Le silence s'étira. Interminable. Puis, doucement, Potter demanda.
- Et tu as réussi ? À réparer l'armoire ?
Drago soupira, soudain fatigué. Il perdait toute envie de se battre, de lutter. Il avait donné les moyens à Potter de le neutraliser, et il ne parvenait même pas à le regretter. Quoi qu'il se passe dorénavant, il avait remis une partie du fardeau qu'il portait au Gryffondor, et il se sentait étrangement soulagé.
L'adolescent n'était plus seul, même si la personne qu'il avait choisie pour se confier était son ennemi.
Il secoua doucement la tête.
- Pas totalement. Je peux faire passer des objets inanimés mais pas encore d'êtres vivants. Donc… Et bien tu peux me dénoncer et me faire envoyer à Azkaban, comme ça Poudlard restera protégé.
Le brun le dévisagea avec sérieux, si longtemps que Drago finit pas se tortiller mal à l'aise sous le regard vert trop brillant.
- Je t'ai dit que j'allais t'aider, pas briser ta vie.
Les mots le frappèrent bien plus que la promesse de protection de Potter. Il était facile de promettre, mais cette réponse fut ce qui ralluma une fragile flamme pleine d'espoir dans son cœur. Peut être finalement arriverait il à s'en sortir sans trop de dommages… Peut être que son avenir n'était pas si sombre qu'il le pensait.
Bien sûr il savait qu'il aurait à répondre de la Marque sur son bras et de tout ce qu'il avait fait jusqu'à cet instant. Mais… Potter était réellement juste. Il n'avait qu'une parole à dire pour le neutraliser définitivement et mettre à mal le plan de Voldemort, et il avait refusé, pour ne pas lui nuire.
Le Serpentard sentit une vague brûlante de honte le submerger, totalement inattendue. L'espace d'un battement de cœur, il en voulut à Potter d'être si… héroïque, surtout après leur passé compliqué.
Lui n'avait jamais hésité à humilier le Gryffondor encore et encore. Il avait même contribué à rendre sa vie misérable en suivant avec plaisir les ordres de Ombrage l'an passé !
Drago s'obligea à se calmer et à repousser tous ces sentiments qui s'agitaient en lui, le rendant confus et à fleur de peau. Il se frotta le visage de ses mains, comptant mentalement dans sa tête, jusqu'à ce que l'envie de frapper Harry Potter pour sa gentillesse ne passe.
Potter le fixait avec un léger sourire aux lèvres, et Drago grogna, presque agressivement, croyant qu'il allait se moquer de lui. Mais le brun lui adressa un clin d'œil complice.
- Je parie que tu imagines que je vais te planter un couteau dans le dos à la première occasion pour me venger de nos… bagarres ?
L'adolescent blond étendit ses jambes devant lui, toujours assis contre le mur des toilettes, et il s'obligea à afficher un air presque indifférent. Il haussa vaguement les épaules, et répondit d'une voix calme, parfaitement maîtrisée.
- Quelque chose comme ça en effet.
Il y eut un gloussement amusé, mais Drago ne réagit pas, attendant la réponse. Puis la main de Potter - foutu Potter trop tactile - se posa sur son bras, et la chaleur qu'il lui transmettait était agréable.
- Malefoy. Tous les deux… c'est… je sais pas. Je pense qu'un jour, on n'aura plus envie de se battre comme ça. Je ne te veux pas de mal, même si parfois tu m'as rendu réellement furieux. Tu vois ? Je veux dire…
Drago soupira et interrompit le Gryffondor, pas vraiment sûr d'où allait les conduire cette explication.
- Toujours aussi éloquent, Potter.
Mais au lieu de s'agacer et de le bousculer, le brun ricana, visiblement amusé.
- Tu vois ? C'est juste… des disputes sans importance. Voldemort… il a tué mes parents. Il ruine ma vie méthodiquement depuis ma naissance. Et il met en danger ceux que j'aime. Ton aide, ça pourrait changer les choses, et rien que pour ça, je ferais tout pour…
- Pour m'éviter Azkaban ?
Le Gryffondor eut un sourire - un peu trop joyeux, un peu trop lumineux et visiblement sincère - en hochant la tête.
- Entre autre. Pour que personne ne te reproche quoi que ce soit, quand tout sera terminé.
La flamme timide de l'espoir se transforma en brasier ardent, et Drago déglutit, mal à l'aise. Il avait la gorge serrée et n'était pas capable de parler pour l'instant, pas alors que Potter venait de lui faire miroiter un avenir qu'il pensait impossible.
Il s'apprêtait à proposer au Gryffondor de le retrouver dans la salle sur demande - il savait qu'il la connaissait, puisqu'il l'avait utilisée pour défier Ombrage durant l'année précédente - quand la porte s'ouvrit, claquant contre le mur, les faisant sursauter tous les deux.
Ils eurent tous les deux la même réaction, celle de sortir leur baguette et de la brandir sur la personne qui venait d'entrer. Sauf que cette fois, ils n'étaient pas face à face à s'opposer, mais côte à côte, coopérant pour la toute première fois. Se prouvant mutuellement qu'ils pouvaient faire plus ensemble que se battre.
Ils réalisèrent au même instant qui venait de les interrompre, et ils se tendirent, baissant immédiatement leurs baguettes et échangeant un bref coup d'œil discret.
Severus Rogue se tenait devant eux, sourcils froncés, son air des mauvais jours sur le visage, bras croisés sur le torse. L'homme ne semblait pas impressionné d'avoir deux adolescents armés de leurs baguettes devant lui, mais Drago savait que ce n'était qu'une façade : Rogue était capable de les neutraliser en un clignement de paupières, et le Serpentard se doutait que son parrain avait déjà sa baguette en main, cachée dans le prolongement de son bras, l'ébène du bois disparaissant sur le noir de ses robes strictes.
Lorsqu'il prit la parole, son ton était doucereux et plein d'une menace voilée.
- Messieurs. Puis-je savoir ce qui se passe ici ?
Potter - stupide Potter - afficha une moue agacée.
- Je ne savais pas que les toilettes étaient interdites, Professeur.
Les yeux du Maître des potions se plissèrent, et il fixa le Gryffondor d'un air mauvais. Puis, son regard passa brièvement sur Drago, et il grogna.
- Il n'y a pas de fumée sans feu. Je me doute qu'il se trame quelque chose ici. La dernière fois que je suis intervenu, l'un d'entre vous était en train de se vider de son sang sur ce même sol. Je préfère donc être prudent…
Drago resta immobile et silencieux, mais il nota la culpabilité qui passa sur le visage de Potter. Le Gryffondor perdit de sa superbe et pâlit, visiblement mal à l'aise. Rogue renifla, l'air visiblement satisfait et fit signe à Drago de le suivre d'un geste impérieux. Celui-ci obéit, mais prit le temps de fixer Potter et de hocher légèrement la tête avec un demi sourire comme pour le rassurer.
Au moment de quitter la pièce, Rogue se retourna vers le brun et afficha un rictus mauvais.
- Et vous perdez dix points Potter. Vous êtes ici dans les toilettes des filles, ce que je pense vous n'êtes pas.
