entêta Lizzie en arquant un sourcil circonspect. Elle a les mains sales et alors ? Son manque d'hygiène n'a qu'elle comme coupable à ce que je sache. »
Un sourire tout sauf amusé se dessina sur les lèvres de Sirius :
« Tu as toujours été la fille la plus culottée que je connaisse, railla-t-il. Vu que tu as des trous de mémoire, on a qu'à demander son avis à Marlène. »
Sur ces mots, Sirius posa son regard froid sur la préfète qui était restée dignement silencieuse jusqu'alors. Les bras croisés sous sa poitrine, Marlène McKinnon ne fléchit pas face au regard intense du Gryffondor.
Cependant, malgré les secondes qui passaient au ralenti aux yeux d'Eva, Marlène McKinnon n'ouvrit pas la bouche. Les yeux d'Eva firent des aller-retour entre Sirius et la Serdaigle qui paraissaient avoir une conversation rien qu'avec leurs yeux.
Finalement, Sirius brisa leur contact visuel avec un petit rire désabusé :
« J'avais oublié que tu refusais de donner ton avis quand il s'agit de tes copains puritains.
– Peut-être qu'elle n'a pas envie de t'aider à colporter des fausses rumeurs, » rétorqua sèchement Lizzie.
Les traits de Sirius se durcirent :
« Alors comment tu expliques ça ? »
Et sans prévenir et sans le moindre égard pour son intimité, Sirius plaqua les cheveux bruns d'Eva contre sa nuque pour laisser à découvert son cou. Comprenant ce qu'il voulait montrer, Eva plaqua une main sur son cou. Elle avait l'impression que son cœur essayait de sortir de sa poitrine.
« Non, souffla-t-elle en le suppliant du regard mais Sirius ne sembla pas s'émouvoir de son opinion car il se détourna d'elle, ses yeux flamboyant en direction de la Serpentarde.
– Vas-y Lizzie, la provoqua-t-il avec un rictus hargneux, explique-moi pourquoi son manque d'hygiène va jusqu'à son cou.
– Et ne va pas nous raconter que c'est à cause d'un cours de Botanique parce que c'est nous qui avions cours avec Chourave, » la coupa James alors que la Serpentarde ouvrait sa bouche.
Cette remarque lui valut un mauvais regard de la part de Lizzie Lestrange :
« Je ne suis pas aussi pitoyable que toi avec mes excuses, Potter. Et puis, continua la Serpentarde en arquant ses sourcils, je ne vois pas en quoi le fait que Brown se soit étalée de l'encre de plume sur son cou me rendrait coupable d'un quelconque délit. »
Le déni de la dernière de la fratrie des Lestrange parut mettre à bout James. D'un pas décidé, il s'avança jusqu'à se planter face à Lizzie. La surplombant de toute sa hauteur, il la prévint que si elle ne commençait pas à être honnête avec eux, il n'allait pas tarder à la forcer à dire la vérité.
Derrière lui, les doigts de Peter se crispaient sur sa baguette tandis que Remus avait plongé sa main dans la poche de sa robe de sorcier abimée. Eva ne doutait pas qu'il s'était lui aussi saisi de sa baguette.
« Je n'ai pas peur de toi, Potter, » lui répondit Lizzie avec aplomb, n'hésitant pas à lever dignement son menton pour rendre à James son regard noir.
(Eva devait admettre que si Lizzie Lestrange n'était pas dans la Maison de Salazar Serpentard, le deuxième choix le plus logique serait la Maison de Godric Gryffondor. Après tout, comment ne pas dire que c'était du courage qui la faisait se dresser de toute sa petite taille face à des personnalités explosives comme Evan Rosier ou James Potter ? Ou était-ce cette fameuse ambition serpentarde qui la poussait à défendre son territoire ?)
Mais, alors qu'Eva voyait la main de James frémir – signe avant-coureur qu'il n'allait pas tarder à sortir sa baguette lui aussi – une voix doucereuse les interrompit :
« Slughorn m'a demandé de venir chercher ses deux chouchoutes mais je ne m'attendais pas à tomber sur un duel inter-Maison. Lizzie, tu me sembles bien seule, besoin d'aide ?
La crinière blonde d'Oliver Avery avait pris des accents dorés avec la lumière des torches du couloir. Et, malgré son sourire amusé, il aurait été naïf de croire qu'il était simplement venu pour blaguer. La preuve, il tenait entre ses doigts sa baguette, la faisant tourner d'une manière qui, bien loin d'être nonchalante pour Eva, lui paraissait plutôt menaçante.
Avery n'hésiterait pas à jeter le premier sortilège. Le fait qu'il ait annoncé sa présence était un avertissement. Il aurait très bien pu leur lancer un maléfice alors qu'ils avaient le dos tourné.
« Ah Eva, mais tu es là toi aussi ! sourit Oliver comme s'il était heureux de la voir. Slughorn n'avait même pas pensé à toi. Il doit croire que tu reprends tes bonnes vieilles habitudes de sécher quand bon te semble mais c'est mal te connaître, je sais que tu ne ferais pas faux bond à ton partenaire de Potions. »
En quelques secondes, il avait réussi à la rabaisser et à la mettre en garde. Tout ça sans qu'il n'ait une seconde perdu son sourire qui avait déjà attiré bien des filles dans ses filets – dont Emmeline l'année précédente, il ne lui avait jamais fait oublié.
« Tu devrais faire plus attention à ta copine, Eva. Il suffit de lui donner un peu d'attention et elle serait prête à donner sa virginité au premier venu. Telle mère telle fille on pourrait dire. Un peu comme toi, » avait-il plaisanté avec un rire amusé.
Même Eva avait été affectée par son charme. Durant leurs premières années d'étude à Poudlard, il avait été le réceptacle de toutes ses fantaisies (si on occultait un certain brun).
Oliver était drôle, Oliver rigolait à ses blagues, Oliver lui avait demandé une plume pour le cours de Métamorphose, Oliver l'avait réconforté après un commentaire mordant de sa sœur jumelle –
Avery est un salop manipulateur
Ça avait été sa conclusion lorsque, l'année dernière, ses sourires angéliques étaient devenus un subterfuge pour cacher l'acerbité de ses moqueries.
« Laisse-nous, Avery, gronda James. Je n'en ai pas terminé avec Lestrange. »
Les yeux bleus d'Avery cessèrent enfin de la pétrifier sur place à l'entente du ton menaçant de James.
« Tu me sembles bien possessif, Potter, commenta Avery d'une voix traînante en arquant ses sourcils dans la direction du Gryffondor.
– Garde tes remarques inutiles pour toi, » lui rétorqua sèchement James.
Bien loin de s'offusquer, la répartie de James parut amuser Avery. Sa baguette continuait de tournoyer entre ses doigts.
Sa main gauche enfoncée dans la poche de son pantalon sombre, il paraissait parfaitement détendu alors qu'il y avait pourtant quatre Gryffondors qui étaient loin d'être connus pour leur sang-froid face à lui.
Contrairement à Avery, Eva sentait que Sirius ne faisait que se tendre davantage puis les secondes s'écoulaient.
« On croirait entendre Evan, tu ne trouves pas Lizzie ? En moins grossier toutefois, concéda le Serpentard avec un petit rire amusé. En parlant d'Evan, il n'apprécierait pas que tu te colles aussi vulgairement à sa fiancée, Potter. »
Le sourire d'Avery prit une tournure plus sombre.
« Si la fiancée de Rosier voulait bien répondre honnêtement quand on lui pose une question on n'en serait pas là, grinça James en jetant un regard mécontent à la fiancée en question qui le lui rendit bien.
– La fiancée comme vous dites n'a d'ordre à recevoir de personnes, s'insurgea la Serpentarde. Que ce soit de ta part Potter, cracha-t-elle en enfonçant l'ongle de son index dans le torse de James qui ne put réprimer un glapissement de douleur. Ou bien de toi Oliver, termina-t-elle en se détournant de James pour pointer du doigt Avery d'un air menaçant.
– Bien sûr, Lizzie. Jamais je ne me le permettrai, l'assura Avery mais Eva tout comme Lizzie Lestrange émirent des doutes sur la véracité de ses propos – son sourire narquois le rendait difficilement crédible.
– Il y a intérêt, maugréa sombrement Lizzie. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai un cours de Potions à suivre, » annonça-t-elle dignement en contournant James.
Mais les réflexes de James ne lui servaient pas seulement sur le terrain de Quidditch. En un clin d'œil, il s'était saisi du bras de la Serpentarde pour l'empêcher de faire un pas de plus.
Eva vit les yeux de Lizzie briller alors qu'elle se retournait comme une furie, sa bouche s'ouvrant furieusement pour insulter le Gryffondor qui osait la toucher –
« Tu ne devrais pas la toucher. »
Lizzie Lestrange fut coupée dans son élan.
Pour la première fois, Marlène McKinnon s'interposait. Ses yeux plissés, elle toisait James du regard. Elle avait refermé sa main sur le poignet de James.
Surpris, James ne fit pas un geste. Il se laissa faire sans un mot lorsque la poigne de fer de la préfète de Serdaigle l'obligea à lâcher le bras de Lizzie Lestrange qui se dégagea avec un reniflement indigné.
« Tu devrais pourtant savoir que l'on ne touche pas à la fiancée d'un autre sorcier, Potter, » intervint Avery.
Pour la première fois, il avait perdu son sourire. Il ressemblait maintenant comme deux gouttes d'eau à sa sœur jumelle. La froideur qui émanait de lui était plus effrayante encore que son perpétuel amusement.
« Je sais bien que tu n'as pas eu le privilège d'en avoir une mais j'ose espérer que ton meilleur ami te l'ait rappelé. N'est-ce pas, Black ? Après tout, souffla Avery en fixant droit dans les yeux Sirius dont le poing serré vint frôler la cuisse d'Eva, tu as toujours été très possessif de Marlène. »
Possessif de Marlène ? Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Et pourquoi Sirius ne disait-il rien ? Pourquoi foudroyait-il du regard Avery dont le sourire goguenard était revenu sans rien dire ? Pourquoi Marlène affichait-elle cet air si fatigué ? Pourquoi le visage de James était-il si fermé, celui de Remus mal à l'aise et celui de Peter gêné ? Pourquoi était-elle la seule à ne pas comprendre le sens caché des mots d'Avery ?
« Ah, tu ne le savais pas, Eva ? s'étonna Avery, l'air ravi par cette nouvelle. Ça m'étonne de ta part, tu as pourtant l'habitude de fouiner là où tu ne le devrais pas, dit-il moqueusement. Ou peut-être que tu as fait exprès de faire la sourde oreille ? Merlin sait que –
– Oh pour l'amour du ciel, Oliver ! s'écria Lizzie d'un ton excédé. Arrête d'être aussi dramatique, on n'est pas dans un de tes romans à l'eau de rose ! » continua-t-elle en marchant à grand pas vers son camarade de classe qui parut surpris puis déçu qu'elle l'ait interrompu.
Eva ne savait pas si elle était reconnaissante envers Lizzie pour avoir coupé Avery dont le sourire moqueur l'avait fait deviner qu'il voulait l'embarrasser. Malgré ce que son côté rationnel lui soufflait, elle mourrait d'envie de comprendre ce qu'elle était la seule à ne pas savoir.
« Bon, j'en ai assez ! grommela Lizzie en passant une main fébrile sur ses cheveux pour s'assurer que son chignon était toujours aussi élégant alors qu'Avery poussait un soupir dépité à côté d'elle. Je devrais être dans la salle de Potions depuis 15 minutes et pourtant je suis toujours là à devoir subir un véritable combat de coqs !
– Si tu avais été moins –, commença à dire James avec mauvaise humeur mais Lizzie le coupa :
– Tais-toi toi aussi Potter ! Tu es aussi lourd que Binns ! s'exaspéra la Serpentarde.
– Hé ! s'insurgea James.
– Tais-toi, je t'ai dit, le coupa de nouveau Lizzie en le foudroyant du regard. Tu devrais t'estimer heureux que je ne te lance pas un silencio, Dieu sait que tu aimes le son de ta voix ! Je comprends mieux pourquoi la rouquine t'envoie paître presque tous les jours, tu es insupportable. J'ai mal à la tête rien qu'à devoir te supporter cinq minutes, grimaça-t-elle.
– Ne me parle pas d'Evans, gronda James dont l'hostilité surpris Eva.
– Combien de fois devrais-je le dire ?! Je n'en ai rien à faire de ton avis, Potter, claqua sèchement Lizzie en levant ses yeux au ciel. Maintenant que c'est dit, je m'en vais ! »
Avec un soupir exaspéré, Lizzie Lestrange tourna les talons, sa robe de sorcière brodée volant derrière elle. Mais alors qu'elle ne s'était éloignée que de deux pas, elle se retourna de nouveau. Elle planta ses yeux dans ceux d'Eva :
« Pour ta gouverne, ton preux chevalier est un homme déjà pris. Marlène et lui sont fiancés depuis bien longtemps. La prochaine fois, essaie de te trouver un homme qui n'ira pas voir ailleurs. »
Fiancés ? Sirius et Marlène McKinnon étaient fiancées ?
« Ils ne sont plus fiancés, » la contredit froidement James.
Lizzie lui lança un sourire désabusé :
« Ce n'est pas à moi qu'il faut le rappeler, Potter, mais plutôt aux ex-fiancés. Adrian Parkinson est loin d'être aussi bête que vous ne le pensez, » railla-t-elle et, sur ses mots, elle partit pour de bon.
Bouche-bée, Eva tourna ses yeux écarquillés vers Sirius qui continuait à foudroyer du regard le dos de Lizzie Lestrange qui s'éloignait à vive allure.
Fiancé, Sirius était fiancé
C'était comme si elle venait de trouver la pièce manquante d'un puzzle.
Tout s'expliquait. Cette familiarité entre eux deux, leurs regards complices, leurs rendez-vous isolés… L'héritier des Black avec l'héritière des McKinnon, tous aussi beaux et intelligents l'un que l'autre.
Mais pourquoi ex-fiancés ? Bien que le fait que Sirius atterrisse à Gryffondor ait déplu à sa famille, Eva ne voyait pas ce qu'il aurait pu faire pour parvenir à rompre des fiançailles qui avaient dû être organisés dès sa naissance si ce n'était même avant.
Bien qu'elle ne pourrait jamais rentrer dans le cercle très privé des nobles Sang-Purs, Eva connaissait leurs coutumes. C'était Emmeline qui lui avait expliqué cette coutume particulière après qu'Eva se soit étonnée de voir Lizzie Lestrange revenir sans cesse vers Evan Rosier malgré la cruauté de ce dernier à son égard. La tradition voulait que des fiançailles soient aussi sacrés qu'un Serment Inviolable car, lors de la cérémonie officielle de fiançailles organisée aux 17 ans du fiancé (c'était toujours les hommes qui comptaient le plus), les deux promis scellaient leur union avec leur sang. Avec cette promesse de sang, si l'un faillait à ses obligations, il en subirait les conséquences.
C'était ce que lui avait chuchoté Emmeline d'un air agité mais lorsqu'Eva lui avait demandé à quoi ressemblaient ces conséquences, Emmeline avait été incapable de lui répondre.
« De mauvaises choses, Eva. De très mauvaises choses.
– Avoue que tu n'en sais rien, s'était moquée Eva avec un haussement de sourcils goguenard.
– N'importe quoi ! s'était offusquée Emmeline. De toute façon, tu ne te fianceras pas alors ça ne te change rien de savoir ou non !
– Tu devrais arrêter de croire tout ce que te dit ta mère, Emmeline. Elle essaye juste de t'effrayer. »
Mais deux ans plus, Eva était incapable de prendre à la légère le sujet des fiançailles sorciers.
« Bien. Maintenant que Lizzie a fait sa sortie fracassante, je pense que l'on ferait mieux d'y aller, » commenta Avery.
Le son de sa voix rappelant à Eva que c'était malpoli de fixer une personne. Difficilement, elle arracha son regard du profil de Sirius qui semblait faire exprès de l'ignorer.
« Marlène, continua Avery, j'imagine que tu n'as pas besoin de mon aide ? » s'enquit-il dans la direction de la préfète en haussant ses sourcils.
Marlène McKinnon ne daigna pas lui répondre. S'éloignant de James qui avait recommencé à foudroyer du regard Avery, elle passa à côté de ce dernier en coup de vent. Abandonné par ses camarades Sang-Purs, Oliver Avery soupira d'un air désabusé :
« Décidément, elle ne m'aimera jamais, se lamenta-t-il avant de diriger ses yeux bleus clairs vers elle. Eva, tu es la dernière. Tu ne voudrais pas que je t'amène de force, hum ? l'interrogea-t-il et, à ses yeux pétillants, Eva devina que rien ne lui ferait plus plaisir.
– Je n'ai pas besoin de ton aide, » lui répondit-elle d'une voix rauque qui la fit se racler la gorge dès la fin de sa phrase.
Elle se passa une main agitée dans ses cheveux châtains qui, détachés, dégoulinaient jusqu'au bas de son dos. Elle commença à marcher en direction d'Avery, souhaitant passer en coup de vent comme Marlène l'avait fait, mais une main l'attrapa par l'épaule.
« Elle n'ira nulle part avec toi. »
Elle aurait dû se douter que Sirius allait réagir de cette façon. Bien sûr Monsieur ne daignait pas lui accorder un regard mais quand il s'agissait de contredire Avery alors là, il se rappelait de son existence !
Ce n'était plus les reliques de son anxiété qui la faisait vibrer, c'était de la colère. Les révélations de Lizzie Lestrange avaient réveillé en elle une colère noire et, sentir la chaleur de Sirius sur son épaule, la mettait hors d'elle. Elle ne pourrait expliquer pourquoi mais elle refusait de lui adresser un regard.
« Lâche-moi, Sirius, lui intima-t-elle d'une voix lasse, la fatigue la rendant incapable de hausser la voix.
– Non, lui répondit-il dans son dos.
– J'ai cours.
– Je ne te laisserai pas partir avec cet enfoiré, gronda-t-il d'une voix sourde.
– Si grossier Black, railla Avery d'une voix trainante. Tu devrais l'écouter, elle est assez grande pour savoir ce qu'elle veut.
– Je ne te fais pas confiance, claqua sèchement Sirius.
– Dommage pour toi. Je n'en ai rien faire de ta confiance, rétorqua Avery avec un roulement de yeux, puis il pointa sa baguette dans leur direction, trop rapidement pour que Remus ou Peter ne puissent le contrer : Magnetismi terrestris. »
Eva sentit comme un crochet l'attraper par le nombril puis elle traversa en un moins d'une seconde les quelques mètres qui la séparaient d'Avery. Son trajet s'arrêta soudainement à quelques centimètres du torse d'Avery. Elle faillit tomber en avant lorsque ses pieds retouchèrent le sol mais Avery encercla ses épaules de son bras et la ramena contre lui.
Par-dessus le visage d'Eva, Oliver Avery lança un sourire moqueur aux Gryffondors qui avaient été trop lents.
L'expression rageuse de Potter et Black était particulièrement gratifiante.
« On se voit plus tard, les gars, » les salua-t-il d'une voix trainante dans le seul but de les provoquer.
A en juger par l'expression enragée de Potter, celui-ci n'allait pas tarder lui tomber dessus, le poing brandi.
Sans leur laisser le temps de réagir, Oliver lança un sortilège informulé en direction des Gryffondors qui volèrent de manière moins bien délicate qu'Eva. Ils partirent en arrière et le bruit sourd de leurs corps percutant de plein fouet un mur et leurs grognements de douleur fut particulièrement satisfaisant.
Ces bruits firent réagir tout autrement la Poufsouffle dans ses bras qui redoubla d'effort pour se défaire de sa prise :
« Lâche-moi, Avery ! Je ne veux pas que tes sales pattes me touchent ! »
Sachant qu'il avait quelques secondes avant que les Gryffondors ne se ressaisissent et ne déboulent comme des furies du couloir où il les avait envoyés valdinguer, Oliver en profita pour attraper par la nuque la Poufsouffle et la forcer à lever sa tête vers lui. Sous ses doigts, il sentait les cheveux doux d'Eva Brown.
Oliver avait toujours eu un faible pour les cheveux de la Poufsouffle qui attiraient toujours son regard. Il ne pouvait s'empêcher de passer une main curieuse dans sa longue chevelure dès que l'occasion se présentait. Il ne saurait expliquer pourquoi.
Bien loin de se douter des pensées du Serpentard, Eva, malgré ses yeux bouffis et injectés de sang, le foudroyait du regard.
« Ecoute Eva, j'ai été très patient alors ne me cherche pas. Compris ? ajouta-t-il en lui secouant la nuque lorsqu'elle se contenta de le défier du regard, ses lèvres pincées.
– Je ne suis pas ton jouet, Avery, » murmura-t-elle et elle était si mignonne à faire la brave alors qu'il pouvait clairement voir qu'elle retenait ses larmes.
Oliver lui lança un sourire amusé :
« Crois-moi, tu le saurais si tu m'appartenais. »
Ne lui laissant pas le temps de répondre, il la fit tourner puis posa sa main sur son omoplate pour la faire avancer. Après s'être assuré d'un coup d'œil que les Gryffondors n'étaient pas derrière lui – ils avaient dû cogner leur tête plus fort que prévu à leur atterrissage –, Avery se pencha en avant pour pouvoir murmurer à l'oreille de la Poufsouffle qu'il sentit frémir à sa proximité. Cette réaction le ravit et ne le fit que davantage sourire.
« La prochaine fois, fais-en sorte que tes cheveux cachent bien ton cou. Ça serait dommage que Royce apprenne que tu as brisé les règles de notre jeu si tôt. »
Elle se tendit.
Bien, elle avait compris.
Les deux 7ème année continuèrent de longer les longs couloirs sinueux des cachots en silence. Ils ne croisèrent personne d'autre, la cloche avait sonné depuis dix bonnes minutes déjà. Lorsque la porte de la salle de Slughorn apparut enfin dans leur champ de vision, Oliver sentit la Poufsouffle accélérer son allure, mais alors qu'elle tendait sa main pour abaisser la poignée, il la ramena vers lui.
Oliver glissa sa baguette sous le menton de la Poufsouffle qui, face à la pression qu'exerçait sa baguette, n'eut le choix de lever sa tête jusqu'à ce qu'elle croise le regard amusé du Serpentard. Elle carrait sa mâchoire, comme si elle se préparait mentalement à une nouvelle salve de douleur, mais continuait de le défier maladroitement de ses yeux chocolats.
Décidément, Eva Brown ne faisait rien pour l'aider à calmer son attirance pour elle. Si Oliver ne savait pas qu'il risquerait de subir le courroux de Royce s'il osait la toucher, ça aurait fait bien longtemps qu'il aurait suivi ses pulsions.
« Tu es désespérante, murmura Oliver, leurs visages si proches qu'il pouvait sentir le souffle irrégulier d'Eva sur sa bouche. Tu as toujours besoin que je sois aux petits soins avec toi. »
Eva sentit une chaleur inquiétante lui réchauffer le cou. L'anticipation la fit fermer ses yeux.
« Pas besoin d'avoir l'air si effrayée, se moqua Avery. Je n'ai fait qu'effacer la trace des bêtises de Lizzie. Et essaye d'être un minimum attentive en cours, la sermonna-t-il en retirant sa baguette de sa jugulaire et en se reculant enfin. Je n'ai pas envie de faire tout le travail comme la dernière fois. »
Eva n'eut le temps d'expirer qu'Avery ouvrait la porte de la salle de Potions. Il ne perdit pas une seconde pour s'excuser auprès de Slughorn :
« Vous savez comment sont les filles, Monsieur. Un rien peut les faire fondre en larmes. »
N'ayant pas l'énergie de se défendre, Eva s'excusa de son retard du bout des lèvres et s'empressa d'atteindre sa table qu'elle partageait malheureusement avec Oliver Avery depuis que Slughorn avait décidé de changer l'emplacement des élèves il y a deux semaines. Elle fit attention d'ignorer le regard interrogateur de ses amis sur elle et, plus particulièrement, celui brûlant de Royce Mulciber.
« Bien, rangez vos manuels. Maintenant que tout le monde est là, nous pouvons commencer le contrôle. »
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titre : sans issue
nombre de mots : 8900
Joyeux Noël ou Nedeleg laouen comme on le dit en Bretagne ! Voici mon cadeau pour vous! J'ai écrit ce chapitre et le précédent avec frénésie au début du mois de décembre et j'ai été particulièrement satisfaite du résultat ! Mais je tiens à dire que les évènements d'Halloween que vous découvrirez à partir du ch. 15 sont encore plus excitants ! J'ai hâte de vous faire découvrir ça !
Du coup, en résumé, les grandes nouvelles de ce chapitre :
- Eva souffre clairement de troubles de stress post-traumatique et est certainement la seule élève du château à apprécier Rusard (sous-entendu dans son dessin du ch.5)
- Les Gryffondors flairent clairement l'embrouille à plein nez
- Lizzie Lestrange est clairement une Serpentarde badass que je m'attendais pas à apprécier autant. Ma phrase préférée d'elle a été : "Pour l'amour du ciel, Oliver!". C'est une phrase qu'elle doit dire très souvent, haha. Autre chose que j'ai adoré : son passif avec Sirius, la tension avec James (sexuelle ? non, je rigole) et sa mesquinerie quand elle s'adresse à Eva. Surtout la bombe qu'elle lui a sorti sur Sirius et Marlène avant de disparaître.
- Oliver Avery a une gueule d'ange mais n'est clairement pas le parfait gendre (du moins, plus aux yeux d'Eva lol)
MERCI BEAUCOUP À BACCARA V ET EWI ! J'ai dû relire cinq bonnes fois vos reviews avec un grand sourire aux lèvres. Sans compter mes gloussements ravis !
Prochain chapitre : James Potter et Sirius Black reviennent à la charge.
