Chapitre 12 – La première épreuve

Au fond du vestiaire de Quidditch des Gryffondors où elle avait eu le droit de s'isoler, Mérida tournait en rond. Elle venait de réaliser que la première épreuve commençait maintenant. Elle devrait affronter trois élèves des autres maisons, plus vieux et plus forts qu'elle. Elle se rongeait les ongles jusqu'au sang et le fait que Raiponce lui avait fait repousser n'avait fait qu'aggraver sa manie des derniers jours.

« Par tous les diables, par tous les cieux, par toutes les saintes divinités ! » s'exclama Mérida en cherchant toutes les expressions injurieuses qu'elle connaissait pour tenter de faire évacuer son stress en prenant sa petite croix toujours accrochée dans son cou entre ses doigts.

Sa mère lui laverait certainement la langue avec du savon pour avoir proféré ces exclamations. Mais Mérida était convaincue que courir vers une humiliation sans nom était une très bonne raison. Par contre, elle se rendait bien compte que ça ne la soulageait que très peu en plus d'avoir l'impression de se faire observer d'en haut.

Mérida regarda le plafond ayant de plus en plus cette impression qu'on regardait ce qu'elle faisait. Et si pour elle, cela avait toujours été plus une expression qu'une réelle chose à envisager, après tout, peu importe qui dirigeait l'Univers, elle ne voyait absolument pas pourquoi on prendrait le temps de venir voir personnellement ce qu'elle faisait même si Maude lui avait affirmé le contraire. Cependant, elle commençait à croire que sa bonne avait peut-être raison. Mérida passa une main dans ses cheveux qu'elle avait attachés et osa :

« Allo ? Tu veux me parler ? »

Elle n'était pas certaine qu'elle avait le droit de tutoyer cette chose qui était venue la voir, mais ça faisait plus personnel, non ?

« Oh euh, je voulais juste te souhaiter bonne chance… » répondit une voix.

Mérida sursauta en criant et elle dirigea sa baguette vers la voix en jetant protego, le sort que Raiponce lui avait fait apprendre pour l'épreuve. La voix lui répondit en criant de surprise aussi, après une réaction aussi intense. La surprise légèrement passée, Mérida analysa la voix qu'elle avait entendue, qui, en fin de compte, sonnait particulièrement familière.

« C'est juste moi ! Par Odin, Mérida… » dit Harold essoufflé.

Alors que les pièces du puzzle s'emboitaient dans son cerveau, elle s'exclama, le cœur battant à la chamade :

« Harold ! Oh ! T'es venu ! »

Harold sourit et demanda :

« Ça va ? »

Mérida s'effondra sur le sol et mit sa tête entre ses mains :

« Non, je n'y arriverai jamais. Ça devrait être un jour merveilleux, mais je n'ai aucune chance contre les autres maisons et les Gryffondors comptent sur moi. Ils sont mille fois plus forts que moi. Je ne comprends pas que Dumbledore m'ait choisie ! Je ne suis même pas majeure. Je ne croyais pas réellement avoir mes chances, je ne suis pas intelligente comme les autres. Je suis juste une stupide sang de bourbe trop bête pour retenir quoi que ce soit. »

Harold fronça les sourcils, il n'était pas habitué de voir son amie s'effondrer et avoir besoin de lui. En plus, elle se traitait elle-même de l'appellation dénigrante que certains élèves, particulièrement les Serpentards, utilisaient de plus en plus dans les couloirs, particulièrement contre elle, pour désigner les enfants nés de parents moldus alors qu'elle avait toujours protesté haut et fort.

« Ne dis pas sang de bourbe, ce n'est pas beau. »

« Et pourquoi je ne le dirais pas, hein ? Tout le monde ne cesse de le répéter depuis le début de l'année. »

« Je t'ai fabriqué ça », interrompit Harold, souhaitant changer de sujet.

Cessant d'un coup ses tourments, Mérida regarda la surprise qu'Harold lui tendait.

« Pour moi ? »

« Je me suis dit que ça te remontrait le moral pour la compétition. »

Un sourire aux lèvres, Mérida prit le cadeau qui était entouré d'un tissu qu'elle croyait reconnaitre :

« Ça vient d'où ce tissu ? »

Harold sembla mal à l'aise et bafouilla :

« Euh, les elfes me l'ont prêté… »

« C'est des serviettes pour les mains lors des banquets, non ? » rit Mérida.

Harold sourit, amusé de lui-même :

« Bon, bon, déballe-le. »

La rousse ne se le fit pas dire deux fois. Elle retira les lacets et à l'intérieur du paquet, elle y trouva un petit dragon sculpté.

« Oh Harold… »

« Attends… Finite », lança Harold.

Aussitôt, le dragon s'envola dans les airs et tournoya sur lui-même. Mérida regarda l'œuvre d'Harold, les yeux ébahis.

« Comment ? »

« Avec beaucoup de patience, haha. » Harold se passa une main derrière la tête « Derviche m'a montré comment faire », avoua le Poufsouffle. « Mais c'est moi qui l'ai ensorcelé, hein ! Juste, il m'a expliqué les différentes façons d'y parvenir. Au début, c'était pour ta fête, mais je n'ai pas eu le temps de le finir, puis la semaine passée, vu que j'allais à Pré-Au-Lard, je me suis dit que finalement tu en as plus besoin maintenant. Mais il n'est pas parfait. Je ne crois pas que l'enchantement durera trop longtemps. Je pourrai l'ensorceler de nouveau lorsqu'il s'arrêtera de fonctionner. Et la prochaine fois que j'irai à Pré-Au-Lard, je demanderai à Derviche comment faire pour qu'il soit encore mieux, mais ouais, c'est ça. »

« Oh Harold… Je… »

Mérida dévisagea Harold, son mal de ventre était passé, mais il n'était pas plus à l'endroit. Elle se sentait tellement bizarre. Tellement… Mérida ne pouvait arrêter de dévisager son ami, comme si elle venait de le découvrir d'une nouvelle façon. Elle se rendait maintenant compte qu'avant cette année, elle n'avait pas réellement connu Harold et que depuis les deux derniers mois, il n'arrêtait pas de la surprendre. C'était tellement étrange de se rendre compte que quelqu'un que l'on croyait connaitre était en fait bien différent, bien plus...

Dumbledore entra dans la pièce et sembla légèrement amusé de voir Harold et un petit dragon volant. Il croisa les bras et demanda :

« J'imagine que Miss. DunBrush est maintenant prête à faire face à sa première épreuve, Monsieur Haddock. »

Harold hocha la tête rapidement et s'apprêta à reprendre le petit dragon, pour le mettre en lieu sûr, mais Mérida l'intercepta de sa main.

« Non ! Euh, non, je vais le garder, je… merci. »

Harold rougit et il sortit de la tente en lui souhaitant bonne chance. Dumbledore se tourna vers sa protégée qui releva la tête fièrement. C'était la première fois que Mérida se retrouvait seule avec son directeur pour le tournoi. Heureusement, il ne l'avait pas vu quelques minutes plus tôt à se morfondre sur elle-même. Le dragon d'Harold venait de lui redonner courage et elle se sentait prête pour l'épreuve, bien qu'elle n'eût aucune idée de ce que cela pouvait être. Elle mit la créature dans sa poche.

« C'est un joli cadeau que vous a offert votre compagnon », commenta Dumbledore.

Mérida avait l'impression que le professeur sous-entendait quelque chose et ne put s'empêcher de rougir violemment sans savoir pourquoi :

« Harold n'est que mon ami. »

« Bien sûr », répondit Dumbledore, un sourire encourageant.

Mérida n'aimait pas particulièrement le ton de Dumbledore. Il semblait avoir été convaincu trop rapidement, ce qui la laissait croire qu'il ne l'était pas et ça la rendait mal à l'aise. Harold n'était que son ami, elle avait déjà cru que Raiponce et lui étaient amoureux l'un de l'autre, d'ailleurs. Jack avait trouvé son idée complètement ridicule, mais Mérida ne s'était jamais posé plus de questions. Personne ne s'était posé plus de questions. Elle se mit à jouer avec sa mèche de cheveux et demanda pour changer de sujet :

« Quand pourrons-nous savoir ce que sera l'épreuve, professeur ? »

Dumbledore sonda Mérida du regard au moment où un roulement de tambour se fit entendre.

« Je crois que cela sera maintenant. Suivez-moi. »

Mérida, ayant la bizarre impression d'avoir été scannée, suivit l'homme en dehors de la tente. Le soleil l'aveugla immédiatement. L'été indien se prolongeait même à la fin du mois d'octobre vu la chaleur humide et étouffante qui surplombait le stade. Mérida entendait le grondement de la foule qui scandait le nom des quatre représentants des maisons. Les Gryffondors avaient été particulièrement créatifs en fabriquant même une affiche avec sa tête et ses cheveux en feu. Ils y avaient passé les deux derniers jours dans sa salle commune et si au début elle avait trouvé ça amusant, elle avait finalement commencé par l'éviter sa salle. Ça rendait le tournoi trop réel et elle avait commencé à cauchemarder à propos de la première épreuve.

La dernière nuit, d'ailleurs, elle se souvenait que Jedusor, Bagnold et Hornby l'avaient coincé dans un coin de l'arène et riaient. Ils avaient commencé à parler en latin et même si Mérida avait dû l'apprendre lorsqu'elle était jeune, dans son rêve, elle n'y comprenait rien. Ils s'étaient mis à lui lancer des sorts dont elle n'avait jamais entendu parler. Elle s'était mise à rapetisser, rapetisser, rapetisser. Elle était rendue si petite qu'une fourmi était venue l'attaquer et au moment où ses énormes mandibules la coupaient en deux, elle s'était réveillée, particulièrement choquée.

Peu rassurée, Mérida détourna le regard pour tomber sur une masse énorme qu'était le troisième année, Rubeus. Elle ne lui avait pas reparlé depuis la soirée où elle avait été choisie comme la représentante de Gryffondor. Elle avait l'impression qu'il l'évitait. Néanmoins, cette fois-ci, Mérida pouvait clairement voir, malgré la distance, qu'il avait une émotion indéchiffrable entre la panique et la joie. Elle parcourut les gradins des autres maisons, mais n'arriva pas à trouver ni Jack, ni Raiponce, ni Harold. Les gens qui n'étaient pas des demis-géants étaient trop petits vus du sol et elle avait l'impression que sa vision se floutait plus le moment fatidique approchait.

Elle chercha du regard les autres participants. Ceux-ci arrivaient des quatre coins du stade, tous de leurs vestiaires respectifs. En face, Peter Hornby était impressionnant à voir. Un vrai colosse de septième année qui devait avoir fini sa croissance. Il ne ressemblait en rien à Olive qui, bien qu'elle eut de larges épaules, était mince et avait un visage long, des cheveux blonds et des yeux gris. Peter était brun, avait les yeux de la même couleur et avait un visage ovale bien que beaucoup moins long. Millicent Bagnold, elle aussi en septième année, ne souriait pas, mais semblait analyser tout ce qui se passait autour d'elle à une vitesse fulgurante. Ses yeux étaient en constant mouvement et semblaient noter le maximum d'informations de l'arène. Ses lèvres bougeaient comme si elle se remémorait les sorts qu'elle connaissait et savait utiliser sur une épreuve qu'elle avait déjà comprise. À sa gauche, Tom Jedusor marchait avec un petit sourire aux lèvres. En le voyant arriver, les Serpentards s'étaient mis à frapper sur des tambours en scandant son nom. L'union de l'ensemble des voix des serpents semblait avoir enterré les acclamations disparates des autres maisons. Il en ressortait un bruit assourdissant et parfaitement entrainé. Comme si, justement, ils s'étaient entrainés à faire cela. Mérida pensa à des matchs de rugby auxquels elle avait assisté avec son père lorsqu'ils allaient en Écosse avant la guerre. Parfois, des équipes utilisaient des cris tellement forts et unis que cela réussissait à impressionner, décontenancer leur adversaire. Même consciente de ce phénomène, Mérida n'y échappait pas, elle était impressionnée et sa peur gronda dans son ventre. Ses trois adversaires étaient imperturbables et sûrs d'eux-mêmes. Et elle… Que faisait-elle là ?

Elle put enfin détacher son regard des participants et tenter de faire comme Millicent. Observer ce qui se passait dans l'arène. Sous le choc, Mérida recula d'un pas. Un dragon. Il y avait un énorme dragon, deux fois, non cinq fois plus gros que Krokmou au centre de l'arène. Le dragon, ou plutôt le Noir des Hébrides, comme Harold lui avait appris à reconnaitre, crachait du feu sur quiconque s'approchant un peu trop près de lui. Il semblait passablement énervé d'être là. Heureusement, il était dans une énorme cage au centre de l'arène. Mérida se demandait si c'était pour faire une décoration ou s'ils devraient réellement affronter un dragon sauvage. Elle se retourna vers les gradins des Poufsouffles, cherchant Harold du regard. Mais il était toujours impossible à trouver. C'était lui l'expert des dragons ! C'était lui qui avait réussi le miracle d'apprivoiser une Furie Nocturne. Lui qui lui avait tout appris sur les dragons.

Elle eut l'impression de sentir le regard du Poufsouffle sur elle. Il devait s'être rendu compte qu'elle tentait de le trouver parmi les gens de sa maison. Bon sang. Mais elle en connaissait des choses sur les dragons! Cela faisait depuis quatre ans que Harold leur cassait pratiquement les oreilles avec ses protégés tous les jours. Et Krokmou, Mérida était même déjà montée sur son dos. D'accord, un dragon c'était impressionnant, mais elle arriverait à faire quelque chose, elle.

Elle se tourna vers ses adversaires. Tous les trois semblaient en pleine réflexion et regardaient haut dans les airs. Mérida suivit leur regard et vit une tour en pierre, à peine inclinée. En haut de la tour, il y avait quatre drapeaux blancs. D'où elle était, elle aurait pu croire qu'il s'agissait de parchemin. Elle fronça les sourcils, devinant à son tour en quoi consisterait l'épreuve. Elle devrait grimper jusqu'en haut le plus rapidement possible. Elle savait très bien escalader. Cet été elle était parvenue à gravir la montagne de feu et cette tour ne semblait pas du tout plus complexe que n'importe quelle montagne. Par contre, il s'agissait probablement d'une course contre la montre et elle n'avait pas la moindre idée de comment monter là-haut plus rapidement que les autres qui eux connaissaient certainement des sorts pour les aider et qui pourraient surement l'immobiliser en un tour de main. Mérida déglutit, serra sa baguette avec force dans sa main. Elle chercha dans sa poche avec son autre main le dragon en bois d'Harold. C'était bien ironique et Mérida espérait que ça lui porterait bonheur.

« Bonjour à tous et à toutes. Je suis fier d'ouvrir le premier tournoi des quatre maisons ! » s'exclama Dippet d'une voix sérieuse au centre.

Un tonnerre d'applaudissements eut lieu étourdissant Mérida qui tentait tant bien que mal de se rappeler ce que Harold lui avait dit sur les Noirs des Hébrides ou les dragons en général. Seule la faiblesse de leurs yeux lui revenait en tête, mais elle savait qu'il y avait d'autres faiblesses, comme qu'ils tombaient endormis lorsqu'on les grattait dans le cou ou quelque chose du genre.

« Donc c'est bien compris ? Vous devez atteindre le haut de la tour. »

Mérida retourna à la réalité. Elle devait quoi ? Atteindre le haut de la tour ? Elle chercha la tour du regard, oui, oui, c'était surement faisable et le dragon ? Est-ce que Dippet avait dit quelque chose à son propos ? Merde, merde ! Elle n'écoutait jamais rien ! Quelle idiote ! Elle se retourna vers ses adversaires espérant dénicher quelque chose dans leur regard. Jedusor fixait le haut de la tour particulièrement concentré. Millicent fixait le dragon et Peter la fixait, elle, avant de détourner son regard vers les autres participants. Mérida avait néanmoins très bien compris son regard. Il ne la prenait pas pour une menace. Peu importe ce qu'avait dit Dippet, elle savait que les autres participants l'avaient éliminée d'office.

Dans les dernières semaines, Raiponce avait fait beaucoup de recherches sur les gens qu'elle affronterait. Selon son amie, il valait mieux savoir à qui l'on avait à faire. Elle avait découvert plusieurs choses intéressantes. Outre les potins qui leur avait révélé que Peter et sa petite amie, qui était à Serdaigle, avaient fait des trucs totalement indécents dans une salle d'entreposage près de la bibliothèque, que Millicent avait été vue en train de tenir la main à une sixième année de sa maison (Mérida avait trouvé ça particulièrement étrange, mais étant donné que ça n'avait semblé faire ni chaud ni froid à Harold, Raiponce et Jack, elle en avait déduit que les sorciers étaient très différents des moldus) et que Tom… ben Tom était toujours aussi discret, elles avaient appris des choses très intéressantes sur les forces et faiblesses (surtout les forces) de ses adversaires. Et ça n'avait pas du tout rassuré Mérida.

Peter et Millicent faisaient partie des élèves les plus forts en défense contre les forces du mal de leur année. Ils s'étaient déjà affrontés en cours et des élèves de Gryffondors disaient que même Madame Têtenjoy en avait perdu ses lunettes tellement le combat avait été intense. Si Millicent pouvait avoir l'air d'un rat de bibliothèque, elle était particulièrement puissante et surtout très intelligente. En un coup d'œil, elle réussissait à trouver le point faible de son adversaire et l'utilisait à son avantage. Elle connaissait énormément de sortilèges différents aux contre-sorts nébuleux. Elle avait déjà fait passer plusieurs heures à Rosier, un Serpentard de son année, à l'infirmerie lorsqu'il s'était moqué d'une née moldue dans sa maison. Du moins, c'est ce que les rumeurs racontaient.

Peter, lui, utilisait sensiblement toujours les mêmes sortilèges. Stupéfix devait sans doute être son préféré pour l'attaque et l'expelliarmus pour la défense. Ce qui faisait sa force était surtout sa force physique, son agilité. C'est ce qui avait donné du fil à retorde à Millicent. Il semblait voir venir les coups et les évitait avec brio malgré sa corpulence tout en muscles.

Tom Jedusor, de son côté, était un peu plus discret. On ne l'avait que rarement vu se battre, mais ça ne signifiait pas qu'il n'était pas talentueux. En fait, on ne le voyait pas se battre, car la plupart des élèves avaient peur de lui, peur de sa puissance malgré son si jeune âge. Selon Algie Londubat et Enid Macmillan, des cinquièmes années à Gryffondor, il connaissait toute la matière avant même que les enseignantes et les enseignants l'aient enseigné et il posait des questions tellement poussées que ce n'était même pas de la matière vue à Poudlard, et ce depuis la première année. Les professeurs étaient toujours émerveillés par tout ce qu'il faisait et si au début certains élèves avaient pu être jaloux, ils avaient fini par être épatés puis habitués. Tom était le meilleur en tout, si bien que personne ne se mesurait plus à lui. Plusieurs élèves lui vouaient même une certaine vénération, particulièrement chez les Serpentards.

Au final, ce que lui avait rapporté Raiponce ne rassurait en rien Mérida. En fait, elle se demandait même si en cet instant elle aurait préféré ne pas le savoir.

« Donc, tous les participants, venez vous placer sur cette ligne, juste ici. Lorsque la trompette jouera, vous pourrez y aller », dit Dippet.

Mérida suivit les instructions et se mit le plus loin possible des participants. Elle ferma les yeux, n'écoutant que sa propre respiration. Elle s'efforçait de la calmer comme elle avait vu sa mère le faire avec son frère Harris. Harris souffrait depuis qu'il était bébé d'asthme. C'était une maladie peu commune où il n'y avait pas grand-chose à faire. Le médecin leur avait expliqué que parfois ses bronches n'arrivaient plus à travailler comme il faut et à prendre l'oxygène nécessaire pour qu'il puisse respirer. Lorsque ça arrivait, les gens qui faisaient de l'asthme avaient tendance à paniquer. Dans ce temps-là, il fallait l'aider à se calmer. La mère de Mérida s'assoyait donc en face d'Harris, déposait ses mains sur son cœur et respirait doucement avec lui. Il devait calquer sa respiration à la sienne. Jusqu'à maintenant, ça avait toujours fonctionné. Mérida essayait de se souvenir de cette respiration. Elle se rendait d'ailleurs compte qu'elle n'avait pas vraiment expliqué à ses parents qu'elle participait à ce genre de tournoi. Ils étaient des moldus, ils ne comprendraient pas. Mais elle se disait qu'elle aurait peut-être quand même dû envoyer l'article qui avait été publié sur elle dans la Gazette entre deux articles de Grindelwalt et sa progression dans l'est de l'Europe. Ils ne s'étaient pas beaucoup reparlés depuis son anniversaire. Ses parents étaient très occupés avec la gestion des îles d'Highlands et son implication dans la guerre maintenant qu'il y avait de plus en plus de risque d'attaque. Deux guerres en même temps… Mérida se demandait si elles étaient en fait tout simplement liées.

Une fois sa respiration calmée, la Gryffondor ouvrit les yeux. Ici, elle n'était pas à la guerre. Elle était en sécurité. Certes, elle devait affronter un dragon, mais jamais les professeurs ne les mettraient délibérément en danger, non ?

Au loin, la trompette joua. Mérida s'élança vers la tour. Son cœur battait fortement dans sa poitrine et ses sens étaient en alertes. Elle avait l'impression d'avoir des réflexes particulièrement aiguisés à ce moment-là. Du coin de l'œil, elle aperçut quelque chose venir vers elle. Elle s'élança vers l'avant et roula. Elle venait d'éviter de peu de se faire carboniser. Bon sang. Elle roula sur le côté et entendit la voix de Peter crier :

« Pousse-toi DunBrush ! »

Elle ne se le fit pas dire deux fois, Millicent pointa la créature et ligota son museau d'un coup de baguette. Le Noir des Hébrides eut l'air complètement furax, il se cambra dans les airs, mais le plafond de la cage était trop bas et se cogna la tête. Le dragon était en colère et paniqué et Mérida le regarda se débattre en ayant l'impression de ressentir elle-même le désespoir de la créature. Elle ne put s'empêcher d'avoir l'image de Krokmou dans la même situation, c'était tellement terrible et elle comprenait le sentiment d'Harold.

Le dragon sembla l'apercevoir à ce moment-là et passa une patte entre les barreaux de la cage. Mérida eut juste le temps de protéger son visage de ses bras et sentit sa chemise déchirer au niveau de son avant-bras. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, la peur la gagna. Si elle avait été à un pied plus près, elle aurait fini en lambeaux, déchiquetés. Elle se retourna vers ses adversaires qui l'avaient nettement devancé maintenant. Tom était déjà à mi-parcours. Il semblait modifier la montagne sous ses pieds pour qu'elle le fasse monter. En bas, Peter et Millicent se battaient avec des centaines roches… Non, ce n'était pas des roches. Mérida n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'agissait, mais ça crachait du feu !

La rousse hésita, le dragon avait cessé d'essayer de l'attaquer et se concentrait à tenter de retirer les chaines de son museau. Tom était déjà presque rendu en haut. Comment avait-il fait pour éviter les roches enflammées ? Et comment ferait-elle pour le rattraper, atteindre le haut avant lui ?

Mérida se tourna vers le dragon. C'était une terrible mauvaise idée. Mais elle venait de se souvenir qu'une autre chose que certains dragons détestaient était les bruits forts et aigus. Ce n'étaient pas le cas à toutes les races, mais elle espérait que ce soit le cas à celui-là. Elle pointa la trompette qui leur avait permis de commencer l'épreuve dans l'estrade des enseignants et des enseignantes.

« Accio trompette ! »

La jeune fille ne voyait pas la tête de l'enseignant ou même de l'étudiant, mais elle se doutait qu'elle serait totalement surprise en voyant disparaitre l'instrument de ses mains. Elle saisit l'objet et souffla dedans. Aucun son ne vint. Merde ! Comment cet instrument fonctionnait ? Elle devait l'enchanter là, tout de suite. Tom était presque en haut et Peter avait commencé à grimper, alors que Millicent se battait toujours. Comment ferait-elle pour faire jouer la trompette ? Les sorts c'était toujours en latin non et… Les cours de latin de sa mère ! Jouer, jouer, c'était… ludere.

« Ludere ! Ludere ! LUDERE ! »

La trompette se mit à jouer, mais pas assez fort à son goût :

« SONORUS ! »

Aussitôt, la musique explosa dans ses tympans. Le dragon cessa de se débattre avec les chaines et hurla de douleur. Les chaines explosèrent dans un énorme fracas. Mérida eut le temps d'apercevoir que Peter avait glissé sur le flanc de montagne, surpris par le bruit. Elle devait agir vite, surtout que le bruit la rendait toute aussi sourde. Elle courut vers le côté de la cage et tenta de soulever l'énorme bâton en métal qui maintenait la cage fermée. N'arrivant à rien, elle le pointa de sa baguette :

« Wingardium Leviosa! »

La porte de la cage était dégagée. Elle ouvrit doucement la porte en faisant face au plus gros dragon qu'elle avait vu de sa vie. Elle repassait en mémoire les gestes d'Harold. Elle sentait des centaines de regards rivés sur elle. Le dragon ne s'était toujours pas rendu compte de sa présence, il continuait de secouer sa tête dans tous les sens et le temps filait. Elle prit une grande respiration et cria :

« J'arrêterai la trompette si tu m'écoutes ! »

Le dragon cessa de hurler à la mort et se retourna vers elle. Mérida s'imaginait bien qu'il n'avait rien compris, mais il la voyait et semblait passablement surpris. Il prit son souffle pour la carboniser, mais Mérida se poussa juste à temps. Elle pointa la trompette qu'elle avait laissé tomber sur le sol dans son élan :

« Accio ! Fortior ! »

La trompette explosa de plus belle, elle eut elle-même l'impression que ses tympans allaient exploser, elle avait les larmes aux yeux. Le dragon sembla l'oublier un instant et hurla. Mérida profita de l'instant de panique pour grimper sur le dos du dragon, la trompette dans une main et sa baguette dans sa bouche. Elle s'accrocha à une épine dorsale, prit sa baguette et pointa les portes de la cage qui n'étaient pas complètement fermées :

« Expulso ! »

Les portes claquèrent et dans leur élan menacèrent de se refermer, mais le dragon ne les laisserait certainement pas faire. Visiblement, il voyait sa liberté droit devant lui. Il mit une patte devant lui pour ouvrir la cage, il observa autour de lui méfiant. Mérida fit léviter la trompette derrière l'animal et augmenta encore le son de l'instrument. Le dragon ne se fit pas prier deux fois et s'élança en dehors de la cage.

« Mon Dieu seigneur, faites que je reste en vie ! » supplia Mérida en se sentant perdre l'équilibre alors qu'elle devait à la fois s'accrocher et contrôle une trompette volante.

« La tour ! La tour et j'arrête la trompette ! » s'écria la lionne dans un espoir fou.

Mérida ignorait s'il l'avait vraiment écouté, s'il voulait tenter de manger Tom, qui lui, venait d'atteindre le haut ou si c'était un simple hasard, mais la créature s'y dirigea. En deux coups d'aile ils y étaient déjà et Mérida, dans un espoir fou se laissa glisser en bas du dragon et atterrit juste devant Tom. Elle perdit l'équilibre avant de carrément lui tomber dessus. Il la repoussa et Mérida eut juste le temps de voir son regard particulièrement en colère qui lui donna des frissons dans le dos avant qu'il ne se change pour un mélange de surprise et de peur. Elle eut juste le temps de se retourner avant de voir qu'une boule de feu venait dans leur direction :

« Aguamenti ! » hurla-t-elle en désespoir de cause.

L'eau vint à peine refroidir les flammes et Mérida se sentit carboniser. Elle hurla et tout fut noir.