Chapitre 27 : Enfin mariés

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Deux mois et demi plus tard,

Samedi 18 décembre 1943,

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Elle était immobile et pâle à souhait, comme une statue de marbre blanc. Elle était assise très droite sur le fauteuil du salon que son père lui avait désigné d'un signe de main autoritaire, les deux jambes pliées sur le côté, ses mains gantées de noir posées sur ses cuisses. Il lui aurait bien pris la main, au moins pour la réconforter un peu, mais son père avait trouvé opportun de s'asseoir entre eux, comme chaque jour depuis… deux mois et demi.

Pas un seul tête à tête. Pas une seule conversation un peu originale et légère. A peine quelques sourires et quelques baisemains pour empêcher le cœur de Charlus d'exploser tout à fait. Il lui parlait et elle l'écoutait, sous la surveillance permanente de Cygnus Black. Il arrivait parfois à la faire répondre à ses questions si son père parlait avec quelqu'un d'autre, mais pas plus.

Mais il était venu presque tous les jours, sauf une semaine en novembre où il était en Bavière et quatre jours début décembre où il était en Chine pour des matchs. Au début, il venait toute l'après-midi. Mais la voir sans pouvoir l'avoir pour lui le rendait fou, et il avait fini par venir une heure ou deux par jour. La petite Lucretia était toujours là. Et c'était souvent grâce à elle que Dorea parvenait à parler, sans que son père l'interrompe. Il avait fini par l'apprécier, comme une petite sœur casse-pied, mais par vraiment l'apprécier tout de même. Elle était la seule à parvenir à troubler la glace du visage de Dorea. Lui, il n'y arrivait plus.

Les seuls jours, quatre à la suite, où il était parvenu à discuter plus longuement avec elle, avaient été les jours où elle faisait le plan de table. Certes la présence de Mrs Violetta Black avait rendu toute discussion personnelle impossible, mais le masque froid de Dorea s'était légèrement fissuré. Et pourtant, lorsqu'il avait voulu tenir sa main sous la table, elle s'était dérobée, arguant à mi-voix que ce n'était pas convenable. Il n'avait pas fait d'autres tentatives, elle ne lui avait pas donné l'occasion.

« Votre cousin était censé arriver à quelle heure, Mr Black ? demanda Charlus avec agacement en laissant ses doigts pianoter sur l'accoudoir du fauteuil. »

Peut-être qu'il pourrait enfin dire deux mots en privé à Dorea pendant cette foutue répétition de la cérémonie, puisqu'il pourrait l'approcher de plus d'un mètre. Fallait-il encore que cet imbécile d'Octavius Flint arrive. Il ne savait même pas comment Cygnus Black était parvenu à ses fins : tout le ministère avait entendu les cris du vieux Flint, mais le lendemain, Cygnus Black lui avait annoncé avec une fierté horripilante que son cousin avait bien sûr accepté d'être leur Mage de Cérémonie. Il n'avait pas encore vu l'affreux bonhomme, mais tout ce qu'il s'attendait à voir surgir devant lui, était des désagréments. Il ne rêvait plus que du moment où Dorea porterait son nom, où elle serait à lui et où il ne craindrait plus de dire ses quatre vérités à Cygnus Black, à cause du retour que Dorea en subirait.

Ma fille sera bientôt une femme, il est vrai. Et elle sera prête à être votre épouse dans trois mois, je m'en assurerai personnellement.

Mais que lui avait-il fait pour l'effrayer au point qu'elle ose à peine regarder Charlus dans les yeux depuis deux mois ? Ou bien, était-ce…

La cheminée crépita enfin, et un vieil homme, longue barbe blanche, vieille robe bleue délavée, vieux chapeau de velours et canne à pommeau s'avança. Charlus sauta sur ses pieds et s'approcha de Dorea pendant que Cygnus Black serrait la main à son cousin.

« Alors Dorea, vous… tu es contente ? C'est pour demain à présent ? lui dit-il à mi-voix.

-Enfin, soupira-t-elle en baissant les yeux.

-Enfin, plus rien à organiser ou enfin nous serons mariés ? demanda-t-il fébrilement en guettant Cygnus Black du coin de l'œil.

-Les deux j'imagine, souffla-t-elle à mi-voix en se levant lentement. »

Elle semblait épuisée, plus encore que les jours précédents. Même la panique permanente qui marquait son visage avait disparu sous l'épuisement.

« Et voilà les futurs mariés, intervint la voix rocailleuse d'Octavius Flint qui empêcha Charlus de répondre à Dorea. Tu es bien pâle, Dorea, la cérémonie t'inquiète ?

-Non, mon Oncle, je…

-Elle est un peu inquiète, Octavius, c'est normal, non ? la reprit Cygnus Black et Charlus serra les poings pour s'empêcher de s'emporter maintenant. »

Il avait plus ou moins réussi à se contrôler jusqu'ici. Il était resté sur l'impertinence tout juste perceptible. Même si les fiançailles étaient indissolubles, Cygnus Black lui avait fait comprendre qu'il pourrait repousser le mariage si quelque chose le contrariait. Il avait pris sur lui pour ne pas exploser. C'était pour cela que le mariage avait lieu chez les Black, pour que Cygnus Black puisse décider de tout au dernier moment.

« Mais non, elle n'est pas inquiète, elle est impatiente, intervint Charlus. »

Il profita de la présence du vieux Mage pour porter la main gantée de Dorea à ses lèvres et l'embrasser délicatement. Il lui sourit, elle baissa les yeux. Encore.

« Charlus Potter, se présenta-t-il ensuite en se forçant à s'éloigner d'elle sous le regard noir de Cygnus Black. Heureux d'enfin vous rencontrer, Mr Flint.

-Enfin, oui, reprit le vieux Mage avec un froncement de sourcils. Je voulais venir plus tôt, et plusieurs fois, comme il est de coutume, mais Cygnus m'a assuré que Dorea ne savait plus où donner de la tête.

-En effet, alors ne l'empêchons pas d'aller vite dormir, répliqua Cygnus Black. »

Bon Dieu, c'était insupportable d'entendre ce vieux tordu parler pour elle et parler d'elle comme si elle était une enfant. Mais demain arrivait enfin.

« Dorea, va chercher Lucretia et Sirius, lui ordonna son père.

-Tu ne voudrais pas y aller, Cygnus ? Je dois discuter avec les futurs mariés, précisa Mr Flint. »

Oui, oui, mille fois ! Que son père s'éloigne de Dorea !

« Pardon ? Et pour quoi faire ? »

Insupportable, insupportable, insupportable…

« Voyons Cygnus, ne commence pas à faire d'histoires, c'est la procédure, s'agaça Mr Flint. Laisse-moi avec eux un instant, et va chercher la demoiselle d'honneur et le témoin.

-Mais…

-Ta fille va se marier demain, elle doit apprendre à survivre sans toi, l'interrompit sèchement Mr Flint. »

La bouche pincée de Cygnus Black et son visage ravagé par la vieillesse et la colère permanente se contractèrent un peu plus. Il tourna sèchement les talons et monta les escaliers. Charlus en profita pour se rapprocher de Dorea et lui proposer son bras. Elle entoura aussitôt son coude de ses deux mains et s'assit enfin à côté de lui sur le canapé, face au fauteuil qu'Octavius Flint s'était approprié. Il n'avait pas été aussi proche d'elle depuis des semaines, et sentir la chaleur de sa peau sur la sienne lui fit la même sensation que celle provoquée par un feu allumé dans la cheminée en hiver.

« Alors, nous devons régler quelques petites questions d'usage avant la préparation de la cérémonie en tant que telle, commença Mr Flint. »

Il posa la mallette qu'il portait sur le guéridon et en tira un premier rouleau de parchemin.

« Le contrat de mariage traditionnel est déjà signé et validé par le Ministère, cependant, je dois vous demander si vous n'êtes pas engagés ailleurs.

-Engagé ailleurs ? s'étonna Charlus. Il est peut-être un peu tard pour s'en soucier.

-Ceci aurait dû être fait il a quelques temps, en effet, reprit Mr Flint d'un ton sec. Alors, qu'en est-il ?

-De toute façon, le contrat ne peut être rompu, non ?

-Mr Potter, dites-moi simplement si…

-Mais non, je ne suis pas engagé ailleurs, s'exaspéra Charlus. Et Dorea non plus, n'est-ce pas ?

-Non, non, dit-elle. »

Elle avait répondu si distraitement qu'il se demanda si elle avait même écouté ce qui s'était dit. Ce n'était pas la première fois qu'il se faisait cette réflexion, mais passons.

« Bien. Il faut aussi préciser les questions d'héritage, reprit Mr Flint.

-Aujourd'hui ? demanda Charlus avec lassitude.

-Ceci aurait dû être fait également deux mois plus tôt, précisa sèchement le Mage. Traditionnellement, les enfants mâles héritent à la mort de leur père, l'aîné deux fois plus que le cadet, lui-même deux fois plus que le troisième, etc. Les filles n'héritent pas si elles sont mariées, et sinon, elles touchent autant que le dernier fils.

-Et Dorea ? s'étonna Charlus. »

Il n'y connaissait rien à ces histoires d'héritage. Son père ne lui en avait pas dit un mot. Ou si son père en avait déjà parlé devant lui, il n'avait pas beaucoup écouté.

« L'épouse gère les héritages jusqu'à la majorité des enfants. Cela vous convient-il, Mr Potter ? »

Mr Flint était déjà en train de tremper sa plume dans la corne d'encre noir.

« Pas vraiment, non, reconnut-il. »

La plume de Mr Flint s'immobilisa au dessus du parchemin vierge, et seule une goutte d'encre ronde tomba dessus.

« Vous voulez que tous les fils héritent de la même somme ? Je pensais pourtant, qu'avec un contrat traditionnel comme le vôtre, vous voudriez rester sur un héritage traditionnel, s'étonna Mr Flint.

-Je veux surtout que ce soit Dorea qui hérite de tout si je décède avant elle, et seulement après viendront les enfants. »

Mr Flint cligna ses petits yeux ridés plusieurs fois après avoir relevé son visage perplexe.

« Mais… Mais ceci ajoute des frais d'héritage supplémentaires et…

-Je m'en fiche. Nous faisons comme ça, Dorea ? lui demanda-t-il. »

Lorsqu'il tourna la tête vers elle, il se rendit compte qu'elle ne prêtait aucune attention à la discussion. Il dut l'appeler trois fois et poser sa main sur celles qu'elle avait d'encore enroulées autour de son coude pour attirer son attention.

« Comme vous voulez, Mr Potter, bafouilla-t-elle. »

Super, elle n'avait vraiment rien écouté encore une fois.

« Pourquoi avoir fait un contrat traditionnel alors ? s'étonna Mr Flint. Je veux dire, ce genre de contrat favorise les enfants, non l'épouse ou…

-C'est Mr Black qui a rédigé le contrat, Mr Flint, coupa Charlus avec agacement. Réglez les questions d'héritage, et passons à la suite. »

Cette fois-ci, il lut avec attention le contrat de bout en bout et fit bien attention à comprendre les quelques formules en latin qui s'y trouvaient. Il sut vraiment ce qu'il signait lorsqu'il apposa sa signature. Il regarda Dorea gratter le parchemin après lui. Il se demanda vaguement comment, à l'avenir, elle écrirait le nom de Potter, et non de Black pour signer.

« La cérémonie est prévue courte ou longue ? demanda ensuite Mr Flint.

-Dorea, tu… vous m'aviez dit que vous préfèreriez une cérémonie longue, non ? lui demanda-t-il. »

Elle revint porter ses jolis yeux sur lui un bref instant avant de les baisser.

« Pardonnez-moi, Mr Potter, je… je n'ai pas compris la question. »

Il prit sur lui pour ne pas s'emporter. Il ne lui en voulait pas à elle. Mais il ne comprenait vraiment plus rien depuis deux mois. Elle lui avait parlé avec tant de vivacité et d'authenticité avant qu'il vienne la demander en mariage ! A présent, elle lui rappelait sans cesse que tenir sa main trop longtemps dans la sienne n'était pas convenable, elle baissait les yeux dès qu'il essayait d'accrocher son regard, elle n'osait plus initier une conversation avec lui, elle sursautait lorsqu'il parlait un peu fort, elle restait froide, silencieuse et distante, comme lors de leur repas de fiançailles. Pas un baiser, pas un rire, pas même un sourire. Rien. Et même maintenant que son père n'était pas là, elle restait ainsi. Alors peut-être que ce n'était pas son père le problème finalement. Peut-être que c'était elle, et qu'elle demandait elle-même à son père de rester avec eux.

« Je vous demandais si c'était bien une cérémonie longue que vous vouliez, pour notre mariage, demain ? s'efforça-t-il de lui préciser patiemment.

-Eh bien oui, mes parents trouvent cela plus convenable. »

Encore ses parents. Misère. Et s'il le lui refusait, elle en serait peinée en plus, non ? Et puis elle se ferait sermonner par ses parents, non ?

« Quand vous parlez d'une cérémonie longue, Mr Flint, nous parlons bien d'une cérémonie à caractère plus religieux, c'est cela ? demanda-t-il pour que Dorea soit informée.

-Non, pas du tout, qui vous a dit cela ? »

Misère, sa mère lui ferait un scandale. Elle avait déjà pesté lorsqu'il lui avait dit que la cérémonie n'aurait pas lieu à l'Eglise Ste-Clementine de Godric's Hollow, alors si en plus le Mage ne parlait pas un peu de Dieu…

« Le témoins et la demoiselle d'honneur sont invités à lire un discours, commun de préférence, il y a une lecture complète du contrat de mariage et des questions d'héritage avec traduction en anglais pour les passages en latin. Le père de la mariée peut faire un discours, et la mère du marié aussi. Enfin, on lit le traditionnel livre des Bonnes Formules pour un Mariage Prospère de…

-Mais la cérémonie n'en finira pas ! l'interrompit Charlus.

-Il faut en effet compter une bonne heure et demie, voire deux heures, pour une cérémonie longue, reconnut Octavius Flint. »

C'en était trop. Deux heures à attendre de plus ? Il n'en était pas question.

« Cérémonie courte, trancha-t-il.

-Mais Mr Potter, nous… »

Il tourna la tête vers Dorea, et la voix de sa fiancée s'éteignit lorsqu'il rencontra son regard. Elle baissa les yeux sur ses mains, qui entouraient toujours son coude. Pourquoi se taisait-elle ? Qu'elle proteste, bon Dieu, qu'elle dise ce qu'elle voulait !

« Cérémonie plus courte, nuança-t-elle en tournant la tête vers le cousin de son père. Ne… Laissons les discours à un cadre moins officiel, et… et oublions la lecture des Bonnes Formules pour un Mariage Prospère, proposa-t-elle.

-Une cérémonie courte alors ? demanda Mr Flint en les regardant tour à tour avec une perplexité croissante.

-Plus courte, insista timidement Dorea. »

Jouer sur les mots, c'était bien elle. Mr Flint la regarda avec insistance avant d'hausser les épaules et d'écrire quelques mots sur le parchemin devant lui. Puis il rangea toutes ses affaires dans sa mallette et se leva.

« Je suppose que la cérémonie aura lieu dans la salle à manger, c'est cela ? demanda Octavius Flint. »

Charlus se leva à sa suite. Il s'étonna de sentir les mains de Dorea se détacher de son coude puis entendit la voix de Cygnus Black. Il serra les dents, décidé à finir cette répétition au plus vite. Ignatius devrait arriver dans la soirée. Son bateau en provenance du Mexique était retardé, ce qu'il expliqua rapidement à Mr Flint qui s'étonnait de l'absence du témoin. Il suivit Mr Black, Mr Flint, Dorea et Lucretia dans la Salle de Réception agrandie magiquement deux jours plus tôt. Mr Sirius Black y était déjà.

« Bonjour Sirius, le salua Mr Flint. Je vois que tu es venu jouer le public, c'est bien, se moqua gentiment Mr Flint. Alors, Mr Potter, venez avec moi au bout de la pièce. Lucretia, tu es la demoiselle d'honneur, c'est cela ? Eh bien au lieu de suivre Dorea, tu la précèderas pour une fois. Venez Mr Potter. Votre témoin sera à côté de vous, vous le lui direz, n'est-ce pas ? Bien. Il aura simplement quelques papiers à signer avec Lucretia avant l'échange des anneaux. Les alliances sont prêtes ? »

Lucretia ouvrit un écrin de velours vert devant Mr Flint et lui montra les deux anneaux en or. Lequel approuva d'un signe de tête et posa la boîte sur l'autel installé pour l'occasion, ainsi que sa mallette. Il envoya Dorea et son père hors de la pièce avec Lucretia. Charlus resta devant l'autel, les mains dans les poches.

La petite Lucretia, tout sourire, ses cheveux noirs et bouclés tombant dans son dos remonta l'allée avec le coussin qui soutiendrait les alliances. Elle vint se placer devant l'autre allée que celle occupée par Charlus.

« C'est très bien Lucretia. Votre témoin, Mr Potter, sera au même niveau symétriquement que Lucretia. Vous le lui direz, n'est-ce pas ? Lorsque Lucretia est arrivée, Cygnus, tu peux entrer dans la pièce avec Dorea. Marche moins vite, Cygnus ! Un voile, c'est très encombrant. Et puis il faut laisser le temps à l'assistance d'admirer la robe de la mariée. »

Ou la mariée tout court, pensa Charlus.

« Voilà. Puis tu remets la main droite de Dorea à Mr Potter, et tu vas t'asseoir à côté de ton épouse, sur le banc de devant. Je lis ensuite le contrat, la traduction anglaise, les dispositions prises pour l'héritage et les quelques dispositions légales. Puis le témoin et la demoiselle d'honneur viendront signer le contrat, et c'est à ce moment-là, que je pourrai commencer la bénédiction. D'abord toi, Dorea. Lucretia tu avanceras avec les alliances quand je te ferai signe. Dorea, tu prendras l'anneau avant de me répondre un simple oui. Puis Mr Potter, vous ferez de même. »

Pourquoi est-ce que Dorea n'avait pas laissé sa main dans la sienne ? C'était pourtant une occasion toute justifiée pour l'y laisser reposer, non ?

« Et lorsque l'anneau sera au doigt de Dorea, vous pourrez lui retirer son voile. Il faudrait peut-être faire un essai, non ? proposa Mr Flint.

-Oncle Octavius, Mr Potter ne doit pas voir la tenue de Dorea, voyons ! protesta vivement Lucretia. Ceci porte malheur, vous le savez bien !

-C'est juste la robe, Lucretia, nuança calmement son grand-père Sirius. Mais il est déjà tard. Dorea, peux-tu expliquer rapidement à Mr Potter comment faire, je te prie. »

Charlus reporta son attention sur Dorea. Elle fixait un point derrière lui, sans doute pour éviter de le regarder dans les yeux. Elle prit une longue inspiration avant de parler à voix basse.

« Le voile arrive au niveau de mes genoux sur le devant. Normalement, il a été ensorcelé pour qu'une fois installé devant mes yeux par mon père, il n'y ait que vous qui puissiez l'enlever. Il vous suffit de glisser vos mains dessous, au niveau de mon ventre et de le remonter sans hésiter vers l'arrière de ma tête. La magie suivra.

-C'est un sortilège récent ? s'étonna Oncle Sirius. Je n'en avais jamais entendu parler.

-Eh bien…

-Dorea, ne commence pas tes phrases par « eh bien », la reprit son père. »

Charlus crut un instant qu'elle était sur le point de fondre en larmes, mais elle resta simplement de glace plusieurs secondes avant de reprendre ses explications d'une voix enrouée.

« Mrs Tissard l'a redécouvert récemment. Il était très utilisé au Pays de Galles avant le Secret Magique. Et comme la famille maternelle de Mr Potter est galloise, j'ai pensé… je veux dire que je… je lui…

-Elle me l'a proposé, termina Charlus en voyant ses lèvres trembler sans rien pouvoir y faire sans s'attirer les foudres de Cygnus Black. J'ai trouvé sa proposition très attentionnée, insista-t-il en prenant sa main pour en embrasser le dos. »

Il n'avait jamais aussi bien menti que devant Cygnus Black. C'était fascinant comme la peur qu'il couvait en permanence pour Dorea depuis deux mois et demi lui permettait de mentir et manipuler à son tour son pourri de beau-père. Pour l'endurance de l'impassibilité et pour se retenir d'exploser, il fallait du courage, il le savait à présent.

« Et ensuite, Mr Flint ? demanda Charlus.

-Ensuite ? s'étonna Mr Flint. Après la levée du voile, vous voulez dire, Mr Potter ? Eh bien ensuite, rien. La cérémonie est finie, et vous pouvez ouvrir le bal avec Dorea. »

Pas de baiser ? Ah non, il n'en était pas question.

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Ignatius arriva dans sa cheminée après onze heures du soir. Charlus lui avait gardé un sandwich au rosbif et une pinte de Bièreaubeurre. Il n'avait pas vu son meilleur ami depuis deux mois et demi. Dès qu'Ignatius eut lâché sa malle, Charlus sauta de son fauteuil pour lui faire l'accolade.

« C'est bon de te revoir, reconnut-il en le lâchant.

-Je vois ça, se moqua Ignatius. Je dois reconnaître que tu es plus commode que les Dent-de-Vipère péruviens.

-Je croyais que tu étais au Mexique, s'étonna Charlus en lui désignant le plateau posé sur le guéridon.

-Alors c'est un peu compliqué. J'ai commencé à chercher des serpents en Amazonie, mais en deux semaines j'ai eu ma dose, alors je suis parti pour le Pérou pour entrer en contact avec des éleveurs de Dent-de-Vipère, tu sais que ce sont des dragons, n'est-ce pas ? Et donc j'ai été un peu formé par un groupe de Péruviens, très sympathiques. Ceci me sera très profitable en Roumanie. Les Dent-de-Vipère sont les plus rapides des dragons. M'occuper des Cornelongues sera un jeu d'enfant avec un peu de chance.

-Et le Mexique dans tout ça ?

-Eh bien le bateau le plus proche partait du Mexique. Alors j'ai fait une escale là-bas de quelques jours où j'ai pu apercevoir des Sharak, c'était fabuleux ! Tu sais, c'est un énorme poisson couvert d'épines. L'un d'eux faisait même la taille d'une baleine. »

Charlus écouta patiemment Ignatius lui raconter une montagne d'anecdotes sur le Pérou, l'Amazonie et le Mexique avec enthousiasme.

« Allez, qu'est-ce que tu as ? s'interrompit soudain Ignatius. Tu ne souris plus comme un idiot et tu m'écoutes parler sans trépigner. Quel est le problème ?

-Un… un problème ? demanda Charlus avec hésitation. »

A part le fait qu'il ne reconnaissait plus Dorea ? Qu'il se demandait constamment si son père en était responsable et ce qu'il lui avait dit, ce qu'il lui avait fait ? Qu'il pourrait enfin l'épouser demain, la ramener chez lui et l'avoir toute à lui mais qu'il ne savait plus si… Qu'il ne savait plus comment se comporter avec elle ?

« Le mariage te fait peur finalement ? se moqua Ignatius.

-Je ne la reconnais pas, avoua enfin Charlus en baissant les yeux sur ses mains dont les doigts joints jouaient entre eux. Elle… Elle est si distante, si… obsédée par ce qui n'est pas convenable, si… silencieuse, je…

-Attends, attends, le coupa Ignatius. »

Charlus releva les yeux vers Ignatius. La longue barbe rousse de son ami cachait une partie de sa bouche quand il parlait, et ses sourcils broussailleux faisaient ressortir ses yeux moqueurs bleu foncé.

« Tu t'attendais à quoi ? C'est le Glaçon, Charlus, lui rappela Ignatius.

-Ig, ne l'appelle pas comme ça ! râla-t-il en se laissant tomber dans le dossier du fauteuil. Lorsque nous avons été en tête à tête, elle n'était pas comme ça. Elle… Elle plaisantait et elle me répondait avec de l'esprit et…

-Lorsque vous avez été en tête à tête ? Donc tu n'as pas pu l'être depuis ? Ben tu l'as ton explication, lui dit Ignatius avec évidence. Tu as simplement peur de te marier, mon vieux, et tu te cherches des excuses.

-Mais je t'assure qu'il y a quelque chose qui n'est pas normal ! insista Charlus.

-Peut-être qu'elle appréhende la nuit de noces, proposa Ignatius en haussant les épaules. L'année dernière j'ai entendu ma cousine Astrida en parler avec ma mère. Ma tante est décédée, tu te souviens ? Eh bien ma mère lui tenait de drôles de conseils pas très rassurants, si tu veux mon avis.

-Mais elle a vingt-trois ans, elle… Elle ne peut pas être si innocente ou… »

Ignatius explosa de rire et Charlus se renfrogna.

« T'es un drôle de gars, Charlus, se moqua Ignatius. Elle ne t'a jamais invité dans son lit, et tu t'imagines qu'elle l'a fait avec d'autres ? Et ceci ne semble même pas te révolter ?

-Mais je n'en sais rien, geignit Charlus en enfonçant son visage dans ses mains.

-Moi je te dis que demain elle aura une robe blanche avec un voile, lui assura Ignatius.

-Parce que tu crois qu'elle l'afficherait ouvertement si elle n'était plus vierge ? rétorqua Charlus. Elle… elle sait embrasser, je te l'assure alors…

-Eh quoi ? Ne me dis pas que le fait qu'elle soit vierge te déplairait ? se moqua Ignatius.

-Merlin Ig, je te dis que je suis inquiet, et toi, tu me parles de cul ! explosa Charlus. »

Il se mit à arpenter nerveusement le petit salon. Alors c'était pour cela qu'elle avait peur ? Elle avait peur de lui ? Elle avait peur qu'il cherche ses faveurs avant le mariage ? Et c'était pour cela que son père restait en permanence avec eux ? Parce qu'elle lui avait demandé de la protéger de… de ses ardeurs ? Non, il ne pouvait pas y croire ! Il l'avait embrassée à Godric's Hollow, d'accord. Il avait peut-être pensé à plus, il est vrai, et le lui avait subtilement montré en l'embrassant dans l'échancrure de sa robe, mais… Mais il n'avait rien dit pour la gifle, aucun reproche, et même mieux, il lui avait assuré qu'il serait sage à l'avenir. Non, ce ne pouvait pas être cela !

« Calme-toi, Charlus, j'essayais simplement de te détendre, reprit Ignatius en venant devant lui pour le faire s'arrêter. Adalbert nous a tenus à mon frère et moi le même discours inquiet à quelque chose près la veille de son mariage. Après quelques blagues un peu lourdes de mon frère – tu sais comment il est – et quelques verres de Whiskey-Pur-Feu, il s'est calmé et a avoué qu'il était inquiet pour sa lune de miel parce que Guenièvre était très romantique et qu'il craignait de la brusquer. J'ai pensé que c'était le même souci.

-Je n'y avais même pas songé, râla Charlus. Et à présent, je vais m'inquiéter. Je déteste ton frère, et ton cousin aussi, Ig, marmonna-t-il en se rasseyant.

-Tu t'entends très bien avec mon frère, répondit posément Ignatius. Et puis franchement, ce n'est pas moi qui vais te donner des conseils pour les nanas, Charlus. Tu sais mieux y faire que moi.

-Ton problème, c'est que tu ne vois pas que les filles aiment ton côté… baroudeur, marmonna Charlus. Ambuela… Je peux bien te le dire maintenant qu'elle est mariée à cet abruti de Parkinson. Ambuela t'a fait les yeux doux pendant des années, mais tu ne voyais rien.

-Ambuela ? s'étonna franchement Ignatius.

-Qu'est-ce que je disais, marmonna Charlus. Elle venait pleurer dans mes bras un soir par semaine quand nous étions en septième année parce que tu ne la voyais pas.

-Ben ça alors, lâcha Ignatius avec un air si stupéfait que Charlus explosa de rire malgré lui. »

C'en devint même nerveux. Depuis combien de temps n'avait-il pas ri aux éclats, d'ailleurs ? Un mois ? Deux ? Merlin, ça faisait du bien.

Et puis zut à la fin. Demain il l'épouserait, et elle serait seulement avec lui désormais. Pour au moins trois jours consécutifs.

« Je crois qu'on devrait aller dormir, Charlus, lui dit Ignatius lorsqu'ils furent calmés tous les deux. »

Charlus se leva pour saluer son ami, mais celui-ci avait déjà repris sa malle pour avancer dans le couloir. Mais qu'est-ce qu'il faisait ?

« Euh, Ig, tu vas où ?

-Dans ma chambre pardi. J'ai rendu ma chambre à Pré-au-Lard, il faut bien que je dorme quelque part avant de partir pour la Roumanie, lui expliqua-t-il simplement en montant les escaliers, Charlus sur ses talons.

-Mais… Mais demain c'est mon mariage, et ma nuit de noces justement ! protesta Charlus.

-Mais la deuxième chambre est la mienne, non ? reprit la voix bourrue d'Ignatius. Tu m'as toujours dit que c'était ma chambre, Charlus.

-Mais… Mais tu ne peux pas dormir ici le soir de ma nuit de noces, Ignatius ! paniqua Charlus. Tu… Tu ne vas pas rentrer avec Dorea et moi après le mariage et… Et puis zut, ça me gêne ! Et Dorea aussi sera gênée ! »

Ignatius s'arrêta au milieu du couloir pour se retourner vers Charlus. Son visage de baroudeur bourru était marqué par une expression grognonne un peu désappointée.

« Te gêner ? Tu te moques de moi, non ? Je t'ai entendu toi et la russe pendant des semaines avant de déménager à Pré-au-Lard ! lui rappela Ignatius.

-Mais Nina… Mais je me moquais bien de Nina ! Et elle aussi ! Mais Dorea… Dorea sera mon épouse, et puis si en plus sa robe est blanche et qu'elle a un voile à raison, je ne veux que tu sois dans la chambre en face !

-Mais tu ne peux pas me demander de rentrer chez mes parents ! geignit à son tour Ignatius. Ma mère va encore se lamenter sur ma situation maritale inexistante ! S'il te plaît, Charlus, tu es mon meilleur ami, tu ne peux pas me forcer à rentrer chez mes parents !

-Seulement pour ce soir, le prévint Charlus. Seulement ce soir, et demain tu prends tes bagages, et tu vas autre part, on est d'accord ?

-Mais Charlus…

-Ah non, Ig, seulement ce soir et c'est tout, répéta fermement Charlus. »

Ignatius fit la moue et s'apprêtait à répliquer mais le crépitement de la cheminée les interrompit. Charlus s'empressa de descendre dans le salon, Ignatius sur ses talons. Qui pouvait bien arriver à cette heure-ci ? Dorea ?

Mais il ne trouva qu'un vieil elfe rabougri aux longues oreilles qui poussait une malle hors de la cheminée en pierre du salon. C'était une malle comme celle qu'un sorcier achetait lorsqu'il entrait à Poudlard. Il y avait même des initiales peintes de couleur argentée, DMB, et le blason qu'il avait contemplé au 12, Square Grimmaurd, trois étoiles et deux lévriers : le blason de la Maison des Black.

La malle de Dorea. Il avait presque oublié qu'un elfe était censé la lui apporter ce soir.

« Fratty apporte la malle de Miss Dorea sur l'ordre de Maîtresse Violetta et Maître Cygnus, Mr Potter, annonça l'elfe en s'inclinant. Fratty ne vit que pour servir la noble Maison des Black. A quel elfe Fratty doit confier la malle de Miss Dorea ?

-Je vais m'en occuper personnellement. Retourne chez les Black, lui indiqua-t-il fébrilement en attrapant l'anse de la malle.

-Fratty salue Mr Potter et son ami, répondit simplement l'elfe avant de disparaître dans un crac sonore. »

Heureusement que l'elfe était parti quand Charlus voulut soulever la malle, car elle était si lourde que Charlus s'effondra dessus. Bon Dieu, elle y avait mis des pierres pour lui faire une blague ? Il jura deux fois plus en entendant Ignatius se moquer ouvertement de lui.

« Elle a toute sa vie là-dedans, Charlus, et tu avais la prétention de pouvoir tenir cette malle à une main ? Et ce n'est pas comme si elle avait dix-sept ans en plus.

-Va te coucher avant que je change d'avis et que j'aille chercher ta mère, marmonna pour toute réponse Charlus avant de faire léviter la malle de Dorea. »

Ceci eut le mérite de faire décamper Ignatius. Merlin, que demain soir arrive vite !

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Il fut réveillé le lendemain matin par la voix haut perché de Kitty, l'elfe de ses parents. Il essaya vainement de la faire partir en s'agitant sous ses draps pour la faire tomber du lit, mais elle en avait vu d'autres avec lui depuis qu'il était né et elle évita habilement le tremblement de terre qu'il essayait de créer. Il se résolut à ouvrir les yeux et à sortir la tête de la couverture.

« Maître Charlus ! s'affola la petite elfe accrochée à l'un des montant du lit à baldaquin. Mais c'est le mariage de Maître Charlus aujourd'hui ! Et ce soir Miss Black viendra ici en tant que Mrs Potter et la maison de Maître Charlus n'est pas du tout en ordre pour l'accueillir ! Maîtresse Annabella va être furieuse après Kitty si Kitty n'arrange pas tout ça aujourd'hui ! Maîtresse Annabella a bien fait d'envoyer Kitty ranger et nettoyer la maison de Maître Charlus ! Oh Pauvre Miss Black ! Que va-t-elle penser de Maître Charlus ce soir ! Les draps ne sont pas propres, la maison…

-C'est bon, ça va, ça va, râla Charlus en se levant. »

Dorea. Ce soir. Ici. A lui.

« Ça va, répéta-t-il en souriant comme un idiot.

-Maître Charlus ne dira plus cela s'il est en retard à la cérémonie de son mariage, s'affola la petite elfe en ouvrant les rideaux, les fenêtres et les volets de la chambre.

-La cérémonie est à quatorze heures et il n'est que neuf heures, releva distraitement Charlus.

-Mais Maîtresse Annabella doit venir chez Maître Charlus à onze heures pour vérifier que tout est en ordre et que Maître Charlus est prêt. Puis Maîtresse Annabella et Maître Charlus prendront une collation avant de partir dans la famille de Miss Black pour vérifier les derniers détails et accueillir les invités comme il se doit et…

-Très bien, coupa Charlus en soupirant un peu niaisement, encore une fois. »

Il se leva pour aller dans sa salle d'eau et se préparer. Il se rasa de près après un bain rapide, essaya en vain de faire tenir ses cheveux vers l'arrière avec de la Brillantine, puis abandonna l'idée lorsqu'il constata qu'il avait vidé le tube acheté la semaine dernière. Il relava ses cheveux, puis sortit revêtir sa robe de cérémonie d'un noir classique mais brodé de fils d'or et de pourpre. Il installa sa montre à gousset, ajusta sa cravate rouge et sa boutonnière rouge également avant de se regarder partiellement dans le petit miroir de la salle d'eau. C'était plutôt élégant, non ?

Le rugissement mécontent d'Ignatius et la voix paniquée de Kitty le firent sursauter, puis il haussa les épaules. Ignatius ne supportait pas les elfes de Maison, surtout lorsqu'ils entraient dans sa chambre pour le réveiller. Kitty transplana devant lui la seconde d'après, l'affolement faisant rouler ses yeux dans leurs orbites.

« Mr Ignatius était dans la deuxième chambre, mais Kitty ne le savait pas ! Kitty voulait simplement nettoyer la chambre comme Maîtresse Annabella le lui avait dit et…

-C'est bon Kitty. Alors, je suis bien apprêté pour mon mariage ? demanda-t-il en remettant les pans de sa chemise intérieure.

-Le petit Maître Charlus va se marier, pleurnicha Kitty. Oh le petit Maître est grand à présent. Oh Maître Charlus est bien beau pour son mariage. Kitty a hâte de rencontrer l'épouse de Maître Charlus.

-Elle s'appelle Dorea, lui rappela Charlus avec amusement. »

Kitty se lamenta une bonne dizaine de minutes sur le même sujet, pendant que Charlus essayait distraitement de regarder ce qu'il pouvait ranger dans sa chambre sans trouver la force de trier quoi que ce soit. Il finit par abandonner l'idée et par aller frapper à la porte d'Ignatius. Les grognements mécontents de son ami n'eurent pas raison de sa bonne humeur, et il parvint même à calmer Ignatius en lui rappelant qu'il serait définitivement casé à l'avenir, et qu'il n'aurait plus à s'occuper de lui. Ceci eut l'air de réveiller Ignatius qui se mit de nouveau à danser la gigue. Il s'habilla pendant que Charlus lui expliquait les deux ou trois choses à savoir pour le déroulement de la cérémonie en lui racontant la répétition qui avait eu lieu la vieille. Il mentionna l'absence de baiser symbolique avec une contrariété qui amusa plus qu'autre chose Ignatius. Mais Charlus aurait eu le dernier mot si sa mère n'était pas arrivée à cet instant. Lorsqu'elle vit que les chambres n'étaient pas encore prêtes, elle se mit à vociférer après Charlus sur le fait que c'était un vrai cochon – Charlus se retint de lui dire qu'il ne pensait pas du tout à la même chose qu'elle lorsqu'elle l'insultait de la sorte – et que Kitty n'aurait jamais le temps de mettre la maison en ordre, qu'elle plaignait Dorea qui ne savait évidemment pas avec quel homme rustre et sans tenue elle était sur le point de lier sa vie et combien les femmes étaient mal comprises etc. Charlus jetait des coups d'œil à Ignatius qui se retenait lui aussi de rire, avant de ne plus tenir et d'exploser. Si Annabella Potter en prit ombrage, rapidement elle se mit à pleurer à chaude larmes et Charlus se retrouva à la consoler maladroitement en la rassurant sur le fait que bien sûr, ils continueraient à dîner tous les deux ensemble de temps à autre, que bien sûr, il continuerait de venir à la Maison des Potter aussi souvent et que bien sûr il ne l'oublierait pas. Elle finit par se calmer et par aller refaire son maquillage devant l'unique miroir de la maison. Puis elle redescendit un quart d'heure plus tard, leur proposa le panier de sandwichs qu'elle avait apporté. Ils mangèrent un peu tous les trois avant de passer par la Maison des Potter. Là, son père, son frère et son Grand-père les attendaient. Il avait passé la semaine à convaincre son frère de venir au 12, Square Grimmaurd assister à la cérémonie, plus pour ne pas attrister ses parents que lui-même.

Arrivés là-bas, ce fut autrement moins drôle.

Quoique.

Mrs Violetta Black était dans tous ses états quoi que fasse sa belle-sœur Mrs Hesper Black pour la rassurer. Mr Cygnus Black, l'horrible personnage, finit même par perdre patience, et Charlus était sûr qu'il aurait giflé son épouse devant la petite assemblée, si son frère, Mr Sirius Black, n'était pas intervenu. Il avait renvoyé les femmes dans la salle de réception, invitant galamment Mrs Potter à se joindre aux femmes. Son père avait fait signe à sa mère d'obtempérer pour le plus grand agacement d'Annabella Potter. Alors, ils s'étaient retrouvés entre hommes. Dorea était dans les étages en train de se préparer, il ne pourrait la voir qu'au moment où la cérémonie commencerait. Que c'était agaçant.

Les trois vieux frères Black (Sirius, Arcturus et surtout Cygnus) semblaient tous trois satisfaits de l'union et de la fête à venir. La génération inférieure, dont il ne se souvenait pas de tous les noms semblait plus lasse. Il croisa le regard moqueur du frère de Dorea, Pollux Black. C'était sûrement le seul qui semblait amusé par la situation.

« Approche Potter, s'autorisa-t-il même à dire. »

Grand-père Priscus s'était assis dans un coin du salon et laissait son regard perçant glisser sur les invités. Son père discutait – ou plutôt écoutait – ce que les trois frères Black lui racontaient et son frère regardait tout cela en dardant son regard contrarié sur la petite foule.

« Black, le salua-t-il à nouveau en s'approchant de lui avec méfiance, laissant Ignatius trois pas derrière lui.

-Tu es obligé de dire mon nom de cette manière à chaque fois ? s'étonna faussement Pollux Black. Tu vas épouser ma sœur, et mon meilleur ami a épousé ta cousine adorée. Essaie de te calmer. Ou mon glaçon de sœur va vite refroidir tes ardeurs, ajouta-t-il plus bas avec un sourire mesquin. »

Charlus tenta vainement de maîtriser la chaleur qui lui montait aux joues sous le coup de la stupéfaction. Jamais, il n'aurait pensé que Pollux Black, qui était en plus le frère aîné de Dorea, lui ferait un sous-entendu pareil. Surtout pas aujourd'hui. Mais s'il voulait jouer dans cette cour, pas de souci. Charlus gagnait toujours.

« As-tu déjà pris un glaçon à mains nues, Black ? peau à peau ? Eh bien : ça brûle, chuchota-t-il. »

Les yeux écarquillés du frère de Dorea et les plaques rouges qui se dessinèrent sur son cou lui indiquèrent aisément qu'il avait retourné la discussion à son avantage. Les ailes de son nez frémirent et la veine au niveau de sa tempe gonfla brusquement. Il ressemblait vraiment à Cygnus Black à cet instant.

« Qu'est-ce que tu as dit ? siffla-t-il et Charlus sentit le bout de la baguette de cet imbécile s'enfoncer dans son ventre.

-Je dis qu'un glaçon brûle, et que ce sont les ardeurs d'un glaçon que l'on doit freiner avant qu'il ne fonde sous les doigts, souffla-t-il en haussant un sourcil prétentieux.

-Attention Potter, je ne plaisante plus, fit lourdement Pollux Black en appuyant un peu plus sa baguette contre l'abdomen de Charlus.

-Moi non plus je ne plaisante pas, elle fondra sous mes doigts ce soir, précisa-t-il pour ne pas que Pollux Black fasse un esclandre et que Cygnus Black s'en mêle et que tout tourne au chaos.

-Ce soir, insista lourdement l'imbécile qui lui faisait fasse.

-Si tu ne me crois pas, je pourrais te raconter comment j'aurais fait fondre mon glaçon, ne put-il s'empêcher de le provoquer à nouveau. »

La mâchoire de Pollux Black tressaillit, une plaque rouge apparut en plus un peu en-dessous de ses favoris noirs et il soupira avec agacement.

« Tu es vraiment sans gêne, Potter, marmonna-t-il entre ses dents.

-Tu as choisi le sujet de conversation, Black, se défendit mollement Charlus. Mais je suppose que tu ne voulais pas me parler que de glaçon. »

Il n'était pas aussi sanguin que son père, Cygnus Black, sinon Charlus aurait sans doute fini à Ste-Mangouste avant le début de la cérémonie. Pollux Black serra les dents, inspira et expira à fond et lui fit son plus beau sourire hypocrite. Il passa les deux mains derrière lui pour placer devant lui deux gamins qui lui ressemblaient assez d'une quinzaine d'années chacun. Ils étaient tous les deux tirés à quatre épingles dans des robes de velours noir.

« Alphard et Cygnus Black, voici le futur mari de votre Tante Dorea. Charlus Potter. Potter, mes deux fils, les neveux de Dorea. Ils étaient chez leurs grands-parents maternels jusqu'à ce matin. »

Les deux gamins le regardaient avec des yeux ronds de fascination. Ils faisaient parfois cet effet aux gens. Puis ensuite ceux-ci lui demandaient avec des bredouillements de leur signer des autographes. Il espérait vraiment que personne ne lui en demanderait aujourd'hui.

« Mr Potter, finirent par le saluer les deux gamin après un secouement discret de leur père.

-Oncle Charlus, voyons, les corrigea-t-il en guettant la réaction de Pollux Black. »

Il frémissait de colère, pour changer. Le hum hum d'Ignatius l'empêcha de chercher autre chose pour faire exploser Pollux Black pendant que le plus grand des deux gamins laissait échapper un « ouah » à peine audible mais vite réprimandé par son père.

« Ignatius Prewett, mon témoin. Ig, voici Pollux Black, le frère aîné de Dorea, fit-il succinctement. »

La petite voix suraigüe d'Ambuela brisa l'air lorsqu'elle cria le prénom de Charlus depuis la cheminée monumentale. Il eut juste le temps de se retourner pour la réceptionner, elle et son ventre qui avait pris deux ou trois tailles. Bon sang, il ne l'avait jamais vu si enjouée, et si pleine de vie. Elle avait pris des joues, et elle s'agitait autant que sa mère mais avec un peu plus de tenue. Il passa ses mains sur ses joues rondes, ses épaules à demi-couvertes, ses bras enrobés, et tira ses mains vers l'extérieur pour pouvoir regarder sa robe et surtout son ventre.

« Je suis désolée, je voulais venir te voir plus tôt pour te féliciter, mais nous avons dû retarder notre départ parce qu'Aristote avait des réunions très importantes et… Oh Merlin, je ne t'ai jamais vu si bien habillé ! Mais… Mais c'est un reste de Brillantine dans tes cheveux ? Merlin, ne me dis pas que tu as essayé de te coiffer ! Oh Merlin, tu sais pourtant bien que c'est impossible ! Merlin, Charlus, je suis tellement contente pour toi ! Je t'avoue que j'ai été très surprise et même sceptique. Tu aurais pu me parler d'elle plus tôt tout de même ! Mais ma mère…

-Calme-toi, Ambuela, la coupa Parkinson qui arrivait derrière elle avec un soupir exaspéré. Tu jures à chaque phrase et tu cries.

-Mais je suis contente, Aristote ! Il a enfin trouvé une sorcière pour prendre soin de lui ! protesta-t-elle en serrant les deux mains de Charlus dans les siennes comme le faisait souvent Tante Falbala.

-Prendre soin de lui ? Vous croyez que ma sœur prendra soin de lui, Ambuela ? releva Pollux Black avec une moquerie à peine dissimulée qui contraria Charlus. Ma sœur est un glaçon, Ambuela. Potter le sait bien. »

Pollux Black plaisantait sur la remarque qu'avait faite Charlus au repas de fiançailles d'Ambuela et Parkinson, ou il faisait tout pour être détestable ? Charlus avait mentionné le surnom peu flatteur de Dorea pour détourner l'attention, mais tout de même, il avait dit qu'elle savait sourire. Ce n'était pas la peine de le rappeler encore et encore.

« Mais… Mais ma mère m'a assuré que Dorea t'admirait malgré tout ce que pouvait dire Tante Annabella… bredouilla Ambuela en faisant la navette de Charlus à Pollux Black avec perplexité. »

Encore ce langage du XIXème siècle qu'Ambuela affectionnait tant. Elle avait dû replonger dans ses romans à l'eau de rose de Maleficia Nott.

« Dorea l'admirer lui ? s'étonna méchamment Pollux Black. Dites-moi où votre mère a vu cela, car ma sœur le cache bien.

-Elle est pudique, il faut savoir observer, dit sèchement Charlus. »

Comment Pollux Black pouvait-il parler de sa sœur de cette manière ? Comment pouvait-il la rabaisser en permanence ? Charlus l'avait déjà remarqué à plusieurs reprises, mais à chaque fois la condescendance qu'il manifestait à l'égard de Dorea le faisait grincer des dents pour se retenir de lui sauter à la gorge.

« Rassure la foule comme tu le peux, Potter, reprit Pollux Black d'une voix traînante et assassine. Nous savons tous que tu as tout organisé avec mon père, et que ma sœur a passé son temps à fuir les possibles tête à tête que tu lui proposais subtilement. Je me demande ta vraie motivation à te trouver ici aujourd'hui. Tu pourrais peut-être…

-Il suffit, le coupa sèchement Charlus en serrant sa baguette dans sa poche. »

Il se retenait de la dégainer, sachant pertinemment qu'un duel aujourd'hui serait loin d'arranger ses affaires. Il n'avait pas patienté deux mois et demi pour perdre son calme moins d'une heure avant la cérémonie.

Dans le coin de son œil, il voyait Ambuela le fixer avec insistance, sans doute surprise de ne pas le voir rire, comme d'habitude, de tout et n'importe quoi. Il ne se fâchait pas souvent. Il faisait rarement des reproches avec un véritable sérieux. Il n'était même pas beaucoup sérieux. Ou plutôt, il ne se prenait pas au sérieux. Mais le sourire narquois et méprisant de Pollux Black couplé à ses mots venimeux et aux longues semaines de patience le mettaient à rude épreuve.

C'était bien là où était le problème : Dorea ne lui avait pas paru particulièrement… réceptrice, présente et aimante pendant leurs fiançailles. Elle avait semblé anxieuse et intimidée, même triste et dépassée par la situation. Et que son frère, qui devait la connaître un minimum, l'ait aussi vu, rouvrait la plaie fraîchement refermée de son cœur. Ces remarques le faisaient douter, à nouveau. Il aurait dû lui parler, il aurait dû forcer pour lui parler en tête à tête et à cœur ouvert, quelles qu'en soient les conséquences. Mais il était trop tard, à présent. Il n'avait plus qu'à attendre ce soir, ou même une heure pour l'avoir dans ses bras et enfin lui demander des explications.

« Charlus ? s'étonna Ambuela à voix basse alors qu'il n'avait pas lâché le visage de Pollux Black du regard. Tu… Tu veux bien me conduire à ta mère, s'il te plaît ? bafouilla-t-elle. »

Il inspira à pleins poumons et tourna la tête vers elle. Du haut de son mètre cinquante-trois et de son ventre énorme, elle lui inspira assez d'autorité pour le faire bouger. Elle prit son bras et celui d'Ignatius en babillant des idioties sans doute faites pour masquer l'ambiance pesante qui s'installait.

« Ignatius, qu'est-ce que je suis contente de te voir ! Tu m'accorderas bien la deuxième danse, n'est-ce pas ? Je donne la première à Aristote, tu comprends ?... »

Elle leur fit remonter l'allée formée par les bancs dans la salle de réception, et lorsqu'ils furent le plus loin possible de l'entrée et des oreilles indiscrètes, elle cessa son manège pour le fixer avec des yeux durs.

« Qu'est-ce qui se passe avec Pollux, Charlus ? Qu'est-ce qu'il a voulu dire par rapport à Dorea ?

-Rien, répondit sèchement Charlus en se dégageant de son bras. Viens Ig, que je te montre ta place. Juste ici, et tu passeras par là lorsque tu devras apposer ta signature sur le contrat de…

-Charlus ! l'interrompit Ambuela et il se retourna avec colère vers elle. »

Elle était partie à l'autre bout de l'Europe, elle revenait pour son mariage et pour Noël, et elle lui demandait des comptes ? Eh bien non, ça ne marchait pas comme ça. Il avait Dorea à présent dans sa vie, pour lui parler, pour discuter, pour… enfin bientôt, lorsqu'elle cesserait de se murer dans le silence et les tremblements.

« Qu'est-ce que tu as fait ? insista-t-elle.

-C'est forcément de ma faute ? demanda-t-il avec colère. Bien sûr, le grand ami de ton cher mari a forcément raison, et ton cousin préféré que tu connais depuis des années – depuis que tu es née même ! – est forcément coupable d'un crime odieux ! Peut-être bien que j'ai arrangé mon mariage avec elle vite fait, bien fait pour avoir une petite femme Sang-Pur et un gamin dans l'année pour faire plaisir à Grand-père Priscus ? C'est vrai que c'est mon genre de dire amen à tout ce qu'il veut ! ironisa-t-il sarcastiquement. Ou peut-être que je voulais l'emmerder elle, et que je n'ai rien trouvé de mieux qu'en faire ma femme et elle d'accepter ? Ou même mieux, j'ai porté atteinte à son honneur, fit-il d'un ton grandiloquent, et je me vois contraint de…

-Tais-toi, le coupa simplement Ambuela.

-… de réparer les dégâts irréversibles que tu connais bien et…

-TAIS-TOI ! s'exclama Ambuela en tirant sa baguette. »

Charlus la regarda en serrant les dents. Il était en train de péter les plombs face à son meilleur ami qui le regardait avec des yeux ronds de stupéfaction et sa cousine qu'il avait réussi à énerver. Il posa la paume de sa main sur son front pour appuyer avec son poignet sur le mal de crâne naissant dû à son coup de sang. Encore une heure et elle était à lui, avec lui, et il pourrait l'embrasser et lui parler comme il le voudrait.

« Dorea Black n'est simplement par très extravertie, intervint Ignatius dans un marmonnement. Pas de quoi en faire tout un drame. En revanche, j'ai bien hâte de voir à quoi ressemblera Dorea Potter. »

Dorea Potter. Et ce serait enfin la réalité dans moins d'une heure.

« Arrête de sourire comme un idiot, râla Ambuela en direction de Charlus.

-Ambuela, tu ne veux pas qu'il parle, tu ne veux pas qu'il sourie, peut-il au moins se marier ? répliqua Ignatius avec l'air de bien s'amuser.

-Oh toi, Prewett, tu peux bien rire, tu étais aussi perplexe que moi en le voyant s'énerver ! s'emporta Ambuela.

-Il est simplement un peu frustré, Fortescue, se moqua Ignatius.

-C'est Parkinson maintenant, Prewett, tâche de t'en souvenir ! »

Charlus trouva plus sage de les laisser s'écharper et de s'éloigner d'eux. Les prises de bec entre Ambuela et Ignatius avaient pris cette forme lorsqu'Ambuela avait finalement réussi à ne plus faire les yeux doux à Ignatius et à passer à autre chose. C'était pour le mieux, bien sûr, sauf pour les oreilles de Charlus.

En y pensant, Ambuela avait des goûts en matière d'homme assez étranges : dites-lui Merlin en quoi Parkinson et Ignatius se ressemblaient, hein ? C'étaient les plus exacts opposés.

La petite foule s'était considérablement agrandie lorsqu'il retourna dans le salon. Il alla saluer la famille de sa mère : Oncle Willem et Tante Falbala, Oncle Richard et Tante Gwenda notamment. Les trois fils de Falbala et Willem avaient moins de quinze ans, et Falbala avait préféré les laisser chez ses parents. Charlus soupçonnait que ce soit plus une punition pour une quelconque bêtise qu'une véritable décision. Sa cousine Evangeline et son mari Murdock Rowle étaient avec Grand-mère Sionach qui marmonna des reproches voilés à Charlus lorsqu'il vint leur souhaiter la bienvenue. Il n'y avait que ses cousins Fabian et Flavien, les petits frères d'Evangeline qui avaient une dizaine d'années de plus que Charlus et qui étaient désespérément célibataires – pour reprendre les mots de Grand-mère Sionach – qui semblaient sidérés de se trouver ici, et observaient autour d'eux d'un air ébahi. La sœur de Grand-mère Sionach était aussi présente, et elle était avec Laetitia Bulstrode, qui elle était ici parce qu'elle était la cousine de Dorea, selon les souvenirs de Charlus. Puis un quart d'heure avant l'heure prévue, arrivèrent les invités qui ne relevaient plus de la famille, mais des connaissances : les amis et les collègues. Forty restait sagement avec Orlando et Rowle. Elle ne voulait pas venir à l'origine, parce qu'elle refusait de mettre les pieds dans une maison remplie de membre de la Maison des Black à cause de son ascendance entièrement moldue. Mike l'avait décidée au dernier moment. Charlus salua en coup de vent Abercrombie, Abbott et Dingus avant d'accueillir Anderson et Carley. Emily Carley-Anderson n'avait pas pu venir, selon les mots de Carley, parce qu'elle gardait les enfants. Mais le regard mal à l'aise d'Anderson lui indiqua plutôt clairement que c'était un mensonge. La vraie raison ne se fit pas attendre quand passa dernière lui la sœur de Dorea et l'une de ses cousines (Walburga, il lui semblait) et que le mot vermine de Sang-de-bourbe glissa de leurs bouches. Charlus fit mine de n'avoir rien entendu, bien conscient qu'il risquait d'entendre ce genre de remarque dès qu'il mettait les pieds ici, mais Carley rougit violemment et se tourna vers Anderson d'un air entendu. Le prénom d'Emily, qui était la sœur Moldue de Carley flotta entre eux, et Charlus trouva préférable de se rendre auprès de sa mère. En chemin, il tomba sur la petite Lucretia (tout à fait ravissante avec ses cheveux relevés en chignon) dans tous ses états, qui lui demandait où était le témoin, à quoi il ressemblait et s'il pouvait le lui présenter correctement car elle ne voulait pas danser avec un inconnu une fois la cérémonie officiée. Elle fit tant et tant des manières que Charlus dut se retenir d'exploser de rire en cherchant Ignatius dans la foule. Misère, il ne pensait pas qu'il y aurait tant de gens. Il comprenait mieux pourquoi il avait fallu quatre jours – quatre, nom de nom – à Dorea pour faire le plan de table. Heureusement, Robertus Potter et Mr Sirius Black prièrent les invités de s'asseoir car la mariée ne tarderait plus. Charlus trouva enfin Ignatius près de l'autel. Il lui présenta rapidement la petite Lucretia, qui babilla des idioties qui firent rire malgré tout Ignatius, ce qui fit à son tour rougir la petite Lucretia avant que la voix autoritaire d'Arcturus Black – le cousin de Dorea, le père de Lucretia, et non leur Oncle – ne fasse décamper Lucretia. Et quelques minutes plus tard, la petite Lucretia remonta religieusement l'allée formée par les convives, le coussin de velours noirs supportant les alliances dans ses mains gantées du même bleu que sa robe. Elle se posta à sa place, mais Charlus n'y fit pas attention, attendant impatiemment l'arrivée de Dorea.

Il l'entendit d'abord. Ses talons, sans doute aiguilles, vibraient sur le plancher en chêne ciré. Le son était masqué par les pas lourds de son père, mais il l'entendait bien, avec le bruissement du tissu de sa robe et de son voile.

Puis il vit le bout de sa chaussure, blanche, à moitié cachée par le satin de sa robe, blanche aussi. Il releva prudemment les yeux lorsqu'elle fit un second pas, et reconnut une bordure de voile brodé, qui lui arrivait au genou, comme elle le lui avait dit la veille.

Il remonta un peu plus le regard au troisième pas qu'elle fit, très conscient que sa pomme d'Adam s'affolait de manière inexplicable dans sa gorge en constatant qu'elle portait une belle robe, comme il les aimait, longue et fluide, légèrement évasée sur la fin, pas du tout dans le style des crinoline du XIXème siècle.

Il fronça à peine les sourcils lorsqu'il ne put distinguer son visage derrière la dentelle de son voile, car il savait, à cette robe souple, simple et élégante, à sa silhouette grande et élancée, à son pas lent et régulier que c'était elle. C'était elle, et elle venait enfin à lui tout à fait et pour toujours. Lorsque son père lui donnerait sa main, dans quelques instants, lorsqu'elle aurait remonté l'allée au son de ses talons aiguilles, il ne la lâcherait plus, plus de la cérémonie, plus de la journée, plus jamais.

Pour le moment, il la dévorait littéralement du regard. Elle marchait lentement, laissant tout loisir à Charlus de contempler une dernière fois sa fiancée. Après, il la contemplerait comme son épouse.

Cygnus Black se contenta de grimacer un sourire en coin narquois lorsqu'il fourra la main de Dorea dans la sienne. Charlus réussit habilement à remettre élégamment les doigts de Dorea dans les siens sans accorder son attention à son beau-père plus d'une demi-seconde. Il avait bien plus intéressant à côté de lui. Il se contentait de chercher les yeux de Dorea à travers les nombreuses dentelles du voile, mais fut interrompu dans ses recherches par les doigts de Dorea qui se raccrochèrent brusquement aux siens. Elle serrait ses doigts avec une douceur toute à elle, et comme c'était le premier signe qui venait spontanément d'elle, Charlus lui répondit aussitôt avec un véritable soulagement.

Elle laissait sa main dans la sienne, elle la serrait, elle ne le lâchait pas des yeux, même si le mage avait commencé son petit discours (J'ai été honoré que mon cousin Cygnus me demande personnellement de marier sa fille… blablabla : hypocrite). Il devinait ses yeux gris derrière le voile opaque. Mais c'était vraiment agaçant, ce voile, et il avait hâte de le lui enlever. Au moins pour la partie qui cachait les traits fins de son visage.

« J'invite à présent le témoin et la demoiselle d'honneur à venir apposer leur signature sur le contrat de mariage. A moins que quelqu'un ait une raison valable pour s'opposer à ce mariage ? »

La question vola dans l'air, et Charlus se demanda malgré tout qui pourrait trouver quoi à dire pour suspendre la cérémonie. Il entendit rapidement le grattement vif et brouillon de la signature d'Ignatius sur le parchemin, puis un autre, plus délicat, sans doute celui de la petite Lucretia. Le mage de Cérémonie en fit de même avant de faire s'enrouler le rouleau de parchemin, le cacheter et indiquer à la petite Lucretia d'approcher les alliances.

« L'échange des anneaux clôturera la cérémonie. Le sceau sur le parchemin luira, vous en serez tous témoins, et c'est à ce moment-ci que le mariage sera scellé. Miss Dorea Millicent Black, acceptez-vous de prendre pour époux légitime Mr Charlus Priscus Potter, de le respecter, de lui obéir et de le chérir jusqu'à ce que la mort vous sépare ? »

Charlus avait religieusement regardé Dorea prendre le plus gros des deux anneaux entre son pouce et son index de la main droite recouverte d'un gant blanc. De son autre main, elle tenait la main gauche de Charlus et attendait fébrilement que la voix de Mr Flint se taise. L'empressement avec lequel elle répondit « oui » gonfla le cœur de Charlus. Sa voix était faible et douce, comme depuis deux mois et demi, mais bien plus décidée. Charlus s'empara à son tour d'un anneau en or, l'autre, plus petit et plus fin, et attendit pendant que Mr Flint parlait encore.

« Mr Charlus Priscus Potter, acceptez-vous de prendre pour épouse légitime Miss Dorea Millicent Black, de la respecter, de la protéger et de la chérir jusqu'à ce que la mort vous sépare ? »

Il ne pensait pas qu'une telle phrase puisse faire ressentir tant de sensations. Il avait déjà l'impression que son cœur voulait sortir de sa cage thoracique depuis que Dorea était apparue, mais à présent c'était pire. Ou mieux. Il voyait comme un halo de lumière autour d'elle, et plus personne d'autre. Même la voix de Mr Flint lui était parvenue étouffée. Il entendait les battements de son cœur à ses oreilles, il cherchait les yeux de Dorea derrière le voile et il cherchait aussi sa bouche à présent – car il l'embrasserait quoi qu'ait prévu Mr Flint, Mr Black ou n'importe qui.

« Oui, répondit-il avec toute la promesse que pouvait inclure ce mot. »

Il la regarda avec amusement se débarrasser de ses gants en quelques secondes, et les laisser tomber par terre. Elle était pressée, donc elle était heureuse et impatiente, non ? Il plaça l'alliance à l'entrée de l'annulaire gauche de Dorea, et la fixa dans les yeux lorsqu'il l'y fit glisser.

Et il n'attendit plus. Il glissa ses mains sous son voile, au niveau de son ventre comme elle le lui avait dit, et envoya les dentelles derrière elle pour laisser la lumière faire briller son visage délicatement maquillé.

Il n'avait pas réfléchi au reste de sa robe. Et pourtant il aurait dû car il eut le souffle littéralement coupé un bref instant. Tout le bustier très ajusté était de la même dentelle que le voile, et le col se finissait… Comme tombant sur ses épaules d'une manière beaucoup moins stricte et beaucoup plus sensuelle que tout ce qu'il lui avait vu porter jusque là. Il laissait même deviner la naissance de sa poitrine blanche, et dévoilait ses épaules parfaitement dessinées. Il n'avait jamais autant eu envie de l'embrasser, surtout lorsqu'il croisa ses yeux brillants qui papillonnaient et ses lèvres qui souriaient enfin.

« Je vous déclare unis par les liens magiques du mariage, conclut Mr Flint avec satisfaction. »

S'il continuait à la contempler, s'il ne bougeait pas, quelqu'un de l'assistance finirait bien par comprendre qu'il attendait quelque chose. Même pas ? s'étonna-t-il en jetant un coup d'œil moqueur à Mr Flint. Aller, Ig, tu sais ce que j'attends ! Ou même Anderson ! Mike, tu peux bien les bousculer un peu, non ?

« Vous pouvez embrasser la mariée ! cria la voix d'Harfang Londubat. »

Enfin ! Il fit un signe militaire de la main à son compatriote Gryffondor, son Capitaine de Quidditch à Poudlard, et osa enfin glisser ses mains sur les joues de Dorea. Elles étaient encore plus douces que dans son souvenir. Et ses yeux… Merlin, ils étaient éclatés en un millier de paillettes d'argent, brillants d'envie, et elle mordillait déjà ses lèvres avec ses dents.

« Je peux ? lui demanda-t-il à quelques centimètres de sa bouche car il ne voulait pas la gêner.

-Vite, répondit-elle aussitôt en fermant les yeux. »

Il la sentit frissonner violemment lorsqu'il joignit très brièvement leurs lèvres, mais comme le même éclair l'avait traversé de part en part, il n'en fut pas sûr. Et pourtant, lorsqu'il se recula d'elle et qu'elle fit la moue, il se dit qu'il avait mal compris le mot vite.

« C'était rapide, osa-t-elle même commenter. »

Unique. Elle était unique. Elle l'avait presque fui pendant des semaines, et aujourd'hui elle se permettait une remarque désappointée parce qu'il ne l'avait pas embrassée assez longuement devant la foule ? Et puis maintenant elle s'éloignait de lui ? Il ne fallait pas pousser, nom de nom.

« Hors de question, maintenant que nous sommes mariés, tu restes dans mes bras, protesta-t-il en la ramenant immédiatement contre lui. »

Il avait été un peu autoritaire, il le reconnaissait volontiers. Mais c'en était assez. Enfin mariés, enfin ensemble, enfin à lui… Il démontrerait une à une ses règles de bienséance, comptez sur lui.

« D'accord, accepta-t-elle plutôt aisément. »

Une valse sorcière s'éleva, et Charlus en profita pour glisser sa main droite dans le bas du dos de Dorea et garder l'autre dans sa main gauche. Il crut vraiment qu'il allait l'embrasser à nouveau lorsqu'il sentit sa main libre se poser sur son épaule. Le trébuchement qui manqua de la faire tomber le retint au dernier moment et il dut vraiment faire un effort surhumain pour ne pas exploser de rire – car elle le prendrait sans doute assez mal. Mais il était heureux et toute la pression accumulée ces trois derniers mois glissait doucement vers l'oubli.

Il serait encore plus heureux si elle souriait vraiment. Car là, elle souriait même moins que lorsqu'elle faisait son petit sourire crispé qu'il adorait. C'était même un sourire contenu et poli qu'elle lui offrait depuis tout à l'heure finalement.

« Trois mois plus tôt tu me souriais plus, lui chuchota Charlus à l'oreille en la tenant contre son torse. Tu n'es pas heureuse ?

-Si, bien sûr, répliqua-t-elle.

-Tu ne souris pas beaucoup, répéta-t-il.

-Je peux sourire jusqu'où ? demanda-t-elle. »

Qu'est-ce que… Mais qu'est-ce que c'était que cette question ? Elle faisait ce qu'elle voulait ! Elle… Misère, non. Son père lui avait donné toutes les consignes pour adopter le comportement qu'elle avait eu durant leur fiançailles, et maintenant… Et à présent, elle lui demandait à lui quoi faire ?

« Jusqu'où ton bonheur te fait sourire, préféra-t-il répondre. »

S'il lui disait « comme tu veux », elle paniquerait, c'était sûr et… Morgane. C'était quoi ce sourire ? Il ne l'avait jamais vu sourire autant, à découvrir ses dents. Elle était belle sans sourire, mais avec un sourire, c'était mille fois autre chose. Elle était magnifique, sublime et…

« Je suis rassuré, tu es vraiment heureuse, approuva-t-il en souriant autant.

-Vous en doutiez ? s'inquiéta-t-elle manifestement. »

Elle s'inquiétait seulement maintenant ? Au bout de deux mois ? Elle ne s'était pas rendu compte qu'il désespérait un peu plus à mesure que passaient leurs fiançailles ?

« Tu n'as pas été très démonstrative ces derniers temps, lui expliqua-t-il. J'ai eu peur que tu regrettes nos fiançailles.

-Non ! protesta-t-elle violemment. Désolée, bafouilla-t-elle en rougissant. »

Elle ne regrettait visiblement pas leurs fiançailles, ni leur mariage. C'était un vrai soulagement. Il était de plus en plus heureux au fur et à mesure des pas de danse. Il ne pensait pas que c'était possible de l'être tant. Et pourtant, elle continuait de baisser les yeux devant lui, et de rester silencieuse.

Elle était rigide dans ses bras. Pourtant, lorsqu'il avait dansé avec elle au Nouvel An du Ministère, presque un an plus tôt à présent, elle le suivait, elle entrait dans la danse avec lui, et même s'il menait, il n'en avait pas l'impression tant elle anticipait ses mouvements. Là… Là elle ressemblait un peu trop à une marionnette entre ses bras.

Il attendit la danse suivante pour avoir le temps de mener cette discussion. Il espérait aussi qu'elle oserait à nouveau affronter son regard. Mais ses yeux demeuraient obstinément vissés au sol. Elle ne protesta pas et ne s'étonna pas qu'il veuille immédiatement une deuxième danse avec elle. Puis il n'y tint plus.

« Eh, regarde-moi, murmura-t-il en ralentissant légèrement le rythme de la valse, et dis-moi pourquoi tu n'as plus voulu quitter la maison de ta famille, s'il te plaît. Ton père t'en a-t-il empêché ? Ou bien je t'ai fait peur ? »

Parce qu'elle semblait vraiment avoir peur de lui à présent.

« Je ne voulais plus faire la une de Sorcière Hebdo, ni qu'on m'accoste dans la rue pour me poser des questions, avoua-t-elle enfin. »

Quoi ? C'était juste pour cela ?

« Ce n'est que cela ? s'étonna-t-il. »

Bon Dieu, il savait qu'elle aimait peu la foule et que l'article de Sorcière Hebdo paru la semaine de leurs fiançailles l'avait horrifié, mais tout de même, il fallait qu'elle s'y habitue rapidement si elle voulait vivre et ne pas se barricader chez elle à cause du risque de paraître dans le journal. C'était plutôt un soulagement aussi. Elle n'avait pas peur de lui, elle avait peur de ce que les gens penseraient de sa conduite. Et donc son père n'y était pour rien.

« Mon père m'a bien conseillée durant ces trois mois pour que mon comportement soit impeccable et qu'à l'avenir personne ne puisse trouver à redire à mon attitude, et que je sois une épouse exemplaire, lui certifia-t-elle.

-Une épouse exemplaire ? répéta-t-il en s'arrêtant de danser. »

Une épouse exemplaire ? Son père l'avait bien conseillée ?

« Mr Potter, s'il vous plaît, pourriez vous me dire pourquoi vous nous avez arrêtés ? J'ai manqué d'écraser votre pied, fit-elle à voix basse sans aucune trace de reproche dans la voix. »

Mr Potter ?

Par Merlin, ne lui dites pas que…

C'est plus de la manipulation, non ? lui avait dit Tante Falbala.

Ma fille sera bientôt une femme, il est vrai. Et elle sera prête à être votre épouse dans trois mois, je m'en assurerai personnellement, lui avait dit Cygnus Black.

Par Godric, qu'est-ce que Cygnus Black avait mis dans la tête de sa fille ? Qu'avait-il fait à sa Dorea ? Que lui avait-il dit ? Que lui avait-il… fait ? L'avait-il giflée ? Frappée ? Lui avait-il jeté des sortilèges ? L'avait-il… touchée ou… Non, ce n'était pas possible. Pourquoi ne soutenait-elle plus son regard ? Pourquoi ?

« Charlus, reprit-il d'une voix blanche.

-Pardon ? demanda-t-elle en relevant enfin ses yeux gris mouillé.

-Appelle-moi Charlus, s'il te plaît, dit-il précipitamment en l'enveloppant dans ses bras. »

Pitié non. Il n'avait pas pu briser Dorea de l'intérieur pour en faire la copie conforme de sa mère. Cygnus Black avait dû façonner Violetta Black pour qu'elle soit ce qu'il appelait une épouse exemplaire, mais Dorea… Il n'avait jamais voulu de Dorea comme ça. Il…

« Comme vous voulez, Charlus, répondit-elle en insistant sur son prénom. »

Il déglutit difficilement en reprenant les pas de danse. Une épouse exemplaire… C'est vrai qu'elle lui obéissait à la seconde près depuis tout à l'heure mais… Mais il ne voulait pas cela. Il… Comment pouvait-il s'assurer qu'elle accédait à ce qu'il lui demandait parce qu'elle le voulait et non parce qu'elle obéissait ? Et toutes les fois où il lui avait demandé si tout allait bien ces dernières semaines, et qu'elle répondait par l'affirmative, était-ce par vérité ou par obéissance et soumission ?

« Charlus et Dorea Potter, l'entendit-il soupirer avec cet immense sourire si rare.

-Ça sonne bien, n'est-ce pas ? lui répondit-il fébrilement complètement dépassé par la situation.

-Très bien, approuva-t-elle en souriant encore plus.

-Tu veux ajouter quelque chose, non ? demanda-t-il en désespoir de cause.

-Simplement que je suis heureuse d'être enfin votre femme, souffla-t-elle avec des étoiles dans les yeux. »

Heureuse d'être enfin sa femme… Mon Dieu, combien de fois n'avait-il pas rêvé d'entendre ces mots ? Il la rapprocha de lui pour la tenir contre son torse. Il sentait sa respiration contre lui, et son souffle chaud et acidulé s'échouer sur sa joue lorsqu'il se pencha à son oreille. Il fallait qu'il la déstabilise. Il fallait qu'il la pousse à briser la cage de verre que son père avait construite autour d'elle. Il…

« Ma femme, c'est très animal tout cela, Dorea, lui souffla-t-il à l'oreille. Mais je veux bien être ton homme, continua-t-il en voyant ses joues devenir plus rouge que jamais.

-Charlus, bafouilla-t-elle en regardant autour d'elle avec panique.

-Oui ma Dorea ? lui murmura-t-il avant d'embrasser son oreille. »

Il en avait envie depuis des semaines. Il aurait sûrement attendu quelques heures s'il ne voulait pas absolument qu'elle lui dise quelque chose qu'il saurait qu'elle voudrait. Parce qu'elle était bien trop pudique pour vouloir jouer avec le feu aux yeux de tous – même si ceci excitait plus Charlus qu'autre chose. Elle lui dirait d'arrêter dans quelques secondes parce que son père avait échoué à la manipuler complètement. Dorea n'était pas une idiote, elle le lui avait dit elle-même. Elle ne lui obéirait pas au doigt et à l'œil. Il fallait juste qu'il fasse tout ce qu'un gentleman ne ferait pas, et elle le remettrait à sa place comme elle l'avait déjà fait des semaines et des mois plus tôt.

« Charlus, les gens vont finir par remarquer ce que vous faites, bafouilla-t-elle au bout du dixième baiser, il les avait comptés. »

Enfin ! Il lui suffisait de continuer un peu, malgré le regard outré d'Annabella Potter qu'il croisa brièvement. Il savait faire deux choses à la fois (l'embrasser et danser), il ne gênait personne sur la piste de danse. Enfin, il savait faire quelque chose, et embrasser en même temps. Surtout Dorea. Son oreille finement ciselée était si douce et si attractive. Et la chair de poule qu'il sentait sous ses lèvres l'enhardissait.

« Quoi donc ? chuchota-t-il contre son oreille pour la faire frissonner un peu plus.

-Ce… Ces baisers, là, sur mon oreille, et dans mon cou, dit-elle en respirant difficilement. »

Il jouait à un jeu dangereux. A voir quel effet il avait sur elle avec quelques baisers sur son oreille, à penser qu'il la tenait enfin contre lui et qu'il ne l'avait jamais autant désirée qu'actuellement (heureusement qu'il n'était pas comme les Moldus à porter des pantalons), il se dit qu'il s'était fait prendre à son propre piège. Il ne pouvait pas transplaner maintenant avec elle à Flaquemare, n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas l'arracher à leurs invités. Il devait s'éloigner de sa gorge blanche et offerte avant de ne vraiment plus maîtriser ses ardeurs et qu'on finisse par voir dans quelle situation… inconvenante en public il était en train de se mettre.

Mais il voulait tant qu'elle lui dise d'arrêter, qu'elle exige elle-même qu'il cesse de l'embrasser, qu'elle le lui ordonne, qu'elle le repousse et même qu'elle élève la voix. Il devait enlever tout érotisme à ces baisers pour en faire seulement une provocation. Il devait donner à ses baisers un caractère… ludique ?

« Oh… Tu ne les aimes pas ? fit-il semblant de s'étonner sans s'arrêter. Que veux-tu que je fasse ?

-Ce que vous voulez, répondit-elle aussitôt comme un réflexe.

-Je peux donc continuer ? insista-t-il en priant pour qu'elle se ressaisisse vite avant de le faire perdre réellement les rênes de sa conduite.

-Mais les gens vont…

-J'aimerais que tu me dises ce que tu as envie que je fasse ou que je ne fasse pas, dit-il plus directement.

-J'aimerais… Pourriez-vous arrêtez avec mon oreille, demanda-t-elle timidement. Je suis monstrueusement gênée, avoua-t-elle. »

Elle avouait ce qu'elle ressentait et ce qu'elle avait sur le cœur ! Enfin ! C'était presque dans la poche ! Encore quelques secondes et elle hausserait la voix.

« Je pourrais, dit-il distraitement tout en embrassant à nouveau son oreille.

-Charlus, s'il… s'il vous plaît, le supplia-t-elle. »

Il faillit arrêter aussitôt. Il ne voulait pas lui faire quelque chose qu'elle ne voulait pas, mais il ne voyait que ceci à sa disposition pour le moment.

« Oui, ma Dorea ? demanda-t-il la gorge sèche. »

La musique qui eut bon goût de se finir à l'instant fut un soulagement. Ce n'était peut-être pas la bonne façon de faire. Le regard scandalisé de sa mère qui arrivait sur lui le lui confirma mille fois. Il devrait peut-être tout simplement lui parler normalement et lui répéter qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait ? Ce serait sans doute plus efficace que de la persécuter à coup de baisers en public, à la réflexion. Et puis, elle était heureuse, il le savait à présent puisqu'elle le lui avait dit. Or c'était l'essentiel, non ? Il avait peut-être le droit de seulement penser à leurs bonheurs conjoints aujourd'hui.

« Eh bien, la deuxième danse est finie, tu viens à table avec moi, ou tu préfères danser avec ton père tout de suite ? lui proposa-t-il en cherchant à éviter habilement sa mère et Mrs Black qui venaient sur eux.

-Allons à table, accepta-t-elle en rougissant sous les applaudissements des convives. »

Il eut beau essayer de faire accélérer Dorea pour atteindre la table avant que leurs mères ne les interceptent, il manqua son coup. La robe et le voile, qui était toujours fixé sur le haut de sa tête, devaient l'empêcher de marcher plus vite. Sa lâcheté ponctuelle fut bien mal récompensée lorsque Mrs Black les rattrapa.

« Mr Potter, le photographe attend dans le petit salon, et il faut qu'il puisse amener la photographie à la Gazette, lui rappela-t-elle du même ton grandiloquent dont Tante Falbala usait.

-Qu'en dis-tu, Dorea ? Faisons-nous les photographies tout de suite ? demanda-t-il pour essayer de la faire décider.

-Oui, bafouilla-t-elle. »

Bon, c'était déjà un premier pas, non ?

Il la mena dans le salon où le photographe avait installé son énorme appareil et une estrade devant l'immonde arbre généalogique où il aperçut son nom. Il pensait que sa mère se retiendrait de lui faire des reproches sur son comportement indécent en public, mais c'était mal la connaître. Il eut à peine le temps d'aider Dorea à monter sur l'estrade, qu'il sentit la main de sa mère sur son épaule et il se retourna vers elle. Ses petits yeux bruns plissés avec colère et son index tendu sous son nez lui indiquèrent plutôt clairement qu'il était sur le point de se faire rouspéter.

« Je sais que tu l'aimes, petit idiot, mais tu pourrais te tenir encore quelques heures, chuchota-t-elle furieusement. Tout le monde a vu que tu étais bien pressé d'être ce soir, sois tranquille là-dessus !

-Maman, soupira-t-il avec amusement. Nous sommes mariés Dorea et moi à présent, qu'est-ce que cela peut-il bien faire ?

-Mon propre fils est un dépravé, conclut sa mère dans un soupir tout à fait exagéré. »

Il éclata de rire et se retourna vers Dorea qui patientait sur l'estrade. Un énorme fauteuil les séparaient l'un de l'autre, et il comprit aisément qu'il devait s'y asseoir. Le photographe, derrière son appareil, le lui confirma.

« Voilà, prenez place Mr Potter. Attendez, installez votre vêtement convenablement. On ne voit pas bien la chaîne de votre montre à gousset. Voilà, c'est mieux. Pour vos cheveux…

-On ne peut rien faire pour eux, Mr… répondit Charlus sans se départir de son sourire.

-Mr Davies, je vous en prie Mr Potter, répondit aussitôt le sorcier avec une petite courbette amusante. Ne bougez plus ! »

Une détonation sortie de sa baguette pointée vers le plafond la seconde d'après.

« Mr Potter, voyez-vous un inconvénient à ce que votre épouse s'assoie sur l'accoudoir ? demanda ensuite le photographe.

-Oh moi non, Dorea, qu'en penses-tu ? »

Elle se contenta d'aller s'asseoir comme elle put sur l'accoudoir du fauteuil malgré son voile. Il en profita pour poser une main dans son dos lorsque la deuxième détonation retentit.

« Cette photographie conviendra très bien pour la Gazette, approuva le photographe. Sorcière Hebdo a demandé une photographie un peu plus personnelle, que penseriez-vous de prendre votre épouse sur vos genoux, Mr Potter ? »

Ce Davies n'était pas bien malin. Il semblait s'écraser devant Charlus, et oublier totalement qu'il demandait de se déplacer à Dorea et non à Charlus. Charlus préférait choisir une photographie à envoyer à Sorcière Hebdo que de les laisser en chercher, histoire de maîtriser au mieux leurs articles, mais cette proposition choquait Dorea, c'était évident, au vu de ses yeux écarquillés.

« Qu'en penses-tu, Dorea ?

-Je… Dans Sorcière Hebdo ? bafouilla-t-elle.

-Ils auront une photographie quoi qu'il arrive, autant choisir celle que nous leur enverrons, non ?

-Certes, concéda-t-elle avec un regard craintif pour le photographe. Mais… Sur vos genoux… je… Ce n'est pas très… convenable, conclut-elle assez bas pour qu'il soit le seul à l'entendre.

-Ce sera plus convenable qu'une photographie prise à notre insu, reconnut Charlus. »

Elle approuva à demi-mot en venant craintivement s'asseoir sur ses genoux. Charlus en profita pour passer son bras droit autour de sa taille et lui embrasser la tempe, plus parce qu'il en avait envie que pour la photographie. Elle retourna sur ses pieds d'un bond lorsque la photographie fut tirée.

« Parfait ! Ce sera parfait ! se réjouit Mr Davies. Mesdames Black et Potter insistent pour la constitution d'un album de mariage ! C'est la nouvelle tendance. Je vais prendre une dizaine de photographies supplémentaires. Vous pouvez vous lever, Mr Potter. Prenez les mains de votre épouse, oui, comme cela et monter les entre vous… Très jolie photographie ! Un baiser dessus, ce sera très joli ! Oh euh oui, vous pouvez… »

Il serrait Dorea contre lui et la faisait tourner autour de lui, amusé par le cri de surprise qu'il lui avait arraché. Il ne se gêna pas pour la faire danser une courte valse qui fut immortalisée par l'appareil photographique. Il se plaça ensuite derrière elle, enroula ses bras le long des siens et capta son regard amusé. Elle n'était pas l'aise, c'était flagrant. Il ne voulait pas lui demander son avis sur ces photographies, elle serait encore plus troublée. Mais le voir tourner autour d'elle semblait la réjouir assez puisqu'elle finit même par rire lorsqu'il la souleva dans ses bras comme s'il allait passer la porte de chez eux.

Puis il vit Mr Cygnus Black et son propre père entrer dans la pièce à la suite de leurs mères, et Dorea cessa aussitôt de sourire. Un instant, lorsqu'ils avaient été tous les deux avec le photographe, il avait cru que tout était redevenu à la normale, comme trois mois plus tôt.

Il se plaça calmement sur l'estrade, pile en face de l'appareil photographique avec Dorea à son bras. Mr et Mrs Black se placèrent à côté d'elle, et ses propres parents vinrent à côté de lui. Charlus ne put s'empêcher de glisser son bras autour de sa taille pendant la prise et de chercher son regard, qu'il ne lâcha pas quand Grand-père Priscus s'ajouta à la photographie suivante.

« Maman, pourrions-nous faire venir Lucretia et le témoin de Charlus, je te prie ? intervint Dorea. »

Cette simple demande toute spontanée accompagnée d'un bref sourire à l'intention de sa mère rassura Charlus. Sa Dorea était encore là. Il fallait simplement qu'elle retrouve confiance en elle. La petite Lucretia arriva quelques secondes après en tirant Ignatius par le bras. Charlus haussa un sourcil clairement intrigué fasse à la familiarité de la cousine de Dorea qui avait été un chaperon aussi pointilleux que Mr ou Mrs Black pendant deux mois et demi. Lorsqu'il vit ses joues écarlates et son immense sourire, lorsqu'il vit l'air amusé sur le visage d'Ignatius, il comprit rapidement ce qu'il se passait. La pauvre. Elle faisait les yeux doux à Ignatius, et l'imbécile ne s'en rendait sûrement pas compte, une fois de plus. Au moins lui, il pourrait rendre la monnaie de sa pièce à la petite Lucretia. Si elle, elle l'avait empêchée d'embrasser Dorea à sa guise, lui, il ne se gênerait pas pour l'embêtait avec son petit faible évident pour Ignatius. Ignatius n'en comprendrait rien en plus, ce serait à mourir de rire.

« Mr Prewett, mettez-vous à côté de Dorea, et moi j'irai à côté de Mr Potter, minauda la petite Lucretia en rougissant encore plus.

-Comme il vous plaira, Miss Lucretia, répondit Ignatius avec un amusement flagrant. Ah, Dorea Potter, nous allons enfin pouvoir être présentés, je suis charmé, reprit Ignatius. »

Le ton pompeux qu'il prenait pour les grandes occasions fit lever les yeux au ciel à Charlus. Il regarda avec insistance la petite Lucretia, qui n'avait d'yeux que pour Ignatius. Elle finit néanmoins par sentir le poids du regard de Charlus sur elle et par le fixer à son tour.

« Avez-vous un faible pour les roux ? demanda-t-il d'un ton moqueur. »

Elle rougit à nouveau, mais plus au niveau du cou et des oreilles. Ses yeux déjà globuleux lui parurent encore plus grand l'espace d'un instant.

« Mr Potter, je… Je ne vous permets pas de… bredouilla-t-elle en croisant les bras devant elle.

-C'était une question innocente, voyons. Je me demandais si vous aviez un chat, mentit-il sans s'en cacher pour la voir paniquer.

-Mr Potter, arrêtez, ce… ce genre de remarque n'est pas digne d'un gentleman, bafouilla-t-elle.

-Petite Lucretia, qui vous a dit que j'étais un gentleman ? se moqua-t-il un peu plus.

-La prise commence ! intervint le photographe. »

La détonation ne se fit pas attendre, et il voulut à nouveau charrier la petite Lucretia si facile à déstabiliser, mais la voix d'Ignatius à côté de Dorea détourna son attention.

« Pas de manière, Dorea, mon prénom est Ignatius, ne mettons pas tant de cérémonie, fit la voix bourrue d'Ignatius. Alors, Miss Lucretia, vous vouliez me montrer quelque chose, non ? »

Comment faisait Ignatius pour ne pas voir que la petite Lucretia lui mangeait déjà dans la main, hum ? C'était ahurissant.

« Oui, venez avec moi, Mr Prewett, minauda-t-elle en rougissant à nouveau.

-Lucretia, l'appela Dorea, peux-tu rester avec moi pendant que Charlus ira chercher son frère, s'il te plaît ?

-Pourquoi dois-je aller chercher mon frère ? demanda-t-il en grimaçant.

-Pour la photographie, Charlus ! intervint sa mère. Trouve le frère et la sœur de Dorea aussi, et dépêche-toi ! Ignatius, aide cet incapable ! »

Tout redevenait simple, non ? Dorea parlait à nouveau, et non plus pour seulement affirmer ou infirmer tel ou tel propos. Elle prenait des initiatives, parce qu'elle devait être emportée par l'effervescence de la fête de leur mariage. Il s'était même peut-être inquiété pour rien, non ? Le protocole qu'avait essayé de lui mettre son père en tête n'était que très superficiel, non ? Toute cette attitude craintive n'avait été qu'une façade ?

« La cousine du Glaçon est… commença Ignatius.

-Ne l'appelle pas comme ça ! s'exaspéra Charlus en sortant de la pièce avec son meilleur ami. Ce n'est pas plus long de dire, Dorea, si ?

-Très bien, se moqua Ignatius en passant sa main dans sa barbe. Eh bien la cousine de… Dorea est amusante.

-Amusante ? releva Charlus. Elle est casse-pied aussi. Elle est toujours collée à Dorea et…

-Ne commence pas à râler après elle, le coupa Ignatius. »

Eh. Mais. Il… prenait sa défense ?

Charlus s'arrêta un instant de chercher Darius du regard pour reporter son attention sur Ignatius. Il… Il sifflotait ? C'était quoi cette légèreté ? Ig était une vieux célibataire bourru pas commode, et non…

« Tu te sens bien ? lui demanda brusquement Charlus.

-Oui pourquoi ? demanda Ignatius avec étonnement.

-Tu… Tu sembles heureux, observa Charlus. »

Ignatius le regarda avec une perplexité foudroyante avant de lui faire une pichenette sur le front.

« Eh !

-C'est plutôt à moi de te demander si tu te sens bien, remarqua Ignatius. En quoi le fait que je semble… heureux est surprenant ? Mon meilleur ami se marie, la femme qu'il épouse semble avoir un peu fondu par rapport à mes souvenirs, la demoiselle d'honneur qu'on m'a mise dans les pattes est amusante, et en plus, je peux prendre des nouvelles d'Ambuela et de tout un tas d'autres gens que je n'avais pas vu depuis des lustres ! Et pour couronner le tout, tu m'as dit qu'on passerait nouvel an toi, moi, ta femme et une amie à elle, tranquillement. Sans oublier que je pars en Roumanie courant février.

- La demoiselle d'honneur qu'on t'a mise dans les pattes est amusante ? ne trouva qu'à relever Charlus.

-Eh bien oui. J'avais peur qu'elle soit glaciale comme ta femme, ou pédante comme Octavia Rowle, mais elle est spontanée, vive et elle a toujours quelque chose à dire, en convint Ignatius.

-Ma femme n'est pas glaciale, releva Charlus en sentant la moutarde lui monter au nez.

-Tu m'as très bien compris. Miss Lucretia est mignonne. »

Hein ? Depuis quand Ignatius qualifiait une femme de mignonne ?

« Et elle est belle aussi, non ? demanda prudemment Charlus en trouvant enfin son frère parmi les danseurs. »

Il lui fit signe de venir dans le salon après sa valse, et Darius accepta en grimaçant.

« Ce sera une belle femme, préféra dire Ignatius. »

Merlin, c'était un rêve, non ? Ignatius ? porter un jugement sur l'anatomie d'une personne de sexe féminin ?

« Tiens, ce ne serait pas elle, la sœur de Dorea ? »

Charlus secoua la tête et regarda la femme à la longue robe de velours vert que lui désignait son ami. Elle était au bras de Pollux Black. Et il lui semblait bien que c'était la sœur de Dorea. Elle faisait ce truc avec les sourcils que Dorea faisait aussi quand elle était déstabilisée. C'était plus élégant chez Dorea.

« Black ! s'exclama Charlus pour attirer l'attention du frère de Dorea. »

D'un mot, finalement, il avait fait se tourner vers lui Cassiopeia et Pollux Black. Il leur fit signe de venir. Il ne reçut qu'un haussement de sourcil chez l'un et l'autre. Il se retint de soupirer et s'approcha. Il remarqua Ambuela et Parkinson avec eux, et dut se retenir de soupirer par deux fois. Qu'est-ce qu'Ambuela fichait avec eux, franchement ? D'accord, Parkinson était son mari, mais tout de même.

« Dorea aimerait une photographie avec son frère et sa sœur, expliqua-t-il en deux mots. Vous me suivez au salon ? demanda-t-il poliment en tendant sa main vers le Grand Salon comme une invitation. »

Pollux Black se décida à donner son verre à Parkinson et Cassiopeia à soulever légèrement sa robe longue de velours vert pour se déplacer, sans un mot. La voix enjouée d'Ambuela les fit tous sursauter.

« Prewett ! Tu m'avais promis ta deuxième danse et tu l'as donnée à une autre ! Viens ici réparer l'affront que tu m'as fait ! »

Elle avait littéralement fourré son verre dans les mains de son mari, qui étaient déjà prises par le verre de Pollux Black et le sien. Charlus crut un moment que le cristal finirait en morceaux au sol, mais dans une jonglerie maladroite, Parkinson parvint à tout faire tenir assez longtemps pour que Charlus vienne à son secours et attrape le verre d'Ambuela. Parkinson lui grimaça un remerciement pendant qu'Ambuela, tout à fait inconsciente de la casse évitée tirait Ignatius parmi les danseurs.

« Je crois que la grossesse la rend quelque peu… fébrile, marmonna Parkinson.

-C'est juste son attitude lorsqu'elle est heureuse, le contredit Charlus en se retenant de rire face au dépit évident de Parkinson.

-Elle n'était pas aussi… expliqua-t-il vaguement en agitant les mains prudemment à cause des deux verres qu'il tenait. Je veux dire, le jour de notre mariage…

-Elle n'avait pas bu, peut-être, en convint Charlus en se moquant allègrement de Parkinson. »

Il s'éloigna après avoir posé le verre d'Ambuela sur la table derrière Parkinson qui l'insultait à mi-voix de tout un tas de noms d'oiseaux. Charlus ricana un peu plus et regagna le salon. Il passa le seuil de la porte juste après le frère de Dorea. Il retrouva tout de suite la silhouette longue et mince de sa fiancée… non, de son épouse. Elle discutait avec la petite Lucretia un peu à l'écart. Il s'avança directement vers elle avant d'attraper le regard de sa mère qui s'était placée sur son chemin.

« Darius refuse de venir, lança-t-il à sa mère pour la faire râler.

-Racontes-tu des plaisanteries ? s'offusqua-t-elle aussitôt.

-Oui, il arrive, répliqua-t-il en embrassant sa joue. »

Sa mère lui fit les gros yeux mais ceci ne fit que rire encore plus Charlus. Il la contourna pour retrouver Dorea, glisser son bras autour de sa taille pour la sentir contre lui.

« Où est Mr Prewett ? demanda aussitôt la petite Lucretia.

-Il est au bras de ma cousine, petite Lucretia, pour une valse viennoise, fit-il nonchalamment.

-Oh, dit Lucretia en rougissant.

-Dois-je lui dire que vous êtes sa nouvelle admiratrice, petite Lucretia ? se moqua-t-il en embrassant la joue de Dorea.

-Mr Potter ! protesta la petite Lucretia à voix basse. Je vous prie d'arrêter ce genre d'insinuation, c'est… c'est très déplacé !

-Ce sont des rougeurs dues à la chaleur qui marbrent votre cou ? demanda-t-il l'air de rien, étonné que Dorea ne défende pas sa cousine.

-Vous… Vous êtes si impertinent ! C'est… Merlin, et tu ne dis rien Dorea ? bafouilla-t-elle. »

Charlus avait déjà reporté son attention sur Dorea. Son visage était à nouveau de glace, impassible. Pas encore, s'il vous plaît.

« Dorea ? Dorea ? demanda-t-il en prenant sa main pour la secouer légèrement. Tout va bien ?

-Oui, couina-t-elle en s'éloignant de lui.

-Tu étais perdue dans tes pensées ? A quoi pensais-tu ? lui demanda-t-il à voix basse. »

Il l'empêcha de s'enfuir et la ramena d'autorité contre lui en passant son bras droit dans son dos. Elle baissa les yeux, encore, mais ne le repoussa pas non plus. Son visage pâlissait pour concurrencer la couleur de sa robe, ses lèvres ne restaient rouges que parce qu'elle les avait maquillés et tout air fier et revêche avait déserté son visage.

« Mon père me disait que vos baisers en public n'étaient pas décents, avoua-t-elle enfin. »

Son père ? Mais où était Mr Cygnus Black ? Derrière lui ? Mais… Mais il ne l'avait pas entendu. Le vieux regardait fixement sa fille, qui elle gardait les yeux baissés maintenant qu'elle avait répondu à Charlus. Mais… Il regarda son beau-père, puis son épouse, et encore son beau-père. Son père lui disait que… Ou bien il lui avait dit quand il était sorti de la pièce avec Ignatius ? Ou… Oh non. Ne lui dites pas qu'il la harcelait par Legilimancie. Evidemment qu'elle ne disait plus rien si au moindre mot qui ne convenait pas à son père, il entrait dans son esprit pour la marteler de directives. C'était plus profond que ce qu'il avait pensé. Il fallait refuter l'une après l'autre les règles que son père avait inculquées à Dorea depuis des semaines. Il se plaça entre elle et lui, décidé. A présent qu'il commençait à comprendre d'où venait son mutisme, il pouvait vraiment agir. Elle avait sûrement essayé de lutter au début. Elle était venue à Flaquemare, elle était venu seule chez ses parents, elle était restée après la partie de Cricdditch… Et puis la voix de son père dans sa tête avait dû… Merlin, comment n'était-elle pas devenue folle ? Comment avait-elle fait pour rester si maîtresse d'elle-même sans s'effondrer ?

Mais elle était son épouse maintenant, il pouvait dire ce qu'il voulait sans risquer de la perdre ou que son père s'en prenne à elle.

« Dorea, tu regarderas attentivement les invités dans la salle, et tu verras qu'ils s'embrassent tous de temps en temps, dit-il doucement. J'aimerais que tu cesses d'écouter les conseils de ton père sur la conduite que tu dois avoir, parce qu'ils ne me conviennent pas du tout. »

A voir la panique qui imprégnait le visage de Dorea lorsqu'elle releva ses yeux gris étoilés vers lui, il se dit qu'il avait peut-être été un peu trop sec.

« Mais… Vous ne voulez plus que je parle à mon père ? bafouilla-t-elle. »

Misère. Elle ne voyait pas que l'attitude de son père n'était pas normale ? Elle ne voyait pas… Elle avait fini par approuver la conduite de… de son bourreau ?

« Je n'ai pas dit cela, j'ai dit…

-Charlus ! Dorea ! Venez pour qu'on puisse tirer la photographie, s'impatienta Annabella Potter.

-Un instant, Maman, exigea-t-il fermement. »

Il inspira profondément et s'empara du visage de Dorea pour qu'elle ne puisse pas baisser les yeux.

« Je ne t'ai pas dit de ne plus parler à ton père. Je veux juste que tu n'écoutes pas ses conseils concernant la façon de te tenir car…

-Car c'est à toi que je dois demander à présent ? lui demanda Dorea. »

Il expira et inspira lourdement à nouveau. Peut-être valait-il mieux qu'il se place entre Cygnus Black et elle aujourd'hui. Il laisserait faire le temps ensuite.

« Non, car tu sais très bien ce qui est convenable ou non, réfuta-t-il patiemment. Ton père est dans l'excès. Ne le laisse pas te parler dans ta tête, s'il te plaît. S'il a quelque chose à te reprocher, qu'il vienne me voir, d'accord ?

-D'accord, Charlus, accepta-t-elle. Pouvons-nous… Notre famille nous attend, pouvons-nous les rejoindre, s'il vous plaît ? »

Fuyait-elle la discussion ou avait-elle compris ce qu'il voulait lui dire ? Son père avait dû lui dire quelque chose comme lui obéir, en tant qu'épouse exemplaire. Il n'avait qu'à utiliser contre Cygnus Black ses propres règles, pour le moment.

Il lui fit un sourire rassurant auquel elle répondit. Il prit délicatement sa main pour la mener à l'estrade où leurs frères et la sœur de Dorea les attendait au premier rang et derrière eux, leurs parents, montés sur un banc. Il monta sur l'estrade en premier, et attrapa Dorea au niveau de ses hanches pour l'élever à vingt centimètres du sol et la faire atterrir à côté de lui. Merlin, elle n'était pas bien légère. Il avait une crampe dans le bras avec ses bêtises. Son regard surpris, lui permit de ne pas grimacer et même de lui sourire avec amusement, surtout lorsque ses joues rougirent sous le coup de l'embarras, sans doute. Il se massa discrètement en lui proposant son bras. Elle regarda les quatre membres de sa famille avant de se tourner vers lui avec son petit sourire crispé.

« La prise commence ! les avertit le photographe. »

Charlus ne lui prêta aucune attention, au contraire de Dorea qui lui offrit une magnifique vue sur son profil. Il lui embrassa la tempe en la prenant contre lui, ignorant royalement la pichenette que sa mère administra par derrière sur son épaule.

« Charlus, souffla Dorea d'une voix un peu enrouée qu'il imagina être celle qu'elle aurait ce soir dans leur lit.

-Oui ma Dorea ? lui souffla-t-il de la même manière à l'oreille.

-Je… »

La détonation la coupa dans sa phrase et elle en sursauta. Le marmonnement indistinct de son frère, à côté de lui, lui rappela qu'il n'avait encore jamais vu Dorea.

« Essaie de sourire, prévint-il son frère avec agacement en le fixant dans les yeux.

-Ne commence pas à me donner des ordres, marmonna Darius pendant que Charlus se tournait vers Dorea en pinçant les lèvres pour se retenir de renchérir.

-Dorea, je te présente enfin mon frère aîné, Darius Potter, lui dit très succinctement Charlus.

-Enchantée de vous rencontrer, Darius Potter, bredouilla-t-elle avec des yeux perplexes. »

-Dorea Black Potter, ne trouva qu'à répondre son frère avec un petit ton suffisant. Si un an plus tôt on m'avait dit que quelqu'un allierait ces deux noms, j'aurais hurlé de rire. »

-Darius, le mit en garde Charlus.

-Et pourquoi, Mr Potter ? se rebiffa Dorea en relevant le menton. »

Magnifique. Elle n'avait pas perdu cette petite arrogance qui avait plu à Charlus en décembre dernier. Il fallait simplement la titiller sur sa famille. Leurs familles. Leur famille.

« Je pensais que Charlus ne se passerait jamais la corde au cou, il est si volage que…

-Darius, arrêta ça, le coupa brusquement Charlus.

-Ai-je dit quelque chose qui ne te plaît pas, Charlus ? fit son frère qui semblait prendre un malin plaisir à le mettre mal à l'aise.

-Tu racontes des inepties, dit froidement Charlus. »

Il ne savait pas bien si c'était une façon pour Darius de plaisanter ou si c'était vraiment pour l'ennuyer. Quoi qu'il en soit, Dorea n'avait pas besoin de connaître de bout en bout son passé plus ou moins… libertin. Ni qu'elle se mette à imaginer qu'il attendait la première occasion pour aller voir ailleurs. Surtout pas le jour de leur mariage. Pendant trois secondes (c'est long trois secondes dans ce genre de situation), elle se contenta de regarder fixement Darius avec son visage qui ne laissait lire aucune émotion. Puis elle sourit. Mais pas de ce petit sourire crispé adorable. Plus… moqueusement.

« Je crois que mon cousin Regulus voulait discuter avec vous d'une affaire du Magenmagot, Mr Potter, lui dit-elle en arquant un sourcil clairement suffisant. Une affaire de Magie Noire. »

Qu'est-ce que c'était que cette réponse ? Savait-elle que Darius et Regulus Black ne pouvaient pas se voir ? Depuis… Poudlard ?

« Plaît-il ? demanda froidement Darius.

-Mon cousin Regulus est...

-Pourquoi me parlez-vous de Regulus Black ? la coupa sèchement Darius.

-Pourquoi cherchez-vous à me faire douter de mon mari ? répliqua-t-elle en relevant un peu plus le menton. Vous m'accorderez bien une danse avant le repas, Mr Potter ? dit-elle un peu plus fort pour clore la discussion. »

Magnifique. Elle était vraiment pleine de ressources. Elle avait remis plus ou moins poliment à sa place Darius, sans faire d'esclandre et elle lui offrait une chance de ne pas enliser la discussion. Il était prêt à tirer sa baguette contre son frère, mais elle, avec quelques mots adroits…

« Et je vais inviter ta sœur, excellente idée, embraya Charlus. Nous nous retrouvons à la table d'honneur, ma Dorea, lui dit-il en embrassant le dos de sa main. »

Merveilleuse. Ça, c'était ce qu'on appelait savoir se tenir en société et savoir parler.

« Chère belle-sœur, vous m'accorderiez bien une danse ? demanda-t-il à Cassiopeia Black en lui tendant la main. »

Elle écarquilla ses yeux verts, très différents de ceux de Dorea, regarda son frère qui était à côté d'elle avec surprise, rougit en revenant le regarder et prit sa main. Alors comme ça, Cassiopeia Black n'était pas seulement pète-sec et hautaine ? Pourquoi rougissait-elle comme ça ?

« Eh bien Cass, vas-y, ce n'est que le mari de Dorea, marmonna Pollux Black en poussant sa sœur hors de l'estrade. »

Charlus la rattrapa lorsqu'elle trébucha sur la marche et fit un sourire narquois à Pollux Black. D'accord, il comprenait à présent. Attrapeur d'Angleterre, blablabla… Eh bien, il ne pensait pas avoir ce problème avec cette vipère de Cassiopeia Black. Elle avait toujours pris soin de le regarder de haut, comme elle le faisait avec tout un chacun soit dit en passant.

« Eh bien, Miss Black, ne nous pressons pas, se moqua-t-il à mots couverts. »

Elle remonta fièrement son menton et ne le regarda plus, même lorsqu'il attendit avec elle que la valse précédente se finisse. Il remarqua son frère et Dorea au centre de la piste, sa robe immaculée lui permettant de la repérer de loin. Il mena sa vipère de sœur au même endroit, afin de pouvoir garder un œil sur sa belle silhouette. Il attendit patiemment que sa belle-sœur lui redonne sa main et daigne poser sa main manucuré sur son épaule. Il ne poussa pas le vice à la tenir trop près de lui (il n'en avait pas beaucoup envie non plus).

« Vous ai-je vexée ? demanda-t-il après un bonne minute de silence de plus. »

Ce n'était pas permis d'être si susceptible.

« Ai-je l'air vexée ? trouva-t-elle malin de répondre en plissant le nez.

-Vous avez l'air passablement dégoûtée avec cette grimace. Suis-je si répugnant ? demanda-t-il faisant fi de toute convenance.

-Vous n'avez aucun filtre et aucune tenue. Il n'y a que Dorea pour ne rien en voir et ne pas avoir honte d'être votre épouse, marmonna-t-elle entre ses dents de vipère.

-Il est vrai que vos mots ont été soigneusement filtrés, se moqua-t-il.

-Tant d'impertinence, elle finira folle avant l'année prochaine, poursuivit Cassiopeia Black.

-Vous ne lui laissez pas deux semaines ? se moqua-t-il un peu plus. Voyons, laissez-lui un an pour s'acclimater à mon impertinence, je vous en prie, Miss Black.

-Un an à la rendre folle, donc. Vous êtes bien aimable, Mr Potter. »

Tant de marmonnements. Et elle disait qu'il n'avait aucune tenue. Ben voyons.

« Changeons du sujet, voulez-vous, reprit-il en hallucinant. Dites-moi, vous travaillez bien au Département de la coopération magique internationale, c'est cela ?

-C'est cela, répéta-t-elle en pinçant les lèvres. Vous n'êtes pas obligé de faire la conversation.

-Je n'aime guère le silence, répondit-il distraitement en cherchant Dorea des yeux.

-Vous serez désappointé avec ma sœur, piqua-t-elle.

-Il me semblait pourtant qu'une cousine d'Aristote Parkinson parlait d'un cousin de votre frère qui était très efficace, et non de sa sœur, reprit-il sans tenir compte de sa remarque.

-Regulus, oui. Je suis sa secrétaire, répliqua-t-elle en relevant le menton avec une fierté évidente.

-Sa secrétaire ? s'étonna-t-il. »

Ou… sa secrétaire ? Copuler entre cousin-cousine c'était bien un truc de la Maison des Black. Pourquoi il pensait à ça déjà ? Surtout que si c'était vraiment le cas, ils se seraient mariés depuis perpète.

Mais… c'était bien son frère qui traversait la salle, seul, sans Dorea ?!

« Je vais le tuer. »

Dorea était seule à l'autre bout de la piste, les mains devant elle, comme si… parce que son frère l'avait laissée seule, au milieu d'une valse !

« Que se… mais pourquoi Dorea est seule ? demanda sa belle-sœur d'une voix blanche.

-Excusez-moi, je vais…

-Mais ne me laissez pas comme ça ! paniqua Cassiopeia Black. Regardez, tout est en ordre, mon cousin Arcturus la fait danser.

-Alors je dois faire bouffer sa baguette à mon frère ! chuchota furieusement Charlus en essayant de se dégager d'elle.

-Mais arrêtez, personne n'a rien vu grâce à Arcturus, dit-elle à toute vitesse. Mais si vous y allez, tout le monde comprendra…

-Bien, bien, s'exaspéra-t-il. Je vais le tuer. Comment peut-il… Merlin, lui il ne sait pas se tenir ! Je ne lui demande jamais rien et…

-Parlez moins fort, vous attirez l'attention, lui dit-elle. »

Il s'éloigna progressivement de la masse des danseurs pour la mener aux tables dressées. Il embrassa le dos de la main qu'elle lui tendait avant de foncer sur Darius pour le saisir par l'épaule et le mener à l'écart malgré ses protestations. Son frère se dégagea de sa prise lorsqu'ils arrivèrent derrière la table des mariés.

« Mais tu n'as aucun cœur ? Comment peux-tu me faire ça ? Lui faire ça ? explosa-t-il le moins fort qu'il put. Dorea est la mariée ! La mariée ! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Ta baguette est cassée ? Un hippogriffe t'a piétiné ? Tu as rayé ta boule de cristal ?

-C'est une vipère ! explosa son frère derrière ses lunettes rondes et sa barbe noire. Elle est… Merlin, elle t'a retourné le cerveau ! Tu étais le premier à critiquer l'exultation du Sang-Pur et elle te fait jouer au coq aujourd'hui ! Tu te maries ! Bon Dieu, tu m'as toujours dit que le mariage n'en valait pas la peine ! C'est toi qui a un problème !

-Je suis amoureux, tu y crois ? reprit Charlus en toisant son frère qu'il dépassait d'une dizaine de centimètres. Alors je me marie, c'est tout ! Tu pourrais te contenter d'être… je ne sais pas, heureux pour moi, non ?

-Tu n'es pas heureux ! Tu pleurniches depuis que tu es fiancé ! Tu es inquiet en permanence ! Tu… Eh bien tu avais raison d'être inquiet !

-Je suis heureux ! Et je ne te permets pas de dénigrer Dorea comme tu le fais ! Je n'ai rien dit quand tu martelais du Madam Frigide à tout bout de champ tant qu'elle ne le savait pas, mais la laisser au milieu de la foule, au milieu d'une valse, c'est trop ! Tu vas aller t'excuser tout de suite !

-Tu peux toujours courir !

-Va t'excuser tout de suite !

-Tu ne penses pas que j'ai mes raisons ?

-Comment peux-tu… dit-il en se sentant perdre définitivement tout calme.

-Bon Dieu, elle m'a avoué sans détour qu'elle faisait de la Magie Noire ! explosa son frère. Elle m'a insulté ! Moi, je ne reste pas ici, tu fais ce que tu veux, mais cette famille est simplement dangereuse !

-Arrête de répétez encore et toujours la même chose et comprends juste que c'est ma femme ! Mon épouse ! C'est notre mariage ! Je ne te demandais qu'une chose pour faire plaisir à Maman et Papa, mais toi tu préfères jouer à Mr Je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde ! Une soirée, c'était trop te demander ? Une soirée où tu essayais d'être cordial avec moi et avec elle ! Elle ne fait pas de Magie Noire, elle n'est pas raciste, elle a été assez aimable pour ne pas prendre ombrage de tes propos lors de la prise des photographies, elle est juste… Elle est mon épouse, je l'aime, et je vais vivre heureux et longtemps avec elle, d'accord ?

-Tu es tellement aveuglé, c'est ahurissant, se moqua méchamment Darius. Mais ne compte pas sur moi pour la bénir comme Grand-père, Papa et même Maman qui s'y est mise. C'est au dessus de mes forces d'envisager que tu auras des gamins avec elle, cracha-t-il en se dégageant de sa prise.

-Tu es jaloux, alors ? Ah ça ! Grand-père ne dit jamais pourquoi tu ne veux pas te marier, mais peut-être que c'est une question d'incapacité ?

-Mais arrête de toujours te moquer de tout ! s'écria son frère dont la voix fut heureusement couverte par la musique. Tu peux encore faire annuler le mariage d'ici ce soir ! Elle est froide, méprisante et puis zut ! »

Il s'apprêtait à lui hurler d'aller ramper devant Dorea, lorsqu'il sentit un bras se glisser autour du sien et le ramener en arrière. Son prénom dans la bouche Dorea le calma un court instant.

« Charlus ? Que se passe-t-il ?

-Je dois prendre congé, dit Darius en profitant pour s'enfuir sous le regard noir de Charlus. Toutes mes félicitations et tous mes vœux de bonheur, fit-il amèrement. »

Ce n'était pas des excuses. C'était de la moquerie toute cynique à la Potter. Il se raccrocha à la main de sa femme pour ne pas poursuivre Darius et le jeter aux pieds de Dorea. Ceci ne servirait à rien. Darius était bien trop fier et buté.

Il préféra prendre les mains de son épouse, et baisser la tête vers ses doigts. Sur le majeur de la main gauche brillait sa bague de fiançailles et à l'annulaire, à côté, son alliance. Ses doigts aux ongles soignés étaient doux et un peu moites à cause de la chaleur de la pièce. Il y déposa ses lèvres deux secondes avant de s'excuser pour la conduite de Darius en espérant ne pas s'emporter à nouveau.

« Je suis monstrueusement honteux de l'attitude de mon frère, lui murmura-t-il. Je lui ai ordonné de s'excuser, mais il a refusé sous prétexte que tu l'aurais insulté. Il va sans dire que je lui ai dit qu'il t'avait cherchée et ce, devant moi tout à l'heure, que tu lui avais donné une chance de se racheter et qu'il avait trouvé pire pour te mettre dans l'embarras.

-Ce n'est rien, je ne lui accorderai plus aucune danse, voilà tout, lui dit-elle avec une voix douce et compréhensive. Mon cousin Arcturus est arrivé à point nommé pour le remplacer, expliqua-t-elle gentiment. »

Il avait beaucoup trop de chance. Elle était bien trop magnanime avec lui. Il n'aurait jamais dû insister pour que Darius vienne. Il avait espéré que son frère changerait d'avis en voyant Dorea, et que la présence de Darius ferait plaisir à ses parents. Ils auraient cru que la hache de guerre était enterrée mais… Mais ceci n'avait apporté que des désagréments à la dernière personne qu'il voulait mettre dans une position désagréable.

Il s'empressa de remercier Arcturus Black tout en cherchant la manière de faire comprendre à l'avenir à Darius que c'était un Veracrasse de première catégorie.

« Nous pourrions convier les invités à table, proposa gentiment sa Dorea.

-Mon frère va m'entendre, comment… marmonna-t-il en l'imaginant suspendu au sommet du sapin de Noël à la place de la petite fée.

-N'en parlons plus pour le moment, voulez-vous. Cela vous contrarie. »

Comment pouvait-elle être si gentille et douce avec lui après ce qu'il venait de se passer ?

-Un peu que cela me contrarie ! insista-t-il avant de prendre sur lui pour profiter du sourire de Dorea qui était revenu. Qui as-tu mis avec nous à table, déjà ? demanda-t-il en enroulant son bras autour de sa taille. »

Il releva distraitement son rougissement et s'amusa de voir son sourire s'accentuer. C'était à coup sûr la plus belle mariée qu'il avait jamais vue. Si élégante. Si délicate. Avec un rustre comme lui.

« Lucretia et Mr Prewett. Ma sœur et mon frère. Ta cousine Ambuela et son mari, ils ont moins d'un an de mariage, je ne pouvais pas les séparer… »

Il n'entendit pas la suite. C'était bien un petit ta et non un trop long votre, n'est-ce pas ? Elle parvenait enfin à le tutoyer ? Il avait espéré qu'elle ne le vouvoierait pas toute leur vie. Il serait vraiment gêné qu'elle le vouvoie dans leur lit. Il l'avait imaginé dire « J'ai envie de vous, Je vous aime, etc. », et c'était bien trop formel pour ne pas freiner radicalement ses ardeurs. Il avait pensé devoir lui demander d'oublier tant de protocole, mais si elle trouvait d'elle-même que le vous était de trop… Elle anticipait ses demandes et ses désirs. Qu'est-ce que ce serait ce soir. Qu'est-ce que… Merlin, ne pas penser à ça tout de suite.

« Je me demandais quand est-ce que tu me tutoierais, c'est enfin fait, merci Merlin, se réjouit-il. »

-Je suis désolée, je… bafouilla-t-elle en rougissant de gêne.

-Je te dis que j'attendais cela, j'aurais même préféré que ce soit fait plus tôt. Alors, comment je vais attirer leur attention… Un bon vieux Sonorus fera l'affaire, se décida-t-il en pointant sa baguette contre sa gorge. Mes amis, ma famille, je vous invite à prendre place à table, dit-il en repérant la petite Lucretia pendue au bras d'Ignatius. Petite Lucretia, je sais qu'Ignatius est intéressant, mais il est temps de manger, se moqua-t-il gentiment. »

-Charlus, bafouilla Dorea en lui donnant un coup de coude.

-Oui Dorea ? Faut-il ajouter quelque chose ? Ah oui, comprit-il en improvisant un discours. Je vous remercie tous d'être présents aujourd'hui pour… »

Elle était dans ses bras, alors tout allait bien. Jusqu'à ce que la voix légèrement hystérique de la petite Lucretia le fasse sursauter et lâcher Dorea pour croiser les bras devant lui.

« Comment avez-vous osé, Mr Potter ! Et en plus, je vais devoir m'asseoir à côté de vous ! C'est votre nouveau jeu, humilier la petite Lucretia ? Et je ne suis pas petite, d'abord ! Je suis de taille normale ! C'est vous qui êtes bien trop grand ! Quant à Mr Prewett, il est votre témoin et par déduction mon cavalier, il est donc normal que je reste auprès de lui ! »

Pas vraiment, non. Mais il l'autorisait volontiers à monopoliser l'attention de son meilleur ami.

« Vous voulez changer de place avec Dorea pour vous asseoir à côté d'Ignatius ? la taquina-t-il un peu plus. Ah ce gredin, il a toujours su capturer le cœur des filles. »

Ses yeux globuleux pulsèrent hors de leurs orbites, elle rougit et enfouit son visage dans ses mains et marmonnant des insultes peu courtoises.

« Charlus, vous la mettez mal à l'aise, souffla Dorea avec hésitation. »

Vous ? Vraiment ? Eh bien pour la peine, il ferait pire au Nouvel An. Il se pencha à l'oreille de Lucretia et dut la tenir en place pour qu'elle l'écoute. Du moins, au début.

« Je vous taquine, Petite Lucretia. Je suis bien content qu'une jeune sorcière aussi jolie que vous puisse trouver de l'intérêt à mon grognon de meilleur ami dument célibataire. Mais vous savez, il est assez aveugle et vous n'arriverez pas à lui arracher un rendez-vous aujourd'hui. Je vous taquine pour qu'il vous remarque au lieu de vous briser le cœur, comme il le fait habituellement. Si je vous propose de vous inviter à passer Nouvel An à Flaquemare, avec Dorea, Ignatius et moi, juste tous les quatre, qu'en dites-vous ? Ce sera peut-être enfin une possibilité pour faire comprendre à Ignatius ce que vous attendez de lui.

-Vous feriez cela ? demanda-t-elle à voix haute avec émerveillement.

-Je vois ça avec votre père tout à l'heure, lui promit-il avec amusement. »

Ce sera sans doute son premier chagrin d'amour, ne put-il s'empêcher de penser malgré lui. Combien de filles avait-il consolé à cause d'Ignatius ? Ambuela, Daphné, Cheryl… Il y avait aussi Aileen MacAlister, mais il ne l'avait pas consolée de la même manière, se rappela-t-il avec un coup d'œil furtif vers Dorea.

« Potter ! s'exclama la voix d'Harfang derrière lui.

-Londubat, content de te voir, se réjouit Charlus en lui serrant vigoureusement la main. Merci du coup de main pour tout à l'heure, lui dit-il avec un regard entendu.

-Oh Charlus, n'encouragez pas mon mari ! s'affola Callidora. Il est persuadé que le baiser de mariage est une tradition qu'il faut instituer.

-Et je suis d'accord avec lui, approuva Charlus alors qu'Harfang riait largement en tirant sa chaise à son épouse. »

Ceci rappela à Charlus d'en faire de même avec Dorea. Elle lui offrit son petit sourire crispé comme remerciement.

.

Il était heureux. Dorea riait au récit des aventures d'Harfang chez les Aurors. Elle tenait sa main sur la table, bien à la vue de tous, comme si la bonne humeur exubérante d'Harfang la détendait tout à fait. Elle était belle… belle et si délicate et sensuelle. Toute à lui.

« Et si nous retournions danser ? lui proposa-t-il en reculant sa chaise pour se lever.

-D'accord, accepta-t-elle en prenant la main qu'il lui proposait pour se lever. »

Son petit sourire un peu trop léger et son mutisme venait peut-être de l'alcool, cette fois, songea-t-il avec amusement en lui racontant tout ce qui lui passait par la tête. Elle ne riait plus, mais au moins il voyait avec certitude qu'elle l'écoutait. Il la laissa danser avec son père sans se risquer à la lâcher du regard. Il fronça durement les sourcils en la voyant raccompagner son père qui toussait à s'en arracher les poumons. Il commença à s'éloigner de sa cousine Evangeline avec laquelle il discutait, pour s'approcher de Dorea, mais la petite Lucretia lui tomba dessus. Elle exigea une danse avec lui avec ce ton autoritaire de petite fille capricieuse qui fit hausser un sourcil surpris à Charlus. Il reporta rapidement son attention sur Dorea en ignorant la petite Lucretia, mais elle retournait danser avec son Oncle Arcturus. Il accepta la main de Lucretia et en profita pour l'embêter sur Ignatius.

« Ignatius aime énormément les choses étranges et insolites, lui confia-t-il avec amusement.

-Vous me dites que je suis une chose étrange et insolite ? s'offusqua-t-elle.

-Parce que vous avez assez de prétention pour penser qu'il vous aime énormément ? se moqua-t-il ouvertement. »

Elle bafouilla, rougit, s'emmêla les pieds et il dut s'arrêter pour l'empêcher de s'étaler au sol.

« Dorea aime les vieux trucs dont personne ne veut, rétorqua-t-elle en relevant le menton. »

Merlin. D'accord, peut-être qu'il l'avait cherchée, mais ça, ce n'était pas gentil. Et pas poli. Surtout pour une jeune fille comme elle. Pas de quartier à présent.

« Dois-je comprendre que je suis un vieux truc dont personne ne veut ? fit-il en attendant son oui.

-C'est vous qui le dites, préféra-t-elle répondre.

-Dois-je comprendre qu'Ignatius est alors trop vieux pour vous ? Dois-je le lui dire ?

-J'ai dit vieux, et non trop vieux, répliqua-t-elle vertement. Il a… Il a le même âge que vous, non ? vingt-cinq ans ? Et… Et puis il y a aussi l'apparence ! Il fait bien plus soigné que vous ! »

Il explosa de rire. Ignatius et sa longue barbe rousse pas entretenue, son vieux chapeau qui servait de niche à son Botruc, ses robes… Bon, là, sa robe était neuve, mais c'était un miracle, reconnut-il en le voyant approcher avec Dorea à son bras.

« Eh bien votre prince charmant, vieux et soigné arrive, se moqua-t-il. Si vous voulez vous marier avec lui, n'attendez pas qu'il soit trop vieux. »

Elle s'emmêla à nouveau les pieds. Lorsqu'elle releva ses petits yeux agacés sur lui, elle lui parla sans bafouiller. Seules ses joues rouges lui indiquèrent que la colère en était la cause.

« Je préfère épouser un homme trop vieux, qu'un homme avec une réputation légère comme la vôtre, siffla-t-elle avant de relever le menton et de s'enfuir dans la direction opposée à celle d'où venaient Ignatius et Dorea. »

Aïe. Ça, ça faisait mal. Surtout que, si elle le mentionnait, c'était sûrement parce que Dorea en avait discuté avec elle. Et pourtant, Dorea ne lui avait jamais posé la moindre question par rapport à son passé tumultueux. Peut-être qu'elle n'avait jamais osé l'évoquer avec lui. Ou que celui-ci ne lui posait aucun problème… parce qu'elle lui faisait confiance ? Ou parce qu'elle avait, elle aussi, déjà eu des aventures.

« Que lui as-tu dit, Charlus, pour la faire fuir à notre approche ? demanda Ignatius en regardant la petite Lucretia s'enfoncer dans la foule. Miss Lucretia ne semble pourtant guère susceptible.

-Si peu, fit Dorea avec un sarcasme évident qui lui fit penser à celui qu'elle avait soigneusement entretenu lors du Nouvel An au Ministère.

-Je lui ai demandé si elle cherchait à se marier, parce que je voyais plusieurs hommes la regarder avec intérêt, fit-il en passant son bras autour de la taille de Dorea.

-Tu ne lui as pas dit que ça, fit-elle en levant les yeux au ciel. »

Elle plaisantait. Elle était légère et heureuse, comme avant leurs fiançailles.

« Comment le sais-tu ? s'étonna-t-il faussement.

-C'est évident, fit-elle en haussant les épaules. Et puis, elle ne nous aurait pas fuis ainsi, sauf si l'un de ces soi-disant hommes s'était approché, fit-elle en le fixant avec insistance. »

Alors elle aussi avait vu combien Ignatius était un sujet d'étude intéressant pour la petite Lucretia ? Oh s'il pouvait comploter avec Dorea pour mettre sa cousine mal à l'aise, ce serait…

« Mais, Miss Lucretia a tout juste seize ans, non ? s'étonna Ignatius. »

Merlin. Il comprenait mieux pourquoi Ig la trouvait mignonne. Elle était encore une enfant pour lui. Une gamine. La petite Lucretia était foutue.

« Elle en a dix-huit, elle a quitté Poudlard, précisa tout de même Charlus avec un clin d'œil pour Dorea.

-Vraiment ? s'étonna Ignatius en regardant la foule. Elle m'a pourtant dit que c'était la première fois qu'elle relevait ses cheveux en chignon.

-Son Grand-père Sirius, le patriarche de la Maison des Black, est très… protecteur avec elle, intervint Dorea en mitraillant Charlus de reproches. Laisse ma cousine tranquille, chuchota-t-elle.

-Est-ce un ordre ? se réjouit Charlus. »

-Je n'oserais pas, bafouilla-t-elle en cachant sa bouche avec ses mains, secouant vigoureusement la tête.

-Si, c'était un ordre, s'amusa-t-il en se penchant à son oreille. Je vais l'exécuter.

-Non, non, mais…

-J'aime bien quand tu me donnes des ordres, tu devrais le faire plus souvent. »

Enfin mariés. Enfin à lui. Enfin elle-même.

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(... Merci FelicityCarrow pour ta review ! Eh oui, Tante Falbala n'est pas si idiote ^^ et c'est ça, la potion de sommeil qu'Annabella donne à Dorea fixe le sort de Beurk :/ J'ai préféré ne pas réécrire le chapitre dans le bureau du père de Dorea pour faire une éllipse au mariage, mais tu as le pdv de Charlus sur ces derniers mois avec ce chapitre !

A très vite!)