Hello ! Un long chapitre cette semaine, presque 8000 mots :)
Je note que j'ai de plus en plus de follows sur cette histoire, et ça me fait très plaisir, vraiment... Mais voilà, ce sont toujours les trois mêmes personnes qui me laissent des reviews, et je les en remercie grandement par ailleurs. Pourquoi vous ne le faites pas les autres ? Franchement vu le temps que je prends pour écrire, ce serait sympa de prendre 1mn du votre pour me dire ce que vous pensez de l'histoire... je comprends qu'on ait pas toujours l'envie ou le temps, mais si les lecteurs fantômes sortaient un peu de l'ombre j'apprécierais beaucoup... voilà. Et il y a toujours l'option MP si jamais vous ne voulez pas laisser un commentaire visible, of course. Je réponds toujours ;)
Je vous laisse profiter du chapitre, bonne lecture !
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Je sifflotais gaiement sur le trajet menant à la bibliothèque. Après un dîner express, je m'étais agilement débarrassée de mes deux amies pour pouvoir venir seule. Regulus n'avait rien précisé, mais je doutais fortement qu'une autre personne ne soit la bienvenue donc je prenais mes précautions. J'aurais peut-être dû lui demander de quoi il comptait me parler d'ailleurs…
Peut-être.
— Félicitation Théa, me morigénai-je à voix basse, tu en es arrivée à un point où tu laisses des psychopathes t'inviter alors qu'ils ont peut-être des arrières pensées pas très louables en tête, et ce sans t'en inquiéter une seule seconde…
… OK. J'exagérais légèrement. Et puis j'avais tout de même prévenu Evelynn que j'allais à la bibliothèque, si je ne revenais pas avant le couvre feu elle saurait où chercher mon cadavre.
Je me figeai à cette pensée. Une sueur froide me coula le long de la nuque en repensant au regard meurtrier de Regulus après ma petite blague de tout à l'heure… Et puis aux marques violacées qui étaient restées longtemps sur mon corps à chaque fois qu'il s'était énervé…
— … Ce n'est pas des psychopathes, juste Black… marmonnai-je pour me rassurer. Il est inoffensif…
Même moi je n'y croyais que moyennement.
Une fois arrivée au lieu du règlement de compte, je partis à la recherche d'une table la plus loin de l'entrée possible tout en saluant poliment la bibliothécaire. Cette dernière se contenta de me lancer un regard méfiant par-dessus ses lunettes, tout en me répondant sèchement de me taire. J'ouvris légèrement la bouche, un peu choquée par tant d'agressivité venant d'une femme si frêle. Cela m'apprendrait à être bien élevée tiens, la prochaine fois je l'insulterai en passant. Je m'éloignai à grands pas de l'entrée en grognant des injures dans ma barbe.
Je finis par trouver la place idéale dans une allée glauque au possible. Les rangées autour de moi ne comportaient que des livres sur La reproduction entre animaux fantastiques. Qui voulait lire ça sérieusement ? Pas moi. Raison pour laquelle l'endroit était parfait pour une discussion loin des oreilles indiscrètes.
Avant de poser mes affaires sur la table, j'hésitai un instant. Le lieu était également parfait pour un meurtre discret… Je devrais peut-être me mettre dans un coin plus dégagé. Hésitante, j'attrapai le premier livre épais qui me passa sous la main, en me faisant la réflexion que je pourrais toujours m'en servir comme moyen de défense. Mais ne pas avoir à se défendre, c'était tout de même mieux…
Je n'eus pas le temps de tergiverser plus longtemps, une masse sombre non identifiée se laissa bruyamment tomber sur la chaise en face alors que je me trouvais toujours debout à hésiter.
Deux billes meurtrières croisèrent mon regard.
— T'es en retard, me reprocha immédiatement Regulus.
— Je suis arrivée avant toi, contrai-je immédiatement en m'asseyant.
C'était trop tard pour changer de place désormais de toute façon.
— Non, j'attendais de voir où tu allais t'installer. (Le garçon loucha sur le livre que j'avais dans les mains, et un rictus se forma sur ses lèvres). Un choix vraiment très intéressant… Je ne savais pas que tu étais passionnée par les techniques de reproduction entre les Nifleurs.
Je rougis jusqu'à la racine des cheveux en suivant son regard. Il ne s'agissait pas du coin de la bibliothèque consacré aux reproductions des animaux fantastiques pour rien. Merlin la honte. Surtout, ne pas perdre son calme et faire comme si tout était absolument normal…
— Et alors ? Je compte braquer Gringotts il me faut des effectifs, mentis-je en prenant le ton le plus dégagé possible.
Tout en ce faisant je m'appliquai à aligner mes parchemins de cours sur la table, histoire qu'aux yeux du bas peuple de ce château nous ayons l'air de réviser calmement. Je posai mon livre de reproduction des Nifleurs à côté de moi, n'osant même pas regarder la couverture tant l'image me paraissait indécente.
— Rien que ça, sourit Regulus en se replaçant correctement sur sa chaise pour me lancer un regard moqueur. Explique moi donc ton plan, je suis tout ouïe.
— Si je t'explique ce ne sera plus un plan top secret, le rabrouai-je d'un ton impérieux.
Lissant mon pull pour me redonner une contenance, je tentai de détourner le sujet de conversation plus ou moins discrètement en m'empressant de demander des nouvelles de Barty Croupton, notre petit Gardien à qui Regulus avait subtilisé son Retourneur de Temps pour que l'on puisse sauver Rogue d'une mort violente. À savoir : déchiqueté par un loup-garou.
— Tiens c'est vrai ça, réalisai-je soudainement. Sev il va bien aussi ?
— Les deux vont bien, et je te rappelle qu'on a eu entraînement il y a une heure à peine. Tu es censé avoir vu Croupton, soupira mon camarade en roulant des yeux.
— Euh… (Je lui souris gauchement). En fait je n'ai peut-être, je dis bien peut-être, pas vraiment fait attention à autre chose qu'à mon envie de me défouler sur le Souafle…
Regulus ne s'en offusqua même pas, il avait l'air de quelqu'un complètement blasé. Je n'arrivais pas à croire que j'avais réussi à le saouler de moi en aussi peu de temps… Habituellement cela me prenait plus de temps pour dégoûter les gens de ma personne. En tant que petite sœur du grand Arès Malefoy, apprécié de tout le monde et surtout des filles, les gens m'approchaient régulièrement. Puis ils finissaient tous par en avoir marre, ce qui expliquait que mon seul vrai ami soit Jack Potter : mon cousin qui avait été obligé de me supporter dès la naissance. Nous étions nés le même jour, nos pères avaient pris ça pour un signe du destin et nous avaient littéralement élevés comme des jumeaux. Pas que cela me déplaisait, j'adorais Jack, mais du coup je ne pouvais pas vraiment dire que c'était mon meilleur ami, je le considérais plutôt comme mon frère.
Enfin bref, tout ce cheminement de pensée pour expliquer que j'étais très déçue que Regulus en ait déjà assez de moi. Même Evelynn et Alycia me supportaient plus que bien. Après avec elles je faisais plus attention au vu de ma situation précaire dans cette époque… Mais cela n'enlevait rien au fait que ce débile de Black me décevait. Moi qui croyais qu'il serait plus résistant que les autres…
Ce qui me fit penser que le seul mec qui avait tenté de me draguer en dépit de mon frère avait fini par abandonner au bout de deux rendez-vous. Notamment parce que j'avais oublié de me présenter aux dits rendez-vous.
Je fronçai les sourcils. Pourquoi je pensais à ça d'abord moi ? Ah oui ! Au final Regulus était plus endurant que la moyenne, je l'agaçai mais il continuait de me donner des rendez-vous top secrets. Auxquels je venais. Cela fit revenir ma bonne humeur.
Parfois, cela me fatiguait d'être dans ma tête.
— T'écoutes quand je parle ? Lâcha brusquement Regulus en haussant le ton.
— Oui oui, confirmai-je alors que je n'avais pas écouté un traitre mot de ce qu'il venait de déblatérer.
Du peu que j'avais entendu, il s'agissait d'une sombre histoire où il était question de la survie de Rogue à l'infirmerie. Tant mieux pour lui, me voilà rassurée quand au bon déroulement des évènements futurs.
— Pourquoi tu voulais me voir du coup ? Enchainai-je pour ne pas lui laisser le temps de s'énerver.
— Tu comptes faire quoi ? (Mon regard perplexe le força à préciser sa pensée). Avec ton Retourneur de Temps, dit-il lentement en m'analysant.
— Ah ! Aucune idée, marmonnai-je en secouant la tête pour afficher une mine plus sérieuse. Il faudrait que j'en parle à Dumbledore mais j'ai moyennement confiance, ça fait trois mois qu'il me promet qu'il fait tout ce qu'il peut pour trouver une solution. Il m'a même dit qu'il cherchait au Ministère…
— Et pas de nouvelles ?
— Pas de nouvelles, confirmai-je en haussant les épaules.
— C'est bizarre quand même, réalisa Regulus en ébouriffant ses cheveux d'un geste impatient. C'est le plus grand sorcier du siècle, et il ne trouve rien…
J'hochai la tête, maussade. D'un côté j'étais plutôt contente de voir que le garçon partageait mes doutes quant-à la réelle implication de Dumbledore dans mon histoire, puisque cela signifiait que je n'étais pas si paranoïaque que ça, mais de l'autre côté j'aurais préféré être parano. Parce que si Dumbledore me mentait, ou qu'il savait quoi que ce soit et refusait de me le dire… ce n'était pas très encourageant pour la suite.
— Tu ne sais vraiment pas ce que compte faire Voldemort avec ça ? Demandai-je avec espoir en sortant mon sablier.
Regulus remonta ses manches de chemise en soupirant, avant de secouer la tête négativement. Un silence s'installa entre nous, où chacun réfléchissait les yeux braqués sur mon Retourneur de Temps. Nous finîmes par échanger quelques hypothèses farfelues, aussi peu crédibles les unes que les autres, qui ne nous convainquirent pas. Je me pris la tête entre les mains en essayant de réfléchir placidement.
Si j'étais un grand mage noir assoiffé de pouvoir, pourquoi est-ce que je créerais un objet pareil permettant à mes ennemis de venir changer les choses à mon désavantage ?
… Je n'en avais aucune idée, et pour cause : je n'étais pas une sorcière assoiffée de magie noire et de pouvoir. Mais une meilleure idée me vint en matant le garçon face à moi de haut en bas.
Discrètement, je louchai sur l'avant-bras gauche à découvert de Regulus. Vierge de toute marque.
— Quoi ? Râla le garçon en surprenant mon regard.
Je grimaçai, pour la discrétion on repassera…
— Tes parents, dis-je innocemment, ils sont plutôt pro magie noire non ?
— Oui… Pourquoi ? S'enquit-il en me lançant un regard méfiant.
Des mèches de cheveux noirs lui tombaient devant les yeux, et je sentis mon cœur s'accélérer devant le magnétisme de ses prunelles. Je crispai les poings sur mes genoux, il fallait absolument que je reste concentrée.
— Reg…
— Arrête de m'appeler comme ça, me coupa-t-il.
— Pardon, Black… repris-je en lui lançant un regard exaspéré. Tu es très proche des familles de Mangemorts, donc tu ne comptais pas de toute manière rejoindre la cause ? Demandai-je très vite en sentant mes mains devenir moites. Parce que je ne te cache pas que cela m'arrangerait beaucoup…
Seul le silence me répondit. Son visage s'était fermé dès la fin de ma phrase, il me dévisageait comme s'il ne me reconnaissait pas. L'angoisse me fit trembler, et je baissai les yeux en ne supportant plus son regard accusateur.
Oui, je lui suggérai sciemment de rejoindre le gang des apprentis Mangemorts… Maintenant que je le connaissais mieux, je savais que c'était tout sauf ce qu'il voulait. Regulus n'était pas un méchant, il n'était pas mauvais comme pouvait l'être les autres Serpentard : même Evelynn me semblait plus virulente que lui lorsque cela concernait des Nés-Moldus. Regulus… Ce n'était qu'un enfant ayant grandi trop vite qui se retrouvait coincé dans cet univers impitoyable à cause de sa famille. Un garçon né au mauvais endroit au mauvais moment. Je ne pouvais pas rentrer dans sa tête, mais j'étais intimement persuadée qu'il aurait souhaité faire autre chose de sa vie qu'être condamné à suivre un tyran dont il ne supportait pas les idées. Ni les méthodes d'ailleurs…
Mais de toute manière, d'après mes grands-parents il s'était engagé auprès de Voldemort alors qu'il était encore à Poudlard, donc ce que je lui disais ne changerait rien malheureusement... Au pire, j'accélérais juste l'échéance.
Cependant, une voix dans ma tête me soufflait que je n'accélérais rien du tout. Les choses devaient se dérouler telles qu'elles se passaient présentement. Je ne savais pas d'où me venait cette certitude, mais elle semblait ancrée dans mon esprit au fer rouge.
Un rire nerveux me fit brusquement relever la tête.
— Tu… plaisantes ? Ricana Regulus en fourrageant encore plus violemment ses cheveux que d'habitude.
Je me grattai la nuque, ne sachant pas quoi dire.
— Non, tentai-je. Si on veut savoir ce que signifie exactement mon Retourneur de Temps il faut que tu ailles chercher directement la réponse à la source, donc Voldemort…
— Mais t'es MALADE ! éructa le garçon en bondissant de sa chaise sans préavis.
Il plaqua brutalement ses mains sur la table, faisant s'envoler la plupart de mes parchemins, et se baissa pour me regarder droit dans les yeux. Je me renfonçai dans ma chaise alors qu'il approchait son visage du mien. Des tremblements incontrôlables firent s'entrechoquer mes dents. Je laissai trainer mon regard affolé partout, sauf dans ses yeux. Ils étaient tellement remplis de rage que je commençai à avoir vraiment peur de lui. Je cachai mes mains tremblantes sous mes cuisses.
— Petit un, arrête de l'appeler par son nom, gronda Regulus en balançant mon livre sur les Nifleurs d'un revers de main. (Je l'observai s'écraser au sol d'un œil alarmé en me voyant déjà par terre à sa place). Petit deux, arrête de croire que je passe ma vie à me soucier de tes problèmes. Et petit trois putain, t'as complètement disjoncté si tu crois que je vais devenir un Mangemort juste pour tes beaux yeux ! Cracha le garçon le visage déformé par la colère.
Sa lèvre du haut tressautait légèrement, tandis que tous ses traits étaient crispés au possible. Ses yeux métalliques renvoyaient une haine qui me fit déglutir difficilement. Je ne comprenais pas sa réaction aussi… violente. Il devait devenir un Mangemort cette année pourtant. Enfin… En théorie ?
— OK OK, je m'excuse ! m'exclamai-je nerveusement en levant les deux mains en l'air. Drapeau blanc c'est bon, ne me tue pas !
Usant de mes pieds, je raclai bruyamment ma chaise au sol pour pouvoir m'éloigner le plus possible du dangereux psychopathe face à moi. Une fois nos visages à une distance plus raisonnable, je baissai les bras en soupirant. De loin, Regulus faisait tout de même nettement moins peur.
Le garçon me lança un regard glacial, qui me fit frissonner. Après réflexion, même de loin il filait les jetons.
— Arrête de dire des conneries alors, siffla-t-il mauvais en se rasseyant.
— Plus jamais ! promis-je immédiatement en sachant pertinemment que je ne respecterai jamais cette promesse. Je vais trouver une autre solution, copiner encore plus avec Rosier, m'infiltrer chez Voldemort pour le forcer à m'avouer tous ses sombres desseins, et euuh… inventai-je en sentant mon cerveau carburer à tout vitesse.
— C'est bon j'ai compris.
Regulus continuait de me mitrailler du regard, ce qui ne m'aidait pas à retrouver mon calme. Je me sentais à deux doigts de la crise d'angoisse suite à sa petite démonstration de colère au dessus de la table. J'avais raison tout à l'heure de m'inquiéter. Et la bibliothécaire qui n'était jamais là quand on avait besoin d'elle…
Je jetai un coup d'œil découragé sur tous mes parchemins de cours étalés au sol. Juste à côté, mon livre sur la reproduction des Nifleurs ne semblait pas avoir apprécié le choc. Adieu moyen de défense illusoire. Et adieu rêves de braquage de la Banque sorcière…
— Mis à part me proposer de devenir un Mangemort t'as pas de solution pour Tu-Sais-Qui ? Reprit finalement Regulus après ce qui me parut une éternité.
— Je suggérais juste que tu donnes un peu de ta personne pour m'aider, grommelai-je dans ma barbe avec mauvaise foi. (Son regard se fit acéré, et je toussai bruyamment en comprenant qu'il avait entendu). Enfin je voulais dire que je comprenais parfaitement que ma première idée était stupide, il faut juste que je réfléchisse à autre chose… Les plans intelligents mettent du temps avant de se mettre en place, me corrigeai-je très vite en grattant ma nuque.
Regulus se renfrogna, pas dupe, et on resta là à se dévisager en chiens de faïence jusqu'à ce que ne sonne l'heure de retourner dans nos dortoirs. Je ramassai tous mes parchemins en un tour de baguette, et rangeai le livre des Nifleurs à sa place avec un petit pincement au cœur. Nous fîmes le trajet côte à côte, dans un silence de mort. Je glissai à Regulus un faible « bonne nuit » au moment où l'on se sépara pour rejoindre chacun nos groupes d'amis dans la salle commune, il ne me répondit pas, et ce fut tout.
J'étais émotionnellement vidée. Je n'avais toujours pas l'ombre d'une idée en ce qui concernait mon Retourneur de Temps, ce qui n'aidait pas à voir positif. Sans parler du fait que le manque de mes proches commençait à se faire douloureusement ressentir, je devenais dingue à force de revoir des moments de ma vie à chaque fois que je fermais les yeux.
— C'était encore votre devoir d'Arithmancie ? demanda Alycia au moment où je me laissai tomber à côté d'elle sur le canapé.
— Oui, dis-je sombrement.
— Hé bien c'est long dis donc ! Heureusement que je n'ai pas choisi cette matière atroce ! souffla Evelynn en mimant une crise cardiaque, ce qui m'arracha un bref sourire.
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Les jours se succédèrent rapidement. Je n'eus toujours pas le courage d'aller parler à Dumbledore pendant ce laps de temps. Ma vie était rythmée par des cauchemars, le Quidditch, les cours et la nourriture. En effet je passais mon temps à m'empiffrer de sucreries pour oublier mes problèmes, ce que ma mère me reprocherait sûrement si elle pouvait me voir. Penser à ce genre de chose me faisait encore plus déprimer, donc je m'appliquais par la suite deux fois plus à ingurgiter tout ce qui me tombait sous la main, tant que cela restait comestible.
— Athéa, je peux te parler ? me questionna brusquement Evan alors que je révisais dans la salle commune.
— Hmm ? marmonnai-je d'un ton absent en relisant pour la troisième fois le même passage.
Il posa sur ma table de nombreux livres, et je relevai la tête pour croiser son regard. Le bleu translucide de ses iris rencontra l'azur des miennes, et il me sourit chaleureusement. Le châtain replaça quelques mèches de cheveux en arrière, et il prit place sur la chaise à mes côtés. Son visage reflétait une gentillesse sans pareil, qui fit douloureusement remuer mes entrailles. J'adorais Evan lorsqu'il était aussi adorable, c'était vraiment horrible de devoir se rappeler qu'il me voulait potentiellement du mal…
— Slug vous a dit qu'il organisait un bal pour Noël ?
Je levai un sourcil, l'information me parut familière sans que je n'arrive à mettre le doigt sur l'endroit où je l'avais entendu.
— Ah oui… c'est vrai, j'avais complètement oublié… grimaçai-je lorsque cela me revint en mémoire.
Le philtre de Mort Vivante. La victoire de Regulus. Slughorn et son foutu bal. Puis la demande hilarante d'Avery. J'eus envie de me cogner le front avec la main, me sentant idiote d'avoir oublié de rechercher un cavalier.
Noël approchait à grands pas, je n'avais même pas fait attention tant que je me concentrais sur mes problèmes personnels… Il faudrait peut-être d'ailleurs que je songe à acheter un cadeau aux quelques personnes avec qui je m'entendais bien. Et pas de cadeaux pour Arès et Jack… Les larmes me montèrent aux yeux, mais je me forçai à les refouler en serrant les dents. Je secouai violemment la tête pour me reprendre.
— Tu voudrais venir avec moi ? Proposa Evan.
Sa phrase me fit oublier mes problématiques de cadeaux de Noël.
— Venir où ? Dis-je bêtement.
— Au bal de Slug, répéta patiemment le garçon.
— Ah…
— Oui. Tu n'as pas de cavalier, si ? S'inquiéta-t-il en fronçant les sourcils.
— Non non, dis-je précipitamment. Enfin Alaric m'a demandé mais j'ai refusé…
Mes yeux pétillèrent lorsque je me remémorai le vent magistral que je lui avais mis. Au risque de me répéter : bien fait pour sa tronche ! Evan me lança un regard moqueur, et je me repris en cessant d'exulter toute seule.
— OK pour venir avec toi, acquiesçai-je.
De toute manière, je savais très bien que j'avais plutôt intérêt à ne pas refuser. On ne refusait rien à Môsieur Rosier sous peine de disparaître rapidement de cette école dans d'atroces souffrances. En outre il n'y avait pas spécialement de danger, je doutais fortement qu'Evan ne me fasse quoi que ce soit à un bal, devant des dizaines de témoins. Puis l'accompagner ne me dérangeait pas plus que cela, j'y gagnais un cavalier charmant (d'un point-de-vue physique tout du moins), et comme disait l'autre : « sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis ».
Ce qui me fit penser que je n'avais pas vu Regulus depuis fort longtemps. Je ne le catégorisais dans aucune des deux cases, ni ami ni ennemi, mais je préférais être proche de lui dans le doute. Pour l'avoir à l'œil bien sûr… Vérifier qu'il ne divulgue pas mon secret, ce genre de chose…
— Parfait ! S'exclama Evan en se redressant aussi vite qu'il s'était installé. On en reparle un autre jour, essaie juste de te trouver une robe vert émeraude et ce sera nickel. (Il me sourit, et mon cœur eut un raté. Bizarrement son sourire ne me semblait plus amical du tout… juste affreusement flippant). Bon… J'ai des choses à faire, à plus.
— Euh… A plus, répétai-je en le regardant s'éloigner d'un œil ahuri.
Un cavalier fort charmant en perspective ma foi. Avec le sourire glacial du Joker. J'aurais peut-être dû tenter ma chance en refusant tout compte fait…
Je claquai violemment le livre que je lisais juste avant qu'Evan n'arrive.
Grommelant, je retournai dans la chambre que je partageais avec les filles. De toute manière cela ne servait à rien de s'acharner sur ce manuel de DFCM, je n'avais qu'une envie quand je le regardais : le jeter dans le feu. Donc autant aller me coucher avant de faire des dégâts irréversibles qui me vaudraient les foudres de la bibliothécaire cinglée.
En me glissant dans mes draps cette nuit, je priai tous les dieux que je connaissais pour passer une nuit tranquille. Je n'en pouvais plus des cauchemars à répétition sur mon passé... J'étais à deux doigts de supplier Slughorn ou l'infirmière de me filer des potions de sommeil sans rêve, histoire de pouvoir enfin bénéficier d'une nuit reposante.
Angoissée, je fermai les yeux les mains fermement agrippées à mon oreiller.
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— Théaaaaa ! Hurla la voix de papa.
— J'arrive, j'arrive ! Bougonnai-je en descendant les marches comme un éléphant estropié.
Je faisais exprès de faire beaucoup de bruit et d'arriver en retard, pour la simple et bonne raison que grand-père Ron m'avait avouée qu'aujourd'hui nous allions dans le manoir de grands sorciers noirs. Et il m'avait toujours dit que la magie noire ça dévorait les enfants, que ça les digérait, les recrachait, et qu'après hop, on devenait des elfes de maison tout moche. Donc forcément, je n'étais pas très emballée pour aller là-bas.
— Je veux pas, chouinai-je en me jetant dans les bras de ma mère.
Elle me réceptionna en me soulevant (difficilement), avant de me chuchoter à l'oreille des paroles réconfortantes. Je me laissai bercer, en ignorant le grognement de papa. De toute manière il râlait tout le temps.
— T'es vraiment une chochotte ! Théa la chochotte, ricana Arès en me tirant la langue depuis la cheminée.
Papa avait déjà de la poudre plein les mains, et il tapait impatiemment du pied sur le sol. Visiblement je mettais tout le monde en retard. Parfait. A côté de lui se tenait mon frère, les cheveux bien peignés pour une fois, tout fanfaron avec sa chemise blanche rentrée dans son pantalon noir très chic. Arès avait un sourire qui lui mangeait tout le visage et ses yeux brillaient beaucoup, lui il semblait très impatient d'aller chez les sorciers noirs.
— Allez Athéa, souffla papa, il y aura Jack vous pourrez jouer ensemble.
— Ah bon ? M'enquis-je, soudainement plus intéressée.
— Oui ! Renchérit maman en me reposant au sol et en me poussant vers la cheminée. On va chez Harry, son grand-père.
— Mais je croyais qu'on allait chez les sorciers noirs… bredouillai-je en ne comprenant plus rien.
Grand-père Ron m'aurait donc menti ? Il disait pourtant qu'il ne fallait surtout jamais mentir… Que c'était très mal. Et qu'après on finissait à Serpentard. Et vu toutes les horreurs qu'il me racontait sur Serpentard, je ne voulais surtout pas finir là-bas.
— On va au manoir des Black ! Dit Arès en me lançant un regard dédaigneux. T'es trop nulle Théa.
— C'est toi le nul ! Boudai-je en croisant les bras.
Si c'était comme ça, je n'allais nulle part moi.
— On se calme, tout le monde dans la cheminée maintenant ! Gronda papa en m'attrapant sous les aisselles pour me soulever.
Il me reposa dans la cheminée sans me demander mon avis, et brusquement je n'étais plus là. Je débouchai sur une pièce immense, encore plus que notre salon à nous que je trouvais déjà très grand, et très sombre. Des bougies étaient allumées dans tous les coins, ce qui donnait au lieu une ambiance mystique pas très rassurante. La décoration semblait vieille de plusieurs siècles.
Sans que je ne comprenne pourquoi, mon cœur s'emballa dans ma poitrine au moment où Harry s'approcha de moi pour me serrer dans ses bras. Tout devint atrocement flou, je n'arrivais même plus à distinguer les lunettes rondes de l'homme face à moi. Les voix autour de moi tourbillonnèrent dans un grésillement de son, je sentis que des gens me touchaient, et j'eus l'impression de me noyer dans une mer de sensations incompréhensibles. Ma peur gonfla, gonfla… Jusqu'à ce que je comprenne que je me trouvais dans un souvenir, et que l'Athéa de seize ans luttait contre la mémoire de la petite fille d'à peine huit ans que j'étais alors.
Le reste du souvenir fut brouillé, complètement illisible, et je ne pus rien entendre.
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Je me réveillai en sursaut, le souffle court, avec une certitude angoissante ancrée profondément en moi, comme une évidence. Mes oreilles bourdonnaient encore.
Quelqu'un. S'introduisait. Dans. Ma. Tête.
Et ce, tous les soirs depuis je ne savais combien de temps. Les yeux exorbités, complètement affolée, je ne cessai de regarder dans tous les recoins pour vérifier que personne n'était au dessus de mon lit avec sa baguette.
Le silence régnait en maître dans la chambre. Je me sentis commencer à claquer des dents à mesure que je percutais ce qu'il venait de se passer.
Je me cachai le visage entre les mains pour éviter une crise de larmes, tout en me mordant la lèvre inférieure au sang. Il fallait absolument que je sois calme, placide. Que je réfléchisse calmement à ce que je venais de comprendre. Ou croyais comprendre…
Je pris le temps de me tranquilliser en comptant les Vifs d'Or dans ma tête. Au bout de deux-cent-cinquante, je respirais plus calmement.
Le souvenir que je venais de revivre, je savais parfaitement que c'était le jour où grand-mère Hermione nous avait parlés des frères Black : de ce qu'ils avaient fait, et de comment ils étaient morts. Elle n'avait d'ailleurs pas tari d'éloges sur eux… Et notamment sur le cadet. Inconsciemment, je venais de protéger Regulus en évitant à la personne s'introduisant dans mes rêves de comprendre qu'il allait finir par trahir Voldemort.
Et je n'avais strictement aucune idée de comment j'avais réussi ce miracle. Mais protéger Regulus Black des autres Mangemorts semblait être un leitmotiv profondément ancré en moi.
Parce que oui, je doutais fortement que ce ne soit pas un Mangemort qui s'introduise dans mes rêves.
Merlin… ça devenait vraiment n'importe quoi cette histoire. Des sueurs froides firent trembler mon corps.
— Putain mais ça peut être qui… marmonnai-je en ramenant mes genoux sous mon menton. Avery… Rosier… Wilkes… Lestrange peut-être aussi. Ou n'importe qui d'autre, je les connais même pas tous…
J'étais dépitée.
En tout cas, il devenait urgent que je ne parle avec Dumbledore. Si quelqu'un avait compris que je venais du futur et qu'il s'amusait à me forcer à rêver de mon passé tout en s'y introduisant… C'était vraiment extrêmement angoissant. Je me levai sur la pointe des pieds, tout en observant les deux filles dormir. Eve avait une position plus qu'improbable sur son matelas, la bouche grande ouverte, un filet de bave jusqu'au menton, et cela me fit doucement sourire.
Je passai le reste de la nuit à lire mon bouquin de DFCM. Il faudrait absolument que je fasse des recherches dès demain sur comment éviter les intrusions externes dans son esprit. Je connaissais bien sûr l'Occlumencie, mais j'avais la conviction qu'il me faudrait bien plus que cela pour m'en sortir. Et je ne connaissais personne pouvant m'apprendre de toute manière.
En attendant d'avoir une solution, hors de question que je ne m'endorme.
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— T'as une drôle de tête Théa, commenta Alycia en me dévisageant pendant notre petit déjeuner.
— Pas de commentaire, marmonnai-je avec la voix rauque de ceux qui n'ont pas bien dormi.
Je tenais à peine assise sur mon banc, refermais fréquemment les dents ailleurs que dans ma tartine, et j'avais une humeur de chien. C'était tout sauf le moment de m'embêter. Une aura noire m'entourait, et les gens autour de moi semblaient avoir saisi l'idée. Personne ne m'adressa la parole après la tentative avortée d'Alycia, et cela me satisfit entièrement.
La matinée passa affreusement lentement. Je fis le choix de sécher l'Arithmancie puisque je l'avais juste avant la pause déjeuner, que je n'avais aucune envie de voir Regulus après ce qu'il s'était passé la veille, et qu'à contrario je crevais d'envie d'aller rendre une petite visite de courtoisie à Dumbledore.
Sur le chemin, à mon plus grand damne, je croisai Black qui marchait dans le sens inverse en direction de notre salle de cours. Mon souffle se coinça dans ma gorge, et je m'appliquai à ne pas croiser son regard scrutateur.
J'avais vraiment la poisse.
Je fis mine de ne pas l'avoir vu, mais lorsque nous nous croisâmes il me stoppa brutalement en agrippant mon poignet.
— Malefoy.
Sa voix, rauque et froide, me fit blêmir. Je me tournai lentement pour lui faire face.
— Quoi ? marmonnai-je.
— T'es pas dans le bon sens pour aller en Arithmancie, souligna Regulus en levant un sourcil inquisiteur.
— Ah bon… J'avais pas remarqué, soufflai-je en lui renvoyant un regard noir.
— Tu vas où ?
— Loin de toi.
Il sourit, d'un sourire démoniaque, et sa prise sur mon poignet s'accentua. Je sentis mon cœur s'emballer à mesure que les secondes s'écoulèrent.
— Balance, ordonna le garçon d'un ton impérieux. La vraie raison.
Je tournai la tête, à droite, puis à gauche. Lentement, en vérifiant que les élèves présents avaient d'autres chats à fouetter que de venir nous espionner. L'envie de dire à Black d'aller se faire voir était forte.
— Voir Dumbledore, craquai-je vaincue par ses iris métalliques impitoyables. Je…
Je refermai la bouche, hésitant à lui dévoiler que quelqu'un s'introduisait dans mes rêves. Je lui faisais plus ou moins confiance, mais c'était assez compliqué de laisser s'effondrer toutes mes barrières. Depuis que j'étais arrivée, je m'étais matrixée l'esprit toute seule en me répétant jour et nuit de ne rien dire à personne sur mon voyage temporel… Et voilà qu'en quelques jours j'avais littéralement tout avoué à Regulus, un futur Mangemort rappelons-le. Alors continuer de lui donner le pouvoir de me détruire en me dénonçant à Voldemort… Je flippai légèrement.
Mais de toute manière il en savait déjà trop pour que je ne sois en sécurité s'il parlait. Je n'étais plus à ça près.
— Y a quelqu'un qui s'infiltre dans mon esprit quand je dors, repris-je dans un murmure.
Regulus fronça les sourcils, se redressa bien droit, avant de me lancer un regard indéchiffrable. Le temps d'un dixième de seconde je crus apercevoir de la peur s'afficher sur ses traits, mais cela se dissipa si vite que je me demandai si je n'avais pas halluciné.
Un pli soucieux barra son front alors que je lui expliquai à demi-mot ce qu'il s'était passé cette nuit. Tout en insistant sur le fait que cela durait potentiellement depuis des semaines.
— Attends… dit le garçon avant d'analyser les environs. Laisse tomber l'Arithmancie, on va aller ailleurs.
— De toute manière on est déjà en retard, commentai-je en louchant sur sa montre.
Réalisant subitement qu'il me tenait toujours le poignet, Regulus relâcha sa prise avant de m'inciter à le suivre d'un geste de la main. Je me massai en soupirant de soulagement tout en lui emboîtant le pas. Ses doigts avaient laissé une traînée brûlante là où ils s'étaient posés.
Plusieurs étudiants pressés passaient devant nous sans nous voir, les couloirs n'étaient pas vides de monde et cela se révélait dangereux de parler de ce genre de chose ici.
Je le trainai de force jusqu'au septième étage, refusant de le laisser m'embarquer dans une salle de classe où n'importe qui pouvait entrer. La Salle sur Demande était sans conteste le lieu le plus sûr de Poudlard à mes yeux, je ne voulais aller nulle part ailleurs actuellement. Mis à part le bureau de Dumbledore, mais je doutais que le Serpentard m'y suive sans rechigner.
Une fois que nous fûmes arrivés je me laissai tomber sur le canapé de mon salon, que j'avais visualisé avant d'entrer, tandis que le garçon aux cheveux noirs fit le choix de rester debout face à moi. Je pris une longue bouffée d'air. Mon regard se perdit un instant dans la pièce chaleureuse de ma maison, glissant sur les couleurs pastels des murs, avant de s'attarder sur l'immense cheminée. Le feu brûlait, d'une couleur orangée ensorcelante.
— Regulus ?
Un grognement m'enjoignit à poursuivre, et il croisa les bras sur son torse en me scrutant.
Je fermai les yeux une seconde, avant de les rouvrir brusquement.
— Tu as l'intention de me livrer à Voldemort en guise de trophée ou tu m'aides par gentillesse ? demandai-je dans un souffle.
Mon cœur se mit à battre la chamade. Sa réponse changerait tout.
Le silence s'étira tandis que nous nous fixions du regard. Extérieurement, je restai de marbre, attendant sa réponse calmement. Intérieurement, c'était le chaos. Cette question, j'y pensais sans arrêt depuis la sortie à Pré-Au-Lard. Depuis que j'étais arrivée à cette époque, des émotions contradictoires ne cessaient de s'affronter en moi dès lors que cela concernait le cadet Black. De la compassion d'abord, quand je l'avais rencontré en sachant parfaitement quelle mort atroce l'attendait. Puis de l'agacement, lorsque je m'étais rendue compte qu'il se comportait comme un imbécile de premier ordre. De la reconnaissance, quand il m'avait couverte auprès des autres après que j'eus défendue Lily Evans. De la rage, souvent quand il m'adressait ses sourires en coin ironiques. De la peur, toujours depuis que je me trouvais à cette époque. Et puis toutes les autres émotions, celles sur lesquelles je n'arrivais pas à mettre un nom malgré mes efforts.
— Je ne sais pas… J'hésite encore à vrai dire, répondit-il d'une voix trainante, une lueur de défi brillant au fond de ses prunelles.
Je lui lançai un regard horrifié, en me sentant blêmir. Mon monde sembla s'effondrer suite à sa réponse. Je pensais que… Non, j'étais persuadée que Regulus Black était quelqu'un de bien et… Je croyais qu'il y avait un truc entre nous. Comment pouvait-il me faire un coup pareil ?
— Respire Athéa, je ne compte livrer personne à ce détraqué… rétorqua-t-il en levant les yeux au ciel suite à ma réaction. Aucun humour c'est dingue.
— Parce que tu te crois drôle ?! Croassai-je en bondissant d'indignation, le cœur battant à dix milles à l'heure. Depuis quand tu fais de l'humour d'abord ? Ajoutai-je, maussade.
— Quelle importance ? Contra Regulus, l'air peu peu concerné par ma question.
Je ne répondis pas à sa question rhétorique, me contentant de le fusiller du regard. Regard qu'il soutint durant une longue minute, le rompant finalement en s'asseyant à mes côtés. Je me décalai le plus loin possible, dans une réflexe d'auto-défense que je ne parviens pas à maîtriser. Mes mains tremblaient encore suite à la frayeur qu'il venait de me faire.
— Alors ? Laissai-je tomber.
— Alors ? Renvoya le garçon en étirant ses jambes devant lui.
— Ja sais pas, marmonnai-je en serrant les poings. On fait quoi ? Tu as une solution pour la personne qui me sonde l'esprit la nuit ?
— C'est Rosier, affirma-t-il d'un ton qui ne laissait pas place à la discussion. Non je n'ai pas de solution, je ne vais pas venir garder ta porte tous les soirs.
Tu devrais, se plaignit mon fort intérieur.
Je grimaçai, dégoûtée par sa réponse. La peur m'empêchait d'oxygéner correctement mon cerveau, je me sentais coincée. Il ne me restait plus que l'option de départ : aller voir Dumbledore et le supplier de m'aider encore plus qu'il ne le faisait déjà. Ou qu'il ne le faisait pas, ce n'était pas clair.
Ou bien prier pour que je fasse un affreux coma suite à un choc sur la tête, et que toute cette histoire de voyage temporel ne soit que le fruit de mon imagination débordante… Autant le dire tout de suite, l'option Dumby me parut nettement plus crédible. Je ne possédais clairement pas assez d'imagination pour inventer tout ce délire.
— Ça doit être ton Retourneur de Temps, lança brusquement Regulus alors que je m'apprêtai à me relever.
— Comment ça ? Bredouillai-je en fronçant les sourcils d'incompréhension.
— On ne peut pas entrer dans la tête des gens quand ils dorment et violer leurs souvenirs comme ça, c'est pas normal. A moins d'être Legilimens, mais je ne crois pas que cela puisse se faire sur une personne n'étant pas consciente… (Regulus secoua la tête, me dévisageant gravement). Quand tu es dans tes souvenirs cela se passe comment ?
— Comme si j'étais en train de revivre la scène… Enfin ça dépend, soupirai-je en réfléchissant à ce qu'il venait de se passer cette nuit. A la fin je comprends que je revis quelque chose qui s'est déjà produit, et aujourd'hui par exemple j'ai réussi à me forcer à brouiller le souvenir.
Le garçon se redressa, et se tourna vers moi pour me détailler. Ses iris métalliques me transpercèrent, me heurtant jusqu'à l'âme. Plusieurs mèches noir corbeau lui tombaient sur le front, j'eus l'irrésistible envie de passer ma main dans ses cheveux pour les ramener vers l'arrière. Sa phrase suivante me fit cependant rapidement déchanter :
— Il faudrait que j'essaie.
Douche froide.
— Quoi ? M'étranglai-je. Mais ça ne va pas, c'est hors de question !
— Comme tu veux, déclara Regulus en haussant les épaules. Tu ne viendras pas te plaindre dans deux jours lorsque Rosier aura recommencé.
Ma bouche s'ouvrit en grand, mais c'était uniquement dû à la surprise et non parce que j'avais quelque chose d'intelligent à répondre. Je le dévisageai d'un œil ahuri, tellement surprise que j'en venais à douter de mes capacités auditives. Regulus Black s'était-il réellement abaissé à me faire du chantage ? Sans déconner ?
Je demeurai figée, pire qu'une statue de glace, alors que face à moi le Serpentard m'observait calmement. Mon cerveau carburait à mille à l'heure.
— Bon, finit par dire le garçon en jetant un coup d'œil à sa montre, j'ai un cours d'Arithmancie à rattraper moi, je vais y aller.
— C'est d'accord ! M'exclamai-je un peu trop fort lorsqu'il commença à partir.
Le garçon stoppa son avancée, et se retourna dans ma direction, un sourire de vainqueur collé aux lèvres. Immédiatement, je classai ce sourire dans les pires horreurs qu'il m'ait jamais été donné de voir.
— Parfait, sourit-il en passant négligemment sa main dans la masse noire lui tenant lieu de cheveux. Demain, ici, même heure ?
— On a DFCM demain, remarquai-je en sentant mon visage se décomposer.
— Cours inutile.
— Parle pour toi ! Rétorquai-je en voyant déjà mes notes chuter encore davantage. Moi je suis nulle et…
— On s'en fout, me coupa le garçon d'un air exaspéré. C'est quoi le plus important entre un cours avec un débile mental et quelque chose qui va potentiellement te permettre de ne pas dévoiler tous tes vilains secrets sur le futur à un Mangemort ? Hein ?
Je lui décochai un regard noir, et gonflai les joues sans répondre. Je me mis à bouder dans mon coin, telle une gamine de cinq ans venant de se faire priver de son jouet préféré. En fait, je ne supportais pas quand Black avait raison.
— Pourquoi on le fait pas maintenant d'abord ? Grognai-je juste pour le plaisir de l'énerver.
— Parce que je veux faire des recherches avant de toucher à un truc pareil, indiqua Regulus d'un ton neutre en me désignant mon sablier d'un coup de menton. La magie noire, on ne joue pas avec.
— OK, dis-je énervée. Parfait.
— Parfait, répéta Regulus en hochant la tête.
Nous nous affrontâmes du regard, une tension remplie d'électricité statique s'éternisa entre nous. Finalement, Regulus tourna les talons et la porte claqua. Je soufflai en relâchant brusquement tous mes muscles tendus. Ce garçon aurait ma peau. Sans rire.
.
.
— Chocogrenouille ? Tentai-je sans y croire une fois devant la gargouille qui protégeait le bureau du directeur.
Celle-ci s'effaça pour ouvrir la porte, à ma plus grande surprise. N'en croyant pas ma chance, je me précipitai dans les escaliers pour grimper jusqu'au bureau du directeur. Finalement ce Dumbledore, illustre sorcier, était bien prévisible.
Après ma superbe discussion avec Regulus, je n'avais pas abandonné mon idée d'aller voir Dumbledore. Certes je ne lui faisais que moyennement confiance en lui, mais il pouvait m'aider. Ou en tout cas, j'essayais de m'en convaincre.
Avalant les marches quatre à quatre, je finis par débarquer dans la pièce abritant le bureau du directeur. J'avançai d'un pas décidé, prête à balancer au vieil homme tout ce que j'avais sur le cœur, mais je me figeai en découvrant la scène qui se profila sous mon nez.
James Potter et Peter Pettigrow. Tous les deux debout, avec McGonagall au centre qui les tirait violemment par une oreille chacun en s'égosillant. Et Dumbledore qui souriait, assis face au spectacle, la main gauche perdue dans sa barbe blanche.
— Albus, vous trouvez ça drôle ? S'étrangla McGonagall en affichant une mine outrée. Ces deux garnements ont littéralement fait exploser ma salle de classe !
— Vous exagérez, tenta James en grimaçant de douleur. On a simplement repeint les murs en rouge… C'est quand même bien plus sympa maintenant. Il manque que du doré et ce sera parfait !
— Oui, enchaîna très vite Peter, on ne pensait pas à mal on va arranger ça tout de suite !
— Quoi ?! Non ! protesta le brun.
— Si !
— Non je te dis, la salle de Métamorphose a jamais été aussi attrayante que maintenant ! On va pas gâcher tous nos efforts.
Dumbledore se leva dans un raclement de chaise, et les deux Gryffondors se turent. McGonagall relâcha leurs oreilles, visiblement exaspérée par les jérémiades de ses élèves. Elle regardait le directeur avec espoir, attendant la sentence qu'il allait prononcer envers les deux Maraudeurs.
— Ouf, marmonna plus ou moins discrètement James en se frottant vigoureusement l'oreille droite.
A ce moment là, je croisai le regard de Dumbledore qui me sourit. Je me tendis imperceptiblement, ne sachant pas comment réagir. Suivant son regard, James se retourna et me découvrit en écarquillant les yeux. Peter me pointa du doigt en ouvrant la bouche. Je me raclai la gorge, nerveuse de me trouver ici alors que ce n'était vraisemblablement pas le bon moment.
— Malefoy ! S'exclama McGonagall qui avait suivi le mouvement. On peut savoir de quel droit vous trouvez-vous ici ? Nous sommes dans le bureau du Directeur bon sang, pas dans un moulin !
La femme brune commença à virer vers le rouge, furieuse de voir que personne ne respectait les règles dans ce château. Elle semblait tellement énervée que des volutes de fumée auraient pu s'échapper de son nez et de ses oreilles, cela ne m'aurait pas surpris. Je lui offris un sourire piteux en guise d'excuse, sans oser ouvrir la bouche de peur de l'échauffer davantage.
— Minerva, calmez-vous, la tranquillisa Dumbledore en s'approchant de moi. (Il posa la main sur mon épaule). Athéa est ici pour nos rendez-vous hebdomadaires, j'étais parfaitement au courant de son arrivée, vous m'avez simplement pris au dépourvu en m'amenant Messieurs Potter et Pettigrow à cette heure-ci…
Mes sourcils se levèrent bien hauts sans que je ne parvienne à les maîtriser. Le vieux mentait carrément en la regardant droit dans les yeux, quel choc… Moi qui le pensais intègre.
— Oui je suis un peu en avance… Désolée, ajoutai-je avec une moue contrite.
Je papillonnai des cils en direction de la future Directrice de Poudlard. A mon époque, elle m'adorait et me passait presque tout malgré mes frasques… Je commençai à me demander si ce n'était pas parce qu'elle savait parfaitement que j'allais remonter le temps, et qu'elle me connaissait déjà. Je cessai de battre des cils et la regardai en déglutissant, moins sûre de moi tout à coup.
— Bon, souffla Dumbledore en regardant impassiblement les deux lions. Je propose Minerva de vous laisser décider de la punition de Messieurs Potter et Pettigrow, après tout c'est à votre salle qu'ils s'en sont pris, cela me parait donc légitime.
— Très bien, gronda McGonagall avec la tête d'une personne absolument pas satisfaite. Suivez moi, vous avez des toilettes à récurer tous les deux.
Sur ce, elle s'engagea dignement dans l'escalier après avoir salué Dumbledore d'un signe de tête glacial.
— …
— On ne peut pas négocier ?
James semblait désespéré et absolument pas déterminé à mettre les mains dans les cuvettes des toilettes… Ce que je comprenais parfaitement.
— DEHORS POTTER ! Rugit la femme depuis les escaliers.
— Vous feriez mieux d'écouter Minerva, lui suggéra Dumbledore avec flegme. J'ai comme l'impression qu'elle n'est pas d'excellente humeur aujourd'hui.
— Sans blague… souffla Peter en attrapant son ami et en le tirant derrière lui malgré ses protestations.
Je regardai la scène sans savoir si je devais rire ou pleurer. Jusque là j'avais soigneusement éviter de croiser leur regard, mais je risquai un coup d'œil vers les Gryffondors au moment de leur sortie. James m'adressa un clin d'œil contrit. Lorsqu'enfin ils se perdirent dans les escaliers je soupirai de soulagement. Cette situation se révélait vraiment grotesque.
Un bruit sourd me fit brusquement relever la tête.
— Bonjour Thé-Thé sinon ! lança un James rayonnant qui était revenu sur ses pas.
Pendant un laps de temps très court, je songeai sérieusement à l'ignorer. Mais son sourire canaille me fit fondre, malgré le surnom peu élogieux.
— Salut Jamesie ! rétorquai-je avec un sourire sardonique.
— C'est de bonne guerre, grimaça-t-il. Je voulais te demander… T'es dispo un de ces quatre pour passer une après-midi avec nous ?
Surprise, je mis un peu de temps à réfléchir. M'afficher avec un Gryffondor, quand bien même ce soit James Potter le Maraudeur que je rêvais le plus de pouvoir connaître, était absolument déraisonnable. Encore plus maintenant que je savais que Rosier en avait après mon Retourneur de Temps et que l'un des Serpentard s'introduisait dans mes rêves. Oui, accepter était vraiment déraisonnable.
— Euh… Non. Enfin… Oui, pourquoi pas… baragouinai-je.
— POTTER ! scanda la voix de McGonagall, avec une intonation proche de l'incantation démoniaque.
— OUI J'ARRIVE ! Bon Thé-Thé on se voit plus tard pour planifier ça, comme tu le vois je suis un homme très demandé !
James me fit un clin d'œil, avant de se retourner pour dévaler les escaliers en riant. Je restai un moment à fixer la sortie, encore sous le choc de ce qu'il venait de se passer. Je venais réellement d'accepter ?
« Quelle conne ! » me morigénai-je dans ma tête.
— Athéa ?
Je me retournai vers Dumbledore en soupirant. Ma main passa rapidement dans mes cheveux, sous l'œil attentif du vieil homme face à moi. Maintenant, c'était le moment des aveux… Je déglutis alors que mille pensées me vinrent à l'esprit au même moment.
