Juliet
Je traverse la forêt interdite, baguette à la main, comme si la mort était à mes trousses. En réalité, elle se trouve droit devant moi et je cours à toute allure pour me jeter dans ses bras. Déterminée, assoiffée de vengeance et débordante de colère et de ressentiments, je saute par dessus les buissons, enjambe les troncs qui jonchent le sol et esquive les arbres avec agilité.
— JULIET !
Je n'entends plus les cris. Je suis loin, bien loin. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. C'est tellement fort et tellement puissant que ça en devient douloureux. Tous mes sens sont engourdis. Je ne vois rien et je ne ressens plus rien. Je suis aveuglée par la haine.
Une poussière étoilée émane de mes mains et se dépose sur le lierre, les fougères, les fleurs, les végétaux qui peu à peu se réveillent et sortent de leur torpeur. Ils se galvanisent d'énergie et de magie pour éclore et m'ouvrir la voie. Je cours encore plus vite. C'est comme si j'étais poussée à aller les affronter.
Devant moi, je distingue quatre silhouettes encapuchonnées. Je lève ma baguette, prête à fendre l'air et m'apprête à passer à l'attaque lorsque soudainement, ma respiration se coupe net.
— IMPERO ! TU T'ARRÊTES !
Déstabilisée, je trébuche et me rétame sur le sol en poussant un cri aiguë. Les Mangemorts se figent alors que je lutte de toutes mes forces contre la voix féminine qui me donne des ordres.
Je me tortille à terre contre les branches et feuilles sèches tandis qu'un profil aux yeux sombres et perçants traverse l'obscurité d'une démarche assurée. Mon sang se fige alors qu'il s'approche de moi, baguette tendue. Je ne suis libre d'aucun de mes mouvements. Ainsi, lorsque ses lèvres s'agitent je suis incapable de me défaire de son emprise.
— Endoloris !
Je suis aveuglée par le jet de couleur rouge qui me heurte de plein fouet. Je réagis au quart de tour et pousse un cri effroyable qui s'amplifie dans la forêt et qui se diffuse en écho jusqu'à plusieurs kilomètres. Mon sang devient goudronné, mes côtes se fracturent, je suis martelée de part en part, mes orbites explosent, du feu se répand en moi et me brûle de l'intérieur. C'est horrible, c'est insoutenable.
— ARGGGGGGGGH !
Mon supplice ne se tarit pas. Je suis en train de mourir à répétition. Encore et encore cette même torture lancinante.
— Je me charge d'elle, signale mon agresseur avec une once de folie dans la voix. Occupez-vous des autres !
Les silhouettes encapuchonnée acquiescent puis s'enfoncent dans la forêt et disparaissent. Une larme perle le long de ma joue alors que je tends une main dans l'espoir de les retenir.
— No… Non…, balbutié-je.
— Tais-toi !
La sorcière renforce sa prise et je hurle une nouvelle fois de douleur. Pourquoi fait-elle cela ? Ça fait si mal… Je vais mourir. Je veux mourir. Elle tourne la main d'un quart de cercle et mes os se brisent une nouvelle fois. Je pousse une plainte déchirante et me tords sur le sol en pleurant.
— Le Maître sera si heureux, souffle-t-elle en s'emparant de mes joues.
Elle plante ses ongles acérés dans ma peau et me percute de son regard fou. De rebelles mèches ondulées lui balaient le visage tandis qu'elle éclate d'un rire fou.
— Ma jolie… Juliet.
Tétanisée par la peur et ankylosée par la douleur je ne réagis pas. Ses deux billes noires me terrifient. Le cœur battant la chamade et la respiration coupée, je ne suis plus qu'un pantin de bois.
Elle me relâche violemment puis se relève. Elle déshabille son avant-bras pour me dévoiler son atroce Marque des Ténèbres tatouée puis s'apprête à déposer sa baguette dessus.
— Non ! m'écrié-je en tendant le bras.
Sans que je ne le contrôle, un puissant flux magique se déclenche de ma paume comme une détonation et fonce sur Bellatrix Lestrange. Elle broie sa trachée, l'empêchant de respirer. Je sens les battements de son cœur entre mes doigts, que je compresse plus encore. Toutes ses blessures et ses cicatrices s'ouvrent. Elle ne parvient même pas à hurler de douleur.
Bien que je ne sache exactement ce qu'il se passe, je saisis l'opportunité et me relève, la main toujours tendue dans le vide. La brune suffoque alors que sa peau devint verdâtre. À l'image de son cœur pourri, ses fonctions vitales la lâchent et elle se putréfie sur place.
— Juliet !
Je sursaute alors que j'entends les cris de mes amis m'appeler au loin dans la forêt. Comme si j'étais subitement revenue à la réalité, je papillonne des yeux puis referme mon poignet. Aussitôt, l'emprise sur Bellatrix s'évanouit et elle s'effondre sur le sol, pantelante. Je la dévisage, interdite.
Sans réfléchir plus longtemps, je ramasse ma baguette puis détale à toute allure. Je fais machine arrière aussi vite que lorsque j'étais arrivée. Lorsque j'atterris dans une clairière, je tombe sur Lily, Marlène et Mary.
— Juliet !
— Ça va pas de t'enfuir comme ça ?! me hurle la grande brune en me secouant par les épaules.
— Ils sont là ! dis-je en me débattant, des larmes silencieuses dégoulinant sur mon visage. Il y a cinq Mangemorts dans la forêt ! Ils vont droit vers le Château ! On doit les en empêcher !
Je ne leur donne pas d'explications que je m'engage à nouveau dans les feuillages touffus, les filles sur mes talons. J'entends des pas sur le côtés et découvre que les garçons nous ont suivies.
Le terrain est vaste et versatile, alors une fois encore, j'écarte les branches pour nous frayer un chemin. Très vite, nous distinguons les silhouettes encapuchonnées qui incendient les arbres. Un rire démoniaque retentit et je me stoppe dans ma course. Sirius me rentre presque dedans. Il s'accroche à moi, titube sur place puis relève la tête.
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Sirius
Je cligne des yeux, horrifié. Nous nous sommes fait prendre comme des rats ! Le feu se déploie et nous encercle. Nous sommes coincés en plein dans son centre alors que les Mangemorts nous narguent de l'autre côté. Cagoulés d'un crâne noir, ils m'inspirent la gerbe.
Je renvoie mon regard noir vers Juliet qui pâlit sur place. Ouais c'est bien ma belle, tu réalises un peu la merde dans laquelle tu nous as foutus ?!
Putain ! J'hallucine. Comme des cons, on lui a tous couru après.
Je fais taire ma colère et me concentre sur mon réel ennemi. Déterminée, Lily jette un puissant sortilège d'eau pour éteindre le feu mais rien n'y fait, ce n'est pas assez puissant.
— On fait quoi ?! demande James en me dévisageant, une ride d'inquiétude figé sur le front.
— On patiente, répond Juliet en levant les mains.
Comme si elle était prise d'une transe, elle compresse les doigts, ancre ses orteils dans la terre. Salie de boue, de sang et de larmes, elle ne perd pourtant en rien de sa superbe. Plus déterminée que jamais, elle fait flancher tous les végétaux autour de nous. Plongée dans une concentration optimale, elle se crispe et se contracte alors que les arbres autour de nous s'assèchent. Les troncs se rétractent, les feuilles tombées s'envolent en une fumée de cendres puis tout dégringole en un amas de poussière. Le feu, n'ayant plus rien à brûler, disparaît.
Cette fille est tripante !
— Ok, on y va ! déclare James.
Commandant des opérations, mon ami s'élance en premier et lance la première attaque. Un jet bleu illumine la forêt puis s'en suit une guerre de sorts. Les Mangemorts nous répondent à coup de Avada Kedavra et de Endoloris. À croire qu'ils ne connaissent que ces deux incantations.
Mon cœur pulse dans ma poitrine et je me bats à présent pour ma vie et pour celle de mes amis. Je réponds avec hargne, envoie valdinguer des troncs d'arbres. Tout s'enchaîne tellement vite, que j'ai à peine le temps de respirer. Marlène emprisonne un Mangemort, Remus esquive de peu un maléfice. Peter grimpe à un arbre sous sa forme d'animagus puis jette des sorts d'en haut. James combat au front, accompagné par Lily et Juliet. Mary, elle, est terrorisée et se cache derrière un arbre.
Je stupéfixe un attaquant lorsque je sens du mouvement derrière moi. Je fais volte-face et devine l'ombre délurée de ma cousine qui approche vers nous. Cette dernière ricane comme une hyène et mon sang ne fait qu'un tour. Je serre les poings. Ce sera la première fois de ma vie que j'affronterai réellement quelqu'un de ma famille. Il faut bien une première fois à tout !
— Tiens, tiens, ricane-t-elle. Ne serait-ce pas le bâtard de la famille Black ?
Presque aussitôt, elle est accompagnée par trois autres Mangemorts qui font barrage. Nous sommes à nouveau encerclés. Lorsque nous le réalisons, nous abaissons notre baguette et nous nous rejoignons au centre, dos contre dos. Je peux lire la frayeur sur chacun d'entre nous.
— Qu'est-ce que tu viens faire ici Bella ? Les cours te manquaient ? demandé-je. Malheureusement je crois que tu t'es trompée d'école. Ceux qui apprennent à lire sont un peu plus jeunes !
— La ferme ! vocifère-t-elle. Espèce d'infâme Traître à Ton Sang !
— Comment avez-vous pénétré l'enceinte de Poudlard ? coupe James d'une voix sèche.
Les fidèles de Voldemort pouffent de rire, comme si la question était stupide.
— Aussi facile que grimper jusqu'à la culotte de ta mère, provoque l'un d'eux.
Sanguin, mon ami réagit au quart de tour et lève sa baguette. Son sort part et fuse dans l'air. Sa cible l'évite de justesse, un sourire satisfait sur les lèvres.
— Allons, Potter, ne te mets pas dans de tels états, assure une voix calme et assuré.
Je reconnais aussitôt ce timbre et mon sang se glace. Il appartient au mari de ma cousine, Narcissa. La rage me picote l'échine. Comment ont-ils pu se tourner vers Voldemort ?!
— Pourquoi tu te caches derrière un masque Lucius ! hurlé-je. Tu as peur ?! Tu n'assumes pas ta lâcheté ?!
— Le lâche dans l'histoire, c'est toi, Black, décrète-t-il d'un ton détaché.
Il passe sa baguette devant son visage et sa cagoule disparaît. Il lève un sourcil et me dévisage avec supériorité.
— Tu me fais honte, surenchérit ma cousine avec une once de dégoût dans la voix. Heureusement que ton frère est là pour prendre la relève.
Je fronce les sourcils mais je comprends très vite son allusion lorsque Bella se dirige vers une silhouette plus petite et plus maigre que les autres. Mon cœur explose dans ma poitrine alors que j'ai peur de comprendre.
— No… Non, balbutié-je.
— Et si, ricane la sorcière en abaissant le capuchon de mon frère. Reg a su racheter sa place auprès du Maître !
Je rencontre son regard gris et je crois défaillir. Je ne pensais pas qu'il était tombé si bas. J'étais au courant de ses fréquentations, de son attrait pour la magie noire et pour ses idéologies complètement stupides mais j'étais loin de m'imaginer que mon petit frère rejoindrait une secte de criminels.
Je m'apprête à perdre mon sang froid et à l'affronter, lorsque je sens les doigts de Juliet se glisser entre les miens et me retenir. Elle ne pipe mot mais me supplie du regard de rester sage.
Pourquoi ? Pourquoi je le ferais, hein ? Reg a choisi son camps. Ainsi soit-il.
— À quoi rime toute cette mise en scène ? s'impatiente James en menaçant nos assaillants de sa baguette.
Les mangemorts semblent prendre un malin plaisir à tourner autour du pot. Ils nous ont attaqués par surprise et ont pris l'avantage sur la situation. Nous, nous ne sommes que de simples élèves qui maîtrisons à peine quelques sorts de défense. S'ils veulent nous exterminer, ils peuvent le faire en un simple mouvement de baguette. Nous sommes encerclés et sous leur joug.
— Potter, Potter, souffle Lucius, presque comme blasé. Le jour où tu comprendras que le monde ne tourne pas autour de toi…
— Nous nous occuperons volontier de ton cas quand l'heure sera venue, ajoute Avery en descendant son capuchon et dévoilant son visage. Puisque c'est ce que tu souhaites.
— Mais avant toute chose, complète Bellatrix. Nous voulons la fille.
Son regard noir transperce les mirettes de Juliet qui devient soudainement blême. Elle renforce sa prise entre mes doigts et je devine sa peur. Pourquoi ont-ils besoin d'elle ? Autour de moi, mes amis commencent à s'agiter. Ils s'impatientent de peur. Je sens alors Lily perdre patience et lever sa baguette droit vers le ciel.
— Periculum !
Nos assaillants réagissent au quart de tour et les sorts fusent tandis qu'une puissante lumière rouge s'élève et perce la forêt. Un sortilège de bouclier surgit de nul part et nous protège tous. Avery, Rosier, Reg, Lucius et deux anciens de Poudlard que j'identifie comme Mulciber et Wilkes s'effondrent sur le sol, comme si une force magnétique les empêchaient de prendre le contrôle d'eux-mêmes. Seuls Bellatrix et un autre Mangemort restent debout bien qu'une veine d'inquiétude leur barre le front. La capuche du dernier vole et je découvre avec horreur le visage poisseux de Severus Rogue. Le cri de Lily derrière moi est déchirant. James la soutient du mieux qu'il peut tandis que moi, je suis dans la plus totale des incompréhensions.
— Qui est là ?! hurle Bella, la baguette pointée à l'extrême tout en battant en retraite.
Un ricanement perce l'air. Je fais volte-face et vois notre professeur de Défence Contre les Force du Mal avancer vers nous, baguette tendue pour maintenir le sortilège du bouclier autour de nous. Sa démarche est souple, confiante et tranquille. Ses yeux gris transpercent l'obscurité alors qu'il nous rejoint sous le dôme de protection avec classe et flegme. Comme si notre conflit était presque ennuyant pour lui. Comme s'il avait déjà vu bien pire.
— « Qui êtes-vous ? » répète-t-il d'une voix blasée en roulant des yeux. « D'où venez-vous ? », « Que voulez-vous ? ». C'est franchement lassant. Toujours les mêmes questions.
Son sang ne faisant qu'un tour, ma cousine pousse un cri de guerre et s'apprête à riposter lorsque Adrian lève l'index. Aussitôt, Wilkes se lève et sa trachée se broie. Il porte ses mains autour de sa gorge comme s'il espérait se défaire de son emprise mais au lieu de ça, il agonise devant nous.
— Ah, ah, ah, souffle-t-il avec supériorité. Pas de geste brusque. Sinon… Ton copain y passe. Et puis je veux pas dire, mais nous nous sommes protégés. Alors que vous…
Bellatrix fulmine de rage. Elle renvoie un profond regard de haine à mon professeur et tourne autour de ses compatriotes pour comprendre leur état. Ils sont figés à terre, loin de disposer pleinement de leur conscience. Rogue lui, bien qu'il soit toujours debout, est tétanisé. Adrian ne le voit pas comme un danger puisque toute son attention est ciblée sur ma cousine qui comprend peu à peu son tour de passe-passe.
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Adrian
— Tu es legilimens ! fulmine Bellatrix en me pointant du doigt. Dommage pour toi que tu ne puisses pas rentrer dans ma tête, n'est-ce pas ?!
J'éclate de rire et applaudis bien fort.
— Bravo ! félicité-je. Et non effectivement, il semblerait que ton esprit de demeurée soit insondable. Ce n'est pas plus mal, je t'avoue. Au moins tu as toutes tes facultées pour admirer ma plastique de rêve.
Je me dandine et lui souffle un baiser de la main. Ahah ! Que je suis drôle ! L'autre enragée pousse un cri de rage et fonce droit vers le sortilège de protection. Elle s'y heurte violemment et est envoyée plusieurs mètres au loin. Derrière nous, j'entends les bois s'agiter. Les renforts arrivent. Je dois gagner du temps pour qu'ils soient interceptés sans dommage collatéraux.
— Lucius mon ami ! m'exclamé-je en m'enfonçant dans son esprit. Dis-moi tout. Comment as-tu fait pour pénétrer l'enceinte de Poudlard ?
— Non Lucius ! hurle Bellatrix en se relevant.
— Nous avons pris du polynectar et avons pris l'identité d'élèves qui sont sortis à Pré-Au-Lard.
— NON ! Traître !
— La ferme toi, Bloclang !
La langue de Bellatrix se retrouve collée à son palais et il lui est à présent impossible de prononcer le moindre mot. Elle enrage, ce qui m'amuse beaucoup.
— Où sont les enfants à présent ? demandé-je, d'une voix dure.
— Morts.
Mon sang se fige tandis que derrière moi, mes petits protégés poussent un cri horrifié.
— Pourquoi voulez-vous Juliet ?
Lucius n'a pas le temps de parler qu'une lame aiguisée se plante sous sa trachée. Bellatrix maintient sa prise avec hargne, plus déterminée que jamais. Elle s'est délivrée de son mutisme grâce à un sortilège informulé.
— Fais-le parler, et je le crève, menace-t-elle.
J'arrête aussitôt mon petit numéro et la dévisage avec interdiction. Cette garce m'a eu. Si Lucius Malefoy meurt aujourd'hui, il n'aura jamais de descendance. Autrement dit, ma meilleure amie Alexie Malefoy n'existera jamais. Je dois donc faire gaffe à ce que je fais.
— Et bien qu'est-ce que tu attends ! jubile Sirius. Tuez-vous entre vous ! Ça nous arrange bien !
Je lève la main et lui intime le silence. Pas de geste brusque mon p'tit pote. Pour autant, Bellatrix ne doit pas comprendre que je tiens à ce que Malefoy reste en vie sinon ce serait très suspect.
— Très bien j'arrête mon petit interrogatoire, dis-je en battant en retraite. J'ai obtenu ce que je voulais. J'ai gagné un temps précieux et les Aurors sont en chemin et vont venir pour vous.
— Vous ne nous aurez jamais, crache Bellatrix. Et sois-en sûr que nous reviendrons et que tu es, à présent, tout en haut de ma liste.
— Ouhhh une liste de meurtres, comme c'est excitant et digne d'une psychopathe de renom tout ça ! Je suis impatient de bientôt recroiser ton esprit détraqué.
Je lui renvoie un grand sourire mielleux puis s'avouant vaincue, elle range son couteau. Ses camarades, non occlumens, restent toujours immobiles, toujours à ma merci. Bellatrix est démunie et perd peu à peu patience. Avant qu'elle ne trouve un échappatoire je dois m'assurer que mes élèves soient en sécurité.
À mon signal, je veux que vous courriez vous cacher derrière les arbres, ordonné-je aux huit petites têtes brûlées derrière moi.
— Je suis navrée pour toi que ton plan, franchement pas très élaboré, ne puisse s'accomplir parfaitement, continué-je en la poussant volontairement à bout. Il semblerait que tes petits apprentis n'aient pas été suffisamment préparés. Qui sera puni selon toi ? Toi ? Ou eux ?
Bellatrix esquisse un sourire en coin et ricane amèrement. Elle se passe la langue sur les dents tout en me renvoyant un air de défi.
— Je vais te tuer, chuchote-t-elle d'un ton convaincu.
— Je t'attends bébé.
— Sors de ta petite cachette de lâche dans ce cas ! Et viens te battre !
— Tu es sûre que c'est raisonnable ? Si j'abats le bouclier, nous serons neuf contre deux. Les autres sont à terre et je vais m'assurer qu'ils le restent jusqu'à l'arrivée des Aurors. Tu penses que Rogue te prêtera main forte ?
— Je pense pouvoir te tuer, oui. Car tu ne peux pas me contrôler ! Et surtout, je ne pense pas que tu sois capable de faire du mal à qui que ce soit, ricane-t-elle. Tu es faible.
Ah ma cocotte tu touches un point sensible. Il ne faut pas me chercher, tu sais ? Tu es loin de t'imaginer ce dont je suis capable.
— Hum... Ah oui ?
Je lève un sourcil et tourne la tête vers Wilkes, le Mangemort en train de s'étouffer.
A mon signal, je veux que tu fasse semblant de mourir.
Je lâche ma prise, claque des doigts et sa tête tourne sur elle-même. Ses cervicales se brisent et il s'effondre sur le sol, mort. Ou du moins, c'est ce que les autres croient.
Les jeunes filles derrière moi poussent un cri d'effroi tandis qu'un sourire tordu s'étire sur les lèvres de Bellatrix. Elle a trouvé un adversaire de taille qui n'a pas froid aux yeux. C'est tout ce que je voulais pour qu'elle lâche Juliet de son viseur. À présent, à nous deux !
— Je n'ai pas peur de la mort, articulé-je très lentement en la provoquant.
La sorcière folle renforce sa poigne sur sa baguette. Elle va passer à l'attaque d'un instant à l'autre.
— Maintenant ! hurlé-je en levant le sortilège du bouclier.
Lily, Mary, Marlène, Juliet, James Sirius, Remus et Peter foncent droit dans la forêt alors que moi je me jette tête la première sur la Mangemort. Rogue prend la fuite, me laissant seul avec elle.
Les sorts s'enchaînent. Elle maitrise les sortilèges informulés à la perfection et je ne dois pas me planter car elle ne déconne pas. Je sais que les flashs verts qui fusent dans tous les sens ne sont pas de simples maléfices de bloque-jambes.
Mon cœur bat mille à l'heure dans ma cage thoracique alors que j'envoie valdinguer un arbre sur elle. Déterminée, elle récidive à coup de formules impardonnables. Je lui rétorque par le feu, qu'elle calme par de l'eau. Les arbres s'abattent et s'abaissent. Je bouge, me cache, attaque. Trébuche, me relève, répète puis pars me cacher. Elle rit et renchérit avec encore plus de fougue. Cette meuf est complètement disjonctée.
— ENDOLORIS !
— PROTEGO ! EXPELLIARMUS !
Elle n'avait pas prévu cet enchaînement et sa baguette vole en l'air. Je n'ai le temps de la rattraper qu'elle ressort son poignard et fonce droit vers moi. En digne catcheuse elle me plaque à terre. Pris de court, j'en perds ma baguette. Elle abat aussitôt son arme en plein dans ma paume tendue, me clouant au sol. Je pousse un cri de douleur aiguë. Elle reprend sa lame et s'apprête à l'abattre une nouvelle fois sur moi lorsque je lui donne un violent coup dans le nez. Je me débats et l'envoie loin. Elle rafle la terre tandis que je me jette en rampant vers ma baguette derrière moi. Elle ne m'en laisse pas le temps et me tire en arrière en nouant les lacets de sa robe autour de mon cou. Elle rassemble toutes ses forces et m'étrangle. Je tends la main, m'agrippe à sa chevelure noire hirsute et prends appui dessus. Elle pousse un cri de douleur et je la fais passer par-dessus moi. Elle se relève avec difficulté. Alors sans hésitation, je me dresse sur mes pieds puis abats mon poing sur son visage. Sonnée, elle titube. Je fonce vers elle mais elle me répond à coups de poignard. Rapide, j'intercepte son coude et lui déboite l'épaule. Elle lâche son arme que j'envoie alors bien loin de nous à l'aide du pied.
Je reprends mon souffle alors qu'elle est démunie et qu'elle gémit de douleur. Je ne dois pas la tuer. Ne pas la tuer, Adrian. Ne pas la tuer.
— C'est qu'il sait se battre le petiot, ricane-t-elle en reniflant le long filet de sang qui s'écoule depuis son nez.
— Tu serais surprise ma belle, répliqué-je.
Aveuglé par l'adrénaline, j'en oublie ma blessure à la main. Affaiblie, je suis prêt à parier que Bellatrix n'est pas capable d'exercer l'occlumencie alors en dernier espoir, je tente une nouvelle intrusion dans son esprit. BINGO !
Fais dodo !
Elle papillonne des yeux et s'effondre, inconsciente.
Soulagé qu'elle soit hors d'état de nuire, je pousse un soupir las.
— Ah putain !
Exténué, je prends appui sur mes genoux et réponds mon souffle. Je ramasse avec difficulté ma baguette et le poignard puis juge sa carcasse avec intérêt. J'ai déjà "tué" quelqu'un aujourd'hui alors que ce n'était pas prévu. Pour ma défense, Wilkes était un Mangemort mineur qui n'avait aucune importance dans l'histoire. Il allait mourir dans les mois qui venait. Je vais alors le refiler aux Aurors, il croupira dans une cellule dans le plus grand secret et tout le monde le croira mort. Donc je n'ai pas tant altéré le passé que ça.
Je n'ai le temps de me poser plus de questions que j'entends une troupe de sorciers foncer justement droit vers nous. Je grogne pour moi-même et roule des yeux. Je ne peux pas me permettre de trop changer le passé alors à regret, je me penche au dessus de la sorcière et lui tapote les joues.
— Hé ! Réveille-toi. Ils arrivent. Barre-toi d'ici maintenant.
Elle papillonne des yeux en sortant de sa torpeur.
Ne fais rien contre moi ou je te tue. Maintenant dégage avec tes amis.
Elle me dévisage avec interdiction, ne comprenant pas ce revirement de situation.
— Ton heure n'est pas encore venue, explicité-je.
Elle ne se fait pas prier, se relève et pars en courant vers sa baguette. Elle se transforme en une épaisse fumée noire et s'éclipse. Je libère les autres Mangemorts de leur léthargie qui l'imitent et qui disparaissent. Tous sauf Regulus.
Blessé, je m'approche de mon arrière grand-père qui se relève sans que je lui ai donné l'ordre. Je lève un sourcil et l'interroge du regard.
— J'ai fait semblant. Je ne voulais pas qu'ils sachent que je résiste aux intrusions d'un legilimens, apprend-il. Pas comme Rogue.
— Pas con ! Mais tu ne pouvais pas m'aider quand l'autre harpie me sautait dessus ?!
— Ma couverture aurait été bousillée !
Je soupire et roule des yeux.
— Ok, ok. Bon dépêche-toi de les rejoindre. Ça risque d'être suspect aussi.
Le jeune Serpentard hoche la tête puis s'exécute. Il s'envole à son tour en une épaisse fumée noire, me laissant seul sur le champs de bataille. Je suis alors rattrapé par les Aurors, essouflés.
— Messieurs, m'exclamé-je en arborant un grand sourire et ouvrant grand les bras. Vous arrivez à point nommé !
C'était une putain de soirée ! Wilkes mon pote, ton destin va changer à partir de ce soir !
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Sirius
À l'aide d'un morceau de parchemin et d'une plume à papote, McGonagall reprend à chacun d'entre nous notre récit de la soirée. Sans oublier personne, je dénonce les enflures de Mangemorts qui nous ont pris en grippe ce soir.
— Regulus Black ? fini par demander McGo, d'une mine sérieuse. Vous en êtes bien sûr ?
Je marque une pause et serre la mâchoire. Je dévisage mes amis, aussi muets que des carpes. Ils ne se mouilleront pas pour moi, je le sais. C'est à moi qu'incombe la tâche de dénoncer mon frère. Je déglutis avec difficulté puis reprend mon souffle.
— Euh je….
Tout se confond dans ma tête. Des flashs de ma jeunesse me reviennent en mémoire incluant mon frère. Je le revois rire avec moi, jouer avec moi. Je le revois aussi adulé par mes parents. Il est l'enfant prodige. Le digne héritier des Black. Le petit garçon bien obéissant.
Tu m'étonne qu'il soit devenu un Mangemort ! Il l'a fait parce qu'on lui a dit.
Mais avait-il seulement le choix ?
Mon palpitant s'accélère. Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Le regard suppliant de Juliet ne m'aide pas. Suis-je vraiment en train de le condamner ?
— Il était victime du sortilège de l'Imperium, révélé-je finalement. Ils l'ont forcé à porter une cape et à rejoindre leur rang.
McGonagall se fige et fronce les sourcils. Elle me dévisage avec suspicion puis gratte mon information sur le papier.
— Que faisait-il dans la forêt dans ce cas ?
— La même chose que nous, avancé-je sans sourciller. Il était venu porter main forte à Juliet.
McGonagall repose son calepin puis dévie son regard vert intense vers mon amie qui pâlit sur place.
— Et Miss Thorn ? Que faisait-elle dans la forêt ? Était-elle également victime d'un sortilège ? lance la Directrice des Gryffondor avec sévérité.
La brune se mord la lèvre d'embarras puis fixe ses pieds, en proie à la culpabilité. Elle est parcourue d'un frisson comme si elle se remémorait les terribles événements de cette soirée. Après avoir subi les doloris de Bellatrix, elle est complètement retournée et manque de s'effondrer à tout instant.
— Non Professeure, admet-elle avec difficulté. J'ai agi stupidement. J'ai foncé tête baissée, sans réfléchir.
Ça pour être stupide, elle l'était. Je n'en reviens toujours pas du danger qu'elle nous a fait prendre. Être fourré dans de sales histoire, ça j'ai l'habitude. Un peu folles et insensées aussi. Sinon, James, Peter, Remus et moi ne serions pas des animagus non déclarés. Nous nous ne retrouvrions pas tous les mois dans un lieu inhabité en présence d'un loup-garou. Mais ça ! Son agissement de ce soir était foutrement inconscient. La bonne nouvelle, c'est qu'elle semble en être consciente.
— Juliet a surtout cherché à prévenir l'attaque, intervient Mary, en fervente défenseuse. Les Mangemort avaient pour intention de pénétrer le château et s'en prendre à tous les autres élèves.
Les deux Gryffondor se dévisagent silencieusement tandis que McGonagall soupire bruyamment. Elle se masse les tempes puis remonte son regard ennuyé vers nous.
J'observe Mary qui glisse ses doigts rassurants dans la main de Juliet. J'esquisse un faible sourire en coin en dépeignant le tableau. Cette fille a toujours été super gentille. En plus elle embrassait bien, si je me souviens bien. À vrai dire je ne sais plus. C'était il y a tellement longtemps. Ce n'est pas plus mal d'ailleurs. Je préfère l'avoir comme amie que comme amante. Ce n'est pas mon truc de m'attacher sentimentalement surtout qu'elle et moi sommes trop différents. Elle aspire à une vie simple remplie de bonheur alors que moi, je sais d'avance que rien ne sera jamais simple. Et puis la vie est courte et incertaine. Je préfère profiter plutôt que de me poser avec la même personne jusqu'à la fin de mes jours.
— J'enlève cinquante points à Miss Thorn pour son attitude, révèle-t-elle finalement. Ce n'était pas à vous de vous occuper de cette affaire. Vous n'êtes encore que des élèves. Vous n'êtes pas Aurors. J'accorde en revanche dix points à chacun d'entre vous pour saluer votre bravoure et pour avoir empêché de réels dommages. Il n'empêche que si votre Professeur n'était pas intervenu en temps utiles, vous auriez pu être morts à l'heure qu'il est ! J'espère que vous en êtes conscients ?!
Un silence polaire prend place et nous nous dévisageons tous comme si nous étions des enfants pris en faute. D'ailleurs, c'est ce que nous sommes. Nous marmonons un « Oui Professeure » empli de culpabilité puis dégarpuissons de son bureau.
— Bien, à présent, Miss Thorn aller chercher un petit remontant à l'infirmerie. Vous êtes toute pâle.
Evidemment qu'elle l'est ! McGonagall ne sait pas qu'elle vient de se faire torture. Mary passe son bras autour de son coude et elles s'éloignent toutes les deux.
Encore remués, nous retournons à la Tour des Gryffondor et personne n'ose piper mot. Lorsque nous nous laissons nous avachir sur le canapé devant le feu de cheminé crépitant, James enfonce sa tête dans ses mains et soupire.
— C'est vraiment la guerre, commente-t-il. Ils sont là partout et on a rien vu !
Silence. Personne ne relève. Moi je me lève et me plante devant la fenêtre en observant les alentours. Je n'ai pas le moral pour parler.
— Je suis désolée pour le danger que je vous ai fait courir, commence Juliet, rétablie, en relevant ses yeux baignés de larmes. Je ne pensais pas que vous me suivrez. Je ne pensais qu'à me venger et…
— Evidemment qu'on t'a suivie, la coupé-je en serrant les poings. Tu es notre amie, tu penses sérieusement qu'on t'aurait laissée foncer droit dans la forêt vers la Marque des Ténèbres ?! T'es stupide ou quoi ?!
— Sirius ! tempère Lily. C'est bon on a compris. Juliet est consciente de son acte. Ce n'est pas la peine de rajouter une couche.
Je me tais et le silence revient. Je ne sais plus où j'en suis honnêtement. Quasiment toute ma famille a rejoint les forces de Voldemort. Je savais que les Black, Malefoy et Lestrange avait des idéologies très connes mais je ne pensais pas que c'était au point de rejoindre un mouvement de meurtrier. Si Adrian n'était pas intervenu nous serions sans doute morts ce soir.
— On ferait peut-être mieux d'aller se coucher, conseille Peter en se levant. On a tous été secoués par les événements. Une bonne douche et un bon sommeil c'est tout ce qu'il nous faut. On reviendra sur ce qu'il s'est passé demain.
Les autres l'approuvent, se lèvent et prennent la direction de leur dortoir. Moi je suis bien trop énervé pour me coucher. J'intercepte alors mon meilleur ami par le coude.
— J'aurais besoin de la carte et de ta cape, lui dis-je d'un ton brusque.
— Est-ce que je peux demander pourquoi ?
— Non.
— Je ne te laisserai pas alors. Tu vas faire une connerie.
J'affronte James du regard. Ses prunelles brunes sont dures, il ne semble pas sur le point de céder. Soucieux, il veut le mieux pour moi. J'en suis conscient et je le remercie pour ça mais j'ai besoin d'être seul.
— Je dois parler à mon frère, avoué-je finalement.
Silencieux, James finit par acquiescer.
— Tu es sûr que tu ne veux pas que je t'accompagne ?
— Non. Ça ira, merci.
Mon ami cède puis monte chercher son matériel à son dortoir. En attendant, je sors une clope que je cale entre mes dents. Sans aucune hésitation, je l'allume avec ma baguette et tire longuement dessus. Je fais les cents pas dans la salle Commune, une mains enfoncée dans une poche tandis que l'autre accompagne mon inhalation. J'ai besoin de mettre les choses au clair au plus vite avant que je ne pète un cable. Je dois savoir.
Quelques minutes plus tard, James revient avec sa cape d'invisibilité et la Carte du Maraudeur. Je l'enfile, ouvre la carte et part aussitôt m'aventurer dans les couloirs du château. Je prends la direction de la maison des Serpentard.
Comme un rat terré dans son trou, mon frère est gentiment installé dans son dortoir. Si ça se trouve cet imbécile dort tranquillement sur ses deux oreilles. Imperturbable.
La rage au ventre, je prononce le mot de passe des serpents que je connais grâce à Peter. Sans aucune hésitation, je traverse la salle commune et monte directement vers le dortoir des garçons.
Il est temps d'avoir une discussion.
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Regulus
Mes ongles lacèrent ma peau et s'enfoncent dans le derme de mon dos à mesure que l'eau glacée de la douche tambourine sur mon crâne. Mon cœur bat à tout rompre dans ma cage thoracique alors que la pression de l'eau couvre les cris, les plaintes et mes poings qui s'abattent violemment contre la parois carrelée.
— Reg ! Sors d'ici putain !
Je sursaute et ouvre les yeux. Je ferme le jet tandis que la voix de mon frère rugit de derrière la porte de la salle de bain. Je chasse une larme d'un revers de la main, serre la mâchoire puis m'empare d'un drap de bain.
— Qu'est-ce que tu veux ? demandé-je d'une voix traînante.
— Te parler. Sors d'ici tout de suite !
— Je n'ai pas envie de parler, cloué-je.
Je rencontre mon regard rougi dans le reflet du miroir de la salle de bain. Je renifle bruyamment puis me retourne et observe les marques rouges incrustées dans mon dos.
— Magne ton cul. Je n'ai pas le droit d'être ici ! s'impatiente Sirius.
Je roule des yeux et enfile des sous-vêtements. Je me rhabille en vitesse puis me passe une main dans mes cheveux mouillés.
— Et bien repars, dis-je d'un ton implacable. Mes autres camarades de dortoir vont te repérer en plus.
— Je les ai endormis.
Je ne cherche pas à savoir pourquoi ni comment. Je tâche de me donner du courage puis vais l'affronter.
Lorsque j'ouvre la porte de la salle de bain, je me confronte à ses iris d'une couleur gris acier. Ses cheveux noirs mi-longs encadrent son visage tandis qu'une barbe de trois jours vient entourer sa mâchoire carrée. Il est bien plus grand et imposant que moi.
— Qu'est-ce que tu veux ? grogné-je.
— Ah qu'est-ce que je veux ? Bah je sais pas moi, ironise-t-il. Qu'est-ce que je pourrais bien vouloir d'après toi ?!
Je le bouscule et force le passage dans le dortoir. Je constate qu'effectivement tous mes camarades sont profondément endormis dans leurs lits. Sirius a dû les plonger dans un sommeil profond à l'aide d'un sortilège.
Je lève ma baguette et verrouille la porte de mon dortoir pour m'assurer que personne ne viendra nous importuner. Je rassemble le peu de courage et de dignité qu'il me reste et l'interroge du regard.
Interloqué, mon frère ne sait par où commencer. Ses mirettes brillent intensément comme s'il était sur le point de craquer. Il déglutit avec peine et m'observe presque horrifié. Son regard glisse vers mon poignet gauche. Impassible, je glisse la manche de mon pull sur mon tatouage et le cache.
— Pourquoi ? demande-t-il.
Pourquoi ? Il est drôle lui. C'est trop facile de demander pourquoi. C'est trop facile alors qu'autour de nous, tout est compliqué.
— C'était la meilleure chose à faire, réponds-je.
Il me renvoie un profond air de haine et vient se planter devant moi. Il m'agrippe par le col et colle son visage menaçant contre le mien.
— Est-ce que tu es vraiment comme eux ? demande-t-il en articulant très lentement.
Nous nous observons silencieusement avant qu'un relent d'amertume ne remonte et me broie la gorge.
— Tu ne mérite même pas de le savoir, soufflé-je. Le jour où tu es parti, tu m'as abandonné. Tu m'as laissé avec eux. Alors maintenant ne t'étonne pas de qui je suis devenu. C'est pas comme si j'avais eu le choix.
— N'essaie pas de me faire porter le chapeau…
— Très bien dans ce cas je ne dirai rien pour que Sirius puisse dormir paisiblement la nuit. Pour que Sirius puisse vivre tranquillement. Pour qu'il puisse braver les interdits et mener sa vie de petit ado rebelle…
— La ferme !
Je réagis au quart de tour et le repousse violemment par les épaules.
— Non toi tu vas la fermer ! Tu ne sais pas de quoi tu parles, tu es mon frère mais tu ne sais rien de moi. Rien de ma vie. Tu ne t'es jamais intéressé à moi. Tu m'as toujours mis dans le même sac qu'eux sans jamais te demander si je ne voulais pas, moi aussi, les mêmes choses que toi. James Potter est devenu ton frère avant même que tu ne t'assures que moi j'étais d'accord avec ça. Ça fait des années que tu m'as abandonné. Des années que tu es mort pour moi !
Nous nous regardons d'un même air fou, le cœur tambourinant dans nos poitrines.
— Pour tout ça, tu ne mérites pas de savoir, repris-je. Pour toutes ces raisons, je ne te dois plus rien. Alors tu peux dégager d'ici.
Sirius lève les mains en signe de rédemption. Il veut tarir les choses mais c'est trop tard. Il m'a perdu depuis longtemps.
— Reg, si tu fais vraiment parti des leurs, nous serons amenés à nous affronter. Est-ce que tu en es conscient ?
— Alors je te tuerai, révélé-je sans une once d'hésitation.
Mon frère papillonne des cils, comme choqué par mes propos. Ses yeux sont baignés de larmes. Il recule de deux pas comme si mes mots s'enfonçaient en lui aussi douloureusement qu'une lame de poignard.
Il est entré dans cette pièce en sachant déjà tout. Il veut que je lui donne raison. Il ne veut pas entendre mes explications. Il veut simplement s'assurer qu'il a eu raison de me juger aussi indigne que le restant de notre famille. Alors je lui donne raison. Il veut que je sois un Mangemorts, alors très bien, j'en suis un.
— Tu es aussi pourri que tous les autres, crache-t-il en s'éloignant.
Mais bien sûr. Allez va vaquer à tes occupations cher Sirius. Va vivre ta vie de rêve pendant que ton petit frère paye les pots cassés.
Il me jette un dernier regard plein de rancœur avant de lever le sortilège et repartir aussi vite qu'il était venu.
À partir de ce soir, c'en est fini de la fratrie Black.
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Adrian
— Vous avez tué un homme aujourd'hui Adrian, résonne la voix d'Albus Dumbledore.
Ses yeux bleu clairs me transpercent la rétine tandis qu'il se passe une main sur le visage, dépassé par les évènements. Moi j'enroule un pansement imbibé de baies de dictame pour cicatriser ma blessure à la main. Evidemment, j'ai passé un accord avec le Chef des Aurors dans le dos du Directeur. Personne ne sait que le Mangemort Wilkes a été embarqué, c'est notre deal. Tous me pensent comme un tueur sanguinaire et c'est très bien ainsi.
— Je devais les intimider ! me défends-je. Et je vous prie de me croire que Wilkes n'a jamais joué un rôle important dans l'histoire ! Je n'ai jamais entendu parler de lui en cours d'Histoire de la magie !
— Pardon ?
— Oui en cours d'Histoire de la Magie on nous apprend tout ce qui s'est passé pendant la Guerre des Ténèbres. On a même des contrôles sur les Mangemorts de la première et de la seconde guerre. Ce qui est complètement aberrant, si vous voulez mon avis. Quel ado sain d'esprit en a quelque chose à foutre du sortilège de prédilection de Rabastan Lestrange ?
— Stop, stop, stop. Je vous ai déjà dit de ne rien révéler sur le futur. Les conséquences de vos actes peuvent avoir des répercussions catastrophiques mais vous ne semblez pas vous en rendre compte.
Je tourne en rond dans le bureau de Dumbledore alors que je commence à lui faire perdre ses moyens. Lui est affalé sur son siège et cogite à toute allure. Allez ! Pète un coup papi ! Explose enfin ! Depuis le temps que j'attends ça !
— Vous n'êtes pris d'aucune culpabilité ? En dehors d'avoir encore une fois enfreint mes consignes, vous ne ressentez rien pour avoir enlever la vie ? Inutilement en plus car si j'en crois votre histoire, l'homme était sous votre joug et inoffensif…
— Hep, hep, hep on parle d'un Mangemort là ! Ils ne sont jamais inoffensifs. Et si bien sûr que si que ça me fait quelque chose ! J'essaie le moins possible de tuer mais parfois ce n'est pas possible. Je l'ai fait pour que Bellatrix déchaîne sa haine sur moi et qu'elle laisse les élèves tranquilles. C'était le seul moyen pour qu'elle me prenne au sérieux et qu'on puisse un minimum s'en sortir indemne. Je n'avais pas prévu de me faire buter par Bellatrix Lestrange !
Dumbledore ne pipe mot. Il semble blasé. Heureusement pour lui, je ne reste plus très longtemps ici.
— Adrian, faites vos affaires nous allons essayer de vous renvoyer chez vous dès ce soir, m'indique le Directeur, implacable.
Je cligne des yeux, éberlué.
— Vous êtes certain que le retourneur de temps est réparé ?
— J'y ai veillé. Vous avez suffisamment endommagé votre passé, nous n'allons pas prendre de risques supplémentaires.
— Mais… Je ne peux même pas dire au revoir ?
— À qui ?
— Bah… À tout le monde. À mes élèves, mes collègues…
— Je croyais que vous vous fichiez de tout le monde ici ? coupe Dumbledore de sa voix calme.
Cet homme est toujours autant maître de ses émotions, c'est incroyable. Je sais qu'il n'en peut plus de moi et pourtant il ne s'est pas énervé une seule fois. Il n'y a pas un mot plus haut que l'autre. Il est super posé. C'est insupportable ! Jamais je n'arriverai à le faire craquer !
— Ok. Je vais chercher mes affaires alors, admis-je.
— Rendez-vous dans une heure dans la Tour d'Astronomie. Je vais régler cette affaire avec le Ministre de la Magie en attendant.
Je hoche la tête et ne pipe mot. Contraint de lui obéir, je retourne à mes appartements pour rassembler le peu d'affaires que j'ai. Je suis arrivé ici avec un jeans, un tee-shirt et des baskets. Je repars avec une petite valise en supplément.
J'ai du mal à croire que je vais rentrer. Ma famille et mes amis doivent être super inquiets à mon sujet. J'avoue qu'ils me manquent mais je ne m'attendais pas à les revoir de sitôt. Avec nostalgie, je détaille mon bureau où diverses copies d'élèves s'entassent. Je n'avais jamais prévu de les corriger et j'imagine donc que je ne le ferais pas. Je pourrais donner la relève à ma très chère successeuse : Dorcas Meddows. Une putain de frigide mal baisée, à mon humble avis. Ça aurait été marrant de la pousser à bout, elle aussi. Je suis certain que c'est une vrai tigresse au pieu.
Enfin bref. Je soupire et fait léviter quelques affaires que j'ai acheté récemment. Ça me fera un souvenir. Je n'oublie évidemment pas mes paquets de clopes : celles de cette époque ont le mérite d'être bien chargées en tabac. Ce serait un crime de les laisser ici.
Alors que je fais mes cartons, j'entends un coup sur la porte de mes appartements. Je traverse la pièce et vient ouvrir. Je me retrouve confronté à deux iris bleu-verts qui me foudroient du regard. J'étire un sourire en coin et laisse entrer la Gryffondor.
Elle a gardé sa petite robe blanche en soie qui à présent, est recouverte de taches de sang et de terre. Ses cheveux partent dans tous les sens et son visage est sale. Elle n'a pas attendu longtemps pour venir me retrouver. Pour autant, je dévie le regard ne voulant pas être tenté par son joli minois qui reste toujours aussi attractif.
— Chaton, je sais que tu es contrariée que je parte mais je n'y peux rien, indiqué-je en ouvrant les bras. Tu ne peux pas être aussi possessive et vouloir me garder pour toi toute seule. D'autres doivent aussi profiter de ma compagnie.
Elle réprime un grognement amer, ne cachant pas son agacement. Moi je me marre et retourne vaquer à mes occupations comme si elle n'était pas là. Pourtant son regard me brûle l'échine et je me sens épié dans mes moindres faits et gestes. Je crois qu'elle veut m'assassiner.
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Juliet
Mes bras sont croisés en dessous de ma poitrine et j'observe mon professeur se carapater. Le pire dans tout cela, c'est que je ne peux strictement rien y faire. Je suis impuissante.
— Alors tu t'en vas vraiment ? demandé-je d'un ton acerbe.
— Oui, comme tu peux le voir.
Il me tourne le dos et fait voler quelques affaires dans une petite valise brune en cuir. Moi je perds patience.
— C'est facile, hein ? répliqué-je. De foutre la merde partout, de commettre un meurtre et puis de s'en aller comme ça comme si de rien était.
Adrian se fige. Il se retourne et ancre son regard d'acier dans le mien. Il ouvre grand les bras puis hausse les épaules.
— Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que je regrette ?
Je papillonne des cils, désarçonnée par la question. Oui ça serait bien que tu regrettes un minimum ! Tout comme moi qui me suis comportée comme une idiote ce soir. Je ne sais toujours pas pourquoi je me suis laissée submerger par les ressentiments à ce point. J'ai été aveuglée par la colère.
— C'est le cas au moins ? demandé-je en tapotant nerveusement du pied.
— J'en sais rien, marmonne-t-il en me tournant une nouvelle fois le dos.
Je m'approche de lui, pour capter son attention. J'ai besoin de savoir s'il est vraiment tordu à ce point.
— Et s'il était comme Reg ? S'il avait été un gentil Mangemort ?
— Et bien j'imagine qu'on ne le saura jamais, déclare-t-il en pouffant.
Je le fixe avec consternation. Non, il ne peut pas prendre ça à la légère. Il ne peut pas me dire ça comme ça, droit dans les yeux que son meurtre ne lui fait ni chaud ni froid !
— Qui es-tu ? soufflé-je, éberluée tout en plissant des yeux. Qu'est-ce que tu as vécu pour avoir aussi peu d'empathie ?
Il réprime un ricanement amer et s'appuie négligemment sur le bord de son bureau. Il penche la tête sur le côté et me détaille de haut en bas.
— Je trouve que tu es un peu mal placée, ma belle. Qui courait dans la forêt comme une demeurée pour venger la mort de son père ? Tu comptais faire comment ? Les ligoter et leur jeter des pâquerettes dessus ?
— Non je ... J'ai agi stupidement, admet-je, prise de court. Et je me suis rendu compte aussi que je serai incapable de tuer qui que ce soit.
— C'est bien ! Que Merlin préserve ton âme innocente. Amen !
Il fait un signe de croix pour mimer ses paroles puis retourne vaquer à ses occupations avec toujours autant de détachement.
Non, je peux ne pas croire qu'il s'en fiche à ce point. C'est forcément un mécanisme d'autodéfense pour l'empêcher d'affronter les horreurs de sa réalité.
— Est-ce que tu prends toujours tout à la rigolade ?! demandé-je, en tombant des nues.
— Euh… Oui. Pourquoi ?
— Mais comment tu fais ? Est-ce que rien ne te touche ?! Tu viens de tuer quelqu'un Adrian !
Il se fige net puis me fait face.
— Désolé de te décevoir mais ce n'était pas la première fois. Autre chose ?
Je suis sans voix. Sur le cul, j'en ai le souffle coupé. Mes yeux papillonnent pour éviter qu'ils ne se gorgent de larmes. Alors qu'il s'approche de moi et glisse une mèche de cheveux derrière mon oreille, il m'accorde une tendre risette qui se veut rassurante. Sauf que je suis tout sauf apaisée.
— Ne t'en fais pas pour moi, je suis un grand garçon.
— Je pense surtout que tu vis dans un mensonge. Tu refuses d'affronter la réalité.
Ses lèvres se tordent en un sourire vicieux. Il fait un pas en avant vers moi. Mon cœur s'emballe, je recule aussitôt puis me cogne à la porte. Ses prunelles grises me pénètrent de toutes parts. Il s'avance encore et se fige devant moi. Son buste frôle ma poitrine qui se soulève au rythme de ma respiration effrénée. Mon sang bout dans mes veines. Je deviens aussi sensible et à fleur de peau qu'un brasier ardent alors que je suis plongée dans l'incompréhension.
Lorsqu'il attrape mon visage au creux de ses mains, ma respiration se bloque et un frisson me parcourt le corps. De mon bas-ventre se répand une douce vague de chaleur qui vient irriguer toutes les extrémités de mes membres. Pantelante, je me retrouve complètement ensorcelée. À sa merci.
— Dis-moi exactement en quoi ça te concerne ? souffle-t-il en m'étudiant en détails.
Je suis incapable de parler alors que ses doigts chauds tracent le contour de ma machoire. Mes poils se dressent sur mes avant-bras et mes pupilles se dilatent. Je vais défaillir. Comprenant que je suis incapable de réagir, il étire un sourire satisfait.
— Encore une fois, je suis désolé de te décevoir mais je crois que tu es aussi dérangée que moi.
— Pour… Pourquoi ça ? bégayé-je en écarquillant les yeux.
Il ricane et m'observe avec amusement.
— Une personne saine d'esprit éprouverait-elle du désir pour quelqu'un comme moi ?
— Qui te dit que je te désire ?! m'épouvanté-je, les yeux exorbités.
Il pouffe de rire comme si ma question était débile. Il recule, me laissant respirer à nouveau puis hausse les épaules.
— Dommage que je doive partir. Je ne le saurais jamais.
Je déglutis péniblement alors qu'il retourne vers sa valise. Je tords mes doigts contre mon ventre tandis que mes pulsations cardiaques ne faiblissent pas. Est-ce qu'il m'a envoûtée ?!
— On va se revoir, non ?
— Tu aimerais ?
Il lève un sourcil et m'adresse un sourire en coin séducteur.
Adrian est un être torturé, en proie à la culpabilité. Derrière son masque de nonchalance, il broie du noir. Il est bien plus touché qu'il ne veut le faire croire. Au fond de lui, il veut faire les choses biens mais n'y arrive pas. Je m'en suis rendue compte l'autre soir, à la Tour d'Astronomie. Aussi, une part de moi refuse de croire qu'il a voulu délibérément tuer ce soir. Il avait forcément une raison derrière la tête. Il n'est pas comme ça, j'en suis certaine. Et pourtant…
— Tu n'as pas de cerveau, pas de cœur, exposé-je. Tu as juste une bite que tu veux montrer à qui veut l'entendre comme si c'était ton échappatoire. Tu tues sans scrupule. Tu parles sans te soucier d'à quel point tu peux être blessant. Tu te fous de tout. J'ignore ce qui te différencie d'eux alors je ne sais pas. Je t'avoue que je ne suis pas certaine de vouloir te revoir un jour.
Il se rapproche de moi et agrandit un sourire pervers. Presque effrayée, je recule de quelques pas et me cogne à nouveau contre la porte. Prise au piège, je glisse mon regard dans le sien. Je m'arrête de respirer, comme si j'étais hypnotisée par ce détraqué.
— Hum… Tu as tout l'air de définir un psychopathe, susurre-t-il. Si j'étais toi je partirais vite avant que je ne te mange.
Pour autant je suis incapable de bouger. Je suis trop curieuse. Je veux savoir jusqu'où il est capable d'aller avec moi.
— Pourquoi est-ce que tu restes là Juliet ? demande-t-il d'un ton presque suppliant.
Il s'approche encore, plaquant son corps contre le mien. Son contact provoque une tornade de fourmillements dans tous mes membres et je bouillonne de chaleur. Je suis en train de défaillir, sa présence est insoutenable.
— Je ne sais pas, dis-je en articulant difficilement.
— Est-ce que tu as envie d'être en présence d'un meurtrier ? demande-t-il en me défiant du regard.
Le Adrian drôle, joviale et frivole a complètement disparu. Je suis face à un homme dur et à la fois terrorisé par lui-même. Je rassemble alors le peu de courage qu'il me reste et l'affronte.
— Je… Avec toi, oui.
— Ah tiens. Pourquoi ça ?
— Parce que je peux t'aider à t'aimer. À te faire prendre conscience que tu n'es pas celui que tu crois, soufflé-je.
Il appuie délicatement son front contre le mien et ferme doucement les paupières. Il glisse sa paume derrière ma nuque et immédiatement, mon corps prend feu. Résister à lui devient presque douloureux. Un désir lancinant naît dans mon bas-ventre et se diffuse en moi comme du poison. Je suis à bout.
— Le problème… C'est que je n'en ai pas envie et surtout je n'en ai pas besoin, souffle-t-il. Toi par contre tu vas te brûler les ailes.
— Pourquoi ça ?
— Parce que tu vas tomber amoureuse. Et tu l'as dis toi même, je suis incapable de ressentir la moindre chose.
— C'est un peu présomptueux de ta part. Tu te crois si irrésistible ? Pourquoi est ce que tu as couru dans la forêt pour venir m'aider, alors ? Si tu es si insensible ?
Il esquisse un sourire en coin et se mordille la lèvre inférieure.
— Moi aussi j'ai une question pour toi, dit-il en se reprenant. Comment ça se fait que les Mangemorts ne t'aient pas trouvée le soir où ils sont venus saccager la boutique de ton père ? Ils l'ont soit-disant torturé devant tes yeux pour pouvoir te retrouver. Tu étais témoin et pourtant, ils ne t'ont pas eu. Comment ?
— Est-ce que tu insinues que j'ai menti ?!
Ses lèvres se rapprochent un peu plus des miennes.
— Je me pose la question, c'est tout.
— Réponds d'abord à la mienne alors.
Nous nous observons en chien de faïence alors que nos corps sont compressés l'un contre l'autre. Je crois qu'il a raison, je suis définitivement folle. Il représente tout ce que je déteste. Pourquoi prendre le risque de me briser le cœur ? Pourquoi accepter un tel rapprochement physique ?
— C'est pourtant clair, non ? répond-il avec aplomb. Dès que ton petit cul s'agite, ma bite frétille. Voilà pourquoi je t'ai suivie.
— Tu es un putain de détraqué sexuel, grogné-je en le repoussant.
Je m'agrippe à son col et le pousse aussi fort que possible mais il ne bouge pas ne serait-ce d'un centimètre. Au contraire, il prend de l'élan et me replaque violemment contre le bois. Il s'empare de mes mains qu'il bloque au dessus de ma tête puis force le passage avec son genoux entre mes cuisses qui s'écartent. Mon cœur explose dans ma cage-thoracique.
— Pourquoi est-ce que tout ton corps m'envoie des signaux pour me dire que tu rêves d'être pervertie ? demande-t-il en levant un sourcil.
Je ricane et le foudroie du regard.
— Tu prends tes rêves pour la réalité. Et pour répondre à ta question, j'étais cachée dans une pièce secrète de la boutique. Elle est indétectable même à l'aide de sortilège. Voilà pourquoi j'ai tout vu sans qu'on ne me voit.
Satisfait de ma réponse, il hoche la tête puis relâche mes bras. Il se décolle de mon corps puis recule de plusieurs pas. Aussitôt, je suis prise d'un long courant d'air frais. Pourquoi est-ce que je réponds positivement aux avances de ce taré, au juste ?
— Bon, je crois qu'on s'est tout dit, décrète-t-il. Adieu.
Il me tend la main que j'observe avec hésitation. Alors c'est vraiment la fin ? C'est vraiment fini ? Peut-être que c'est mieux comme ça après tout car je vais finir par débloquer si je continue de le fréquenter. Ce type n'est clairement pas sain d'esprit.
Et moi. Est-ce que je le suis pour vouloir l'aider ?
Je glisse ma paume dans la sienne et la serre. J'ancre mes yeux pétillants dans les siens alors que mon palpitant ne faiblit pas.
Oh et puis merde.
Je tire brusquement sur sa main et son buste me percute. Comme synchronisés, ses mains se logent aussitôt autour de ma nuque. Je me hisse sur le pointe des pieds pour m'approcher de sa bouche. Un sourire en coin apparaît sur ses lèvres. Satisfait, il moule son corps brûlant au mien, cale son bassin contre le mien et je sens sa virilité gorgée de désir frotter contre mon pubis. Un souffle plaintif s'échappe de mes lèvres. Il s'empare de mon visage et me bouffe du regard, ses lèvres pendues à quelques centimètres des miennes.
— Au Revoir, souffle-t-il.
— Au Revoir.
Nous nous regardons longuement droit dans les yeux puis j'écrase mes lèvres impatientes sur les siennes. Il plonge une main dans mes cheveux tandis que l'autre s'enroule autour de ma taille. Je suis embarquée dans un tourbillon de sensations alors qu'il entrouvre la bouche pour me répondre avec avidité. Je respire difficilement, je gémis, je m'impatiente. C'est bon, c'est doux, c'est chaud, c'est puissant. Il me mord la lèvre inférieure et je rouvre aussitôt les yeux.
Pris de frénésie, il m'entraîne vers le bureau. Il s'asseoit dessus, écarte les jambes et je me loge entre. Il déplace une de ses mains depuis ma nuque puis la descend jusqu'à ma clavicule, descend encore et l'écrase sur mon sein qu'il malaxe. Je sursaute, surprise par le bien qu'il me procure. Je me mords la lèvre inférieure tandis qu'il guette chacune de mes réactions, comme s'il s'en abreuvait. Il descend à nouveau sur mon ventre puis trace l'arrondis de mes hanches. Comme si j'avais parfaitement compris son intention, je lève la jambe au moment même où il souhaite s'en emparer.
Aussitôt, je monte sur le bureau, remonte ma robe jusqu'à mon bassin, écarte les cuisses et m'assoit sur lui. Il est alors impossible d'ignorer son érection qui frotte contre la dentelle de mon dessous. Mon cœur loupe un battement et je réprime un gémissement impatient.
Je glisse une main derrière sa nuque pour rapprocher son visage du mien tandis que je bouge lascivement mon bassin contre le sien. D'abord surpris par mon approche, il finit par m'adresser un sourire en coin ravageur. Ses yeux sont remplis de désir, ce qui m'électrise. Je rêve qu'il comble le manque aigu qui fait rage entre mes deux cuisses.
Sans hésiter, je fonds ma bouche une nouvelle fois sur lui. Cette fois-ci c'est plus fort, c'est plus rapide, c'est plus fou. Tout s'enchaîne rapidement. Ses mains me caressent, me prennent les seins, me titillent. Je fronce les sourcils alors qu'un démon semble gronder entre mes entrailles. Je mêle ma langue à la sienne alors que mon souffle s'amenuise. Bordel, que c'est bon !
— Tu es folle, me souffle-t-il.
— Toi aussi.
Il ricane contre mes lèvres tout en passant ses bras derrière mon dos pour me garder au plus près de lui. Je l'embrasse encore, plus fougueusement, comme si j'étais animée d'un désir insatiable.
— Adrian, le Professeur Dumbledore vous attend dans la Tour d'Astronomie, résonne soudainement une voix.
— Putain ! jure-t-il en me repoussant aussitôt.
Mon cœur glisse comme une savonnette dans mon ventre, je suis stoppée net dans mon baiser. Je regagne le sol et je n'ai pas le temps de réagir qu'Adrian me pousse brusquement jusque dans sa chambre et referme aussitôt la porte derrière pour me cacher.
Je l'entend respirer difficilement de l'autre côté du mur tandis qu'il répond d'une manière peu assurée à la voix de McGonagall.
Bordel. Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
Je respire difficilement, mes sens sont en ébullitions et un désir lancinant dans mon bas-ventre risque d'imploser à tout moment. Il faut que je me calme. Immédiatement.
