Chapitre XII – Une bataille, mais pas la guerre

Un grand merci à Miss MPREG pour sa review, j'espère que la suite te plaira :D


— Et n'oubliez pas le devoir sur les Antéropodes, si je ne vous mets pas de notes, le professeur McGonagall va me taper sur les doigts !

Le professeur Likewell regardait ses élèves acquiescer vaguement et se précipiter en direction du château, l'estomac grondant, parés pour le déjeuner. Pandora prit délibérément tout son temps, et fut la dernière à finir de remballer ses affaires. Avant de s'éclipser à son tour, elle se tourna vers la jeune femme. Elle aurait voulu la remercier encore pour son écoute, mais ne trouva pas les mots. Alors, elle se contenta d'un sourire et d'un hochement de tête respectueux. Luna comprit.

Tandis qu'elle prenait enfin le chemin de le Grande Salle, Pandora s'aperçut que ses deux amis l'attendaient. Droits comme des piquets, tels deux gardes du corps. Niall se tordait les mains, et paraissait anxieux. Même la fière Iphigenia semblait penaude.

— Désolée de vous avoir fait attendre, déclara-t-elle d'un ton le plus neutre possible.

Lors de leur cours de Soins aux Créatures Magiques, elle s'était volontairement mise en binôme avec Fergusson, évitant ses amis pour ne pas envenimer les choses. Elle considérait qu'il était impossible d'avoir la moindre discussion constructive alors qu'ils étaient supposés être en classe.

— Pas de soucis, s'empressa de répondre Niall. D'ailleurs, c'est nous qui sommes désolés si…

— Non, ne vous excusez pas, c'est moi qui…

— Niall peut-être pas, mais moi je m'excuse, contredit Iphigenia. Je ne suis pas très… Je suis un peu désagréable ses derniers temps. Je crois que c'est les nerfs. Je veux dire, la septième année, c'est la dernière, ce n'est pas rien. Et puis, tout ce qu'il se passe dehors, aussi. Je sais que la Gazette aime faire sensation et inquiéter pour pas grand-chose mais tout de même… Ça commence à faire beaucoup.

Elle avait perdu le ton détaché et confiant qui la caractérisait. Pandora ressentait à travers ses mots combien elle s'ouvrait à eux. Elle enlaça les épaules de son amie.

— On est tous inquiets. Mais on est tous là les uns pour les autres.

— Je sais bien. Justement ! C'est normal, d'autant plus en cette période, que tu te poses des questions, j'imagine. Je serai là pour t'écouter, dorénavant, je te le promets. Je ne me moquerai plus de toi.

Les deux amies se serrèrent l'une dans les bras de l'autre. Niall se gratta l'arrière du crâne, ne sachant plus où se mettre.

— Je ne l'aurai pas mieux dit, finit-il par lâcher.

Pandora lui offrit un sourire, et passa son bras dans le creux de son coude.

— C'est ce que je disais, tous là les uns pour les autres ! Et maintenant, cap sur le déjeuner, compagnons !

Bras dessus, bras dessous, ils s'élancèrent en direction du château. Les mots de ses amis allaient droit au cœur de Pandora, mais elle décida de ne pas aborder le sujet de nouveau, pas immédiatement. Sa discussion avec le professeur Likewell l'avait fait réfléchir ; et l'avait rassurée. Ses interrogations étaient légitimes. Elle pouvait se permettre de dévier du droit chemin qu'on lui avait tracé, sans pour autant rater sa vie. Pour la première fois, elle se sentait profondément libre. De faire ses propres choix.

Mais de quoi pouvait-elle bien avoir envie ?

Une chose était sûre. Elle était destinée à vivre de grandes aventures.

Au loin, Luna couvait du regard ses élèves qui se pressaient sur le chemin du retour, une main recourbée au-dessus de ses yeux pour se protéger du soleil. Un sourire flottait sur ses lèvres. Alors qu'elle rangeait les chaises éparpillées, une sensation de chaleur parcourut tout son corps. Un sentiment de satisfaction. Elle réalisa que pour la première fois depuis des semaines, elle se sentait presque à sa place. L'intrépide John Fergusson s'émerveillait plus à chacun de ses cours, la froide Cassiopeia Flint, égarée sans ses camarades de Serpentard, s'ouvrait lentement aux autres élèves.

Et Pandora, bien sûr, Pandora. Leur discussion qui avait précédé le cours lui paraissait tout changer. Était-elle, en partie, responsable des interrogations sur son avenir qui taraudaient désormais celle qui deviendrait sa mère ? Peut-être. Peut-être pas. Une chose était certaine, elle s'éloignait chaque jour un peu plus de la fille guindée et emmurée dans un moule qu'elle avait rencontrée le jour de la rentrée.

Poussée par un regain de confiance en elle-même, Luna décida de passer par la salle des professeurs. Elle l'évitait habituellement de son mieux, trop effrayée d'éveiller les soupçons de ses collègues. Mais elle décida de changer son point de vue. Elle était Luna Lovegood : quand avait-elle décidé de laisser la peur la guider ? Cela ne lui correspondait pas.

Elle remonta gaiement les couloirs du château, se convainquant qu'être au contact de ces jeunes et moins jeunes professeurs était une opportunité pour laquelle certains auraient donné beaucoup. Elle eut une pensée pour Hermione. Oui, elle imaginait nettement son visage rouge de contentement, rencontrant cet alter égo de Minerva McGonagall, ou celui de Filius Flitwick.

Le cœur de la jeune femme se serra lorsqu'elle posa sa main sur la poignée de la porte. Juste une fraction de seconde, elle se sentit retenue par une force interne. Mais elle l'outrepassa, et poussa le battant.

La lumière brillante du soleil d'automne qui illuminait la pièce l'éblouit un instant. Son sourire s'élargit, et elle passa l'encadrement.

Quelques regards intrigués se posèrent sur elle. Cuthbert Binns releva lentement sa tête, dont le menton reposait sur sa poitrine. Il fronça les sourcils et la dévisagea de ses yeux vitreux, ne paraissant pas la reconnaître.

— Elle est bien grande, pour une élève, murmura-t-il d'une voix si basse que personne ne l'entendit.

— Miss Likewell ! Quel plaisir de vous compter parmi nous. Cela faisait un bon moment que nous n'avions pas eu l'honneur de votre compagnie, commenta McGonagall.

Son ton était chaleureux, mais derrière ses lunettes d'une propreté impeccable, Luna parvint à distinguer un air intrigué. Pas réellement suspicieux, mais pas tout à fait innocent non plus. Cela aurait pu l'effrayer. Mais elle avait décidé de ne plus avoir peur. Elle constata simplement avec légèreté que cette jeune Minerva avait déjà la perspicacité qui faisait d'elle une grande femme.

— J'ai été souffrante ces derniers jours, expliqua-t-elle, mais me voilà rétablie.

— Si une quelconque maladie risque de vous empêcher de dispenser vos cours, vous devez en faire part au directeur.

— Bien sûr, je ne mettrai jamais en péril l'avenir de mes élèves. Mais ce n'était pas grand-chose, un peu de fièvre, beaucoup de fatigue.

— C'est ce que je vous disais, intervint Delphia Ogden d'une voix aiguë. La pauvre ne se sentait pas bien mais quelques potions de ma confection et elle était remise sur pied. Voilà pourquoi elle n'a pas eu besoin de vous en faire part.

Luna s'était tendue lorsque Delphia avait ouvert la bouche, mais se força à détendre la crispation de ses épaules. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi cette dernière s'obstinait à l'aider ainsi, pourtant son mensonge lui permettait de garder la face.

McGonagall les dévisagea tour à tour, puis haussa les épaules. Luna retint un rire nerveux et amusé. Elle ne l'avait jamais vu faire de geste si nonchalant.

— Tant que vous êtes rétablie, c'est l'essentiel.

Elle retourna à sa discussion avec le professeur Slughorn, et Luna s'assit près d'une fenêtre, quelque peu à l'écart. Dans le parc, les arbres se balançaient sous les bourrasques d'automne, comme au rythme d'une lente mélodie. Elle profita de cette douce vision de nature un instant avant d'être interrompue dans sa contemplation. Delphia la rejoignit et s'assit à ses côtés.

— Comment vous sentez-vous, Luna ? demanda-t-elle.

— Bien mieux que ces derniers jours.

Elle avait soudainement la bouche sèche. Elle se redressa sur sa chaise. Elle n'était plus effrayée – et à quoi bon avoir peur de Delphia ? Elle venait de la défendre, à sa manière. La professeure de Divination posa sa main sur la sienne. Luna cligna des yeux, et se revit quitter la Tour Nord en courant. Elle entendit les mots résonner de nouveau dans son esprit. Comme si… quelque chose vous dissimulait – ou que vous dissimuliez quelque chose.

Elle rouvrit les paupières. Ses doigts se crispèrent sur le rebord de la fenêtre.

— Je suis rassurée de vous voir en meilleure forme.

— Vous êtes bien charitable de vous soucier ainsi de moi.

— Rien de plus normal, voyons. Comme je vous l'ai dit, vous n'êtes pas seule. Ou du moins, vous n'avez pas à l'être.

Luna ouvrit la bouche, hésita. Elle fut sur le point de dire quelque chose, mais McGonagall l'interpela de nouveau.

— Miss Likewell, j'y pense, tant que je vous tiens. Albus souhaite vous voir dès que vous aurez un moment à lui accorder.

Un frisson parcourut son échine.

— Ce sera avec plaisir. J'y penserai.

Devait-il toujours y avoir quelque chose pour la déstabiliser ?

La gargouille qui gardait l'accès au bureau du directeur la dévisageait. Luna fronça les sourcils. Elle n'avait jamais imaginé qu'une face de pierre puisse la juger ainsi du regard. Elle trouvait la situation plutôt comique.

— Patacitrouille ! s'exclama-t-elle.

Le visage de la gargouille se plissa en une grimace contrite, et elle bougea à contrecœur, révélant le passage qui conduisait aux appartements de Dumbledore. Luna grimpa les marches en prenant son temps. À chaque pas, elle sentait son cœur se serrer. Il n'était plus question d'être positive. Elle n'arrivait pas à prendre cet entretien à la légère.

Elle secoua la tête pour effrayer les Joncheruines qui l'embrouillait. Pas d'appréhension, pas d'anticipation.

Elle frappa du poing contre la porte la porte en chêne massif. Elle songea que le heurtoir à la figure de griffon avait l'air bien plus sympathique que la gargouille qui gardait l'accès en bas. La porte s'ouvrit sans qu'elle n'ait besoin de la pousser. Alors elle entra.

Elle se sentit moins impressionnée que la première fois qu'elle avait franchi le seuil. Elle remit derrière ses oreilles une de ses mèches revêches, et secoua les plis de sa robe. Le professeur Dumbledore, un instant auparavant assis derrière son bureau, rangea sa plume dans son encrier et se leva pour l'accueillir.

— Miss Likewell ! Cela faisait bien longtemps que nous n'avions pas eu l'occasion de discuter.

— En effet.

Sa voix était rauque, sa gorge nouée. L'air sympathique et enjoué du directeur ne parvenait pas à chasser ses appréhensions.

— Je vous en prie, asseyez-vous !

La jeune femme obtempéra. Le bureau était jonché d'objets qui lui étaient inconnus, à l'utilité mystérieuse. Mille questions se bousculaient dans son esprit curieux, mais toutes étaient mises en sourdine par sa plus grande interrogation : pourquoi le directeur désirait-il donc la voir ?

— Est-ce qu'un Fondant du Chaudron vous ferait plaisir ? demanda-t-il poliment en lui tendant la corbeille de bonbons.

La bouche déjà pâteuse, elle déclina poliment. Elle croisa les jambes et posa ses mains sur ses cuisses.

— Très bien. Vous devez vous demander pourquoi j'ai demandé à vous voir si rapidement. Pas de panique, bien sûr ! Je n'ai eu que d'excellents retours à votre égard, de la part des élèves comme de vos collègues. Quoi que vous sembliez un peu… timide ?

— J'ai eu l'habitude de voyager seule, pendant plusieurs années, mentit-elle à moitié pour se justifier. C'est vraiment que je n'ai pas l'habitude de travailler en équipe mais je compte bien y remédier et…

— Ce n'était en rien un reproche, ne vous en faites donc pas. Je sais que Poudlard peut être désarçonnant quand on y met les pieds pour la première fois, nous en avons tous fait les frais ; simplement, certains ont eu la chance d'y passer leur scolarité avant d'y enseigner.

— J'imagine combien les études dans cette école doivent être merveilleuses.

— Et cela est en grande partie grâce à nos excellents professeurs, ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Un objet en verre à la forme recourbée, contenant un liquide translucide, se mit à siffler. Dumbledore le tapota du bout de sa baguette, puis remonta les aiguilles d'un cadran autour duquel tournait des symboles runiques qu'elle ne connaissait pas.

— Où en étais-je ? Oui, nos excellents professeurs. Effectivement, je suis très satisfait de votre travail, malheureusement, nous allons devoir penser à nous dire au revoir.

Luna fronça les sourcils, ne comprit pas immédiatement. Elle sentit une enclume lui tomber sur l'estomac. Il remarqua qu'elle pâlissait à vue d'œil, et la rassura immédiatement.

— Pas tout de suite, bien sûr ! Mais le professeur Brûlopot semble se remettre de ses blessures, lentement mais sûrement.

— Quelle excellente nouvelle ! commenta Luna d'une voix faussement enjouée, et passablement tremblotante.

— En effet, en effet, j'espère qu'un jour il apprendra la prudence – mais ce n'est pas au vieux dragon qu'on apprend à maîtriser ses flammes, soupira-t-il. Toujours est-il que notre charmant Sylvanus m'a fait parvenir l'avis de son Médicomage : il devrait être de retour parmi nous le lendemain d'Halloween. Cela vous laisse donc encore un bon mois d'enseignement.

— Très bien. Très bien, je vois.

Elle était confuse, et peinait à reprendre ses esprits. Où irait-elle ? Que ferait-elle ? Mais oh, un mois, c'était encore long, elle avait le temps d'y penser. Un sentiment confus de panique montait en elle, et dans le même temps, elle se disait qu'elle avait eu à gérer de bien pires situations.

— Tout ira bien pour vous ? Si cela risque d'être trop juste, je pourrai probablement m'arranger pour que vous alterniez les…

— Non, ne vous donnez pas cette peine. Comme vous l'avez dit, un bon, c'est assez pour se préparer au changement. Tout ira pour le mieux.

— Parfait. Vous m'en voyez rassuré.

Ils terminèrent par des banalités d'usage, puis Luna descendit les marches qui conduisait au bureau quatre à quatre. Elle avait la sensation que son crâne était bourré de coton. À l'image de Pandora, elle manqua de percuter sa collègue Delphia, qui l'attendait devant la gargouille.

— Delphia ! Quelle surprise…

Il ne manquait plus que cela, songea-t-elle.

— Que diriez-vous d'un thé ?

— Maintenant ? Tout de suite ?

— J'ai comme l'impression que vous avez grand besoin de parler.

Et pourquoi pas, après tout ? Elle n'avait plus rien à perdre – et la petite voyante lui avait clairement signifié qu'elle voulait se placer de son côté.

— Avec plaisir.