Entre les neiges
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Plus les jours s'écoulaient et moins l'espoir de voir de nouveau Harry et Ron lui parler, ne persistait dans l'esprit de Hermione. Ses deux amis étaient véritablement furieux de son intervention auprès de leur directrice de maison, ayant conduit à la confiscation du balai neuf de Harry. Elle avait bien essayé de les raisonner, galvanisée par les encouragements de Cédric qui était certain que tout s'arrangerait très vite, mais rien n'y avait fait et toutes ses tentatives s'étaient soldées de cuisants et douloureux échecs. Le Poufsouffle avait alors, lui-même, essayé d'engager la discussion mais cela n'avait fait qu'empirer les choses, et à présent, Hermione était vraiment certaine que Ronald la détestait. Le garçon, dans un sursaut de colère, lui avait même suggéré de rester uniquement avec son petit-ami puisqu'il semblait tellement plus raisonnable que lui et Harry, comme elle le lui avait déclaré, à court d'arguments. Maisie, revenue de son escapade hors du temps avec Charlie s'était également proposée comme médiatrice, mais Ron avait également refusé. De façon polie, cependant, vraisemblablement, dans sa derrière lettre, sa mère lui enjoignait de se montrer sympathique avec les sœurs Andrews, lui rappelant qu'il était peut-être probable, qu'un jour, la préfète-en-chef devienne sa belle-sœur.
Cette perspective ne semblait certainement pas faire l'unanimité, Fred et George, toujours d'après ladite lettre, n'étaient pas particulièrement enjoués de compter parmi eux la jeune-fille qui leur avait ôté presque autant de points que le professeur McGonagall durant les deux dernières années et n'avait jamais manqué de faire constater à tout un chacun à quel point ils traitaient mal leur frère Percy. À cela Maisie répondait par un haussement d'épaules, les jumeaux ne l'avaient jamais impressionnée et leurs frasques, lorsqu'ils ne la laissaient pas indifférente, l'agaçaient sombrement. D'après Percy, les plaisanteries de Fred et George et leur côté humoristique étaient l'un des rares sujets de discorde entre la jeune-fille et son petit-ami. Charlie trouvant, lui, ses frères aussi drôles que Rolf et Tonks de leur temps, et ce, quand bien même la Poufsouffle lui avait plusieurs fois fait remarquer que leurs deux amis ne s'en étaient jamais pris gratuitement à qui que ce soit, ce qui était bien loin d'être le cas des deux plus grands cauchemars de Rusard.
Hermione ne savait que penser de tout cela, Ron et Harry riaient des blagues de Fred et George et elle s'était toujours contentée de les imiter à ce propos. Mais plus récemment, avec Ginny, elles s'étaient fait la réflexion que parfois, les jumeaux allaient beaucoup trop loin et que Percy, même s'il pouvait se montrer irritant, ne méritait pas d'être leur souffre-douleur préférentiel à chaque fois qu'il effectuait son tour de garde. De plus, par le prisme que lui conférait son nouveau statut au sein du petit monde des préfets, Hermione commençait à le voir d'une toute autre façon. Elle ne l'avait guère que perçu comme le préfet de Gryffondor et le petit-ami de Pénélope Deauclaire, mais à présent qu'elle le voyait comme l'ami de Maisie et avait été le témoin de son affection pour la jeune-fille, quelque chose avait changé. Maisie était d'une telle douceur et intégrité qu'elle ne pouvait décemment posséder comme ami quelqu'un qui ne soit pas au moins pourvu de cette deuxième qualité. Et Hermione devait bien le reconnaître, de l'intégrité, Percy savait en faire preuve. Il pouvait être vaniteux, trop sûr de lui et opportuniste sur bien des aspects, il n'en demeurait pas moins quelqu'un de fidèle à ses convictions. Et sur certains points, il était très semblable à Ron.
C'étaient Maisie et Cédric, une nouvelle fois, qui lui avaient mis la puce à l'oreille, le trente-et-un décembre, alors qu'ils décoraient la Salle de travail des préfets en vue d'y réveillonner ensemble avec Percy et Ellie. Hermione venait d'aborder une nouvelle fois le sujet glissant de Ronald Weasley et des nombreuses réflexions dont il pouvait la couvrir. Elle s'était exclamée avec colère que parfois, elle avait juste l'impression que Ron se comportait comme un enfant pour attirer un peu son attention, de la pire des manières. Cédric en avait lâché sa guirlande lumineuse avant de lui indiquer que cela n'était certainement pas une hypothèse absurde. Ce sur quoi Maisie avait enchaîné que Percy lui avait déjà avoué se comporter régulièrement comme le pire des crétins arrogants justement car il cherchait un moyen de se différencier de ses nombreux frères. Et notamment de la perfection qu'imposait Bill Weasley, dont les brillantes études et la brillante carrière étaient souvent des sujets de discussion revenant régulièrement aux repas de famille. Bill était l'aîné au parcours impressionnant, Charlie le dragonologiste passionné, Fred et George de fameux boute-en-train, Ginny l'unique fille de la fratrie, mais Ron et Percy, eux n'avaient rien de bien exceptionnel de quoi se vanter selon leurs propres dires. Être le rabat-joie permettait à Percy d'exister d'une façon distincte et, à voir l'expression attristée de Maisie, il n'en avait pas toujours été ainsi. Quant à Ronald, il était vrai qu'il n'était finalement défini que comme le meilleur ami de Harry, une position de faire-valoir qui devait certainement parfois lui peser.
Toute cette séquence de réflexion avait marqué Hermione qui s'était promis de faire, dorénavant, bien plus attention aux autres, quand bien même ceux-ci pourraient être agaçants. Maisie avait toutefois insisté sur le fait que rien ne pardonnait son comportement déplacé au garçon, mais tout simplement que prendre en compte les raisons qui pouvaient le pousser à se montrer désagréable, pouvait permettre à Hermione d'aborder de façon plus sereine les conflits. L'adolescente ne comprenait pas toujours où Maisie voulait en venir, mais elle écoutait constamment ses paroles avec attention. La Poufsouffle avait tant changé en quelques semaines. Et même si la jeune-fille enjouée réapparaissait par moments, une adulte aux lourdes responsabilités la remplaçait bien souvent. L'innocence désertait ses paroles un peu plus chaque jour et Hermione était peinée de voir s'opérer ce changement, entièrement imputable aux derniers évènements qui l'avaient frappée de plein fouet. Mais d'une certaine façon, ils avaient tous changé.
Elle-même ne voyait plus le temps qui s'écoulait de la même manière et l'idée de le manipuler avec son Retourneur de temps, était de moins en moins séduisante, et même quelques fois, un peu perverse. Hermione avait également pu prendre pleinement conscience que le malheur ne prévenait jamais avant de frapper et que la plus gentille des personnes pouvait être aussi durement accablée que le pire des criminels. Il n'y avait aucune justice dans la mort et pas davantage dans certains aspects de la vie. Maisie devrait passer le restant de ses jours avec des regrets et de la culpabilité que personne ne méritait et Ellie, à douze ans, n'avaient plus ni père, ni mère. Comment parviendrait-elle à se construire, ainsi ? Cette question l'angoissait et la taraudait comme mille autres. Sa vision du monde s'en trouvait chamboulée et une petite voix au fond d'elle-même lui criait que les heures sombres ne faisaient que commencer. Au travers de Maisie, elle en venait également à comprendre d'autres choses, notamment à propos de Harry. Ils étaient finalement semblables d'une certaine façon, à la différence notable près que son ami, lui, n'avait pas joui d'autant de temps avec ses parents que les jeunes-filles. Parfois Hermione se questionnait sur ce qui était le pire, mais ne trouvait aucune réponse.
Heureusement, au milieu des coups du sort, il y avait sa relation avec Cédric Diggory. Harry et Ron pouvaient être aussi insupportables que possible et la vie aussi acharnée qu'elle le pouvait sur ses amis, elle pouvait compter sur cette petite bulle de réconfort qui l'enveloppait lorsqu'elle se trouvait à ses côtés. Bien sûr, rien n'était parfait et ils avaient parfois quelques désaccords, mais le début de leur ''romance'', comme se plaisait à la qualifier Maisie avec un petit sourire narquois, lui convenait beaucoup plus qu'elle n'aurait pu l'imaginer. En vérité l'idée d'avoir un petit-ami ne lui avait jamais trop effleuré l'esprit avant cela, mais elle devait bien admettre qu'il y avait des avantages indéniables à fréquenter quelqu'un dans ce sens. Cédric était comme un ami, à la différence notable que son cœur s'emballait plus que raison à chaque fois qu'elle sentait son regard glisser sur elle et que l'embrasser lui procurait d'étranges sensations qu'elle ne parvenait pas encore à identifier.
Maisie riait beaucoup de leurs réactions qu'elle trouvait des plus adorables, alors que Percy et Ellie se contentaient de rouler des yeux avant de détourner le regard, gênés. Le préfet-en-chef était bien plus pudique sur la question que son homologue féminin, certainement car elle affichait une confiance en elle bien plus ancrée que lui qui en faisait, décemment, parfois beaucoup trop. Si Hermione parvenait sans peine à imaginer Maisie sortir avec quelqu'un, elle éprouvait bien plus de difficultés à envisager Percy sur ce plan, quand bien même savait-elle qu'il fréquentait Pénélope Deauclaire depuis plus d'un an. Le voir s'inquiéter pour Maisie avait cependant changé son opinion et c'était avec honte qu'elle avait admis, un soir, à ses amis, qu'elle doutait au préalable de sa capacité à se montrer suffisamment empathique pour ce type de relation. Quant à Maisie, son ouverture au monde était si évidente qu'elle n'en avait jamais douté. Elle avait d'ailleurs été bien surprise lorsque Cédric lui avait indiqué que les premières années de Maisie à Poudlard avaient été bien plus difficiles qu'elle ne pouvait se l'imaginer. Au début, elle était aussi détestée que Percy, et ce, pour les mêmes raisons. Rolf, Tonks et Charlie l'avaient beaucoup aidée à croire en l'aide que l'on pouvait lui apporter si elle en faisait la demande et Hermione en venait presque à la conclusion que si Percy avait eu d'aussi bons amis, il serait peut-être également un peu plus apprécié.
Pour échapper à Ron, Harry et leurs regards assassins, Hermione passait le plus clair de son temps avec son petit-ami et Maisie dont le visage avait peu à peu repris vie à la suite de ces deux jours passés avec Charlie. La Poufsouffle restait évasive sur les activités qui avaient pu occuper leur temps en dehors de leur passage chez elle pour y récupérer des affaires. Celles-ci étaient stockées chez les Weasley, dans un grand coffre agrandi magiquement, qui demeurait dans leur remise. Mrs et Mr Weasley n'avaient émis aucune objection lorsque Charlie leur avait demandé leur aide à ce propos. Hermione ne doutait pas, au vu de la bonté du couple qu'ils avaient certainement dû proposer beaucoup plus à Maisie et Ellie que simplement leur servir de garde-meuble, mais elle devinait également les deux sœurs gênées par tant d'attention. Maisie devait certainement penser qu'elle abusait de la générosité des parents de son petit-ami.
Néanmoins, Hermione avait rapidement effacé ses questions de son esprit, trop heureuse de voir la jeune-fille sourire de nouveau avec une frêle et passagère insouciance. Elle ne connaissait pas Charlie autrement que par ce que lui en avait dit Ron, mais elle devait bien admettre que s'il permettait à Maisie d'aller un peu mieux, elle était prête à le classer directement dans la catégorie des personnes avec lesquelles elle serait ravie d'échanger quelques discussions.
La neige recouvrait à présent le paysage d'une épaisse couche duveteuse et toute la nature était lissée sous son manteau. Si Cupcake ne faisait aucune difficulté pour sortir et accompagner sa maîtresse durant ses promenades, la chose était toute autre du côté de Pattenrond et Kooky. Les deux chats semblaient s'être alliés afin de trouver tous les subterfuges possibles pour éviter tout contact avec la chose blanche, aérienne et humide tombant du ciel et Hermione et Cédric passaient de longues minutes à les chercher lorsque l'envie leur prenait de faire une pause dans leur travail pour aller prendre un peu l'air. Quant à Butternut, le fléreur d'Ellie, il somnolait toute la journée à la bibliothèque en compagnie de la jeune Serdaigle. En vérité, depuis son retour de son ancienne maison, il ne la quittait plus un seul instant, comme s'il sentait que, plus que jamais, elle avait besoin de ses ronronnements rassurants et son pelage plus doux qu'un nuage. Souvent, la deuxième année les rejoignait dans la Salle de travail des préfets en fin de journée, et s'installait dans un dans fauteuils défoncés en silence, un épais volume sur les genoux. Ellie ne parlait pas beaucoup et chérissait plus que tout la solitude. Hermione avait bien tenté de la dérider, mais elle était forcée d'admettre que pour le moment Harry et surtout Ron s'en sortaient bien mieux qu'elle. Ellie avait toujours cet infime sourire adorable lorsqu'elle indiquait avoir passé un peu de temps avec eux. Ils continuaient leurs recherches pour aider Hagrid, cependant, celles-ci n'étaient pas concluantes. Hermione ressentait toujours une pointe de culpabilité, elle aurait dû être avec eux pour aider leur ami commun. Mais elle ne pouvait pas leur imposer sa présence, pas après tout ce qui avait pu se passer. Cédric lui avait alors proposé d'effectuer également des recherches de leur côté, et Hermione fut surprise d'apprendre qu'il avait trouvé le temps de parler à Rolf de ce qui s'était passé avec Buck. Le jeune-homme avait déjà effectué plusieurs stages au sein du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques où travaillait également le père de Cédric. L'apprenti magizoologiste leur avait promis de leur envoyer tout ce qu'il trouverait à ce sujet.
La lettre de Rolf arriva peu avant la reprise des cours, elle était si épaisse que le hibou qui la portait s'écroula sur une des tables, renversant un plateau de muffins à la citrouille et à la cannelle devant Ellie qui laissa échapper un petit cri de désolation. Hermione en fut extrêmement soulagée et écrivit une très longue carte de remerciements, à laquelle Maisie joignit un ballotin de ses sablés préférés, à l'orange et au miel. Une lettre de Charlie, adressée à la jeune-fille arriva en même temps, de même qu'un petit paquet de Nymphadora, à destination de toute la bande. La métamorphomage ne lésinait pas sur les friandises. Si bien entourée, le ventre rempli et pourvu de toutes les informations dont elle avait besoin, Hermione n'eut aucune difficulté à rédiger un argumentaire, en faveur de Buck, dont elle était particulièrement fière. Elle parvint également, sans utiliser son Retourneur de temps, à faire une grande partie de ses devoirs en un rien de temps. L'ambiance studieuse du repère des préfets lui réussissait véritablement très bien. Cédric, quant à lui, lâchait rarement ses fiches de révision pour les BUSE et demandait régulièrement à la Gryffondor de l'interroger. De son côté, Maisie peinait à travailler, ce dont personne ne s'aviserait de la blâmer. Percy venait régulièrement lui tenir compagnie, lui proposant des séances de révisions communes, ce qui semblait toujours lui redonner sourire et motivation. Après avoir discuté avec son préfet, Hermione comprit rapidement que ce qui inquiétait le plus Maisie était ce qu'il adviendrait d'Ellie. La septième année avait dix-sept ans et pouvait donc choisir de vivre où elle le souhaitait, mais pour sa sœur, les choses étaient bien différentes. Hermione l'avait vue monter un immense dossier pour obtenir sa garde, mais elle devait prouver qu'elle était capable de subvenir à ses besoins et surtout, elle devait lui offrir un cadre de vie propice à son épanouissement. Et cela, elle en était pour l'instant incapable.
Hermione aurait tout donné pour détenir la solution miracle, résolvant tous leurs problèmes, mais elle devait admettre, non sans frustration que personne ne la possédait parmi eux. Le retour sur leur lettre les avait profondément découragés, et à présent, la joie prodiguée par la fête de Noël s'éloignait doucement, laissant la place à une morose acceptation de leur impuissance. Cédric avait alors décrété que le mieux qu'ils pouvaient encore faire, était de changer les idées aux deux sœurs, c'est pourquoi, la dernière journée avant le retour des étudiants à Poudlard, il décida qu'ils feraient une longue promenade tous les cinq dans le parc, avant de rejoindre Hagrid pour le goûter. Le demi-géant était toujours ravi d'apprendre de nouvelles recettes de cuisine et Maisie généralement très encline à faire étalage de ses compétences dans le domaine, ce qui était une très bonne chose car le garde-chasse avait l'habitude de ne faire sortir que des choses particulièrement immangeables de son four.
Un vent glacial soufflait sur le château lorsqu'ils s'armèrent de courage le samedi avant la reprise des cours, après le déjeuner. Percy grommelait, comme à son habitude, qu'il aurait mieux fait de rester tranquillement au chaud, à la bibliothèque, à réviser pour ses ASPIC, et Ellie, grelottante sous son écharpe, celle de sa sœur et celle de Cédric, lui donnait raison. L'attrapeur, lui, semblait tout à son aise et même doué d'une soudaine joie de vivre, il tirait Maisie par la main, alors que la jeune-fille frissonnait également, portant pourtant le pull de Quidditch de Charlie par-dessus le sien. Hermione, elle, luttait avec les éléments pour ne pas voir s'emmêler plus que d'ordinaire ses cheveux qui l'empêchaient déjà de voir distinctement où elle se rendait. Cédric lâcha finalement Maisie pour venir à son secours et Percy lança un sort sur sa chevelure fugitive afin qu'elle reste bien sagement maintenue dans la grosse natte qu'avait réussi à lui faire la préfète-en-chef avant qu'elles ne sortent. Maisie possédant le même genre de crinière indomptable, elle était tout à fait encline à compatir à son désarroi.
Ils prirent la direction du lac avec lenteur, l'épais manteau neigeux entravant leurs jambes jusqu'à mi-mollet et la brise fouettant leurs joues rougies par le froid. Le climat s'assagit cependant lorsqu'ils parvinrent à leur destination. Les berges de l'étendue d'eau étaient recouvertes de givre donnant un aspect encore plus mystique à l'antre du calmar géant. Avec éloquence, Percy leur délivra les multiples rumeurs qui circulaient à propos de la créature, et, une fois n'était pas coutume, tout l'auditoire trouva son discours passionnant. Ellie prit même des notes, sous le regard amusé de Cédric qui rattrapa plusieurs fois son encrier qui glissait de ses mains rendues maladroites par les épais gants dont elles étaient recouvertes.
L'ambiance devint néanmoins beaucoup plus légère lorsque Maisie proposa naturellement de se lancer dans la confection de sculptures de neige. Hermione en resta pantoise, les sorciers faisaient donc également des bonhommes de neige ? À quoi cela pouvait-il bien leur servir et être distrayant pour eux sachant qu'un sort bien ajusté suffisait à faire prendre à la poudreuse n'importe qu'elle forme ? La réponse lui parvint sous la forme d'un regard de défi échangé entre la paire de préfets-en-chef, leur compétition amicale reprenait vraisemblablement du service.
« Mêmes règles que d'ordinaire, déclara Percy. Dix minutes de réflexion, cinq de création et la composition tenant le plus longtemps lors de la bataille de créatures floconneuses l'emporte. Six manches. L'équipe perdante doit écrire une ode à la gloire du gagnant et l'afficher pendant une semaine dans la salle de travail des préfets.
- Parfait, prépare ton set de plumes et tes encres, tu vas en avoir besoin. Je ferai équipe avec Hermione et ma sœur.
- C'est équitable, concéda Percy. Cédric est plus avancé qu'elles en sortilèges et Hermione n'a jamais joué. J'accepte la composition des partis. »
Hermione n'eut pas davantage le temps de demander à Cédric quelle mouche avait soudainement piqué son préfet que Maisie la tira par la manche de sa cape, la séparant de son petit-ami. Ce dernier traça magiquement une ligne dans la poudreuse et rejoignit le Gryffondor qui s'agitait déjà en tous sens. Alors que la préfète-en-chef exposait son plan d'une façon militaire et qu'Ellie prenait des notes avec attention, Hermione jetait des coups d'œil furtifs en direction de la cabane de Hagrid. Il lui avait semblé distinguer une silhouette s'en approchant depuis l'orée de la barrière magique empêchant le transplanage au sein de Poudlard. Une boule de neige lancée avec justesse dans son torse la fit sursauter juste au moment où ses pensées l'emmenaient un peu trop loin de la réalité, dans des théories plus angoissantes les unes que les autres, et elle avisa Maisie qui la fixait, le regard sévère. Visiblement, la bataille de bonhommes de neige était quelque chose d'extrêmement sérieux.
Rapidement, Maisie orienta la construction vers une forme rappelant singulièrement celle du blaireau et Ellie protesta, indiquant qu'elle souhaitait également voir sa propre maison être représentée dans leur bataille. Ce fut donc ainsi que l'emblème de Poufsouffle se retrouva affublé d'une paire d'ailes. Hermione, quant à elle, y ajouta des griffes et des crocs acérés, ayant aperçu le dragon redoutable sculpté par le camp adverse. Les quinze minutes de conception s'écoulèrent à la vitesse d'un vif d'or et la jeune-fille dût admettre que ses préjugés à l'égard de l'aspect ennuyeux de la chose s'étaient évaporés. Il y avait en effet quelque chose d'assez excitant au fait de se mesurer aux deux garçons et de construire quelque chose ensemble, avec Ellie et Maisie. Lorsque Percy déclara le temps écoulé et le début des hostilités ouvertes, elles étaient prêtes à en découdre.
Une boule de neige envoyée par Cédric aux pieds de Maisie les informa que le duel commençait. Les deux garçons arboraient un air déterminé et Ellie indiqua, en consultant un petit calepin, que Maisie avait gagné les cinq dernières batailles en faisait équipe avec Cho et qu'ainsi, le binôme opposé n'avait rien remporté depuis une saison complète. Hermione ouvrit des yeux ronds, ce divertissement était véritablement tout sauf anecdotique. Et elle devinait sans peine l'état d'esprit de son préfet, cela n'était pas dans les habitudes de Percy de se laisser surpasser de la sorte. Cependant, elle n'eut pas le temps de songer davantage à la théorie, car Cédric ne tarda pas à lancer le dragon de neige sur le blaireau de poudreuse volant.
Les deux créatures se heurtèrent avec fracas, expédiant des nuées de flocons en direction des jeunes sorciers. Les griffes tranchantes du blaireau tranchèrent le bout de la queue du dragon tandis que celui-ci arrachait une des ailes de son adversaire, jouant avec dans sa gueule. Un instant, Hermione trouva cela particulièrement barbare, mais galvanisée par les préfets-en-chef contrôlant tant bien que mal leurs créations, elle se prêta au jeu. Pendant ce temps, Ellie notait scrupuleusement le déroulement de la joute. Rapidement, cependant, la moindre maîtrise de Maisie des sorts de métamorphose se révéla et son blaireau perdit en forme et panache. Il devait être extrêmement compliqué de maintenir ce genre de forme plus de quelques minutes et Hermione n'avait jamais croisé le moindre sort capable de parvenir au résultat se trouvant devant ses yeux ébahis. Il faudrait qu'elle questionne ses amis sur l'origine de cette idée.
Percy profita de la brèche dans les défenses de Maisie pour attaquer férocement le flanc droit du mammifère, rompant le charme sur le coup et projetant une vague de neige sur les trois jeunes-filles. Le Gryffondor affichait un sourire satisfait, Cédric également. Alors qu'Ellie faisait une petite moue et que Hermione ressentait une profonde vexation, Maisie applaudit, bonne joueuse.
« Ne te repose pas trop sur tes lauriers, Perse'! J'ai plus d'un sort dans mon grimoire !
- Je prépare ma revanche depuis un an, Maiz', tu n'as pas la moindre chance. »
Sitôt ces paroles prononcées, le préfet-en-chef se tourna vers son partenaire de jeu et l'assomma d'instructions que Hermione ne parvint pas à saisir. De son côté, Maisie réfléchissait, un petit sourire aux lèvres, en quête, certainement, de la meilleure façon de faire sortir le garçon de ses gonds. Elle opta finalement pour un tout petit animal, si menu qu'il ressemblait à une souris. Le sort de façonnage n'était pas très réussi, aussi Hermione ne parvint pas à identifier formellement la créature. Elle était très surprise du choix de la Poufsouffle, et le fut davantage quand un ours vint parfaire l'armée de Percy et Cédric. Elle constata avec stupeur que le dragon restait en lice.
« Tant qu'elles ne sont pas détruites, nous conservons les créatures, cela permet de laisser un certain avantage au perdant de la manche précédente car il est beaucoup plus difficile de contrôler et garder en forme deux constructions de neige, qu'une seule, expliqua Maisie.
- De plus, compléta Ellie en relisant ses notes, il est formellement interdit, de reproduire une créature déjà jouée que ce soit par l'une ou l'autre des équipes.
- Et d'où tenez-vous ce jeu ? questionna finalement Hermione, n'écoutant que d'une oreille la deuxième année.
- Rolf et Dora l'ont inventé en dernière année ! indiqua Maisie. Cela leur a valu un certain nombre d'heures de retenue. Dora, particulièrement maladroite a envoyé un occamy sculpté par Rolf sur Alditha qui était déjà préfète et n'a pas apprécié la plaisanterie. Le professeur Chourave les a sévèrement punis, mais Dumbledore et McGonagall ont trouvé leur idée très originale et je crois bien que notre directeur leur a même demandé de lui donner le secret de leur sort éphémère. »
Hermione n'avait aucun mal à imaginer le vieux sorcier particulièrement intéressé par ce genre d'invention aussi inutile que divertissante, sa directrice de maison, cependant, lui apparaissait comme beaucoup moins encline à y prêter attention. Sa curiosité de maître de la métamorphose devait certainement y être pour beaucoup.
Lorsque les quinze minutes de préparation de la seconde manche furent totalement écoulées, Percy donna le coup d'envoi de la suite des hostilités. Au lieu de rire face à la piètre taille de l'adversaire conçu par l'équipe des trois adolescentes, il fronça les sourcils, suspicieux. Maisie ne devait pas laisser grand-chose au hasard et Hermione devinait que sous ses airs de jeune-fille posée se cachait une grande compétitrice. Après tout, elle avait joué au Quidditch et il fallait de la motivation et l'envie de gagner pour être suffisamment fou pour faire le pitre sur un balai volant à plusieurs dizaines de mètres de hauteur.
L'ours donna l'assaut, suivi du dragon qui claudiquait quelque peu en raison des séquelles des blessures infligées par le blaireau lors du duel initial. La petite souris de Maisie passa aisément entre les pattes du mammifère avant de sauter sur le dos du reptile qui s'écroula sur le champ. Cédric, trop surpris, avait laissé s'éteindre le sort de mouvement. Les deux préfets de septième année se retrouvaient donc de nouveau à égalité. Hermione était impressionnée, mais se demandait comment la Poufsouffle allait venir à bout de l'ours uniquement avec son frêle rongeur. Celui-ci, guidé avec adresse par l'adolescente s'était à présent attaqué à la montagne de neige adverse, escaladant son imposant poitrail jusqu'à atteindre sa tête. Juché en son sommet, il commença à gratter les yeux et le museau de l'ours avec ses griffes. Percy et Cédric assistaient à la destruction méticuleuse de leur golem des neiges. Jusqu'au moment, où, le Gryffondor ordonna à l'animal de se jeter sur le sol, se retrouvant réduit à l'état de poudreuse dans l'impact, mais écrasant également la souris, Maisie n'ayant pas été assez rapide. Les deux partis se trouvaient donc à égalité.
« Tu veux essayer, Hermione ? »
La troisième année sursauta, elle ne s'attendait pas à ce qu'on lui demande d'agir d'une autre manière qu'en tant que spectatrice et sculpteure, pas comme donneuse de vie. Elle ne connaissait même pas la formule qu'ils utilisaient, employant de façon instinctive des sorts informulés.
« C'est très facile, lui assura Maisie. Tu sculptes à la façon moldue ce que tu souhaites obtenir, tu égalises en employant la formule conscidisti linea et enfin, tu donnes vie à ta créature en prononçant distinctement et en posant ta baguette sur la sculpture, nix viventem. Un vrai jeu d'enfant ! »
Prenant une grande inspiration et regroupant toutes les brides de son assurance, Hermione s'exécuta, s'appliquant à respecter scrupuleusement les consignes de son amie. Après une courte phase de réflexion, elle orienta son choix sur un loup, élancé, ni trop gros ni trop petit, certainement le plus simple qu'elle pourrait contrôler pour une première fois. Elle le voulait de taille moyenne, suffisamment véloce pour pouvoir prendre de vitesse Percy et Cédric. Il devait être pourvu de crocs aiguisés pour pouvoir faire mordre la poudreuse à son adversaire et arracher des blocs de glace. Mais il serait également élégant, car elle souhaitait une première victoire parfaite.
« Visualise bien tous les détails, lui conseilla Maisie, c'est important, il faudra que tu aies une image précise de ce que tu souhaites obtenir lorsque tu lanceras le sort de peaufinage. Lorsque tu auras donné vie à ton loup, il te suffira d'orienter ta baguette de façon à ce qu'il suive tes mouvements, tu devras être parfaitement concentrée sur ce que tu fais, sans penser à autre chose, ni prêter attention à nos adversaires. »
Hermione hocha la tête, lorsque l'heure vint de commencer le duel, elle était plus préparée que jamais. Cédric avait bâti un chien, ce qui la décontenança, mais pas suffisamment pour qu'elle ne perde de vue son objectif, gagner. Si elle l'emportait, elles auraient un tour d'avance. Ellie lui avait indiqué que le compte des points s'effectuait en nombre de créatures adverses défaites, et pour l'heure, ils étaient à égalité.
Cédric hésita quelques instants à ouvrir le bal jusqu'à ce qu'une réplique cinglante de Percy lui indiquant qu'il n'était pas l'heure de se conduire en gentleman, ne retentisse, tirant un ricanement à la préfète de Poufsouffle qui frottait ses mains gelées l'une contre l'autre dans l'espoir de les réchauffer. Le chien se rua sur le loup qui l'esquiva avec maladresse. Hermione grimaça, c'était beaucoup plus compliqué qu'elle ne se l'était imaginé en observant les septième année faire. Elle comprenait à présent mieux pourquoi le professeur McGonagall avait pu être impressionnée par l'invention de Rolf et Tonks, il fallait être doué en sorts et en métamorphose, en plus d'être pourvu d'une grande maîtrise de soi et d'une capacité de visualisation conséquente. Sans compter l'aspect stratégique de la chose. Elle n'avait pas le droit à l'erreur où sa création s'affaisserait. La future auror et l'apprenti magizoologiste étaient peut-être même des génies.
Lorsque Cédric manqua de précision dans le dessin de la trajectoire de son animal, Hermione passa à l'attaque, lançant son loup aux trousses du chien du garçon. Sa mâchoire claqua dans l'air glacé à quelques centimètres de sa queue, elle avait presque réussi à le toucher. Cet instant de déception lui fut fatal. En effet, d'une façon qui échappait totalement à l'entendement, le chien se retourna effectuant un salto, sous les yeux éberlués de Percy qui ne trouvait pas cette figure réglementaire et admiratif de Maisie qui était décidément bien plus fantaisiste que son homologue masculin. Il prit le loup à revers et un coup de patte l'expédia contre un monticule de neige qui le recouvrit intégralement en s'affaissant. Hermione, n'ayant pas les compétences nécessaires pour extraire sa création de la poudreuse, dut déclarer forfait. La jeune-fille adressa son air le plus dépité à Maisie qui la félicita avec toute la vivacité qui la caractérisait.
« Mais c'était médiocre ! contesta-t-elle.
- Tu plaisantes ! C'était très impressionnant pour une première fois ! J'ai mis une bonne semaine avant de parvenir à donner vie à quoique ce soit et Cédric a dû s'exercer pendant plus d'un mois. Que tu parviennes à quelque chose qui tienne plus de quelques minutes aujourd'hui est sensationnel !
- Moi aussi j'ai réussi du premier coup, entendit-elle Percy grogner. »
Le préfet ajouta, bougon, qu'elle ne l'avait pas félicité de la sorte et qu'il y avait là une grande injustice. La jeune-fille lui adressa un regard narquois, arguant qu'il n'était plus un petit garçon et que lorsqu'il avait appris le sort, il était, comme elle, en quatrième année, disposant par conséquent d'un niveau de magie plus élevé que celui que possédait Hermione à ce jour. Le Gryffondor ne quitta pas sa moue et se détourna pour mieux préparer la prochaine manche. Celle-ci fut cependant abrogée par Maisie elle-même, qui trouvait cela plutôt lassant et souhaitait passer à la bataille de boules de neige pour laquelle aucune baguette n'était nécessaire. Cédric fut le premier à en faire les frais. Et Hermione se fit la réflexion, qu'en plus d'avoir été une bonne attrapeuse, la Poufsouffle aurait certainement également fait une très convenable poursuiveuse. Son tir fit mouche et son ami laissa échapper un cri rendu aigu par la surprise. Il trébucha et se cogna à Percy, les envoyant tous deux dans les restes de leur dragon de la première manche. Lorsque le préfet-en-chef se releva et essuya consciencieusement ses lunettes avant de les reposer sur son nez avec sécheresse, Hermione sut que Maisie avait réveillé l'abominable sorcier des neiges. À partir de cet instant, il fut très compliqué de faire un pas sans être la cible des projectiles de quelqu'un d'autre. Même Ellie, pourtant restée sagement assise sur le dossier d'un banc faisant face au Lac Noir durant les dernières manches de la bataille de créatures glacées, se prêtait au jeu, gratifiant sa sœur de tir très justement exécutés. La Serdaigle ferait certainement elle aussi une excellente poursuiveuse si elle se présentait aux prochaines sélections de Quidditch.
Les projectiles de poudreuse concassée ne cessèrent de pleuvoir que lorsque le ciel, devenu de nouveau menaçant, ne les supplanta en crachant un blizzard polaire sur les cinq étudiants. Cédric s'empressa de relever Percy et Maisie qui s'étaient un peu trop pris au jeu et s'empara de la main de Hermione avant de crier au-dessus du vent qu'il vaudrait mieux qu'ils se dirigent tous chez Hagrid afin d'y trouver refuge. Le géant ne se formaliserait pas qu'ils aient un peu d'avance, bien au contraire. Tous approuvèrent et coururent aussi vite que possible au milieu du parc enneigé, jusqu'à la petite bicoque logée non loin de la lisière de la forêt interdite. Ellie poussa la porte à bout de bras, grelottant de tout son être et serait tombée sans l'intervention du demi-géant qui la rattrapa lorsqu'elle perdit l'équilibre en glissant sur une plaque de verglas. Le visage rougissant de la petite Serdaigle se retrouva enfoui dans la barbe du garde-chasse qui la remit sur ses pieds avec gêne.
« Toi, il t'arrivera des bricoles si tu continues à regarder plus tes livres que devant toi lorsque tu marches, dit-il en époussetant la neige de sa cape au liseré bleu.
- Bonjour Hagrid ! s'empressa de le saluer Hermione pour détourner l'attention, voyant Ellie prête à se confondre dans le tapis en patchwork d'une couleur indéterminée mais rappelant singulièrement celle du porridge du mardi matin.
- Oh ! Bonjour Hermione ! s'exclama le demi-géant. Tu as trouvé des personnes avec qui t'amuser, c'est bien. J'étais inquiet tu sais depuis que vous vous êtes disputés avec Harry et Ron. »
La jeune-fille se renfrogna et regarda ses pieds comme s'ils s'étaient soudainement métamorphosés en une paire de palmes luminescentes.
« Je n'aurais pas dû dire ça, souffla Hagrid en se frottant l'arrière du crâne. »
Il n'eut cependant pas le temps de gémir davantage sur sa maladresse car Maisie bondit entre eux afin de le saluer avec enthousiasme. Ce dernier semblait tout particulièrement partagé car Hagrid la serra contre lui en lui fracturer quelques côtes. Hermione crut d'ailleurs entendre un craquement. L'accueil chaleureux fut cependant de courte durée car Cédric, resté sur le seuil avec Percy, affichait un visage contrarié tout en jetant de petits coups d'œil anxieux en direction de l'homme, précédemment assis devant la cheminée, qui s'était levé pour venir également leur souhaiter le bonjour. Il traversa la cabane sans paraître voir personne d'autre que le Poufsouffle et l'étreignit fortement avant de passer son bras autour de son cou.
« Bonjour, fiston ! »
La raideur dans les épaules de Cédric était plus perceptible encore que l'intense odeur de brûlé qui flottait dans la pièce. Un plat de biscuits carbonisés en indiqua rapidement à Hermione la provenance et Maisie laissa échapper un petit cri d'horreur avant de se précipiter vers la table pour tenter de réparer les dégâts, bien que rien ne semblait plus pouvoir être sauvé. Amos Diggory poussa son fils au milieu de la pièce, manquant de peu d'écrabouiller les pieds d'Ellie qui lui lança un regard noir, avant de passer devant Percy qui renifla bruyamment lorsque son bras passa à quelques millimètres de son nez. Le sorcier ne sembla pas les voir et poursuivit son chemin pour rejoindre Hagrid, Maisie et Hermione qui s'était instinctivement rapprochée du feu pour se réchauffer après leur course effrénée.
« Alors, Ced', tu me présentes ? lui demanda Amos, le sourire aux lèvres. »
Cédric n'avait jamais paru aussi gêné depuis que Hermione le connaissait. Cela ne lui ressemblait pas d'avoir envie de se terrer si profondément. Elle l'avait déjà vu mal à l'aise et fuyant mais pas au point d'en devenir muet. La jeune sorcière chercha des réponses en direction de Maisie qui se contenta d'une grimace ininterprétable avec d'agiter sa baguette au-dessus des biscuits, essayant une formule d'amélioration de consistance. Hagrid profita de l'inertie pour sortir des tabourets et des poufs pour tout le monde et Percy s'empressa de traîner le sien le plus près possible de l'âtre, Ellie l'imita avant de convier sa sœur et la Gryffondor à se joindre à eux. Amos fit asseoir Cédric sur un des bancs entourant la table de Hagrid et insista avec plus d'aplomb pour que le cinquième année lui donne les noms des personnes l'accompagnant.
« Tu connais déjà Percy, le fils d'Arthur Weasley et notre préfet-en-chef...
- Patience Ced' ! Tu seras également préfet-en-chef lorsque tu entreras en septième année, à n'en pas douter ! Et le meilleur qui plus est ! le coupa son père. »
Maisie, qui avait abandonné l'idée de rendre les pâtisseries de Hagrid mangeables, dut employer tous les efforts du monde pour maintenir Percy muet sur son siège. Hermione l'avait rarement vu autant sur le point de fulminer. Et bien qu'elle adorait Cédric et ne doutait pas de son sérieux, elle n'était pas certaine que quelqu'un parviendrait un jour à être aussi à cheval sur le code des préfets que Percy Weasley. S'il y avait ici le meilleur préfet de Poudlard, c'était lui, sans l'ombre d'une hésitation. Cédric, de son côté, se contenta de revêtir un sourire forcé.
« Et je t'ai déjà parlé de Maisie et sa sœur Ellie à plusieurs reprises, même si tu ne les avais jamais rencontrées auparavant.
- Oh oui, leur cas fait grand bruit au Ministère d'ailleurs, je te l'avais dit, Ced' ? »
Cette fois-ci Maisie dût écraser le pied de Percy pour l'empêcher de sauter à la gorge d'Amos Diggory. Le Gryffondor laissé échapper un glapissement de douleur avant de détourner son regard vers les flammes, préférant s'isoler plutôt que d'écouter un mot de plus.
« Une tragédie, bien entendu, toutes mes condoléances, se rattrapa le sorcier, sans doute alerté par le regard assassin de Cédric, celui passablement outré de Hermione et la mine attristée d'Ellie.
- Merci, articula Maisie en souriant de mauvaise grâce.
- Et, qui est la jeune-fille avec l'écharpe de Gryffondor ? C'est également une préfète ?
- Non, répondit Cédric en s'éclaircissant la voix, Hermione est en troisième année. Mais c'est la sorcière la plus talentueuse que je connaisse ! »
L'adolescente rosit de plaisir, elle était beaucoup plus accoutumée à se faire traiter de miss-je-sais-tout de façon très péjorative, que de récolter les louanges récompensant ses efforts.
« Ah, c'est bien mon garçon, ça, toujours à mettre les autres en avant, jusqu'à en oublier ses propres qualités ! »
Un craquement funeste apprit à Hermione que Percy avait jeté son dévolu sur les biscuits de Hagrid. Il venait d'en broyer un de façon très méticuleuse, dans le poing de sa main gauche. Ellie, d'ordinaire assez stoïque, semblait elle-même contrariée et jetait des coups d'œil anxieux à Maisie qui se mordait les lèvres. Hermione pressentait qu'elle était aussi gênée pour Cédric qu'elle ne l'était également. Elle comprenait mieux ce qu'avait voulu insinuer la préfète-en-chef, un soir qu'elles discutaient toutes les deux, à propos de l'aura parfois malsaine que laissait planer Amos sur son fils. Elle entendait également, à présent, que Fred et George puissent avoir le Poufsouffle en horreur, s'ils avaient déjà croisé le père, sans jamais laisser une seule chance de faire démentir ses propos au fils, nul doute que Cédric avait dû leur paraître bien arrogant.
Lorsque Percy faillit renverser son thé brûlant de façon tout à fait involontaire sur les genoux d'Amos quelques instants plus tard, Hermione crut que le pire était passé. Malheureusement, elle se méprenait, le prélude n'en était pas même à sa douce moitié.
« Au fait, qu'est-ce que tu fais là ? demanda un peu trop abruptement Cédric après une énième remarque ayant fait grincer les dents d'Ellie.
- Je suis venu expliquer un peu le déroulement de l'audience pour l'hippogriffe...
- Buck, le coupa Hagrid. Il s'appelle Buck. »
Hermione vit très distinctement Maisie retenir un fou-rire nerveux en agrippant le bras de Percy. Lui-même arborait un demi-rictus.
« Oui, Buck... reprit Amos.
- Et cela se présente comment ?
- Comment veux-tu que cela se présente Cédric ? Buck a attaqué Drago Malefoy et Lucius est quelqu'un de très influant. »
Un reniflement de Hagrid troubla le brusque silence gêné et Ellie lui tendit timidement le gros mouchoir grisâtre de la taille d'une nappe qu'il venait de laisser échapper de sa poche. Le demi-géant s'en saisit et se moucha bruyamment sous le regard compatissant de Maisie qui lui tapota doucement le dos.
« Mais Buck est innocent ! s'exclama soudainement Hermione qui bouillonnait depuis qu'elle avait entendu le nom du Serpentard. Malefoy n'est qu'un horrible petit cancrelat, doublé d'un menteur. Buck ne l'a pas attaqué, il n'a fait que se défendre et répondre à une provocation. Il ment ! Et c'est lui qui devrait être jugé pour être aussi répugnant.
- Je n'ai jamais dit le contraire, jeune-fille, tempéra le sorcier. Mais les lois sont immuables.
- Malheureusement, grogna Maisie.
- Tu ne devrais pas parler ainsi, certains ont eu des ennuis pour bien moins que cela. Par exemple, votre ami à tous les deux, le petit-fils de Norbert Dragonneau, Rolf, il a fait un sacré esclandre au Ministère l'autre jour. Le portrait craché de son grand-père. Un grand homme que Mr Dragonneau, mais également un extravagant qui a failli être renvoyé de Poudlard. »
Le mot extravagant sonnait presque comme une insulte dans la bouche du sorcier et Hermione, même si elle ne connaissait pas personnellement le magizoologiste, se sentit très peinée pour lui.
« Je suis certaine qu'il avait une excellente raison d'agir de la sorte, rétorqua Maisie en serrant les poings. »
Hermione n'en pensait pas moins. De ce qu'elle avait pu en voir, Rolf, sauf lorsqu'il s'agissait de l'avenir de Nymphadora Tonks paraissait être une personne plutôt posée, ressemblant à Charlie Weasley.
« Raison ou pas, il y a de bonnes et de mauvaises façons de se comporter. Et laisser déteindre ce genre de personnes sur vous n'est certainement pas la meilleure des manières de briller. Mais tu ne te laisses pas influencer, n'est-ce-pas Cédric ? »
Cette fois-ci ce fut à Percy d'écraser le pied de Maisie.
« Norbert Dragonneau n'est pas un extravagant, vous ne le comprenez juste pas, siffla-t-elle entre ses dents. Quant à Rolf, c'est une des meilleures personnes que je connaisse.
- C'est vrai ! appuya Hermione, galvanisée malgré l'image de Cédric se ratatinant sur sa chaise à quelques centimètres d'elle. Il a énormément fait pour Maisie et également pour Hagrid ! Il a récolté beaucoup d'informations pour nous aider à construire la défense de Buck. C'est quelqu'un de juste, et tout le monde devrait prendre exemple sur ce genre de comportement. Toujours rester fidèle à ses amis et ses convictions relève d'une grande noblesse ! »
Hagrid lâcha de nouveau son mouchoir, bouche bée, Hermione montrait plus d'assurance qu'il ne lui en avait jamais vu arborer. Son ton était dur et implacable, teinté de jugement et sa colère n'était en rien dissimulée par ses efforts pour conserver un teint hivernal. Cédric s'était définitivement figé et paraissait sur le point de se jeter dans la cheminée, il tenta d'articuler quelque chose, mais demeura muet. Ellie avait levé le nez de son carnet sur lequel elle avait jeté son dévolu quelques minutes auparavant, pour s'échapper de la discussion montant un peu trop en ton pour elle. Percy peinait à masquer sa satisfaction évidente, à l'instar de Maisie qui s'efforçait d'afficher un air impassible. Hermione pouvait lire une certaine forme de fierté maternelle dans son regard et s'en sentit instantanément soulagée, une personne serait de son côté au cas où les choses tourneraient encore plus mal. Le visage d'Amos, lui, était indéchiffrable, mêlant une expression choquée avec un agacement certain, comme si c'était la toute première fois qu'il était contredit par quelqu'un. Personne ne pipait mot et Hermione eut bientôt la désagréable impression d'être le centre de l'attention pour de mauvaises raisons, quand bien même son préfet paraissait sur le point de lui ériger un monument et la préfète-en-chef de lui bâtir une religion dont elle serait l'icône.
« Je vous ressers un peu de thé, Amos ? proposa soudainement Hagrid qui était le plus indisposé par l'ambiance pesante.
- Volontiers, répondit sèchement Amos.
- Vous devriez y aller, vous, ajouta Hagrid en éclaboussant abondamment le sol de sa hutte. »
Cédric ne se le fit pas dire deux fois et reprit soudainement vie en sautant sur ses jambes avant de s'emparer de la main de Hermione et de la tirer vers la sortie. Maisie l'imita et entraîna sa sœur et Percy à sa suite. Le petit groupe s'arrêta uniquement au seuil de la cabane pour saluer rapidement Hagrid et Cédric échangea un au revoir gêné avec son père. Hermione profita de l'inertie temporaire pour promettre au demi-géant de revenir rapidement lui expliquer ce qu'ils avaient trouvé pour aider Buck et fila lorsque son regard croisa celui d'Amos. Une pointe de culpabilité commençait à faire son apparition dans son esprit, n'était-elle pas allée un peu trop loin ? Portée par sa fatigue et la grande colère qu'elle peinait de plus en plus à conserver à l'intérieur d'elle-même. L'injustice semblait paver tous les chemins qu'elle empruntait cette année.
Ils traversèrent le parc en silence, d'un pas pressé, jusqu'à ce que Maisie ne puisse plus conserver ses réflexions à l'intérieur de son esprit et ne s'arrête brusquement, à quelques mètres de la grande porte.
« Ça, c'est ce que j'appelle avoir du répondant ! s'exclama-t-elle en pointant Hermione. Et également mettre les pieds dans le plat.
- Je ne pourrais pas mieux dire, approuva Percy qui jubilait presque. Désolé, Cédric, mais ton père...
- En a trop fait, comme toujours, le coupa le jeune-homme. Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir changer de sujet, à présent. Nous avons tous pu attester de l'éloquence de Hermione.
- Tu es fâché ? questionna Ellie avec crainte.
- Bien sûr que je le suis ! Quatre personnes que j'apprécie beaucoup se sont mis mon père à dos. N'importe qui en serait contrarié. Surtout que j'ai été incapable de défendre le moindre d'entre vous lorsqu'il vous a pris en comparaison pour me mettre en valeur.
- Ce n'est pas ta faute, s'adoucit Maisie.
- Si. Je me suis défilé, une nouvelle fois, et je n'ai rien dit pour ne pas le décevoir, même si j'en avais très envie.
- Personne ne peut te blâmer pour ça, on fait tous des choses que l'on ne ferait pas en temps normal pour plaire à des proches. »
Hermione se sentait mal à l'aise, et la culpabilité avait gagné du terrain dans son esprit. Cédric s'était retrouvé dans une situation compliquée par sa faute, parce qu'elle s'était emportée. Et pourtant c'était lui qui s'en voulait, parce qu'il n'avait pas tenu tête à son père, ce qui n'avait aucun sens à ses yeux. Il était celui, avec Ellie, à s'être le mieux comporté, se contentant de ne rien dire au lieu de se donner en spectacle comme elle l'avait fait avec Maisie.
« Laisse tomber, Maisie, que tu l'acceptes ou non, je suis lâche. »
La Gryffondor frissonna et Percy et Ellie échangèrent un regard circonspect. Ce n'était certainement pas le terme qu'ils auraient employé en priorité pour caractériser le Poufsouffle.
« Il ne faut pas confondre lâcheté et manque d'assurance, murmura Maisie en posant une main sur le bras du garçon. L'un des deux s'arrange de lui-même au fil du temps. »
Le préfet hocha négativement la tête et repoussa la main de son amie avant de se détourner et reprendre la direction du parc.
« Je voudrais être un peu seul, maintenant, si cela ne vous ennuie pas, lâcha-t-il au bout de quelques pas, entendant Maisie le suivre, la neige crissant sous ses pieds. »
La jeune-fille obtempéra à regret et rejoignit Percy qui se tenait dans l'angle de la grande porte avec Ellie, passant devant Hermione, indécise. Elle lui adressa un regard encourageant avant de disparaître à l'intérieur avec le Gryffondor et la Serdaigle, la laissant seule avec ses pensées et l'ordre silencieux de courir après Cédric.
Tiraillée entre l'envie de suivre son petit-ami et le respect de son souhait de solitude, Hermione eut le temps de voir sa chevelure se parer d'un couvre-chef neigeux qui la fit frissonner de haut en bas, avant de finalement se mettre en marche, vers le Lac Noir, devant lequel Cédric se trouvait à présent. Il se laissa tomber sur le banc en lâchant un soupir avant de se prendre la tête dans les mains, abattu. Hermione se glissa à ses côtés en silence, reprenant son souffle car progresser dans la poudreuse s'était révélé plus ardu qu'en tout début d'après-midi. Cédric demeura immobile dans un premier temps, regardant le sol entre ses doigts, avant de relever la tête vers elle, l'observant avec peine.
« Tu devrais t'en aller, je n'offre pas un très bon spectacle.
- J'en suis un peu responsable, répliqua-t-elle. »
Le blizzard cessa subitement, laissant la place à une frêle pluie de flocons duveteux, rayonnants des reflets timides du soleil couchant masqué par les nuages. Tout redevint calme et paisible, comme si toute la journée venant de s'écouler n'avait été qu'un mauvais rêve. Cédric fixait les eaux lisses du lac, l'air pensif tandis que Hermione détaillait chacun des brins d'herbe givrés grimpant le long d'un arbre non loin d'eux. Elle ne portait pas d'ordinaire un quelconque regard observateur sur l'environnement qui l'entourait depuis qu'elle était entrée à Poudlard, plus focalisée sur ses livres et la pile de connaissances titanesque qu'elle se devait de maîtriser, aussi se trouvait-elle dans un état contemplatif troublant. Les choses et les gens avaient véritablement un aspect fascinant. À ses côtés, Cédric finit par se redresser complètement, étendant ses jambes devant lui avant de les replier sous le banc, s'installant plus confortablement. Le Poufsouffle sembla un instant chercher ses mots avant de porter sur la jeune-fille un regard plus apaisé.
« La façon dont tu as tenu tête à mon père, c'était... courageux, osé et très impressionnant. J'aimerais pouvoir être capable d'en faire autant, confessa-t-il.
- Et moi, j'aimerais pouvoir m'exprimer de la même façon lorsque Ron se montre désagréable. »
Les paroles, chuchotées presque comme une prière, s'étaient échappées spontanément, alors même que la culpabilité qu'elle ressentait d'avoir ainsi parlé à Amos Diggory s'amenuisait sans pour autant disparaître complètement. Hermione cherchait toujours ses mots quand Ron se comportait comme le pire des idiots avec elle, mais à l'instar de Cédric face à son père, ses mots restaient bloqués au fond de sa gorge, odieux traîtres. Le Poufsouffle hocha la tête, compréhensif. Il appréciait davantage chaque jour ces moments de discussion à cœur ouvert, comprenant que s'il était encore vulnérable sur bien des aspects qui le mortifiaient, c'était également le lot de tout un chacun de ne pas être pleinement satisfait et que ce n'était pas un mal. Hermione glissa délicatement sa main sur son genou et ils s'observèrent un instant avant, que, mécaniquement, Cédric ne passe son bras autour de ses épaules pour la rapprocher de lui.
Le visage à demi-enfoui dans le pull de Quidditch de Cédric, l'hiver paraissait bien moins froid à Hermione, mais ses doutes, cependant avaient profité de l'accalmie pour revenir la tourmenter. Elle ne parvenait pas à s'expliquer ce qui lui avait pris.
« Je n'ai pas vraiment fait une première bonne impression, n'est-ce pas ? murmura la jeune-fille avec gêne. »
Cédric s'esclaffa avant de lui ébouriffer les cheveux.
« C'est le moins que l'on puisse dire. En revanche, à moi, tu m'as fait une excellente impression. »
Hermione s'empourpra à en faire rougir une pivoine, décidément, rien ne pouvait lui faire plus plaisir qu'un mot gentil de la part de Cédric Diggory. Rien hormis peut-être un sortilège gommant toute injustice du monde et une privatisation de la bibliothèque de Poudlard pour son usage exclusif. Les lèvres de Cédric vinrent à la rencontre des siennes avec naturel et elle ferma les yeux, se coupant du monde pour plonger dans la petite bulle se formant autour d'eux dès lors que les regards étaient tournés ailleurs, lorsqu'il n'y avait plus que deux adolescents qui se cherchaient. Hermione rompit le baiser au bout de quelques instants pour mieux se blottir contre lui et le garçon posa sa tête dans ses cheveux, laissant ceux-ci lui chatouiller le nez. Lui aussi se sentait à présent soulagé.
« Nous devrions rejoindre Maisie avant qu'elle et Percy ne s'entre-tuent de frustration devant Ellie, suggéra-t-il après un long silence d'une dizaine de minutes. Elle aussi s'est particulièrement illustrée cet après-midi et j'arrive très bien à l'imaginer encore bouillonnante de l'intérieur. »
Hermione sourit et serra la main de Cédric qui s'était naturellement jointe à la sienne sur son genou. Elle n'avait pas véritablement envie de quitter les bras de son petit-ami, ils étaient un réel réconfort après l'échange intense qu'ils avaient eu avec Amos dans la cabane de Hagrid. Elle en était encore préoccupée vis-à-vis du garde-chasse. Leur attitude n'avait pas été des plus correctes alors qu'il traversait une période difficile. Il faudrait qu'elle songe à lui envoyer une lettre d'excuses. Mais pour l'heure, leurs devoirs les attendaient !
D'un bond, les adolescents se levèrent avant de courir, d'un commun accord, vers la grande porte. Maisie, Ellie et Percy s'y trouvaient et se chamaillaient pour une raison qui échappait à tout entendement. Hermione remarqua seulement que la préfète-en-chef affichait une mine renfrognée, ce qui n'était pas dans ses habitudes, tandis que Percy paraissait gêné. Ellie, quant à elle, arborait un air coupable et semblait avoir presque pleuré. Dès qu'elle vit Cédric, elle fila se flanquer à côté de lui et ne le quitta pas durant tout le trajet les menant jusqu'à la Salle de travail des préfets dans laquelle ils avaient laissé leurs affaires de cours. Pas un mot supplémentaire ne fut échangé durant l'après-midi puis la soirée et Hermione trouva l'ambiance bien pesante. Lorsque Cédric l'embrassa furtivement avant de raccompagner Ellie à la tour de Serdaigle, elle se retrouva seule avec Maisie, Percy ayant quitté les lieux quelques minutes auparavant pour aller se détendre dans un bon bain. Il avait l'air plus préoccupé que jamais. La préfète-en-chef relisait ses fiches de métamorphose au coin du feu, enfouie sous un plaid violet aux affreux pompons orange, et dodelinait de la tête, éreintée.
Hermione s'empara de son parchemin contenant sa dissertation d'étude des moldus qu'elle venait d'achever et la rejoignit, se sentant soudainement très seule sur la grande table et ses doutes refaisant surface. La présence de la septième année parviendrait certainement à lui faire oublier à quel point elle se sentait coupable vis-à-vis de Cédric, Amos et Hagrid. La Poufsouffle lui adressa un mince sourire lorsqu'elle prit place à côté d'elle, sur un coussin vert pomme. Pattenrond, assoupi non loin de là avec Cupcake grogna dans son sommeil, sentant le souffle d'air produit par sa cape lorsqu'elle la posa sur le canapé.
« Désolée de m'être emportée toute à l'heure, murmura Maisie après un long silence ponctué uniquement du bruit des flammes et du feuilletage de cours. Je ne t'ai pas vraiment montré le bon exemple. »
La Gryffondor haussa les épaules, elle avait également agi de son propre chef, et même sans l'intervention de la jeune-fille elle aurait certainement également sauté de son siège pour faire valoir son point de vue.
« Je ne suis jamais très objective en ce qui concerne les Dragonneau, poursuivit Maisie. Rolf est vraiment un bon ami, même si nos débuts relationnels ont été quelques peu troublés par une sombre affaire de créatures en vadrouille et une malle volée. Et je suis assez proche de son grand-père, Norbert. C'est vraiment quelqu'un que j'estime beaucoup. Je n'ai pas de grands-parents, les parents de ma mère sont décédés lorsque j'étais toute petite, lors de la première guerre contre tu-sais-qui et je n'ai jamais rencontré la famille de mon père. »
Hermione sentit instantanément un pieu lui traverser la poitrine à la mention de la famille américaine de la Poufsouffle et le souvenir amer de la lettre rejetée lui revint en mémoire. Maisie ne devait jamais savoir, celui lui briserait le cœur.
« C'est grâce à Norbert Dragonneau que j'ai Cupcake et je n'ai jamais rencontré personne de plus passionné que lui. Il a aussi cette liberté d'esprit impressionnante, qui, je l'avoue me fait un peu rêver. Sa femme, Porpentina est également issue du même bois. Je ne crois pas avoir rencontré de plus belles personnes. Et pourtant, la vie ne les a pas épargnées de son lot d'épreuves. Porpentina s'est occupée de sa sœur à la mort de leurs parents, j'espère que je saurais en faire de même. »
C'était donc cela qui préoccupait Maisie inlassablement, à chaque seconde du temps qui s'échappait, ce qu'il adviendrait d'Ellie à présent qu'elles n'avaient plus ni maison, ni famille. Et Percy avait certainement dû lui reprocher de trop s'y pencher alors que c'était à d'autres de s'en charger. Il n'avait pas pensé à mal, et Hermione le savait plus que concerné, mais elle devinait qu'il était très inquiet vis-à-vis de l'avenir de la septième année également. Alors qu'elle-même semblait placer son propre sort bien loin sur son échelle des choses importantes. Il savait que Maisie avait une certaine tendance à se mêler des affaires des autres avant de s'occuper des siennes et de s'oublier un peu trop et cela l'effrayait certainement. Bien que l'avenir de sa petite-sœur la concernait plus que tout et était entremêlé avec le sien.
« Percy était en colère lorsque je lui ai dit que j'hésitais à arrêter l'école, murmura-t-elle finalement, les yeux perdus dans les flammes. »
Elle ne regardait plus Hermione et la Gryffondor pouvait apercevoir les discrètes larmes qui embuaient ses yeux. Ce n'était pas ce qu'elle désirait, mais elle était prête à le faire s'il le fallait.
« J'ai pris contact avec le Département de la justice magique, du Ministère de la magie, ils possèdent une sorte de commission des affaires familiales. Je l'ignorais jusqu'alors mais Dora m'a affirmé que c'était le service auquel il fallait que je m'adresse pour outrepasser les dispositions moldues. Ils n'ont pas de procédure véritablement dédiée à ce type de cas, car d'ordinaire, la famille prend en charge les enfants et tout se règle d'une simple signature d'un membre du Magenmagot. Dans notre cas, le dossier doit être étudié, car je suis la seule famille d'Ellie et étant toujours à Poudlard, je ne suis pas en mesure de lui fournir un logement propice et de pouvoir financièrement subvenir à ses besoins. D'autant plus que la formation de Médicomage n'est que très légèrement rémunérée lors de la première année, nos stages étant plus observationnels que véritablement participatifs. Si je ne parviens pas à prouver que je suis capable de m'occuper d'elle, ils passeront la main à la justice moldue et Ellie sera placée dans un foyer d'état. Ce qui implique qu'elle ne sera entourée que de moldus et soumise plus que jamais au Secret magique, elle sera seule.
- Pourquoi ne pourrait-elle pas être confiée à une autre famille de sorciers ? questionna Hermione, perplexe, tant la situation lui paraissait aberrante sur bien des points.
- Cela ne se fait pas, je crois, indiqua sombrement Maisie. Et cela voudrait dire sortir Ellie des registres moldu avant ses dix-sept ans, ce qui implique une procédure assez compliquée, je crois. Alors qu'à partir de la majorité sorcière, cela est beaucoup plus simple. Et à dix-huit ans, un sort d'effacement automatique se charge de tout. »
La Poufsouffle étouffa un sanglot et Hermione sentit la boule occupant sa poitrine depuis des semaines prendre singulièrement en ampleur. L'adolescente était tétanisée, incapable de réagir lors que Maisie avait besoin d'elle, qu'elle dise quelque chose de rassurant, quoique ce soit qui puisse apporter un peu de l'espoir dont elle avait cruellement besoin. Mais Hermione n'avait rien de plus à lui offrir que ce qu'elle lui avait déjà donné, elle se sentait dépassée, terrifiée de n'avoir aucune réponse. Et son instinct lui dictait, que pour ce cas, aucun livre ne pourrait lui venir en aide. Un instant, elle maudit Cédric d'être parti, lui qui était beaucoup plus habile que lui avec les autres, et surtout avec Maisie, aurait certainement trouvé les mots. Le poids croissant de l'injustice du monde se faisait pesant et de plus en plus incompréhensible, nourrissant une colère sourde, contenue entre les quatre murs de son esprit. Pour la première fois de sa vie, Hermione n'était pas pressée d'être une adulte et de se retrouver seule face à tant de responsabilités qui paraissaient insurmontables.
« Je suis désolée de vous imposer tout cela, couina Maisie en reniflant, de t'imposer cela, insista-t-elle.
- Ce n'est pas ta faute, grogna Hermione, toujours à la recherche du mot magique pouvant résoudre tous les problèmes auxquels ses amis et elle étaient confrontés.
- D'une certaine façon, si, je pourrais m'abstenir de vous mêler à tout cela. Vous avez déjà vos propres problèmes...
- Minimes par rapport aux tiens, cingla Hermione.
- Nous ne faisons pas un concours, répliqua Maisie en lui jetant un regard préoccupé. J'ai pour habitude de considérer un problème impactant singulièrement une personne comme un problème important, quoi que je puisse en penser en mon fort intérieur en premier lieu. C'est la première chose que Rolf m'a vraiment apprise, pour comprendre une personne, il faut, avant d'avancer tout jugement, chausser ses souliers l'espace d'un instant. »
Hermione arqua un sourcil mais ne trouvait pourtant aucune réplique face à ces propos. Elle avait raison, sans empathie, aucune compréhension n'était possible et nul doute que certains de ses problèmes devaient paraître insignifiants à bien des personnes, qui pourtant, l'écoutaient sans émettre de jugement.
« Il m'a dit la chose telle qu'elle, s'amusa Maisie. Je crois qu'il la tient de ses grands-parents. »
Elle hocha la tête, la formulation lui semblait bien âgée.
« Et ce que je voudrais que tu comprennes, que ce dont je m'excuse actuellement, c'est tout simplement d'imposer des problèmes d'adultes à des enfants, reprit sombrement Maisie, effaçant son sourire. »
Hermione grimaça, Maisie n'était pas beaucoup plus âgée qu'elle.
« Tes seules préoccupations du moment devraient être de te creuser la tête pour trouver un cadeau de Saint Valentin à ton nouveau petit-ami, de rédiger tes devoirs et de me demander conseil pour gérer vos disputes avec Harry et Ronald, pas de sécher mes larmes et de réfléchir avec moi à l'avenir de ma petite-sœur.
- Mais toi non plus tu ne devrais pas avoir à réfléchir à de telles choses ! s'insurgea Hermione.
- Moi, je n'ai pas le choix.
- Moi non plus, insista la jeune-fille de nouveau en colère. Te laisser seule avec tous ces tourments n'est pas une option. On ne laisse jamais tomber un ami. Ça, c'est la première chose que Ron m'a apprise. »
La Gryffondor eut bien des difficultés à cacher la rougeur de ses joues au souvenir des bégaiements de son amitié avec les deux garçons, malgré les déconvenues récentes, il était vrai qu'ils lui avaient beaucoup apporté. Sans prévenir, et mettant fin à ses réflexions, Maisie saisit sa main droite, restée serrée sur son genou et l'emprisonna de la sienne, fermement, lui envoyant ainsi tous les remerciements qu'elle souhaitait lui adresser et que de simples mots ne pourraient porter dans toute leur intensité. Hermione, pourtant gênée, n'émit pas d'objection, elle comprenait le besoin de contact de Maisie, devinant qu'il s'agissait également là d'une façon d'éloigner la peur qui l'étreignait. Elles restèrent silencieuses un moment, observant le feu mourir dans l'âtre, bercés par les ronronnements des félins de compagnie.
« Toi aussi, tu devrais réfléchir à ce que tu pourrais offrir à ton petit-ami pour la Saint Valentin, murmura finalement Hermione. Qu'aime Charlie ? »
Maisie piqua un fard.
« Les dragons, répondit-elle sur le ton de l'évidence. Mais je doute que Mrs Weasley serait ravie que je lui en offre un. »
Hermione réprima un frisson, elle ne partageait certainement pas l'affection de certains magizoologistes pour les créatures dangereuses, même si prendre leur défense lui paraissait tout naturel.
« Charlie n'est pas tellement « cadeaux » de toute façon, ajouta Maisie. En général, nous nous concertons avec Dora et Rolf pour lui offrir du matériel nécessaire pour ses études car c'est assez cher. Son travail est sa plus grande passion, aussi est-il toujours très heureux de nos choix. J'essaye d'y joindre également des livres sur le sujet, mais le type d'ouvrage qu'il apprécie ne se trouve pas facilement. Et je lui prépare les biscuits épicés à la mélasse qu'il est le seul à être capable de manger. »
Une grimace se dessina sur le visage de Hermione.
« A l'origine c'était une recette ratée, expliqua Maisie, avec les elfes de maison, nous allions les jeter lorsque Charlie a débarqué dans les cuisines en me cherchant et s'est emparé machinalement d'un gâteau qu'il a englouti avant de s'attaquer au reste du plat devant nos yeux médusés. »
La jeune-fille laissa échapper un soupir mélancolique avant de se perdre quelques instants dans ce que Hermione devinait être un très bon souvenir. Le visage de Maisie c'était singulièrement détendu depuis qu'elle avait engagé la conversation sur le frère de Ron, ils semblaient si complices tous les deux. Elle n'avait pu les observer interagir que quelques heures, mais cela lui avait suffi pour constater à quel point ils s'accordaient.
« D'ailleurs, murmura-t-elle finalement, se rappelant de l'interrogation qui avait hanté ses songes durant les derniers jours, que t'a offert Charlie à Noël ?
- Oh, ça ? répondit Maisie en extirpant une petite cordelette, portant un objet blanchâtre, de sous son t-shirt. C'est une dent de dragon. »
Un souffle de silence instaura une atmosphère de perplexité autour de Hermione. Charlie devait être parfois un peu agaçant à être focalisé sur les dragons, Maisie aimait-elle également cette discipline autant que lui ? De prime abord, cela ne semblait pas être le cas, la Poufsouffle se passionnait pour bien des choses, mais elle n'avait jamais mentionné spécifiquement l'objet d'étude de son petit-ami. Elle avait toutefois indiqué avoir hésité à s'orienter vers la Magizoologie dont elle parlait régulièrement avec Rolf, mais elle s'était finalement dirigée vers le soin aux humains.
« C'est un truc entre nous, indiqua finalement la Poufsouffle en croisant son regard d'incompréhension. Il s'agit d'une dent du dragon que Charlie avait introduit à Poudlard en dernière année, celui qui m'a brûlée dans le dos. Cette année-là, nous avons passé beaucoup de temps ensemble et nous aimons nous en souvenir. Je suis d'ailleurs heureuse qu'il se soit enfin pardonné ce qu'il s'est passé avec Alfred.
- Alfred ?
- Oui, je me suis dit que ce prénom irait bien à ce dragon. »
Réflexion faite, Maisie devait parfaitement se faire aux lubies de Charlie. Elle remettait cependant en doute sa capacité à baptiser convenablement un animal. Elle lui fit part de ce dernier fait en ricanant et Maisie haussa les épaules avant d'éclater de rire, convenant de ce fait sans encombre, Rolf s'était déjà montré catastrophé par ses choix. Nymphadora lui avait même fait promettre de leur demander leur aval avant de choisir le prénom de ses futurs hypothétiques enfants, souhaitant ainsi leur épargner une vie de moqueries. La Poufsouffle répondit sans résistance aux questions que son amie posa sur sa relation avec le dragonologiste, illustrant volontiers ses propos par quelques anecdotes qui ne manquaient jamais de faire se colorer ses joues mordorées de rouge. Hermione n'imaginait pourtant pas Maisie pouvoir être gênée sur un quelconque sujet.
Elle apprit ainsi que leur premier rencard avait été l'une des plus grandes catastrophes qui soit et également qu'Alditha Selwyn avait joué plus d'un tour à la jeune-fille lors de ses premières années à Poudlard. Certaines ne supportaient vraisemblablement pas la concurrence. Elle gloussa en apprenant de quelle façon ils avaient été surpris par Percy lorsqu'ils avaient échangé leur premier baiser, celui-ci comprenant alors qu'il avait perdu son pari contre la jeune-fille. Hermione fut d'ailleurs extrêmement surprise d'apprendre l'existence du pacte entre les deux préfets, elle n'aurait jamais pensé Percy si frivole. Une vague de chaleur l'enveloppait tandis qu'elle écoutait Maisie babiller avec enthousiasme, s'éloignant de la chape de malheurs qui pesait sur ses épaules. Elle savourait cette petite victoire appréciable, le même genre qu'elle recherchait en essayant de détourner Harry de Sirius Black ou de son inévitable retour chez les Dursley. Elle pourrait donner beaucoup juste pour voir ses amis sourire.
Le feu s'éteignit dans un râle chuintant et Maisie le ralluma d'un coup de baguette magique, envoyant de petites flammèches rouges et vertes lécher les parois de pierre de la cheminée. Elle étendit ses bras, approchant ses mains du brasier, presque sereine. Hermione se détendit également et avisa son parchemin sans un soupçon d'envie d'y remettre le nez. Elle se sentait si bien dans cette pièce, en compagnie de Maisie, à discuter des choses, qui, pourtant, n'avaient aucun intérêt à ses yeux d'ordinaire. Elle qui était fille unique savourait farouchement les moments où elle avait l'impression de jouir d'une grande-sœur. Elle aurait tant apprécié pouvoir passer du temps avec Cédric et elle avant cette année, peut-être se serait-elle sentie un peu moins seule. Ron et Harry, malgré qu'ils soient la plupart du temps d'excellents amis, n'étaient pas réceptifs à toutes les choses qu'elle se sentait libre d'aborder lorsqu'elle entrait dans l'antre des préfets.
Ses pensées dérivèrent naturellement vers Cédric. Elle le devinait contrarié, malgré ses dires, à cause de la tournure qu'avait pris le goûter chez Hagrid. Hermione n'avait pas trouvé correcte la façon dont Amos s'était adressé à eux, ses amis et elle présageait que le préfet devait être bien plus gêné à ce propos qu'il ne voulait bien l'admettre. La jeune-fille n'était pas offusquée par la fierté transparaissant dans chacune des paroles de Mr Diggory, mais elle se sentait terriblement indignée lorsqu'il se permettait de prendre si peu de pincettes pour parler à Maisie et Ellie, ou mentionner Rolf. Elle devinait qu'il s'agissait là, certainement, d'une grande maladresse, mais elle ne parvenait toutefois à faire taire la colère sourde qui montait en elle au souvenir du ton qu'il avait employé. Sa résignation vis-à-vis du sort de Buck l'avait également fortement contrariée. Elle ne parvenait à comprendre comment l'on pouvait si vite s'avouer vaincu et accepter la fatalité sans tenter d'assister Hagrid, qui, malgré bien des défauts, n'en restait pas moins l'une des plus belles âmes qu'elle avait eu la chance de rencontrer.
Hermione ne s'avouait jamais vaincue et ne savait se satisfaire de la médiocrité. Elle visait tant l'excellence que l'échec n'était pas même une minime option, elle devait réussir, si possible être la meilleure, bien qu'elle haïssait et adorait à la fois cette position de première de la classe qui était la sienne. Elle aimait voir briller l'admiration dans les yeux de ses professeurs et le respect dans ceux de certains de ses camarades de classe, elle qui n'avait été qu'une fillette étrange, moquée et mise à l'écart toute sa vie avant d'entrer à Poudlard. Elle exultait à chaque nouvelle connaissance emmagasinée, se sentant moins seule et moins apeurée dans le monde complexe qui l'entourait. Mais son acharnement au travail et sa satisfaction à « savoir mieux » avaient également de gros revers, ils l'isolaient et la distinguaient autant en mal qu'en bien. Elle avait la réputation d'être agaçante, imbue d'elle-même, ennuyeuse, chose qu'elle acceptait même si, bien des soirs, des larmes solitaires et silencieuses maculaient ses joues, enfouies sous ses draps. Mais malgré tout cela, jamais elle n'avait renoncé à quoique ce soit de son plein gré. C'est pourquoi, elle ne renoncerait pas à aider Hagrid, n'abandonnerait jamais Maisie et Ellie et s'évertuerait à prouver à Cédric Diggory qu'il était bien meilleur qu'il ne le pensait l'être lui-même.
« Tu devras te montrer patiente, souffla soudainement Maisie, la faisant sursauter. La relation de Cédric avec son père a toujours été compliquée, et il est très important pour lui de se montrer à la hauteur pour bien paraître devant lui. Parfois, il oriente même ses choix pour correspondre à ce qu'il attend de lui au lieu de faire ce qui lui plaît vraiment. Amos l'aime plus que tout et a simplement une façon bien à lui de le lui montrer, je ne pense pas qu'il se rende vraiment compte des impacts négatifs sur Cédric. Cela m'inquiète un peu, je dois l'avouer. J'ai peur qu'il ne finisse par se mettre en danger.
- Je ferai attention, promit Hermione. »
Les occasions de se mettre en danger promettaient cependant, de prime abord, d'être assez rares au cours des mois à venir, Cédric devant travailler plus que jamais en vue de l'obtention de ses BUSE et Maisie et Percy de leurs ASPIC. Quant à Hermione, elle ressortit le Retourneur de temps de sa cachette dès la reprise des cours, retrouvant avec autant de soif d'apprendre que de désarrois, son rythme d'étude effréné. Malgré les coups du sort, cette trêve de Noël s'était avérée plutôt reposante et Hermione espérait secrètement qu'il en serait de même, une fois les examens achevés. Elle prenait petit-à-petit goût aux divertissements et se surprenait parfois à lever les yeux de ses manuels scolaires, projetant son esprit dans un fauteuil confortable de la salle de travail des préfets, un chocolat chaud et une pile de cookies sur un plateau posé sur ses genoux, le regard absorbé par la valse des flammes léchant les dernières bûches.
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1. Pour plus de détails concernant les évènements se déroulant juste après Noël pour Maisie, Ellie et Charlie je vous laisse vous diriger vers le recueil Lavande, sable et chocolat qui ne devrait pas tarder à être mis en ligne.
2. J'ai eu une remarque sur le ton un peu méprisant qu'emploie Hermione vis-à-vis de Ron dans le chapitre neuf, lorsqu'elle lui demande s'il a un plan pour aider Harry. Ce ton est tout à fait volontaire. J'aime beaucoup Hermione, mais, comme tout le monde elle a des défauts et ils ne vont pas s'effacer en un claquement de doigts juste parce qu'elle fréquente les Poufsouffle, qui, eux-aussi, ne sont pas parfaits (Cédric et Maisie sont bien loin d'être exempts de défauts). Hermione a un côté un peu suffisant et méprisant et je trouvais important de ne pas l'occulter, parce que si elle était trop parfaite, cela ne serait pas intéressant ! Je suis donc très contente que cet aspect puisse transparaître lorsque j'écris car il me tient à cœur :)
3. Le sortilège de neige vivante est une invention de mon cru, brevetée par Rolf et Tonks lors de leur septième année. La formule est : nix viventem et le contre-sort : nix pulvis. De même que conscidisti linea, le sort de la coupe droite pour égaliser et parfaire des travaux de sculpture.
4. Petit rappel sur les dates de naissance : Hermione est née le 19 septembre 1979, j'ai estimé la date de naissance de Cédric au 14 septembre 1977, quant à Maisie, elle est née le 23 juillet 1976. Hermione n'a donc que trois années civiles d'écart avec Maisie, mais quatre années scolaires. Idem pour Cédric et Maisie qui n'ont qu'une année civile d'écart mais deux années scolaires.
