Chapitre 29 : Merveilleuse
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Quatre jours plus tard,
Noël 1943,
La soirée étant déjà bien entamée,
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Merveilleuse, elle est merveilleuse, se répéta Charlus pour au moins la centième fois de la soirée. Tant d'élégance n'était pas permis. Et lui, il avait réussi à la séduire avec ses gros sabots de rustre. Elle se tenait droite sur sa chaise, le bout de ses mains gantées reposait sur la table de façon à ce que ses coudes ne reposent pas sur la nappe, mais que ses mains ne soient pas non plus sur ses genoux. Elle ne souriait pas, mais son visage n'en avait pas besoin pour être à tombé par terre, plus encore que le gâteau de Noël.
Merveilleuse, se répéta-t-il sans se cacher pour détailler son profil encore une fois. Plusieurs mèches s'étaient échappées de son chignon, dont une qui reposait paresseusement sur sa pommette gauche, celle qui s'était entichée d'un grain de beauté. Elle écoutait attentivement le blabla d'Ambuela sur le vernissage de la saison d'automne, celui auquel il avait vu son portrait, peint par son oncle. Elle ne disait rien, mais elle semblait vraiment s'intéresser à ce qu'en disait Ambuela. Il avait pourtant cru qu'Ambuela et Dorea s'était pris la tête en début de soirée, lorsque lui-même avait sorti sa baguette contre Parkinson. Il avait cru qu'Ambuela avait fait un sermon réprobateur à Dorea lorsqu'elle avait confisqué leurs baguettes, à Parkinson et lui, comme s'ils étaient des enfants. Il avait même cru entendre le surnom peu flatteur de Dorea, le Glaçon, sortir de la bouche de sa cousine.
Merveilleuse… et si désirable, compléta-t-il en avalant consciemment sa salive. Dorea, son épouse, sa femme. Une robe rouge, juste pour lui. Elle s'était fait faire une robe rouge spécialement pour lui, elle le lui avait sous-entendu. Comme ses dessous le jour de leur mariage, qui étaient rouges aussi. Et ce soir ? Mon Dieu, de quelle couleur étaient-ils ce soir ? Il n'avait pas pu le voir lorsqu'elle s'était habillée, elle avait été trop rapide. Mais avec une robe de cette couleur, ils étaient sûrement encore une fois rouge, non ?
C'est ma femme, je peux le lui demander sans que ce ne soit déplacé, non ? songea-t-il en cherchant son pied avec le sien sous la table.
Elle sursauta avant de tourner lentement la tête vers lui. Il se pencha à son oreille.
« Dis-moi quelle est la couleur de tes dessous. »
Elle s'étouffa avec son vin, toussa discrètement, puis s'essuya la bouche avec sa serviette de table.
« Mais ça va pas ! siffla-t-elle en rougissant à nouveau. »
Cet effarement teinté d'exaspération lui rappela son coup d'éclat de l'heure précédente lorsqu'il avait rappelé les nombreux articles sulfureux les concernant en plaisantant avec Ambuela qui rechignait à reconnaître devant Dorea qu'elle était enceinte depuis plus longtemps qu'elle n'était mariée. Ceci le fit un peu plus sourire. Il reprit son verre de vin dans la main, et le dégusta lentement sans cesser de l'observer. C'était amusant comme elle était pudique en ce moment, et comment une petite allusion un peu cochonne la faisait rougir. Pourtant, lorsqu'il avait compris quel genre de femmes était Sylvestra et Anathema Selwyn, il avait cru que cette pudeur était une façade. Une femme qui vous accueille en vous proposant une potion aphrodisiaque n'a aucune pudeur. Et Dorea semblait bien connaître la vieille Anathema Selwyn. Quant aux sous-entendus et au regard clairement intéressé de Sylvestra Selwyn, ils avaient fini par le mettre mal à l'aise. Il avait cru tout du long que Selwyn allait lui sauter dessus devant Dorea. Merci bien. Elle était juste censée être la meilleure amie de Dorea, ou quelque chose s'en approchant. Et puis surtout, il n'avait envie d'aucune autre que Dorea.
Il s'empara de la main de son épouse pour la porter à sa bouche et l'embrasser longuement. Elle finit même par rougir lorsqu'il la fixa avec un regard des plus intéressés en l'embrassant à nouveau, et encore à nouveau. Elle tira sa main à elle, et il en profita pour se laisser tomber vers elle (non, ce n'était pas du tout parce qu'il avait perdu l'équilibre à cause de l'alcool ingéré). Il avait le nez au dessus de l'échancrure de sa robe, qui voulait se faire discret avec la dentelle qui marbrait sa peau. Il releva la tête et se redressa un peu.
« Devine. »
Merveilleuse, se répéta-t-il mentalement en souriant largement. Sa pudeur n'était vraiment qu'une façade, quand elle était avec lui du moins.
« Rouge ? proposa-t-il aussitôt en essayant de voir.
-Rouge, c'était le jour de notre mariage, lui rappela-t-elle d'un petit ton condescendant qui le mit littéralement en vrac.
-Noire ? proposa-t-il à nouveau en résistant difficilement à l'envie de poser une main sur sa cuisse. »
Elle détourna ses yeux dilatés par le désir en rougissant.
-Noire, répéta-t-il en avançant sa main gauche, celle qui n'était pas sur la table, vers sa cuisse. »
Elle se leva brusquement avant qu'il ne puisse l'atteindre.
« Les commodités sont bien au premier ? »
Oh la chipie. Très maligne, hein. Mais c'était une sacrée chipie tout de même. Il n'aurait jamais osé sortir de table avant que sa mère ne propose de danser, lui. Il se serait tenu jusque là. Il passait pour un chaud lapin, mais finalement, elle n'était pas mal dans son genre aussi. Elle ne lui avait pas dit non ces derniers jours, elle l'avait même plutôt encouragé à vivement venir partager le fruit défendu de l'amour. Un petit sourire ici, un battement de paupière là…
« Non, au rez-de-chaussée, je vais t'accompagner, intervint-il en se levant. »
Il posa une main dans le bas de son dos déjà moite. Oh oui, il avait envie d'elle. Il se tiendrait jusqu'à ce soir, mais il voulait au moins voir cette dentelle noire. C'était vraiment stupide de se marier avant Noël. Il aurait dû l'épouser une semaine plus tôt et partir avec elle à l'autre bout du monde pour lui faire l'amour quand bon lui semblait.
Il ferma la porte de la salle à manger derrière lui, la regarda un instant avancer dans le hall d'encore un pas ou deux avant de se retourner vers lui. L'agacement qui traversa son regard gris orage ne l'inquiéta pas un instant, et ne l'empêcha pas de l'emporter avec lui contre le mur pour lui dévorer la bouche. Oh bon dieu, c'était bon. Il l'avait embrassée il y a moins de deux heures, pourtant. Mais sa douceur sur sa bouche et ses soupirs lui avaient manqué. Il perdit vraiment les rênes lorsqu'elle se mit à gémir. Il attrapa sa jambe sans hésitation pour la remonter contre sa taille pendant qu'il se pressait contre elle, soupirant à son tour en la sentant réceptrice contre son bassin.
Elle prononça son prénom d'une manière tellement naturelle et sensuelle qu'il n'hésita plus à faire remonter sa robe pour accéder à ses bas, puis sa peau.
« Ma Dorea, soupira-t-il contre sa bouche en trouvant enfin sa peau sous sa robe. »
Il s'empara de sa cuisse, enfonça ses doigts dans sa chair, puis remonta encore, encore et encore pour partir à la recherche de…
« Charlus ! Mais arrête ! Nous sommes chez tes parents ! protesta-t-elle en essayant de reposer sa jambe. »
Il n'allait pas s'arrêter en si bon chemin ! Elle était réceptrice en plus depuis tout à l'heure ! Ses parents, ses parents… qu'en avait-il à faire de ses parents ? Qu'ils viennent pour voir, tiens. Il resserra sa prise sur sa jambe sous son coude en frissonnant.
« Il n'y a personne et je veux voir cette dentelle noire, articula-t-il difficilement en faisant remonter la robe bien trop longue de Dorea d'un coup d'épaule. »
Elle hoqueta, jura, mais cessa de vouloir se dégager. Sa peau blafarde attira son attention dans la semi-pénombre du hall d'entrée. Il passa sa main dessus et retrouva sa tache de naissance, se pencha pour l'embrasser, et trouva enfin sa dentelle noire. Très joli motif, mais ce qu'il y avait derrière l'intéressait encore plus.
La porte de la salle à manger grinça, et il releva la tête pour voir qui arrivait. Ah Darius. Bon, l'interlude romantique semblait terminée.
« Tu n'as vraiment aucune tenue, Charlus, marmonna Darius en le détaillant de la tête aux pieds.
-Toi, tu en as trop ! se moqua-t-il en lâchant la jambe de Dorea.
-Tu n'es qu'un animal, rétorqua Darius avec une telle condamnation dans la voix que Charlus ne put rien faire d'autre qu'exploser de rire.
-Je suis un jeune marié ! »
Ce n'était pas quelque chose qui arriverait de si tôt à Darius. Qui pourrait vouloir partager la vie de quelqu'un d'aussi barbant que son frère ? Dorea sembla approuver puisqu'elle s'enferma dans les toilettes pour fuir Darius.
« Merlin Charlus, c'est Noël, et toi… Tu te comportes comme un adolescent depuis que tu es arrivé ! renchérit son frère. Tu l'embrasses à tout bout de champ, tu cours dans toute la maison avec les enfants, tu mets tout le monde mal à l'aise !
-Il n'y a que toi qui es mal à l'aise, Darius, se moqua Charlus en croisant les bras devant lui.
-Murdock n'arrête pas de dire à Evangeline que tu es sans gêne ! Même Ambuela a arrêté de te défendre auprès de Parkinson ! répliqua son frère d'un ton clairement autoritaire.
-Murdock et Parkinson, tu te les mets où je pense, répliqua Charlus en levant les yeux au ciel. Tu n'as pas besoin de me faire la morale, Darius. J'ai vingt-cinq ans.
-Eh bien on ne dirait pas ! Imagine que ce soit Papa ou Grand-père qui soit arrivé à ma place, hein ? Comment crois-tu que… Mais tu es ivre ! complètement ivre ! s'agaça Darius.
-Qu'est-ce que ça peut faire, Dada ? demanda-t-il en utilisant moqueusement le surnom qu'il utilisait pour parler de son frère quand il avait cinq ans, et qu'il était en admiration totale devant ce grand frère si brillant.
-Ne m'appelle pas comme ça, lui ordonna Darius d'un ton sec. »
Charlus se contenta de le regarder moqueusement jusqu'à ce que son frère craque et soupire rageusement.
« Tu me fatigues, Charlus. Et tu fatigues tout le monde. Tu ne peux pas…
-Qu'est-ce qui se passe, ici ? »
Charlus tourna la tête vers la porte de la salle à manger. Son père avait passé la porte grinçante et les regardait tour à tour. Son regard se fixa sur Charlus.
« Qu'est-ce que tu fiches ici ? reprit son père en marchant jusqu'à eux. Ton frère a dû venir te chercher pour te dire qu'on allait boire du Whiskey-Pur-Feu et fumer au salon.
-J'accompagnais Dorea aux commodités, répéta-t-il en jetant un coup d'œil à la porte derrière laquelle son épouse avait disparu.
-Il l'accompagnait, marmonna Darius en ouvrant la porte du salon pour rejoindre les autres.
-Eh bien c'est fait à présent, non ? Tu viens avec nous ? lui proposa son père. Et décoince un peu le mari de ta cousine, il a trois balais dans le derrière, marmonna son père en passant devant lui.
-Murdock ? demanda Charlus.
-Parkinson, corrigea son père. »
Charlus éclata de rire et chercha Parkinson du regard. Il le trouva en train d'expliquer la vie à Grand-père Priscus. Le type avait vraiment un problème. Mais s'il avait l'accord de son père pour le faire tourner en bourrique, il n'allait pas s'en priver. Il arriva à côté d'eux et s'aida des épaules de Parkinson pour se tenir debout. L'autre commença à rouler des épaules pour se dégager, mais Charlus faisait une tête de plus que lui, si bien qu'il put se maintenir en place sans effort.
« Charlus, veux-tu prendre exemple sur ton épouse et te tenir un peu, le rabroua à mi-mot Grand-père Priscus. Je vais finir par lui demander de t'apprendre les bonnes manières.
-Elle y travaille, mais je suis un spécimen de haut vol qui requiert plus de trois jours d'apprentissage pour savoir se tenir en société, trouva-t-il malin de répondre.
-Que ne faut-il pas entendre, marmonna Parkinson. Tu es en train de faire de sa vie un enfer.
-Un enfer ? Bon Dieu, Parkinson, je suis vexé, s'offusqua-t-il faussement. »
Il en profita pour le mener aux deux fauteuils qui se faisaient face un peu à l'écart. Au passage, il attrapa les deux verres à Whiskey-Pur-Feu et la bouteille que son père lui envoyait grâce à un sortilège de lévitation.
« Je pensais pourtant que tout te passait au-dessus de la tête, rétorqua Parkinson en acceptant le verre d'alcool fort avec soulagement.
-Certaines choses me tiennent à cœur, reprit-il en guettant la réaction du mari coincé de sa cousine.
-Comme ? soupira Parkinson en portant le verre à ses lèvres.
-Comme mener chaque jour ma femme au paradis. »
Parkinson s'étouffa dans son verre pendant que Charlus hurlait de rire. L'ambassadeur était rouge écrevisse, comme s'il avait pris des coups de soleil pendant qu'il essayait de reprendre son souffle.
« Merlin, Potter !... Tu parles de la petite sœur de mon meilleur ami ! s'exclama Parkinson entre deux quintes de toux.
-Je parle de mon épouse avant tout, Parkinson, renchérit Charlus.
-Pense un peu à elle, par Merlin ! Que crois-tu qu'elle dirait si elle savait que tu parles d'elle de cette manière ? lui reprocha-t-il en se servant un deuxième verre de Whiskey.
-Elle serait flattée ! lui assura-t-il avec un rire moqueur.
-Flattée ? Tu parles d'elle comme… comme…
-Comme ? insista-t-il en fronçant les sourcils.
-Comme d'une vulgaire catin ! »
Son sang ne fit qu'un tour lorsqu'il se saisit du col de la robe de soirée de Parkinson pour l'attirer d'un coup sec à lui et le fixer dans les yeux. Les yeux noirs de Parkinson s'écarquillèrent un instant sous le coup de la peur.
« Répète un peu ça ? demanda-t-il froidement.
-Calme-toi, Potter, lui demanda Parkinson en essayant de le faire lâcher prise.
-Est-ce que tu es déjà entré à la Cave du Détraqueur ? Ou dans n'importe quel autre tripot ? Est-ce que tu as vu comment on les traite, ces filles, là-bas ? demanda Charlus dans un chuchotement furieux. »
Il ne traitait pas Dorea comme les hommes traitaient les filles. Il prenait son temps pour lui faire aimer les baisers, les caresses, l'amour et la passion. Il s'intéressait à elle avant de s'intéressait à son corps. Il voulait de la complicité avec elle. Il voulait des discussions enflammées sur sa vieille magie. Il voulait qu'elle soit heureuse et fière d'être sa femme.
« Tu iras y faire un tour, histoire de savoir de quoi tu parles, lui proposa Charlus avec un sursaut de ricanement méprisant. Ma femme, je suis fier de dire qu'elle est heureuse dans mes bras. »
Il relâcha le col en dentelles anglaises de Parkinson et leur resservit deux verres de Whiskey-Pur-Feu. Charlus but le sien d'une traite en se rappelant vaguement la Cracmol qu'il avait prise pour Dorea cinq ou six mois plus tôt. Heureusement qu'il était trop saoul ce soir-là pour avoir pu aller plus loin que l'espèce de coup de boule qu'il lui avait mis en essayant de l'embrasser. Il aurait eu encore plus honte d'avoir couché avec la Cracmol en la prenant pour Dorea qu'il avait eu honte d'être dans le lit et dans la vie d'Esméralda.
« Et j'espère, ajouta-t-il en reprenant son verre de Whiskey-Pur-Feu, qu'Ambuela est tout aussi heureuse dans tes bras. »
Parkinson vira à nouveau au carmin, mais il n'ouvrit pas la bouche. Non, il se contenta de fixer Charlus la mâchoire crispée, et les yeux plissés.
« Après tout, j'imagine que tu sais la contenter vu qu'elle te pratique depuis quatre ans, continua Charlus l'air de rien en attendant une réaction verbale de la part de son interlocuteur. »
Mais l'ambassadeur se contentait de le regarder en devenant plus rouge de secondes en secondes, par gêne ou par colère, allez savoir.
« Encore un verre ou deux ? lui proposa Charlus de plus en plus amusé. »
Toujours pas de réponse.
« Je peux te donner quelques trucs si tu veux, continua-t-il. »
Par Merlin, Parkinson savait encaisser, nom de nom. C'était sans doute un truc d'ambassadeur de rester stoïque face aux attaques.
« Ça ira, merci, je sais ce qu'elle aime, lui dit enfin Aristote Parkinson, rouge de honte ou de malaise, avant de s'enfiler son verre de Whiskey-Pur-Feu d'un trait. »
ENFIN ! Eh bien, il fallait quelle quantité d'alcool dans le sang à cet imbécile pour décoincer le balai qui encombrait son derrière ?
« Ahhh ça me fait plaisir de t'entendre me dire ça, reprit Charlus en leur servant une nouvelle rasade de Whiskey-Pur-Feu. Ambuela est tellement compliquée, j'ai toujours craint qu'elle finisse seule. Ou pire, qu'elle s'arrange un mariage ennuyeux.
-On ne peut pas s'ennuyer avec Ambuela, répliqua vivement Parkinson en fronçant les sourcils. »
Tiens, il avait fini son verre ? C'était l'occasion de lui en resservir un, il ne fallait pas s'arrêter en si bon chemin. Et c'est qu'il ne disait pas non, l'ambassadeur.
« Ah oui ? Elle parle toujours chiffon, dit-il distraitement pour faire parler Aristote Parkinson. »
Il n'avait pas pris la peine d'essayer de le connaître, en tête à tête, ou même avec Ambuela à côté. Le mois de leurs fiançailles, Parkinson avait dû retourner dans les Balkans, et Ambuela était préoccupée par l'organisation de son mariage. Et après… Après la cérémonie, Ambuela et Aristote Parkinson, mariés pour l'éternité, étaient partis traverser l'Europe en train pour gagner Sarajevo.
« Elle connaît toute la peinture sorcière, elle est spirituelle et sur une remarque banale, on peut épiloguer des heures, elle et moi, la défendit Parkinson sans voir le piège évident que Charlus lui avait tendu. »
Et pourtant, il n'était pas manipulateur pour une Noise. Le piège était évident et Parkinson était diplomate, tout de même.
« Certes, reconnut-il en masquant son amusement mais Parkinson était lancé et il n'y fit pas attention. »
-Elle a déjà ré-agencé toute l'Ambassade de Grande-Bretagne et d'Irlande avec un goût d'une élégance rare, dit-il avec émerveillement, et tous les politiciens balkaniques sont conquis par sa beauté et son esprit. J'ai enfin réussi à faire signer un traité avec les Serbes et les Croates alors que je piétinais depuis des mois, et tout ça grâce à une après-midi de Cricdditch qu'elle avait organisée. Ils se sont tous pris au jeu alors que les slaves sont loin d'être marrants. Je ne sais pas si tu en as déjà rencontré, mais lorsqu'ils commencent à refuser un verre de Vodka, ils deviennent intraitables.
-Ah oui ? commenta Charlus en se retenant de rire et en resservant Parkinson.
-Elle est en train de peindre le château de Poudlard dans l'entrée de l'Ambassade d'après un croquis qu'elle a fait avant notre mariage, lui apprit-il. J'étais assez sceptique au début, je l'avoue. Mais c'est superbe. Et en plus, il apparait selon l'heure qu'il est à Pré-au-Lard. La nuit, le château est vraiment magnifique. J'ai l'impression de retourner à mon entrée à Poudlard quand je passe devant le mur.
-Et entre elle et toi ? Elle t'a tout de même fait patienter quatre ans, le provoqua gentiment Charlus en sentant sa tête lui tourner de plus en plus mais incapable de s'empêcher de finir la bouteille de Whiskey-Pur-Feu.
-Elle est jeune, c'est normal qu'elle ait été réticente à s'engager avec quelqu'un de quinze ans de plus qu'elle, la défendit à nouveau Parkinson. Tu permets ? »
Parkinson sortit une boîte à cigares de la poche de sa robe de cérémonie. Il en proposa un à Charlus qui l'accepta volontiers. Il essayait d'éviter de trop fumer pour garder son souffle, un conseil de Fergus Dingus qui était plutôt judicieux après avoir été testé. Mais il ne s'interdisait pas un cigare ou quelques cigarettes de temps à autres. Un peu trop souvent selon Dingus. En tout cas, Parkinson ne se moquait pas de lui. C'était vraiment un tabac de qualité.
« Tabac cubain, lui précisa Parkinson en le voyant regarder le cigare avec appréciation. »
Etait-il utile de préciser que le tabac cubain faisait partie des meilleurs ? Si ce n'était le meilleur ?
« Lorsqu'on a goûté le tabac cubain, on devient pointilleux, reconnut Parkinson en remontant de sa main libre ses lunettes rondes sur son nez.
-Je vois, reconnut Charlus après plusieurs minutes passées à apprécier le goût des feuilles de tabac. Ambuela exagère tout de même, reprit-il curieux de voir comment elle avait embobiné Parkinson pour qu'il l'attende pendant quatre ans séparés par des centaines de kilomètres.
-Pourquoi donc ? s'étonna Parkinson.
-Enfin, Parkinson, quatre ans, dit simplement Charlus comme si c'était évident.
-Elle avait dix-neuf ans à l'époque, et j'en avais déjà trente-trois, je venais d'être nommé Ambassadeur des Balkans, raconta posément Parkinson en tirant largement sur son cigare et en s'installant plus confortablement dans le fauteuil. Je ne connaissais encore personne là-bas, et elle était sortie de Poudlard depuis moins d'un an. Antony avait à peine deux ans, Alfred quatre ans et Alexander huit. Je pouvais comprendre qu'elle veuille voir ses frères un peu plus.
-Un an, je veux bien, mais quatre ? insista Charlus.
-Elle m'a dit qu'elle en avait déjà discuté avec toi, vu que tu es son cousin préféré, rappela Parkinson en levant les yeux au ciel. Elle m'a d'ailleurs demandé de t'inviter à venir rapidement avec ton épouse et de faire la paix avec toi.
-C'est pour cela que tu acceptes de me parler depuis tout à l'heure ? hallucina Charlus en laissant son cigare hors de sa bouche.
-En partie. L'alcool m'aide à te laisser une chance de ne pas te considérer comme un adolescent impertinent qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. »
La vache. Le type manquait de diplomatie pour être ambassadeur. Et dire que Charlus avait eu l'impression qu'il avait réussi à le faire parler comme il le voulait, il avait fait preuve d'une belle prétention sur ce coup. Oh mais il ne se laisserait pas démonter. Parkinson tremblait déjà des mains à cause de l'alcool. La bouteille de Whiskey-Pur-Feu n'en était qu'à la moitié.
« Je vais le prendre comme un compliment, fit-il avec un sourire moqueur. Mais tu peux demander à Dorea, je suis loin d'être un adolescent. »
Parkinson le regarda en soupirant profondément sans détourner le regard. Charlus rompit le lien en remplissant à nouveau leurs verres. Il leva le sien pour faire signe de Parkinson de trinquer.
« Tu es obligé de tout ramener à ça ? soupira l'ambassadeur en trinquant avec lui à contrecœur.
-C'est amusant, Dorea m'a dit la même chose tout à l'heure, releva-t-il en regardant Parkinson vider son verre.
-C'est bien, elle n'est finalement pas devenue frappa-dingue, comme le disait Pollux, répondit posément Parkinson pendant que Charlus le resservait en alcool.
-C'est moi qu'elle rend frappa-dingue, embraya Charlus en guettant son vis-à-vis.
-Tu n'as pas besoin d'elle pour ça, j'en suis convaincu, se moqua Parkinson en buvant son verre comme si de rien n'était.
-Disons qu'elle décuple mes facultés naturelles à paraître relativement dérangé, nuança-t-il.
-Bien sûr, ironisa Parkinson. L'autre raison pour laquelle j'essaie de te supporter, c'est parce que tu as accompagné Ambuela à notre dîner de fiançailles et parce que tu as réussi à raisonner ses parents, reprit-il avec un soupir ennuyé.
-Je n'allais pas laisser ma cousine se rendre seule à son dîner de fiançailles, approuva Charlus.
-Mais j'essaie encore plus de trouver de quoi te détester parce que Pollux est persuadé que tu as demandé sa sœur en mariage car tu l'avais déshonorée.
-Pardon ? s'offusqua Charlus. »
Le type avait vraiment un problème.
« Que son frère me fasse une remarque pareille, j'aurais pu comprendre, reprit-il lourdement. Mais que toi, qui t'es tapé ma cousine pendant quatre ans sans t'être même fiancée à elle tu me fasses une remarque pareille…
-Calme-toi, Potter, reprit Parkinson sans sourciller. Pollux dit cela parce que sa sœur est rentrée chez eux suite à un soi-disant malaise le jour de mon mariage avec Ambuela. Il s'est monté la tête suite à je ne sais quelle remarque que tu lui as faite le jour de ton mariage, et a commencé à s'imaginer que tu étais la cause du malaise de sa sœur, que tu l'avais malmenée ou quelque chose de cet ordre.
-Encore une fois, je suis stupéfait de ton aplomb, articula froidement Charlus en reprenant son verre d'alcool.
-Eh bien, j'ai réussi à te gêner, voilà qui est à noter dans les annales, se moqua Parkinson. A croire qu'il y a quelque vérité là-dedans. »
Il l'avait juste embrassée, ce jour-là, il ne l'avait pas déshonorée, si tant est que faire l'amour puisse réellement déshonorer qui que ce soit. Quoi ? Parkinson voulait des détails ? Il voulait savoir que Dorea avait été tétanisée le soir de leur mariage et qu'elle avait été jusqu'à lui demandé si l'amour était aussi bien qu'elle avait cru le comprendre ? Au moins, Prarkinson n'a sûrement pas eu ce problème avec Ambuela, songea-t-il avec amertume en remplissant à nouveau les verres.
Il secoua la tête et finit la bouteille de Whiskey-Pur-Feu dans son verre. Bon Dieu, elle était descendue un peu vite cette bouteille. Ça commençait vraiment à cogner dans sa tête. Comme Parkinson ne relançait pas la conversation, Charlus releva la tête. Il le regarda se masser les paupières, la tête renversée dans le fauteuil. Il avait éteint son cigare et jurait à mi-voix. Il était ivre le type ? Et ça le mettait dans cet état ?
« C'était juste du Whiskey-Pur-Feu, Potter ? demanda Parkinson en articulant difficilement. »
Charlus regarda l'étiquette de la bouteille, plissa les yeux pour rendre sa vision plus nette et jura à son tour.
« Crotte de dragon. »
C'était la bouteille. La bouteille de mélanges qu'Ignatius et lui avaient un jour trafiquée de sorte qu'une fois ouverte, elle pousse le consommateur à être finie le plus rapidement possible. Un sortilège qu'ils avaient trouvé amusant à l'époque. C'était il y a au moins dix ans. Ils en avaient assez de les voir tous coincés pour l'anniversaire d'untel, et ils s'étaient éclipsé à la cave pour trafiquer une bouteille de Whiskey-Pur-Feu. Ils n'étaient finalement jamais remontés rejoindre les autres, bien en peine de savoir si le sort avait fonctionné, et lorsque Robertus Potter était venu dans la cave pour reprendre une bouteille, ils s'étaient vite fait, bien fait, cachés dans la pénombre. Ils avaient remis la bouteille à sa place avec un petit sortilège pour lui donner un goût de Whiskey-Pur-Feu et ils avaient lâchement fui.
« Je ne crois pas, avança-t-il prudemment en essayant de se souvenir des mélanges qu'ils avaient fait ce soir-là dans cette bouteille.
-Par Merlin, j'ai horreur des mélanges, marmonna Parkinson en soupirant lourdement. Qu'est-ce que tu m'as fait boire ?
-Je ne sais plus, c'est un mélange vieux de dix ans, répondit-il avec agacement. »
Non mais pourquoi l'alcool l'empêchait encore plus de mentir ?
« Tequila-La, il me semble. Et Vodka-Pur-Glace. Peut-être quelques gouttes d'Hydromel, essaya-t-il de se souvenir. Merlin, je pensais que cette bouteille avait été bue il y a des années.
-Empêche-moi de monter sur un balai, veux-tu ? marmonna Parkinson. J'ai failli nous empaler, Ambu et moi, l'année dernière.
-Quoi ? s'étonna Charlus en recouvrant un moment une vision nette.
-J'étais venu la chercher en balai chez ses parents en pleine nuit pour sortir boire un verre sauf qu'il y avait son amie… Zoely Zabini et… elle fait de ces mélanges, marmonna-t-il l'œil de plus en plus vitreux. Je n'arrivais même plus à voler droit pendant trois mètres. J'ai bien cru que je n'arriverais jamais à la ramener à Fortarôme.
-Pourquoi tu n'as pas laissé Ambuela mener le balai ? s'étonna Charlus en dodelinant de la tête.
-Elle ne pensait qu'à essayer de…
-De ? articula Charlus avec difficulté. »
Parkinson l'attrapa par le col de sa robe pour le faire baisser la tête. Charlus se retint d'une main maladroite sur le genou de Parkinson.
« Elle ne pensait qu'à baiser sur ce fichu balai, marmonna Parkinson la voix pâteuse.
-Mauvaise idée, se moqua aussitôt Charlus manquant de s'étaler au sol avant de retomber habilement dans le fauteuil. »
L'idée d'entendre les idées sexuelles fantasques de sa cousine ne le gêna pas sur l'instant. Demain ce serait sans doute une autre histoire.
« Comment tu le sais ? marmonna Parkinson en grimaçant. »
Charlus le vit ouvrir le premier bouton de sa robe de soirée et de sa chemise de corps avant d'enlever sa cravate comme s'il avait soudain très chaud. Il l'imita aussitôt. Eh bien, pour quelqu'un de guindé et de coincé, quelques mélanges avaient vraiment un impact phénoménal.
« J'ai essayé avec une amie Poursuiveuse une fois, j'ai failli la faire tomber de dix mètres au dessus du sol, avoua Charlus.
-Tu as de drôles d'amies, Potter, ne trouva qu'à commenter Parkinson. Avec de drôle de fantasmes.
-Ma cousine a le même, moi je voulais juste lui faire plaisir, à mon amie. Elle était russe d'ailleurs, précisa-t-il sans savoir pourquoi.
-Les russes sont folles furieuses lorsqu'elles voient un anglais, marmonna Parkinson. Ambuela m'a fait une scène l'autre jour parce qu'une amie russe de la reine sorcière des Croates me faisait les yeux doux, selon elle, souligna-t-il avec un soupir exaspéré. J'ai dû passer la nuit à lui faire plaisir, si tu vois ce que je veux dire. »
Là, il ricana sans s'en cacher. Sa cousine menait son mari à la baguette, et ce n'était pas pour l'étonner, finalement.
« Je te jure, elle est infernale depuis qu'elle est enceinte, lui assura Parkinson d'une voix de moins en moins articulée. Elle me réveille une fois sur deux au milieu de la nuit pour que je la touche. C'était plaisant au début, mais ça commence à me fatiguer. Et tu as vu son ventre à présent ? Ce n'est franchement pas pratique ! J'ai peur de lui faire mal ou de faire mal au bébé !
-Elle ne te réclamait pas comme ça avant ? demanda Charlus. »
Comment Dorea pourrait-elle encore plus l'aguicher le jour où elle serait enceinte ? Il avait déjà l'impression qu'elle le cherchait en permanence depuis quatre jours ! Rien que se rappeler son regard lointain et ses joues rouges à table…
« Pas autant ! reprit Parkinson le faisant sursauter. Elle a toujours été très entreprenante avec moi, d'accord. Lorsqu'elle est venue à Sarajevo il y a deux ans, elle n'a même pas tenu une nuit dans la chambre d'amis. Elle m'a supplié de la lier à moi pour toujours en la faisant femme, elle voulait me montrer qu'elle serait à moi pour toujours et… Et je n'ai jamais su résister à ce qu'elle me demandait, marmonna-t-il pour lui-même. Quatre ans… Bon sang, j'ai dû attendre quatre ans avant de la voir porter mon nom, tu imagines ce que c'est ? Mais non, tu ne sais pas. La sœur de Pollux t'a dit oui presqu'aussitôt.
-Dorea ? s'étonna Charlus alors qu'il n'avait qu'une seule femme. Pas tout à fait. Enfin si, elle m'a dit oui dès que je me suis déclaré, mais…
-Cinq fois, j'ai dû lui proposer cinq fois avant qu'elle n'accepte et seulement parce qu'elle était enceinte, le coupa Parkinson en soupirant lourdement. Je crois même que j'ai fait exprès de la mettre enceinte pour qu'elle se décide. Inconsciemment peut-être. Je n'en sais rien. Les femmes sont compliquées, geignit-il.
-Très compliquées, approuva Charlus en grimaçant. »
Une fois sur deux, il se demandait s'il comprenait bien ce que Dorea lui disait. Il avait en permanence l'impression que ses phrases étaient à double sens. Il resta un long moment à penser à elle, à ce qu'elle lui avait offert ces derniers jours, au plaisir qu'il prenait à l'ouvrir doucement au pays de la sensualité. Elle n'était pas toujours à l'aise lorsqu'ils sortaient du cadre très établi de l'acte en lui-même, au lit, lui dessus aux commandes, elle dessous à son écoute. Mais elle devenait de moins en moins farouchement opposée à ce qu'il lui proposait et de plus en plus volontaire pour les caresses et les baisers.
« Les fmsontropliquées, insista Aristote Parkinson en oubliant d'articuler.
-Pardon ? s'étonna Charlus en voulant remplir son verre d'eau à l'aide d'un Aguamentimais il arrosa Parkinson à la place.
-Merlin, Potter, qu'est-ce que tu fiches !
-'Scuse, j'ai mal visé, marmonna-t-il en essayant de mettre sa baguette directement dans sa bouche. »
Il s'étouffa avec le sortilège d'eau et toussa longuement. Il sentit même la main de Parkinson dans son dos. Lequel manqua de se casser la figure en retournant s'asseoir dans le fauteuil. Charlus ricana. Il réussit à rouvrir les yeux et à prêter attention à Parkinson plusieurs secondes plus tard. Il fixa son regard sur la mine concentrée de Parkinson.
« Est-ce que tu serais partant pour une course en balai ? Ambu va me sermonner, mais…
-Mais tu fais ce que tu veux, Parki, relativisa-t-il en essayant de se lever. »
Il dut se rattraper au dossier du fauteuil pour ne pas se casser la figure. Il fit signe à son récent cousin de se lever avant d'interpeler son père.
« Papa ! Tu as fini de parler à Oncle Willem ? On peut sortir ?
-Charlus, soupira son père en le regardant avec attention. Qu'est-ce que tu as encore en tête ?
-C'est Parkinson qui a une idée sympathique, et j'veux faire plaisir à mon cousin, Papa, lui affirma-t-il. »
Il laissa tomber son bras sur les épaules de Parkinson qui venait de se lever. Il attendit la décision de son père, et accessoirement de son grand-père (qui croyait vraiment qu'il avait toujours le dernier mot dans cette maison). Puis il se dirigea vers la salle à manger avec un cri de victoire quand son père se leva en signe d'acceptation.
Après, il lui manquait des souvenirs.
Il savait qu'il avait fait cette course en balai, il savait qu'il y avait aussi eu le Quidditch-Noël, il savait que Dorea était montée se coucher avec Ambuela parce qu'elle était épuisée. Il savait aussi qu'il avait ouvert ses cadeaux, et qu'il avait été si content du cadeau de Dorea, qu'il avait voulu immédiatement la remercier de la plus digne des manières. Il se rappelait aussi vaguement s'être lavé, puis plus rien. Il ne se souvenait même pas avoir remercié Dorea en lui faisant l'amour comme elle le méritait. Il n'avait sûrement pas dû le faire dans ce cas. Il ne pouvait pas avoir oublié un moment pareil.
Il gémit à nouveau en sentant son mal de crâne pulser dans sa tête.
« Ma tête, marmonna-t-il. »
Il étirait ses jambes pour détendre ses muscles lorsque la voix glaciale de Dorea siffla à travers la chambre.
« Tu as bu combien de verres hier soir ? »
Il ouvrit un œil avant de le refermer. Elle était assise sur le lit, à côté de lui. Elle avait remonté ses jambes devant elle, et elle le regardait avec une exaspération flagrante. Il rouvrit l'œil et s'humidifia les lèvres avant de répondre.
« Quelques uns, éluda-t-il parce qu'il n'avait aucune réponse valable à donner.
-Ben voyons, marmonna-t-elle. »
Il entendit les draps se froisser et le matelas remonter, signe manifeste que Dorea s'était levée. Il respira à fond. Il lui fallait juste quelques minutes pour se réveiller et tout mal de crâne partirait. C'était comme ça, d'habitude.
« Bois un peu d'eau, ceci ne pourra te faire que du bien, lui dit-elle »
Il rouvrit l'œil qu'il n'avait pas pris conscience d'avoir fermé et vit un verre d'eau devant son nez. Il se força à bouger les membres et à se redresser. Il prit le verre pour le boire avant de la remercier. Elle avait raison, ça pulsait un peu moins là-haut.
« C'est normal, marmonna-t-elle en retour en croisant ses bras devant elle. »
Il grimaça à nouveau. Elle semblait plutôt contrariée, à la réflexion. Bon. Emily avait déjà fait des scènes à Anderson lorsqu'il revenait ivre mort chez eux. Charlus avait vu son ami se prendre la gifle du siècle – à en tomber par terre – un jour qu'il avait gentiment proposé de le ramener. Carley évitait de faire face à sa sœur ces soirs-là.
Il se massa les tempes du bout des doigts pour atténuer un peu plus rapidement l'embrouillamini de son esprit. Mais déjà, ses idées s'éclaircissaient. Et lorsqu'il releva la tête vers Dorea, il comprit à ses lèvres pincées et ses yeux fixés sur lui qu'elle était contrariée. Très contrariée.
« Tu es fâchée ? demanda-t-il prudemment.
-Peut-être bien, marmonna-t-elle.
-C'est Noël, Dorea, je peux bien boire un peu trop ce jour-là, râla-t-il. »
Il leva les yeux au plafond. Franchement, il n'avait jamais pensé qu'elle était du genre à lui reprocher une soirée un peu arrosée. Surtout pas lors d'un jour de fête.
« Tu penses que je suis fâchée pour cela ? s'étonna-t-elle en arquant un sourcil maîtrisé.
-Tu… Tu n'es pas fâchée pour cela ? s'étonna Charlus en revenant chercher son regard.
-C'est ta tête et ton corps, tu fais ce que tu veux, dit-elle en haussant les épaules. »
La femme parfaite existe peut-être, songea-t-il en souriant largement. Quoique. Elle était tout de même en colère. Qu'est-ce qui pouvait bien la contrarier de la sorte ?
« Où est le problème alors ? C'est parce que j'ai voulu me battre en duel contre Parkinson ? proposa-t-il.
-Ceci, c'était peu de choses, fit-elle sans décroiser ses bras. Si tu veux le faire, ce serait mieux que tu le fasses en dehors d'un repas de famille, ce sera plus commode pour tout le monde. Mais ça te regarde. Même si ta cousine ne te le pardonnerait pas. Et ce serait dommage. Ambuela est une personne agréable.
-Mais… reprit-il en s'inquiétant un peu plus de son ton tranchant. Ce sont les propos de ma Grand-Mère, alors ? proposa-t-il.
-Ta Grand-mère est une vieille bique, tu l'as dit toi-même, dit-elle si sèchement qu'il en sursauta. Elle a ravalé sa frustration et m'a parlé aimablement plus tard dans la soirée. »
Mais qu'est-ce que ça pouvait-être alors ? Oh non, c'était peut-être le fantôme d'Esméralda, sa « Voyante au Sang-Mêlé » qu'avait mentionnée Grand-mère Sionach sur lequel elle voulait des explications ? Mais non, il lui en avait déjà donné hier et elle avait semblé s'en contenter… A moins que…
« Mon frère t'a insultée à nouveau ? demanda-t-il en se redressant, véritablement contrarié à présent.
-Non, claqua-t-elle en serrant les dents. Je crois que c'est plutôt toi qu'il a traité d'animal lorsqu'il nous a surpris à nous embrasser dans le…
-On ne faisait pas que s'embrasser, la coupa-t-il en se rappelant les soupirs de Dorea.
-Exact, dit-elle d'un ton sec. Et ceci te fait rire ?
-Mon frère est un frustré. Il est juste jaloux de ma superbe épouse dont j'ai pu voir la culotte en dentelle noire. »
Il n'aurait peut-être pas dû dire cela. Ses joues, son visage et même son cou avaient viré au rouge en moins d'un quart de seconde. Il avait sûrement touché le problème. Et comme d'habitude, au lieu de le tirer prudemment du bout des doigts, il avait sauté à pieds joints dedans. Magnifique.
« C'est parce que mon frère a vu ta jambe nue et un morceau de ta culotte que tu es fâchée ? demanda-t-il en essayant de minimiser les faits.
-Si ce n'était que ça ! explosa-t-elle. »
Elle se mit en tourner en rond dans la chambre comme un lion en cage. Il ne l'avait jamais vue si agitée, même le soir de leur mariage. Un toc nerveux la faisait pencher la tête sur le côté et remonter son épaule dans un léger craquement. Elle tordait ses mains entre elles, elle marmonnait silencieusement, mais ses lèvres s'agitaient si vite qu'il eut un instant peur qu'elle soit en train de lui lancer une malédiction.
Puis soudain, elle s'arrêta de marcher et le fixa dans les yeux. Aucune chaleur sur son visage, seule une profonde concentration qui masquait difficilement son agitation.
« J'aime ton impertinence. J'aime même ton insolence, commença-t-elle lourdement.
-Mais, articula-t-il lentement avec méfiance.
-Mais pas ton indécence. »
Son indécence ? Il n'était pas indécent ! D'où se permettait-elle de…
« Mon indécence ? répéta-t-il lourdement.
Il se leva du lit pour venir se tenir devant elle. Il croisa les bras pour s'empêcher un quelconque geste d'énervement en sa direction et la fixa durement. Elle avait intérêt à s'expliquer un peu plus clairement car il en avait assez qu'elle lui parle à mots couverts. Qu'est-ce qui était indécent pour elle ? Ou se situait sa frontière entre impertinence et indécence, hein ? Lui, il ne se permettait pas de lui faire des reproches sur sa façon d'être. Elle connaissait son attitude lorsqu'elle avait accepté de l'épouser. Il connaissait la sienne. Point à la ligne.
« J'aime quand tu mets ton bras autour de ma taille en public, reprit Dorea la voix un peu moins assurée. J'aime même quand tu m'embrasses sur la joue malgré les tierces personnes qui peuvent nous entourer. J'aime…
-Viens-en au fait. Dis-moi plutôt ce que tu n'aimes pas, la coupa-t-il. »
Sous-entendu, ce que tu trouves indécent. Mais puisqu'elle n'était pas capable de parler franchement…
« Ne… Ne te fâche pas, s'il te plaît, dit-elle avec hésitation en baissant les yeux. Mais même Ambuela m'a dit que je pouvais… »
De quoi s'était encore mêlée Ambuela ? Elle en avait d'autres des conseils foireux à donner à Dorea ? Il posa son index sous son menton pour lui faire relever la tête. Qu'elle garde la tête haute pour lui faire des reproches. Si elle était sûre de ce qu'elle disait, elle pouvait le lui dire en le regardant dans les yeux. Sinon, il aurait mieux valu qu'elle réfléchisse à deux fois avant de lui balancer quelque chose pareil.
Il garda les dents serrées pour ne pas s'emporter. Bon Dieu, il n'y avait que lorsqu'il était question d'elle qu'il s'emportait depuis quelques semaines. Ça promettait. Il crut vraiment qu'il allait partir au quart de tour en la sentant résister sur son index.
« Vas-y, lui ordonna-t-il. »
Elle ne bougea pas pendant plusieurs secondes, et son visage ne manifesta même pas de la panique. Elle était redevenue froide.
« Ne m'embrasse plus, s'il te plaît. »
QUOI ?
« Tu ne veux plus que je t'embrasse ? s'exclama-t-il avec effarement. »
Par Merlin, elle lui avait pourtant paru aimer ses baisers et tout le reste !
« En public ! Je veux dire, ne m'embrasse pas devant ta famille, cela me gêne horriblement ! dit-elle précipitamment. Ou juste sur la main – ou même sur la joue mais pas trop longtemps. »
Il continua à la fixer, incapable de réaliser qu'elle s'était mise dans des états pareils pour quelques baisers en public. C'était cela qu'elle trouvait indécent ?
« Ce n'est que cela ? demanda-t-il en relâchant les muscles de sa mâchoire pour lui sourire.
-Et tes mains sont un peu trop… audacieuses aussi. Et plaisanter sur les articles de Sorcière Hebdo, sur cette rumeur de grossesse, franchement, je n'aime pas beaucoup ça. Et puis attends qu'on soit seuls pour regarder ma culotte ! dit-elle encore plus vite. Tu n'avais qu'à me pousser dans le vestiaire pour nous isoler, franchement, cela n'aurait pas été bien compliqué. »
Il ne put se retenir plus longtemps d'exploser de rire. Elle lui faisait toute une histoire pour quelques baisers et quelques caresses en public ? Regarder sa culotte n'importe où, pas de problème, mais seulement si personne ne pouvait les surprendre ? Elle voulait qu'il continue ses explorations, mais en privé ? Il pouvait même comprendre qu'elle l'y encourageait, non ?
« C'est seulement le public potentiel qui t'ennuie, résuma-t-il en lui souriant largement. »
-C'est cela, approuva-t-elle en rougissant.
-C'est vraiment une question de pudeur alors, insista-t-il.
-Je pense, reconnut-elle.
-Très bien, il me semble que j'ai compris, conclut-il la prenant dans ses bras. »
Il n'avait pas l'habitude de s'encombrer du regard d'autrui. S'il avait envie d'embrasser Dorea, il le faisait. Mais il pouvait comprendre qu'elle soit gênée. Elle avait eu l'habitude de se cacher de Beurk, de son père et de toute sa famille en permanence pour ne pas qu'on vienne la reprendre sur son attitude. Il pouvait comprendre aussi qu'elle ne soit pas à l'aise avec les marques d'affection, public ou non. Elle n'avait eu personne d'autre que lui dans sa vie de façon intime, elle découvrait tout alors que lui connaissait la sensualité depuis des années. Il n'avait pas vraiment pensé qu'elle puisse être mal à l'aise sur ce plan car si elle l'était, elle le cachait plutôt bien. Elle avait été inquiète au début, mais il avait fait en sorte de la rassurer avant et avec l'expérience. Et le lendemain, elle était bien plus enthousiaste et détendue que la veille. Il n'empêche…
« Tu as tout de même passé une bonne soirée ? souffla-t-il contre sa peau avant de l'embrasser plus légèrement qu'un souffle. »
-Tu as failli tomber de ton balai, bafouilla-t-elle. »
Ah. Il l'avait oublié, ça. Il resserra ses bras autour d'elle lorsqu'elle se raccrocha un peu plus à lui. Son parfum au citron l'irradia à nouveau.
« J'en ai vu d'autres, souffla-t-il avant de l'embrasser à nouveau aussi furtivement et elle frémit une deuxième fois.
-C'est mon sortilège qui t'a fait remonter sur le balai alors que tu t'y raccrochais seulement par une main, lui apprit-elle d'une voix faible.
-Oh.
-Et puis tu étais tellement ivre que tu as dû t'y reprendre à trois fois avant de monter sur ton balai sans t'écraser les fesses par terre, poursuivit-elle.
-C'est mieux que la dernière fois alors. J'étais tombé cinq fois à Noël dernier, se réjouit-il.
-Et tu t'en vantes, se désespéra-t-elle en enfouissant son nez dans son cou. »
D'accord, il avait peut-être un peu dépassé les bornes hier soir. Bravo Charlus ! Pour votre première soirée en tant que couple mariée, tu lui fais vivre un calvaire d'inquiétude !
« J'ai l'impression que j'ai à me faire pardonner, souffla-t-il en la serrant un peu plus fort contre lui.
-Tant que tu te montres un peu moins indécent en public à l'avenir, tout est en ordre. »
Elle se montrait bien trop magnanime avec lui, il s'était déjà fait la remarque. Il lui embrassa la base du cou une fois, puis deux et trois entre chaque inspiration. Sa main frôla son dos couvert d'une robe de chambre bien trop décente et il la sentit frissonner. Il continua à la caresser à travers le tissu, amusé de sentir le cœur de Dorea s'emballer contre son torse.
« Tout de même, j'ai l'impression que tu es passée par toutes les émotions hier soir, reprit-il. Je t'avais prévu une petite surprise pour le nouvel an. En soi, je ne l'ai pas organisée pour me faire pardonner de quoi que ce soit, mais je te l'annonce maintenant pour te redonner le sourire. Tu veux savoir ?
-Dis-moi, accepta-t-elle en se blottissant encore plus dans ses bras. »
Elle posa ses lèvres sur son cou sans l'embrasser, ce qui eut le don de le titiller un peu plus.
« Comme j'avais cru comprendre que tu préférais les petits comités en règle générale, j'ai simplement convié mon meilleur ami Ignatius chez nous pour le Nouvel an ainsi qu'une amie à toi. Tu ne dis rien ? reprit-il après plusieurs secondes de silence. Tu n'es pas surprise ?
-Ton meilleur ami avait vendu la mèche, souffla-t-elle.
-Par Godric, il est encore pire que moi ! Il ne sait pas tenir sa langue ce Strangulot ! pesta Charlus. Et t'a-t-il dit laquelle de tes connaissances j'avais invitée ?
-Non, il ne l'a pas fait, reconnut-elle tranquillement.
-Comme j'avais pensé que ta petite-cousine Lucretia pourrait te manquer, je me suis arrangé avec ton cousin Arcturus, le père de Lucretia, et il a même accepté qu'elle reste dormir chez nous ce soir-là. Alors, cela te fait-il plaisir ? »
Il eut à peine le temps de finir sa phrase qu'elle se jeta sur sa bouche. Son baiser était littéralement survolté. Elle ne l'avait jamais embrassé comme ça, elle ne s'était jamais perdue dans sa bouche de cette manière, comme si elle oubliait tout pour n'être qu'à lui. Il en frissonna des pieds à la tête en la sentant passer et repasser ses mains dans ses cheveux. Il avait cru qu'elle s'était donnée à lui les jours précédents, mais il se trompait. Là, là elle se donnait à lui. Elle lui offrait tout, elle faisait sauter toutes les barrières et toute la retenue dont elle se paraît en permanence. Il l'emprisonna dans ses bras pour la garder pour lui encore longtemps et pour la pousser sur leur lit. Il la voulait comme ça, libérée et offerte.
Elle cria de surprise lorsqu'il la poussa sur le lit et qu'il sauta à quatre pattes au dessus d'elle.
« J'en déduis que cela te fait plaisir, lui dit-il en la détaillant sous lui. »
Il désirait cette femme. Sa femme. Ses joues rouges, ses cheveux capricieux et son visage figé dans la surprise le transformait en animal. Elle le rendait vraiment frappa-dingue.
-Immensément, reconnut-elle en hochant la tête. »
Sa bouche entrouverte comme si elle attendait un baiser le narguait. Elle le cherchait, en permanence. Il se jeta sur elle à son tour, embrassant sa bouche, ses joues, ses épaules, sa poitrine lorsqu'il eut tiré sur sa chemise de nuit. Il fit glisser ses mains le long de ses cuisses pour chercher la fin du tissu qui était bien trop loin selon lui. Lorsqu'enfin il trouva la couture et qu'il la fit brusquement remonter pour dévoiler les jambes blanches de Dorea, elle se redressa sur ses coudes et se dégagea de ses lèvres.
« Charlus, bafouilla-t-elle en tentant de se redresser. Nous sommes chez tes parents, nous…
-On s'en fout, grogna-t-il. »
Il chercha à nouveau ses lèvres en tirant sur sa chemise de nuit qu'elle tentait de son côté de remettre sur la longueur de ses jambes. Merlin, il avait envie d'elle, lui !
« Il est plus de neuf heure et demi, le petit-déjeuner… bredouilla-t-elle en s'éloignant de lui pour se rapprocher de la tête de lit mais il la suivit toujours à quatre pattes au dessus d'elle.
-Personne ne se lèvera avant onze heures aujourd'hui.
-Mais… »
Ses lèvres étaient rouges de leurs baisers, ses pupilles si dilatées que son iris ne ressemblait plus qu'à un anneau gris, ses joues étaient écarlates et elle frissonnait de partout. Elle incarnait simplement la luxure à cet instant. Il la regarda longuement en essayant vainement de penser à des choses désagréables pour devenir… sage, mais avec Dorea dans son lit, c'était impossible. Il respira lourdement et ferma les yeux pour se contenir.
« La porte est fermée et personne ne l'ouvrira. S'il te plaît, ma Dorea, s'entendit-il la supplier. »
Il devait vraiment ressembler à une loque et faire pitié. Il n'avait jamais supplié une femme, et voilà qu'il se traînait devant elle pour un moment de tendresse. Il s'était moqué ouvertement de Parkinson la veille, mais il n'était pas beaucoup mieux finalement.
« Tu… Tu es sûr que personne ne saura et ne viendra pendant qu'on… qu'on fait ça ? dit-elle tout bas d'une voix rauque et hésitante. »
Parfaite.
« Qu'on fait l'amour ? précisa-t-il en recommençant à faire remonter sa robe de nuit pour l'en débarrasser.
-C'est ça, acquiesça-t-elle en rougissant lorsqu'il lui passa le vêtement par-dessus la tête.
-Dis-le, s'il te plaît, la supplia-t-il à nouveau. »
Il l'avait fait une fois. Il n'était plus à ça près.
« Pardon ?
-Faire l'amour.
-Faire… Mais pourquoi ?
-Pour le plaisir. »
Il devait attendre pour qu'elle lui dise qu'elle l'aimait, mais cette petite phrase voulait tout dire.
« Faire l'amour, murmura-t-elle avant de tirer sur son cou pour l'embrasser. »
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(... J'avais bien envie d'écrire la conversation entre Charlus et Parkinson qui pouvait tant gêner Parkinson le lendemain (même s'il n'y a pas grand chose, mais comme le type a un problème...) et le réveil le lendemain du pdv de Charlus, du coup, voilà, ce chapitre ne sert pas à grand chose à part me faire plaisir aha
A très vite !)
