Chapitre 12
Une fois notre message délivré à Greg, nous pûmes tous nous rendre chez nos hôtes. Je n'étais pas trop inquiète pour Drago et Quincy : ensemble, ils formaient une bien belle équipe. Tim nous fit tous les deux transplaner dans un quartier plutôt huppé de Manhattan. Xin Jiang vivait dans le Chinatown sorcier. Avant cela, je n'y avais jamais mis les pieds.
Depuis mon arrivée à New York, j'avais pris soin d'éviter les quartiers où se réunissaient les sorciers américains. A quoi ça aurait servi de quitter Londres et mon ancienne vie si c'était pour me reprendre en pleine tronche ce que j'avais perdu avant ? C'était simple : avant l'arrivée de Ron, mon but dans la vie était de faire carrière chez les Non-Maj', un point c'est tout. Plus de magie par ci, plus de sorts par là. Bien sûr, j'aurais continué à garder contact et à voir ma famille et mes amis sorciers. Mais ma vie n'aurait pas tourné autour du monde magique.
Haha, la bonne blague. Il avait fallu que je tombe sur Weasley dans le métro et mon quotidien en avait été bouleversé.
« Bonjour, nous salua une dame aux longs cheveux blonds. »
Elle avait des yeux azurs et quelques mèches blanches parsemaient sa crinière dorée. Elle était drôlement belle. Avec sa longue tunique colorée et son air « peace and love », on aurait dit une femme toute droit sortie du festival Woodstock. D'ailleurs, ça ne m'aurait pas étonnée qu'elle y ait participé.
« Vous devez être Ms. Parkinson, devina-t-elle. Je suis Ophelia Jiang.
— Bonjour Mrs. Jiang, enchantée de vous rencontrer, répondis-je en serrant la main qu'elle me tendait. Et voici Tim Duke, mon collègue. »
Ils se saluèrent.
« Ah, Ms. Parkinson ! S'enthousiasma une voix provenant du salon. »
Xin était un homme de taille moyenne et à l'assurance contagieuse. Il nous mettait à l'aise comme si nous nous connaissions depuis toujours.
« Bonjour Mr. Jiang, saluai-je. Merci pour votre réponse rapide.
— J'avoue avoir été surpris de recevoir un hibou de votre part, fit-il. Je ne savais pas que vous résidiez à New York, Ms., encore moins que vous travailliez pour le MACUSA ! »
J'approuvai d'un hochement de tête.
« Oui, j'ai quitté l'Angleterre il y a quelques années, expliquai-je. Mon rôle au Congrès est tout récent.
— Quel poste occupez-vous ? s'enquit-il.
— Oh… je… »
Je ne m'étais pas attendue à cette question. Visiblement Tim, oui.
« Elle est secrétaire au bureau des Aurors, répondit-il d'un ton naturel. Pansy s'occupe de récolter des témoignages pouvant nous aider à avancer dans certaines enquêtes. »
S'il fut surpris de ces explications, Xin n'en montra rien. Il nous invita à venir nous installer sur de beaux canapés en cuir. Son appartement était chaleureux, bien qu'un peu trop sombre à mon goût. Ici, mes plantes n'auraient jamais eu la lumière nécessaire pour pousser. C'était un endroit où tout journaliste serait ravi de s'isoler : propice à l'écriture.
« De quoi vouliez-vous me parler ? interrogea-t-il. Dans votre missive, vous aviez l'air de penser qu'il s'agissait de quelque chose d'extrêmement important.
— Oui, affirmai-je. Voyez-vous, le bureau des Aurors enquête en ce moment sur une affaire de meurtres en série.
— Je sais, s'attrista le sorcier chinois, c'est terrible ce qui est arrivé à toutes ces personnes. Ma femme et moi évitons de sortir à la tombée de la nuit. Nous avons fait en sorte que notre logement reste protégé de toutes intrusions. »
J'étais rassurée de savoir que certaines personnes prenaient l'actualité très au sérieux. Ça nous facilitait grandement la tâche. Personnellement, je n'avais pas endossé le rôle de Mediator pour jouer la police avec ceux qui ne respectaient pas les directives données par le MACUSA. J'avais d'autres hippogriffes à élever.
« Voilà, poursuivis-je en m'assurant d'avoir toute son attention. Nous pensons que notre tueur est lié de près à l'Accident de Copenhague. Je sais que vous y étiez présent au moment du drame, même si j'ignore les répercussions que cela a eu sur votre vie, Mr. Jiang. »
Il avait les lèvres entrouvertes, ne s'attendant sûrement pas à une telle révélation.
« J'y étais moi-aussi, le rassurai-je.
— Vous y avez perdu vos pouvoirs, lâcha-t-il.
— Oui, admis-je. »
Un silence nous enveloppa. Je pouvais presque voir les rouages de son cerveau tourner à vive allure.
« Ms. Parkinson, finit-il par dire en posant une main bienveillante sur mon bras. Je dois vous avouer que moi-même j'ai perdu une partie de mes capacités magiques avec la déflagration. Je pensais m'en être sorti indemne mais il s'est révélé avec le temps que ma magie ne répondait plus comme autrefois. Elle s'est fortement amenuie, si bien que je suis incapable désormais de lancer des sortilèges puissants.
— Pensez-vous que l'explosion a eu différents effets négatifs selon les sorciers ? demanda Tim. »
Il acquiesça.
« Je pense que ceux qui ont survécu ont dû faire face à un dérèglement de leur magie, opina-t-il. Mais de là, à dire que les répercussions ont été les mêmes, je ne crois pas. »
Ses yeux se posèrent sur moi.
« Vous n'êtes pas la seule à avoir été démunie, Ms. Parkinson, fit-il avec gravité. Aucun d'entre nous n'en est revenu indemne. »
Je déglutis. Je n'avais jamais été assez égoïste pour penser une seule seconde que j'étais la plus malheureuse des rescapés. Certains avaient perdu des sens dans l'accident : vue, ouïe, odorat...
« Connaissez-vous d'autres personnes qui ont totalement perdu leurs pouvoirs ? m'enquis-je. »
Il sembla réfléchir quelques instants, fouillant sûrement dans les archives de vieux journalistes qu'était sa mémoire.
« Hum… Paige Taylor, finit-il par citer. C'était une jeune sorcière d'une vingtaine d'années à l'époque. Elle était interne en Médicomagie. »
Tim et moi échangeâmes un regard entendu. Encore une information qui nous rapprochait de notre suspect.
« Savez-vous où elle peut bien se trouver ? demanda Tim. Nous avons tenté de la localiser mais aucune piste pour l'instant. »
Le journaliste chinois haussa les épaules.
« Je n'en ai aucune idée, avoua-t-il. J'ai juste entendu parler de son cas dans un des Métamorphose Aujourd'hui. »
Il s'agissait d'un journal très connu aux Etats-Unis.
« Je ne peux pas vous apprendre grand-chose sur son cas, je ne connais pas cette jeune femme, soupira Xin. »
Il disait la vérité. Personne n'avait réussi à retrouver la sœur de Nicole. Peut-être même ignorait-elle tout du meurtre de sa sœur. Ma seule chance de la retracer résidait dans les compétences d'un vampire rencontré quelques heures plus tôt. Fallait vraiment réformer le service d'information des Aurors.
Mon portable dans la poche de mon manteau se mit à sonner. Je m'en emparai avant de décrocher et d'entendre la voix de Quincy à l'autre bout de la ligne.
« Boss, faut que tu viennes voir ce qu'on a trouvé chez les Tamler.
— Ça marche, on arrive. »
Mon regard se posa sur mon acolyte.
« Tim ?
— Oui ?
— Tu connais bien le Michigan ? »
Il s'avéra que Tim n'avait jamais mis les pieds au Michigan. Moi non plus d'ailleurs. Mais pour le moment, l'heure n'était pas vraiment propice au tourisme. Et j'avais autre chose à penser que cocher la liste des Etats américains visités jusqu'ici.
La famille Tamler vivait dans une grande résidence aux briques rouges dans un des quartiers sorciers de Lansing. Jamais je n'aurais cru qu'il pouvait y avoir une communauté sorcière aussi étendue aux Etats-Unis.
Drago et Quincy nous attendait à l'entrée.
« Où sont-ils ? interrogeai-je.
— Ils ont préféré s'éclipser, ils sont chez des amis sorciers au bout de la rue, répondit le policier. Notre visite leur rappelle trop la perte de leur fille. »
Dans leur salon, des dizaines de cadre photos ornaient les murs. On y voyait une jolie jeune femme aux origines amérindiennes. Elle était très belle. Je me souvins que Quincy avait dit que la sorcière était morte deux ans auparavant. Un vrai drame pour la famille.
« Comment est-elle décédée ? demanda Tim.
— Dorothy s'est suicidée, avoua Drago. »
Je me stoppai dans ma contemplation.
« Quoi ? fis-je avec surprise.
— Ses parents disent que l'accident de Copenhague l'a rendue instable, étrange. Quand elle est revenue vivre chez eux, elle était totalement différente. »
Je posai la main sur mon front. Une colère sourde grondait à mes oreilles.
« Bien sûr qu'elle était mal, soupirai-je. Ce putain d'attentat l'a privée d'une partie de ses pouvoirs magiques. »
Pendant quelques secondes, plus personne n'osa parler.
« Vous avez trouvé un indice ? rappela Tim. »
Drago se râcla la gorge.
« Il se pourrait que Dorothy ait eu un laboratoire ici, répondit le blond. Il était dissimulé par des sortilèges dans sa chambre. »
Nous nous rendîmes à l'étage. La chambre de la sorcière avait été vidée et il ne restait plus que quelques cartons dans un coin de la pièce. Sûrement des objets dont ses parents n'avaient pas pu se séparer.
« La pièce est caché dans son placard, indiqua Quincy.
— Comment avez-vous fais pour la trouver ? m'étonnai-je. »
Jamais personne n'aurait pensé qu'un laboratoire se trouvait dans une si petite chambre.
« Une intuition, soupira Drago. Je sentais un truc louche avec cette chambre et je crois que ça vient du tas de potions et d'ingrédients magiques stocké à l'intérieur. »
Drago avait toujours été sensible aux mélanges magiques et c'était sûrement pour cela qu'il s'était destiné à une carrière de maître de potion. Je remerciai silencieusement ses dons de nous être si utiles pour cette mission.
Le laboratoire était lugubre. Il s'agissait d'une petite cuisine sombre et qui sentait le renfermé. Les étagères étaient couvertes de grimoires et de filtres en tout genre. L'endroit était laissé à l'abandon.
« Quel bordel, commentai-je. Dorothy était potioneuse ?
— Non, elle suivait une formation de Médicomage, réagit Quincy. »
C'était étrange. Peut-être avait-elle commencé à toucher aux potions après son accident ? La discipline médicomagique demandait de très bonnes connaissances en plantes. Tout comme l'art des potions. Peut-être qu'elle avait décidé de changer de formation ?
« Elle… elle essayait de trouver un remède ? balbutia Tim. »
Nous reportâmes notre attention sur le sorcier.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? lança Quincy. »
Il nous montra un parchemin.
« Il est écrit « Comment inverser un maléfice et recouvrer ses pouvoirs magiques ? », lut-il.
— Peut-être voulait-elle inverser les propriétés de la potion, murmura Drago.
— C'est impossible, contredis-je. Et je sais de quoi je parle : on a tout essayé pour me soigner. »
Drago, Luna, Neville et même Blaise avaient tenté de trouver une solution à mon état. Sans succès jusque-là.
« Il nous manquait un élément clé, annonça Drago. A l'époque, nous n'avions pas les propriétés de la potion qui a provoqué ton état. Impossible donc d'en déduire le remède.
— Qu'est-ce qui nous prouve que Dorothy les avait ? fis-je, dubitative.
— Ça, argua soudain Tim en nous montrant un des petits chaudrons dans un coin. »
Il était rempli d'un liquide violacé, la même teinte que la potion que tentait d'analyser Drago. Il y avait plusieurs fioles contenant des échantillons sur le plan de travail et sans faire exprès, j'en renversai une par terre en reculant. Après avoir rencontré mon coude, le petit récipient en verre se fracassa dans un bruit strident. Son contenu se répandit sur le sol carrelé, dégageant une nuée dans l'air.
« Putain, jurai-je. »
Cela me happa d'un coup. Mes yeux s'agrandirent d'horreur. La couleur violette du liquide, la fumée toxique qui s'en dégageait et la nausée qui me prenait. J'entendais un bruit d'explosion, des cris, la peur ressentie. C'étaient des souvenirs ancrés dans ma mémoire. J'avais beau regarder autour de moi, aucune fenêtre dans la pièce pour l'aérer. Je paniquai, consciente de perdre le peu de calme qu'il me restait et dont j'avais cruellement besoin.
Quincy fut le premier à remarquer mon trouble et à intervenir.
« Mediator ? m'interrogea-t-il avec inquiétude.
— J'ai… j'ai besoin d'air, répondis-je en hoquetant ne trouvant plus mes mots. »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Tim me prit par la taille et transplana dans un petit jardin situé non loin de l'appartement. Je m'écroulai sur l'herbe, tandis qu'il s'agenouilla à mes côtés avant de faire apparaître une gourde qu'il me tendit. J'acceptai de prendre quelques gorgées d'eau fraiche sans protester sous son regard inquiet.
« Pansy, tu viens de faire une crise de panique, constata-t-il.
— C'est bien ma veine, finis-je par répondre retrouvant mon ton pince sans rire. »
Il eut un petit sourire avant de soupirer et de s'écrouler dans l'herbe. Cette mission commençait à devenir éreintante pour tout le monde. Quincy et Drago apparurent à nos côtés. Mon meilleur ami vint poser une main affectueuse sur mon épaule.
« Je ne pense pas me tromper en affirmant que tu viens de revivre un moment traumatisant, murmura-t-il.
— Ça m'a rappelé l'accident de Copenhague, avouai-je tandis qu'il m'aidait à me lever. C'était exactement la même fumée. Vous avez encore quelques restes de potion ?
— Oui, admit Quincy. Drago va les rapporter au labo. »
Nous restâmes silencieux quelques instants. J'avais encore les jambes flageolantes et Drago dût passer son bras autour de mes épaules pour me stabiliser. Il commençait à neiger autour de nous. Nos lèvres devinrent rapidement bleues mais ils ne se plaignirent pas, me laissant le temps de récupérer de ma crise d'angoisse.
« Tu crois qu'il s'agirait de la même potion que le jour de ton accident ? pressentit Tim. »
Je hochai la tête.
« J'ai des doutes, en effet, avouai-je. »
Notre théorie se faisait plus claire dans nos têtes. Il nous restait plus qu'à analyser le liquide trouvé dans les affaires de Dorothy Tamler pour en avoir la confirmation.
En fin d'après-midi, nous repartîmes pour New York. Nous en profitâmes également pour ramener une partie des affaires de Dorothy dans nos bureaux. La journée avait été longue et je décidai de congédier tout le monde. On méritait tous une bonne nuit de sommeil. Quant à moi, j'avais beau être épuisée, il fallait que j'envoie un rapport à Quahog et à Weasley avant de rentrer chez moi. Un des inconvénients pour le Mediator : il devait rendre des comptes à ses collègues du MACUSA.
Une fois le parchemin envoyé, j'allais me réjouir de pouvoir enfin dire au revoir à cette journée merdique quand une petite note en forme d'oiseau se posa sur mon bureau. Je soupirai de lassitude avant d'en déplier les bords. L'écriture de l'envoyeur était fluide et fine, avec une calligraphie incroyable. Je ne fus donc pas étonnée de voir que le mot venait de Santiago. Je l'avais oublié celui-là.
« Mediator, j'ai retrouvé ce que vous m'aviez demandé. Rendez-vous à l'infirmerie du MACUSA.
S.D.M. »
Bon sang, il avait fini par mettre la main sur Paige Taylor !
Sans perdre une seconde, je sautai sur mes pieds avant de m'élancer vers le lieu stipulé dans le message. Il n'y avait plus grand monde au quartier général du Congrès mais quelques regards curieux se posèrent sur moi. Ils devaient penser que j'étais folle à courir comme une dératée.
L'infirmerie se trouvait dans un endroit un peu excentré du bâtiment. Il n'y avait que trois lits et je fus sidérée de voir que la sœur de Nicole en occupait un. Je ne m'attendais pas à la retrouver dans un si mauvais état. Elle était inconsciente et sous perfusion. Santiago était posté au pied du lit.
« Merde, lâchai-je en me précipitant vers la sorcière. Est-ce qu'elle est morte ?!
— Non, infirma le vampire, mais elle est dans un profond coma. »
Paige ressemblait beaucoup à sa sœur. Mis à part ses joues creusées, ses cernes et sa maigreur effrayante, on ne pouvait douter de leurs liens de parenté. Je ne savais pourquoi mais je vins prendre sa main avec douceur. Comme pour la rassurer et lui montrer qu'à présent, tout irait bien.
« Où l'avez-vous trouvée ?
— Dans une chambre d'hôtel miteuse du Bronx. Aucune trace de son ravisseur.
— Elle a été droguée, compris-je en observant sa peau blanche et striée de veines bleues par endroit.
— On a testé pas mal de potions sur elle, approuva Santiago. Je ne crois pas que son corps pourrait supporter des soins magiques pour le moment. Il lui faut des techniques médicinales plus traditionnelles. »
J'opinai du chef, relâchant la main de la jeune femme. J'allais prévenir Ron et Hortensia.
« Combien de temps lui faudra-t-il pour se réveiller ?
— Difficile de le dire pour le moment, répondit le vampire. Quelques jours, quelques semaines, peut-être même jamais. »
Je soupirai de frustration. Si je n'avais pas pu sauver sa sœur, je ferais tout pour lui venir en aide à elle. Je refusais d'avoir un mort en plus sur la conscience. Je pouvais presque entendre la voix de Weasley dans ma tête. « Ce sont les risques du métier. Ne t'attends pas à ce que le Mediator puisse sauver tout le monde. Il n'est pas invincible. »
Je chassai le roux de mes pensées avant de retourner mon attention sur Santiago. Les bras croisés, l'air flegme d'un type qui avait vécu des décennies, il m'observait avec patience.
« Je suppose que vous êtes désormais un membre officiel de mon équipe, éludai-je avec un mince sourire. »
Ses yeux dorés brillèrent d'excitation.
« Je suppose, en effet, approuva-t-il. »
C'était notre deal : il me ramenait Paige et j'acceptais sa « candidature » au sein de l'équipe du Mediator. Même si je n'étais absolument pas préparée à bosser avec un vampire, je ne pouvais pas revenir sur ma parole. Puis, étant donné que personne mis-à-part lui avait réussi à retrouver une sorcière, je ne doutais plus du tout de son utilité. Si je voulais que tout se passe bien, il fallait désormais que j'instaure une confiance mutuelle entre nous. Et au vu du mystère entourant ses bouclettes brunes, je comprenais que la tâche allait être ardue. On ne connaissait pas un vampire aussi vieux en seulement quelques heures.
« En quoi consiste votre job actuel ? interrogeai-je. »
Il haussa un sourcil.
« J'aurais pensé que vous vous seriez déjà renseignée sur moi, se moqua-t-il.
— C'est exact, j'ai fait quelques recherches, confirmai-je. Mais je n'ai trouvé aucun dossier vous concernant. Ni au Département administratif, ni à celui des Aurors. Impossible de connaître votre position exacte dans toute cette bureaucratie agaçante. »
A vrai dire, j'avais demandé à Claire Patil de réunir les informations pour moi. Ma journée avait été trop occupée pour que je puisse le faire moi-même. De plus, l'Auror avait une bien meilleure connaissance que moi-même sur l'organisation des archives du Congrès américain. Un sourire s'épanouit sur son visage. Était-ce permis d'être beau à ce point ? J'aurais presque pu en oublier le charme discret de Ronald. Presque.
« Officiellement, je n'existe pas, expliqua Santiago. Du moins pas en tant que fonctionnaire du MACUSA. »
Les seules personnes n'étant pas admises dans les dossiers des gouvernements sorciers étaient celles dont personne ne devait découvrir la vraie fonction.
« Vous êtes un informateur ? compris-je alors.
— Ce terme est celui qui se rapproche le mieux de ce que je fais, confirma-t-il. D'autres me qualifieraient d'espion.
— Où opérez-vous ? »
C'était un vrai interrogatoire. Mais cela ne sembla pas le déranger outre mesure. Peut-être qu'au fond, il n'avait pas souvent l'occasion de parler de lui et de ses « passe-temps ». En tout cas, pas de façon aussi sincère.
« Dans les quartiers mal famés de New York, dit Santiago. Je côtoie la mauvaise graine de la communauté magique. »
J'avais du mal à l'imaginer déambuler au milieu de trolls, fées, et autres créatures dangereuses.
« Quelle est votre couverture ?
— Qui vous dit que j'en ai une, Pansy ?
— Vous ne passez pas inaperçu : vous êtes bel homme, érudit et confiant, notai-je en détaillant le personnage. Vous n'êtes pas quelqu'un qu'on manque de remarquer. Vous avez besoin d'une couverture pour éviter d'attirer les regards indiscrets. Peut-être utilisez-vous un déguisement ? »
Il éclata de rire.
« Par Merlin, vous êtes d'une perspicacité surprenante pour une petite fille ! s'enthousiasma le vampire. Pas étonnant que Samuel et Ronald louent vos capacités de discernement. »
Je fronçai les sourcils, vexée.
« Croyez-moi, ce job m'est tombé dessus par hasard. Et j'ai vingt-huit ans, détrompai-je. Je suis loin d'être une enfant.
— Ma chère, sur une vie de vampire, vous n'en êtes qu'aux prémices de l'adolescence, plaisanta-t-il. »
Je supposais que ça avait quelque chose de vrai. La durée de vie des sorciers n'était rien comparée à la longévité incroyable de son peuple.
« Alors ? insistai-je en m'appuyant contre la table et en posant les mains sur ses bords.
— Alors oui, je prends une autre apparence et oui j'ai une couverture, approuva le brun. Je tiens une arène de combats clandestins. »
Mes sourcils s'arquèrent, ne m'attendant pas à une telle réponse.
« Vous avez l'air surprise, rit-il.
— Je vous imaginais davantage tenir une boutique illégale d'apothicaire ou un bordel, avouai-je confuse. »
Il afficha un rictus moqueur et je levai les yeux au ciel.
« Vous avez une affreuse opinion de moi, Pansy.
— Je vous connais trop peu pour avoir une opinion de vous, contredis-je.
— J'espère que vous arriverez à me faire confiance très vite dans ce cas, susurra-t-il. »
J'ignorai sa dernière remarque.
« Qui est au courant pour vous ici ? poursuivis-je.
— Weasley, Quahog, Dale, et quelques personnes aux fonctions importantes, informa-t-il.
— Vont-ils être d'accord pour que vous changiez de supérieur ? m'inquiétai-je. »
La dernière chose que je voulais était de créer une émeute au MACUSA.
« Ils ne vous inquièteront pas, me rassura-t-il. Sauf peut-être Weasley.
— Lui je m'en occupe, marmonnai-je.
— Est-ce lui qui vous a éconduit ?
— Pardon ? »
On inversait les rôles et ça ne me plaisait pas du tout. Mais je ne pouvais pas lui montrer à quel point cette histoire me rendait chèvre.
« Ce matin vous parliez d'un, comment dîtes-vous déjà ? Un râteau de la mort qui tue, se souvint-il. »
Putain, il se foutait carrément de ma poire ce con. Je fis de gros efforts pour ne pas montrer ma frustration. Dès fois, je regrettais de ne pas contrôler mes paroles en l'air.
« Mes histoires personnelles n'ont rien de bien intéressant, réfutai-je. Tim m'a dit que vous étiez un excellent combattant, est-ce vrai ? »
S'il nota mon changement de conversation, il n'ajouta aucun commentaire.
« Si je ne l'étais pas, je ne tiendrais pas d'arène de combat, fit-il.
— Combattez-vous ?
— Rarement. »
Silence.
Rarement, pour moi, voulait tout dire.
« Si vous le souhaitez, vous pourriez assister à un tournoi un de ces jours, proposa-t-il. »
Ce n'était pas une mauvaise idée : ça me permettrait d'en apprendre plus sur le sous-monde sorcier. Après tout, j'étais le Mediator et celui-ci était censé avoir un œil sur tout ce qui se passait sur son territoire.
« Pourquoi pas, convins-je. Comment puis-je vous contacter ?
— Maintenant que je suis membre de votre bureau, vous n'aurez aucun mal à me joindre par hibou, m'apprit-il. »
Je me décidai à le laisser s'en aller. Je l'avais assez cuisiné pour la journée.
« Restez en contact, prévins-je. Réunion tous les matins, à partir de huit heures trente. On ne travaille pas les dimanches. Enfin… la plupart du temps. »
Il s'inclina devant moi avant de s'éclipser en un clin d'œil. Je ne m'habituerais jamais à ses apparitions et disparitions soudaines. Je n'aimerais pas être l'adversaire d'un type comme Santiago. Au fond de moi, je crois que j'avais la pris la bonne décision. J'avais besoin d'alliés. Et si possible les plus puissants.
Quelques jours plus tard, Drago nous annonça le verdict. Il confirma toutes nos craintes. La potion retrouvée sur Nicole et chez Dorothy était la même que celle qui avait explosé à Copenhague. Ses propriétés : distiller la magie chez les sorciers, jusqu'à-ce qu'il ne reste plus rien dans leurs corps.
Selon le blond, il devait aussi exister une autre potion. Et celle-ci était conçue pour créer des ondes magiques à partir de rien. Une sorte de remède à la potion violette. Pas de chance pour nous : nous n'étions tombés sur aucun échantillon de la sorte.
Ce genre de mélanges magiques n'avaient jamais existé auparavant. Et si c'était le cas, la communauté sorcière aurait tout de suite arrêté toute expérimentation. Objectif final : éviter de créer une arme d'une telle envergure. Produite à grande échelle, cette potion pouvait impacter un grand nombre de sorciers. Or, mon petit doigt me disait que ce qui était arrivé à Copenhague n'était qu'un aperçu de ce que tentait de faire notre tueur.
Quel taré pouvait bien inventer des trucs pareils ? Cela restait un mystère. Pourtant, je m'étais persuadée d'une chose : la magie n'allait pas pouvoir toujours nous aider dans notre enquête. Il fallait donc que je m'assure d'avoir plusieurs cordes à mon arc. C'était pourquoi j'avais envoyé un message à Santiago. Par chance, sa réponse avait été rapide et positive : je m'étais trouvée un nouveau professeur de combat. Peut-être même le meilleur du Congrès américain. J'allais désormais user de mes poings pour arrêter notre assassin.
Et pour une fois, je me targuais de ma situation inédite. Parce que le Mediator avait un avantage de poids dans tout ça : contrairement aux autres sorciers, il ne pouvait plus perdre ses pouvoirs.
