Nuit salvatrice

Daud était dans son siège face au pic fumant sa cigarette, digérant son ragout de bœuf épicé et ses petits légumes. Corvo s'approcha de lui et lui tendit un verre de Orbon. L'assassin l'accepta avant d'en boire une solide gorgée.

"-Ainsi donc, commença Corvo très solennel. Nos chemins se séparent à nouveau. Cette aventure aura été...intéressante, comme il y a onze ans.

Le garde du corps fit une courte pause.

-J'imagine que demain tu partiras pour Shindaerey.

L'assassin ne répliqua pas.

-En attendant, comme c'est notre dernière soirée, joua Corvo. Nous devrions trinquer.

Sirotant une petite gorgée, le Protecteur s'installa sur une des caisses sur le pont.

-Il y a onze ans, commença Daud. Je me suis mis en quête de ce couteau et du moyen le plus simple d'éliminer l'Outsider. J'ai parcouru le monde, affronté des sectes jusqu'à arriver à Karnaca et tomber sur les Aveuglés. J'étais sûr de ce que je devais faire. J'étais prêts à tout pour en finir une bonne fois pour toute avec ce salaud aux yeux noirs. J'étais prêts à perdre un membre. J'étais prêts à perdre ma magie. J'étais même prêts à perdre la vie, s'il le fallait. Mais maintenant, je ne suis plus sûr de rien.

L'assassin se leva face au protecteur royal.

-Tu as le don, Corvo Attano, soupira Daud. De me mettre des doutes plein la tête. C'était pareil il y a onze ans. Et ce soir une fois encore, je doute.

Le plus vieux se tourna vers la plus haute montagne de l'île.

-Je sais que je dois le faire, argumenta le meurtrier. C'est une chose que je DOIS faire. Mais après ce que j'ai lu dans le carnet de Ashworth, l'incertitude s'est emparée de moi et m'a ramené aux évènements de Brigmore. Le monde court à sa perte si Delilah fini sa peinture, c'est une certitude. Le monde sans la magie de l'Outsider ne peut pas être pire qu'un monde dominé par cette sorcière.

Corvo se leva à son tour et se posa à côté de comparse.

-J'imagine que ma quête pour Shindearey peut attendre encore un peu...lâcha Daud.

-Je ne pensais pas que tu me dirais ça mon ami, ricana Corvo. Je pensais que tu sauterais sans attendre dans le skiff et que tu partirais aussi vite que possible là-bas.

-Plus maintenant, se moqua Daud en se tournant vers le garde. Je viens avec toi demain à Poussièreville. Nous allons savoir exactement ce qu'il s'est passé il y a trois ans, quel genre de rituel Delilah a fait pour devenir immortelle et pour permettre au Vide de s'infiltrer dans la demeure de Stilton.

-Merci, lâcha simplement Corvo."

Daud s'approcha et attrapa la lèvre supérieure avec les siennes, jouant avec malice avant de passer à celle du bas et de l'embrasser en pleine bouche, taquinant lentement la langue du soldat qui répondait doucement à sa consœur. Ils finirent par quelques baisers avant de se séparer. Corvo redressa la tête et tomba sur le regard bleu de l'assassin qui l'étudiait de près. Il sentait son odeur de tabac et d'épice qui se dégageait de lui, cette présence si spécifique au serkonien et son regard le pénétrant jusqu'au plus profond de son être.

Ce sentiment ne l'avait jamais quitté, ce vide qu'il semblait constamment ressentir quand il n'était pas face à lui, ce frisson qu'il ressentait en entendant le froissement de l'air quand il se déplaçait, la chaleur qui lui parcourait les membres en voyant ses yeux d'un bleu si clair, le drôle d'effet que lui produisait sa mâchoire qui se contractait sous l'effet de son humeur. Corvo grimaça, repoussant ce sentiment, cette sensation de manque, ce besoin de le voir, de l'entendre, de le posséder. Mais, à quoi bon se retenir ? Il enfoui son nez dans son cou, humant son odeur. Les baisers du Protecteur remontèrent sa jugulaire, trouvèrent les lèvres entre-ouvertes de l'assassin, il papillonna un temps avec, effleurant et goûtant leur douceur avant de l'embrasser pleinement. Puis, avec sa langue, il explora les parois de ses joues, de son palais et de sa langue avant de se séparer à nouveau.

Un bref sourire du plus vieux se dessina, en une fraction de secondes, les deux hommes se retrouvèrent dans la cabine du plus jeune. Retirant lentement leurs vêtements l'un après l'autre, Daud a fait basculer avec une certaine douceur le protecteur sur le lit avant de l'embrasser avec prudence. Le regard bleu s'attarda sur les muscles, les cicatrices et les brûlures du garde, s'empreignant de chaque endroit comme une faille à exploiter. Les lèvres du professionnel embrassèrent un impact de balle ici, sa langue suivit une coupure qui lui était familière, faisant arquer le dos de son amant.

Les doigts du meneur gardaient en mémoire la souplesse de sa peau, la rigidité de ses muscles alors que l'érection de Corvo se manifestait. Un soupir accompagna son spasme quand Daud fit glisser sa bouche le long de sa verge, sa langue mouillant son membre durci et droit. Après quelques vas et vient langoureux, les lèvres de Daud quittèrent son pénis et il suça deux de ses doigts avant de les glisser l'un après l'autre dans l'arrière train de Corvo, s'enfonçant lentement en faisant de petits mouvements pour le dilater.

Un gémissement de plaisir fendit Corvo, son corps ondulant comme les vagues de l'océan qui s'écrasaient sur la coque du navire. Ne sentant plus les doigts dans son antre, un bref regard vers son compagnon et il devina la suite. Son chibre en élévation ne tarderait pas à remplacer ses doigts. Fermant les yeux et basculant la tête en arrière, il sentait le phallus de son amant le pénétrer, le sentant monter en lui dans une étrange sensation de plaisir et de douleur mélangés. Un bref baisé lui effleura les lèvres, le bassin de Daud recula pour revenir aussitôt. Ses hanches se redressèrent automatiquement, laissant la place à son amant pour manœuvrer facilement.

Après de lents mouvements, le rythme commença à doucement s'accélérer, les soupirs de Corvo suivaient le battement de son amoureux alors que le souffle de Daud venait se bloquer contre son oreille. Les râles excités de son partenaire lui donnaient des frissons dans les membres. Enroulant ses bras autour de ses épaules bien dessinés pour mieux ressentir les vibrations de son corps. Quelques coups secs et rapides lui arrachèrent des cris de passion. Jusqu'à la délivrance, un lourd spasme secoua Daud alors qu'ils avaient jouis tous les deux. Se retirant avec prudence, Daud embrassa langoureusement Corvo avant de glisser à ses côtés, rencontrant le moelleux du lit.

Corvo s'allongea sur le ventre, bien campé sur ses genoux, ses fesses accueillantes en l'air. Même le plus fanatiques des Superviseurs n'aurait pu résister au regard chocolat brûlant qui apparaissait derrières ses bras galbés. Daud se redressa, son érection à son apogée et se glissa en lui jusqu'à la garde. Les hanches de Daud venaient marquer les fesses de son amant à chaque coup, la colonne vertébrale de Corvo ondulant au rythme du meneur. Les mains de Daud glissaient sur ses épaules de soldat, puis les tétons durcis, ses côtes musclées et s'agrippa aux hanches.

Corvo gémi d'un plaisir à peine contenu donnant le signal d'alarme à son compagnon, celui-ci accéléra la cadence, son corps brûlant du deuxième orgasme qui l'avait traversé. Les gémissements de Corvo se changeaient en râles provocateurs. Puisant dans ces dernières forces, Daud pilonna vaillamment, se vidant jusqu'aux derniers spasmes, grognant de concert. Alors que Daud s'extirpa de son dos, Corvo jouissait en se vidant sur les draps. Le souffle court, les deux hommes s'écroulèrent sur le lit.

Pendant de longue minute, ni l'un ni l'autre ne parla, Corvo s'allongea sur le flan contemplant ses trophées. Le bras de Daud entoura son favori se noyant dans son intimité, leur corps allongés l'un contre l'autre, emboité comme des cuillers.

Les pensées s'effaçaient lentement, laissant place à un sommeil réparateur.