Mot de l'auteur
/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\
PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !
Silencieusement, les trois ados savouraient leur glace à la terrasse d'un café. Sous le soleil écrasant enfin de retour, c'était devenu indispensable. Lia avait vissé une casquette sur sa tête, et Zayn s'était attaché les cheveux pour dégager son visage.
Ils étaient perplexes en raison des révélations de Nathan : Eyver n'avait trouvé aucune indication sur le lieu où pouvaient se trouver les Livres-Monde.
- Ça n'a aucun sens ! s'écria Zayn en plongeant sa cuillère dans la chantilly.
- Je sais bien, et pourtant...
Lia se gratta la tête sous sa casquette.
- Peut-être que le cerveau d'Eyver est vraiment trop ramolli et qu'il n'a rien compris à ce que Mélior a écrit.
Zayn et Nathan se regardèrent. Si c'était le cas, il n'y avait plus rien à faire. Eyver était le seul à pouvoir lire le chébérien.
Zayn se secoua :
- Non, c'est impossible ! Je suis sûr qu'il a tout traduit correctement. Il doit y avoir autre chose !
- Oui, mais quoi ?
- Il faut aller le voir.
Sur le trottoir d'en face, trois jeunes filles s'étaient retrouvées pour une sortie shopping. L'une d'entre elles n'avait d'yeux que pour Nathan. Il faut dire que le jeune homme avait beaucoup changé, même si lui-même ne s'en rendait pas compte. Son visage avait gagné en maturité et ses joues, perdant leurs dernières rondeurs d'enfance, s'étaient creusées. Elles laissaient apparaître des pommettes saillantes et une mâchoire volontaire. Son dos, dont la morphologie s'était modifiée avec l'arrivée des ailes, s'était élargi et ses épaules étaient devenues carrées. Enfin ses cheveux châtain avaient poussé et il les avait coiffés en arrière, laissant juste une mèche tomber négligemment sur son front. La jeune fille le montra discrètement à ses amies :
- Il est trop beau, le garçon, là, à la terrasse.
Ses deux copines se retournèrent.
- Mais c'est Nathan ! s'exclama l'une d'entre elles.
- Tu le connais ?
- Oui, il est au lycée avec moi !
- Tu ne nous avais pas dit qu'il y avait des canons pareils !
- C'est vrai qu'il est devenu canon...
Celle qui avait reconnu Nathan se redressa et rejeta ses cheveux d'un geste de la main étudié. C'est d'un pas assuré qu'elle traversa la rue, suivie de ses deux amies qui gloussaient comme des dindes.
Nathan leva la tête à ce moment-là et son cœur se figea dans sa poitrine. Elle s'avançait vers lui, ses longs cheveux blonds brillants au soleil. Sa bouche maquillée semblait humide et s'entrouvrait sur ses dents délicates comme des perles nacrées. Elle était perchée sur des espadrilles à talons compensés, qui allongeaient ses jambes interminables découvertes par une minijupe fleurie. Le débardeur qu'elle portait dénudait plus de chair qu'il n'en cachait.
Elle se planta devant un Nathan médusé et lui décrocha son sourire le plus ravageur :
- Salut, Nathan, ça fait un moment ! Comment vas-tu ?
Nathan bredouilla :
- Bonjour, Aela ! Ça va et toi ?
- Tranquille, je profite des vacances. Tu pars bientôt ?
- Heu… non, je ne pense pas...
- Ah ? Moi non plus, je ne pars pas avant le mois d'août. On pourrait s'appeler et faire un truc un de ces jours ?
- Heu...
Nathan se sentait complètement abasourdi. Il avait couru après Aela toute l'année sans qu'elle daigne même lui accorder le plus petit sourire, et aujourd'hui elle était là, devant lui, et l'invitait à sortir !
Zayn se tourna vers Aela avec un sourire mielleux et se présenta :
- Salut ! Moi, c'est Zayn !
Aela regarda froidement Zayn.
- Bonjour...
Avant de reporter son attention sur Nathan, ignorant superbement les autres.
- Alors, Nathan, ça te dirait ?
Voyant que le garçon n'avait pas l'air décidé, elle farfouilla dans son mini sac à main et en sortit un stylo.
- Tiens, voilà mon numéro, dit-elle en griffonnant rapidement des chiffres sur un coin du set de table en papier qu'elle déchira. Elle le tendit à Nathan d'un geste gracieux.
- Appelle-moi quand tu veux, je serais vraiment super contente de te revoir ! A bientôt !
Puis elle fit demi-tour et rejoignit sa petite bande avec un déhanchement suggestif.
- Quelle greluche, celle-là ! s'exclama Zayn en la regardant onduler des hanches. C'est une amie à toi ? demanda-t-il à Nathan.
- Heu… non, pas vraiment ! En fait, on ne s'était jamais parlé jusqu'à aujourd'hui !
Lia, hilare, donna son explication des faits :
- Elle a dû sentir que tu étais devenu un ange, mon gars ! Ça plaît aux filles ces trucs-là. Regarde Nicolas Cage, il a réussi à emballer Meg Ryan comme ça !
Elle donna une grande tape dans le dos de son ami, enfonçant légèrement son aile.
Eyver les attendait dans son salon, avec le cahier à portée de main. Alors qu'ils prenaient place autour de lui, Jérôme s'activait déjà à leur servir des rafraîchissements.
Quand il fut sortit de la pièce, Nathan murmura :
- J'ai du mal à imaginer que c'est Jérôme qui a injecté le mémo dans les veines du libraire.
Eyver eut un sourire furtif.
- Jérôme a une histoire compliquée. Il n'a pas toujours été le parfait majordome que vous voyez là. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais disons qu'il a un passif un peu chargé et que je l'ai tiré d'un très mauvais pas, il y a quelques années de cela. C'est la raison de son parfait dévouement envers moi. Mais nous ne sommes pas là pour parler de ça.
Eyver prit le carnet de notes de Mélior posé sur la table près de lui.
Il fit défiler les pages rapidement.
- Je ne comprends pas ce que Mélior a cherché à faire avec ce cahier. Il n'y a aucun détail qui pourrait nous aiguiller sur l'endroit où sont cachés les Livres-Monde.
- Et… heu… vous êtes sûr d'avoir tout bien traduit ? demanda timidement Lia, restant sur sa première idée.
Eyver sourit.
- Ta question est légitime, mais je peux t'assurer que oui.
- Mais alors, que raconte-t-il exactement ? demanda Zayn.
- Il a écrit une lettre d'amour très touchante à sa femme, et il a donné quelques détails techniques sur la façon dont fonctionnent les livres. Mais rien sur leur emplacement.
- C'est complètement idiot ! s'énerva Zayn.
Nathan resta silencieux. Il avait les yeux rivés sur le carnet. Eyver, sentant son regard, tendit les notes de Mélior au garçon.
- Tu veux regarder quelque chose ?
Nathan hocha la tête et ouvrit le cahier à la plage où un long texte était griffonné en chébérien. Il observa les symboles étranges couchés sur le papier. Ce langage ne ressemblant en rien du tout à ce qu'il avait vu sur Terre. Ni aux langues orientales, ni aux symboles asiatiques, ni aux hiéroglyphes égyptiens. C'était plus complexe, plus mystérieux...
Nathan repensa à ses jeux d'enfant avec Lia. Ils s'écrivaient des textes codés qu'ils appelaient des messages secrets. Ils les glissaient dans leurs boîtes aux lettres respectives et passaient de longs moments à chercher la clef permettant de déchiffrer les messages. Cela lui donna une idée.
- Est-ce qu'il n'a pas pu cacher un code à travers ses textes ?
Eyver hocha la tête d'un air entendu.
- J'y ai pensé et j'ai testé plusieurs codes courants sur Chébérith, ainsi que certains autres plus compliqués, mais ça n'a rien donné.
Nathan laissa retomber le cahier sur ses genoux, n'écoutant que d'une oreille distraite les questions que Zayn posait à Eyver sur les traductions de certains passages.
Il était comme hypnotisé par les dessins curieux que Mélior avait griffonnés rapidement au stylo. Comme il en avait exprimé l'idée quelques jours plus tôt, il aurait aimé apprendre à lire le chébérien, percer le secret de ces cercles, de ces arabesques, de ces motifs qui signifiaient quelque chose… Il remarqua alors que Mélior avait numéroté chaque page, certainement avec des chiffres chébériens. Leur écriture était légèrement différente, plus carrée. Avec des points et des virgules à l'intérieur des symboles.
Il retourna le carnet vers Eyver et demanda :
- Ce sont des chiffres chébériens ? Ça ne ressemble pas du tout au reste de l'écriture.
Eyver se pencha sur le cahier.
- Nathan… je n'avais même pas fait attention à ce détail !
Il saisit une paire de lunettes posée près de lui et la cala sur son nez. Son regard parut s'illuminer puis il reprit le carnet des mains de Nathan et le rouvrit à la première page fébrilement.
- Ce ne sont pas des chiffres, mais des symboles. Ce sont des glyphes !
- Des quoi ? demanda Lia.
- Sur Terre, les glyphes seraient, par exemple, des signes pictographiques que les Mayas utilisaient pour écrire, expliqua Eyver. On avait l'équivalent sur Chébérith. C'est une langue très ancienne, qui utilise des symboles visuels pour décrire des choses, ou signifier des syllabes.
- Et vous savez lire ces glyphes ? demanda Nathan, qui sentait l'excitation monter en lui.
- Oui, bien sûr ! Mélior et moi étions ensemble à l'université où nous avons étudié l'histoire de la civilisation matopée, qui utilisait ce moyen de communication.
- Alors il savait que vous seriez le seul à pouvoir les lire. C'est là qu'il a dû cacher quelque chose !
- C'est exact. Heureusement que tu les as remarqués, Nathan. Sans toi, les efforts et la bonne idée de Mélior seraient restés vains. Décidément, ma vieille tête n'est plus aussi vaillante qu'autrefois !
Malgré sa concentration, le visage d'Eyver était radieux. Ses yeux brillaient d'un éclat que Nathan ne lui avait jamais vu et un large sourire éclairait son visage. On pouvait alors deviner l'homme qu'il était avant que le mémo ne le détruise à petit feu.
Il prit un crayon posé sur la table, près de lui (visiblement, il gardait en permanence de quoi écrire à portée de main), puis, avec entrain, il se plongea dans la lecture des glyphes.
Finalement, après de longues minutes de silence passées à noircir fiévreusement son carnet, le vieil homme reposa son crayon et poussa un long soupir.
- Alors ? demanda Zayn, impatient.
- Vous êtes prêts ?
- Oui !
Les trois jeunes avaient répondu en un chœur parfait.
- Voici ce qui est écrit : "En passant par le Trou du Canon, d'en haut, le doigt vous indique la direction du Livre des Âmes."
- Quoi ? C'est tout ?
Lia était frustrée : ça ne voulait rien dire du tout !
- Oui, c'est tout, mais je suis sûr que Mélior a donné toutes les indications nécessaires dans cette phrase sibylline.
- A nous de découvrir ce qu'elle veut dire, conclut Zayn avec philosophie.
Nathan repensait sans cesse à la phrase que leur avait laissée Mélior en héritage. Il se déshabilla, songeur, et, avant de mettre son jean dans le bac de linge sale, vida ses poches. Il retrouva un bout de papier roulé en boule et le déplia : c'était le numéro d'Aela. Après tous ces événements, il l'avait complètement oubliée. Il le contempla un long moment, faisant défiler mentalement les images de l'année qu'il venait de passer, où la belle Aela l'avait traité avec tant de mépris, alors qu'il se consumait d'amour pour elle. Il ne savait pas pourquoi elle avait changé d'avis, et il ne savait pas non plus comment il devait réagir.
Pour une fois, il n'osait pas demander conseil à Lia, c'était au-delà de ses forces !
Alors il composa le numéro, saisi d'une légère fébrilité. Il était tard et il s'attendait à tomber sur sa boîte vocale, mais non, la ligne sonna. Il raccrocha précipitamment.
- Laisse tomber, se murmura-t-il à lui-même. Ça n'en vaut pas la peine. Tu as autre chose à faire en ce moment.
Mais son téléphone sonna aussitôt, affichant le numéro d'Aela qu'il venait de composer ! Il hésita un bref instant avant de décrocher.
- Allô ?
- Bonsoir, j'ai vu ce numéro s'afficher sur mon téléphone et je ne sais pas qui c'est ! chantonna la voix d'Aela à l'autre bout du fil.
- Ah ! Aela, c'est moi, Nathan. Excuse-moi, je ne voulais pas te déranger. J'ai pensé qu'il était trop tard...
- Mais pas du tout ! Je suis contente de t'entendre ! Comment ça va ?
- Bien, bien, et toi ?
- Très bien ! J'ai été surprise de te voir tout à l'heure ! Tu as changé. On dirait que tu as vieilli en quelques semaines !
Nathan sourit.
- Tu n'as pas tort. C'est ça qui t'a donné envie de me parler ? Parce que tu n'étais pas très causante pendant l'année !
- Oh ! Nathan, excuse-moi. Je ne voulais pas te blesser. C'est juste que… j'avais autre chose en tête...
Ils continuèrent à bavarder. Elle lui apprit qu'elle habitait juste à côté de chez Eyver, avait trois petites sœurs, adorait la mode et rêvait de devenir styliste. Nathan connaissait déjà plusieurs de ces détails, qu'il avait découverts en cherchant à mieux la connaître pour attirer son attention.
Il parla peu, préférant l'écouter. Elle ne faisait plus partie de son univers. Désormais, il avait des ailes, il venait d'un autre monde, il avait une mission à remplir. Sa vie entière tournait autour de ce but. Quand ils raccrochèrent, il se dit qu'Aela lui était désormais une étrangère.
Zayn referma son ordinateur portable d'un coup sec, en soupirant d'agacement.
- Rien, je ne comprends rien !
Lia, de son côté, reposa un gros livre qu'elle avait pris à la bibliothèque sur l'histoire des canons.
- Ça me soûle grave, ce livre. Je n'ai jamais rien lu d'aussi ennuyeux.
Au même moment, Nathan les rejoignit dans le salon. Il s'était isolé dans sa chambre pour appeler l'hôtesse d'un château transformé en musée dans lequel se trouvaient d'antique canons.
- Toujours pareil : il n'y a rien qui corresponde au message de Mélior.
- Si je résume bien, on a appelé à peu près tous les endroits en France où se trouvent des canons. On a cherché dans les châteaux, les musées, les villes médiévales, les villes à remparts... Qu'est-ce qu'on a pu oublier ? demanda Zayn en laissant tomber sa tête dans le creux de ses bras, qu'il avait croisés sur la table.
- A mon avis, on n'a rien oublié, c'est juste que ce n'est pas d'un canon que parle Mélior, suggéra le jeune homme.
- Ah oui ? Alors de quoi il parle quand il dit "le Trou du Canon", d'un champ de pâquerettes peut-être ?
- Lia, arrête d'être aussi sarcastique. Je suis aussi fatigué que toi par ce mystère. Tu n'es pas obligé de chercher avec nous, dit sèchement Nathan. C'est à Zayn et à moi qu'incombe cette mission. Tu peux rentrer chez toi si tu veux !
- Oh ! Hé ! Prends pas la mouche comme ça ! C'est bon, je ne dis plus rien...Une vraie Robin se doit de rester à son poste jusqu'au bout !
- Alors soit plus positive. C'est déjà assez difficile comme ça.
Ils restèrent silencieux. Puis Zayn déclara :
- Je pense qu'il nous manque un élément.
- Certainement, mais où le chercher ?
- Chez Mélior.
- Quoi ? demandèrent Nathan et Lia en chœur.
- Chez Mélior. Le vieux fou nous a bien dit qu'avant il habitait l'appartement au-dessus de la librairie, il faut qu'on y aille.
- Mais enfin, Zayn, l'appartement doit être occupé par quelqu'un d'autre depuis longtemps !
- Pas sûr, Nathan, pas sûr ! Si Mélior en est propriétaire et qu'un compte toujours ouvert continue à payer les charges… Mon père a des clients qui ne sont jamais chez eux et se sont organisés comme ça. C'est tout à fait possible. De plus, le libraire nous a dit qu'il attendait son retour...
Nathan fit la grimace.
- Je n'ai pas tellement envie de revoir le libraire, moi...
- Je comprends que ce soit difficile, mais est-ce que tu vois une autre solution ?
- Non, aucune.
