La journée de travail d'Albafica est terminée. Le cortège a déjà entamé le chemin du retour. Discrètement, Sarpédon, Kanon, Saga et Avenir s'éclipsent.

- On se grouille !

- Te plante pas, Sarp', j'ai pas envie de finir sur le toit, hein… marmonne Kanon.

Le rouquin sourit :

- Je n'ai jamais raté de téléportation, je te signale.

Sur ces mots, il active son prodigieux Cosmos et se téléporte avec le reste du groupe dans le hall du palais d'Aggelos.

Jusqu'à présent assis au sol, Minos se redresse d'un bond, le regard alerte :

- Alors ?

- Ils arrivent bientôt, répond Avenir.

Sans perdre de temps, le rouquin enchaîne :

- On a remarqué deux choses : Grelhart est le seul à avoir des manches plus longues et, sur la fin, je suis persuadé qu'il a pris le contrôle d'Alba. Il s'est tenu le bras, précisément ici, plusieurs fois à partir de ce moment.

Il touche son propre biceps pour montrer le geste en question :

- C'était discret, mais récurrent. Et je suis persuadé qu'il ne le faisait pas avant. Il porte quelque chose sur lui, c'est certain.

- Tout le monde se planque ! ordonne Aiacos. On va voir si ces informations sont utiles dans peu de temps.

Immédiatement, le groupe s'éparpille comme une volée de moineaux.

Minos se glisse sur la gauche, derrière une colonne juste à côté de la porte d'entrée. Kanon imite le mouvement en se faufilant derrière la colonne sur la droite, prêt à intercepter la moindre tentative de fuite. Saga et Avenir se faufilent dans la première pièce qui se présente à eux. Aiacos plaque son dos dans une alcôve de l'entrée. Quant à Sarpédon, il disparait tout simplement

- Euh… Sarpy… ? T'es parti où… ? interroge le Garuda qui a remarqué sa disparition.

- Non, non, je suis là, répond l'intéressé.

- T'es invisible ?!

- Oui.

Interloqué, Aiacos fixe la zone où se trouvait son amant il y a encore une seconde, comme s'il cherchait à le voir :

- Comment tu fais ça ?!

- C'est un truc qu'Hadès m'a appris, il y a longtemps.

Le sourire s'étirant d'une oreille à l'autre, Aiacos se remet correctement dans sa cachette.

Mon mec est trop cool.


Escorté par la foule, Albafica arrive devant les marches de son Palais. Zeus lui présente sa main et l'aide à descendre de sa monture. Le Seigneur de la Création met pied à terre en remerciant son serviteur d'un signe de tête. Il adresse ensuite un sourire aux Anthémiens qui sont ont accompagné son retour et leur adresse un salut, avant de commencer à gravir les marches. La main de Zeus vient se placer dans le bas de son dos, en un geste qui se veut amical, voire intime aux yeux du peuple. En réalité, il en profite pour transmettre un peu de son Energie à Aggelos tout en étant prêt à le retenir s'il le sent vaciller.

Devant eux, Grelhart est déjà arrivé devant les portes et s'octroie le droit de les ouvrir. Malgré tout, il ne se permet pas de pénétrer dans la demeure du Seigneur Aggelos avant eux, uniquement à cause de la foule présente. Il pousse la comédie en s'inclinant devant le passage de la Création accompagnée de Zeus qui franchissent le seuil, puis leur emboite le pas.

Immédiatement après leur entrée, les battants se referment grâce à Sarpédon. Un bruit de chair arraché résonne en écho dans le hall d'entrée. Surpris, Albafica se retourne, sur le qui-vive et découvre un bras gisant au sol. En relevant les yeux, il voit Grelhart, le visage grimaçant de douleur, le torse ruisselant de sang. Minos est juste derrière, il a utilisé sa technique de marionnettiste pour cisailler net l'un des bras de Grelhart, au niveau de l'épaule. Un instant plus tard, le pied d'Aiacos s'abat au milieu du dos de l'homme et le plaque violemment à plat ventre sur le sol.

Tout s'est passé si vite que l'Anthémien n'a même pas eu le temps de crier. Il halète douloureusement, écrasé par le poids sur son dos.

- On avait pas dit qu'on le butait directement ? demande Sarpédon en redevant visible, les mains sur les hanches.

En réponse, Minos donne un coup de pied dans le bras gisant par terre :

- Si, mais avec Aiacos on s'est dit qu'une mort rapide serait trop douce. Et que ça serait faire preuve de trop d'indulgence.

- Exact ! approuve le Garuda en remettant l'homme sur ses pieds et en le maintenant contre lui.

Ses ongles ont cédé la place à de longues griffes noires qu'il pose sur la gorge de son prisonnier, prêt à la déchiqueter :

- S'il fait mine de contrôler Alba, il meurt dans la seconde, ajoute-il d'une voix menaçante.

Grelhart reste enfermé dans un silence buté. Le front couvert de sueur, le visage livide, les lèvres serrées, il encaisse la souffrance.

Accroupit, Kanon déchire la manche autour du bras toujours au sol, tandis que, légèrement méfiant, Zeus reste devant Albafica comme pour lui apporter une forme de protection.

- Eh, mais je reconnais, ça ! s'exclame le Dragon des Mers.

Sur le bras sanglant brille un bracelet.

- C'est à Alba ! s'écrie Minos immédiatement.

Un seul coup d'œil lui a suffit pour reconnaître le bijou qu'Albafica a ramené de la grotte où repose le premier corps de Lucéma. Le Griffon fulmine. Il se souvient avoir trimballé le bracelet avec lui lorsque son Poisson comatait. Ensuite, il l'avait posé sur la table de chevet, à côté de son propriétaire. Et il n'avait pas remarqué sa disparition un seul instant !

Kanon récupère le bracelet et se redresse en le tenant entre ses doigts. Son frère se rapproche, perplexe :

- Ce serait ça, le moyen de contrôle ?

Les sourcils froncés, le regard fixé sur le bijou, Avenir tend la main :

- Puis-je… ?

Le Dragon des Mers le lui donne. Le Chevalier du futur examine le bijou sous tous les angles :

- Je crois me souvenir… Il en avait un identique, dans le futur, seulement les couleurs étaient différentes.

Cette phrase interpelle immédiatement Minos qui pivote instantanément dans sa direction :

- Le même modèle, mais de couleur argent, avec un rubis à la place de l'orichalque ?

- Oui ! répond immédiatement le Chevalier.

Aiacos fronce les sourcils, son regard se fait pesant sur son prisonnier toujours aussi muet. Sarpédon entrouvre les lèvres, stupéfait :

- Mais comment tu sais ça… ?

Contournant Zeus, le Griffon vient se placer près d'Albafica qui semble à peine réaliser tout ce qu'il vient de se passer en quelques minutes. Il l'attire contre lui :

- Je l'ai vu, au bras du cadavre de Lucéma, quand on a accompagné Hadès dans la grotte. Et je l'ai comparé à celui d'Alba.

Saga s'accoude au pilier le plus proche :

- Et t'en a fait quoi ?

- Je l'ai laissé où il était. Heureusement, d'ailleurs. Parce que si je l'avais ramené à la surface, ce crétin aurait pu l'utiliser et on aurait été dans la merde, achève-t-il en dardant un regard perçant sur Grelhart.

Ce dernier serre davantage les lèvres, le teint rougissant sous l'effort qu'il accompli pour ne pas laisser échapper le moindre gémissement de douleur. Ses yeux ont néanmoins brillé d'un éclat mauvais durant quelques brèves secondes, confirmant les paroles de Minos.

Les yeux toujours fixés sur le bijou appartenant à Aggelos, Avenir l'examine sous toutes les coutures tandis qu'Albafica ferme brièvement les paupières en s'appuyant contre son Griffon.

- Qu'est-ce qu'ils ont de si particulier, ces bracelets ? demande finalement le Chevalier du futur. Pourquoi eux auraient ce pouvoir de contrôle ?

Un silence flotte un instant sur le groupe. Presque d'instinct, Albafica lève les yeux vers Aiacos et croise son regard. Il opine légèrement du chef, laissant le Garuda se lancer dans les explications.

- C'est le premier bijou que nous avons eu. Il a été formé au moment où l'Equilibre s'est scindé en deux. Un symbole de ce que nous étions, un rappel que nous avons la même origine.

Albafica reste silencieux en regardant le sol. Un bras passé dans son dos pour le garder contre lui, Minos l'observe et baisse la voix :

- Tout va bien, Poisson ? Tu ne dis rien.

- Aiacos a dit l'essentiel. Et j'ai surtout envie d'aller dormir….

Kanon claque dans ses mains :

- C'est vrai ça, on aura tout le temps de parler plus tard ! Alba a besoin de repos et nous on papote comme des imbéciles !

- Je m'occupe de ce type, annonce le Garuda en désignant la proie qu'il tient toujours entre ses griffes.

Mal à l'aise, Zeus ne semble pas savoir s'il doit regarder Grelhart ou le Seigneur de la Destruction :

- Qu'allez-vous faire de lui ?

Un sourire dangereusement meurtrier étire les lèvres d'Aiacos qui susurre :

- Tu ne veux pas savoir, blondinet. Sarpy, tu m'accompagnes ?

Le rouquin acquiesce, adresse un sourire à Albafica, puis se téléporte en compagnie de son amant et de leur prisonnier.

- Allez hop, au dodo ! déclare Minos en passant un bras sous les genoux de sa Moitié pour le soulever de terre.

- Je peux marcheeeeeeeer ! proteste le Poisson.

Le Griffon fait la sourde oreille en s'éloignant dans le couloir. Par-dessus son épaule, Aggelos s'adresse à Zeus :

- S'il te plait, occupe-toi des autres et installe-les confortablement.

- A vos ordres, Messire !

Tout en continuant à marcher, Minos roule des yeux en marmonnant :

- Quel lèche-cul…

- Surveille tes paroles, le reprend Albafica avec une petite moue boudeuse.

- Sinon quoi ? Tu vas me bannir de ton Royaume ? ricane son amant.

- Non, mais je peux faire la grève du sexe avec toi et m'envoyer en l'air avec lui, ça sera alors littéralement un « lèche-cul ».

Interloqué, Minos reste muet en lui lançant un regard totalement hébété. Il n'a vraiment pas l'habitude que son amant fasse ce genre de commentaire, même pour rire. En retour, l'intéressé affiche une expression de candeur totalement feinte, avant d'exploser de rire :

- Ta tête ! Tu as tiré une tête impayable !

Hérissé, le Griffon ouvre la porte de la chambre d'un coup de pied :

- Oh toi ! Je suis sûr que ton innocence est une feinte depuis le début !

Malgré tout, un sourire amusé flotte sur ses lèvres tandis qu'il jette le paquet bleu sur le lit. Celui-ci roule sur les couvertures et ferme les yeux sans tarder. Minos s'allonge à ses côtés, décidé à faire une sieste en savourant la présence de son Divin Poisson.


1) Désolée si vous n'imaginiez pas la confrontation ainsi

2) Pas de publication de chapitre les vendredi 23 & 30 octobre. On se retrouve pour le chapitre 31 le vendredi 6 novembre