DISCLAIMER : Cette fiction est une traduction de A Shot in the Dark par Silver_pup disponible en anglais sur ffn et sur ao3

Cette traduction est aussi disponible sur AO3.

Je ne possède ni cette histoire ni l'oeuvre originale du hobbit, seulement la traduction en français du texte


Malgré ce qu'il racontait au reste du monde, son nom n'avait pas toujours été Beorn.

Beorn était le nom qu'il avait choisi plus tard dans sa vie après avoir décidé de sa forme finale. Avant ça il s'appelait Aga – un nom que sa Mère lui avait donné à sa création. Quand il lui avait demandé pourquoi, elle lui avait dit que ça voulait dire, 'Celui qui marche au crépuscule'. Il n'avait jamais compris pourquoi elle avait choisi son nom, mais il ne comprenait pas beaucoup des choses faites par sa Mère.

Quand il était toujours Aga, il avait parcouru le monde librement sous de nombreuses formes. La majorité du temps il avait choisi d'être un animal, mais il avait essayé les peaux des hommes des elfes et même des nains pendant une brève période. Mais il se fichait d'eux et c'était pour ça qu'il se cantonnait aux animaux. En tant que bête, il pouvait sentir et entendre et goûter des choses qu'il ne pouvait pas expérimenter en tant qu'homme. Il ne pouvait pas dire pourquoi mais le monde semblait plus vif et vivant pour lui quand il était à quatre pattes plutôt qu'à deux.

Sa Mère avait été celle qui lui avait dit qu'il avait besoin d'une forme finale. Elle lui avait laissé sa liberté pendant longtemps, mais après qu'il ait vu le monde, elle lui avait rappelé ses tâches. Il avait été créé pour servir la terre et il était temps de le faire. Alors il avait obéit à sa volonté et choisi sa forme finale, et Beorn le changeur de peau était né.

Beorn pouvait joyeusement dire qu'il aimait sa vie. Il prenait soin de la terre que sa Mère avait crée du mieux qu'il pouvait, et il protégeait les animaux aussi férocement qu'elle l'avait protégé. Il passait ses journées à écouter les murmures des arbres et le rire du vent, et ses nuits à courir librement sous la lune. Il ne se sentait jamais seul ou incomplet parce que sa Mère ne l'avait pas créé pour vouloir plus qu'un bon repas et un bon rire. Contrairement à ses pairs, il se fichait des vies des hommes et des elfes et des nains. Il avait marché et vécu parmi eux assez longtemps pour connaître leurs cœurs, et avait découvert qu'ils n'en valaient pas l'effort. Les autres pouvaient les sauver ou les condamner s'ils le voulaient ; il était heureux avec ses arbres et ses chiens.

Il serait resté loin des affaires des mortels sans un certain lapin qui avait croisé son chemin. Bilbo Baggins était fascinant pour Beorn, et ce n'était pas simplement parce qu'il était un hobbit voyageant avec des nains. Non, il était fascinant parce que son âme était plus vieille que son corps. Il avait rencontré beaucoup d'être différents dans sa vie, mais c'était la première fois qu'il rencontrait une vieille âme enfermée dans un corps jeune. C'était une vue extraordinaire qui le rendait immensément curieux. Le Gardien des Morts n'autorisait pas les âmes à se réincarner avec leurs anciennes vies les salissant. Alors comment Bilbo Baggins était devenu ainsi ?

Beorn avait pensé demander à Gandalf mais le sorcier ne semblait pas au courant de l'état de son compagnon hobbit. Cela ne l'avait pas surpris lorsqu'il l'avait réalisé. Beorn n'était ni bête ni mortel alors il pouvait voir ce que les autres ne pouvaient pas. Cette vue était la raison pour laquelle il pouvait voir l'âge véritable de l'âme de Bilbo Baggins alors que l'un des Maiar les plus puissants restait aveugle.

Le hobbit le fascinait grandement. Non seulement il avait une âme unique, il avait aussi une personnalité amusante pour aller avec. Beorn ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois qu'il avait autant rit ! Chaque jour amenait quelque chose de nouveau et excitant avec Bilbo, et Beorn en aimait chaque minute. Il pensait pouvoir passer une centaine d'années à regarder le lapin sans jamais s'ennuyer.

Peut-être qu'il s'était adoucit avec son vieil âge, mais Beorn appréciait le hobbit et son équipe dépareillée qui semblait le suivre. Il s'était toujours moqué des affaires des mortels mais, en regardant le hobbit et les nains et les hommes et les elfes se battre et mourir pour les autres, Beorn pensa pouvoir apprendre à s'en soucier.


Bilbo ne se rendormit pas après son rêve. Comment aurait-il pu avec l'anneau en train de ricaner et de se moquer de lui à l'arrière de son esprit ? C'était comme si son cauchemar avait réveillé ce foutu truc et maintenant il ne voulait pas le laisser tranquille. Encore et encore il murmurait le nom de son maître avec une ferveur qu'il aurait pensé impossible. L'anneau savait que son créateur était vivant et voulait retourner à ses côtés comme un fanatique aux côtés de son dieu. En écoutant son appel pour Sauron encore et encore, Bilbo réalisa qu'il ne pouvait plus reculer sa mission au Mordor. Il devait détruire l'Anneau Unique aussi vite que possible avant que le Seigneur Noir ne remarque les cris de son précieux anneau.

Echec, tu vas échouer, échouer, échouer, échouer, chanta l'anneau comme un enfant. Tu vas échouer comme toujours. Echouer, échouer, échouer !

« Oh la ferme, » Marmonna-t-il dans sa barbe en reposant son parchemin et sa plume. Après avoir décidé qu'il était temps de partir, le hobbit avait aussi réalisé qu'il était temps d'écrire son histoire. S'il ne réussissait pas à détruire l'anneau, il voulait que ses amis soient préparés à ce qui allait venir. Alors il avait décidé de faire une chronologie des événements majeurs qui allaient mener à la Guerre de l'Anneau. Il savait que ses actions pouvaient potentiellement changer le futur drastiquement – et même empirer les choses – mais il ne pouvait pas partir et laisser ses amis aveugles face au mal qui approchait.

Ca ne fera aucune différence, siffla vicieusement l'anneau. N'arrêtera pas ce qui est censé arriver.

« Nous verrons ça, » Rétorqua Bilbo avant de commencer à raconter l'une des plus grandes guerres de la Terre du Milieu.

Cela lui prit la nuit pour être satisfait de sa chronologie. Son dos lui faisait mal à force d'être penché et sa main et son poignet étaient douloureux, mais il ne s'arrêta pas. A la place, il continua à écrire. Il écrit une lettre à Gandalf expliquant sa deuxième chance, et le remerciant d'avoir été un si bon ami pendant tellement d'années. Il écrit son regret de ne pas avoir une deuxième chance de développer leur amitié, et demanda au sorcier de le pardonner pour ses mensonges. Il supplia ensuite le sorcier de protéger la compagnie et les autres hobbits parce qu'il ne pouvait pas faire confiance à quelqu'un d'autre pour cette tâche.

Après avoir fini sa lettre à Gandalf, Bilbo écrivit une lettre à chacun des nains auxquels il tenait tant. Comme dans la lettre de Gandalf, il expliqua sa seconde chance et ce qui s'était réellement passé la première fois qu'il avait rejoint leur quête. Il écrit à quel point il avait été coincé et égoïste, et que voyager avec eux lui avait ouvert les yeux sur les difficultés des autres. Il leur raconta la véritable histoire de Mirkwood et des tonneaux, de Lake-town et de Smaug, et comment la Bataille des Cinq Armées était censée se terminer avec les morts de Thorin, Fili et Kili. Il expliqua le chagrin et la culpabilité et les quatre-vingts années suivantes passées à essayer de s'en remettre, sans succès. Enfin il admit que sa raison pour les avoir rejoints à nouveau était qu'il voulait les protéger des dangers qu'il savait à venir.

Mais il n'écrivit pas que des choses tristes à pleurer. Non, Bilbo ne voulait pas laisser ses amis sans rien si ce n'est des souvenirs tristes et une peur de l'avoir laissé tomber. Alors, dans chaque lettre, il les remercia pour leurs actions. Il remercia Dwalin de l'avoir protégé dans les Montagnes Embrumées et d'avoir supporté ses questions, et pour lui avoir laissé des casse-croûte, parce qu'il était convaincu que Bilbo était en train de mourir de faim. Il remercia Balin d'avoir été gentil avec lui même quand il ne lui faisait pas confiance, et pour être venu le voir quand Thorin l'avait banni d'Erebor. Et il avertit Balin du destin qui l'attendait à la Moria parce qu'il ne pouvait pas supporter l'idée de son ami mourant horriblement une nouvelle fois.

Pour Fili et Kili, il les remercia d'avoir survécu quand le destin en avait décidé autrement, et supplia les deux princes de continuer à vivre peu importe ce que disait le destin. Il leur expliqua à quel point ils étaient précieux aux yeux de tout le monde, et qu'ils avaient tous les deux le potentiel de devenir des nains remarquables. Il voulait qu'ils comprennent à quel point cela comptait pour lui de les voir vivants et heureux à nouveau, parce que c'était un rêve qu'il ne pensait pas voir un jour réalisé.

Pour Oin il le remercia de lui avoir enseigné une partie de son art, et son exaspération face au besoin constant du nain de le surveiller. Mais il admit aussi que c'était agréable d'avoir quelqu'un qui s'inquiétait pour lui, et qu'Oin l'impressionnait réellement avec sa connaissance et sa patience. Comme pour Balin, il avertit le guérisseur de la mort violente qui l'attendait à la Moria, et le supplia de ne pas y aller. Dans la lettre de Gloin, il remercia le nain d'avoir prit le temps de lui apprendre à se battre même s'ils savaient tous les deux que Bilbo était un élève affreux. Il admit à quel point le nain l'avait impressionné avec sa loyauté et son désir désintéressé de protéger sa famille. Enfin il expliqua que Gimli allait réellement grandir et devenir la légende que son père voyait en lui, mais seulement parce que Gloin avait été là pour lui montrer à quoi ressemblait un héros.

Dans sa lettre pour Bofur, Bilbo admit que la première fois le mineur avait été le seul à lui offrir son amitié au départ. Il expliqua qu'il ne l'avait jamais oublié parce que Bofur était devenu son meilleur ami même lorsqu'ils vivaient avec un monde entre eux. Il remercia le mineur pour sa loyauté et son amitié parce que c'étaient des cadeaux qui n'avaient pas de prix et qu'il ne pourrait jamais les rembourser. Pour Bombur il remercia le nain qui l'avait inspiré par sa persévérance parce que peu importe son nombre d'erreurs et de chutes, Bombur se relevait toujours et continuait à essayer. Il assura au nain qu'il était un très bon cuisinier et un aussi bon ami, et qu'il ne devrait jamais douter de lui à nouveau parce que Bombur avait affronté un dragon et combien de personnes pouvaient se vanter de ça ? Dans sa lettre à Bifur il remercia le nain d'avoir gardé son secret, et d'avoir enseigné à Bilbo l'Iglishmêk même s'il était absolument nul. Mais plus important il remercia le nain d'être resté en vie et de s'être assez rétabli pour pouvoir lire cette lettre parce qu'il ne pouvait pas supporter l'idée d'enterrer un autre ami.

A Ori il parla du nain qu'il allait devenir et de son avenir sombre à la Moria au côté de Balin. Mais il lui expliqua aussi que le scribe pouvait maintenant l'éviter parce que son sort était entre ses mains désormais. Il admis aussi qu'Ori était possiblement le nain le plus brave qu'il ai jamais rencontré parce qu'il ne connaissait personne d'aussi jeune que lui ayant affronté les mêmes épreuves. Dans la lettre de Nori il insista pour la dernière fois qu'il pouvait prendre soin de lui, et qu'il savait que le voleur avait pris ses boutons, pointant qu'il n'allait rien en tirer parce qu'ils était abîmés et fissurés. Mais il écrivit aussi à quel point Nori l'avait impressionné avec sa loyauté et sa manière subtile de s'occuper de ses frères. Bilbo admit même que s'il avait eu un frère, il aurait aimé qu'il soit comme lui. Il remercia Dori pour ses conseils et l'oreille attentive qu'il avait donnée à Bilbo. Il admit que Dori l'avait toujours mis à l'aise peu importe la vie. Enfin il le remercia pour son manteau et pleura le fait qu'il ne s'agissait sûrement plus que d'un torchon ensanglanté maintenant, et s'excusa de l'avoir utilisé de cette manière.

La dernière lettre adressée à Thorin lui prit le plus de temps. Comme dans les autres, il commença au début de sa première vie lorsqu'il avait rejoint la compagnie, comment il s'était montré plus rusé que Mirkwood et Smaug, et avait regardé Thorin mourir à la fin de la bataille. Puis il avait expliqué son retour à la Comté où il avait passé des années à pleurer un amour qu'il n'avait jamais eu.

'J'ai appris à sourire et à vivre à nouveau,' ajouta-t-il parce qu'il était temps pour lui d'être honnête avec Thorin. 'Mais cela a pris du temps parce que mon cœur est une petite chose têtue et faible.'

Il parla du livre qui relatait leur aventure, l'arrivée de Frodo dans sa vie, et enfin l'anneau. Il expliqua la quête de Frodo au Mordor pour détruire l'Anneau Unique, et le succès de son neveu, mais à un prix immense. Un prix qu'il ne pouvait pas faire subir à son garçon à nouveau.

'Toi de toutes les personnes devrais comprendre mon amour pour Frodo,' rappela-t-il dans ses lettres. 'Je sais que tu ferais n'importe quoi pour tes neveux. Ne me déteste pas pour ce que je dois faire pour le mien.'

Mais la partie la plus dure de la lettre, découvrit Bilbo, était de mettre ses émotions en mots. Il avait lu beaucoup de poèmes et d'histoires qui exprimaient ces émotions de manière à faire pleurer le lecteur. Mais il n'était pas poète ou grand érudit, et son amour n'avait jamais consommé toutes ses pensées ou actions. Il n'était qu'un simple hobbit avec un simple cœur qui ne savait jamais quand lâcher et continuer. Alors, en sachant ça, il écrit la vérité pour Thorin avec des mots simples pour son cœur simple.

'Je t'aime. Je t'ai aimé pendant quatre-vingts ans et t'aimerais pendant quatre-vingts autres.'

Quand il posa enfin sa plume, Bilbo se sentit étrangement vide. Il avait déversé tous ses sentiments et émotions dans ses lettres et maintenant il n'avait plus rien à l'intérieur. Mais c'était un sentiment agréable, et il apprécia la paix apportée pendant un instant.

Une tâche en moins. Plus que deux, pensa-t-il avant de se lever doucement en continuant à préparer le voyage à venir.


« Bilbo ! Tu es de retour ! » S'écria Ori en voyant le hobbit rentrer dans la ville.
Bilbo sourit et salua l'érudit. « J'ai promis de revenir. Comment vont les autres ? »

« Bifur est toujours en vie, » Révéla Ori avec un grand sourire qui faisait ressortir ses pommettes. « Et Fili s'est réveillé et à mangé un peu avant de se rendormir. Même Thorin s'est réveillé un moment avant de retomber inconscient ! C'est pas génial ? »

« Ca l'est, » Acquiesça-t-il, sentant son cœur s'alléger grandement. « Est-ce qu'Oin pense que Bifur va s'en sortir ? »

Le jeune nain haussa les épaules. « Il ne sait pas, mais il dit que le fait qu'il soit toujours vivant est un bon signe. Un très bon signe ! »

Bilbo soupira et sentit quelque chose en lui se détendre. C'était un soulagement de savoir que Bifur était en train de guérir. Maintenant il pouvait partir sans s'inquiéter de laisser un ami en train de mourir.

« Où sont les autres ? » Demanda-t-il, regardant les portes intérieurs d'Erebor. Plusieurs des guerriers de Dain étaient là ; certains agissant comme des gardes alors que les autres parlaient et continuaient leurs affaires. Il repéra Dwalin en train de parler à un des nains inconnus, et derrière lui il pouvait voir Gloin en train de fumer appuyé contre un mur.

Ori haussa les épaules. « Je ne sais pas. Kili est toujours avec Fili, bien sûr, et Bofur et Bombur se relaient pour être avec Bifur. Oin est toujours avec ses patients et je crois que Dwalin est en train d'essayer d'organiser une patrouille. Mais je ne sais pas où sont les autres. »

« C'est bon. Je ferais en sorte de les trouver avant de partir, » Commenta-t-il en regardant l'érudit dans les yeux. Il hésita un instant avant de s'avancer et de prendre le nain maintenant plus grand que lui dans ses bras.
Ori fit un bruit interrogateur mais ne combattit pas le câlin. A la place, il passa un bras autour de la taille de Bilbo et utilisa l'autre pour lui tapoter le dos. « Bilbo ? Est-ce que quelque chose ne va pas ? »

« Non. Tout va bien, » Mentit-il en respirant l'odeur d'encre et de cannelle de l'écharpe d'Ori. « J'avais juste envie de te faire un câlin. »

« Oh. Eh bien, si c'est ce dont tu as besoin, alors c'est bon. Mais Dori fait de meilleurs câlins de moi, » Confia Ori en continuant à lui taper le dos.

Bilbo rit simplement et serra encore plus fort le nain. « J'en suis sûr. »


Il alla voir Fili en premier.

Le jeune prince avait été placé dans une alcôve similaire à celle de Thorin dans la salle du trésor et ce fut là que Bilbo le trouva. Quand il arriva le prince dormait avec Kili assis à ses côtés, son arc brisé sur les genoux. Le jeune nain regarda Bilbo quand il s'approcha, et lui lança un sourire qui n'avait pas son énergie habituelle.

« Bilbo, » Dit le jeune prince en salutations en agitant la main. « Je me demandais quand tu allais revenir, »

« Je voulais voir tout le monde, » Répondit-il honnêtement en s'asseyant à côté de Kili sur le sol en pierre froide. « Comment va-t-il ? »

Kili regarda Fili et haussa les épaules. « Vivant. Il s'est réveillé plusieurs fois et a même réussi à manger un peu avant de se rendormir. Oin pense qu'il va s'en sortir tant qu'on ne le bouge pas. »

« Fili est jeune et Oin est un bon guérisseur. Je suis sûr qu'il va s'en remettre rapidement, » Rassura Bilbo en regardant le brun. Kili était aussi pâle que son frère et avait des cernes sous les yeux. Il avait l'air secoué et fatigué et plus vieux qu'il ne l'était. Comme Ori, Kili avait été changé pour toujours par la Bataille des Cinq Armées.

« Kili, » Dit doucement le hobbit, posant une main sur l'avant-bras de l'archer. « Est-ce que tu veux parler de quoi que ce soit ? »

Le prince haussa les épaules et ne détourna pas le regard. « De quoi est-ce que je pourrais parler ? »

« Pourquoi pas de l'horrible bataille à laquelle tu viens de participer et où tu as vu ton frère et ton oncle être blessés en face de toi ? » Pointa-t-il, se penchant en avant pour croiser le regard de Kili. Le nain le regarda dans les yeux pendant un instant avant de frissonner et de les fermer.

« Je le vois à chaque fois que je ferme les yeux, » Admis doucement Kili. « Fili qui se mets entre moi et l'orc et qui prend ce coup. Je peux sentir son sang sur mes mains. C'était chaud et épais et il n'arrêtait pas de saigner ! Et Fili, il ne pleurait pas, ni rien ! Il était en train de sourire en me disant d'arrêter de pleurer parce que je suis moche quand je pleure. T'y crois à ça ? Il était en train de blaguer alors qu'il était en train de saigner sur mes genoux ! Il est tellement stupide ! »

Bilbo hocha la tête, et tapota le bras de l'archer alors qu'il faisait de son mieux pour retenir ses larmes. « On dirait que Fili essayait de te réconforter à sa manière. »

Le prince hocha la tête en essuyant son nez sur sa manche libre. « Il a toujours été comme ça. Toujours en train de me protéger et de prendre soin de moi. Fee n'est pas comme Dori ; il n'agit pas en mère poule comme si j'étais un bébé. Mais il est toujours là quand j'ai besoin de lui. J'aurais du me douter qu'il allait faire quelque chose comme ça. »

« Kili, tu ne peux pas te blâmer pour les actions de Fili, » Pointa-t-il en tendant le bras pour pousser les cheveux du prince loin de son visage. « Il savait ce qu'il faisait quand il s'est mis devant toi. C'était son choix. »

« Mais il n'aurait pas du faire ça ! » Cria Kili en s'éloignant du hobbit. Il foudroya Bilbo du regard avec des yeux sombres qui lui rappelaient le tonnerre dans la nuit noire. « Fili est le prince héritier et il devrait s'en souvenir ! Il ne peut pas se sacrifier en me protégeant ! »

Bilbo soupira et tira le prince vers lui. Têtu, il passa son bras autour des épaules du nain et passa son autre main dans les cheveux de Kili. Kili résista un moment mais finit par se détendre contre lui, comme le hobbit s'y attendait.

« Fili est le prince héritier, oui, mais il est aussi ton grand frère, » Lui rappela-t-il doucement alors que Kili secouait la tête comme un enfant. « Il est d'abord ton frère et ses devoirs envers toi dépasseront toujours ses devoirs envers la couronne. C'est un désir égoïste, oui, mais à quoi peut-on s'attendre de la part de deux princes en exil ? »

Le jeune prince renifla et hoqueta alors qu'il faisait de son mieux pour retenir ses larmes. « Je n'ai jamais perdu quelqu'un que j'aimais » Confessa-t-il comme si c'était un secret honteux. « Da est mort avant que je puisse apprendre à l'aimer, et je n'étais même pas né à la mort de mon grand-père et de mon oncle. Je ne sais pas si je serais capable de continuer si Fili mourrait. Comment est-ce que j'aurais pu continuer à vivre en sachant que mon frère était mort pour me garder en vie ? »

« Tu aurais trouvé un moyen de continuer, » Assura Bilbo en passant une main apaisante dans ses cheveux noirs. « Mais ce n'est pas un poids que tu as à porter. Ce que tu as besoin de faire c'est te concentrer sur la sécurité de Fili. C'est à ton tour de le protéger, Kili. »

Kili enfonça son visage contre son épaule mais hocha quand même la tête. « Je le ferais. Je vais le garder en sécurité. Je dois le faire maintenant. Il le faut. »

Bilbo resserra sa prise sur le jeune prince alors que son cœur se détendait. Il savait que Kili avait respecter son serment, et même si cela lui faisait mal de voir le nain si changé, il était aussi reconnaissant. Kili allait garder Fili en sécurité comme l'avait fait le prince héritier. Ils allaient vivre et se battre pour garder l'autre en vie, et au final c'était tout ce qu'il voulait pour eux. Il voulait voir Fili et Kili vivre.

Protégez-vous l'un l'autre, supplia-t-il dans son esprit alors que Kili s'accrochait à lui. Ne gâchez pas cette chance pour une vie que j'ai volée pour vous. Vivez vos vies le plus possible et mourrez en tant que vieux nains dans vos lits. C'est tout ce que je veux pour vous.


Ce fut Bofur qu'il trouva aux côtés de Bifur cette fois.

« Il est toujours vivant, » Dit le mineur en salutations sans détourner le regard de la sculpture sur laquelle il travaillait.

« C'est ce qu'on m'a dit, » Répondit Bilbo en se rapprochant pour s'agenouiller à côté de Bofur. En face de lui Bifur était allongé sur un matelas semblable à ceux de Thorin et Fili. Le plus vieux nain avait l'air paisible avec ses cheveux coiffés en arrière et sa barbe tressée proprement. Il y avait une vieille couverture enroulée autour de lui qui montrait ses bras et son torse nus. S'il n'avait pas su la vérité, Bilbo aurait juré que le nain allait parfaitement bien.

« Je ne pensais pas te revoir aussi vite, » Commenta Bofur en levant sa sculpture pour souffler afin d'enlever les morceaux coupés.

Le hobbit haussa les épaules. « Je voulais voir tout le monde. M'assurer que personne n'était mort pendant mon absence. »

« Hmm. » Bofur regarda son cousin en train de dormir et ses yeux noirs devinrent encore plus sombres. « Tu sais, c'était mon héros quand j'étais enfant. »

Bilbo cligna des yeux quelques fois avant que son cerveau ne fasse enfin la connexion. « Qui – Bifur ? »

« Uh-huh, » Acquiesça le nain en se reconcentrant sur la sculpture entre ses mains. « Tu vois, je suis le plus jeune de ma famille, alors mes cousins ne faisaient jamais attention à moi. Mais pas Bifur. Il prenait toujours le temps de jouer avec moi et me demandais comme c'était passé ma journée. Il m'a appris à sculpter et comment utiliser une lame et comment boire. Et c'est lui qui m'a sauvé lorsque Smaug a attaqué. »

« Oh. Je ne savais pas, » Admit-il doucement en regardant Bifur. « Il ne parle jamais de son passé. »

« I a du mal à se souvenir, » Expliqua le mineur, montrant la hache enfoncée dans le front de Bifur. « Cette blessure a pris plus que ses mots. Elle a aussi pris ses souvenirs. Il ne se plaint pas, mais je sais que ça lui fait mal d'avoir perdu quelque chose d'aussi précieux. »

« Je n'ai jamais entendu Bifur se plaindre de quoi que ce soit, » Réalisa Bilbo en repensant à leurs conversations. « Il supporte tout et s'en sort. Même quand tout semblait sombre pendant notre voyage, je ne l'ai jamais entendu geindre ou grommeler. Il continuait juste à marcher. »

Bofur hocha la tête alors que ses épaules semblaient s'affaisser, comme si un grand poids était posé sur lui. « Bifur est fort parce que la vie l'a forcé à l'être. S'il n'avait pas appris à endurer et à continuer, alors le monde l'aurait écrasé à la chute d'Erebor. »

« Est-ce que c'est ce qu'il fait ? Il survit ? » Demanda-t-il doucement.

Le nain haussa les épaules et regarda le hobbit avec des yeux tristes. « Parfois c'est tout ce que nous pouvons faire. Ce n'est pas vraiment une vie, mais j'ai l'espoir qu'un jour Bifur retrouvera sa joie de vivre. »

« Moi aussi, » Murmura Bilbo en attrapant l'une des mains de Bifur. « J'espère qu'il trouvera la joie de vivre à nouveau. »


Thorin était toujours endormi lorsqu'il alla enfin le voir.

Le roi était plus pâle que jamais et son torse et son épaule étaient bandés, mais sa respiration était calme. Bilbo regarda le nain inspirer et expirer alors qu'il s'asseyait sur le sol à côté du lit du roi. Pendant un long moment il regarda Thorin dormir ; mémorisant les courbes et traits de son visage, les rides au coin de ses yeux, et ses cheveux en bataille. Thorin n'était pas attractif selon les standards des hobbits mais Bilbo avait depuis longtemps abandonné l'idée de se conformer à l'idéal de son peuple. Thorin était magnifique pour lui et il le serait toujours.

« J'aurais dit oui, tu sais. Si tu me l'avais demandé correctement, » Dit-il enfin, touchant l'un des fermoirs de Thorin qui se trouvait toujours dans ses cheveux. « Tu savais que je ne reconnaîtrais pas ce geste, alors je ne comprends pas pourquoi tu me l'as demandé secrètement. Est-ce que tu avais peur que je te rejettes ? Est-ce que tu avais prévu de me dire la véritable signification de tes perles ? Ou est-ce que tu allais simplement me laisser partir ; et me laisser vivre ma vie en pensant que tu ne me voyais que comme un ami ? Je te connais, Thorin, et je sais que tu ne mets pas ton bonheur avant les autres. Tu m'aurais laissé seul parce que tu ne pensais pas que j'en viendrais à t'aimer n'est-ce pas ? Eh bien, bien fait pour toi parce que je t'aime, et j'accepte ta proposition. »

Thorin ne bougea pas à ses mots. Il ne montra aucun signe de réveil, et cela le soulagea secrètement. Bilbo ne pensait pas pouvoir lui faire face. Il n'était pas assez fort, pas vraiment. Juste incroyablement têtu.

Lentement, Bilbo défit le fermoir à la fin de sa tresse jusqu'à ce qu'il soit libéré de ses cheveux. Puis il attrapa l'une des tresses de Thorin et replaça la petite bande à la fin par le fermoir en argent.

« Ne me déteste pas pour ça, » Dit-il doucement. « Si tu me détestes, ce sera plus dur pour toi de m'oublier. Et si je meurs pendant cette quête, alors c'est ce que je souhaites pour toi. Je souhaites que tu m'oublies et vive ta vie. »

Le roi endormi ne se réveilla pas mais Bilbo pensa voir un tressaillement. Peut-être que Thorin n'allait pas se réveiller mais cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas l'entendre.

« Ne t'accroches pas au passé comme je l'ai fait, » Continua-t-il en baissant d'un ton. « Cela ne te fera que du mal. J'ai passé des années à te pleurer, toi et mon cœur brisé. Je ne souhaiterais pas ça à mon pire ennemi, et encore moins à toi. Alors oublie-moi et mon nom et trouve ton bonheur dans ton royaume et ta famille. C'est tout ce que j'ai toujours voulu pour toi. »

A la fin de sa confession, Bilbo avait finit de réattacher le fermoir dans les cheveux du propriétaire original. La bande argentée brillait contre les boucles noires ; reflétant la lumière des bougies et scintillant comme une étoile dans le ciel nocturne. Le fermoir avait l'air beaucoup plus joli dans les cheveux de Thorin que dans les siens.

Thorin ne bougea toujours pas à ses mots. Avec un petit sourire, il se pencha et pressa ses lèvres contre le front du roi avant de s'éloigner. « Au revoir, Thorin. J'espère que tu vivras le reste de tes jours en paix avec la prospérité que tu mérites. »

Puis Bilbo se retourna et s'éloigna de Thorin pour ce qui semblait être la dernière fois.


Bilbo passa le reste de la journée à récolter des provisions et à faire son sac. Ce n'était pas très difficile puisque la majorité des hommes et des elfes ne faisaient pas attention à lui, et il y avait des choses plus importantes à faire. Alors, doucement et prudemment, il rassembla la nourriture et l'eau dont il aurait besoin, avec d'autres choses qui pourraient être pratiques. Quand il eut l'impression d'avoir assez empaqueté, le soleil se couchait et la journée se terminait. Sans rien d'autre à faire, Bilbo alla se reposer alors que l'anneau continuait à murmurer à l'arrière de son esprit.

Quand il se réveilla, il faisait toujours noir et l'air était froid et les feux éteints depuis longtemps, mais Bilbo se leva et s'habilla et rassembla ses affaires. Après s'être assuré que les lettres étaient visibles, il sortit silencieusement de sa tente et traversa le camp. Il pensa s'être bien débrouillé, mais sa confiance disparu lorsqu'une main massive se posa sur sa tête et l'arrêta.

« Eh bien je suppose que Miss Tauriel gagne le pari. Le lapin est en train d'essayer de s'enfuir, » Commenta Beorn – qu'il avait reconnu avant que le géant ne parle parce qu'il était le seul avec des mains aussi monstrueuses – en ébouriffant les tresses du hobbit ; faisant un bruit de cloche qui résonna trop bruyamment pour Bilbo.

Le cambrioleur soupira et éloigna la main de sa tête avant de se tourner pour faire face aux trois silhouettes anormalement grandes qui le regardaient. « Qu'est-ce que vous faites là tous les trois ? »

« On se demande ce que tu fous, » Répondit franchement Bard en croisant les bras. Depuis la première fois depuis Lake-town, l'homme regardait Bilbo avec des yeux glacés qu'il réservait normalement aux orcs et à Thorin. « Pourquoi est-ce que tu pars au milieu de la nuit, Bilbo ? Et où d'ailleurs ? »

« Je rentre à la maison, » Mentit-il sans cligner des yeux. Cela le perturba, pendant un instant, de voir à quel point il était devenu facile pour lui de mentir avant de repousser cette inquiétude. C'était facile d'être pire qu'un menteur ; on pouvait être un tueur ou un violeur ou anormalement grand, comme la plupart des autres races.

Tauriel ricana ; une action qui surpris Beorn et Barn mais pas Bilbo. Il avait vu l'elfe étrangler un orc avec son arc et ses mains nues quelques jours auparavant. Elle ne s'inquiétait probablement pas des apparences à cet instant.

« Tu mens, » Dit l'elfe en levant un sourcil et en le regardant. « Maintenant dis-nous la vérité avant qu'on ne te traîne jusqu'à Gandalf - »

Bilbo leva les yeux au ciel. « Gandalf ne me fait pas peur. »

« - qui ira chercher tes nains pour nous, » Finit Tauriel avec un sourire en coin qui faisait ressortir ses pommettes. « Je pense que le jeune avec des yeux verts fera l'affaire. Je doute être capable de dire non à un visage aussi innocent. »

« Tu le pourrais si tu savais à quel point il frappe fort, » Grommela le hobbit en se frottant la mâchoire. « Et je ne vois toujours pas pourquoi je devrais vous dire quoi que ce soit. Je ne suis pas obligé de partager mes affaires avec qui que ce soit. »

« Pas même avec un ami ? » Demanda doucement Bard en regardant Bilbo avec des yeux qui lui rappelèrent Kili.

Il tressaillit. « Ce n'est pas juste. Tu ne peux pas utiliser ça contre moi. »

« Tu t'enfuis au milieu de la nuit. Nous sommes prêts à utiliser toutes les techniques possible pour avoir une réponse, » Répondit franchement Tauriel.

« Tu as peur, » Dit soudain Beorn en inspirant profondément. « Et tu es inquiet. Quelque chose te perturbe grandement. Si grandement que tu laisses derrière toi les nains pour lesquels tu t'es battu sans un mot. »

« Ce n'est pas vrai. Je leur ai laissé des lettres, » Grommela-t-il en remontant son sac sur ses épaules.

Bard soupira alors que la ligne de ses épaules se détendait. « Bilbo, s'il te plaît ne nous repousse pas. Nous voulons juste t'aider. S'il te plaît, dis-nous ce qui ne va pas. »

« Vous n'allez pas me croire, » Marmonna-t-il en sentant sa détermination faiblir.

« Essaie, » Défia Tauriel.

Bilbo sentit ses défenses s'effondrer. « Bien, » Craqua-t-il en plongeant sa main dans sa poche pour en sortir l'anneau. « Je vais au Mordor détruire l'Anneau Unique. »

Le trio le fixa.

« Quoi ? » Dit Bard, clignant rapidement des yeux. « Tu peux répéter ? »

« Tu m'as entendu la première fois, » Grommela-t-il, essayant de ne pas lever les yeux au ciel. « Je vais détruire l'Anneau Unique. Est-ce que je peux y aller ? »

« Qu- Comment est-ce que tu l'as trouvé ? est-ce que tu l'as trouvé ?! » Demanda Tauriel, faisant un pas en arrière sans quitter l'anneau des yeux.

« Dans les Montagnes Embrumées, » Répondit le hobbit. « Et non, je ne me trompe pas, parce que l'écriture n'est devenue visible qu'après que Smaug n'ait pas réussi à le faire fondre. »

Les trois continuèrent à le fixer.

« Je dois l'admettre ; je ne l'ai pas vu venir, » Commenta Beorn en se grattant la barbe.

« J'ai l'impression que je devrais être surprise, mais je ne le suis pas, » Admis Tauriel en fronçant les sourcils.

« Est-ce que vous pouvez le retenir le temps que j'aille chercher mes affaires ? » Demanda Bard en pointant le camp derrière lui. « Je ne veux pas avoir à lui courir après avec toutes ces blessures. »

« Quoi ? Bard, tu ne viens pas avec moi, » Dit Bilbo en plaçant ses mains sur ses hanches en tentant de regarder l'homme de haut. « Tu es blessé, et tu as besoin de repos. Pas d'une expédition avec moi sur un volcan. »

Tauriel hocha la tête et se tourna pour faire face à l'homme à son tour. « Pas sans nous en tout cas. »

« Pardon ? Qui vous a invité tous les deux ?! » Gronda le hobbit en posant son regard noir sur l'elfe et le changeur de peau.

« Tu ne peux pas honnêtement penser que nous allons te laisser partir seul affronter le plus grand mal que notre monde ait jamais connu, » Pointa Beorn, levant les sourcils. « Tu n'es pas stupide à ce point – non, attends, tu l'es. »

Bilbo ignora sa raillerie. « Ca n'arrivera pas. Personne ne vient avec moi ; fin de la discussion ! »

Le changeur de peau rit. « Essaye de nous arrêter, petit lapin. »

« Bilbo, nous venons avec toi, » Dit Bard avec le ton qu'il utilisait avec ses enfants. « Alors ferme la et accepte-le. »

Bilbo avait envie de hurler. Ils ne comprenaient pas. « Et si tu meurs pendant cette quête, Bard ? Hmm ? Que feront tes enfants sans leur père pour les élever ? »

Bard tressaillit et serra la mâchoire mais ne recula pas. « Et si je ne t'aide pas à combattre ce mal maintenant, alors ils seront ceux qui en paieront le prix dans le futur. »

« Bilbo, ce n'est pas comme voler une pierre ou participer à une bataille, » Pointa Tauriel, sa voix s'adoucissant légèrement. « C'est une grande tâche qui affecte tout le monde. Tu ne peux pas la supporter seule. »

L'elfe était folle. Il savait qu'il s'en sortirait mieux avec leur aide ; qu'emmener l'anneau au Mordor était fou et stupide. Mais une plus grande partie de lui ne pouvait s'empêcher de se rebeller à la pensée d'impliquer ses amis, de risquer leurs vies. Il se rappela Ori et ses nains et à quel point ils s'étaient battus pour lui faire comprendre à quel point il comptait pour eux aussi. Ils l'avaient supplié de ne pas sacrifier sa vie pour eux, mais Bilbo ne pouvait pas supplanter sa peur de leurs morts. Il avait déjà vu ses amis mourir une fois ; il ne voulait pas le revivre.

« Je ne veux pas que vous mouriez à cause de moi, » Admit-il doucement, tressaillant à l'hypocrisie de ses mots.

« Et nous ne voulons pas te voir mourir, » Répondit Tauriel immédiatement en le regardant dans les yeux. « Mais c'est un risque que nous devons tous prendre pour débarrasser le monde de ce mal. Alors renforce ton cœur, Maître Baggins, parce que nous allons t'accompagner jusqu'au Mordor. »

Bilbo sentit ses objections mourir d'une mort horrible. « Bien. Vous avez quinze minutes pour rassembler vos affaires avant que je ne parte – avec ou sans vous. »

L'elfe lui lança un sourire en coin. « Je reviens dans dix. »

« Crâneuse, » Marmonna Bard en suivant l'elfe.

Bilbo regarda Beorn, qui n'avait pas encore bougé, et leva les sourcils. « Et bien ? Pourquoi est-ce que tu ne vas pas aussi chercher tes affaires? »

« J'ai tout ce dont j'ai besoin sur moi, » Assura le changeur de peau avec un sourire plein de dents. « En plus, quelqu'un doit s'assurer que tu ne t'enfuies pas sans nous. »

Il renifla et détourna le regard. « J'ai dit que j'allais attendre et je le ferais. Je ne reviens pas sur ma parole quand je le peux. »

Beorn cligna des yeux lentement en fixant le hobbit. « Et qu'est-ce qui t'obligerais à le faire ? »

« Tu le sauras quand je le ferais, » Marmonna-t-il en se tournant vers la montagne.

Beorn n'eut rien à répondre.

Enfin Tauriel et Bard arrivèrent ; tous les deux portant leurs bagages. Bard avait l'air plus fatigué et pâle que lorsqu'il était partit, et Bilbo sentit son inquiétude augmenter à nouveau. Mais avant qu'il ne puisse demander à l'homme de rester, Beorn s'avança et parla.

« Bard, je vais te porter pour le moment, » Déclara le changeur de peau en enlevant sa chemise avant de la lancer à Bilbo. Le hobbit l'attrapa et grimaça à l'odeur ce qui fit sourire Beorn.

Bard fronça les sourcils et s'éloigna de l'homme. « Non merci. Je n'ai pas besoin d'être couvé. »

« Oh, tais-toi et accepte son offre, » Ordonna Tauriel en prenant le sac de l'homme et en le passant à son épaule sans flancher. « Personne ne se moquera de toi pour avoir accepté son aide. N'est-ce pas ? »

« Bien sûr que non, » Se moqua Beorn en se craquant les doigts. « Pourquoi faire ça quand nous pouvons nous moquer de son visage ? »

Bilbo ricana et commença à plier la chemise du changeur de peau. « Tu n'aides pas, Beorn. »

Beorn haussa les épaules. « Je lui dis la vérité. Maintenant reculez que je puisse me transformer et nous pourrons partir. »

Les trois obéirent et attendirent que l'homme devienne la bête à laquelle il ressemblait tant. Une fois complètement transformé en ours, Beorn alla vers Bard et toucha l'épaule de l'homme avec sa tête massive. En retour, Bard soupira profondément et ses épaules s'affaissèrent.

« Nous n'en reparlerons pas, » Dit-il à Beorn, touchant le front de l'ours. Beorn renifla et tenta malicieusement de lui manger un doigt. L'homme souffla et monta lentement sur l'ours, s'installant confortablement. Une fois installé, il fit un signe de tête aux autres.

« Prêt quand vous l'êtes, » Dit-il en attrapant la fourrure de Beorn.

Bilbo hocha la tête et regarda Erebor une dernière fois avant de poser les yeux sur l'horizon. « Alors allons-y. »