Pour Conteuse !

Requête :
Personnage ou duo (au choix) : Yamato ou Zoro&Law
Mots à inclure : Karma, outre tombe


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Il ne pouvait pas l'accepter.

Son père lui avait une nouvelle fois ordonné de rentrer dans ses rangs, de se plier à sa volonté et d'abandonner ce en quoi il croyait. C'était juste impossible… Il connaissait la vérité, il savait ce qu'il y avait dehors, sans même avoir eu la chance de voir le monde de ses propres yeux. Par-delà ce qui lui était accessible, il savait qu'il y avait un univers infini à découvrir.

Mais il était enchaîné à cette île. Prisonnier forcé d'un territoire qu'il voulait fuir, d'une famille qui n'était la sienne que de sang et d'un avenir écrit par la main d'un autre. Dès son plus jeune âge, Yamato avait commencé à défier son père d'un mot ou d'un geste, mais pour Kaido, il ne semblait être qu'un insecte récalcitrant tout au mieux. Il ne parvenait pas à atteindre cet objectif qui lui était si cher. Il avait une Bible contre son coeur, un nouveau nom à honorer et un rêve bien trop grand pour lui à porter, toutefois...

Il voulait plus que tout faire céder son père sous le poids d'un fantôme qui l'obsédait et le hantait, qu'il voie Oden à travers sa propre apparence et sa propre volonté. Yamato désirait simplement que Kaido voie son karma se retourner contre lui pour tous les malheurs qu'il avait engendrés, à commencer par la vie de son propre enfant.

Un bruit assourdissant lui parvint de l'entrée de l'île, le faisant se relever prestement. Yamato se concentra pour discerner les mouvements de la personne ou de la chose qui venait tenter sa chance pour la tête de son père. Encore. Ce n'était sûrement pas la première fois qu'un inconscient s'y essayait et échouait. Il soupira légèrement en se souvenant de la situation et en pensant que cet intrus avait un très mauvais sens du timing. S'armant avec dextérité, Yamato fit face à cet homme qu'il n'avait jamais vu. En vue de son accoutrement, ou plutôt du manque certain de vêtements, il était sans aucun doute un étranger. Cela attisa une flamme en lui, allumant un brasier dans son être que ses chaînes tentaient d'étouffer. Avançant lentement vers l'inconnu, Yamato remarqua qu'il examinait tout ce qu'il l'entourait, sans faire attention à lui.

— Ce n'est pas du tout là que je devais aller…

Plissant les yeux, Yamato se fit discret pour arriver derrière lui. Néanmoins, il comprit rapidement que le jeune homme n'était pas à prendre à la légère, en le voyant se retourner armé d'un poing enflammé. Il avait senti sa présence. Yamato ne resta pas bien longtemps sans rien faire, il brandit son Kanabô, arrêtant directement l'attaque qui lui était destinée.

Sans un mot, le combat continua dans l'optique de tester la force de l'autre, ayant tous les deux perçus la lueur curieuse dans le regard de l'autre. Au bout de plusieurs minutes et blessures infligées, le jeune homme s'adressa à lui, le visage colérique.

— Mais t'es qui toi ?!

Piqué au vif, Yamato lui destina une autre attaque, qui fut esquivée. Ne parvenant pas à le toucher, il se décida à lui répondre.

— C'est à toi de te présenter !

— Mon nom est Ace ! Et je suis venu pour prendre la tête de Kaido !

Le poing enflammé qu'il reçut pendant la réponse lui brûla légèrement la peau d'une chaleur aussi ardente que prometteuse. Un frisson remonta son épiderme, en pensant sincèrement que parmi tous les idiots qui venaient sur cette île, cet idiot-là avait peut-être une chance de ne pas ressortir mort… Et donc de pouvoir quitter Onigashima.

Quitter Onigashima…

Les deux hommes s'écartèrent l'un de l'autre, reprenant leur souffle en se jaugeant, sur la défensive.

— Mon père et ses hommes sont en expédition ! Actuellement, sur cette île, il n'y a pas un seul commandant !

— "Mon père" ?!

Des chuchotements s'élevèrent autour de lui, le présentant comme la fille de Kaido, ce qui lui fit serrer les dents pour deux raisons. Cherchant à éloigner tout le monde du sujet et des questions, Yamato éleva de nouveau la voix, tandis que les dégâts autour d'eux ne cessaient de crépiter au son des bâtiments détruits et calcinés.

— Vous ne croyez pas que vous vous êtes assez déchaînés comme ça ?! Ce n'est pas comme si j'avais l'obligation de protéger cette île, mais quand même…

Un silence se fit, avant que des hommes n'interviennent pour informer leur capitaine que les familles des enfants kidnappés étaient libres. Yamato n'allait certainement pas les empêcher de partir, mais il se demanda pourquoi l'étranger continuait de le toiser de façon insistante, sans s'enfuir. Il avait l'habitude, ce n'est pas comme si les pupilles abyssales posées sur sa personne allaient le faire vaciller. La voix vibrante de son adversaire le fit réagir : il remonta sa garde, les muscles prêts à parer un nouveau coup.

— Qu'une meuf aussi forte que toi ne soit même pas la capitaine, je ne peux pas y croire. Réglons ça maintenant.

Son visage se crispa dans une expression figée, alors qu'il sentit ses dents grincer légèrement. Tant pis pour le passe-droit hors d'Onigashima, il y avait des choses qu'il n'acceptait pas d'entendre.

— J'ai un nom, c'est Yamato. Je m'ennuyais, alors je serai ton adversaire.

S'armant de nouveau, les deux hommes se firent face et attaquèrent en même temps pour tenter de prendre le dessus. Ils enchaînèrent les passes d'armes, les coups destructeurs et intentionnellement puissants. Mais quelque chose avait changé, un élément dans leur danse féroce et macabre que Yamato n'arrivait pas à discerner. Comme si la colère de l'étranger ne lui était plus destinée…

— On ne choisit pas ses parents, Yamato ! Alors que tu détestes tant ton père, tu crois que c'est normal de le laisser te menotter et t'enchaîner jusqu'à ton esprit ?!

… Comme un écho de quelque chose que Ace ressentait au plus profond de lui et qui ne lui était pas accessible. Ce sentiment, qu'ils semblaient partager le poussa à cesser le combat pour étaler sa puissance sur un élément du décor qu'il ne supportait plus de voir depuis tant d'années. Ce symbole du règne de son père, de sa tyrannie et de sa puissance funeste qui souhaitait voir sombrer.

— Tu ne sais pas ce que tu dis ! Moi aussi, je veux prendre la mer et vivre des aventures ! Je veux vivre libre ! Comme Oden Kozuki !

Alors que la sculpture de Dragon se fissura et se décrocha en faisant trembler les murs, Yamato sentit plus qu'il ne vit Ace passer à côté de lui pour faire sa marque dans la statue, poing ardent et destructeur sur une volonté qui dépassait l'entendement.

Les flammes s'éteignirent petit à petit, laissant le jeune homme se retourner vers lui avec un sourire qui le laissa pantois.

— Bien dit, Yamato….


Les armes laissées sur le sol furent remplacées par des bouteilles et des rires qui avaient rarement leur place sur Onigashima. Yamato et Ace s'étaient bien gardés une place, trinquant et discutant de tout et de rien. Le plus âgé ne cessait de questionner son adversaire sur le monde extérieur, sur les pirates dont il n'avait qu'une vague connaissance des noms… Après tout, pour le moment, il ne pouvait vivre ses aventures qu'à travers les autres. Le journal d'Oden Kozuki était un bon exemple, mais ne contenait que des archives sur le monde et des secrets qui ne pouvaient pas encore être dévoilés.

Yamato entendit un nombre incalculable de récits sur le petit frère de ce fameux Ace, qui n'avait même pas encore pris la mer. Cependant, à travers ses paroles, Yamato ne pouvait s'empêcher de penser que ce futur pirate allait faire des ravages sur les mers dans quelques années… ou alors Ace avait un sérieux Brother-complex à soigner, il émettait encore des doutes.

Finalement, ils décidèrent de sortir dans la nuit noire, pour s'échapper quelques minutes du bruit ambiant de la pièce vide de tout adversaire intéressant. Les deux hommes allèrent se balader sans cesser de discuter. S'installant au bord du port, bouteille à la main, Yamato ne put qu'observer les bateaux qui ne lui étaient pas accessibles. Une nouvelle prise de conscience douloureuse lui vint, malgré l'habitude. Les navires le narguaient comme personne ne pouvait le faire, sauf peut-être les menottes qui le retenaient à un tout horripilant. Comme un pantin dans une pièce de théâtre, où il avait un rôle qui ne lui ressemblait pas.

Ace s'installa à côté de lui, semblant suivre le cours de ses pensées sans qu'un seul mot ne soit échangé.

— Tu sais… Faut pas que tu perdes espoir. Tes menottes t'enchaînent peut-être physiquement sur cette île, mais ton esprit est déjà très loin. J'avais tort tout à l'heure, quand je disais que ton esprit était rattaché ici. Je crois qu'il est plus loin même que le mien, alors que j'ai la possibilité de voyager où je veux…

Yamato tourna son visage vers celui d'Ace, qui scrutait les étoiles. Il ne répondit rien, ne sachant pas quoi ajouter à ces mots. Son comparse reprit pour lui, tendant un index vers le ciel où trône une légère flamme.

— Y'aura toujours une étincelle pour briller dans la nuit… Il suffit juste de ne pas se laisser envahir par le froid des ténèbres.

Yamato cligna légèrement des yeux et se mit à fixer la mer, si vaste et dangereuse, si attrayante...

— Tu dis ça parce que tu as la pouvoir du feu, donc tu n'auras jamais le problème d'être dans le noir total ?

— Alors, d'abord, si. Je peux être dans le noir. Je connais bien les ténèbres, t'inquiète pas pour ça. Et puis j'ai juste tenté un truc poétique, mais t'as tout cassé, je ne te remercie pas.

— De rien.

Les deux hommes se toisèrent et laissèrent l'hilarité prendre le dessus de la conversation.

Se calmant au fil des minutes, le silence revint bercer la scène, jusqu'à ce que Yamato chuchote comme une promesse.

— Un jour, je partirai d'ici… Vraiment.

— C'est à moi que tu fais cette promesse ?

— Non. A moi-même. Disons que tu en es le témoin… Et j'espère qu'on se croisera quand j'aurais pris la mer…

Ace s'allongea complètement sur le sol, puis posa son chapeau sur son visage, ne laissant apercevoir qu'un sourire amusé et rempli de sincérité.

— Alors, je t'attends.

Yamato sourit également, plus déterminé que jamais à quitter cet endroit.


Ace avait finalement quitté l'île quelques heures plus tard, pour pouvoir tenir sa promesse à une petite fille du pays des fleurs. Avant de partir, il lui avait glissé une phrase, qui restait encore aujourd'hui gravée dans sa mémoire.

«C'est un avertissement pour Kaido, jusqu'à ce que je revienne ! D'ici là, Yamato… Devient libre.»

Mais Ace n'était jamais revenu. Et jamais Yamato ne pourra le croiser au détour d'une houle capricieuse.

Il avait appris par le biais de son père la mort du jeune homme durant la grande guerre, dont il n'avait eu qu'une vague description. Tandis qu'Oden était revenu trop tard au pays, lui n'était pas parti assez tôt. Ses chaînes toujours à ses poignets, il n'avait pas trouvé la solution pour être libre.

Les années passèrent, alors que le monde changeait sans lui. Néanmoins, pendant la préparation de la fête du feu sur Onigashima, Yamato comprit que les choses étaient en train de basculer. Comme si… Comme si à défaut de ne pas pouvoir aller arpenter le monde, le monde allait venir à lui.

Sans même avoir son nom, il sut immédiatement qui il était. Du reste de cette volonté qu'Ace avait laissée à son passage sur l'île et qui avait persévéré outre-tombe, son petit frère semblait décidé à terminer le travail de son aîné et plus encore.

Alors, observant celui qui ne pourra jamais être ignoré avancer vers la destruction d'un équilibre, Yamato confirma la décision qu'il avait prise il y a de ça des années.

Il partira découvrir chaque océan.

Il permettra à la volonté d'Oden de subsister.

Et surtout, plus que tout… Il accompagnera un roi sur le trône pour faire perdurer un règne sous le drapeau de la liberté. Yamato se voyait déjà lever le pavillon noir en signe de triomphe sur un destin qu'il aura détourné.

Alors lui aussi, il commença à courir pour rejoindre ce monde qui était venu à lui et cette chance qu'il ne pouvait pas laisser passer.

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