As easy as one, two, three
Pour la première fois depuis très longtemps, le Comissaire Swan Laurence était nerveux. Il vérifia la décoration de la table, le vin posé au centre, le plat qui mijotait doucement... Tout était prêt. Il inspira profondément pour calmer les battements rapides de son cœur. Hors de question de laisser transparaître quoi que ce soit. Il était capable d'affronter les pires criminels, il survivrait bien à un dîner en amoureux.
Il passa devant le miroir de l'entrée et observa un instant son reflet. Rien à redire sur le costume, il était rasé de près et avait troqué sa cravate contre une chemise blanche ouverte au col.
Tout ne pouvait que bien aller, tenta-t-il de se persuader. Marlène l'aimait profondément, il en était certain. Tout comme il était sûr de ses propres sentiments.
A peu près.
…
En tous cas, suffisamment pour les avouer à voix haute. Ça ne devait pas être bien compliqué. Il soupira et se répéta mentalement le petit scénario qu'il avait préparé. Tout était parfait. Tout serait parfait.
Alors pourquoi était-il aussi nerveux ?
Le bruit de la porte le sortit de ses pensées. Il avait persuadé Marlène de s'offrir une petite journée de shopping en compagnie d'Alice pour être libre de préparer l'appartement comme il l'entendait. Cela n'avait pas été bien difficile, il lui avait suffit de prétexter le mauvais goût vestimentaire de la jeune reporter et d'ajouter quelques adresses où elle adorait se rendre. Résultat, il avait presque eut peur qu'elle rentre trop tard et que tout soit gâché...
« Bonsoir, mon chéri ! » Lança-t-elle en enlevant écharpe et manteau. « Quelle merveilleuse journée ! J'ai bien cru que je réussirai à convaincre Alice de se faire une manucure, tu sais ! Mais j'ai bon espoir, parce qu'elle a accepté d'essayer une ravissante petite robe rouge et... »
Elle s'interrompit en apercevant les bougies allumées un peu partout.
« Oh, mon Dieu ! » Elle s'avança, lui prit les mains qu'elle serra contre son cœur. « Swan ! C'est magnifique ! C'est toi qui as... Oh ! » Elle plongea son regard dans le sien, soudain inquiète. « J'ai oublié quelque chose ? Oh, mon Dieu ! Ton anniversaire !... Non ? Non, bien sûr que non, tu es né en Août. Mais ce n'est pas mon anniversaire non plus, alors pourquoi... »
Swan l'embrassa pour l'interrompre efficacement puis la guida vers la salle à manger.
« Aucune raison particulière. » Lui répondit-il simplement. « Installes-toi, j'arrive. »
Il remarqua qu'elle ne semblait pas convaincu par sa réponse, mais choisit prudemment d'ignorer ce détail. Marlène commençait à bien le connaître et elle était beaucoup plus observatrice que ce que la plupart des gens pensaient. Surtout quand il s'agissait d'eux...
Mais comment pouvait-il lui expliquer combien il lui était difficile de dévoiler ses sentiments, alors qu'elle le faisait si naturellement... Il servit le vin et en bu une gorgée pour se donner un peu de courage. Il s'en tiendrait au plan et tout irait bien. Ce soir était un grand soir.
Ce soir, il lui dirait les mots. Ce soir, il lui dirait combien il tenait à elle.
Mais d'abord...
« Alice en petite robe rouge ? Je suis bien content de ne pas avoir été là !
-Oh, tu exagères ! Elle était ravissante ! D'ailleurs... »
Aussi simplement que ça, l'inquiétude qui voilait le regard de sa secrétaire disparu et elle se lança dans le récit de sa journée. Il n'écouta pas grand chose, mais le repas était délicieux, la compagnie très agréable et cela suffit à apaiser ses nerfs.
Après le repas, ils emportèrent leurs verres pour s'installer devant la télévision. Marlène, désormais à l'aise dans son appartement, enleva ses escarpins et replia ses jambes sous elle avant de se lover contre lui. Il soupira par acquis de conscience, mais déposa un baiser sur sa tempe et glissa un bras autour de sa taille.
Ils étaient bien.
Swan déglutit.
C'était le moment.
Il avait pesé toutes les options. « Je t'aime » ne correspondait pas tout à fait. Ce n'était pas vraiment lui, ce n'était pas tout à fait la vérité non plus... Mais il ressentait bien quelque chose et il avait envie de le partager.
Je tiens beaucoup à toi.
Cinq mots.
Ce serait rapide. Facile. Aussi simple que de compter jusqu'à cinq. Il savait compter. Il était courageux. Il était...
« Marlène ?
-Oui ?
-Je... » Il allait lui dire. Maintenant. « Je... » Tout de suite. Il pouvait le faire. Cinq mots. Juste cinq petits mots... Ce soir. « Je reprendrai bien un peu de vin, pas toi ? »
Ou peut-être demain...
Il y eut une seconde de silence avant que sa secrétaire ne réponde, un peu confuse.
« Euh, oui, bien sûr... » Elle s'écarta de lui pour récupérer leurs verres et lui tendit le sien.
Il le vida d'un trait, le reposa sur la table basse et remarqua que ses doigts tremblaient légèrement. Il se sentit vidé, lâche et nauséeux. Comment pourrait-il espérer poursuivre une relation s'il n'était même pas fichu de lui avouer ses sentiments...
Marlène dû sentir son désarroi, car elle reposa également son verre et lui prit une main, qu'elle serra doucement entre les siennes pour attirer son attention.
« Swan, tu me fais peur... Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Il sentit une vague de colère l'envahir. Contre lui, contre elle, douce et tellement parfaite, contre ces petits mots qui auraient dû être si faciles à prononcer et qui restaient résolument coincés dans sa gorge.
« Rien, Marlène. Tout va bien. » Il retira sa main et se redressa dans le canapé. « Tout va merveilleusement bien ! »
Marlène lui jeta un regard confus.
« Je ne comprends pas... C'est un problème ? »
La colère retomba aussi vite qu'elle était venue. Il était injuste, il le savait, mais les vieilles habitudes avaient la vie dure...
« Non. Non, Marlène, ce n'est pas un problème. J'ai juste... Marlène, je... »
Brusquement, Marlène ouvrit de grands yeux et porta une main à sa bouche.
« Marlène ?
-Je suis désolée, Swan ! » S'exclama-t-elle, les yeux brillants de larmes. « Je n'avais pas compris ! »
Ce fut au tour du commissaire d'être perdu. De quoi parlait-elle ? Il allait de nouveau s'agacer quand elle recouvrit ses lèvres des siennes. Elle prenait rarement l'initiative de l'embrasser, ce qui le surpris encore plus.
« Moi aussi, Swan. Tellement... » Murmura-t-elle en se blottissant contre lui.
Il sentit sa gorge se serrer et dû cligner des yeux plusieurs fois. Ça avait l'air tellement facile pour elle... Il ferma les yeux et inhala un instant le parfum de ses cheveux.
Demain. Demain, il lui dirait.
Fin !
Note de l'auteur : Alors, oui, c'est guimauve, mais je tenais quand même à le partager lol. Déjà, parce que nous vivons une période où un peu de douceur ne fait pas de mal, et ensuite parce que je trouve intéressant de confronter Laurence à ses sentiments. J'ai essayé de ne pas trop dénaturer son personnage, je ne pense pas qu'il pourrait dire « je t'aime » à une autre femme que Mailhol mais derrière son énorme carapace, il y a bien un cœur qui bat et qui est seul depuis très longtemps :3
Et puis, c'est mon histoire XD
Mais les avis sont toujours les bienvenus, c'est avec plaisir que je discuterai !
Bonne journée à tous :)
