Disclaimer: les univers utilisés dans cette fanfic appartiennent au Pr Tolkien et à M. Paolini


Ils mirent en effet deux jours pleins pour arriver à Pelargir. Déjà le premier jour, Saphira dut voler beaucoup plus haut et se poser beaucoup plus loin, et Lupusänghren utiliser de sa magie pour se grimer ; contrairement à ce qu'ils avaient précédemment vu, les habitations se densifiaient, et la population n'avait pas l'air troublé de ce qu'il s'était passé un peu plus loin. Tous les habitant qu'ils croisaient vaquaient à leurs occupations habituelles ou s'arrêtaient et ôtaient leurs couvre-chefs quand la troupe passait devant eux.

"Depuis le temps, Pelargir aurait dû s'apercevoir que ses liaisons étaient coupés avec les villages, non? s'étonna Eragon.

-C'est aussi la question que je me pose", confirma Eldarion.

Il envoya Aravir s'informer, et quand ce dernier revint, il leur dit:

"Apparemment, l'Assemblée des Fidèles leur a interdit d'aller à Echorost et à Minas Brethil jusqu'à ce qu'ils aient envoyé eux-mêmes une troupe pour enquêter là-bas, mais ils n'en savent pas plus. Et le seigneur Elboron est arrivé il y a trois jours. Il a été envoyé par Sa Majesté.

-Le seigneur Elboron? Je croyais qu'il était en Ithilien.

-C'est tout ce qu'ils peuvent nous dire, mon prince."

L'appréhension commençait à monter dans le groupe. Eragon ne savait pas ce que la présence du seigneur Elboron, dont il n'avait entendu parler qu'une fois, signifiait, mais l'expression du demi-elfe avait encore gagné en gravité.

"Suivez-moi, leur dit-il soudain. Nous allons passer par la Porte de Minas Tirith. C'est de ce côté de la cité que sont basées les casernes; nous devrions y trouver le seigneur Elboron."


Au bout de quelques heures, Eragon put apercevoir, dépassant d'immenses murailles, une tour s'élançant dans le ciel. En longeant cette muraille, Eldarion, remarquant son air curieux, crut bon de donner une réponse à ses interrogations.

"C'est Barad Aerhir, la Tour des Seigneurs de la Mer. Elle sert de forteresse, de tour de garde et de salle des archives de la cité.

-Elle est colossale.

-Je regrette que nous n'ayons pas l'occasion de remonter le fleuve sur un navire; c'est sur l'eau que nous avons la meilleure vue de Pelargir. Pendant que je serai avec le conseil, vous pourrez visiter la cité.

-Nous ne venons pas avec vous?

-Je doute que des étrangers soient admis pendant une réunion extraordinaire de l'assemblée. Et si malgré tout vous étiez admis, il vous faudrait vous délester de toutes vos armes avant de pouvoir entrer dans le Hall des Fidèles.

-Présenté ainsi...

-J'enverrai l'un de mes hommes avec vous. Les elfes passent souvent par ici. Vous serez très bien reçus partout où il vous mènera.

-Je vous remercie."


Pour tout avouer, Pelargir n'était aucunement ce à quoi le dragonnier s'était attendu. Ayant pu partiellement visiter Dol Amroth et étant passé par Linhir, il s'était forgé des villes gondoriennes une image de cités majestueuses, blanches et ordonnées, où les notes de musiques flottaient dans l'air quand le silence ne le remplissait pas. Quand il franchit la Porte de Minas Tirith, il fut assailli par une myriade de sons, d'odeurs et de couleurs qui lui étaient totalement étrangères.

Pelargir était... un puzzle colossal, où les demeures immaculées et dignes côtoyaient les baraques éphémères des ouvriers des chantiers navals, où il croisa plusieurs marchands à la peau hâlée et habillés de couleurs chatoyantes en pleine discussion avec des hommes à la face sévère et revêtus de noir et de bleu, où on lui proposa de goûter du citron, un fruit qu'il ne connaissait pas, pendant que des gamins manquaient de le faire tomber de cheval en passant sous les pattes de celui-ci. Et au-delà des marchés embaumant les épices et le vin se dressaient des bâtiments de marbre et d'or, semblables à ceux qu'il avait vus à Dol Amroth, et des statues finement sculptées ornaient les coins de rues tapissés de déchets. Il en avait la tête qui tournait.

"Nous nous trouvons dans la Ville Neuve, qui est l'une des parties les plus anciennes de Pelargir, plaisanta Eldarion. Il faut tourner à droite."

Juste après avoir opéré le mouvement, ils se retrouvèrent la tête dans les feuillages. Les bâtiments à la façade morne qu'Eragon avait pris pour un magasin révéla une cour intérieure paisible et joliment arrangée, où plusieurs personnes - qu'il devina être des patients - devisaient tranquillement sur des bancs, à l'abri du chaos extérieur.

"Les Maisons de Guérison Est, signala Eldarion.

-Les Maisons de Guérison?

-Oui. Chaque ville de plus d'un millier d'habitants a l'obligation d'entretenir des Maisons de Guérison. Leur capacité d'accueil doit dépendre du nombre d'habitants. A Pelargir, il y a deux endroits: les Maisons de Guérison Est et Ouest, pour chaque quartier d'habitation.

-Ce sont des hospices?

-En quelque sorte. Des hospices avec des guérisseurs formés et où vont ceux qui ne peuvent pas se permettre de payer des soins personnels.

-Et... ils ne dépendent pas de la charité?

-Non. Tout est payé par les impôts prélevés par la cité. Généralement sur les péages et les taxes d'importation et d'exportation. Mais elles sont en partie autonomes."

Il leur montra plusieurs potagers aux alentours.

"C'est ingénieux, remarqua Lupusänghren. Un bon moyen de lutter contre les maux de votre peuple.

-Ce sont les Intendants du Gondor qui ont mis en place ce système, pendant la période de la Régence. Continuons."

Ils traversèrent les Jardins d'Eldalotë, à la suite des Maisons de Guérison. Le dragonnier se rendit compte que ces jardins étaient énormes, organisés avec beaucoup de rigueur en forme de croix autour d'un bâtiment de marbre blanc allant parfaitement avec l'ensemble. Quand ils furent arrivés à son pied, il descendit de cheval et leva la tête à s'en décrocher le cou.

"Voici le Hall des Fidèles, les informa Eldarion, le sacro-saint de Pelargir. Berthil?

-Oui, mon prince?

-Allez au bâtiment des scribes annoncer que je requiers une entrevue urgente avec l'Assemblée des Fidèles.

-Bien, mon prince."

Pendant que Berthil s'exécutait, des cavaliers apparurent au loin. Eragon pu distinguer l'arbre d'argent qui décorait leurs plastrons, comme celui que portait Eldarion, et ne fut par conséquent pas surpris en voyant ce dernier s'avancer vers eux. Le premier de la troupe descendit prestement de sa monture pour les rejoindre. Du même âge visiblement que le demi-elfe, les cheveux plus clairs et plus courts, des yeux gris moqueurs... il devait avoir sous les yeux le seigneur Elboron, bien qu'il ait pensé qu'il serait un peu plus vieux.

"Ravi de constater que tu n'es pas mort, ô mon prince, lança-t-il à la volée sans se rendre compte de la présence d'étranger. Nous t'attendions à la Porte du Lindon, et un peu plus en avance."

Eldarion resta de marbre, et il sembla enfin prendre conscience de leur présence.

"Mes seigneurs, dit-il en s'inclinant légèrement. Toutes mes excuses; j'ai manqué à mes devoirs. Je suis Elboron, fils de Faramir, Intendant du Gondor."

Il ne s'était pas trompé.

"Eragon, fils de Brom, se présenta le dragonnier, avant de présenter toute son équipée.

-Je suis ravi de faire votre connaissance.

-Ils sont avec moi, signala Eldarion.

-Je le vois bien. Veuillez encore m'excuser, mes seigneurs, mais des affaires urgentes requièrent toute l'attention du prince Eldarion, qui devait arriver à Pelargir en même temps que moi.

-Moi aussi, j'ai des affaires urgentes à traiter, Elboron. J'ai fait convoquer l'Assemblée. Nous revenons d'Echorost et de Minas Brethil."

Le visage d'Elboron se décomposa.

"Tu es passé par Minas Brethil et Echorost?

-Oui. Qu'y a-t-il?

-Il fallait que tu prennes cette route précise à ce moment précis, bien évidemment.

-Parle, Elboron!

-Il y a une épidémie de variole, là-bas, puisque tu ne l'as pas remarqué!

-Je te demande pardon?

-C'est pour cela que je suis ici! Je devais te recevoir, t'envoyer à Minas Tirith et partir avec mes hommes délimiter une zone de quarantaine.

-Non, Elboron. Il n'y a pas de variole, là-bas. Quand nous y sommes passés, les habitants avaient tous été massacrés par des orcs."

La confusion sembla gagner les nouveaux venus. Eragon crut bon d'intervenir:

"Si je peux me permettre..."

D'un geste de la tête, Eldarion l'autorisa à continuer.

"Quand nous sommes arrivés à Minas Brethil, nous avons trouvé le village détruit et seulement trois survivants. Ils s'étaient cachés dans la tour. Et ils peuvent témoigner de l'attaque, et du fait que les orcs venaient bien d'Echorost. Je les ai escortés moi-même jusque Linhir."

Le fils de l'Intendant le fixa un instant, incrédule, puis passa sa main sur son visage, exténué.

"C'est un cauchemar, murmura-t-il.

-Et c'est loin d'être fini, poursuivit Eldarion. Mais comment l'idée est-elle venue au conseil qu'il s'agissait d'une épidémie?

-Alors là, Eldarion, tu leur demanderas toi-même. Je suis arrivé trois jours auparavant sur les ordres du roi Elessar, et je n'en sais pas davantage. Avec tous les ennuis qui nous tombent dessus en ce moment, je ne me suis pas posé la question de savoir s'il s'agissait d'une fausse épidémie. Et toi? Pourquoi as-tu pris une route démesurément longue et potentiellement dangereuse avec des invités? Je me trompe en vous qualifiant d'invités, mes seigneurs?

-Non, tu ne te trompes pas."

Eldarion jeta un regard désolé à Eragon, qui comprit que la conversation sur Saphira était remise. Il s'inclina devant l'urgence.

"Cela, je devrai te le raconter plus tard.

-Prince Eldarion."

Cinq hommes les rejoignirent à grandes enjambée. Bien vêtus, l'air grave, il s'agissait là d'une partie des membres de l'Assemblée. Celui qui avait parlé s'inclina devant le demi-elfe, suivi par tous les autres, et demanda:

"Que nous vaut l'honneur d'être appelés par Son Altesse?

-Une matière à traiter dans les plus brefs délais, je le crains.

-Avec toutes nos excuses, prince Eldarion, dit un deuxième homme, nous ne pouvons commencer de réunion avant l'arrivée de tous les membres de l'Assemblée."

Elboron poussa un soupir exaspéré, attirant l'attention des cinq individus.

"Nous ne pouvons prendre de décisions tant que l'Assemblée n'est pas au complet, vous le comprenez, vous, Votre Altesse. Il s'agit de l'une des Lois Inviolables de Pelargir.

-Loi Inviolable qui a été enfreinte quand la cité s'est faite attaquer par les Corsaires d'Umbar, il y a six ans, contra Elboron.

-Concernant le contournement des règles, seigneur Elboron, nous savons que vous êtes particulièrement renseigné. Mais les Lois Inviolables garantissent le bon fonctionnement de la cité. Elles ne peuvent être violées, justement, qu'en cas d'extrême urgence.

-Maïtre Barahir!" le reprit le premier à avoir parlé.

L'intéressé sembla alors lui prendre en compte Eragon et sa troupe et, honteux, se mit en retrait du groupe.

"Veuillez excuser ces paroles malheureuses. A qui avons-nous l'honneur?

-Eragon, fils de Brom, répondit le dragonnier. Et voici Lupusänghren, et la délégation du Du Weldenvarden.

-Nos illustres invités aux festivités du Nouvel An, indiqua Eldarion. Venus de loin pour y participer."

Les conseillers, malgré leur scepticisme, se contentèrent de sa réponse.

"Avec votre permission, je souhaiterais qu'ils participent à la réunion."

Là, le mécontentement se fit sentir.

"Votre Altesse, hésita le premier conseiller, nous ne pouvons accepter autant d'étrangers, fussent-ils d'illustres seigneurs elfes, à participer à une réunion extraordinaire.

-Mais ce ne sont pas des étrangers!"

Eragon se retourné, intrigué par le nouveau venu qui paraissait les connaître. Dans la force de l'âge, sa barbe bien entretenue et sa robe rebrodée lui donnaient un air bien différent des autres conseillers, mais à voir l'expression de familiarité avec laquelle leurs interlocuteurs le regardaient, il faisait bien partie des Fidèles.

"Maître Melekos, nous ne vous attendions pas si tôt. Ce n'est pas dans vos habitudes.

-Je suis toujours en avance lorsqu'il s'agit d'amis de mes amis."

Il se présenta devant le dragonnier et lui serra vigoureusement la main, tout sourire, avant de saluer les elfes avec leurs expressions d'usage. Eragon ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait, et Saphira non plus.

"D'où est-ce qu'on le connaît? lui demanda-t-elle.

-Je serais bien incapable de te répondre."

Le fils de l'Intendant dut prendre pitié d'eux, car il lui révéla, moqueur:

"Ne cherchez pas, seigneur Eragon. A l'entendre, le seigneur Melekos est allé partout et connaît tout sur tout le monde.

-Pas tout le monde, seigneur Elboron, le corrigea le concerné. Mais il est vrai que j'entends parler de beaucoup de personnes, et que je veux vérifier s'ils sont à la hauteur de leur réputation."

Cette phrase lancée, il ne laissa même pas le temps au dragonnier de s'inquiéter et déclara:

"Le seigneur Eragon ferait un bon témoin de ce que le prince Eldarion s'apprête à vous dire.

-Car, évidemment, vous savez ce que le prince Eldarion s'apprête à dire.

-Elboron, prévint le demi-elfe. Ce n'est pas le moment.

-Je ne m'en offusque pas, Votre Altesse, continua le seigneur Melekos. Et non, je ne sais pas ce que le prince Eldarion va dire, seigneur Elboron. Mais le connaissant, et connaissant les éminents membres de cette assemblée, il a fait appel à ces illustres étrangers car ils ont vécu la même chose que lui et peuvent consolider sa plaidoirie. Je me trompe?

-Vous vous trompez rarement, maître Melekos, admit Eldarion.

-Dans ce cas, céda le porte parole des autres conseillers, le seigneur Eragon peut entrer. Mais je suis obligé, mes seigneurs, de vous demander de rester dehors."

Lupusänghren interrogea Eragon du regard.

"Tout ira bien, lui assura-t-il à voix haute. C'est juste l'affaire de quelques heures. N'est-ce pas?

-Peut-être moins, si les autres seigneurs de l'Assemblée se décident à comprendre le sens du mot urgent", remarqua Eldarion.

Le reproche eut son effet; les cinq hommes présents serrèrent les dents et baissèrent la tête.

"Votre Altesse, reprit le premier d'entre eux, Pelargir est une grande ville, et ceux qui ne sont pas encore là se trouvaient probablement chez eux, dans le Quartier des Fidèles, quand vous avez requis une audience.

-Ou à la Couronne d'Or en train de déguster la nouvelle cuvée de vin du Rhovanion, ajouta Elboron. Ne me fais aucun reproche, Eldarion, je les y ai vus entrer en revenant de l'Amirauté, il y a trois heures. Pourtant, entre l'Amirauté et le Hall des Fidèles, il n'y a que quelques minutes de trajet.

-Dans ce cas, nous vous présentons toutes nos excuses. Je vais faire envoyer un autre messager sur le champs; peut-être que l'autre s'est rendu directement chez eux.

-Maître Cirion, commença calmement Eldarion, quand j'ai requis un entretien urgent avec l'Assemblée des Fidèles, je ne pensais pas que vous alliez me faire attendre dehors pendant un heure comme un mendiant attendant ses soins aux Maisons de Guérison, pendant que les maîtres Minardil et Egalmoth profitent d'une bonne bouteille de vin dans la taverne la plus huppée de Pelargir.

-Je comprends bien, Votre Altesse, mais...

-Je reviens d'un voyage long et éprouvant, au cours duquel j'ai assisté à un événement très préoccupant, dont je ne dois pas parler selon les Lois Inviolables avant la tenue du conseil, et je dois rentrer à Minas Tirith pour faire mon rapport à Sa Majesté avant le début des festivités qui a lieu dans trois jours. Dites-moi ce qui m'empêche de ne pas vous lâcher les informations devant la porte du Hall des Fidèles ou, mieux encore, de réquisitionner les forces armées de Pelargir au nom du roi et de régler moi-même le problème.

-En vertu des clauses d'état d'urgence, vous en avez parfaitement le droit", signala le seigneur Melekos, essuyant un regard noir de la part de ses collègues.

Le seigneur Cirion soupira, vaincu, et s'adressa au gardes devant la porte.

"Ouvrez la Grande Porte et ravivez le feu. Son Altesse le prince Eldarion requiert la réunion urgente de l'Assemblée des Fidèles."