Cette histoire est une traduction de Blood Is, d'eiahmon, traduite et publiée avec son accord.

Bonne lecture !


A/N : Donc j'ai réussi à mettre le dernier chapitre à jour juste à temps. Moins de 12 heures plus tard, mon disque dur a soudainement et de manière catastrophique cessé de fonctionner. Je n'ai perdu aucune partie de la fic en elle-même, mais j'ai perdu toutes mes notes dessus. Heureusement, j'ai pu restaurer le disque, récupérer mes notes, et je vous présente le chapitre suivant.

2.

Wolfram était mort.

Ce pensée unique tournoyait dans l'esprit d'Edeline alors qu'elle était allongée dans leur chambre enténébrée. Wolfram était mort. Son mari de 49 ans, son rock, sa lumière, son amour. Il était parti, soudainement, sans prévenir. Le moment lorsque son verre de vin était tombé se jouait encore et encore dans sa tête – elle ne pensait pas qu'elle pourrait jamais supporter à nouveau le bruit de verre qui se brise. Elle avait essayé de retenir sa chute, mais il était trop lourd et elle avait du le regarder percuter le sol, les membres flasques, la tête pendant sur le côté alors que la lumière quittait son regard.

Et Gabriel… Oh Gabriel. Sa timide supplication que son père ne le quitte pas… Elle ferma les yeux, dissimula son visage dans le creux de son bras, et marqua une pause.

Où était Gabriel ? Elle ne l'avait pas vu depuis… Elle s'assit et essaya de se souvenir. Elle se souvenait vaguement avoir entendu sa voix. Son ton était inquiet et perturbé… Que s'était-il passé ? Avait-elle été si concentrée sur son mari qu'elle en avait oublié son fils ? Elle devait le voir dès maintenant.

Elle balança ses jambes hors du lit, se leva et se dirigea vers la porte, mais elle s'ouvrit avant qu'elle ait pu l'atteindre. Sonja entra et Edeline, immobilisée, la fixa alors qu'elle fermait très doucement et silencieusement la porte derrière elle.

« Sonja ? » Interrogea Edeline quand l'autre femme lui fit face en se tordant les mains.

« Pas ici. » Murmura Sonja. « Éloignons-nous de la porte. »

« Que se passe-t-il ? Où est Gabriel ? »

Sonja la mena vers les fauteuils à côté de la cheminée, et les fit asseoir sur le petit canapé. « Gabriel est parti. » Dit-elle en un soupir.

« Parti ! »

Sonja se recroquevilla et observa autour d'elles, méfiante. « Baisse la voix, Edeline. Parler de Gabriel est dangereux à présent. »

« Gabriel n'est pas dangereux et tu le sais. Alors cesse de raconter des sottises et dis-moi ce qu'il se passe ! »

« Que penses-tu qu'il se passe ! » Siffla Sonja en lançant un nouveau regard vers la porte. « Wolfram est mort, Adelar est désormais le Seigneur Cronqvist en nom uniquement alors que Cordrin le manipule comme une marionnette. »

Edeline saisit l'autre femme par les épaules et la secoua. « Où est mon fils ? »

« Gabriel… Gabriel a fui. » Le cœur d'Edeline se glaça. « Alors que tu t'inquiétais pour Wolfram, Cordrin l'a ouvertement accusé d'avoir assassiné son père. Nous étions tous trop choqué pour le contredire, et je crois que Gabriel l'a pris comme un assentiment de notre part. Il s'est enfui, et personne ne sait où. »

« Trevor ? Qu'en est-il de Trevor ? »

« Gabriel a pris Trevor avec lui, et Adelar a déjà ordonné que le moindre signe de leur présence à tous deux ici soit détruit. Tout ce qui leur appartenait – habits, jouets, livres – a été jeté dans un feu un peu plus tôt. Heureusement, l'animal de compagnie de Gabriel semble s'en être sorti, autrement elle aurait été brûlée vive aussi, j'en suis sûre. Nous savons tous qu'Adelar prononce les morts, mais que c'est Cordrin qui donne les ordres, comme nous l'avons toujours craint. » Sonja hésita, et l'expression de son regard fit tressaillir Edeline. « Il a ordonné… » Sonja marqua une pause et prit une profonde inspiration. « Il a ordonné que le corps de Wolfram soit détruit. »

« Détruit ! Pourquoi ? »

Sonja fixa la porte quelques minutes, et quand elle se tourna à nouveau, elle n'était pas plus détendue. « Parce que Gabriel lui a donné son sang, et Cordrin l'a déclaré infecté. Caleb a insisté que ce n'était pas vrai, mais Cordrin a répondu en ordonnant au garçon de faire ses bagages et d'être parti dès le lendemain. Sinon… » Elle ne finit pas sa phrase.

Edeline s'avachit sur le canapé. Cela… Cela ne pouvait pas arriver ! Son mari était mort, son fils et son petit-fils avaient disparu, son neveu était éjecté de chez lui, et son beau-frère faisait sa loi.

« Sais-tu où est Wolfram ? » Demanda-t-elle, et Sonja secoua la tête.

« Non. Adelar le sait, comme les hommes qui l'ont sortis plus tôt, mais personne ne dit quoi que ce soit. »

Edeline hocha la tête : il fallait s'y attendre. Puis elle se leva et avança vers la porte.

« Que fais-tu ? Où vas-tu ? »

« Je vais retrouver mon mari. Puis je vais retrouver mon fils. »

« Edeline, attend ! Tu ne peux pas ! Tu sais ce que Cordrin fera ! »

Edeline secoua la tête et sortit de la chambre. Cordrin n'avait aucune importance à l'heure actuelle.

Le chemin vers le bureau était court, et elle trouva la porte fermé, Sir Pershan montant la garde devant.

« Le Seigneur Cronqvist ne veut pas être dérangé. » Dit-il, le regard dévasté en la voyant approcher.

« Je m'en moque : je vais lui parler, et il va me dire où est Wolfram. »

« Je ne peux pas vous laisser entrer. »

« Essayer simplement de m'en empêcher. » Edeline s'avança et leva le poing pour frapper contre la porte, mais la large main de Sir Pershan s'abattit sur son poignet et l'arrêta. « Lâchez-moi ! »

Le plus vieil ami de son mari jeta un coup d'œil vers la porte, puis s'en éloigna de plusieurs pas. En dépit de son âge, sa poigne était d'acier sur son poignet, ce qui la força à le suivre. Ils s'arrêtèrent enfin plus loin dans le couloir, et il jeta un dernier regard vers la porte avant de lui faire face.

« Edeline, » murmura-t-il, et la manière familière de lui parler lui fit marquer une pause et le fixer avec surprise, « nous nous connaissons depuis que nous sommes enfants, et j'ai besoin que tu me fasses confiance, comme Wolfram le faisait. L'état actuel des choses est extrêmement dangereux pour toi. Tu n'es plus Dame Cronqvist, tu n'as plus autant de pouvoir qu'avant, pas plus qu'un mari puissant pour te protéger. Si Adelar ou Cordrin décident de t'éjecter de la famille, ni toi ni moi ne pouvons les en empêcher. Tu dois garder profil bas et te taire si tu ne veux pas finir à la rue, ou pire. »

« Pire ? » Siffla Edeline. « Que pourrait-il dont être pire ? »

« Ton fils est un vampire. Ton mari a reçu son sang. Serait-il vraiment difficile pour Cordrin de te peindre avec le même pinceau s'il le voulait ? » Elle retint son souffle face aux implications, et Sir Pershan lui lança un regard compatissant. « Je n'aime pas cela plus que toi, mais je ne peux rien faire. J'ai juré enfant de toujours servir le Seigneur et la Dame Cronqvist, bien que je n'ai jamais cru que ce serait un seigneur marionnette dirigé par un manipulateur. » Il observa la porte une troisième fois. « Je vais ordonner à l'un de mes hommes de t'escorter à tes appartements. Reste calme, reste isolée et espère vivre plus longtemps que Cordrin. » Il releva la tête et fit signe à quelqu'un. Edeline vit l'un des gardes s'approcher. Elle commença à s'éloigner, et elle entendit Sir Pershan murmurer quelque chose avant que des pas rapides ne la rattrapent. Le garde ne prononça pas un mot en la raccompagnant des les couloirs vides, et Edeline pensa un instant que la maison ressemblait à un tombeau. Elle ne vit personne, et les seuls bruits étaient ses pas et ceux du garde. Ils atteignirent ses appartements sans rencontrer qui que ce soit d'autre, et elle remerciait l'homme de l'avoir escortée avant de rentrer quand il se pencha pour chuchoter à son oreille.

« Wolfram Cronqvist est dans les donjons sous la maison, jusqu'à ce qu'un bûcher approprié puisse être construit. » Souffla-t-il. « Vous êtes une veuve endeuillée, pleurant votre mari après de nombreuses années ensemble. Restez loin des yeux, laissez les autres penser que vous êtes trop triste pour quitter votre chambre, et allez le voir discrètement cette nuit. Ne vous faites pas voir. »

Edeline s'immobilisa tandis que ces mots finissaient d'intégrer son esprit, et elle hocha lentement la tête tandis que le garde se redressait. Elle rentra chez elle alors que l'homme s'éloignait, et ferma la porte pour s'y appuyer. Un regard rapide vers la fenêtre la plus proche l'informa qu'il était tôt le matin : elle avait des heures à patienter. Sur cette pensée, elle s'installa à côté de la cheminée pour tenter de passer le temps.


Gabriel observait prudemment les derniers rayons disparaître à l'horizon et soupira de soulagement. Cela faisait à peine 14 heures qu'il avait fui la maison familiale, depuis que son père… son père… Gabriel sentit sa gorge se serrer, et il cilla et s'essuya les yeux du dos de la main. Il pleurerait son père plus tard : maintenant, il devait trouver un lieu sécurisé pour Trevor.

Il se retourna pour regarder Trevor, enveloppé dans la tunique de Gabriel pour ne pas avoir froid, endormi dans les ruines de la petite cabane qui l'avait abritée il y a quelques années. Le toit et l'un des murs s'étaient effondrés avec le temps, mais il en restait suffisamment pour le protéger du soleil. Il soupira en fixant son fils. Trevor méritait bien plus, mais il se força à cesser d'y songer quand l'enfant remua.

« Papa ? » Marmonna Trevor en voulant se lever, mais la cabane écroulée n'était pas assez haute et Gabriel se précipita pour l'empêcher de se cogner la tête.

« Un instant, Trevor, laisse-moi te sortir de là. » Il attrapa un pan de la tunique et tira Trevor hors du réduit où ils avaient dormi. Il souleva l'enfant dans ses bras, et Trevor se frotta les yeux.

« J'ai faim, Papa. Quand rentrons-nous à la maison ? »

« Nous y serons bientôt. » Répondit Gabriel en peignant doucement les cheveux du garçon emmêlés par le sommeil. « Nous te trouverons quelque chose à manger à ce moment-là. »

Trevor fit signe qu'il avait comprit, et Gabriel ignora son cœur qui se tordait quand la tête de son fils s'appuya contre son épaule. C'était pour le mieux, se dit-il en commençant à avancer dans les épais buissons.

Il avait bougé plus vite que jamais, plus vite que la dernière fois qu'il avait fui la maison, bien que la nuit plus longue l'ai aidé. A l'époque, il avait mis trois jours pour faire la distance entre la maison et la cabane abandonnée, mais cette fois il l'avait fait en une seule nuit. Cela voulait dire qu'il lui restait quelques heures, voire moins, avant d'atteindre leur destination. Tant mieux, le plus tôt quelqu'un pourrait s'occuper de Trevor, le mieux.

Cela s'avéra vrai, puisque minuit n'avait pas encore sonné quand il perçut la présence que quelques centaines de cœur à proximité. Le sien rata des battements, et il serra Trevor plus fort contre lui alors que de la lumière perçait à travers les arbres.

Un village assez imposant avait grandi autour du camp dans lequel il avait été élevé, et il resta dans les ombres de la lisière en observant les lieux où les ténèbres étaient les plus importantes, afin de passer plus facilement sans être vu. Sa tunique en lin blanche rajoutait de la difficulté, mais s'il faisait attention, il pourrait passer à travers les maisons rapprochées jusqu'aux fenêtres de Maître Liam sans être repéré. Un ordre mental fit s'envoler Delilah vers une branche d'arbre pour les attendre, alors que Gabriel s'adressait à Trevor.

« Trevor, » chuchota-t-il à l'oreille de son fils, « j'ai besoin que tu sois silencieux, que tu ne fasses pas le moindre bruit pour un petit moment, d'accord ? Tu peux faire pour Papa ? »

Trevor approuva sans mot dire, et ses bras se resserrèrent autour du cou de son père alors que Gabriel sortait précautionneusement des arbres et entrait dans le village. Ç'aurait été plus simple sous forme de rat, mais c'était évidemment impossible avec un enfant dans les bras. Il ne pouvait qu'espérer que personne ne les repérerait, alors qu'ils avançaient sans bruits entre les flaques de ténèbres en direction du camp. Il dut s'immobilier et se presser contre des mur et se baisser dans des renfoncements une fois ou deux, mais personne ne semblait les avoir vu quand il atteignit une fenêtre sombre au fond du camp. Il songea brièvement à toquer sur le verre, mais il ne voulait pas être entendu par quelqu'un d'autre.

« Pourquoi ouvres-tu la fenêtre, Papa ? » Interrogea Trevor, faisant marquer une pause à Gabriel.

« Qu'est-ce que j'ai dit il y a quelques minutes, Trevor ? J'ai besoin que tu sois silencieux. »

« Mais Papa, ce n'est pas – »

Gabriel lança à l'enfant un regard sévère. « Ferme la bouche, Trevor Belmont. Pas d'autres mots. » Trevor le regarda et se tut, et Gabriel ignora le serrement de son coeur en ouvrant la porte et en grimpant à travers. Ses pieds touchèrent le parquet verni à l'intérieur dans un bruit, et il reconnut le bureau qui avait un jour appartenu au Cardinal Volpe. Il ne l'avait pas vu depuis des années, mais il y avait des indices que quelqu'un d'autre vivait ici. Plus de livres dans la bibliothèque et amassé sur le bureau, et l'endroit était moins bien rangé et plus poussiéreux, alors que Volpe insistait pour l'endroit soit immaculé. Maître Liam n'aimait pas le désordre, mais pas au même point.

« Papa – » Entama Trevor, mais Gabriel lui siffla dessus en refermant la fenêtre, bien qu'il avait l'impression de s'arracher le cœur à sa sévérité. Il le laissa tomber sur une chaise en face du bureau.

« Ne bouge pas, Trevor. » Dit-il à l'enfant en le toisant. « Ne bouge pas de cet endroit, et ne fais pas un bruit. Je reviens tout de suite. »

« Où vas – »

« Qu'est ce que je viens de dire, Trevor Belmont ? »

Trevor se mordit la lèvre et baissa les yeux, et Gabriel sentit son cœur se tordre de douleur en voyant la lueur humide dans ses yeux verts brillants, mais il se détourna et sortit. Cela ne lui prit que quelques secondes pour repérer la chambre à coucher, où il découvrit son ancien professeur endormi sous des couvertures de fourrures, dans un lit contre le mur. La cheminée avait brûlée tout le bois, et il y jeta des buches après s'être approché, faisant redémarrer le feu d'une pensée. Maître Liam était un vieil homme, et une pièce réchauffée l'aiderait lorsqu'il sortirait du lit.

Il se détourna du feu crépitant vers lit, et hésita. Ce n'était que quelques mètres entre lui et le lit où dormait Maître Liam. Ce serait simple, de le réveiller, lui expliquer ce qu'il s'était passer et lui demander…

Gabriel déglutit difficilement.

… lui demander de prendre soin de Trevor pour lui, mais ses pieds semblaient enracinés. La décision lui fut prise des mains quand le vieil homme remua et s'assit dans son lit.

« Gabriel ? » Maître Liam sonnait confus. « Gabriel, c'est toi ? Que fais-tu ici ? »

Gabriel ne répondit pas : les mots restaient coincés dans sa gorge sans qu'il puisse les exprimer. Il avait toujours du temps. Tout ce qu'il avait à faire était de sortir de la pièce plus rapidement que l'on pouvait le voir, et Maître Liam croirait avoir rêvé. Il n'avait pas besoin de…

« Seigneur Gabriel ? » Maître Liam rejeta ses couvertures et s'approcha prudemment de lui. Gabriel rongea sa lèvre, tourna la tête vers le feu rougeoyant et tenta de calmer suffisamment longtemps ses pensées enragées pour leur donner voix. Il devait faire ça. Trevor méritait tellement plus qu'être coincé avec lui.

« Seigneur Gabriel, allez-vous bien ? »

« Je ne suis plus Seigneur Gabriel désormais ! » Lâcha-t-il en faisant face à son vieux mentor. « Mon père… » Son cœur se serra, sa voix trembla et craqua. « Mon père est mort. »

Le regard de Maître Liam s'adoucit. « Oh, Gabriel, je suis tellement désolé. » Il voulut mettre une main sur l'épaule de Gabriel, mais ce dernier s'éloigna. « Gabriel ? »

« J'ai besoin que vous vous occupiez de Trevor pour moi. » Les mots se bousculèrent dans sa bouche, et la pièce devint silencieuse mis à part le feu craquant et crépitant dans la cheminée, alors que Maître Liam le fixait avec des grands yeux avant de se reprendre.

« Pourquoi Gabriel ? Que s'est-t-il passé ? »

« Ce n'est pas important ! J'ai juste besoin que vous preniez soin de Trevor maintenant ! »

« Et pour ta famille ? »

« Je n'ai plus de famille ! Alors, prenez-vous Trevor ou pas ! »

« Papa ! »

Gabriel sentit son cœur s'arrêter en se retournant brusquement pour voir Trevor debout dans l'embrasure, le fixer avec horreur.

« Je t'ai dit de rester dans l'autre pièce, Trevor ! »

« Tu as dit qu'on rentrait à la maison ! »

« Tu es à la maison ! »

« Non, c'est faux ! »

« Si, tu l'es ! »

« Mais pourquoi, Papa ? »

« Parce que partout où je vais, les gens meurent ! D'abord ta mère, puis Claudia, puis Pan, Laura, et maintenant ton grand-père ! Je n'aurais pas ta mort sur la conscience ! »

Trevor gémit et s'enfuit de la chambre, et Gabriel ignora la brûlure de ses yeux en regardant un Maître Liam toujours aussi choqué.

« Donnez-lui votre nom, et assurez-vous qu'il m'oublie. Ne lui dites rien à mon propos, il n'a pas besoin de savoir. »

Sans donner au vieil homme une chance de répondre, Gabriel se transforma en sa brume pour disparaître de la pièce et sortir par la fenêtre. Il se détendit pour reprendre forme humaine et avança trop rapidement pour être vu dans le village toujours endormi jusqu'à atteindre l'orée de la forêt. Delilah couina en l'accueillant et voleta pour s'accrocher à son épaule comme d'habitude, mais il secoua la tête.

« Je ne le supporterai pas s'il t'arrivait quoi que ce soit, ma fille. » Souffla-t-il en la caressant. « J'ai besoin que tu restes avec Trevor et que tu t'occupes de lui. Tu peux faire cela ? »

Delilah cilla de ses immenses yeux noirs et et gémit doucement alors que ses oreilles se rabattait sur son crâne.

« Je sais, mais ce serait plus sécurisé pour toi, et Trevor aurait bien besoin d'un ami là tout de suite. » Il baissa la tête et frotta son nez contre son museau, et réussit à sourire tristement. « Tu as été une amie loyale ces dernières années, Delilah, mais là où je vais, tu ne peux pas me suivre. » Une langue chaude et rose lui lécha le nez, et il sourit. « Je me sentirai mieux si je savais que tu gardes un œil sur Trevor. » Il releva la tête et l'observa un dernier, long moment. « Envole-toi, Delilah. »

Il la fit décoller de son bras, et elle le survola une fois, deux fois, puis plongea pour lui frôler la tête de l'aile et disparaître dans la direction du camp. Il l'observa voler à travers le village et à travers la fenêtre qu'il avait laissé ouverte, et son ouïe perçut les pleurs de Trevor.

Gabriel se détourna et refusa de les écouter plus avant.

C'est une erreur, Gabriel.

Il n'y prêta pas attention alors qu'il commençait à courir, loin du camp, loin de sa dernière famille. Plus loin il était, plus sauf était Trevor. Il ignora la brûlure de ses yeux et la douleur dans son cœur. Il devait aller le plus loin possible, suffisamment loin pour que personne ne connaisse le nom de Gabriel Belmont ou l'histoire de l'homme qui avait vaincu les Seigneurs de l'Ombre.

Ce n'est pas la réponse, Gabriel.


Edeline se faufila dans les escaliers de pierres dures qui menaient au donjon sous la maison. Il n'était pas utilisé, aussi n'y avait-il aucun garde dont elle aurait du s'inquiéter, mais elle était certaine que cela allait bientôt changer. Cordrin commencerait par les serviteurs, éliminant ceux qui restaient loyaux à Wolfram, puis il s'occuperait des gardes et des chevaliers, et finirait pas les autres membres de la famille. Nul doute qu'elle était au sommet de cette liste, et soit qu'elle serait expulsée de sa propre maison, soit qu'elle finirait enfermée jusqu'à sa mort.

Wolfram et elle avaient souvent joué ici enfants, jusqu'à ce que le père de Wolfram ne les fasse s'arrêter, craignant que l'un d'eux ne se perde ou ne soit blessé dans les recoins sombres. Le donjon avait deux étages et était quelque peu labyrinthique, et elle tentait de se souvenir de l'agencement en atteignant les dernières marches qui menaient au premier étage.

Si elle était Cordrin, elle aurait dissimulé Wolfram aussi profondément dans le donjon que possible, pour empêcher quiconque de le trouver. Mais de toute évidence, cela ne lui avait pas traversé l'esprit, car elle trouva Wolfram dans le premier étage, tout près des escaliers. Edeline parvint à peine à retenir une exclamation horrifiée quand elle passa en courant la porte ouverte.

Son mari était allongé contre le mur noir, comme si on l'avait jeté là sans considération de dignité ou de respect. Leurs propres chevaliers n'auraient pas pu faire cela, n'est-ce pas ? Ses yeux vides fixaient la porte, et le sang séché de Gabriel recouvrait son visage et son ou. Elle eut à peine conscience qu'elle était tombée à genoux à côté de lui, et elle tendit une main tremblante vers lui. Sa peau était froide, aussi froide que celle de Gabriel, et elle retira brutalement sa main en retenant à grand peine sa nausée.

Elle ferma les yeux et enroula ses bras autour d'elle un moment, déglutissant plusieurs fois, puis d'une profonde inspiration elle réunit ses forces et rouvrit les yeux. Elle tendait à nouveau la main quand des pas la firent se relever et se retourner, juste à temps pour voir le sourire suffisant de son beau-frère quand il claqua la porte. Une seconde plus tard, le loquet fut poussé, fermant la porte de l'extérieur.

« Cordrin ! »

« Tu es bien trop prévisible. » Répondit-il de l'autre côté de la porte en chêne solide. « Si le corps de mon frère est si important pour toi, alors tu peux rester ici avec lui. » Il rit doucement et s'éloigna, et Edeline courut à la porte.

« Cordrin, attend ! »

Il rit encore, et elle entendit ses pas le mener dans les escaliers et la porte des donjons se refermer. Cela fit également disparaître la faible lumière qu'elle avait utilisé pour descendre, l'enfermant dans les ténèbres avec le corps de son mari comme seule compagnie.