Chapitre 14 :

Année 454 de la Troisième Ère :

Kohada toqua doucement à la porte en bois sur laquelle le nom de sa professeur et amie, Tsunade, était gravée en lettres brunes. Cette dernière l'autorisa à rentrer et, après un dernier regard d'avertissement à son ami et amour caché, la Rose entra dans le bureau.

Il était plus petit que celui d'Orochimaru, mais contrairement à celui-ci, les bibliothèques étaient parfaitement rangées. Le bureau en noyer était immaculé et les parchemins, correctement enroulés et ficelés, étaient classés dans une étagère derrière Tsunade. Les trois murs adjacents étaient recouverts de tapisseries flamboyantes, l'une verte, l'autre violette et la dernière, rouge. Une douce odeur de vanille flottait dans l'air. C'était agréable de rentrer dans une telle pièce.

La professeure était en train de remplir un document et leva son regard noisette sur son élève. Un début de sourire apparut sur ses lèvres, mais Kohada sentit son regard changer quand elle aperçut Sasuke derrière elle.

« Bonjour Kohada. Sasuke » salua-t-elle d'un hochement de tête.

« Bonjour Maître Tsunade » répondit Kohada le plus naturellement possible.

Sasuke se contenta de baisser légèrement la tête en signe de salutation.

Kohada s'avança, et son stress augmenta quand elle entendit ses pas résonner sur le carrelage gris. Elle avait l'impression de faire une terrible erreur mais elle prit son courage à deux mains et tenta de parler. Sa voix se bloqua dans sa gorge. Elle sentit le regard de Sasuke dans son dos, et cela ne l'aida pas.

« Oui, Kohada ? Tu voulais dire quelque chose ? »

Était-ce vraiment une bonne idée ? Elle s'efforça de se concentrer sur l'air troublé de Tsunade et parvint à esquisser un sourire. La blonde eut alors un regard bienveillant qui lui insuffla le courage qui lui manquait.

« Sasuke et moi voulions te parler de quelque chose d'important ».

La Rose revit à nouveau un voile d'inquiétude traverser les pupilles de son enseignante.

« Que s'est-il passé ? »

« Oh, il ne s'est rien passé à proprement dit... »

Elle chercha ses mots et entendit Sasuke se racler la gorge derrière elle.

« Nous nous entraînions avec Sasuke et nous avons découvert que… »

Elle se permit de jeter un regard à son ami, et le vit accoudé au mur, près de la porte. Le regard qu'il lui lança, où elle pût lire l'affection et la confiance qu'il avait en elle, l'émut au plus haut point.

Elle se détourna de lui et termina :

« Nous avons découvert que Orochimaru nous mentait quand il disait qu'on ne pouvait faire de la magie sans bâton. Le fait est que sans bâton, nous sommes meilleurs, plus forts, plus adroits. Pourrions-nous avoir une explication, Tsunade ? »

Cette dernière se leva d'un bond et fit un mouvement ample du bras. La porte de son bureau claqua.

Sasuke se redressa et jeta un regard médusé à Tsunade.

« Vous pratiquez la magie sans bâton ! » s'écria-t-il en s'approchant du bureau.

L'air sembla crépiter autour du brun, signe d'une vive émotion.

Kohada lui prit le bras avant qu'il ne s'approche trop près de la professeure.

« Tais-toi Sasuke, il pourrait t'entendre ! » rugit Tsunade.

« Qui ça « il » ?! »

Leur regard se fixa sur la blonde qui sembla hésiter à répondre à cette question. Puis, comprenant sans doute qu'il était trop tard, elle les regarda bien en face et leur répondit :

« Orochimaru »

« Si je résume bien Tsunade, dit Sasuke en faisant les cent pas, Orochimaru sait pertinemment que notre magie est plus puissante si on ne passe pas par un intermédiaire, alors il a décrété que le bâton était essentiel à tout magicien, laissant entendre que pratiquer la magie sans lui était un crime. »

Tsunade tapota ses doigts sur le bureau, sans savoir quoi répondre.

« C'est bien ça ? » s'énerva Kohada.

Sasuke la regarda, inquiet. C'était bien la première fois que son amie s'énervait réellement. D'habitude toujours très calme, il voyait une autre facette d'elle en cet instant. Il comprit que ce qui l'animait, c'était surtout la déception d'avoir été trompée par une personne qu'elle admirait.

Tsunade sembla sortir de sa léthargie.

« Oui. Enfin… elle chercha ses mots. Certains ne pourront pas utiliser de magie sans un intermédiaire, le bâton. La plupart d'ailleurs. Mais certains d'entre nous – d'entre vous – maîtrisons la magie sans bâton, et sommes même plus puissants sans l'utiliser, parce que la magie fait partie d'eux, de leur sang. La magie n'est alors pas une discipline pour eux : c'est une manière de vivre, c'est inné, c'est ancré dans leur ADN. Et chez eux, la magie s'exprime bien mieux sans bâton. »

« Mais pour quelle raison Orochimaru fait-il cela ? Il devrait être content que des élèves de son Académie deviennent des modèles de puissance ! Pourquoi les réprimer ? »

Tsunade parût gênée par la question de Sasuke. Et il y avait de quoi. La réponse qu'elle leur donnerait plongerait à coup sûr son directeur dans de sérieux ennuis.

« Il faut savoir que sans réceptacle, sans bâton, la magie ne connaît alors aucune limite. Quelqu'un s'entraînant suffisamment pourrait accroître sa puissance jusqu'à en devenir invincible. C'est cela que craint Orochimaru : il ne veut pas que quelqu'un soit plus puissant que lui. Sa place d'Archimage serait remis en question. Et il ne veut pas perdre sa place. »

Elle leur jeta un regard incertain.

« Mais je vous en prie, n'ébruitez pas cela. Il est prêt à tout, absolument tout, pour que son secret soit bien gardé. Ses pouvoirs ont pris des proportions que vous n'imaginez même pas. »

Kohada haussa un sourcil, intimant silencieusement sa professeure de préciser ses propos.

« Pour augmenter son pouvoir, il a dû faire des choses vraiment horribles à d'autres magiciens… »

Sa réponse leur fit perdre contenance. Ils la regardèrent avec de grands yeux et c'est Kohada qui brisa le silence au bout de longues secondes.

« Vous êtes en train de dire qu'Orochimaru est un meurtrier, en plus d'être un menteur ? Pour ne pas blesser son orgueil, l'Archimage ne veut pas que quiconque le surpasse, au point de tuer ? C'est l'équivalent de « si je ne t'ai pas, alors personne ne peut t'avoir », avec quelques meurtres en prime ? »

Tsunade parut surpris de voir son étudiante, si posée, si douce, exploser de la sorte. Elle ne sut pas quoi ajouter de plus.

Sasuke souffla d'exaspération, attirant le regard des deux femmes sur lui. Kohada plongea son regard dans celui de son ami, et ils semblèrent avoir une discussion silencieuse, propre à eux, avec cette complicité résultant de tant d'années d'amitié. Puis les pupilles sombres de Sasuke se détachèrent de celles de la Haruno.

« Si c'est ça, alors une petite discussion avec Monsieur l'Archimage s'impose… »

Le brun se retourna, faisant voler sa cape de magicien, puis se dirigea vers la porte de sortie.

« Non, tu ne peux pas ! Il est trop puissant pour toi. Cela ne va t'attirer que des ennuis. Pense à tes parents, ils ne voudraient sans doute pas que tu… »

Elle fut coupée net par le regard que Sasuke lui lança. Un regard rougeoyant, incandescent, comme les braises qui annoncent le prochain incendie.

« Mes parents ? dit-il simplement. Là où ils sont, je ne peux heureusement plus les décevoir. »

Il leva la main. Au moment où il serra le poing, son pouvoir se déchaîna et tous les livres contenus dans les armoires volèrent et se projetèrent aux quatre coins de la pièce. Kohada poussa un cri de frayeur et Tsunade se couvrit la tête de ses mains, de peur de prendre un livre dans les tempes.

Puis un livre atterrit dans les mains de Sasuke, et flamba subitement, avant de tomber en cendres sur le sol désormais remplis d'ouvrages en pagaille.

« Entre Orochimaru et moi, allons voir qui est le plus fort… »

Puis il quitta la pièce.

Kohada s'assit sur le bord du bureau, tremblante. Puis, reprenant brusquement ses esprits après de longues minutes, elle se lança à la poursuite de son ami.