.

1er octobre 2012 - 13 h 27

Je suis ici juste pour récupérer quelque chose. Je suis juste là pour récupérer quelque chose. Je ne vais plus jouer.

Plus. Jouer.

Peu importe ce que je me raconte, j'en arrive toujours au centre de Game Shack, à demander quand est-ce que Call of Duty : Black Ops 2 va sortir.

"Mec, je suis tellement excité !" Alec, l'un des associés, lance presque son sandwich Subway à travers le magasin, en montrant une affiche scotchée à la vitre. Il rebondit, les épaules vibrantes d'excitation. "Novembre, mec. Encore. Un. Putain. De. Mois."

Je ris parce que, oui, je suis aussi excité.

Comme Emmett n'est pas là et que Brightside n'est pas autorisée à sortir les soirs d'école, je passe cinq bonnes heures de ma journée sur la Xbox360 d'Em. Ce n'est pas la façon la plus productive de passer mon temps mais c'est mieux que de nombreuses autres alternatives. J'aurai pu retrouver ce que je faisais avant Brightside.

Avant Brightside j'aurai sûrement traîné avec les potes de Jake Black, à boire de la bière chaude que son frère lui achète. J'aurais sûrement fumé de l'herbe et serais resté assis à écouter cette musique country merdique et à me sentir désolé.

Mon moi d'avant Brightside était un connard.

"Chouette !" j'acquiesce. "Euh… alors je ne veux pas causer de problèmes ici mais je pense que ce gamin là-bas empoche les personnages de Skylander."

"Hein ?" Alec fronce les sourcils. Je fais signe par-dessus son épaule. Il y a un enfant avec une parka dans le coin arrière du magasin qui essaie de passer inaperçu, qui ouvre des paquets au hasard en mettant le contenu dans sa poche. Alec se penche sur le comptoir rouge, sandwich à la main. "Ahhh… fils de p***"

"Désolé," je marmonne. Je recule d'un pas, prêt à me diriger vers la sortie.

"Non mec ça va," proteste-t-il, tendant la main pour me faire signe d'attendre. Il regarde par-dessus mon épaule et s'apprête à faire un sifflement strident. "Hé gamin !"

"Lâche le robot !" dit-il en essayant de paraître menaçant mais un bout de sandwich est écrasé sur le côté de sa bouche et ça sort étouffé.

"Hog Wild Fryno n'est pas un robot, Alec." Le garçon se retourne et commence à tirer des figurines de sa poche, les laissant tomber sur le sol en se dirigeant vers la sortie. "Il fait partie de la Blazing Biker Brigade, idiot."

"Tu es trop vieux pour ce jeu de toute façon !" hurle Alec après lui.

"Euh !" je me tourne pour le regarder et je lui fais signe lui disant : "Tu veux que quelqu'un le poursuive ?"

Il prend une grande bouchée de son long sandwich, secouant la tête. "Non il a toujours fait ça. Il a été banni du centre commercial, il y a cinq mois. Alors il reviendra probablement. D'habitude ils l'attrapent avant qu'il soit sorti."

Je reste impassible, regardant le cinglé devant moi et me demandant s'il est sérieux. Je hausse les épaules.

Peu importe.

"Euh… d'accord.

Je me suis dit que je ne resterai pas au centre commercial plus d'une heure mais j'ai déjà perdu vingt minutes de jeu en parlant avec Alec. Je ne sais même pas où le temps est passé. Je suis venu ici pour acheter un cadeau d'anniversaire pour Brightside et maintenant je pense dépenser ma paie en jeux vidéo.

Je secoue la tête.

Prochain jour de paie, Cullen... Peut-être.

"Putain de merde, maintenant je sais pourquoi il me semble que je te connais !" crie Alec, laissant tomber le dernier bout de son sandwich sur le comptoir. Ses yeux bleus s'écarquillent de reconnaissance. "Tu es le gars des journaux, non ?"

Je gémis en faisant rouler mon cou.

Je déteste quand les gens m'appellent ainsi. Même Bella ne le fait pas bien qu'elle m'appelle par tous les autres noms auxquels elle peut penser.

"Euh ouais. C'est moi. Je suis le garçon des journaux," Je prononce les mots en frissonnant.

Il fronce les sourcils. "Quoi ? Tu n'aimes pas ton travail ?"

Je hausse les épaules d'un air dédaigneux. "Je veux dire c'est cool ou autre chose, mais je ne me vois pas vraiment le faire dans dix ans. Si tu vois ce que je veux dire."

Il étend ses bras à ses côtés, ses yeux s'écarquillant d'excitation.

"Mec, tu veux travailler ici ? Attends... quel âge as-tu ?" Il me regarde comme s'il essayait de lire mon âge sur mon front. "On dirait que tu pourrais avoir vingt ans mais tu as cette posture molle... comme un enfant de quinze ans."

"Dix-sept," je réponds en fourrant mes mains dans les poches de mon manteau en bougeant. "Je suis en dernière année."

"Oh !" se moque-t-il, en roulant des yeux pour lui-même, en froissant le papier à sandwich pour le jeter à la poubelle derrière le comptoir. "Duh. Il faut avoir au moins seize ans pour conduire une voiture."

Je sens mes lèvres former un sourire narquois.

Je pense que j'aime Alec.

"Euh ouais," dis-je nonchalamment. "Je suis assez vieux pour conduire alors…"

"Tu pourrais travailler ici." Ses yeux rapetissent pendant qu'il me fixent. "Combien gagnes-tu maintenant ?"

"Huit cinquante par heure," je mens. J'avais cinq par heure au marché quand je remplissais les sacs je ne me fais presque rien à lancer mes journaux.

Alec me regarde avec scepticisme.

Il sait que je mens.

"Je parie que je peux convaincre Marcus de te donner neuf." Il se retourne et me tend un papier et un crayon. "Il lui faut des employés. Tu veux postuler ?"

Je m'arrête un instant, le contemplant. Je devrais sauter sur l'occasion de gagner neuf dollars de l'heure. J'ai besoin d'argent et mon travail couvre à peine ma facture de téléphone portable, encore moins d'essence. Cependant si j'obtiens ce poste cela signifie que je verrais probablement encore moins Brightside.

Je ne peux même pas me permettre son cadeau d'anniversaire pour le mois dernier.

Je veux dire, c'est juste une proposition. Je ne pense pas qu'Alec puisse vraiment me trouver du travail ici. Mais peut-être que ça vaut le coup ?

"D'accord," dis-je. Je sors mes mains de mes poches pour lui prendre le stylo et le papier

16 : 45

"Baby ?"

Bella marmonne, ses paupières se plissant.

"Baby ?" Je répète, planant au-dessus d'elle pour embrasser ses lèvres. Je bouge ma bouche sur sa joue pour poser de petits baisers sur sa mâchoire. Elle sent Brightside - étrange, fruité, et addictif. "Brightside," je chante à voix basse, frottant mon nez contre son cou.

Elle gémit doucement, portant ses mains à mes cheveux pour m'embrasser. Je marmonne dans sa bouche. "Qu'est-ce que tu fais sur le sol de ma chambre ?"

Elle soupire faiblement, son haleine parfumée à la cannelle parcourant mon visage. Je souris. J'aurais peur si quelqu'un d'autre me respirait au visage mais avec elle j'adore ça depuis le début. "Je..." elle cligne des yeux, regardant autour de moi jusqu'à ce que ses yeux se concentrent sur les miens. "Euh… oh hummm j'essayais de faire du yoga."

J'acquiesce, la croyant. "Et…" je m'extirpe en passant ma main sur sa hanche. Je fais attention en passant mon bras autour de la grosse bosse là.

J'essaie de ne plus toucher Canal 3 mais c'est inévitable. Il fait partie de Brightside, je ne peux pas l'éviter tant qu'il n'est pas parti.

"Tu t'es endormie ?" Je demande en levant la tête.

C'est pour cela que je suis rentré à la maison : Bella étalée sur le sol dans ma chambre, vêtue d'un débardeur lavande avec un de mes sweat-shirt bleu marine. Je ne sais même pas comment elle est rentrée ou quand mais je suis un peu trop excité par sa présence pour le lui demander.

"Ouais," dit-elle distraitement, tournant la tête pour regarder les sacs que j'ai posés négligemment par terre. Mes lèvres retrouvent son cou. "Euh… euh… tu es allé à Game Shack ?"

Je me force à m'éloigner de sa peau addictive. Je me racle la gorge en hochant la tête. "Ouais j'avais besoin de récupérer quelque chose." Je plante mes mains sur le sol pour me mettre debout et me diriger vers les sacs. "... et j'ai rencontré ce mec bizarre qui m'a proposé du travail."

"A la bijouterie ?" Elle montre du doigt le sac - pas si caché - contenant son cadeau d'anniversaire.

Je secoue la tête, grimaçant à l'idée de travailler à la bijouterie. Ce magasin est rempli de vieilles dames qui m'ont adoré pour être venu acheter le cadeau d'anniversaire de ma petite-amie. Ce n'est pas comme si j'achetais une putain de bague de fiançailles … mais oui j'ai en quelque sorte envisagé de l'acheter aussi.

"Non Game Shack." J'attrape le cadeau et jette le sac sur le sol. "J'ai trouvé ça sur le parking."

Elle fait un sourire satisfait. "Humm alors tu as déposé une candidature ?" demande-t-elle pendant que je m'approche d'elle. Je me laisse tomber à côté d'elle, croisant mes jambes pour m'installer confortablement dans l'espace exigu de ma chambre.

"Ouais - ah !" j'acquiesce, en posant la boîte dans sa main. "Un gars bizarre a dit qu'il pouvait convaincre le directeur de me payer neuf dollars de l'heure."

Ses yeux s'écarquillent de surprise. "Waouh, c'est bien, tu as besoin d'un nouveau travail, personne ici ne veut m'embaucher," soupire-t-elle avec les joues gonflées, ses yeux bruns dansant de moi au plafond nerveusement. "Ils pensent que je ressemble à Bibendum."

Je me moque d'elle, mes sourcils se rapprochant d'incrédulité. "Quoi ? C'est l'homme aux guimauves qui t'a dit ça ?"

Elle secoue la tête. "Peu importe. Veux-tu m'aider à m'asseoir ?" Elle me tend les mains.

"C'est pour ça que tu t'es endormie par terre ?" je demande, poussant mes doigts à travers les siens alors que je la mets en position assise. "Bella tu aurais pu demander de l'aide à ma mère."

"Non je me suis juste assoupie dès que je me suis relaxée. Et ta mère dort depuis qu'elle est rentrée du travail." Elle agite une main dédaigneuse, soupirant de nouveau.

"Qui t'a appelé Bibendum ?" je redemande, furieux à la pensée que quelqu'un ait pu blesser ma Brightside.

C'est comme ça depuis que nous avons commencé la dernière année. Bella et moi n'avons aucun cours ensemble, elle prend des cours avancés et je suis coincé avec les cours de base. Non pas que je m'en plaigne - je suis fier de mes cours de base. Au moins je n'ai pas échoué, j'ai réussi tous mes cours avec quatre-vingt-cinq pour cent ou plus au dernier semestre. Malheureusement comme nous n'avons aucun cours ensemble, je ne peux pas être là pour la protéger comme je le voudrais.

"Eh bien," commence Bella, frottant ses mains le long de son gros ventre. "C'est un peu stupide. J'étais en cours de musculation aujourd'hui tu sais, en train de rien faire." Elle fait tourner son index et pointe vers en bas, pour désigner la maison de Canal 3, je lui fais un signe de tête pour qu'elle continue. "J'étais sur un banc en train d'écouter de la musique et j'ai entendu dire Jane à quel point j'étais grosse…"

"Sérieusement ?" je l'interromps. "Bella pourquoi n'as-tu rien répondu ?"

Elle roule des yeux avec exagération. "Parce qu'il n'y en a pas besoin. C'est fini… et Heidi a essayé de la frapper… l'a fait, en quelque sorte, la frapper… après qu'elle m'ait appelé Bibendum en face."

Je la regarde un moment, essayant de bien digérer cette information. "Bella…" j'inspire profondément par le nez en fermant les yeux. "C'était quoi… putain ?"

Que dois-je donc faire pour que cette fille me raconte les choses ? N'a-t-elle pas besoin de me le dire ? Putain elle est vraiment sérieuse ?

"Edward," elle chante en posant ses mains sur mon épaule. Je sens ses lèvres chaudes sur ma joue qui se déplacent sur ma mâchoire. "Je vais bien. Le bébé va bien. Alors s'il te plaît, arrête de t'inquiéter, drama queen."

J'ouvre les yeux mais je ne suis pas en colère. Pas vraiment. Pas contre elle.

Je pense à la super lettre de remerciement que je vais écrire à Heidi pour avoir été une salope aussi timbrée.

"Pourquoi tu prends des cours de musculation, Bella ?" Je lui demande, en traînant mes doigts dans ses cheveux.

"Tu ne peux rien soulever de plus de cinq kilos."

Elle me fait un sourire diabolique. "Exactement."

Je la fixe un instant, en me demandant comment elle a pu convaincre Mme Cope, notre conseillère, pour celle-là. "Tu es folle, tu sais ça ?" Je lui picore les lèvres, puisqu'elles sont juste là.

Elle fredonne, en serrant ses doigts dans mes cheveux. "C'est des conneries, Bella. S'il te plaît, ne me dis pas que tu vas… laisser ces filles t'atteindre..."

Je dis "ces filles" au sens large, parce que je sais que ce n'est pas la première fois que Bella a entendu quelqu'un parler à son sujet. Ce n'est pas la première fois que j'entends quelqu'un parler, seulement je ne laisse pas passer comme elle le fait. Je ne peux pas… garder mon calme quand quelqu'un dit quelque chose sur Brightside ou sur le Canal 3. Je n'ai jamais frappé quelqu'un mais je l'ai presque fait quand Collin, un des copains de Jake, a essayé de me convaincre que Bella essaie de me piéger.

C'est comme si toute cette putain de ville pensait que la grossesse de Bella est une conspiration. Ils me regardent comme s'ils se sentaient mal pour moi puis ils parlent dans le dos de Bella comme si c'était la méchante qui voulait me ruiner. Je suis heureux qu'elle ait Heidi mais ce n'est pas suffisant.

"Je ne les laisse pas m'atteindre," me rassure-t-elle en se mettant sur ses talons. " Tu voulais savoir… alors je t'ai dit ce qu'il s'est passé. Je vais bien. Boudeur." Elle sourit, et je sens mon visage tomber. "Je plaisante."

"C'est drôle," dis-je.

Elle soupire, en regardant la boîte que j'ai placée devant elle tout à l'heure.

"Ouvre-la," lui dis-je, en lui poussant l'épaule de façon désinvolte. " Découvre ce que c'est. Tu sais que tu le veux."

La commissure de ses lèvres s'agite. "On ne dirait pas que ça a été déposé dans un parking, Edward."

"C'est parce que le gars l'a laissé tomber et s'est tiré avant que je puisse le rattraper, Bella," je me moque, en faisant correspondre mon ton au sien.

Elle m'épargne un regard incrédule, en passant son doigt sous le papier d'emballage argenté. Je me penche en avant, en regardant ses yeux lorsqu'elle soulève le couvercle de la petite boîte rectangulaire.

Ce n'est pas quelque chose de spectaculaire mais je sais qu'elle l'aimera quand même. Rose a juré qu'elle le ferait.

Bella sourit déjà en sortant la chaîne de sa boîte et en la soulevant pour que les pendentifs tombent librement dans sa paume. Cela me semble un peu stupide maintenant : le soleil, l'étoile, la lune, la gravure au dos.

"Brightside," chuchote-t-elle, souriant en grand avec des yeux plein d'étoiles et scintillants. "Edward, c'est..."

"Le truc de la lune et du soleil était l'idée de Rose," j'avoue, en tirant sur les coutures de mon jean. Elle a inventé ce "tu es le soleil de ma lune" en disant de le mettre au dos, mais je pensais que ça marcherait aussi".

"C'est parfait," chuchote-t-elle, en posant les pendentifs dans la paume de sa main.

"C'est parfait," murmure-t-elle. Tu m'aideras à le mettre ?"

Je lui fais un signe de tête et lui prends la chaîne, me mettant à genoux pendant que je me bats avec le fermoir pendant un moment.

Je finis par réussir à comprendre ce qu'il faut faire et je la tourne. "C'est ce que tu es pour moi, tu sais."

"Le soleil de ta lune ?"

Je glousse contre son cou, en essayant de faire passer le crochet par le petit truc à l'autre bout de la chaîne. "Euh, ouais... ça aussi, je suppose. Tu es ma Brightside."

Je la sens sourire contre mon épaule alors que j'arrive enfin à faire passer le crochet. "Tu es aussi le mien."

"Quoi ?" Je m'assois sur mes talons pour la regarder.

Ses lèvres rose clair se recourbent avec un sourire qui me fait chaud au cœur, ses yeux dansent sur mon visage. Elle est… rayonnante et magnifique et je me sens un peu plus amoureux d'elle quand elle sourit comme ça.

C'est réel, honnête et adorable. Je ne peux pas remettre en question un sourire comme ça.

"Mon Brightside," dit-elle. "Tu me ressembles plus que tu ne le penses, Edward."

"C'est grâce à toi," je dis simplement, parce que je le crois. Je sais que c'est elle, elle est toujours ma lumière.

Ma fille du nouveau commencement.

"J'ai l'air tellement ringarde," dit-elle autour d'un rire. "Je veux dire, j'ai probablement l'air d'une fille dans un de ces d'horribles livres d'amour de lycée. Comme un livre de trois cent pages que quelqu'un lit et pense que "c'est mignon", et ne reprend jamais ce bouquin."

"Non," je ne suis pas d'accord. "On n'est pas comme un roman de lycée ringard. Et j'espère que notre histoire sera plus longue que trois cents pages."

Elle rit. "Peut-être quarante chapitres."

"Peut-être quelques milliers."

"C'est une longue histoire, Edward."

" Tout ne doit pas être écrit. "

"Tu écrirais sur nous ?"

"En un battement de cœur. Je t'aime, ma belle. Tu as tout changé, de la meilleure façon possible."

"Et Canal 3 ? Tu le mettrais dedans?"

Je m'arrête un instant, la fixant alors que mon esprit se tourne vers lui.

Son histoire serait tellement différente de la nôtre. Je ne saurais pas quoi écrire sur lui... son histoire est avec eux.

Depuis que nous avons reçu la lettre de Vic et Jim, nous avons passé un temps considérable à faire leur connaissance. Je ne dirais pas que nous les connaissons assez bien pour leur donner Canal 3 mais j'ai l'impression que je sens ce qu'ils sont.

"Nous le tiendrons quand il en aura besoin et nous le laisserons déployer ses ailes et voler quand ce moment viendra."

Nous savons que leurs réponses ne sont pas tout ce qu'elles sont censées être mais cela a suffi pour mettre nos esprits à l'aise. Nous voulons que Canal 3 ne soit jamais délaissé. Nous voulons savoir qu'il sera aimé et chéri et bien que ce soit quelque chose que nous pourrions lui fournir, nous ne pouvons pas lui donner tout ce dont il a besoin.

Quelques jours après avoir accepté de contacter Victoria et James au sujet de l'adoption, nous avons discuté avec Renée et Charlie de notre décision. Alors que Renée semblait respecter notre décision, Charlie avait une réaction complètement différente.

Charlie en un seul mot est... indifférent. Je ne pouvais pas comprendre sa réaction. C'est comme s'il était allé en mode policier pendant une minute ?

"Edward," Bella me tire de ma rêverie.

"Désolé." Je m'éclaircis la gorge. "Bien sûr que je l'inclurais. Notre histoire ne serait pas la même sans lui."

Elle m'envoie un regard pensif. "Tu es entré dans ta tête pendant une minute. Tu vas bien ?"

Je mords l'intérieur de ma joue, en hochant lentement la tête. "Je vais bien. Tu m'as juste fait réfléchir."

Elle lève un sourcil. "A propos du bébé ?"

"Ouais," je réponds de manière absente. Je regarde son ventre qui grandit et je me force à déglutir. "Je ne sais pas. C'est stupide."

"Quoi ?" chuchote-t-elle, en passant ses mains dans mes cheveux. Elle me supplie avec ses yeux. "Dis-moi, Edward."

Je regarde entre ses yeux et je pense à l'honnêteté et à la distance que cela m'a fait parcourir. Je peux lui dire comment je… me sens.

"Comment les autres font-ils cela ? Comment peut-on apprendre à faire suffisamment confiance à quelqu'un pour lui donner son bébé ? J'ai l'impression que je n'aurai jamais assez de temps," j'admets en secouant la tête. "Je suis désolé..."

"Edward, non, je ressens la même chose. Je pense que peut-être nous ne sommes pas assez objectifs." Elle frotte la bosse de la vie et pousse un soupir. "Vic et Jim semblent si... sincères."

"Ils le sont," je suis d'accord. "C'est juste que... est-ce que ça ressemble à un abandon?"

"Non," répond-elle immédiatement. "Non, je ne pense pas que ce soit un abandon. N'est-ce pas l'une des premières choses dont nous avons discuté, Edward ? Nous n'abandonnons pas. Nous donnons plus, à quelqu'un qui en a besoin."

Je fais un signe de tête à moi-même.

Nous n'avons pas besoin d'un bébé. Nous pensons que nous voulons ce que nous avons fait mais ce n'est pas nécessaire. Nous lui donnons une vie meilleure, sans abandonner.

"Il ira bien." Elle rampe sur mes genoux pour me chevaucher. Je peux sentir la bosse frôler mon estomac mais ça ne me dérange pas. Elle ponctue chaque mot d'un baiser. "Il sera heureux... aimé...en sécurité."

"Je sais."

Je sais. Je ne veux pas qu'il en soit autrement.

Canal 3 sera heureux, aimé et en sécurité.

Je hoche la tête, repoussant ses longs cheveux pour tenir mon visage contre le sien. Les pensées du Canal 3 glissent au fond de mes pensées quand, les lèvres de Bella rencontrent les miennes et j'enfonce mes doigts dans le tapis pour m'empêcher de la toucher.

Bella halète dans ma bouche et je gémis de frustration.

Ma mère est à côté. Je suis troublé. Je veux embrasser ma petite-amie comme je veux et ne pas me sentir comme si je commettais un crime mais je sais que je vais m'emporter en le faisant.

J'appuie mon front contre le sien, en essayant de stabiliser ma respiration.

"C'est bon, Edward." Elle roule ses hanches contre les miennes de façon suggestive. Je retiens un bruit qui se propage dans ma gorge. "Je peux être tranquille, tu sais ?"

Je prends son visage dans mes mains, la forçant à me regarder. Elle me regarde en retour avec des yeux malicieux. "Quoi ?" Je demande, en gloussant.

Ses joues sont d'un rose pâle des plus purs. "Tu... tu me manques, Edward."

Je la regarde, me demandant si elle est sérieuse. Je n'ai pas été avec Bella depuis cette nuit-là dans l'herbe, il y a des mois. Je frémis à ce souvenir - il est tellement lointain et insignifiant..

Dire que je n'ai pas pensé à coucher à nouveau avec Bella serait un putain de gros mensonge, je cherche constamment des moyens de l'avoir seule.

Trop souvent, nous tombons dans une conversation sur Canal 3 et oublions cette partie. Dans les rares cas lorsqu'elle dort chez moi, je la prends dans mes bras et je pense à la troisième vie.

"C'est bon." Elle prend mes mains et les pose sur ses hanches. Je ne peux pas résister à l'envie de faire glisser mes doigts sur sa chair molle. "Je peux être tranquille."

Elle sourit sournoisement et met sa main sur mon ventre. Je sens mes paupières s'abaisser alors qu'elle relève le tissu de mon tee-shirt Modest Mouse. "Tu - Tu peux ?" Je bégaie, imbécile obsédé.

"Euh-hum," elle fredonne, se mettant en avant pour placer un baiser sous ma mâchoire. Je peux sentir les coussinets de ses doigts faire des cercles contre mon abdomen. "Je peux."

Elle ouvre le bouton de mon jean et j'oublie la femme dans la pièce d'à côté.

"Ok," dis-je. Je n'ai pas du tout envie d'abandonner.