Bonjour/Bonsoir/Holà !

Ce recueil se constitue de textes produits lors des nuits du FoF, nuit d'écriture qui a lieu tous les mois durant le premier week-end, de 21h à 4h du matin, un sujet par heure. Allez jeter un œil si vous ne connaissez pas, c'est très sympa.

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Ce texte a été écrit pour la 121ème Nuit du FoF, pour le thème 4 « Malédiction ». Il est assez courtet se concentre sur Cersei, pour une fois. Je pense continuer, au-delà du délai de la Nuit du FoF, à développer l'aspect « maudit » des jumeaux.

Dans ce chapitre, Jaime et Cersei ont près de vingt-cinq ans, Tyrion en a vingt-et-un, et Brienne seize et demi.

Je n'ai pas posté le chapitre à temps pour qu'il entre dans la sélection de la nuit du FoF, mais il existait (je viens enfin de le finir), donc voilà. Bonne lecture.

- Maudits -

3/5

Jaime en douleur majeure

Le monde était vide, blanc, aseptisé.

Jaime avait mal, de cette douleur impossible qui lui détruisait l'intérieur de la poitrine. Il s'était recroquevillé sur le carrelage de la salle de bain. Brienne avait quitté l'appartement depuis presque deux jours, et il n'avait pas mangé depuis. Il n'avait pas quitté la salle de bain non plus, tremblant, le visage incrusté dans le carrelage glacé. Il se sentait gelé de l'intérieur. Il n'entendait même plus les coups que Tyrion frappait à la porte, dans l'espoir de le faire sortir de là. Tout ce qu'il voulait, c'était le silence. Qu'on le laisse tranquille, que le monde tout autour de lui meure et qu'il n'en entende plus jamais parler. Qu'enfin, il puisse oublier tout le mal que lui avait Cersei, une fois de plus.

- Jaime, tu commences sérieusement à me faire peur. Sors de là.

Non. Il ne sortirait plus, ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais. Parce que cette gamine qui était entrée dans sa vie depuis deux ans, c'était la seule personne auprès de qui il parvenait à respirer. Et que maintenant, plus jamais elle ne lui adresserait la parole. Plus jamais elle ne voudrait ne serait-ce que le regarder, et il comprenait pourquoi, il savait qu'il le méritait. La gamine, c'était comme bébé-chat : un concentré de pureté à des milliers de kilomètres de ce que Cersei et lui pouvaient être.

Et bien sûr, c'était Cersei qui avait tout gâché. Elle avait lâché sa bombe avec soin, avec la perfidie qui la caractérisait, comme elle savait si bien le faire. Jaime avait entendu Brienne le héler depuis le salon, lui parler d'un mail bourré de photos qu'il lui aurait envoyé, des choses qui pourrait l'intéresser. Il ne voyait pas de quoi elle parlait, et le temps qu'il comprenne, elle l'avait rejoint dans la cuisine, avait ouvert le mail depuis son téléphone portable et était devenue livide. Quand elle avait levé les yeux vers lui, son regard n'était plus le même.

Elle l'avait fixé comme si elle le voyait pour la première fois. Comme si enfin, sous la peau qui présentait si bien, elle avait aperçu le monstre qu'il tentait de lui cacher depuis le début. Jaime n'avait même pas eu besoin de voir la photo pour comprendre, mais quand Tyrion s'était emparé du téléphone et le lui avait montré, il avait su que le monde s'était bel et bien ouvert sous ses pieds.

- C'est ta... soeur...

Il avait ouvert la bouche, sans rien trouver à dire. Il n'y avait aucune explication, aucune justification possible. La spatule qu'il tenait à la main – c'était le soir, il s'apprêtait à terminer sa bolognaise végétarienne pour Brienne – lui avait échappée. Un peu de sauce tomate avait tâché le carrelage. Le silence avait envahi l'appartement. Même bébé-chat ne faisait plus trop de bruit, lui qu'on entendait pourtant tout le temps. Et plus les secondes passaient, plus Jaime comprenait que la terreur qui le saisissait à la gorge valait le dégoût et l'horreur qui déformaient les traits de Brienne.

Elle avait fait un pas en arrière, comme si l'idée qu'il la touche était soudain plus terrible que tout le reste. Elle n'avait rien dit. Elle donnait l'impression de manquer de souffle. Elle s'était simplement enfuie. Dans sa chambre, d'abord, dont la porte avait claquée. Puis, hors de l'appartement, avec bébé-chat sous le bras, sans que Jaime n'y puisse rien. Il avait la tête vide. Il se sentait déjà mort. Cette fois-ci, Cersei avait réussi. Elle l'avait tué de l'intérieur.

Alors, depuis, il s'était enfermé dans la salle de bains sans plus en sortir.

Pourquoi sortir ? Pourquoi affronter Tyrion qui allait tenté de le relever, de lui faire croire qu'il existait encore une petite chance pour que tout ne soit pas fichu, pour qu'il soit possible de sauver la situation ?

- Jaime, s'il te plaît.

Derrière la porte, la voix de Tyrion s'était faite suppliante. Mais c'était inutile. Jaime ne lui obéirait pas, il ne sortirait pas. Il ne pouvait pas.

Aucun petit frère au monde, aussi merveilleux et intelligent soit-il, ne pourrait rattraper la situation. Cersei gagnait aujourd'hui, comme elle avait toujours gagné. Et si le futur devait se résumer à souffrir de sa soeur en se raccrochant à son petit frère sans aucun espoir d'en voir jamais le bout, alors Jaime préférait encore que la douleur qui lui sciait les os, qui le crevait la poitrine de l'intérieur, mette un terme à son calvaire.

Qu'elle l'endorme, enfin.

Que le silence l'enveloppe, enfin.