Bonjour/Bonsoir/Holà !

Ce recueil se constitue de textes produits lors des nuits du FoF, nuit d'écriture qui a lieu tous les mois durant le premier week-end, de 21h à 4h du matin, un sujet par heure. Allez jeter un œil si vous ne connaissez pas, c'est très sympa.

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Ce texte a été écrit pour la 121ème Nuit du FoF, pour le thème 4 « Malédiction ». Il est assez courtet se concentre sur Cersei, pour une fois. Je pense continuer, au-delà du délai de la Nuit du FoF, à développer l'aspect « maudit » des jumeaux.

Dans ce chapitre, Jaime et Cersei ont près de vingt-cinq ans, Tyrion en a vingt-et-un, Brienne seize et demi et Margaery quinze.

Je n'ai pas posté le chapitre à temps pour qu'il entre dans la sélection de la nuit du FoF, mais il existait, donc voilà. Bonne lecture.

- Maudits -

4/5

Brienne en roses mineures

La porte s'ouvrit sur le placard à balai qui lui servait de chambre et une jeune fille rousse aux cheveux trop courts entra d'autorité, à moitié perdue dans son pull beaucoup trop large. Brienne leva à peine les yeux. Elle n'en revenait pas d'avoir atterri là. Malheureusement, même si elle avait eu envie de hurler et de disparaître au plus profond des grottes de Tarth, il ne restait que quelques semaines avant les examens d'entrée à l'école militaire et elle ne pouvait pas se permettre de disparaître. Acculée, elle avait frappé à la porte du studio de Loras Tyrell, qui avait posé des questions, regardé bébé-chat comme un démon et clairement hésité à la renvoyer à plus compétent que lui. Mais Margaery, qui était chez lui pour la semaine de vacances, avait insisté. Et depuis, Brienne dormait chez eux.

- Il faut que tu répondes à Tyrion, dit la rouquine en s'asseyant sur le bord du lit. Il n'arrête pas de m'appeler, il est super inquiet.

- Je n'ai envie de parler à personne.

Brienne fixait le plafond, allongée sur le lit. Ses affaires étaient éparpillées dans un fouillis inhabituel autour d'elle. Elle avait jeté ses gants de boxe contre le mur quand elle avait réalisé qu'elle les avait emportés, parce que c'était les gants que Jaime lui avait offerts, et Jaime était un monstre.

- Tu sais, ça ne te ressemble pas d'être comme ça, dit Margaery.

- Je me fiche de ce qui me ressemble, répliqua Brienne d'un ton hargneux. D'ailleurs tu ne sais pas ce qui me ressemble. Tout ce que tu sais, c'est comment humilier les gens qui te font confiance.

L'attaque toucha juste, et le silence se fit inconfortable. Dans sa position, Brienne ne pouvait pas voir le visage de l'autre adolescente, mais elle était satisfaite de ne plus l'entendre parler. Elle n'arrivait toujours pas à décider de ce qu'elle éprouvait pour Margaery Tyrell, cette fille qui l'avait trahie devant toute l'école et dont elle supportait la présence de manière plus ou moins régulière depuis deux ans, à la fois à cause de son amitié avec Renly, et à la fois parce que les Tyrell couvraient Brienne auprès de son père pour lui permettre de rester avec les Lannister.

Pour lui permettre de rester vivre avec un monstre, et le complice qui le cachait. Parce qu'il fallait qu'en plus de tout, de cette vision qui ne s'effacerait jamais de sa mémoire, il fallait que Brienne ait vu, au regard de Tyrion, qu'il savait. Il avait toujours su.

- Tu as raison, dit enfin Margaery. Je suis plus douée pour faire du mal à ceux qui me font confiance que pour leur montrer qu'ils ont eu raison de le faire. Mais j'ai jamais vu des amis aussi proches que toi et les Lannister. Tu ne peux pas les laisser tomber.

- Il couche avec sa soeur ! hurla Brienne en se redressant brutalement.

Elle s'en voulut immédiatement. Elle n'avait pas dit aux Tyrell pourquoi elle avait quitté l'appartement qu'elle partageait avec les Lannister. Ce n'était pas à elle de transmettre le secret inavouable qu'elle avait découvert. Mais Margaery ne frémit même pas. Elle se contenta de la regarder, droit dans les yeux, le visage serein. Brienne sentit son visage s'affaisser sur lui-même.

- Tu le savais.

Ce n'était pas une question. Margaery hocha néanmoins la tête. Soudain, Brienne eut envie de vomir. C'était trop.

Comment ? Pourquoi ? Qui ignorait réellement ce secret horrible ?

Brienne prit plusieurs profondes inspirations, repoussa la nausée qui lui brûlait la gorge et parvint, après de longues minutes, à reprendre contenance. Margaery la fixait toujours calmement.

- Tu sais, dit-elle enfin, je ne crois pas qu'on soit responsable de qui on aime. Je ne dis pas que ce qu'ils font c'est bien. Quand je l'ai appris, moi aussi je trouvais ça dégueulasse. Mais des tas de gens trouvent Loras et Renly dégueulasses, et pourtant, ils ne font rien de mal. A une époque, Loras avait l'habitude de dire qu'il était maudit. Il disait qu'il ne serait jamais un garçon normal, que le monde le verrait toujours comme un malade. Je ne suis pas dans sa tête, et je vois mal comment je pourrais l'être. Mais ça fait sens, non ?

- Loras n'est pas maudit, répliqua Brienne avec force. Renly non plus. Et ça n'a rien à voir.

Margaery haussa les épaules.

- Je pense que c'est plus compliqué que ça n'en a l'air. Et je pense que si c'était toujours comme ça entre Jaime et Cersei, il ne serait pas parti à des centaines de kilomètres en refusant de répondre à ses appels ou de la voir quand il rentre à Castral Roc.

- De quoi est-ce que tu parles ?

- Ma grand-mère fait affaire avec Tywin Lannister. Je suis régulièrement à Castral Roc pour les vacances. Et j'ai déjà vu Cersei essayer de piéger Jaime dans les couloirs, et lui la fuir en lui demandant de le laisser tranquille.

Brienne aurait voulu échapper au regard clair de Margaery, mais c'était impossible. Depuis qu'elle s'était coupée les cheveux par la force des choses, on ne voyait plus que ses yeux au milieu de son visage pâle constellé d'infimes tâches de rousseur.

- Tu as raison de m'en vouloir, reprit Margaery. En toute honnêteté, je ne comprends pas très bien pourquoi tu as accepté de me redonner une chance en tant qu'amie. Mais il y a une chose dont je suis sûre, c'est que les frères Lannister tiennent à toi. Après cette histoire, au collège, Tyrion nous a menacés de la même manière que si nous avions attaqué un membre de sa famille. Quand vous avez dû quitter la pension, la première chose qu'il a faite après avoir fait débloquer son compte en banque, ça a été de m'appeler pour que je raconte à ton père que je vivais avec vous dans ce nouvel appartement, et qu'ainsi personne ne panique à l'idée de te laisser seule avec eux. Je crois qu'ils feraient à peu près n'importe quoi pour toi. Tu peux pas simplement disparaître comme ça sans plus accepter de leur adresser la parole. En trois ans et demi, ils t'ont jamais abandonnée. Et s'il y a bien une personne dont j'aurais cru qu'elle aurait trop d'empathie pour abandonner quiconque, c'est toi. Je me suis trompée ?

C'était du chantage. Brienne le voyait bien. Mais la manipulation était si pleine de vérité, dite sur un ton si plein de douceur, avec ce regard qui ne la lâchait pas, qu'elle ne pouvait pas s'en détourner tout simplement.

Et puis, elle savait que Margaery avait raison. Elle savait que Jaime et Tyrion avaient tout fait, depuis qu'ils la connaissaient, pour la garder auprès d'eux. Pour la protéger. Pour lui faire plaisir. Elle imaginait bien Tyrion faire usage de son intelligence pour assurait sa protection. Elle se souvenait des fois où Jaime avait menacé de massacrer quiconque l'approchait – et les fois où il s'était jeté dans la mêlée sans même y réfléchir.

Je ne crois pas qu'on soit responsable de qui on aime.

Non, songea Brienne. Peut-être pas.

Lentement, son esprit fit remonter à la surface toutes ces fois où elle avait tenu compagnie à Jaime en silence, dans la nuit, parce qu'il faisait des cauchemars. Parce qu'il revenait de Castral Roc. Parce qu'il lui parlait à demi-mots de sa soeur qui l'étouffait.

Un léger bruit lui fit baisser les yeux : Margaery venait de lancer son téléphone sur le lit.

- Tyrion m'a appelé vingt fois aujourd'hui. Apparemment, Jaime est resté enfermé dans la salle de bain depuis ton départ.

Sur l'écran, en effet, les appels se succédaient. Brienne réalisa alors seulement qu'elle avait sous les yeux son propre téléphone. 57 appels en absence. 18 messages vocaux. 1 SMS. Elle l'ouvrit du bout du doigt. Il ne comportait que quatre mots : « Reviens, je t'en supplie ». Et il venait de Tyrion.

L'adolescente déglutit. Elle n'avait plus envie de vomir, mais de pleurer. De frapper. De leur crier dessus, à tous les deux, ces imbéciles de Lannister. D'une main tremblante, elle verrouilla le téléphone. Elle refoula l'émotion qui lui grignotait la gorge, et releva les yeux vers Margaery. Celle-ci souriait, tout doucement. Avec une telle gentillesse qu'elle était tout à coup magnifique, même avec ses cheveux aussi courts, même avec les vêtements informes de son frère. Même en étant aussi loin de ce qu'elle avait été jusque-là.

Brienne baissa à nouveau les yeux, et ses doigts jouaient nerveusement avec son portable.

- Je ne sais pas si je suis capable de leur parler, avoua-t-elle à mi-voix.

- Je te raccompagne chez eux, si tu veux.

Les deux adolescentes se jaugèrent en silence durant plusieurs secondes, puis Brienne se leva brusquement et fourra son téléphone dans sa poche. Elle empoigna sa veste, dédaigna bébé-chat qui dormait toujours dans sa caisse de transport, pourtant ouverte. Elle n'allait pas retourner vivre chez eux. Mais oui, elle allait rentrer.

Quelques minutes plus tard, Margaery cria à son frère qu'elles sortaient, et la porte claqua derrière les deux jeunes filles.