- PDV Externe -

Au réveil, quand le Maître des Potions avait levé la tête vers la rue et n'y avait vu aucun potentiel faiseur d'ennuis, il avait su que ce serait une bonne journée.

Puis, quand il se rappela soudain de l'interview qu'avait faite Harry la veille, il sut que, finalement, la journée ne serait pas si bonne que ça.

Comme chaque matin depuis sa pseudo mort, il saisissait la moindre occasion pour avoir quelque chose à faire. Bien. C'était le matin, et le matin, il y avait le petit déjeuner. À défaut d'un laboratoire, il pouvait toujours cuisiner, non ? Il se passa une main sur le visage en soupirant, puis se leva. Il tendit l'oreille, aucun bruit, puis le nez, aucune odeur de cramé. Bien, donc le garçon dormait encore.

Severus s'arrêta après être passé devant le miroir de sa chambre et revint devant. Il détestait se voir dans un miroir. Mais, à tellement avoir entendu de stupides adolescents en pleine poussée d'hormones se plaindre de leur physique, il tenta de se résonner en se disant que de tout façon, tout le monde se trouvait moche.

Oui, mais quand on s'appelait Severus Snape – Snapy Snapy l'huître, toujours – on ne pouvait pas avoir une bonne opinion de soi, ça aurait été trop facile. Le première chose qui le choqua, quand il avisa avec dégoût et réticence son reflet dans la glace, fut de se rendre compte qu'il était en pyjama blanc. Sacrilège. Severus et blanc ne rimaient pas, ce n'était pas pour rien. Pouvait-on décemment faire peur au petit morveux qui ronflait comme un cochon un étage plus bas habillé en blanc ? Il n'en était pas convaincu.

Son regard fuyait en permanence la marque à son bras. Il n'aimait pas cela, mais lorsqu'il le pouvait, éviter de voir l'impression noire sur blanc de ses échecs l'arrangeait quelque peu.

Il peinait à se reconnaître. Son teint avait encore pâli, pour son plus grand désespoir – bien qu'à ce stade, un peu plus ou un peu moins ne changeait pas grand-chose à son goût. Il se voyait encore plus maigre qu'avant, réalisa que malgré les sorts de nettoyage de madame Pomfresh il n'avait pas réellement prit de bain depuis au moins deux semaines, et que c'était quand même pas top, sachant qu'un bon récurvite sensé récurer les chaudrons n'était pas fait pour laver efficacement un corps. Bon, au moins, il ne sentait pas mauvais, c'était ça. Sans sortilèges ou potions de camouflage, de légères cicatrices apparaissaient clairement et ses cernes se creusaient toujours un peu plus.

Sérieusement, qui pourrait bien vouloir de lui ? Chaque séance d'observation dans le miroir se finissait ainsi. Désespoir. Un nez trop grand, des yeux noirs, des cheveux noirs et pour compléter le style cadavre, un teint beaucoup trop pâle. Et bien évidemment, à présent, une plaie laissée trop longtemps non soignée apparaissait au niveau de son cou, laissant apercevoir une autre marque de faiblesse, amplifiant encore plus le sentiment de dégoût et de désespoir que lui inspirait son corps.

Il poussa un soupir à fendre l'âme et détourna les yeux, ne supportant plus cette vision grotesque qui s'imposait à lui. Bon. Douche. Même si cela n'allait pas changer grand-chose sur son corps déjà propre, il en était conscient, mais il tenait à l'aspect psychologique, et pour lui, cela équivalait à repartir sur de bonnes bases.

Il fouilla rapidement l'étage en quête d'une salle de bain, inquiet de n'en trouver aucune, avant d'en dénicher une à moitié explosée à cause de l'Incident des Cornichons à Plumes. Pestant plus par principe que par réelle conviction contre le gamin et son sens désastreux des priorités, comme celle, éventuellement urgente, de réparer une maison à demi défoncée par une invasion de hiboux – dont il retrouvait parfois un spécimen par-ci par-là dans la maison – il redescendit donc les escaliers pour se diriger vers le couloir du rez-de-chaussé.

En arrivant devant la chambre du garnement, il voulut vérifier que celui-ci dormait encore et colla son oreille contre la porte. Il ne put retenir un petit sourire tendre à la pensée que le jeune homme dormait toujours alors que, la veille, il semblait si désespéré et inapte à avoir un sommeil paisible. Il connaissait si bien cette sensation.

Il se mit un instant à songer au fait que, à l'instar du jeune sorcier, lui aussi avait vu son sommeil se prolonger cette nuit et s'améliorer considérablement. Ce constat faisait naître en lui des sentiments si forts, et il se rendait compte que son cœur se mettait à ressentir de l'inquiétude et de… l'empathie ? pour ce garçon. Quand il repensait à la façon dont il avait été traité durant son enfance, son sang se mettait à pulser furieusement dans ses veines, la fureur le submergeant et quand il songeait à l'expression de désespoir que le jeune homme avait manifestée la veille au soir, face au cerf argenté, il sentit son cœur se tordre d'empathie et d'un besoin extrême de l'apaiser, sans qu'il n'ait réellement l'envie de s'en offusquer.

Cela faisait deux semaines que le lion réveillait en lui des émotions qu'il croyait perdues à jamais, qu'il sentait son cœur se délivrer progressivement de son étau d'acier de barrières de protection, et, bien qu'au début, cela avait fait naître en lui un fort sentiment de panique, il l'acceptait maintenant. Tant, bien sûr, que personne ne le savait… car si nul ne devinait quel attachement – il grogna, mais oui, il le savait, il était question au moins d'attachement, il n'aimait pas se voiler la face – il commençait à vouer à Harry, alors personne ne pourrait jamais le rejeter, et lui ne pourrait jamais briser de relation, quel que soit son type, puisqu'il n'y en aurait pas, n'est-ce pas ?

Il soupira, crispa le poing à cette pensée puis se ressaisit. Même s'il n'y aurait pas de relation – quelque soit sa nature – il ressentirait au moins le sentiment de vivre, et, avant que toutes les émotions ne naissent en lui, il n'avait pas réalisé le trou béant qu'elles avaient laissé derrière elles la première fois. Maintenant, il se rendait compte d'à quel point cela lui avait manqué. Il sentait la vie affluer à chaque parcelle de son corps, elle, même s'il en avait eu peur ou honte quelques jours plutôt, il décida cette fois d'en profiter, et, lorsqu'il inspira un grand coup avant de repartir dans le couloir, il n'essaya pas de retenir le fin sourire que l'image d'un Harry débarrassé de ses cauchemars lui faisait laissait.

Il ne se rappela pas un instant du charme Glamour qu'il n'avait pas formulé avant de descendre.

- PDV EXTERNE -

Harry se réveilla en paix pour la première fois depuis des années. Pour la première fois, les images du passé ne l'assaillirent pas comme des fantômes et il reprit doucement contact avec la réalité, encore une fois pour la première fois depuis trop longtemps.

Peut-être fut-ce l'heure, peut-être fut-ce un oiseau tapant à la fenêtre – si, il en restait une ! - du salon pour l'épisode de la Gazette, du moins il le supposait, soit il s'agissait du léger clapotis régulier de la douche à quelques pièces de sa chambre qui le sortit du sommeil, mais, en se levant, lorsqu'il étira ses muscles, il constata qu'il ne s'était pas senti aussi bien depuis beaucoup de matinées.

Un sourire étira ses lèvres quand il se concentra de nouveau sur le bourdonnement de la douche. Il devait s'agir de Snape, non ? Qui d'autre ? La perspective d'un Severus Snape faisant quelque chose d'aussi banal que de prendre une douche l'amusa, mais l'attendrit aussi. Le sorcier était enfermé dans sa chambre depuis des semaines, et, même s'il sortait pour aller manger aux repas et parfois restait sur le divan, – quand il y en avait encore un – il n'avait réellement pu bouger que… eh bien, qu'à partir de la veille au soir.

Cette pensée lui remémora tout la scène de la veille comme un flash, et, après coup, il sentit son cœur se tordre d'une bouffée d'affection pour l'homme. C'était étrange. Depuis qu'il avait sauvé la Chauve-Souris des Cachots, il sentait qu'il ne parvenait plus à ressentir une telle haine pour l'homme et il avait l'intime conviction que, cette fois, lui au courant, il ne laisserait plus jamais l'homme sombrer dans de sentiments aussi destructeurs qu'avant. La donne avait changé. Maintenant, le sombre professeur allait avoir un scotch à lunettes collé à lui nommé Harry Potter, qui serait bien décidé à lui égayer un peu la vie. L'absurdité de la chose le fit rire un peu. « Ayez tous un Harry Potter dans votre vie ! » Il ricana, songeant ironiquement qu'à l'occasion, il devrait envoyer cette proposition de Une à la Gazette, cela les ravirait.

Il ne sut pourquoi, mais, à cet instant, il repensa aux souvenirs dans la pensine. Severus Snape était à Serpentard, et pourtant, il était peut-être l'homme le plus courageux qu'il n'ait jamais rencontré. Il avait espoir de pouvoir changer le cours du destin qui semblait s'acharner à lui rendre la vie impossible. L'une des choses qui l'avaient frappé à la vue de ces souvenirs avait été, parfois, de lire l'absence d'espoir dans les yeux de l'homme. Il avait espoir de bien servir sa cause mais… avoir une vie heureuse ? Non, cela, il ne l'avait pas lu dans les yeux de l'homme.

Et pourtant la veille…

La veille… il avait cru, un instant, voir ce regard sombre briller d'un éclat nouveau. Il n'osait pas vraiment y croire, mais pourtant… Non, ses souvenirs ne le trompaient pas. C'était bien la chaleur de l'affection, de la compréhension et de l'espoir qui avaient teinté les deux onyx. Bizarrement, cela ne lui amena pas, comme il l'avait craint, l'impression que cela n'allait pas, ne collait pas… Au contraire, en repensant à cette vision, il ne put de nouveau réprimer un sourire tant il trouva que le tableau était beau.

La veille, il lui avait semblé que les secondes ne s'écoulaient plus normalement… comme si le temps avait été un élastique et qu'on l'avait étiré à son maximum. Il avait alors eu l'étrange impression que l'homme était celui qui, en cet instant, pouvait mieux le comprendre que n'importe qui. Il s'était revu dans le regard sombre et l'impression étrange – mais chaleureuse – d'une fusion entre eux deux avait prit naissance au fond de lui.

Ses pensées furent bousculées lorsque le petit « clac » reconnaissable d'un verrou que l'on tourne retentit dans le couloir. De nouveau, ses lèvres tressautèrent à la pensée d'un Severus Snape prenant sa douche.

Mu d'une soudaine volonté de retrouver l'homme, il se leva et déboula en trombe dans le couloir, et, comme un idiot, fonça stupidement dans le corps humide qui le regardait à présent d'un air mi affligé, mi moqueur.

« Eh bien, commença l'homme en ricanant, peut-être que la prochaine fois, je devrais marquer un gros sur une pancarte « Vous n'êtes pas encore un cognard, Potter » pour que l'information pénetre bien vos petits neurones, si tant est qu'il y en ait ? »

Harry s'empourpra, gêné d'avoir pu avoir l'air aussi idiot puis secoua la tête dans un petit rire. Il s'écarta vivement du corps de son aîné puis s'arrêta dessus, mi horrifié mi fasciné.

L'homme ne portait qu'une serviette à son bassin, prévoyant sans doute de remonter juste après, et le vue qui s'offrait à lui l'arrêta net.

La première chose qui lui sauta aux yeux fut les nombreuses – trop nombreuses… - cicatrices parsemant le torse du Maître des Potions, les ecchymoses, les endroits recousus et les blessures encore ouvertes. Certaines traces paraissaient trop lointaines pour avoir été crées par la guerre, et les divers scénarios qui se créaient dans son esprit pour expliquer leur présence le remplissaient d'une rage froide et d'une empathie certaine pour l'homme. Soudain, la colère irrationnelle de l'homme lorsqu'il lui avait raconté des bribes de son enfance lui parue évidente. Le regard si compréhensif de l'homme la veille le frappa, comme pour implicitement lui confirmer la théorie qui prenait affreusement forme dans son esprit. Et si… et si son enfance avait ressemblé à la sienne ? Au vu de ses cicatrices… Elle était peut-être pire… ?

C'est alors qu'autre chose le frappa.

Il était magnifique.

Peut-être ses goûts avaient-ils un lien avec le fait qu'il ne le détestait plus ? Il n'en savait rien. Mais la peau pâle le subjuguait, il était musclé sans excès, peut-être un peu fin mais cela lui allait… Un sourire tendre se dessina sur ses lèvres sans qu'il ne puisse le refouler, ses yeux verts parcourant la moindre parcelle de la peau humide, la dévorant du regard, l'homme semblant s'être figé. De stupeur ? De rage ? De terreur ? Les trois à la fois ?

Ses yeux remontèrent le long de sa peau, traçant chaque contour, chaque tracé, chaque délié, chaque courbe, remontant de la serviette en haut du torse, voyageant sur les épaules. Il était simplement sublime.

Ses yeux remontèrent lentement jusqu'à son visage, qu'il prit le temps de détailler, évitant toutefois soigneusement de croiser le regard de l'homme de peur de mettre un terme à cet instant hors du temps.

Il se surprit à considérer autrement le visage qu'il avait apprit à détester, puis avait commencé à apprécier, fasciné. Ses contours n'étaient pas communs mais il n'en avait cure, il se surprit à les trouver magnifiques et le charisme, la prestance qu'il dégageait le bloquèrent un moment sur place. Il n'avait jamais réellement prit le temps d'étudier cet homme avant cette quelques jours. Mais à présent, sans qu'il n'arrive à en trouver l'exacte raison, il sentait son cœur battre plus vite à la vue de l'homme. Il en dégageait comme une aura, une présence si poignante qu'elle le prenait aux tripes.

Il leva alors prudemment ses yeux vers les siens et fut surprit de voir la peur et l'horreur régner au fond des prunelles sombres. Il plongea de nouveau dans ce regard si beau, si profond et émouvant, puis redescendit doucement sur les bras de l'homme. Son regard effleura chaque tracé, chaque muscle, chaque parcelle de peau, jusqu'aux longs doigts fins du potionniste.

Soudain, le choc lui coupa le souffle.

« Votre… votre bras ! » souffla difficilement le jeune homme. Ce fut comme le déclic qui ramena le potionniste à la réalité.

- PDV EXTERNE -

« Comme si ça vous étonnait. » grommela Severus, honteux et colérique. Il se rapprocha dangereusement, menaçant, et même sans baguette, on pouvait sans peine ressentir les volutes sombres de magie s'échapper du corps du potionniste. « Je n'ai pas besoin de vous pour savoir que la marque des Ténèbres s'y trouve ! »

Harry écarquilla les yeux.

Qu'y avait-il ? Prenait-il enfin conscience que l'être devant ses yeux était d'une laideur à couper le souffle ? Ou bien la formulation à voix haute de ce qui se trouvait sur sa peau le mettait-il mal à l'aise ?

« Vous pouvez être choqué, répondit le Maître des Potions dans un haussement de sourcil, les dents serrées. Ce n'est qu'une formulation. »

Haineux, empli de colère et de honte envers ce qu'il avait fait par le passé, il dirigea fermement son bras gauche sous les yeux verts d'Harry, refusant de regarder la marque. Il ne supportait pas sa vue…

« Regardez votre bras ! » protesta faiblement Harry alors que son souffle se figeait à l'intérieur de sa gorge.

« QUOI ! explosa alors Snape. Croyez-vous que je ne me torture pas l'esprit en permanence à cause de cette ignoble marque ? Pensez-vous que c'est une fierté ? Pensez-vous que me mettre en face de mes fautes me fera regretter ? Si seulement ce n'était pas le sentiment cuisant que je ressentais déjà en permanence ! »

Il tremblait sous l'émotion. La rage, les remords et la honte se disputaient dans tout son être.

Alors, la main du Survivant s'enroula doucement autour de son poignet et amena son avant bras gauche devant son regard d'onyx. Severus retint son souffle et la panique augmentait en même temps que les battements de son cœur qui tambourinaient furieusement. Lorsque ses yeux se posèrent sur la surface de peau, il ne comprit pas tout de suite, il n'y avait rien…

Alors son cœur manqua un battement et son souffle se perdit.

Il n'y avait rien.

« Comment… comment est-ce... »

Il recula de quelques pas chancelants, les yeux toujours rivés sur sa peau miraculeusement immaculée. Pas de marque, pas de trace de l'homme qui avait tué Lily fiché dans sa chair, pas de sa magie imprégnée dans son bras. Juste une peau trop pâle.

Il avait rêvé de ce moment tellement de fois. Comment était-ce possible ? Il avait fait recours à tant de mages, plus ou moins nets, plus ou moins légaux, plus ou moins moraux, avait usé de tellement de sorts et potions, avait créé tellement de sorts et potions, même Albus n'avait rien pu faire… il avait porté cette marque comme un fardeau, comme le poids de toutes ses erreurs, en permanence lové à l'intérieur de lui.

L'émotion le gagna si soudainement qu'il failli tomber, et, s'il s'en maudit quelques instants, il ne s'en préoccupa guère plus lorsque ses yeux divaguèrent de nouveau vers son bras immaculé.

« Je pense que lorsque la combinaison de toutes les magies a purifié votre corps de toute trace de magie noire… cela incluait également la marque… » murmura faiblement Harry.

L'alliance de sa magie, de celle du Sauveur, et de celles d'Albus et de Lily avaient permis ce miracle ? Il cligna plusieurs fois des yeux, trop hébété pour se trouver ridicule, encore sous le choc, et un murmure vint glisser contre ses lèvres.

« Merci. »

Les lèvres du jeune homme s'étirèrent en un petit sourire et, lentement, il se leva et glissa contre le mur à côté du potionniste.

Un silence léger s'abbatit doucement entre eux, et ils restèrent là, sans prononcer le moindre mot pendant ce qui pouvait aussi bien être une dizaine de minutes que plusieurs heures.

- PDV EXTERNE -

Ce ne fut que lorsque le bruit à la fenêtre devint trop assourdissant que Harry consentit à laisser la chouette entrer dans le salon. La peur lui nouait le ventre, mais après tout, l'article était paru de toute manière, et de base, n'était-ce pas pour voir la réaction de son sombre professeur de potions qu'il s'était rendu à cette fichue interview ?

À présent, il craignait d'en avoir trop fait : après tout, l'une des choses à lesquelles tenaient le plus le Maître des Potions était sa réputation… ou en tout cas, c'était l'image qu'il voulait bien donner de lui. Mais il se rassura en se disant que, de toute façon, la Gazette était réputée pour exagérer les faits, déformer les dires voire même inventer de toutes pièces un article, fondé sur une vague rumeur vendeuse ou simplement sur l'imagination du journaliste, et ce encore plus lorsqu'il s'agissait de Rita Skeeter. En soi, ce n'était franchement pas rassurant. Ce qui l'était en revanche semblait être que les trois quarts de la Communauté Magique étaient au courant de cet état de fait. Il avait volontairement répondu à l'article. Il avait volontairement répondu à certaines questions des réponses ambiguës à propos de l'homme.

Il préférait simplement être en Nouvelle-Zélande lorsque Snape l'apprendrait, voilà tout.

Mais Snape n'oubliait pas, et, comme pour l'enfoncer dans son idée, sa voix grave retentit depuis le canapé.

« Hmm. Vous voulez dire que vous allez enfin oser me montrer cet article ? C'est assez désastreux, pour un Gryffondor, non ? C'est drôle, hier, vous sembliez tout heureux de votre numéro. Il faut croire que le fait que ma colère involontaire ait détruit une première fois votre salon vous a peut-être fait penser qu'une colère volontaire serait à éviter. »

Évidemment, l'homme, de sa voix doucereuse, avait prononcé ces mots sans jamais lever les yeux de son livre épais.

« En fait, si vous n'étiez pas trop stupide, vous auriez compris que c'était justement dans le but de vous mettre en colère que j'ai répondu à l'interview, répondit doucement Harry, non sans ironie, comme on expliquait à un élève de maternelle que l'alphabet commençait par A. De plus, mon salon est déjà en miettes, alors je ne vois pas bien ce que vous pourrez faire de plus. Peut-être chasser hors de la maison les deux ou trois piafs que je croise encore parfois au détour d'un couloir ?

- Hmm hmm, fit le potionniste, haussant un sourcil, et je suppose que votre petit esprit étriqué n'a pas prit en compte le fait qu'un corps humain – le votre, par un exemple tout à fait anodin – n'était pas plus solide que vingt centimètres de béton armé, et que si, par un fâcheux hasard, cette pièce pouvait être totalement rasée, il ne serait pas très prudent de se retrouver à proximité ? »

Un petit sourire illumina son visage. C'était étrange, mais il aimait ces discussions.

Il ne voulut pas tourner autour du pot bien plus longtemps, son cœur faisait déjà des nœuds atroces depuis quelques heures dans sa poitrine. Il caressa doucement le plumage du volatile après lui avoir donné son paiement, prit la Gazette, et la chouette s'envola.

Il jeta dans ce qu'il espérait être un geste nonchalant le journal sur la table basse près du sofa où se trouvait le professeur. Il n'osa même pas regarder la Une. Après tout, il ne connaissait que trop bien le contenu de l'article…

« Il est vrai que se déplacer de trois pas et poser doucement un papier sur une table est trop d'effort pour un sportif renommé, je m'en souviendrai. » susurra distraitement le potionniste avant de se tourner vers le journal.

Harry ne releva pas la pique, trop préoccupé.

Lentement, l'homme prit la Gazette entre ses mains sans faire de commentaires sur la présence d'une photo supposément aguicheuse du Sauveur en première page. Il parcourut lentement les lignes, et, loin d'enrager, un fin sourire se dessina sur ses lèvres au fur et à mesure que sa lecture avançait. Puis, à la fin de la page, il manqua d'éclater de rire.

Il revint sur les lignes précédentes, plus haut, alors qu'à l'opposé de la pièce le garçon se ratatinait de plus en plus, rougissant de honte devant l'amusement du Maître des Potions qui avait même haussé un sourcil pour la forme.

« Le pauvre garçon a tout perdu. « Mais, au moins, à présent, j'ai pu venger mes parents... » a confié le Sauveur en étouffant ses larmes, lut Snape, ses lèvres s'étirant toujours dans un fin sourire pourtant hilare. Nous avons beaucoup discuté, et, à bien des reprises, le Survivant a inventé de nombreuses histoires à propos d'un professeur, comme quoi celui-ci l'aimerait. Nous avons malheureusement pu deviner la détresse émotionnelle dans laquelle se trouvait le garçon, après sa douloureuse rupture avec la jeune Weasley. Le pauvre garçon était perdu, et, dans sa douleur, avait préféré s'enfermer dans les méandres de son imagination, nous répétant inlassablement de nombreuses et farfelues théories comme quoi l'horrible professeur sombre aurait, je cite « flashé sur lui », dans la conviction désespérée de se retrouver de nouveau en couple, sans paraître se rendre compte de l'absurdité de ses espoirs, se noyant de le chagrin et fuyant la réalité en s'inventant des fictions amoureuses. Pauvre, pauvre Harry Potter. »

Snape s'arrêta, le regarda malicieusement, sa bouche tressautant un instant, puis tourna la tête vers la Gazette qu'il replia soigneusement et déposa avec une précision déconcertante bien droite sur la table basse à ses côtés.

« Je n'ai jamais dit ça ! Je n'ai jamais voulu… C'est… c'est Skeeter qui… Elle a tout déformé !

- Je me doute bien ! s'esclaffa le potionniste. D'après ce que j'ai lu, je suppose que vous avez voulu répandre des bruits sur moi comme quoi, j'aurais lancé cette rumeur sur vous, celle disant que vous êtes célibataire, simplement parce que je me suis entiché de vous ? »

Un léger rictus étira ses lèvres.

« Je vois que le sujet de ma vie amoureuse vous intéresse grandement, Potter, provoqua le professeur avec un sourire que Harry aurait pu – avec un léger choc, il ne faut pas exagérer – qualifier de taquin.

- Pas du tout ! Je… il s'interrompit, déjà rouge comme une tomate (et pas les moisies qu'il a l'habitude de cuisiner, hein XD). Et puis, vous, comment avez-vous fait pour qu'elle ne déforme pas vos racontars ?

- Utilisez votre tête avant votre bouche, Potter ! (et oui encoooore XD) Déformer une rumeur ? Bien sûr qu'elle l'a fait ! C'est le principe même d'une rumeur ! Et puis, lança-t-il, la malice illuminant ses yeux ébène, de quelle rumeur parlez-vous ? Je n'ai jamais rien lancé. »

Harry se ratatina encore un peu plus, ses joues étaient violacées. C'est en constatant la lueur amusée dans le regard du potionniste qu'il se détendit et éclata d'un nouveau fou-rire.

Au moins, songea-t-il, il était encore vivant.