Le Pacte de Sang
Snape regardait Drago sans répondre, abruti par la douleur et par la seule solution qui se présentait à eux. Son filleul, lui, attendait une réponse qui ne venait pas et l'angoisse s'emparait peu à peu de lui. C'est alors qu'Ella les surpris tous deux en répondant à la question de Drago à la place de Snape.
-Le Pacte de Sang est un Serment Éternel qui lie deux êtres. Il consiste en un échange partiel de magie et de personnalité entre un mourant et un vivant. Il ne peut marcher que si un lien fort et authentique lié déjà les deux personnes. Le danger réside dans toutes ces conditions. Si le lein n'est pas assez fort, il entraîne non seulement la mort du mourant mais également celle de celui qui a voulu le sauver. L'échange de magies est également dangereux en lui-même car il modifie profondément les deux sorciers désormais liés. Quand à l'échange partiel de personnalité, certains en sont devenus schizophrènes. Il faut savoir qu'à partir du moment où le Pacte est scellé, la vie des deux sorciers est irrémédiablement liée à tel point que la mort de l'un entraînera inévitablement celle de l'autre. Je précise enfin que seul un sorcier puissant peut utiliser ce moyen pour sauver quelqu'un de la mort. La puissance d'énergie demandée est souvent beaucoup trop grande pour ceux qui veulent l'utiliser.
Drago regardait son épouse avec étonnement mais ce fut Snape qui posa la question qui lui brûlait les lèvres.
-Comment savez-vous cela, Madame ?
-Dans les dernières années de la guerre, Beaubâtons s'était spécialisé dans les contre-maléfices et le Pacte de Sang en faisait partie.
-Parrain. C'est à toi de le faire.
Snape blêmit encore plus si c'était possible.
-Non. Drago. Je ne peux pas. Je n'ai pas le droit de lier sa vie à la mienne de cette façon !
Drago bondit vers lui et l'empoigna par le col.
-Arrête ! Arrête immédiatement ! Tu n'as pas le droit de la laisser ! Tu n'as pas le droit de te morfondre sur toi-même alors qu'elle est là, qu'elle souffre et qu'elle a besoin de toi ! Non tu ne la sacrifie pas, tu lui sauves la vie !
L'homme se dégagea d'un coup d'épaule et sa voix glaciale s'éleva alors.
-Tu sais que nous pouvons demander à quelqu'un d'autre qui tiendra plus à elle. Tu sais que je ne suis pas fait pour ça. Je refuse de lui imposer une part de moi, de mon esprit, de ma magie. Je refuse de la pourrir par mon passé et mes remords. Elle mérite mieux. Bien mieux.
-Tu te ments et tu le sais. Tu ne veux pas te lier, c'est tout. Tu as peur de ce que cela implique. Tu as peur de te dévoiler à ses yeux. Tu as peur, enfin, de révéler ton existence à ceux qui en veulent encore à ta vie. Mais dis-moi, vers qui d'autre pourrait-elle se tourner ? Vers moi ? Je ne suis pas assez puissant. Vers son "ami" Ron ? La dernière fois qu'il l'a vue, elle l'a giflé parce qu'il lui avait demandé à mon sujet si elle comptait reconstituer une armée de mangemorts. Vers Harry ? Peut être... Mais je ne suis pas sûr du tout qu'ils soient compatibles sachant qu'il est extrêmement proche de Ginny Weasley. Elle n'est pas celle qui compte le plus pour lui. Alors qui ?
Snape soutint son regard de longues minutes sans sourciller avant de le détourner dans un soupir. Il était presque soulagé que son filleul lui force en quelque sorte la main, ainsi il pouvait arguer ne pas être totalement pour. Bien sûr qu'il avait immédiatement pensé à conclure ce Pacte mais il rechignait, et le mot était faible, à imposer son passé à la jeune femme. Il soupira encore avant de se tourner vers le lit où Hermione gisait telle une poupée désarticulée agitée parfois de brusque soubresauts. Non, il n'avait pas le droit de la laisser comme ça.
-Ella, restez ici. Drago vient avec moi.
Il tourna les talons pour sortir de l'appartement. Il vérifia avant de s'engager dans le couloir que celui-ci était vide puis il se hâta vers ses anciens appartements. Là, il mit une bonne minute à lever tous les sorts qui empêchaient une quelconque intrusion et entra. Sans s'arrêter, il traversa l'endroit rapidement et parvint à une petite porte également protégée derrière laquelle se trouvait son laboratoire personnel.
-Que fais-tu ?
-J'ai peut-être une idée pour la faire patienter le temps que je prépare ce qui est nécessaire à la conclusion du Pacte. Un potion de mon cru: la Petite Mort. Elle donne tous les aspects de la mort durant quelques heures. Je l'avais créé à la joyeuse époque où je devais faire des allers ert retours entre mes deux charmants maîtres... Simuler la mort est malheureusement souvent un bon moyen de l'éviter.
Ils entrèrent et Snape se dirigea sans hésiter vers une étagère ou il se saisit d'ube petite fiole.
-Avant tout, je vais tenter de la contacter pour lui dire ce que nous allons faire. C'est la moindre des choses. Viens. Ne perdons pas de temps.
Ils retournèrent rapidement à la chambre d'Hermione et Snape posa le flacon sur la table de chevet avant de s'asseoir aux côtés de la jeune femme.
Là, il posa presque tendrement deux doigts sur sa tempe et sa voix grave résonna dans le silence.
-Legilimens !
Elle endurait mille morts. Elle ne voulait qu'une chose: mourir. Mourir pour s'échapper, mourir pour faire cesser ce calvaire. Elle revivait pour la millième fois les Doloris de Bellatrix ainsi que la douleur et l'humiliation de ce mot honni gravé à jamais dans sa chair. La scène se brouillait et elle se retrouvait dans la bataille finale, endurant chaque blessure, chaque mort. Elle errait dans une brume de douleur et lorsqu'elle courrait pour échapper à un souvenir, un autre pire que le précédent l'enveloppait de ses griffes.
Et puis soudain le calme. Une douce torpeur s'empara d'elle, comme si quelqu'un éloignait temporairement ses cauchemars. L'esprit embrumé par la douleur, elle ne reconnut pas tout de suite celui qui s'approchait d'elle, apportant un peu de paix avec lui. Ce n'est que lorsqu'il l'enveloppa de son esprit qu'elle reconnut cette force, cette assurance et cette intelligence avec laquelle elle avait si souvent échangé ces dernières semaines.
-Miss Granger. C'est moi.
-Professeur... J'ai mal...
-Je sais. Drago est avec moi. On va te sortir de là. Écoute moi. Me fais-tu confiance, aveuglément ?
Sa voix était douce et caressante, elle la berçait doucement, repoussait loin d'elle ses douleurs, son martyr. Elle se laissa bercer par cette voix grave et s'y blottit. Oui, elle lui faisait confiance. Le tutoiement qu'il avait employé la rassurait, et, un court instant, elle en oublia son calvaire.
-Oui. Je te fais confiance.
-Bien. Tu as été touchée par une malédiction qui d'ici quelques jours, si nous ne faisons rien, aura fait de toi un Inferi. Mais nous avons peut-être une solution, à condition que tu l'accepte.
-Dis-moi. Rien ne peut être pire que ce que je suis en train de vivre.
-Tu as sûrement déjà entendu parler du Pacte du Sang ?
-Bien sûr. Tu oublies que j'ai dû déjà lire trois fois l'ensemble de la bibliothèque de Poudlard...
Il sourit à sa tentative d'humour mais reprit bien vite.
-Tu sais donc ce que ce Pacte inclut entre le mourant et celui qui tente de le sauver.
-Oui. J'accepte le Pacte... Mais je te demande expressément que ce soit toi...
Il ne put réprimer un mouvement de surprise.
-Moi ? Tu veux être liée à moi ? Prendre une partie de ma personnalité, de ma magie et me donner une partie de la tienne ? Que nos vies soient liées ? Que la mort de l'un de nous entraîne celle de l'autre ? C'est vraiment cela que tu veux ?
-Oui... Oui... Oui pour tout. Je te fais confiance... Je sais que tu as la puissance pour le faire et je te crois assez attaché à moi pour réussir. Mais par pitié, fais vite. Je n'en peux plus... Et je ne tiendrai plus longtemps...
-Je vais faire au plus vite mais le processus demande un peu de préparation. Je vais te faire boire une Potion de Petite Mort. Elle te permettra d'échapper momentanément à ton cauchemar le temps pour moi de me préparer au Pacte.
-Ne me laisse pas seule, je t'en prie...
-Je ne t'abandonnerai pas. Tout comme tu ne m'as pas abandonné dans la Cabane Hurlante. Je te le jure.
-Par pitié... Fais vite...
-Je reviens le plus vite possible.
Son étreinte se desserra autour d'elle et les images et sensations reprirent plus violentes que jamais, comme si elle voulaient se venger de ce court moment de paix qu'elle leur avait volé. Puis peu à peu, les émotions refluèrent, la laissant seule dans un espace immense. Elles étaient toujours là mais comme tamisées, impuissantes à l'atteindre. Elle comprit alors que son ami veillait sur elle. Il lui avait fait boire la Potion promise.
Snape se redressa lentement après que la jeune femme ait avalé la gorgée de potion et soupira en voyant son corps torturé se relâcher peu à peu. Il se tourna alors vers le couple Malefoy qui le regardait, attendant qu'il accepte de leur parler.
-Elle est d'accord. Et elle a demandé que je m'en charge. Je ne comprends toujours pas pourquoi, marmonna-t-il.
Drago décidé d'intervenir avant qu'il ne retombe dans sa culpabilité maladive.
-Peu importe. Que te faut-il?
-La potion du Pacte. Je dois m'y mettre, il y a bien longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de la faire. Tu veux venir avec moi? Je vais avoir besoin d'un assistant, se justifia-t-il. Ella, voulez vous s'il vous plaît rester avec Miss Granger?
-Ne vous inquiétez pas. Allez-y.
Les deux hommes reprirent le chemin du laboratoire en silence. Là, Snape ôta sa cape et sa redingote pour se mettre à l'aise et remonta les manches de sa chemise blanche jusqu'au dessus des coudes.
-Il va nous falloir du doigté et de la précision Drago. Nous ne pouvons nous permettre le luxe de rater cette potion.
-A quel moment va-t-elle intervenir, au juste?
Son parrain leva les yeux vers lui et haussa un sourcil interrogateur.
-Vous me décevez Mr Malefoy... Enfin, passons. Cette potion doit être bue au préalable par le mourant et le sorcier qui veut le sauver. Elle permet d'exacerber la magie qui est en eux et de la rendre diffuse. A partir de là, et pendant une heure, les magies peuvent être échangées car elles vont se reconnaître comme compatibles. Une seule erreur dans cette potion et non seulement l'échange de magie ne peut se faire mais il en sera même mortel pour les deux sorciers. Voilà pourquoi, Drago, nous n'avons pas. droit. à. l'erreur. martela-t-il de sa voix glacée.
Le jeune homme ne put que hocher la tête, bouleversé par l'émotion et la détermination qu'il avait entraperçu dans les orbes noires de son mentor. Ils se mirent au travail, en silence, Snape évoluant dans son milieu avec une facilité déconcertante. Il semblait ne faire plus qu'un avec sa préparation tandis que son assistant lui découpait et passait les ingrédients au fur et à mesure. Inconsciemment, Drago le regardait faire, hypnotisé par la grâce et la fluidité de ses geste. Il se prit à penser que c'était un spectacle qu'Hermione aurait adoré voir et une idée follement audacieuse germa en lui. Un fin sourire étira ses lèvres alors qu'il posait son regard sur le sorcier face à lui. A partir de cet instant, il ne le lâcha plus des yeux, enregistrant soigneusement chacun de ses gestes, le regardant évoluer dans le laboratoire d'une démarche souple et aérienne. Hermione aurait là un beau souvenir à se repasser durant sa convalescence...
Trois heures plus tard, Snape mit la potion sous stase et se tourna vers Drago, épuisé.
-Nous devons attendre demain soir. Ce sera tout pour le moment.
Ils rangèrent et nettoyèrent le laboratoire à l'aide de quelques sorts et rejoignirent Ella qui veillait une Hermione désormais trop pâle.
-Ella, Drago, nous ne pourrons pas cacher très longtemps l'état de Miss Granger. Minerva ne sera pas dupe et nous devons arriver à coincer Magnus qui, je suis sûr, est derrière roru ça. Je vais devoir jouer mon joker beaucoup trop tôt à mon goût mais tant pis. Drago, va chercher Minerva et Pomfresh, en leur expliquant au mieux la situation. Ne fais pas mention de ma présence, je m'en chargerai.
-Tout de suite.
Le jeune homme s'éclipsa un moment et revint quelques instants plus tard avec la directrice et la medicomage, toutes deux assez bouleversées. La situation n'aurait pas été si critique, Snape aurait vraiment pu apprécier le regard ahuri que les deux femmes lui portèrent en entrant dans le salon.
-S... Snape !
Un mince rictus étira ses lèvres.
-Eh oui, Minerva. Je suis vivant contre toute attente et, croyez le, bien malgré moi. Et si j'ai le déplaisir de réapparaître devant vous aujourd'hui c'est grâce à Miss Granger qui est en ce moment même en train de mourir. Drago vous a-t-il exposé les faits ?
-Oui Severus mais...
Il agita la main d'un air agacé.
-Nous n'avons pas le temps, Minerva ! Drago et moi avons préparé une potion du Pacte de Sang et j'ai besoin de la présence de Poppy pour l'opération. Je doute qu'elle puisse faire grand chose en cas d'échec mais je veux mettre toutes nos chances de notre côté. Minerva ! Dit-il d'une voix claquante, nous avons tout lieu de penser que Magnus est à l'origine de ce maléfice. Laissez donc courir le bruit que vous êtes désemparée face à ce qui frappe Miss Granger. Il faut endormir sa méfiance. Nous verrons comment agir une fois qu'elle sera sortie d'affaire.
Minerva acquiesça.
-Comptez sur moi.
Elle s'en retourna tandis que Poppy examinait le corps sans vie d'Hermione, le visage de plus en plus pâle.
-Severus... Le pouls...!
-Pas d'inquiétude, Poppy. Je lui ai donné une potion de mon invention pour qu'elle ne souffre plus. Elle a l'apparence de la mort mais est encore bien en vie. En revanche, j'aurai besoin de vous demain soir pour l'opération. Veillez à être présente, je vous prie. Nous n'aurons pas beaucoup de temps.
La vieille femme hocha la tête et repartit vers l'infirmerie. Snape regarda tour à tour Drago et Ella, épuisés par la tension et par la nuit de veille.
-Vous pouvez partir maintenant. Allez vous reposer.
-Mais, parrain...? Et Hermione ?
La voix de Snape claqua.
-Laissez, vous dis-je !
Drago prit doucement la main de son épouse et la guida gentiment vers la sortie. Il entendit cependant nettement le murmure s'échapper des lèvres de l'ancien professeur alors que la porte se referait sur eux.
-Je veille sur elle...
Il repartit alors le cœur léger. Elle était entre de bonnes mains.
