Point de vue : Mia

Le grand jour était arrivé. Je regardais ma montre et notais qu'il était déjà 14h soit trois heures avant le départ pour Black Rock City. Harry entrait dans ma chambre au même moment et se glissait sous mes draps en me regardant avec son plus large sourire.

"Quoi ?", je le regardais suspicieuse.

"Tu as des yeux de panda", je souriais à sa moquerie. Je supposais que mon mascara bavait largement sur mon visage.

"C'est ce qui arrive généralement aux princesses à la fin du bal, Harry"", il me faisait un bisous esquimau en réponse.

"Mais tu as raison, je devrais revendre mon esclave. Il m'a couché sans me démaquiller et en me laissant froisser cette robe hors de prix, tu le crois ça ?", je le regardais me faire une moue coupable au même moment et j'en profitais pour me lover dans ses bras et prendre quelques secondes de plus avant de me lever.

"Allez lève toi, Princesse, j'ai envie de faire un stop à la piscine avant de partir et on doit encore passer au salon de tatouage avant le départ".

"Alors, j'ai enfin le droit de le voir maintenant ?", j'attendais sagement que cet homme revienne à la table pour me coller le tatouage choisi par Harry. Je le regardais en ce moment me rendre un sourire mystérieux et me tendre enfin la feuille qu'il me cachait précieusement depuis hier. Je la prenais et la découvrais avec une émotion difficilement soutenable. Je sentais le regard insistant de Harry qui attendait une réaction de ma part mais j'avais beaucoup de mal à sortir un son de ma bouche à la vue de ces hirondelles et de cette phrase sans équivoque.

"Je suis certaine de ne pas l'avoir vu parmi les dessins que tu m'as montré hier"

"Non. Ce n'est pas dans leurs classeurs. Ce tatouage me trotte dans la tête depuis un moment, j'ai demandé au salon de le reproduire. C'est lui que je choisis. C'est le tatouage de mes rêves. Tu seras absolument magnifique avec."

J'avais vraiment très envie de pleurer sur le coup. Je luttais pour ne pas déborder face à la décharge d'émotions déclenchées par la portée poétique de ce tatouage. Harry sentait mon trouble et me mettait une main sur le bras avec un peu d'inquiétude.

"Tu l'aimes ?", si je l'aimais ? Comment est-ce qu'il ne pouvait pas me plaire ? Ce tatouage était très délicat et plein de signification. Je le trouvais magnifiquement beau et je mourrais d'envie de sauter au cou de Harry en ce moment pour lui confirmer mon opinion. C'est le moment que choisissait le tatoueur pour nous rejoindre. Il me demandait de retirer mon débardeur. Je m'exécutais et me retrouvais en soutien-gorges pendant que Harry faisait le tour de la table pour rejoindre le tatoueur et ne pas rater une seule miette de son moment de consécration.

"Dégraffe ton soutien-gorge, Mia. Il tombe beaucoup trop bas", bien sûr, c'était évident mais j'étais beaucoup trop perdue dans mes pensées et perturbée pour l'avoir anticipé. L'ordre de Harry me ramenait un peu sur terre et je m'exécutais en soutenant pudiquement mon sous-vêtement contre ma poitrine. Je sentais ensuite les gestes habiles du tatoueur sur mon dos qui m'informait très rapidement que c'était terminé.

"Je peux le voir ?", j'essayais de me tordre pour en apercevoir un bout mais c'était complètement vain avec son emplacement. Je pouvais juste me fier au regard de Harry qui était complètement hypnotisé et visiblement très séduit du résultat à en juger par son air rêveur et cette lueur dans ses yeux.

"Somptueuse", Harry avait pris la parole d'une voix très faible. J'étais très touchée de le voir si émotif et de l'utilisation du féminin qui renvoyait à ma personne, plus qu'au tatouage. Je me relevais en apercevant ce miroir un peu plus loin et je constatais effectivement avec un émerveillement non contenu ce tatouage sur mon dos. Je le trouvais infiniment beau.

Nous venions de déposer dans la soute nos paquetages avec le nécessaire pour ces jours de festival. L'édition s'étalait sur plus d'une semaine mais Harry avait décidé de nous y amener pour les deux derniers jours de clôture.

Il y avait plusieurs options pour aller au festival mais le trajet en car était définitivement celle qui nous réjouissait le plus et c'était effectivement très euphorisant de faire le trajet avec tous ces burners qui étaient aussi survoltés que nous.

"Mon dieu, vos tenues sont dingues, je meurs de jalousie", nous venions d'être interpellés par cette française qui s'était levée de sa place et s'était rapprochée de nous avec deux de ses amis. Elle caressait au même moment sans aucune gêne mes cheveux, mes épaulettes, mon décolleté et mes bas résilles. Je restais surprise par l'audace de cette brune que je trouvais particulièrement belle au demeurant et je constatais encore une fois que l'univers m'invitait à virer lesbienne ces temps-ci. Harry se moquait ouvertement de moi cette fois et j'avais très envie de lui rabattre son clapet. Je me remettais donc de l'effet de surprise et regardais très sensuellement cette femme en caressant délicatement en retour ses boucles et, de façon plus osée, le décolleté très généreux de son costume tape à l'oeil.

"Merci. Je te trouve aussi très belle , j'avais réussi mon effet au vue de la mine déconfite de Harry.

"...Tu n'as pas froid aux yeux. J'ADORE ! On va bien s'entendre tous les cinq. Je m'appelle Nina, voici Greg et Séb. Et vous ?"

"Mia et Harry"

"Et vous êtes plutôt exclusifs ou union libre avec ton Harry ?"

"Définitivement libre", je déposais une main sur la cuisse d'Harry et une autre sur sa nuque en réponse à Nina. C'était parfait de voir désormais la surprise sur les traits d'Harry. Je n'avais rien prémédité mais l'idée de rejouer au couple avec lui m'enthousiasmais au plus haut point et je savais que je pouvais compter sur lui pour sauter à pieds joints sur cette proposition qui avait un goût de retour vers le passé.

Point de vue : Harry

Mia était tournée sur son siège pour mieux s'extasier des paroles et conseils de ce groupe d'amis qui s'étaient installés à côté de nous. J'avais une vue imprenable sur son dos de là où j'étais et je sentais mon coeur se serrer à la vue du tatouage qu'elle m'avait laissé poser sur son corps. Passé cette énième émotion, je me réjouissais de la voir si enthousiaste et taquine. J'avais parfaitement bien compris son invitation à jouer la comédie avec ce groupe original. Elle avait commencé à être joueuse dès son premier échange avec cette Nina. Il ne fallait jamais me proposer deux fois un de ces jeux de rôle et je savourais chacune de ses réactions après mes assauts répétés d'amant torride.

J'avais commencé par enlacer sa taille et elle avait posé en retour ses mains sur mes avant-bras pour commencer le jeu. Je m'étais mis ensuite à caresser sensuellement ses bras et j'avais vu naître son sourire en coin à ces gestes. Elle devait feindre l'indifférence pour assumer sa propre bêtise et elle jouait très bien en basculant sa main sur ma nuque le plus naturellement du monde en continuant de discuter avec nos nouveaux amis. Son audace déclenchait un début de rire que je n'arrivais pas à contrôler et qui n'échappait pas à sa vigilance. Je la sentais me tirer les cheveux et me pincer la main discrètement au même moment pour me rappeler à l'ordre. J'étais obligé d'étouffer mon trouble sur la première planque à disposition. Je me retrouvais donc malgré moi avec mon visage et ma bouche sur la nuque dégagée de Mia. Pour des raisons que je n'expliquais pas et depuis ce retour du Casino, mon corps réagissait délicieusement au contact de cette zone. J'étais incapable de retenir mes lèvres qui brûlaient d'envie de la goûter et je me retrouvais dans la seconde qui suivait à la couvrir de baisers. Je franchissais la ligne en autorisant ma langue à s'aventurer sur sa peau à une unique reprise et je constatais, aux frissons et au rythme de respiration changeant de Mia que mon plaisir, totalement interdit et inexpliqué, était partagé.

Dès ce moment, je n'étais plus capable d'écouter un traître mot des récits de cette pétillante Nina. J'avais fini par me calmer et reprendre le contrôle de la situation. Le trajet s'était terminé plus sagement avec simplement Mia nichée dans mes bras. J'avais réussi à me reconcentrer sur le flot de paroles impressionnant de ce groupe d'amis particulièrement fêlé. Ils se fondaient beaucoup plus dans le décor et à l'esprit du festival que nous et nous buvions leurs paroles et leurs conseils avec grand intérêt. Ils en étaient à leur 3ème édition et prenaient plaisir à nous initier et nous préparer à la suite des réjouissances.

Point de vue : Mia

Le car venait enfin d'arriver à destination après une longue traversée dans le désert. L'endroit était sensationnel. Après toutes ces années à rêver de cet endroit, j'y étais enfin. C'était complètement dingue et transcendant. Il fallait le voir pour le croire. Le décor était complètement lunaire, les burners étaient habillés avec excentricité voir complètement nus, les chars et les ambiances se succédaient et c'était un défilé d'œuvres, d'engins imaginaires et de décors tous plus décalés et indescriptibles les uns que les autres.

Cet endroit était le grand frisson dont j'avais besoin dans ma vie en ce moment plus que jamais. Harry m'avait pris dans ses bras et fait tourner dans les airs en voyant mon sourire béat et je lisais la même joie et excitation en retour sur son visage.

"Venez, on va vous faire visiter à vélo !", nous avions décidé de nous laisser porter par Nina et ses amis pour ces premiers temps au festival. Je courais vers le premier vélo étincelant disponible et prenais la route avec toujours la même excitation et le même émerveillement à la découverte de l'immensité et de la complexité de ce lieu. Cette balade de plusieurs heures était fantasmagorique, je ne savais pas si nos téléphones auraient suffisamment de mémoire et d'énergie pour tenir le nombre infini de clichés que nous avions envie d'immortaliser.

Les folies et les étrangetés se succédaient d'un camp à l'autre et nous avions fini par déposer nos engins pour regagner la liesse générale aux pieds des chars qui envoyaient des musiques techno électrisantes et souvent aussi étranges que ce lieu.

Les rencontres étaient uniques et les moments d'exception se multipliaient. Nous étions inarrêtables et nous laissions tenter par absolument toutes les folies accessibles. Harry venait d'ailleurs de m'obliger à le suivre dans son nouveau caprice. Il m'avait fait escalader cette œuvre monumentale en forme de cheval malgré ma peur du vide. J'étais enfin au sommet après une ascension de l'extrême, Harry me portait dans ses bras pendant que je m'autorisais un grand frisson. J'avais rejeté ma tête, mon buste et mes bras au-dessus du vide vertigineux et je ne tenais que par la force de mains de Harry solidement accrochées autour de ma taille. Le sentiment de plénitude que je ressentais en ce moment était indescriptible.

"Dieu Harry, je ne me suis jamais sentie aussi vivante de toute ma vie !", c'était en effet beaucoup trop bon de ressentir autant de joie, autant d'émotions, après avoir frôlé la mort d'aussi près. C'était aussi trop bon de vivre tout ça avec lui.

"Sauf si je décidais de te lâcher" , je riais de sa menace. Je savais qu'il n'en ferait jamais rien. J'avais confiance aveugle en ses bras sécurisants. Il n'y avait qu'entre les siens que je m'étais risquée à des portées et des figures dangereuses pendant toutes nos années de danse. Je décidais d'abandonner finalement ma position de haut vol et de regagner le confort de ses bras. Je recevais avec bonheur ses caresses sur mon dos et ses nombreux baisers doux dans mon cou qui provoquaient la même vague de plaisir qu'à Vegas ou dans ce car. Je regardais ensuite Harry sortir son téléphone et je me prenais au jeu pour immortaliser ce moment de folie et de félicité parfait.

Nous avions ensuite papillonné de char en char pour profiter de la musique avec nos amis burners, tantôt dans les bras de Harry ou tantôt sur ses épaules. Les caméras officielles ont très vite jeté leurs dévolus sur notre groupe survolté et bien apprêté et plus particulièrement sur notre binôme. Nous nous en donnions à coeur joie avec Harry en dansant et en enchaînant les poses acrobatiques à deux pour le plus grand plaisir de ces professionnels.

Nous ne pensions pas ensuite que c'était possible, mais la nuit commençait à tomber et apportait avec elle une nouvelle aura encore plus surréaliste avec ses éléments en feu, ses néons et les illuminations des costumes. Cette soirée de clôture s'annonçait grandiose.

...

Point de vue : Harry

Burning Man était déjà terminé. Notre retour à l'hôtel avait été des plus remarquées. Nous étions méconnaissables avec Mia. Je crois que je n'avais jamais été aussi sale de toute ma vie et elle non plus, et pourtant ce n'était pas faute d'avoir déjà été tous deux des naufragés. Les clients nous laissaient prendre l'ascenseur seuls pour éviter de s'approcher de nos corps poussiéreux de la tête aux pieds. Cette pellicule de sable était tenacement ancrée dans nos pores et empêchait toute transpiration de filtrer.

Il y avait cette poussière mais aussi notre état de fatigue ultime. Nous avions tous les deux très largement poussé nos corps à l'extrême que ce soit avec les excès en tout genre comme la drogue et l'alcool ou bien simplement par ces heures de vélo, de déambulation, de danse ou de manière générale par toutes ces émotions.

L'ascenseur arrivait bientôt à notre étage. Je regardais Mia et je ne retenais pas mon rire en constatant son niveau de crasse actuel.

"Tu fais aussi peine à voir Harry !", elle s'offusquait et riait en retour avant de reprendre.

"Première pour la douche", je la regardais, épuisé, et je trouvais le courage de secouer la tête à la négative pour lui faire comprendre que je ne l'entendais pas de cette façon. Je voyais son regard s'illuminer au moment où les portes de l'ascenseur s'ouvraient puis réunir ses dernières forces et courir vers la suite.

"OH NON MIA, JE T'INTERDIT !", je comprenais immédiatement son projet et il était hors de question que je la laisse profiter de cette douche avant moi.

Mia était vive mais j'avais réussi à la suivre jusqu'à la salle de bain dans cette course poursuite éreintante qui finissait de me mettre chaos. Je suppose que nous étions execo puisque nous étions en ce moment assis sur le sol carrelé de la douche, essouflés, nos têtes contre le mur et complètement habillés. L'eau de la pomme de douche coulait et commençait à purifier nos corps. La tête de Mia reposait lourdement sur mon épaule. Aucun de nous ne parvenait à bouger. Nous étions en train de reprendre péniblement notre respiration et nos rires commençaient à s'entremêler face au ridicule de la situation et à la vue de cette eau crasseuse qui ne finissait plus de s'évacuer à travers le siphon de la douche. La crise de fou rire qui suivait était aussi délicieuse que douloureuse pour nos corps. J'étais quelque part entre le bonheur intense et l'épuisement extrême.

"Je vais m'endormir sur ce marbre et ne plus jamais me réveiller, de toute ma vie", j'allais rire de la confidence de Mia mais je m'attendrissais face à son air épuisé. Je n'avais plus qu'une obsession : lui offrir le confort réparateur de son lit. J'étais poussé par cet élan protecteur habituel et je puisais les dernières forces qu'il me restait pour l'aider à se déshabiller. Je la gardais dans mes bras pendant que je retirais habilement ses bottines, son short, ses bas et son débardeur, en lui laissant ses sous-vêtements. Je commençais à la débarrasser de tout ce sable et cette saleté, encouragé par ses soupirs de bien-être. J'avais commencé par son visage d'ange, puis ses cheveux de princesse et j'avais terminé par son corps de déesse. Mia était enfin propre comme un sou neuf dans mes bras et je m'autorisais une pause en la gardant de cette façon contre mon torse. J'étais tiré ensuite de ma somnolence par Mia qui s'était relevée et me rendait ce même regard tendre en me retournant les mêmes attentions.

"Tu pèses une tonne Harry, Aide-moi", je faisais de mon mieux pour l'aider à me déshabiller et je la laissais également purifier mon corps en retour avec ses mains délicates et ses gestes doux. J'étais captivé par son visage et attendri de la voir me retourner les mêmes attentions. Ce moment de tendresse était à ajouter à la liste interminable de ceux vécus depuis onze ans. Il me ramenait sur l'Ile et à tout ce qu'elle y avait fait pour moi. Il me ramenait aussi à notre retour du Mexique et à tout ce qu'elle avait entrepris pour me ramener à la vie. Il en avait toujours été ainsi depuis notre rencontre, depuis que j'avais vu ce croate lever la main sur elle sur cette plage. Je n'avais jamais cessé de prendre soin d'elle depuis, comme la prunelle de mes yeux, et elle me le rendait bien.

"Courage, mon Prince. Plus que quelques foulées et c'est terminé", sa voix était douce, Mia déposait le peignoir sur mes épaules au même moment. A l'entente de ce surnom et dans mon état de fatigue actuel, je me laissais complètement submerger par cet amour infini et débordant que j'avais pour elle.

...

Je me réveillais au petit matin avec cette sensation d'avoir passé la nuit la plus réparatrice de ma vie. J'étais sur un nuage de bonheur dans ce lit au confort absolu et je sentais la présence de Mia à côté de moi. Je me risquais à regarder l'heure qui me confirmait que cette nuit avait été la plus longue de ma vie. Je tournais enfin la tête sur cette pensée et je souriais de voir Mia, dans son peignoir blanc, encore si profondément endormie malgré tout. Je décidais de la laisser encore en profiter pendant que je passais en revue la quantité impressionnante de photos et de vidéos prises pendant cette semaine de vacances. Elles étaient certainement les plus réussies et les plus belles jamais prises de notre vie. Je sentais enfin Mia bouger sous les draps et je la regardais émerger lentement.

"Enfin ma Belle au bois dormant ! J'ai essayé pourtant plusieurs fois de te réveiller, avec et sans la langue...", j'avais droit au premier sourire du matin.

"Ca ne marche qu'avec les princes charmants Harry, pas avec les trolls dans ton genre. Quelle heure il est ?", Mia me questionnait avec son adorable air ensommeillé.

"11h"

"Tu te moques de moi ? On a dormi pendant quatorze heures ? Comment c'est possible !"

"Burning Man ?", Mia riait de ma réponse.

"C'était complètement fou Harry. J'ai l'impression d'avoir rêvé tout le long, c'était trop parfait pour être vrai. Je ne compte pas le nombre de fantasmes que j'ai réalisés cette semaine avec toi. C'était au-dessus de tout", je m'étais retourné encore plus vers elle pour profiter de ses confidences, en la couvant de mon regard tendre et en caressant son nez fin.

"Tu fais référence à ton petit moment avec la charmante Nina ?", elle se cachait le visage de honte pendant que je me moquais d'elle. J'essayais de ne pas repenser à tout ce que j'avais ressenti en la voyant rendre à Nina ses caresses indécentes et ses baisers langoureux. Mia s'était complètement laissée aller à l'esprit décomplexé et libidineux du Burning Man, au terme de la soirée de clôture. Cet écart de conduite avait été très intense et inattendu de sa part.

"Charlie ne doit jamais savoir, Harry, j'ai tellement honte, je ne sais pas ce qu'il m'a pris", moi je savais très bien. Mia était trop fougueuse, elle n'avait pas assez de ce qu'avait à lui offrir Charlie. Je n'avais eu de cesse de le remarquer pendant cette semaine à sa joie de vivre débordante et à tous ses écarts coquins.

"Je l'emporterais jusque dans ma tombe. Et pour ce que ça vaut, puisque je ne suis pas un modèle de vertu, de mon point de vue ce n'est pas tromper si ça n'implique pas une autre queue que celle de Charlie", Mia s'indignait de ma réplique très crue et me frappait en retour sans cesser de sourire. Je la regardais ensuite redevenir sérieuse.

"Merci Harry. De ne jamais me juger, de me faire vivre tous ces moments, d'être avec moi depuis toutes ces années. Et merci d'avoir tenu promesse cette semaine. C'était belle et bien la meilleure de ma vie.", je soupirais de bien-être en l'entendant conclure sur ces remerciements et en la voyant se blottir dans mes bras. Nous sommes restés facilement une demie-heure de plus dans cette position à somnoler et rêvasser quand Mia se levait subitement.

"Doucement Alcaline", Mia venait de quitter le lit brutalement et je l'entendais vaguement parler au téléphone dans le salon.

"Dépêche toi, Harry. J'ai quelque chose à faire avant de partir. Tu as vingt minutes pour te préparer ! Tu m'accompagnes !"

"Quelque chose ?"

"Tu verras"

Je suivais Mia en traînant des pieds. Mon humeur était descendante en voyant l'heure du départ approcher, notre vol décollait dans quelques heures. J'étais pensif et presque dépressif à l'idée du retour, en faisant le bilan de ces vacances et en pensant à la vie qui allait devoir reprendre son cours à Paris. J'imaginais déjà avec ennui et contrariété qu'elle serait de nouveau monopolisée par Charlie.

Je ne remarquais même pas que nous étions arrivés à destination et je comprenais tardivement qu'elle nous avait ramené au salon de tatouage. Je n'étais pas d'humeur à la questionner sur ce qu'elle était venue chercher et je commençais à feuilleter un de ces classeurs pour tuer le temps pendant qu'elle discutait au loin avec le tatoueur.

Mia était revenue vers moi ensuite et avait glissé ses bras autour de ma taille en passant sa tête par-dessus de mon épaule.

"Tu boudes Harry ?"

"Mmh", je n'avais pas envie de parler et elle me regardait avec un sourire entendu. Bien sûr que je boudais et bien sûr qu'elle savait pourquoi. Nous étions interrompus par le tatoueur au même moment, avant que je n'ai pu lui répondre et lui étaler mon désarroi.

"Je suis prêt. C'est ton tour ma belle", Mia me prenait la main au même moment et nous guidait vers les tables de massage. J'étais carrément suspicieux à ce stade et face au sourire énigmatique qu'elle me rendait, qui me confirmait qu'elle avait bel et bien une surprise pour moi. J'osais espérer sur le moment qu'elle allait m'offrir ce tatouage que je lui avais montré avant hier et que je rêvais d'ajouter à ma collection.

"C'est ta première fois ?", le tatoueur avait repris la parole et je me demandais si c'était une blague compte tenu de la taille du tatouage qui s'étalait sur mon bras. Je relevais la tête pour sonder l'humour de cet homme mais il n'avait d'yeux que pour Mia et semblait attendre une réponse de sa part. Je restais interdit en la voyant répondre à sa question.

"Oui. Première fois.", le tatoueur se rapprochait d'elle et inspectait son dos nu au même moment.

"Il a bien tenu, on peut partir sur ça. Sans regret, c'est bien lui que tu veux ?", je regardais Mia hocher de la tête positivement.

"Alors tu peux te déshabiller et t'allonger confortablement sur le ventre. Inutile de te demander de rester immobile ?", Mia s'exécutait. J'étais paralysé. Mon cœur s'était mis à palpiter à un rythme effréné en entrevoyant ce qu'elle était sur le point de faire. Je n'osais pas y croire, je restais immobile en fixant le tatoueur, la main sur ma bouche puis sur mon front. Je m'attendais à tout moment à le voir se saisir d'une peinture à l'eau pour mettre un terme à la mascarade et je manquais de m'évanouir en le voyant sortir en lieu et place son matériel stérile et désinfecter le dos de Mia.

"Ça va faire vraiment mal ?", je m'autorisais enfin un regard à son attention. Mia se cachait la tête dans le trou de la table et la relevait frénétiquement. Je comprenais à quel point elle était sérieuse en lisant son appréhension et son angoisse sur ses traits. Seigneur Dieu, elle allait le faire, Mia allait se faire tatouer mon rêve sur le dos.

"Mmh, disons que ce serait plus agréable si ton joli coeur te prenait la main. Ça ne prendra pas trop de temps. Courage !"

"Harry ?!", sa voix me ramenait sur terre et je rappliquais à toute vitesse en m'asseyant sur le premier tabouret à proximité. J'étais à quelques centimètres de son visage et j'étais toujours choqué de ce qui était en train d'arriver.

"Qu'est-ce que tu es en train de me faire, Mia ?", j'étais encore dans une transe indescriptible et je caressais ses cheveux en attendant son aveu. Je continuais de la regarder comme un mirage, en attendant qu'elle trouve ses mots.

"Je scelle notre union parfaite ?", elle me rendait un sourire irrésistible en réutilisant ces mots que j'avais eu pour elle deux jours plus tôt. Je mordais ma lèvre de l'entendre le dire et le répéter. Je m'attendais à me réveiller à tout moment de ce doux rêve.

"Prête ma belle ?", le tatoueur venait de nous interrompre et attendait l'accord de Mia pour commencer. Son intervention et le bruit de l'aiguille me ramenaient doucement sur terre et je noyais de caresses et de baisers Mia pour lui transmettre tout mon courage. Je prenais instinctivement une de ses mains dans la mienne et gardais mon autre main dans ses cheveux pour l'encourager. J'aurai pu l'étouffer d'amour et de tendresse en ce moment si les circonstances ne l'obligeaient pas à rester totalement immobile. Je la voyais inspirer profondément après mes gestes.

"Prête !".

Je sentais sa main se crisper dans la mienne fermement au premier contact de l'aiguille sur sa peau. Je lui rendais des caresses et la voyais s'habituer progressivement aux sensations. De mon côté, j'étais complètement hypnotisé par les gestes habiles et maîtrisés de cet homme. Je le regardais graver dans sa chair mon fantasme et notre promesse, je sentais mes yeux plus humides que jamais et j'inspirais en retour profondément également pour éviter qu'ils ne débordent. Au bout de plus d'une heure, je le voyais mettre le point final à son œuvre, terminer ses soins puis quitter la pièce.

Mia se remettait doucement et tournait la tête vers moi, son visage marqué de plusieurs grimaces de douleur. Je pouvais enfin fondre sur elle comme un drogué pour couvrir son visage de baiser et de caresses.

"C'est la chose la plus belle et la plus stupide que tu ais faites pour moi"

"Exactement ! Donc tu as intérêt de t'en souvenir et de ne jamais me le faire regretter Harry", elle me rendait un sourire magnifique puis un faux regard menaçant en se relevant pour regarder le résultat dans le miroir de la pièce. Je voyais à son sourire rêveur et appréciateur qu'elle s'était mise à aimer ce tatouage autant que moi. Mon bonheur en ce moment ne pouvait pas être plus complet.