13 décembre

Fandom : La vraie vie / La vie passionnée de Vincent van Gogh / La passion van Gogh

Personnages : Vincent et Théo van Gogh

Frères


Théo n'aimait pas savoir que son frère avait faim, froid et du vague à l'âme à cause de la solitude qui lui étreignait le coeur de plus en plus souvent. Il avait fini par venir le voir, dans le village où il habitait, malgré le long voyage en train, son travail qui prenait de plus en plus de retard à Paris, et sa fiancée Johanna -mais elle, ce n'était pas vraiment un problème, elle savait à quel point il aimait son frère et elle l'avait encouragé à y aller.

Comme quand il avait rendu visite à Vincent dans la pauvre ville minière où il officiait comme pasteur, quelques années plus tôt, Théo découvrit son frère recroquevillé sur lui-même à cause du froid qui régnait dans la masure. Il n'y avait pas de bois dans la cheminée, et le marchand d'art eut beau sonder les alentours obscurs du regard, il n'en trouva nul trace dans les coins poussiéreux de la pièce.

"Vincent, dit-il doucement en se penchant sur son frère pour le secouer doucement par l'épaule. Vincent, réveille-toi.

-Hein ? Théo ? marmonna le peintre en sursautant, dérouté par ce réveil inattendu.

-La porte était ouverte, alors je suis rentré, lui expliqua son cadet. J'espère que ça ne te dérange pas.

-Non, bien au contraire."

En poussant un soupir fatigué, Vincent tâtonna autour de lui et finit par s'assoir sur ses draps défraîchis. Il avait la mine un peu pâle, le regard un peu sombre, mais il sourit franchement à son frère.

"Théo, ça me fait vraiment plaisir de te voir, dit-il en lui prenant les mains.

-Oui, moi aussi, Vincent, sourit son cadet en lui rendant l'étreinte. Mais dis-moi, tu es tout froid. On ne peut pas te laisser comme ça, il faut que nous sortions chercher du bois pour te réchauffer.

-Non, Théo, laisse, je t'assure que ce n'est pas la peine, affirma le peintre en se levant de sa paillasse. J'ai l'habitude, maintenant, et puis il ne fait pas si froid.

-Vincent, tu sais très bien que c'est faux. Je ne peux pas te laisser dans cet état, alors mets ton pardessus et viens avec moi ! Ça ne prendra pas longtemps et nous serons mieux pour discuter."

L'idée d'aller se promener dans la neige avec son frère, comme ils le faisaient étant petits, sembla donner un peu de baume au coeur à l'artiste esseulé. Il ne protesta plus et revêtit son manteau défraîchi avant d'emboîter le pas à son cadet, qui l'entraina rapidement jusqu'à une petite butte qui surplombait le village.

"Oh, soupira le peintre en suivant Théo dans la montée, je n'avais jamais pensé à observer le paysage depuis cet endroit à cette heure de la journée.

-Eh bien, tu vas en avoir l'occasion, rétorqua Théo en le prenant par le poignet pour l'aider à grimper. Allez, plus vite. Ton pardessus est tellement défraîchi, je ne veux pas que tu attrapes froid. Tu devrais acheter des vêtements avec l'argent que je t'envoie, parfois, tu sais.

-Tout ce dont j'ai besoin, c'est de peindre, Théo. C'est mon seul et unique but dans la vie.

-Et tu ne peindras rien du tout si jamais tu tombes malade."

Les deux frères parvinrent au sommet de la butte et Vincent s'avança tout au bout, non pas vers les arbres argentés que son cadet avait repérés pour ramasser du bois de chauffage, mais pour avoir une meilleure vue sur la vallée.

"C'est vraiment magnifique, Théo ! s'exclama-t-il. Tu as vu comme la neige scintille ? Et ces oiseaux qui sautillent dessus à la recherche de nourriture... Et la lumière de journée qui décline !

-Je suis heureux que tu apprécies la vue, répondit son frère en riant."

Il laissa Vincent à sa contemplation et prit, lui, la direction des arbres pour ramasser quelques branchages. Ce n'était pas l'occupation la plus passionnante qui soit, mais il se sentait bien. Il se sentait heureux. Ça le changeait de la foule, du vacarme, des réunions mondaines, des montagnes de papiers à consulter. Et il était avec son frère. Ça faisait si longtemps qu'il n'avait pas pris du temps avec Vincent.

"Théo, il faut que tu viennes voir ça ! l'appela bientôt ce dernier depuis la souche d'arbre affleurant de dessous la neige, et sur laquelle il s'était juché avec son carnet de croquis. L'effet de la lumière sur les maisons est vraiment magnifique.

-Oui, c'est un très beau dessin, acquiesça le marchand d'art après avoir observé les griffonnages de son aîné. Mais tu ne veux pas venir m'aider ? Nous ne serons pas trop de deux pour te ramasser assez de branches pour ce soir et demain matin.

-Non, attends, reste là une seconde, Théo... Essaie, toi aussi.

-Hein ? Mais qu'est-ce que tu me chantes là ?

-Prends un fusain et essaie ! Dessine ce que tu vois, n'importe quoi qui attire ton oeil !

-Mais... Vincent ! Enfin, tu sais très bien que je suis incapable de dessiner !"

Sans faire cas des protestations de son frère, Vincent le tira par le bras et Théo ne put que prendre maladroitement place sur la souche à côté de lui, laissant tomber au sol une partie de son chargement.

"Voilà, prends le fusain et essaie, l'encouragea son frère. Ce n'est pas difficile. Regarde simplement ce que te plaît le plus et couche-le sur le papier.

-Mais, Vincent...

-Allez, Théo, tu me ferais bien plaisir !"

Le marchand d'art soupira et s'exécuta. Non, il n'était vraiment pas habile en matière de dessin, mais son frère était si enthousiaste, ça devenait rapidement contagieux. D'une main précautionneuse, il s'appliqua à faire comme Vincent le lui conseillait, mais ça n'avait rien de très glorieux. De temps en temps, son aîné lui prenait le poignet pour guider son trait de manière plus franche ou corriger un défaut qui le bloquait dans sa progression.

"Tu vois, ce n'est pas bien compliqué, s'enthousiasma le peintre."

Théo fit la moue.

"Oui, enfin, tu vois bien que ce n'est pas très réussi, répliqua-t-il en riant.

-Mais tu t'améliores, Théo ! Tu t'améliores de traits en traits, je le sens ! Allez, continue."

Au final, les deux frères restèrent plus de temps que prévu sur la colline. Ils eurent l'occasion d'observer toutes les nuances que prenait la neige dans la lumière du soleil qui s'éteignait et du ciel qui changeait de couleur. Ça faisait très longtemps qu'ils n'avaient pas été ainsi. Mais c'était comme quand ils étaient enfants. Doux et calme.