Salut :) Encore une fois, le chapitre est un peu long parce qu'il reprend tous les dialogues du soir du mariage de Dorea et Charlus du point de vue de Charlus... Le dernier tiers (un peu moins) est nouveau (quelques détails, hum)... sur ce, bonne lecture !

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Chapitre 28 : Jeunes mariés

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Est-ce qu'elle le fuyait ?

C'est qu'elle n'arrêtait pas de danser depuis tout à l'heure (sauf avec lui) et qu'elle sautait sur le premier homme qu'elle voyait lorsqu'il s'approchait d'elle pour retourner danser, justement. Il crut qu'il l'avait enfin à lui lorsque commencèrent les remerciements et qu'il restait à côté d'elle. Mais sitôt un remerciement fait, elle se faufilait loin de lui, comme une anguille, et il ne lui restait plus qu'à remercier quelqu'un d'autre tout seul. Et puis, il était heureux qu'elle apprécie Ignatius, mais elle n'était pas obligée de le retenir ainsi. Il profita du départ d'Ignatius pour l'attraper par la taille et lui poser la question.

« Me fuirais-tu, Dorea ? demanda-t-il mi-amusé, mi-contrarié.

-Je ne voulais pas te donner d'ordre, bafouilla-t-elle.

-Oh, c'est pour cela, se rassura-t-il immédiatement en se disant que tout de même elle était surprenante. Je t'ai dit que tu pouvais. Bon, nous allons rentrer, qu'en dis-tu ? proposa-t-il avant de devoir lui courir après à nouveau.

-Oui, couina-t-elle lorsqu'il resserra ses mains sur sa taille.

-Tu as besoin d'emporter quelque chose ? demanda-il en déplaçant sa main sur sa joue. »

Elle semblait toute perdue, un peu étourdie par l'alcool sûrement.

-Mon… Mon sac de voyage, bafouilla-t-elle. Il est… Il est dans mon ancienne chambre, je vais le chercher.

-Est-il en cuir brun ? Je crois que ta mère l'apporte, l'informa Charlus en voyant Mrs Black venir à eux.

-Cygnus dort déjà, les informa-t-elle succinctement. Je vous renouvelle mes félicitations, mes enfants, commença-t-elle avec émotion. Oh ma petite Dorea, pleura-t-elle à nouveau en venant étouffer sa fille dans ses bras. »

Dorea était figée, une grimace embarrassée sur le visage. Elle n'était vraiment pas à l'aise avec les effusions de sentiments en public.

« C'est bon, Maman, ça va aller, je te revois vite, bafouilla-t-elle.

-Mr Potter, pleurnicha Mrs Black en lui prenant les mains. Prenez soin de ma fille, d'accord ? Elle est la prunelle de mes yeux.

-J'en prendrai soin, Mrs Black, ne vous inquiétez pas, lui assura-t-il avec un baisemain respectueux. »

C'était bien légitime qu'elle s'inquiète… même si elle était amusante à ses dépends.

« Viens Dorea, il est temps de rentrer chez… nous, compléta-t-il une fois qu'il eut attrapé son regard. »

Le retour de son petit sourire crispé amusa Charlus. Il faillit même rire lorsqu'elle se démena pour enlever le plus rapidement son voile avec un soulagement visible avant de le ranger en boule dans son sac de voyage sous le regard offusqué de Mrs Black. Au moins il était certain qu'elle n'était pas friande des tenues compliquées à enfiler et à porter.

« J'habite au 2, rue du Dernier Chat, à Flaquemare, lui rappela-t-il.

-Je te suis, lui promit-elle. »

Galant, il s'empara du sac de voyage, entra dans la cheminée, se retourna et la regarda une dernière fois avant de lâcher une poignée de poudre de Cheminette. Il s'envola jusque chez lui avec l'image de son épouse derrière les paupières.

Kitty a vraiment décapé et rangé le salon, songea-t-il avec embarras après avoir allumé quelques chandelles. Il posa le sac de Dorea pour l'accueillir chez elle.

Dorea... Sa Dorea. Dorea Potter. Enfin. Ils seraient enfin en tête à tête ce soir, sans personne pour les empêcher de parler, comme ils le voulaient, de rire, de s'embrasser et… Le crépitement de la cheminée mit fin à ses divagations avant qu'elles ne lui fassent perdre la tête. Il vit d'abord sa longue robe blanche voleter dans la cheminée, puis ses pieds chaussés de talons blancs d'une hauteur vertigineuse, sa taille fine cintrée de dentelle, sa poitrine menue, son cou de cygne et son visage délicat.

Il la regarda tenter d'attraper les pans de sa robe pour les soulever, mais elle s'avança trop tôt et marcha sur sa robe en se baissant pour sortir de la cheminée et il dût se précipiter sur elle pour l'empêcher de tomber.

Elle était dans ses bras. Pas de la manière la plus romantique et confortable qui soit, mais tout de même. Elle ouvrit craintivement un œil comme si elle redoutait de découvrir le sol devant son nez. Lorsque leurs yeux se fichèrent l'un dans l'autre, lorsqu'il reconnut son regard gris mouillé et étoilé, il ne trouva qu'à lui sourire en voyant son embarras.

Il s'éloigna d'elle pour la laisser se relever et s'éloigner de la cheminée, remettre les plis de sa robe en place pour occuper ses bras et masquer son malaise. Son petit sourire était un peu plus crispé, mais plus du tout anxieux. Elle était seulement un peu gênée, un peu perdue. Elle ne savait avec évidence pas quoi faire de ses bras et pas quoi dire non plus. La moindre remarque ou le moindre geste de Charlus la laissait perplexe et paniquée, mais non plus effrayée.

Il éclata de rire, heureux comme il l'était.

« Charlus, protesta-t-elle en tortillant ses doigts entre eux. »

-Je n'y peux rien, s'excusa-t-il en comprenant qu'elle avait mal interprété son rire. Tu es si… si facile à déstabiliser, si gênée par ma présence. Tu me fais à nouveau rire depuis tout à l'heure, lui confia-t-il avec tendresse.

-Je te fais rire ? répéta-t-elle avec stupeur.

-Ne te vexe pas, Dorea, la pria-t-il en venant prendre ses mains pour la rassurer. Ne te vexe pas, s'il te plaît, j'aime tout cela chez toi. Et à présent, nous sommes enfin en tête à tête, chez nous, alors, je t'en prie, n'aies pas peur, et cesse de retenir tout ce que tu as envie de me dire, s'il te plaît. Cesse de faire cette grimace paniquée – même si elle est adorable – à chaque fois que je te pose une question, ma Dorea. »

Le regard brûlant qu'elle lui renvoya menaça de lui faire perdre la raison et les rênes de ses actions. Merlin, il ne pouvait pas se jeter sur elle, lui arracher sa robe et la sentir enfin partout sur lui. Il ne pouvait pas se conduire comme un rustre avec son épouse, même si elle devait savoir ce à quoi le reste de leur soirée serait occupé. Sa robe était blanche et elle avait porté un voile comme on l'attendait d'une jeune femme pure et innocente, mais… mais il avait quelques difficultés à l'imaginer vraiment novice en la matière.

Le pas qu'elle fit pour se placer dans ses bras avec hésitation lui arracha à nouveau toute volonté. Il plongea le nez dans son cou et y colla sa bouche pour goûter son parfum citronné. Mmmh. Acide, fruité et frais. C'était une odeur qu'il n'avait jamais sentie chez personne d'autre. Une fragrance si… si… étonnante et envoûtante. La respiration de Dorea s'emballa et vint s'échouer contra sa peau à lui. Ses soupirs étouffés le surprirent d'abord puis l'encouragèrent et il alla retrouver son oreille. Il la sentit frissonner en même temps que lui, et lorsque ses bras se resserrèrent autour d'elle, il sentit un immense soulagement se mélanger à sa joie. Le nœud qui l'empêchait de respirer librement depuis deux mois venait de se défaire, et la corde qui entourait son cou elle-même s'enflamma lorsqu'elle tourna la tête vers lui pour effleurer ses lèvres avec les siennes. Il s'empara de sa bouche avec impétuosité et elle lui répondit de la même manière. Il sentait les doigts de Dorea s'agripper à ses épaules, s'enfoncer dans ses cheveux, réclamer le contact en même temps qu'il refusait de lâcher sa taille. Sa bouche voulait tout de Dorea. Elle voulait tout découvrir, tout connaître, tout recevoir. Dorea lui semblait dans la même attente, mais avec quelque chose d'encore plus emporté. Les digues étaient rompues, elle ne retenait plus ses gestes, et elle lui présentait tout ce qu'elle avait dû lui refuser pendant des semaines. C'était… c'était empli d'impatience et de frustration.

Ils se séparèrent à bout de souffle. Enfin un baiser. Un baiser entier. Pas les demi-baisers, interrompus qui par Dorea elle-même, qui par madame sa mère Annabella Potter. Ce soir, il n'y avait personne pour les éloigner l'un de l'autre et l'empêcher de montrer à Dorea combien il la désirait.

« Tu… Tu me fais visiter ta maison ? demanda-t-elle la voix un peu rauque. »

Unique. Elle était unique. Un instant, il avait pensé qu'elle voulait dire « Tu me fais visiter ton lit », et il était prêt à la balancer sur son épaule et aller la jeter dans leur lit, mais finalement, elle voulait faire le tour du propriétaire avant toute chose. Peut-être est-elle un peu nerveuse, finalement, songea-t-il en voyant de l'hésitation dans ses mains tremblantes. Il l'était un peu aussi, mais il avait encore plus envie de la sentir contre lui et de se perdre en elle. Que pouvait-il dire pour la rassurer ? Il posa ses mains sur ses joues, et trouva que le plus simple était d'accéder à sa demande. Il embrassa sa joue, et ne résista pas à l'envie de déposer sa bouche sur la sienne, plus brièvement que précédemment. Il ne la lâcha pas pour autant lorsqu'il la laissa avancer vers le centre de la pièce pour lui désigner la pièce autour d'eux d'un geste large de la main.

« Nous sommes dans le salon, commença-t-il en ressentant un véritable plaisir à lui présenter leur maison et surtout à contempler ses yeux attentifs. Je te préviens, ce n'est pas très grand. Mais tant que nous n'avons pas d'enfant, c'est suffisant. A moins que tu veuilles nous faire déménager. Auquel cas, je suis tout ouï. Viens, l'incita-t-il en la faisant avancer d'une pression de la main dans le bas du dos. En face, la pièce peut servir de salle à manger, mais pour l'instant, j'y range mes balais, reconnut-il en voyant son regard surpris puis le petit sourire égayer ses lèvres.

-C'est une salle dédiée au Quidditch plutôt, non ? demanda-t-elle en regardant ses coupes dans les vitrines.

-Certes, en convint-il en faisant la moue. »

Il aurait vraiment dû faire du ran… du ran… du rangement. Que devait-elle penser ? Mais c'était bien égal. Le ran… ran… rangement serait pour plus tard. Il voulait qu'elle s'installe ici, et qu'elle aménage leur maison pour s'y sentir chez elle (et aussi parce que ran… ran… ranger l'effrayait quelque peu, mais passons). Il la fit avancer dans le couloir. Heureusement qu'il faisait nuit et que la seule source de lumière était la chandelle qu'il tenait à la main, car les murs du couloir était toujours dans leur état d'origine : un papier peint qui se décollait par endroit et qui avait pris l'humidité. Il préférait qu'elle s'en affole le lendemain. Il n'avait pas pris le temps de faire refaire le couloir (encore cette question de ran… ran… rangement).

« A droite, il y a un salon plus petit, j'y déplacerai mes balais un de ces quatre, s'empressa-t-il d'essayer de la rassurer. Et en face, la cuisine. Et juste devant toi, la porte d'entrée. Demi-tour, lui proposa-t-il. J'ai déjà monté tes affaires dans notre chambre.

-Tu as ouvert ma malle ? demanda-t-elle aussitôt avec un regard noir à son intention.

-Eh, ne me menace pas de ce regard-là, se défendit-il, je n'ai même pas pensé à ouvrir ta malle. Et puis tu m'en as assez voulu d'avoir lu la lettre que tu écrivais à tes parents, c'est bon, j'ai compris la leçon, rappela-t-il. Allez, suis-moi à l'étage. »

L'escalier en bois grinça sous ses pas lorsqu'il passa devant Dorea avec la lumière. Il se rappela trop tard qu'il aurait dû lui proposer de passer devant lui, jeta un coup d'œil derrière lui, et préféra ne rien changer en la voyant regarder tout autour d'elle avec son petit sourire crispé. Sa main gauche doublement baguée glissait élégamment sur la rampe, la droite relevait à peine sa longue robe. Elle semblait plutôt à l'aise. La voir évoluer ici, dans leur maison, lui paraissait si simple à présent, si naturel, alors qu'il s'était inquiété pendant des semaines.

Il était déjà dans tous ses états. Dans trois pas, ils seraient dans leur chambre. Dans trois pas, elle serait à deux pas du lit, un pas des draps : et il serait à rien de pouvoir la toucher comme il en avait envie et sans plus aucun remord.

« Salle de bain ici, à gauche la chambre non-officielle d'Ignatius depuis quelques années et à droite, ma chambre. Enfin, notre chambre, à présent, se reprit-il comme il put. »

Il crut l'entendre tomber et se retourna aussitôt pour la voir se retenir au mur. Elle respirait un peu trop rapidement pour paraître vraiment à l'aise, finalement. Ses yeux s'agitèrent avant de se figer droit devant elle. Son sourire crispé disparut. Elle redevint de glace, impassible. Par Merlin, elle était loin d'être sereine. Elle était même carrément effrayée. Il avait cru… Il avait cru qu'elle était rassurée et que toute anxiété l'avait quittée depuis qu'ils étaient mariés, et surtout depuis qu'ils étaient chez eux. Peut-être… peut-être qu'il devrait lui demander si elle avançait dans l'inconnu ?... Misère, était-il si grossier ? Si c'était le cas, elle s'offusquerait, et répèterait qu'elle était une jeune femme respectable. Si ce n'était pas le cas… elle serait peut-être mal à l'aise de devoir le lui avouer, pudique comme elle l'était.

Se calmer, il devait avant tout se calmer et prendre son temps. Ce n'était pas n'importe qu'elle fille, c'était Dorea, se femme, son épouse.

Il lui ouvrit la porte, entra dans la pièce et lui tint la porte ouverte. Il la regarda passer. Le premier pas qu'elle fit fut hésitant et le second d'une telle lenteur qu'il put détailler à nouveau toutes les formes de son corps que sa robe laissait clairement voir.

Se calmer : douche froide, immédiatement.

Il repoussa la porte qui se ferma dans un claquement et s'enferma dans la salle d'eau en passant par la porte qui communiquait avec la chambre. Par Merlin, mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Il appuya sa tête contre la porte fermée et jura à voix basse. D'accord, il avait eu envie d'elle dès qu'il l'avait vue, à la fête du Nouvel An organisée au Ministère. D'accord, il avait été très frustré ce soir là en rentrant chez lui au lieu de se faufiler dans ses draps. D'accord, ça n'avait pas été qu'une question de physique dès ce soir là, mais aussi une envie irrépressible de découvrir si elle répliquait aussi bien corporellement que verbalement. D'accord, il y avait bien plus aujourd'hui. D'accord, il l'avait même épousée et on ne se mariait pas tous les quatre matins. D'accord aussi, il était vraiment frustré après pratiquement une année complète d'abstinence (une année complète ? Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Pourvu qu'Esméralda pourrisse en Bolivie un bout de temps), et les quatre ou cinq baisers qu'elle lui avait offerts n'avaient fait qu'exciter un peu plus son imagination. Sans parler de l'espèce de baiser qui ne méritait pas ce nom de baiser qu'il avait cru lui faire en juillet, alors que ce n'était qu'une petite Cracmol de la Cave du Détraqueur qui lui faisait face. Ce petit truc immonde avait eu un drôle d'effet : il avait sans doute accentué la douceur des lèvres de Dorea.

Douche froide, tout de suite.

Il enleva sa robe de cérémonie, la chemise de corps et son caleçon avant d'entrer dans la baignoire en fonte. Il plaça sa tête bien sous l'arrivée d'eau avant d'ouvrir le robinet d'eau froide.

« Argh ! »

Là, au moins, il était calmé pour un moment. Quoique. Bref. Il pourrait prendre son temps sans l'effrayer avec ses manières pressées.

Il se sécha rapidement avec des gestes désordonnés. Elle était de l'autre côté de la porte, dans sa robe de mariée (les robes paquet-cadeau, comme il aimait les appeler), elle l'attendait pour étrenner leur lit et enfin se découvrir entièrement.

Bon, la douche froide n'avait pas été si efficace finalement. Mais à sa décharge, il n'avait jamais ramené personne dans son lit. Enfin… Nina y avait fait un tour, mais il avait eu tellement de mal à se débarrasser de la Poursuiveuse russe, qu'il avait soigneusement évité de donner son adresse à qui que ce soit par la suite.

Il enfila son peignoir de bain après un temps d'hésitation. Il dormait nu, habituellement. Mais il risquerait de la choquer en se présentant à elle sans se couvrir un minimum. Et puis, c'était une présentation un peu trop… explicite et même violente à la réflexion, que de se présenter nu comme un ver devant elle, encore habillée de sa robe de mariée.

Merlin, pourquoi réfléchissait-il autant ? Il laissait la vie le porter habituellement. Il laissait les choses venir. Pourquoi se posait-il autant de questions ? Pourquoi ne les posait-il pas à Dorea directement ? Ce serait encore le plus simple. Il devait arrêter de réfléchir et simplement laisser les choses se faire. Ouaip.

Il prit une grande inspiration et entrouvrit la porte de la salle d'eau. Il chercha aussitôt Dorea. Elle était dos à lui, et elle regardait à travers la fenêtre. La lune brillait dans la nuit noire de sorte qu'elle éclairait le moindre de ses cheveux rebelles. Avec le contre-jour, sa robe paraissait beaucoup plus sombre, presque noire. Ses bras pendaient le long de son corps, comme si elle rêvassait trop pour se préoccuper d'eux. Sa silhouette semblait irréelle, mystérieuse et lointaine : inaccessible. Et pourtant, elle était enfin chez lui – chez eux – et elle portait son nom.

La porte grinça lorsqu'il la poussa un peu plus pour s'avancer dans la pièce. Elle se retourna vers lui en sursaut. Le rayon de lumière de la lune glissa sur elle lorsqu'elle fit un pas vers lui. Le pas qui l'éloigna de la fenêtre permit au contre-jour de disparaître, et il put à nouveau la contempler dans sa robe blanche, car la chandelle brûlait encore, posée sur la table qui lui servait occasionnellement de bureau. Il vit surtout ses yeux s'écarquiller de stupeur et ses joues s'empourprer comme jamais auparavant avant qu'elle ne se détourne brusquement et qu'elle ne se raccroche au bord de la fenêtre, la respiration sifflante.

Heureusement qu'il avait revêtu un peignoir de bain, soit dit-en passant. Elle tremblait de partout, il le voyait alors qu'il était à deux ou trois pas d'elle, comme la fois où il lui avait demandé si elle lui écrirait qu'elle l'aimait, un peu avant la partie de Cricdditch. Est-ce que c'était de la peur ? Ou juste de l'appréhension ?

« Dorea ? Dorea ? »

Elle ne répondit pas, pour changer.

« Dorea, tu… Tu n'as pas… »

À avoir peur. Que c'était stupide. Il ne pouvait pas lui dire cela comme si elle était un animal à apprivoiser. Elle était son épouse, elle n'avait pas peur de lui. Et puis c'était peut-être simplement de l'impatience, non ?

« Dorea ? Que fais-tu ? préféra-t-il demander avec un semblant de naturel.

-Je regarde les étoiles, dit-elle d'une voix bien plus aigue et précipitée que la sienne.

-Tu sais repérer les constellations ? demanda-t-il sans relever à voix haute son état d'anxiété de plus en plus évident. »

Qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Il n'avait jamais été gêné avec une femme, et pourtant, il commençait à l'être avec sa propre épouse. C'était stupide. Il n'avait qu'à la prendre dans ses bras et se laisser porter par l'envie et le désir. Elle en avait envie elle aussi puisqu'elle l'avait épousé. Il s'approcha d'elle, enroula son bras autour de sa taille pour la rapprocher de lui et enfin céder au besoin de plus en plus irrépressible de toucher sa peau lorsqu'elle se mit à parler plus vite que la vitesse maximale de son balai de course.

« Là, c'est Sirius, l'étoile la plus brillante de notre galaxie. Et donc toutes ces étoiles, ici et là, forment la constellation du Grand Chien. »

C'était peut-être une façon d'occuper le silence ou de l'empêcher de parler. Ou bien de reprendre le contrôle de son corps et cesser de trembler.

« Ah oui, fit-il distraitement en se faufilant derrière elle. »

Il fit glisser ses deux mains le long de sa taille, puis il les fit se croiser sur son ventre pour la serrer contre lui. Un effluve de zeste de citron chatouilla ses narines lorsqu'il frôla ses cheveux noirs avec son nez. Elle ne retenait pas sa respiration parce qu'elle avait peur, n'est-ce pas ? C'était juste parce qu'elle attendait un baiser, n'est-ce pas ? Et c'était la même raison pour ses tremblements qui s'intensifiaient, non ? Il baissa la tête pour poser ses lèvres sur ses épaules nues. Cette robe était parfaite.

« Tu peux respirer, tu sais, souffla-t-il avec amusement.

-D'a… d'accord, bredouilla-t-elle. »

D'accord ? C'était quoi cette réponse ? Il ne lui donnait pas d'ordre, il lui proposait… Et pourquoi continuait-elle de trembler ?

« Je ne vais pas te faire de mal, ma Dorea, dit-il malgré lui à nouveau inquiet. Tu n'as pas besoin de trembler dès que je te touche, continua-t-il en soupirant avec soulagement. »

A présent qu'il lui avait dit, elle devait être tout à fait rassurée sur ce point, non ?

« Je... Excuse-moi, bafouilla-t-elle en expirant précipitamment. »

D'accord. Elle n'avait pas compris pourquoi il lui disait cela. Elle pensait qu'il était contrarié, et non qu'il s'inquiétait de ses réactions. Il avait vraiment besoin d'être sur-explicite pour qu'elle comprenne qu'il était inquiet depuis des semaines, sans pour autant la vexer. Il devait y aller étape par étape. D'abord, lui demander directement si elle avait peur.

« Ne t'excuse pas, voyons. Ce n'est pas ta faute mais… C'est juste que, quand je te sens trembler entre mes bras, je me demande si tu as peur de moi, avoua-t-il. »

Elle se retourna aussitôt vers lui dans ses bras. L'étonnement se mélangeait à l'incompréhension sur son visage, faiblement éclairé par la chandelle. Il ne l'avait jamais tenue aussi proche de lui, il avait chaud partout, et pourtant, il était tout à fait refroidi, encore plus qu'avec le jet d'eau froide de la douche.

« Non, non je n'ai pas peur de toi, lui assura-t-elle en le regardant enfin dans les yeux. »

Ses yeux gris étaient tout de même inquiets, mais elle ne baissait plus le regard. Elle le regardait franchement, son nez contre le sien, comme si elle était sur le point de l'embrasser. Et pourtant, elle ne bougeait pas. Il eut beau attendre un signe de sa part l'encourageant à venir cueillir ses lèvres, il n'en vit aucun. Elle restait à nouveau de glace devant lui, ce qui le déstabilisa de nouveau. Cette impassibilité était le reflet de… la peur ? l'appréhension ? l'impatience ? l'hésitation ?

« Tu veux prendre un bain pour te détendre ? lui proposa-t-il en désespoir de cause.

-Je peux ? lui dit-elle avec soulagement.

-Bien sûr, je t'attends, je ne bouge pas, lui promit-il. »

Le soulagement qui imprégna ses traits, et l'arrêt momentané de ses tremblements le rassurèrent. Elle voulait juste prendre un peu de temps pour elle avant le grand saut. C'était sans doute un peu de pudeur et de timidité qui la retenaient. Il lui embrassa la joue avant de la laisser s'éloigner de lui. Il la regarda prendre un petit tas de linge sur leur lit et disparaître derrière la porte de la salle de bain.

Il écouta l'eau couler du robinet et jura. Ce n'était pas censé se passer de cette manière. Elle n'était pas censée être effrayée et même tétanisée lorsqu'ils étaient en tête à tête. Elle lui avait toujours dit ce qu'elle pensait, du moins lui semblait-il. Elle savait qu'elle pouvait lui parler et lui dire ce qu'elle ressentait, non ?

L'eau du robinet avait arrêté de couler, mais il n'entendait pas pour autant l'eau de la baignoire. En fait, il n'étendait plus rien.

« Dorea ? »

Aucune réponse, pas même un grattement de porte pour lui indiquer qu'elle était toujours en vie.

« Dorea ? insista-t-il en s'approchant de la porte. »

Il posa la main sur la poignée pour l'ouvrir pour renonça puisqu'il lui avait proposé lui-même un peu d'intimité. Il aurait plutôt dû lui proposer un bain ensemble, à la réflexion.

« Dorea ? Je ne t'entends plus. Tout va bien ? »

Il colla son oreille à la porte, se trouva idiot comme jamais à guetter une femme – sa femme – de la sorte. Il entendit le robinet d'eau couler à nouveau avant que la voix faible de Dorea ne lui réponde simplement « oui ». Quelque chose n'allait pas. Il y avait sûrement quelque chose qui n'allait pas pour qu'elle s'inquiète et tremble de la sorte. C'en était assez à la fin. Il engagerait une conversation et il finirait en lui demandant ce qui n'allait pas, et il lui demanderait la vérité, même si elle n'était pas belle à entendre. Mais à part le fait qu'elle ne soit plus vierge et que sa mère lui ait monté la tête avec ça, il ne voyait pas bien ce qui pouvait l'inquiéter.

« Je peux ouvrir la porte, s'il te plaît ? demanda-t-il et il reçut le même couinement positif pour toute réponse. »

Il appuya sur la poignée et la trouva bloquée. Il attrapa sa baguette dans la poche de peignoir, et après un Alohomora marmonné, il put enfin ouvrir la porte. Il entra dans la salle d'eau sans hésiter et se retrouva derrière elle. Il crut voir un fantôme dans le miroir au dessus de la vasque d'eau.

« Mon Dieu, Dorea, tu es d'une pâleur !... Tu es sûre que tout va bien ? Il faut que tu t'allonges, attends. »

Il ne fit pas attention à ses bredouillements perdus et paniqués. Il plia les genoux, et la souleva dans ses bras. Il faillit perdre l'équilibre lorsqu'elle commença à se débattre, mais se rattrapa au mur à l'aide de son coude.

« Arrête de bouger, je vais simplement te poser sur le lit, lui dit-il tout en traversant l'encadrement de la porte. »

Elle cessa de bouger pour s'accrocher à son cou. Il aurait préféré lui faire passer l'entrée de leur maison de cette manière. Il passa d'abord sa tête par les rideaux entrouverts du lit à baldaquin puis la posa assise sur le bord du lit avant de la faire s'allonger d'un mouvement doux mais ferme. Il attrapa ensuite ses jambes pour l'installer confortablement.

« Voilà, conclut-il en s'asseyant au bout du lit à baldaquin pour lui enlever ses chaussures et ses bas. »

C'étaient bien des talons aiguilles qu'elle portait. Ils étaient d'un blanc immaculé, comme le reste de sa robe, et ils étaient bien trop élevés pour être confortables. Elle devait avoir horriblement mal aux pieds avec ces outils de torture. Il les lui enleva en même temps que ses bas et entreprit de masser ses pieds longs et fins maltraités par les nombreuses danses. Elle en avait même coloré les ongles d'une couleur nacrée, sûrement juste par coquetterie puisque ses chaussures étaient fermées et que personne ne pouvait voir ses orteils.

Puis ses pieds lui échappèrent. Il releva la tête pour la trouver recroquevillée sur elle-même, les bras enserrant ses jambes. Elle tremblait à nouveau, et lui ne comprenait plus rien.

« Tu ne fais pas… Tu ne fais rien ? bafouilla-t-elle alors qu'il la regardait fixement. »

Pardon ? Elle était dans tous ses états, et elle pensait qu'il allait en profiter pour…

« Je ne vais pas te sauter dessus, non plus ! répliqua-t-il sans pouvoir s'en empêcher. »

C'était quoi cette opinion qu'elle avait de lui ? Mais… Mais pourquoi ses lèvres tremblaient et ses yeux rougissaient à vue d'œil ? Oh non. Misère. Mais que lui avait-on raconté sur lui ? Ou sur l'amour ? Ne lui dites pas que sa mère lui avait donné des conseils foireux de vieille mégère. Ou que son père… Ou bien… Mais non, ce n'était pas possible. Elle avait répondu aux baisers qu'il lui avait demandés. Elle l'avait même embrassé d'elle-même à Godric's Hollow !

« Dorea, je… Je ne te reconnais pas, avoua-t-il enfin tout à fait dépassé. »

Ce n'était pas cette Dorea paniquée qui l'avait séduit. C'était son arrogance et son assurance un peu froide qui l'avait attiré sans vraiment qu'il ne sache pourquoi. C'était une étincelle de curiosité qui brillait dans ses yeux lorsqu'elle parlait de Magie Antique, et une pudeur toute en retenue qu'il avait trouvée charmante dès qu'elle essayait d'entretenir ou d'engager la conversation.

« J'aimerais d'abord discuter un peu avec toi. Je sais qu'on aura toute la vie pour le faire, reconnut-il quand elle fronça les sourcils, mais j'aimerais bien remettre les choses un peu dans l'ordre. »

Il n'avait pas prévu d'avoir besoin de parler avec elle pour la rassurer, et encore moins ce soir. Il avait naïvement pensé que Cygnus Black était la source de tous ses maux et du comportement anxieux de Dorea, que Violetta Black ne faisait qu'empirer la situation, mais pas que la réserve de Dorea en soit la cause principale. Elle lui avait paru si… sûre d'elle par le passé.

Il fit le tour du lit à baldaquin sans la quitter des yeux et vint s'asseoir à côté d'elle. Il lui ouvrit ses bras pour qu'elle vienne s'y installer et se sente plus sereine de tout lui dire… ou peut-être que c'était surtout pour le rassurer lui. Après une seconde d'hésitation, elle se glissa timidement dans ses bras, se blottit un peu, puis vraiment. Elle osa même poser en partie sa joue sur son torse, avant de mieux se caler contre lui. Ses genoux étaient toujours relevés devant elle, si bien que ses jambes toujours cachées à la vue de Charlus, reposaient contre ses cuisses.

« Pose-moi une question, et j'y répondrais, lui proposa-t-il. »

Il baissa juste assez la tête pour regarder ses yeux gris mouillés se plisser, et se concentrer sur l'un des montants du lit.

« N'importe quelle question ? finit-elle par demander à mi-voix.

-N'importe laquelle, lui assura-t-il en se demandant quelle question insolite elle était sur le point d'avancer.

- Pourquoi m'as-tu épousée ? »

La question avait glissé hors de la bouche de Dorea comme si elle la retenait depuis… depuis des semaines. Il est vrai qu'ils n'avaient pas beaucoup eu l'occasion de discuter de sa demande précipitée, mais… Mais elle aurait quand même pu trouver l'occasion de lui demander quelle mouche l'avait piquée plus tôt… car à présent, ils étaient bel et bien mariés, et pour la vie, soit dit en passant. Quand il songeait à une question insolite, il pensait à quelque chose d'un peu plus… adapté au contexte tout de même.

« Je ne pensais pas à cette question, avoua-t-il en se mettant à caresser ses cheveux. Mais allons-y. Qu'est-ce qui m'a décidé à te demander en mariage, à me marier, c'est la question, n'est-ce pas ? »

Elle lui plaisait, elle le savait bien. Il avait été plutôt clair dans ses sous-entendus et ses propositions peu… galantes. Là, elle lui demandait plutôt ce qui l'avait poussé à devenir un homme assez sérieux pour elle. Et donc à l'épouser, en quelque sorte.

« … »

Parler de Beurk n'était pas forcément une bonne idée. C'était peut-être l'élément déclencheur, mais sûrement pas celui qui l'avait décidé à donner une chance à cette chose étrange de mariage avec Dorea. C'était un chemin un peu plus tortueux. Il y avait assez réfléchi ces dernières semaines.

« Comment t'expliquer cela… Il serait candide de penser que tu ne connais pas la réputation légère que m'ont faite les journaux, commença-t-il prudemment en guettant sa réaction du coin de l'œil. »

Elle le regardait sans rien laisser paraître. Il ne réussit pas à se retenir de grimacer face à son absence de réaction.

« N'est-ce pas ? insista-t-il.

-Certes, murmura-t-elle en revenant poser sa joue contre son torse. »

Elle se blottissait contre lui alors qu'il mentionnait implicitement ses aventures plus ou moins nombreuses ? Quand il disait qu'elle avait des réactions insolites, il n'en avait jamais été aussi sûr. Elle semblait même étonnement sereine depuis qu'il parlait, comme si cette discussion la détendait. C'était le but initial, bien sûr, mais il ne pensait pas que le sujet avancé irait dans ce sens de l'apaisement – puisqu'elle ne tremblait plus. Et en plus, elle ne lui posait pas de questions, elle ne l'encourageait même pas à développer ses propos ou à lui faire promettre qu'il n'y avait plus qu'elle. Elle ne lui demandait pas non plus si les journaux avaient dit la vérité. Elle se contentait de l'écouter, d'écouter ce qu'il voulait bien lui dire. C'était… C'était reposant, finalement. Sa mère, Annabella Potter, lui posait tout un tas de questions pour s'assurer qu'il ait dit tout ce qu'il avait sur le cœur. Dorea se contentait d'écouter ce qu'il avait à lui dire, ce qu'il voulait lui dire et quand il voulait le lui dire. C'était… doux, finalement.

« Bon. Hum, reprit-il. Cette réputation n'est pas tout à fait fausse, ajouta-t-il avec un peu plus de difficultés. »

Comment amener le fait que tout ceci était du passé, et qu'il se consacrerait uniquement à elle à l'avenir ? Il se consacrait déjà à elle depuis près d'un an, à la réflexion. Enfin non. Il avait d'abord pris le temps de panser ses plaies dans l'alcool, d'essayer de noyer ses souvenirs d'Esméralda et des dernières nuits qu'il avait passées auprès d'elle pour essayer en vain de noyer la honte qui le tenait. Il avait plus ou moins réussi… avec les yeux gris curieux de Dorea en ligne de mire. Depuis mars alors ? neuf mois ? Ah, mais il y avait tout de même eu la Cracmol de la Cave du Détraqueur. D'accord, il était ivre, mais tout de même…

« Cette réputation n'est plus d'actualité, bien sûr, je me tiens très bien depuis, disons, six ou sept mois, trouva-t-il enfin à dire.

-Tu n'as… intervint-elle à nouveau avec cette spontanéité qui l'avait étonné dès le départ. Excuse-moi, continue.

-Non, non, vas-y, pose ta question, lui proposa-t-il.

-Tu n'as vue aucune femme depuis six mois ? demanda-t-elle. »

Il la sentit déglutir contre son torse, comme si elle avalait une potion particulièrement écœurante. Ceci voulait donc bien dire que cette question l'avait travaillée. Il reprit les caresses sur ses cheveux lorsqu'il se rendit compte qu'il s'était interrompu. Bon. Il n'avait plus qu'à la rassurer tout à fait.

« A part toi, et les baisers que tu m'as accordés ? demanda-t-il avec légèreté en se rendant compte combien c'était finalement simple de parler avec elle.

-Hum, approuva-t-elle sans ouvrir la bouche.

-Non, aucune autre femme que toi. Courage, Loyauté, Fidélité, c'est la devise de la famille Potter, lui assura-t-il en embrassant ses cheveux. »

Il l'entendit répéter la devise avec application. Son sourire menaça de sortir de sa tête. C'était la devise de la famille Potter, et c'était à présent la devise de leur famille, à tous les deux. Et elle l'acceptait comme un cadeau précieux.

« C'est cela, reprit-il avec un poids en moins dans la gorge. Bon, ma réputation légère… c'est la formulation de ta cousine Lucretia, elle m'a bien amusé alors je vais la garder.

-De Lucretia ? s'étonna Dorea. »

C'était vraiment simple de discuter avec elle. Il s'en était déjà rendu compte par le passé, avant leurs fiançailles, mais comme depuis deux mois ils n'avaient pas pu échanger plus de deux mots en tête à tête, c'était une redécouverte. Elle n'émettait aucun jugement, elle se contentait d'insister sur certains points pour mieux comprendre la situation ou pour entretenir la conversation.

« Elle m'a en quelque sorte pris à mon propre jeu, fit-il avec amusement. Bref. Cette réputation a beaucoup agacé mon grand-père, je ne pense pas avoir besoin de te faire un dessin pour que tu en comprennes la raison. Mais surtout, il pense que vingt-cinq ans est un âge très correct pour se marier. Il m'a présenté des demoiselles toutes plus stu… ennuyeuses les unes que les autres. Je lui avais dit que j'y réfléchirais pour être tranquille, mais je ne le pensais pas si entêté.

-Mais alors… reprit Dorea d'un ton étonné mais il savait maintenant quoi dire.

- J'avais discuté avec ma mère. Et… elle m'avait entre autres dit de ne pas rester fermé à l'idée. Mais j'ai bien vite refusé l'aide de Grand-père Priscus. Puis je t'ai trouvée toi, et je me suis dit, pourquoi pas. »

Il attendit sa réponse avec fébrilité. Comme elle était dans ses bras, il ne pouvait pas voir son visage, mais il avait du mal à y lire quoi que ce soit de toute façon. Tout de même, il aimait bien regarder ses yeux gris mouillé et ses sourcils se froncer.

« Ce… Ce n'était pas tout à fait ma question, reprit-elle. »

Son souffle chaud qui s'échoua sur son torse le fit frissonner. Mais de manière très étonnante, il était heureux de simplement discuter avec elle – pour le moment. Il ne discutait pas souvent au lit avec Esméralda – et encore moins avec les autres. Pourtant, c'était agréable. Comme un imbécile, il se dit qu'il était content que Dorea fût la première avec laquelle il le faisait aussi naturellement. Qu'avait-elle dit déjà ?

« Ah ? s'étonna-t-il en tournant la tête vers elle. »

Elle avait relevé le regard elle aussi, et s'il l'avait voulu, il aurait pu simplement déposer un baiser sur son nez.

« Quand… commença-t-elle avec hésitation. Juste avant de signer notre contrat de fiançailles, dans le bureau de mon père, tu… Je t'ai demandé, pourquoi moi. Et tu m'avais répondu, parce que toi.

-C'est exact, se rappela-t-il en souriant.

-Pourquoi parce que moi ? lui dit-elle avec un peu plus d'assurance dans la voix. »

Pourquoi elle ? C'était plutôt évident, non ? Parce qu'elle lui plaisait, et même parce que… il l'aimait. D'accord, il ne le lui avait jamais dit textuellement, mais elle lui avait soutenu qu'elle ne pourrait savoir si elle aimerait son mari qu'après plusieurs mois de mariage. Il ne voulait pas prendre le risque de la faire paniquer et trembler de tous ses membres à nouveau. Peut-être aussi qu'il avait peur qu'elle l'envoie paître en lui disant qu'elle ne savait pas ce qu'il en était de son côté, ou qu'elle ne le croit pas et qu'elle se moque de lui, comme elle l'avait fait le soir de leur repas de fiançailles. Mais tout de même, c'était plutôt évident qu'il l'avait choisie elle parce qu'elle lui plaisait, non ?

« Enfin, ne réponds pas, c'est à moi de répondre à une de tes questions, bafouilla-t-elle en baissant les yeux. »

Pourquoi lui avait-elle dit oui finalement ?... Il s'était toujours dit qu'elle l'appréciaitassez pour choisir aussi vite de partager sa vie. Il s'était dit qu'il remplissait les quelques critères qu'elle lui avait listés. Mais peut-être que c'était autre chose. Tu ne peux pas comprendre, tu as une situation, tu es un homme, tu fais ce que tu veux ! Si je pouvais t'épouser demain, je le ferais, rien que pour ne plus voir la tête de mon père ! Elle lui avait dit cela, mais…

« Pourquoi moi ? demanda-t-il aussitôt avec une soudaine inquiétude.

-Parce que… Parce que tu m'as demandé, et… »

Parce qu'il lui avait demandé ? Merlin, non, ne… Et pourquoi s'échappait-elle de ses bras à présent ?

« C'est… Je voulais accepter dès le début, hein, j'aurais peut-être pris plus de temps si… Ou peut-être pas, mais… Mais… »

D'accord, elle avait voulu accepter dès le début. Elle avait seulement un peu de mal à mettre de l'ordre dans ses pensées.

« Mais ? demanda-t-il. »

Il se leva à son tour et s'approcha lentement d'elle alors qu'elle reculait vers le mur comme s'il était le chasseur et qu'il traquait une proie. Une proie qui était elle-même, soit dit en passant. Elle baissa le nez. Evita son regard. Regarda ses mains qu'elle tordait entre elles de plus en plus vite.

« C'est de sa faute, aussi ! explosa-t-elle en relevant les yeux vers lui. »

Sa faute ? La faute de qui ? De son père ? Mais de qui parlait-elle à la fin ? Et puis pourquoi se remettait-elle à trembler autant ? C'était une habitude ? Un toc ?

« Eh, calme-toi, Dorea, c'est bon, tout va bien, fit-il d'un ton qu'il espérait apaisant mais qui lui parut bien trop fébrile. Je vais répondre à ta question précédente, d'accord ? Comme ça tu auras le temps de trouver comment formuler ta réponse, cela te convient-il ? »

Sa réponse fut la plus explicite parmi toutes celles qu'elle lui avait fournies jusque là : elle secoua vigoureusement la tête pour lui signifier que non, elle ne voulait pas de sa proposition et qu'elle allait répondre.

« C'est à cause de Beurk ! dit-elle après trois longues secondes.

-Beurk ? s'étonna-t-il. »

Encore lui ?

« Tu es venu me demander ma main, je comptais dire oui tout de suite mais mon père m'en a empêchée, dit-elle à toute vitesse. Et puis je n'y croyais tellement pas que toi, tu sois venu, ici, dans le bureau de mon père et… »

Lui ? Parce qu'elle ne le pensait pas sérieux ?

« Bref ! reprit-elle et il sursauta. Je comptais dire oui, peut-être après que tu m'aies fait une cour de quelques semaines avec un caractère un peu plus officiel, mais je comptais dire oui, reprit-elle plus calmement. Mais là, qui j'entends dans le couloir ? J'entends… J'entends Beurk ! Theophilius Beurk ! Mon cousin ! Face-de-Rat ! »

Le dégoût dans sa voix et sur son visage était si évident que Charlus eut lui aussi la nausée, comme les rares fois où il avait imaginé Dorea dans le lit de Beurk.

« Je le suis, car il m'arrive toujours des ennuis quand il est au 12, Square Grimmaurd et qu'il vient voir mon père, son parrain, et… Et là, j'entends qu'il me demande en mariage ! Il me dégoûte, il me fait peur, il… »

Ce sale rat ! Il savait que Charlus lui avait demandé, qu'elle lui avait dit oui, et il avait tout de même osé lui adresser la parole pour se déclarer ? Qu'il essaie encore de venir l'agresser pour voir ! Il ne serait pas aussi clément !

« Argh ! cria-t-elle à bout de souffle. Alors, avant même d'en discuter avec toi j'ai… je t'ai dit oui, conclut-elle à mi-voix. »

Alors… c'était pour cela qu'elle était inquiète ? Parce qu'elle pensait qu'il lui tiendrait rigueur de sa précipitation ? Alors qu'il était, lui, à l'origine de cette précipitation ? Dorea, ma Dorea, ne te prends pas la tête comme ça, voyons : nous avons bien roulé Beurk ! pensa-t-il sans pouvoir le dire tant il riait. Il riait de bonheur, parce que la femme qu'il avait épousée, la femme qu'il aimait, venait de lui avouer qu'elle avait choisi leur amour frais de quelques discussions pour la vie, plutôt que son cousin Beurk qui la pourchassait sans relâche depuis des années. Merveilleuse. Elle était merveilleuse. Maladroite, inquiète, belle, douce et merveilleuse. Elle le rendait heureux, et elle détestait au moins autant que lui cet abruti de Theophilius Beurk.

« C'est la meilleure ! parvint-il enfin à dire en se redressant du montant du lit sur lequel il s'était appuyé. Je me suis précipité cette après-midi-là pour le prendre de court, parce que Face-de-Rat, comme tu dis, se vantait auprès de ses amis au Chaudron Baveur qu'il irait le lendemain te demander en mariage, avoua-t-il. Une aussi jolie fille que toi, je ne pouvais pas se laisser faire un mariage pareil, non ? dit-il d'un ton clairement moqueur et séducteur qu'elle ne perçut évidemment pas.

-Donc… Donc nous avons tous les deux pris nos décisions ou pour le fuir, ou pour l'ennuyer ? »

Son soulagement était adorable. Un peu fleur bleue et naïf, mais adorable.

« En quelque sorte, nuança-t-il avec tendresse en cessant tout à fait de rire.

-Alors je dois te remercier d'être arrivé à temps pour m'avoir épargné un mariage avec Beurk, souffla-t-elle d'un ton solennel en faisant un pas vers lui.

-Je ne t'ai pas demandée en mariage que pour ces raisons, reprit-il avec amusement.

-Ah oui ? s'étonna-t-elle naïvement. »

Elle ne le pensait pas capable de sentiments ou plaisantait-elle ? Non, elle était sincère. Mais quelle opinion avait-elle de lui ? et d'elle-même surtout ? Elle pensait qu'il l'épousait seulement pour emmerder Beurk ? Il était impulsif, un peu fou aussi, mais pas à ce point, tout de même.

« Tu as beaucoup de charme, Dorea, et tu as une tête bien faite, lui dit-il tendrement en portant son index à la tempe blanche de Dorea. Quand je t'ai vue, je me suis vraiment dit pourquoi pas.

-Mais… Mais… bafouilla-t-elle avant de secouer la tête. »

Son visage devint si détendu que Charlus crut lire ses émotions pour la première fois : sérénité et même amour. L'émerveillement prit vite le dessus lorsqu'elle se rapprocha de lui. Ses mains, qu'elle posa sur son torse, firent s'emballer sa respiration. Il y avait encore son peignoir de bain humide entre leurs peaux, et pourtant, il y vit là le premier geste le plus intime de Dorea en sa direction. Elle avait la tête un peu relevée vers lui, à présent qu'elle était pieds nus, et un sentiment très étrange gonfla dans la poitrine de Charlus. Il… C'était comme si la femme devant lui redevenait enfin sa Dorea et en même temps, qu'il la découvrait pour la première fois. Elle n'était plus hésitante, mais déterminée. Et tout cela, toujours en douceur.

« J'aimerais… J'aimerais qu'on se tourne vers l'avenir, à présent, souffla-t-elle lorsqu'il pencha la tête vers l'avant pour rapprocher sa bouche de la sienne. »

Il resta à quelques centimètres de ses lèvres, incertain de la signification de ses mots.

« Tu ne veux plus parler du passé ? lui demanda-t-il.

-Je veux apprendre à te connaître au présent, pas au passé, Charlus, lui assura-t-elle. »

Sa voix vibra avec une telle conviction que Charlus frissonna des pieds à la tête. Un peu plus, et il se serait mis à trembler comme Dorea l'avait fait quelques instants plus tôt. C'était peut-être une simple phrase, mais c'était aussi une forme de déclaration et d'absolution à laquelle il ne pensait pas avoir droit. Elle ne voulait pas de son passé, ou plutôt, il lui importait peu d'en être tenue au courant. Non, ce qu'elle voulait, c'était l'homme qu'elle avait devant elle et qu'elle avait épousé, pas celui qu'il était l'année dernière. C'était la deuxième chance dont il avait besoin, et il le comprit seulement à cet instant. Il voulait tourner la page de son attitude déplorable des dernières années, de son attitude légère, parsemée de filles à droite à gauche, de jeux où l'on jouait gros parce qu'on le pouvait, de potions et d'herbes complètement délirantes, d'une attitude et de propos complètement déplacés à n'importe quelle fille parce qu'elle n'osait rien dire… et il voulait retrouver la droiture qu'il avait laissée de côté. Et Dorea le lui avait permis dès le début en oubliant plus ou moins ses avances déplacées.

« C'est une chose qui me rassure, avoua-t-il.

-A ce point ? demanda-t-elle avec étonnement. »

Peut-être qu'elle lui demanderait des comptes plus tard. Mais pour le moment, ceci pouvait attendre. Là, il voulait seulement lui montrer qu'il avait à partir de maintenant le regard braqué sur elle, et que rien ne l'en détournerait. Il voulait lui montrer combien il était fier qu'elle soit son épouse, et qu'il la rendrait fier d'être sa femme. Il voulait… il la voulait elle, et plus seulement parce qu'elle était sa femme et qu'il en avait légitimement le droit, mais surtout parce que c'était elle, elle et ses yeux posés sur lui avec une admiration un peu naïve, mais dont il voulait se glorifier d'être à la hauteur.

Il osa enfin glisser ses doigts entre les épingles de son chignon défait. Elle ferma les yeux en frissonnant. Elle ne tremblait plus et elle lui souriait. Il avait son amour, même si elle ne le disait pas encore. Du moins, il ne pouvait qu'en être convaincu en la voyant si confiante. Lui, s'il ne l'avait pas aimée l'instant d'avant, à présent, il savait qu'il l'aimait pour la vie.

« Il y a quelques petites choses que je n'ai pas forcément envie de te raconter, et j'imagine qu'il en est de même pour toi, chuchota-t-il à son oreille. »

Elle ouvrit à nouveau les yeux quelques secondes pour acquiescer avant de les refermer. Il préférait qu'elle garde ses secrets pour qu'il puisse garder les siens, pour le moment. Peut-être qu'un jour, lorsqu'il se serait montré digne d'elle, il lui raconterait quelle attitude il avait eue, avec les femmes notamment. Mais il préférait lui montrer le meilleur de lui-même avant de lui raconter le pire.

Il déferait les nœuds de ses souvenirs plus tard. Il préférait défaire le chignon de Dorea pour le moment, et voir la longueur de ses cheveux. Il essaya de tirer sur les épingles le plus délicatement possible en les cherchant à tâtons. Il n'avait jamais fait ça. Ce genre de détail lui avait été bien égal par le passé. Mais il avait vraiment envie de la voir les cheveux lâchés, petit privilège qui lui était réservé. Les petits cliquetis qui parsemèrent le plancher résonnèrent comme une approbation à ses oreilles.

« Tu ne veux plus discuter ? lui demanda-t-elle. »

L'inquiétude perçait à nouveau dans sa voix, et même son visage se contractait pour se faire impassible par à-coups.

« Je pense que nous avons mis les choses à plat, non ? lui demanda-t-il doucement en déroulant son chignon. »

Elle baissa les yeux, à nouveau, en marmonnant une approbation. Ses cheveux cascadèrent sur ses épaules en un amas de boucles souples. Il les arrangea avec fascination autour de son visage. Un instant il crut la revoir quand ils étaient à Poudlard et qu'elle n'attachait pas encore ses cheveux. Mais elle était encore plus belle aujourd'hui.

« S'il te plaît, ne me crains pas, la pria-t-il à voix basse en voyant ses lèvres encore pincées.

-Je ne te crains pas, rétorqua-t-elle aussitôt. Ce n'est pas toi que je crains, corrigea-t-elle.

-Tu as peur de l'amour ? souffla-t-il à son oreille en venant poser ses mains sur ses hanches encore recouvertes de sa robe de mariée. »

C'était la seule chose qui pouvait effrayer Dorea à présent. Et pourtant, il l'imaginait mal, belle comme elle l'était, à vingt-trois ans, et si habile dans ses baisers, être toujours innocente de toutes les choses de l'amour. C'était plutôt l'inverse qui devait l'inquiéter. Elle devait avoir peur qu'il se rende compte qu'elle n'était pas vierge et…

« Est-ce que… Est-ce que c'est aussi bien qu'on le dit ? murmura-t-elle. »

Sa voix faiblarde avait brisé la bulle de Charlus. Il s'éloigna d'elle sans lâcher sa taille pour voir son visage. Elle avait toujours les yeux fermés, la respiration un peu hachée et les joues un peu trop pâles. Par Merlin, Dorea… Toute à lui, rien qu'à lui et surtout effrayée. Que lui avait-on raconté sur la sexualité ? Rien, bien sûr. Enfin si, mais que des généralités, rien de précis. Juste, « c'est bien » ou « ça peut être bien ». Et elle avait foncé tête baissée ? Avec lui ? Et que pouvait-il lui dire ce soir, pour la rassurer ? Peut-être qu'elle était un peu trop en panique, à la réflexion, et qu'il ferait bien de repousser l'expérience au lendemain, après une nuit de sommeil pour la détendre ? Il n'en dormirait pas, mais…

« Si tu en as envie, c'est bien, lui répondit-il en continuant à caresser ses hanches avec ses pouces.

-D'accord, murmura-t-elle. D'accord. »

Elle essayait de respirer profondément, mais le souffle de son expiration tremblotait à chaque fois. Il attendit un signe de sa part, à nouveau dépassé par la situation. Par le passé, les femmes venaient vers lui avec assurance, impatience et confiance. Elles étaient aguicheuses avant, entreprenantes pendant, satisfaites après. Même sa première petite-amie, Aileen, savait déjà plus ou moins comment faire, elle le lui disait, et tout marchait comme sur des roulettes. Certes, il avait fini par être dégoûté de cette facilité et de cette mécanique bancale avec Esméralda et les autres, mais il ne pensait pas repartir de zéro non plus. Il voulait seulement un peu plus de sentiment, de tendresse et de délicatesse. Une femme douce et délicate comme Dorea. Enfin, délicate. Elle n'était pas non plus fragile. Disons plutôt raffinée et aimante.

« J'ai peut-être l'air d'être inconscient et indécent, mais je sais être doux, ma Dorea, reprit-il sans cesser de caresser sa taille avec ses pouces.

-C'est juste que… »

Elle prit une profonde inspiration en rouvrant les yeux. Elle lui fit même un petit sourire crispé.

« C'est juste que je ne sais pas clairement ce que je vais ressentir et… Et ça m'inquiète un peu, tu comprends ? souffla-t-elle. Mais une fois que je le saurai, je pense que je serai plus sereine, et… et voilà, termina-t-elle maladroitement. »

Donc ce n'était que l'inconnu qui l'inquiétait ? Ce n'était pas d'horribles conseils de sa mère ou ses cousines, hein ?

« Donc tu as envie… inista-t-il.

-Oui, le coupa-t-elle d'un souffle et il vit ses épaules s'affaisser de deux centimètres, comme si elle était soulagée de ses aveux.

-Alors détends-toi, Dori, lui intima-t-il d'une voix grave et apaisante.

-Dori ? répéta-t-elle pendant qu'il dégageait ses épaules de ses cheveux en les repoussant dans son dos.

-Tu n'aimes pas ?

-C'est un surnom étrange. »

Il n'y a bien qu'elle pour qualifier un surnom d'étrange, songea-t-il avec amusement en se rapprochant d'elle. Il se retint de la presser brusquement contre lui, face à face, et préféra embrasser sa joue doucement et se rapprocher progressivement d'elle. Ce n'était pas que les quelques aveux de Dorea changeaient ses envies ou son attitude du tout au tout. Il avait toujours autant envie d'elle. Mais il ne pouvait pas se permettre de se laisser emporter ou de ne pas y aller doucement, étape par étape. Elle lui offrait tout ce qu'elle avait refusé à d'autres, sa main, son amour, ses sourires et même son corps. En retour, il voulait lui offrir plus que son nom. Il voulait… Il était déjà dans tous ses états, pour ne pas le dire grossièrement. Il n'avait jamais eu autant envie d'une femme. Il savait qu'il aurait un mal fou à se contenir. Il ne serait pas passionné ce soir, mais il serait doux et rassurant. Comme elle l'était avec lui depuis le début.

Il retrouva le chemin de son oreille, de son cou, de sa gorge et de son décolleté. Il hésita à peine un instant à tirer un peu sur la robe pour mieux atteindre sa poitrine. Elle le laissait faire, et il put la dévorer de baisers de longues minutes. Seule sa respiration erratique et ses soupirs lui indiquaient qu'elle approuvait les caresses qu'il lui apposait du bout des lèvres. Mmmh. C'était bon. C'était bon de pouvoir l'embrasser et de prendre son temps à simplement découvrir sa gorge avec sa bouche. Son parfum citronné l'entourait d'une touche acide et fruitée qui lui faisait tourner la tête.

« Charlus ? bredouilla-t-elle lorsqu'il tira un peu plus sur l'échancrure de sa robe pour atteindre entièrement sa poitrine.

-Oui Dori ? murmura-t-il contre sa peau en se contentant pour l'instant de la naissance de sa poitrine.

-Est-ce que… Est-ce que je… »

Il arrêta de l'embrasser, posa son front sur sa clavicule et attendit, sa bouche à un souffle de la peau de Dorea, pour lui permettre de finir sa phrase. Il la relança d'un simple « oui ? » lorsqu'il sentit son cœur s'affoler à nouveau.

« Qu'est-ce que… Qu'est-ce que je dois faire ? bafouilla-t-elle. »

Il releva la tête pour voir son visage aux joues un peu trop rouges, ses lèvres maltraitées par ses dents, et ses yeux hésitants. Ce qu'elle devait faire ? Mais rien. En revanche, elle pouvait faire ce qu'elle voulait. Il le lui dit, elle rit nerveusement. Mentalement, il ajouta qu'il la comblerait ce soir, et qu'elle pouvait se remettre entre ses mains sans crainte. Mais cette volonté de prendre les devants, de prendre des initiatives l'excita plus encore. Tout pudique et toute innocente qu'elle était, elle voulait faire activement les choses avec lui, et ici, faire l'amour. Elle lui demandait des conseils, pour avancer avec lui, elle s'en remettait à lui, mais pas que. Elle s'en remettait activement, et non passivement à lui. Elle voulait agir, elle ne savait pas comment, mais elle voulait essayer, toujours avec douceur et réserve, et sans l'extravagance à laquelle il avait souvent eu droit.

Il se dirigea vers son dos dénudé, l'embrassa aussi avec impatience, et chercha les boutons ou le lien plus traditionnel qui fermait une robe de mariée. A la place, il vit des fils partout, qui formaient comme une toile d'araignée emmêlée dans son dos. Les fils semblaient avoir été croisés, noués, recroisés, et emmêlés entre eux.

« Comment enlève-t-on cette robe ? hallucina-t-il en essayant de tirer sur les lacets. C'est quoi tous ces fils ? »

Il la savait originale, mais le choix de cet amas de lacets était pour le moins stupéfiant. Il voulait ouvrir son paquet-cadeau, lui !

Il la vit prendre sa baguette dans une fine poche, presque invisible, cousue dans la couture de sa robe et la pointer en bas de son dos, entre ses reins, là où les plus gros nœuds amorçaient un bouquet de lacets qui tombaient jusqu'au milieu de sa robe, ou plus haut, ou plus bas. Sa main gauche en tint une partie, sa main droite s'agita, et un éclair bleu plus tard, les nœuds se défirent et la robe s'effondra.

Il eut juste le temps de voir son dos nu seulement barré par trois pouces de dentelle rouge au niveau de sa poitrine, et ses fesses, couvertes en partie par la même dentelle. Merlin. Morgane. Godric. La chipie. Elle voulait le rendre fou ? Et en plus elle remontait sa robe au son de sa baguette qui tombait au sol ?

« Je ne m'attendais pas à ça, avoua-t-il sans détour. »

Merlin. Merlin. Merlin. Elle voulait qu'il craque et se conduise comme un animal en rut ? Qui lui avait fait mettre des dessous si peu sages ? Elle n'avait aucun bon sens ? Elle avait agi en toute innocence ou sa mère voulait la jeter en pâture entre ses griffes ? Il respira profondément pour s'empêcher de lui arracher sa robe et la jeter sur son lit. Elle méritait mieux. Elle méritait vraiment mieux. Mais là, il bandait tellement qu'il finissait par avoir mal, putain !

« A ça quoi ? dit-elle craintivement.

-De la dentelle rouge, répondit-il en déglutissant difficilement.

-La dentelle ou la couleur ? ne trouva-t-elle qu'à demander.

-Les deux, voyons ! s'emporta-t-il en faisant un pas en arrière plutôt que la plaquer contre son torse, ses mains sur ses seins pour les pétrir violemment et…

-C'est ta couleur, bredouilla-t-elle.

-Ah oui, tu l'as retenue, fit-il presque cyniquement en passant ses mains dans ses cheveux pour les ébouriffer plutôt que l'attraper par les cheveux pour lui rouler le patin du siècle, la jeter sur son lit et…

-Profites-en parce que j'ai dû batailler avec ma mère pour avoir ça, dit-elle à toute vitesse. »

Aucun bon sens. Aucun bon sens. Merlin. Et elle lui cachait tout à présent ? C'était comme donner la patte de la Chocogrenouille au lieu de donner la grenouille entière. C'était juste fait pour faire saliver un peu plus, exciter les papilles et pousser à se jeter sur le reste du paquet sans aucun remords.

« Oh j'en profite, ne t'inquiète pas, mais j'en profiterais mieux si tu lâchais ta robe, avoua-t-il toujours sans croire à ce qu'il avait vu. »

Et elle lâcha la robe.

Sublime : belle et terrifiante.

Elle avait ramené ses cheveux sur son épaule avant de défaire le nœud de sa robe, si bien qu'il pouvait toucher du regard son dos nu, sa taille fine, ses hanches bien dessinées, ses cuisses longues et souples et le début de ses mollets. Ses cuisses, ses fesses, ses hanches, sa taille… Il devinait sa colonne qui coupait en deux son dos droit et parsemé de grains de beauté. Dans la cambrure de son dos il y avait deux fossettes qui attiraient les paumes de ses mains. Et sa nuque… Cou de cygne dégagé de ses cheveux comme elle penchait la tête vers l'avant. Il fallait juste qu'elle fasse un pas en avant pour qu'il puisse la contempler jusqu'aux pieds, et qu'elle dégrafe soutien-gorge, culotte et porte jarretelle. Le tout rouge, bien sûr.

Il approcha une main pour frôler sa peau, hésita à briser l'harmonie, passa sa langue sur ses lèvres, et repéra une petite boucle de vide sans la dentelle de la culotte en partie comblé par un flot de ruban. Il ferma la main en poing pour retenir son geste et encore la contempler de la nuque aux mollets.

Elle trembla. Il fit un pas vers elle.

« Tu peux ouvrir les yeux, ma Dorea, lui dit-il. »

-Mais… bredouilla-t-elle. »

Il fit un autre pas pour se placer juste derrière elle, son visage au dessus de son épaule pour lui parler à l'oreille.

« Tu es belle, souffla-t-il. »

Elle se retourna en un sursaut accompagné d'une bouffée de parfum au citron. Il inspira à pleins poumons en fermant les yeux, et lorsqu'il les rouvrit, il avait le nez au-dessus de sa poitrine.

Morgane. Arrêtez.

D'accord, il n'avait pas vu une seule paire de seins – autre que celle d'Enid Forty, l'impudique – en un an, mais tout de même. La poitrine de Dorea était emprisonnée dans la dentelle rouge et rehaussée par les baleines. Elle était ronde, petite, délicate, vierge de tout passage masculin (sauf celui de Charlus) et elle attendait d'être délivrée. Il releva la tête, incapable de contrôler son désir plus longtemps.

Sublime, stupéfiante et magnifique.

Il voulait sentir ses mains sur lui, il voulait qu'elle le touche et qu'elle l'amène à ce point de non retour dont il avait été dégoûté en janvier. Ça, ça, ce qu'il ressentait, c'était du désir. Avant, ce n'était rien.

Il prit ses mains pour les poser sur lui. Dorea lui ouvrit timidement sa robe de chambre et glissa enfin ses mains sur sa peau. Le tissu pelucheux de la robe de chambre se sépara de son corps grâce aux doigts fins de Dorea. Il frissonna violemment, ferma les yeux en rejetant la tête en arrière, posa brusquement ses mains sur sa taille pour la tenir entre ses mains. Si douce et chaude. Si délicate dans ses gestes. Il écarta les doigts pour toucher une plus grande partie de sa peau en bougeant le moins possible. Il aimait ce qu'elle lui faisait ressentir, il en voulait encore, il ne devait pas s'emporter maintenant.

Il cessa de la toucher et le peignoir tomba enfin au sol, mais elle laissa ses doigts sur son torse. Il rouvrit les yeux pour chercher son regard qui devait sans doute lui demander quelle était la suite des évènements, mais à la place, il la trouva toute concentrée sur l'étude de son torse. Son sang ne fit qu'un tour.

Il se jeta sur sa bouche. Tant pis pour les bonnes manières. Si elle l'avait épousé, c'est qu'elle aimait l'impertinence. Elle répondit d'ailleurs à son baiser avec ardeur et lorsqu'il l'emprisonna dans ses bras en laissant ses mains s'enivrer de sa peau douce et de ses frissons, elle en fit de même. Il sentait ses mains dans le bas de son dos, dans son dos, dans sa nuque et dans ses cheveux. Merlin. Elle tremblait, comme tout à l'heure, mais il tremblait autant qu'elle à présent. Il avait l'impression que son cœur voulait sortir de son corps tant il battait vite. Elle frissonnait mais elle bougeait aussi, elle le touchait, et c'était juste ce qu'il fallait pour qu'il soit sûr qu'elle était avec lui.

Lorsqu'il s'éloigna d'elle pour reprendre sa respiration, elle ne tremblait plus, et lui ne tenait plus.

Il la souleva dans ses bras, comme l'heure d'avant, et à nouveau, il la déposa sur le lit. La chandelle éclairait juste ce qu'il fallait pour qu'il puisse la contempler étendue sous lui. Il s'empressa de caresser toute sa peau, tout son corps, jusqu'à sa cheville fine et son ventre blanc. Les frissons qu'il fit naître sous ses doigts le firent trembler d'impatience.

« Relève-toi un peu, ma Dorea, souffla-t-il en l'aidant à relever le dos. »

Il passa sa main sous son dos déjà moite d'impatience et dégrafa son dessous d'un geste précis. Elle ferma les yeux violement lorsqu'il tira sur les bretelles, et il préféra l'embrasser à nouveau pour enlever tout à fait la dentelle. Il continua ses baisers bien plus doux et langoureux lorsqu'il glissa sa main entre eux, sur sa poitrine nue. Sa peau était encore plus douce à cet endroit. Il s'éloigna pour la regarder. Blanche et ronde. D'une jolie taille et d'une impatience évidente.

« Tellement belle, chuchota-t-il en embrassant longuement un sein puis l'autre. »

Il l'entendait respirer bruyamment et rapidement pendant qu'il dégustait le galbe de sa peau. Mais elle ne soupirait plus et il ne sentait plus ses mains délicates sur lui.

Il releva la tête vers elle et repéra ses mains agrippées aux draps du lit, aux deux extrémités. Son visage était contracté, sa mâchoire serrée et ses yeux écarquillés et vissés à la tenture supérieure du lit à baldaquin. Elle ferma un instant les yeux en expirant par le nez avec un soulagement évident.

« Tu n'aimes pas ? s'étonna-t-il, piqué dans sa fierté.

-Pardon ? s'étonna-t-elle à son tour en tournant la tête vers lui.

-Tu es toute crispée : tu n'aimes pas que je t'embrasse les seins ? »

Elle rougit, un peu plus qu'elle n'était déjà rouge depuis tout à l'heure. Ses yeux sortirent un peu plus de leurs orbites. Elle essaya de se faufiler loin de lui, mais comme il était assis à cheval sur elle, elle ne put aller bien loin.

« Dorea, tu n'as pas à être mal à l'aise, dit-il plus doucement. Ma Dorea, je… dis-moi tout de suite si tu n'aimes pas quelque chose, s'il te plaît. Je ne veux pas que tu te contractes comme ça parce que…

-C'est que ça chatouille, le coupa-t-elle en cachant ses yeux avec ses mains. »

Il éclata de rire et se jeta à nouveau sur ses seins et son ventre. Si ce n'était que ça !

« Mais rigole alors ! lui lança-t-il en l'embrassant à nouveau. »

Et après un court instant d'hésitation, elle commença à se tortiller sous ses baisers en riant et soupirant en même temps. A croire qu'elle essayait de camouffler ses soupirs. Y avait pas de quoi, Charlus n'attendait que ça, l'entendre soupirer.

« C'est… c'est ta moustache je crois, ça… ça me chatouille, bafouilla-t-elle les joues roses en respirant profondément une fois qu'il eut arrêté ses baisers. »

Mensonges, eut-il envie de claironner.

« Je crois plutôt que tu aimes ça et que ça te fait du bien, lui souffla-t-il à l'oreille en guettant un nouveau rougissement. »

Rougissement qui ne se fit pas attendre. Mais cette fois, il était accompagné d'un air revêche un peu fier.

« Peut-être, dit-elle distinctement d'une voix grave et remplie de sensualité. »

Il serra les dents à son tour sans la lâcher du regard. Elle était prête. Elle était prête et enfin détendue puisqu'elle le provoquait. Il plia ses bras l'un après l'autre pour ne plus se reposer sur ses mains mais sur ses coudes. Il était tout à fait au dessus d'elle et ses avant-bras encadraient son visage innocent bien trop orgueilleux lorsqu'enfin tout son corps épousa ses courbes de femmes. Elle tressaillit et perdit un instant son expression supérieure. Il ferma les yeux pour savourer la chaleur qu'elle dégageait.

As-tu déjà pris un glaçon à mains nues, Black ? peau à peau ? Eh bien : ça brûle.

Il n'avait jamais autant eu raison de toute sa vie. Et il n'y tenait plus. Il s'appuya uniquement sur ses pieds et son coude gauche pour libérer sa main droite. Elle glissa le long du flanc de sa femme, passa par le renflement délicat de sa taille et s'arrêta sur sa cuisse un instant avant de remonter s'aventurer sous la dentelle de sa culotte. Elle cessa de respirer. Il cessa de bouger, et attendit qu'elle respire à nouveau.

« Je peux ? finit-il pas demander sans lâcher ses yeux incertains. »

Il passa un doigt de plus sous la dentelle rouge, décala son corps sur le côté gauche et attendit en embrassant les traits de son visage du regard. Lorsqu'elle hocha la tête en fermant les yeux, il fit glisser le dessous le long de ses cuisses en suivant le chemin de la dentelle pour la contempler en toute discrétion. Pas une seule cicatrice, une peau blanche seulement ponctuée de grains de beauté et douce… douce comme il ne se souvenait pas avoir un jour touché. Il jeta distraitement la culotte et les porte-jarretelles hors du lit, plus préoccupé par la femme – sa femme – nue et étendue dans son lit. La seule petite particularité que ses yeux et sa main rencontrèrent fut une tache de naissance, de la taille d'un demi-pouce au niveau de sa cuisse qu'il n'avait pas encore repérée. Elle ressemblait à une goutte d'encre qui avait bavé sur un parchemin. Il la caressa avec son pouce plusieurs fois avec fascination. Et dire qu'il était le premier et le seul homme qui la toucherait là, de cette manière, pour toujours.

Il remonta sa main dans le creux de sa cuisse, déposa un baiser qui la fit violemment frissonner et revint retrouver ses yeux. Elle était à nouveau crispée, tendue et inexplicablement agrippée aux draps du lit.

« Dorea ?

-Oui ? souffla-t-elle en ouvrant les yeux.

-Tu… Tu es sûr que ça va ? insista-t-il en fronçant les sourcils.

-Oui mais…

-Mais ? reprit-il après plusieurs secondes de silence.

-Est-ce que tu pourrais y aller un peu plus vite que j'arrête de m'inquiéter, s'il te plaît ? souffla-t-elle avec un embarras visible. »

Elle était vraiment unique. Les filles disaient toujours que les hommes allaient trop vite, ou qu'ils étaient trop rapides, et Dorea voulait qu'il se dépêche ? Il se laissa tomber sur le flanc, à côté d'elle. D'accord, les longs et sulfureux préliminaires n'étaient pas pour maintenant. Il valait mieux se contenter du plus évident ce soir au risque de la perdre.

« Je suis trop doux ? demanda-t-il d'un ton moqueur en retournant l'embrasser. »

Il l'embrassa lentement en se sentant cramer de l'intérieur. Il attendit d'avoir emmêlé sa langue avec la sienne, souple et coquine, pour remonter sa main le long de sa jambe et de sa cuisse, jusqu'à cet endroit doux et encore innocent où elle était déjà chaude et humide.

Elle hoqueta contre ses lèvres lorsqu'il la frôla d'un mouvement languissant du pouce. Il se détacha de sa bouche afin de la voir rougir encore plus, pour changer. Sa bouche entrouverte, ses yeux écarquillés et ses boucles noires frémirent lorsqu'il s'aventura du bout des doigts un peu plus loin. Elle renversa la tête en arrière, se cambra lorsqu'il vint un peu plus à elle, expira tout l'air de ses poumons et se mit à secouer la tête.

« Ce sera long ? s'inquiéta-t-elle en hoquetant en se cambrant à nouveau.

-Pourquoi ? demanda-t-il, satisfait de la sentir si emportée et si prête entre ses doigts.

-Parce que c'est… c'est violent… dans mon ventre et… hoqueta-t-elle. »

Il reprit ses doigts de longues secondes plus tard, lorsqu'il vit ses yeux rouler dans leurs orbites sous le plaisir, pour écarter sa cuisse droite et venir se glisser entre ses jambes. Elle était bouillante et frémissante, il l'avait sentie autour de ses doigts. Elle voulait de lui, elle était sa femme et elle ouvrait d'elle-même encore plus les jambes que ce qu'il lui demandait. Elle l'attendait.

Il se pressa contre elle, l'embrassa avidement, appuya son désir contre celui de Dorea avant de prudemment s'inviter en elle en guettant le moindre signe négatif sur son visage. Elle serrait à nouveau la mâchoire, et elle évitait son regard pour à nouveau fixer la tenture du lit à baldaquin.

« Excuse-moi, on dit que la première fois peut être désagréable, préféra-t-il la prévenir en attrapant son regard lorsqu'elle sursauta.

-Non, non c'est… »

Il s'arrêta tout autant pour écouter ce qu'elle avait à lui dire que pour savourer la sensation de chaleur qui l'enveloppait progressivement. Il avait l'impression que cela faisait des mois qu'il n'avait pas été aussi… aussi… au chaud. Il n'avait même jamais été aussi au chaud tant elle était… étroite. Il ne put retenir un soupir si rauque qui ressembla à un grognement avant de s'enfoncer un peu plus en elle, reculer un peu en la sentant sursauter puis revenir à elle progressivement. Il la sentit se cambrer sous le lui. Il cessa de bouger, le souffle court.

Elle effleura son dos du bout des doigts pour l'inciter à continuer et mieux, il la sentit rapprocher très légèrement son bassin du sien. Ce léger mouvement lui fit perdre le peu de contrôle qu'il lui restait et il glissa sa main sous sa nuque pour la rapprocher de lui et s'emboîter tout à fait à elle d'un seul mouvement un peu trop brusque. Il prit le temps de soupirer lourdement en sentant la tension de ses membres s'en aller un court instant, puis il releva vivement les yeux vers les siens, écarquillés et froncés. Leur couleur grise était presque entièrement avalée par ses pupilles dilatées, mais elle semblait si perplexe et effarée qu'il s'inquiéta. Il avait dit que la première fois pouvait être désagréable pour ne pas lui faire peur, il n'avait pas voulue dire douloureuse.

« C'est ? répéta-t-il en profitant malgré lui de la sensation de plénitude qui se répandait dans son corps qu'il devait empêcher de se mouvoir contre elle.

-… inconfortable, dit-elle lentement avant de se tortiller sous lui toujours en fronçant les sourcils. »

Il resta au dessus d'elle à mi-chemin pour l'embrasser, figé. Que… quoi ?

« Etrange, se corrigea-t-elle quelques secondes plus tard. »

Elle se tortilla à nouveau, défronça puis fronça à nouveau les sourcils, pinça les lèvres, les humidifia en passant sa langue dessus, défronça les sourcils.

« Etonnant, continua-t-elle et il se demanda si elle allait lui faire tout le dictionnaire. »

Elle cessa de gigoter puis relâcha tous ses muscles d'un coup pour brusquement remonter ses cuisses sur ses flancs et enfin le regarder dans les yeux, des yeux brillant d'étoiles.

« Chaud, souffla-t-elle en rougissant à nouveau. »

Il soupira de soulagement la seconde d'après, et ne retint plus ses hanches d'entrer en collision avec les siennes, d'abord avec lenteur et douceur pour l'habituer à sa présence, puis plus rapidement, et encore et encore, pendant un temps qui lui parut trop court et infini à la fois. Il finit par lâcher la bride, et s'éparpiller dans ses coups de reins, ralentir et accélérer de manière désordonnée. Son empressement ne semblait pas la gêner, elle semblait même le trouver agréable, puisqu'elle se raccrochait à ses épaules en soupirant discrètement et en cherchant toujours plus le contact avec lui. Elle soupirait, elle hoquetait, elle bafouillait, elle roulait des yeux, elle rougissait et bredouillait son prénom, de quoi l'encourager à l'aimer toujours plus.

Et lui… Bon sang, il avait presque oublié combien c'était bon. Son corps entier était pris dans un bain de lave en fusion, des frémissements surgissaient dans toutes les parties de son corps, et surtout, il se sentait à sa place, faufilé ainsi entre ses cuisses. Il l'aurait bien amenée plus loin dans le plaisir, mais entre la pudeur de Dorea et sa propre exitation, il n'arrivait plus à penser à autre chose qu'au fait qu'il était en elle, et qu'il ne voulait plus en sortir. Il était comme dans une bulle, avec cette femme – sa femme – et il voulait y rester pendant ces trois foutus jours de lune de miel. Encore et encore. Mais il se sentait tellement bien, comme il ne l'avait pas été depuis tellement longtemps, qu'il dut laisser l'explosion ultime approcher de plus en plus sans pouvoir se maîtriser et se retenir. Il essaya un quart de seconde pour regarder Dorea et la voir tout à fait avec lui, tout à fait à lui, comme elle l'avait rarement été – si ce n'est jamais – et prendre tout ce qu'il lui offrait. Elle soupira plus bruyamment encore, et il oublia où il était en se perdant tout à fait en elle pendant de longues secondes.

Il rouvrit les yeux et se redressa un peu lorsqu'il crut sentir la bouche de Dorea sur sa joue. Il tourna la tête et trouva son visage détendu agrémenté d'un vague sourire. Il l'avait eu, jouissante entre ses bras, il l'avait entendue dans ses halètements et sentit dans sa peau moite et tremblante d'émoi. Et là, toute à l'étourdissement, elle avait fermé les yeux, et il en profita pour lui voler un baiser qui les lui fit rouvrir. Elle le regarda à peine une seconde en plissant le nez avec contrariété et vint à son tour lui embrasser les lèvres. Elle referma ensuite à nouveau les yeux pendant que Charlus soupirait à nouveau de contentement et s'éloignait d'elle juste ce qu'il fallait pour se libérer de l'intimité si chaude qui l'avait accueilli. Il se décala juste un peu pour s'allonger à plat ventre à côté d'elle tout en gardant son bras autour de sa taille. Elle resta sur le dos sans rien dire, les yeux fermés et en souriant à peine. Il s'inquiéta à nouveau, inexplicablement.

« Tout va bien ? finit-il par demander dans un murmure en passant sa main sur sa joue fraîche d'une fine pellicule de sueur.

-Merci, répondit-elle de la même manière en embrassant brièvement sa main. »

D'accord. Sa jolie faculté à le surprendre par des propos et des réponses insolites finirait par le rendre chèvre. Il hésita à insister, convaincu qu'il l'avait été que son « chaud » était une réponse positive. Et lorsqu'il trouva comment formuler sa phrase, il se rendit compte qu'elle s'était endormie. C'est que ce devait aller, non ? Il frotta son nez contre son épaule pour s'imprégner un peu plus de son odeur citronnée, embrassa sa peau en réalisant encore à peine le bonheur qu'il tenait enfin entre ses mains, décala son bras pour entourer sa taille fine et tourna la tête. Il se laissa tomber dans ses draps, dans le sommeil, enveloppé par la chaleur de sa femme qu'il tenait enfin contre lui.

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(... Nouvel an dans quatre ou cinq chapitres FelicityCarrow ! merci pour ta review ;)