Rar :

Elena : Ravie de te revoir :) J'espère que la suite continuera de te plaire !

Chapitre 12 - Drago

Samedi 16 janvier 2006 - Pré-au-Lard.

« À cette nouvelle année ! lança Neville, tout en levant son verre.

— Et à votre mariage qui approche. » ajouta Hermione en adressant un clin d'œil aux futurs mariés.

Neville et Hannah échangèrent un regard complice avant de trinquer avec leurs invités. La majeur partie du corps enseignant de Poudlard s'étant libérée pour la soirée, le salon des futurs M. et Mme Londubat-Abbot ressemblait à s'y méprendre aux réunions qui se tenaient habituellement en Salle Professorale. La seule différence notable étant qu'au milieu de la table à manger autour de laquelle ils étaient tous assis, trônaient verres d'alcool et petits fours, en lieu et place des habituels dossiers d'élèves.

Après avoir trinqué, les conversations fusèrent à travers la pièce. Isaac, apparemment d'humeur suicidaire, voulut débattre avec Johanna d'un sujet d'Arithmancie qu'il ne maitrisait absolument pas. La Directrice de la maison Poufsouffle le laissait parler, un léger sourire au bord des lèvres. Seulement vu son regard, l'Arithmancienne n'allait pas tarder à le remettre à sa place. Non loin, McGonagall et Magnolis interrogeaient Neville quant aux préparatifs du mariage qui allait avoir lieu en mars. De l'autre côté de la table, Trelawney marmonnait à l'oreille d'un Flitwick peu intéressé mais beaucoup trop poli pour le lui dire. A leurs côtés, Hagrid questionnait Hermione sur ce qu'elle savait des Alicantos découverts par Luna il y a quelques mois.

Drago, lui, restait en dehors des conversations, préférant observer la brune avec attention. Il la détaillait, incapable de la quitter des yeux. Il ne parvenait pas réellement à entendre la jeune femme mais qu'importe, la regarder parler était déjà un plaisir suffisant.

« Drago ? »

Dans la cacophonie et sans qu'il ne s'en rende compte, Hannah avait prit place à ses côtés. Il regarda une dernière fois les lèvres d'Hermione s'animer, s'étirer en un sourire et se poser contre le rebord de son verre. Il observa le liquide pénétrer sa bouche et remarqua sa gorge se serrer lorsqu'elle l'avala. Tandis qu'elle reposait son verre, une goutte d'élixir perla sur sa lèvre inférieure. Elle la chassa d'un léger coup de langue. Drago étouffa un râle et à contre-coeur, l'abandonna du regard.

Hannah l'observait, n'ayant visiblement pas remarqué ce manège silencieux. « Je suis désolée de devoir te parler boulot ce soir, mais je voulais te prévenir que nous avons un début d'épidémie de Trementia labra chez les Serpentards.

— De Trementia labra ? » répéta-t-il, tout en vidant son verre de Whisky. Drago espérait que la chaleur de l'alcool irradiant sa gorge calmerait celle qu'il ressentait ailleurs.

Autour d'eux, les voix des autres convives s'évanouirent peu à peu, ces derniers étant visiblement plus intéressés par ce que l'infirmière avait à dire.

« Ils sont déjà six à l'infirmerie et ils ont tous les mêmes symptômes : fièvre, pâleur extrême et tremblements incontrôlés des lèvres. Aucun doute sur le diagnostic, mais je te rassure tout de suite, ça se soigne très bien. »

Drago n'avait jamais entendu parler de cette maladie. Si celle-ci se soignait bien, pourquoi est-ce que la voix d'Hannah lui paraissait si hésitante ? Quelque chose inquiétait l'infirmière. Il jeta un regard inquisiteur à Neville qui détourna immédiatement le sien, le brun découvrant subitement un intérêt tout particulier pour le plafond de son salon. Lui aussi, semblait savoir quelque chose que Drago ignorait, quelque chose qui n'allait pas lui plaire.

« Ça se transmet comment ? demanda Drago, sentant que le noeud du problème résidait dans cette question.

— C'est là que c'est le plus délicat… » répondit Hannah, légèrement gênée. Après un temps d'hésitation, elle ajouta : « Ça se transmet uniquement par échange de salive. »

Evidemment. Et il fallait que ça tombe sur sa maison. Le rire vicieux d'Isaac résonna dans la pièce et Drago se resservît immédiatement un verre, préférant détourner son attention de cet abruti.

« Il doit y avoir de l'ambiance en salle commune. » lâcha Borealis, dans un sourire goguenard.

McGonagall, la bouche pincée, lui lança un regard réprobateur. Isaac se renfrogna, vexé de ne pas avoir récolter les rires de ses collègues.

Comme Drago commençait à s'y attendre, Hannah lui annonça qu'il allait devoir mettre en garde le reste de sa maison, le temps qu'elle identifie et soigne tous les élèves concernés. Malheureusement pour lui, la Directrice était du même avis que l'infirmière. Certes, Drago avait accepté la direction des Serpentards et il s'attendait à devoir gérer divers manquements et désobéissances. Mais ça, certainement pas. Ce n'était pas une conversation qu'il souhaitait avoir avec des adolescents. Si ça ne tenait qu'à lui, il les laisserait tous finir à l'infirmerie.

« Au moins, si ça se propage, on saura vite avec qui fraternisent les serpents. » siffla Isaac.

Le Professeur de Défense récolta un nouveau regard noir de la Directrice, n'appréciant pas le ton méprisant employé par l'ancien Auror. Drago resserra ses doigts autour de son verre. Il était de plus en plus difficile pour lui de ne pas fraterniser du poing avec Borealis, ce dernier ne méritant pas qu'il utilise sa baguette.

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Face à son appréhension, Hannah lui avait d'abord promis d'être présente lorsqu'il s'entretiendrait avec les élèves de sa maison. Mais après de multiples supplications tout au long du repas, il avait habilement réussi à la convaincre de prendre en charge la totalité de la discussion. Il serait physiquement présent, rien de plus, et cela serait déjà suffisamment gênant.

Satisfait, Drago avait réussi à se détendre et à profiter du reste de la soirée. Assis dans l'un des fauteuils du salon, il partageait un dernier verre aux côtés de ses collègues. Avec Neville, tous deux discutaient de la Coupe d'Europe de Quidditch qui débutait le mois prochain. En Coupe de la Ligue, le brun supportait le Club de Flaquemare mais selon lui, les joueurs n'avaient aucune chance contre les autres équipes sélectionnées. Tandis que le Botaniste rappelait leurs derniers résultats catastrophiques, Drago jeta un oeil à la porte-fenêtre entrebâillée d'où s'engouffrait un brin d'air froid. Au fur-et-à-mesure de la soirée, l'atmosphère du petit appartement de Pré-au-Lard était devenu assez étouffante, Hermione était sortie prendre l'air sur le balcon en compagnie de Johanna. Cela faisait quelques minutes qu'elles étaient dehors. De là où il était assis, il ne parvenait pas à les voir, mais du coin de l'oeil, Drago guettait l'instant où Hermione se retrouverait seule. Il attendait ce moment depuis le début de la soirée. Ou depuis le Nouvel-An, à vrai dire.

Ce soir-là, Hermione avait enfin baissé sa garde. Elle l'avait laissé s'approcher. Elle l'avait laissé la toucher. Ils s'étaient presque embrassés. Quelques minutes de plus et Drago en était certain, ils se seraient totalement abandonnés l'un à l'autre comme ils l'avaient fait autrefois. Il n'avait qu'une envie, reprendre là où ils avaient été interrompus.

Ses prières furent entendues car Johanna quitta le balcon, laissant Hermione, seule. Dans un mouvement trop brusque pour paraitre naturel, Drago se redressa de son siège et posa son verre avec fracas sur la table basse. Neville sursauta, coupé en plein monologue que le blond n'écoutait plus depuis un moment.

« Je vais prendre l'air. » glissa-t-il en s'éloignant de Londubat avec un empressement révélant combien l'attente avait été terrible.

Il se faufila par la porte-fenêtre et la referma doucement derrière lui. La jeune femme était penchée sur la rambarde du balcon, observant la rue en contre-bas.

« Hermione ? »

Elle se retourna brusquement pour lui faire face. Drago fit un pas vers elle et la brune se pressa contre le rebord du balcon.

« Drago, qu'est-ce que tu fais ? »

Il s'avança encore, l'encerclant de ses bras qu'il reposa sur la rambarde. Il s'appuya contre la jeune femme, ne supportant plus l'absence de son corps contre le sien. Il se tenait à la porte de sa bouche. Du regard, il parcourut ses lèvres qu'il devinait brûlantes et humides. Et si elles ne l'étaient pas encore, diable, elles le seraient bientôt.

« Arrête ça. » lui ordonna-t-elle en le repoussant.

Elle mit tant d'ardeur dans son geste que Drago fut forcé de reculer d'un pas. Surpris, il baissa les yeux vers son torse où les deux poings d'Hermione s'étaient violemment enfoncés. Cherchant une explication, il croisa son regard pour la première fois et constata amèrement que le désir qui avait agité ses prunelles marron le soir du bal avait complètement disparu. Aujourd'hui, elle le toisait avec aplomb.

« Je ne comprends pas. La dernière fois…

— La dernière fois, je n'aurais pas dû te laisser faire, le coupa-t-elle froidement.

— Sauf que tu en avais envie, dit-il tout en essayant de s'approcher d'elle.

— C'était l'euphorie du moment. Rien d'autre. »

Hermione le repoussa de nouveau. Fuyant son regard, elle détourna le sien vers la porte-fenêtre. L'instant d'après, elle commença à se diriger vers celle-ci. Drago fit un pas de côté pour se poster devant elle. Il fallait qu'il l'empêche de fuir.

« L'euphorie, vraiment ? » répéta-t-il, incrédule.

Il s'avança vers la brune qui se réfugia dans l'angle du balcon.

« C'était plus que ça. Tu voulais que je te touche, tu voulais que je t'embrasse. Je l'ai senti. » souffla-t-il. Se tenant juste devant la jeune femme, il prit son visage entre ses mains, lui caressant légèrement les joues avant d'effleurer ses lèvres. Une nouvelle fois, celles-ci tremblèrent. « Tu le voulais vraiment et je suis certain que tu le veux encore. »

Hermione sembla perdre contenance. Elle agrippa les poignets du jeune homme. « Non, Drago. Arrête, laisse-moi partir. » supplia-t-elle tout en éloignant ses mains de son visage. « J'ai bien compris ce que tu veux, mais ça ne se reproduira pas, ça ne se reproduira plus jamais. » Sa voix tremblait, ses yeux s'embuaient. « Cette nuit-là... Ça n'aurait même jamais dû se produire. Drago, je ne veux plus te voir, je ne veux même plus t'entendre. Je t'en prie, laisse-moi. »

Dans un ultime geste qui fit vaciller le jeune homme, Hermione se fraya un chemin et quitta le balcon, laissant derrière elle un Drago complètement défait et abattu.

Résigné.

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- Jeudi 28 janvier 1999 -

« La poudre de pieuvre a été obtenue à partir de tentacules séchées… mais aussi parfois en mer baltique… la votiflor est extrêmement, et j'insiste là-dessus alors notez-le bien, extrêmement… ensuite, un soupçon d'huile de rose, n'allez surtout pas au-delà de… Il ne faut utiliser qu'une partie précise du foie, je vais vous montrer… »

Le Professeur Slughorn dissertait sur les différents ingrédients nécessaires à la potion ramollissante depuis plus de quarante minutes. Le sujet était intéressant mais pourtant, Drago ne parvenait pas à se concentrer.

Le Serpentard fixait son Professeur de Potions, tentant désespérément de donner du sens aux bribes qu'il parvenait tout de même à écouter. Il s'évertuait à rester attentif mais la voix de Slughorn finissait toujours engloutie par des pensées parasites.

Contrairement à lui, Blaise semblait suivre le cours avec attention, à en juger les lignes d'écriture s'accumulant sous sa plume.

Drago essaya de reproduire le schéma que Slughorn venait de dessiner sur le tableau. Mais son regard fut vite attiré par la table se trouvant devant la sienne et surtout par la Gryffondor qui l'occupait. Afin de mieux voir le tableau, elle venait de bouger très légèrement, lui laissant apercevoir une partie de son visage.

Bordel. Drago venait encore de louper le début d'une définition. Impossible de savoir de quoi parlait le professeur. Il tenta d'écrire sur son parchemin les quelques mots qu'il avait réussi à entendre. Sa prise de notes était incompréhensible et il savait qu'il serait encore une fois forcé d'emprunter le parchemin de Blaise, ce manque de concentration ayant tendance à se répéter ces dernières semaines. D'autant plus lorsqu'elle était là, juste sous ses yeux.

Et pour quelle raison ? Un baiser sur la joue ? Un simple baiser sur la joue ? C'était totalement ridicule et digne du gamin de dix ans qu'il n'était plus depuis longtemps, ayant expérimenté bien plus que ça ces dernières années.

Ce baiser-là n'était rien d'autre qu'un geste amical. Car oui, aussi étrange que cela puisse paraître, Granger était devenue son amie. Ce n'était rien d'autre qu'un geste amical mais pourtant, depuis bientôt un mois, Drago ne parvenait pas à se le sortir de la tête. Ni cette chaleur enveloppante qu'il avait ressentie au moment où ses lèvres avaient frôlé sa joue. Était-ce vraiment le genre de sensation que l'on éprouvait lorsqu'une amie nous embrassait ? Une véritable amie, car des connaissances féminines lui montrant de l'affection, Drago en avait eues. Mais jamais venant d'une véritable amie. Alors, l'explication se trouvait peut-être là.

Non, il n'était pas attiré par la Gryffondor. C'était simplement un sentiment d'amitié. Un sentiment intense et nouveau, dû à cette proximité grandissante qui découlait de tout ce qu'ils s'étaient confiés ces derniers mois. C'était la première fois qu'il se livrait autant, Granger arrivant toujours à lui faire dire des choses qu'il n'avait jamais osé avouer. Il s'était simplement attaché à elle comme on s'attachait à une amie. Il s'était senti troublé parce que tout ça était nouveau, étrange, inconnu.

De plus, Granger avait fini par lui avouer la raison pour laquelle elle n'avait pas rejoint le Terrier pendant les fêtes. Elle n'y était pas allée car elle souhaitait faire réagir Weasley. Et cela avait visiblement fonctionné. Il était réapparu au début du mois et l'avait suppliée de le pardonner. Ce qu'elle avait fait. Elle disait qu'il se montrait désormais plus présent et que tout s'était arrangé entre eux.

Une énième fois, Drago tenta de se reconcentrer sur le cours.

Ce baiser ne signifiait rien. Granger était avec Weasley. Ce qu'il ressentait pour elle n'était rien d'autre que de l'amitié.

Fin de l'histoire.

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Le cours de Slughorn touchant à sa fin, les 7ème année de Serpentard et Gryffondor commencèrent à rassembler leurs affaires.

« Tiens » fit Blaise en lui tendant ses cinquante centimètres de notes. Drago regarda le parchemin, surpris. « Ça m'évitera d'avoir à le chercher dans mon sac quand tu me le demanderas ce soir. Simple gain de temps. » Il l'attrapa et Blaise lui adressa un sourire narquois. « Rassure-moi Drago, tu sais toujours comment fonctionne ta plume ? … A moins que l'origine de ton problème de notes ne soit ailleurs. »

Zabini pivota la tête et arrêta son regard sur Granger. « Enfin, je dis ça…

— Un mot de plus et je brûle ton parchemin. » le coupa Drago.

Blaise éclata de rire avant d'attraper son sac et de s'éloigner de leur table.

« Brûle Drago, brûle » s'amusa-t-il.

Passant près de la Gryffondor, il claironna un « Salut, Hermione » avant de quitter la pièce.

Perplexe, la brune fronça les sourcils et chercha une explication auprès de Drago qui ne fit qu'hausser les épaules, impassible.

Blaise ignorait tout de cette nouvelle amitié. Drago n'avait jamais mentionné Granger devant lui, pas une seule fois. Il ne lui avait jamais parlé d'elle, n'avait jamais évoqué leurs rencontres à la bibliothèque et encore moins les vacances qu'il avait passées à ses côtés. Mais visiblement, son meilleur ami n'était pas dupe et n'avait pas eu besoin que Drago ne le fasse.

Le Serpentard débarrassa sa table. Du coin de l'œil, il vit Granger se diriger vers Slughorn. Elle avait probablement un millier de questions auquel le professeur se ferait une joie de répondre. Drago se leva de sa chaise et s'approcha de la porte.

« M. Malefoy, attendez. Pardonnez-moi Mlle Granger mais j'aurais deux mots à lui dire. Passez me voir après vos cours, je me ferai une joie d'en discuter avec vous. »

La Gryffondor accepta et tandis que Drago se rapprochait d'eux, elle lui adressa l'un de ses fameux sourires qui n'échappa pas au Professeur.

« On se retrouve à la bibliothèque ce soir, Drago ? » lui demanda-t-elle.

Il y avait ça, aussi. Ce Drago qui avait remplacé le Malefoy des dernières années.

Le Serpentard acquiesça et la regarda s'éloigner avant de disparaitre par la porte qu'elle referma derrière elle, les laissant seuls.

« Vous et Mlle Granger… ? hésita le vieil homme.

— On est juste ami. Rien de plus.

— Oh, je vois. Je suis content de l'apprendre. Les plus belles amitiés sont souvent les plus inattendues… Et celle-ci l'est assurément. Mais, je m'égards. Je voulais prendre de vos nouvelles, cela fait un moment que vous n'êtes pas passé me voir. Dois-je en conclure que vous allez mieux ?

— C'est le cas.

— Et votre sommeil ? »

Drago chercha à se rappeler la dernière fois qu'un cauchemar avait peuplé ses nuits ou que des hurlements l'avaient empêché de fermer les yeux. Il fut incapable de s'en souvenir. Ces cauchemars qui le grignotaient de l'intérieur depuis des mois avaient cessé et il n'en avait jusque-là pas eu conscience.

« Je dors beaucoup mieux. » se contenta-t-il de répondre.

Le Professeur Slughorn posa sa main sur l'épaule du jeune homme et les deux Serpentards échangèrent un sourire complice. Il était vrai que Drago n'était pas venu le voir depuis un moment. Ces derniers mois, il avait pris l'habitude de passer les lundis soirs à ses côtés. Il venait l'aider à ranger sa salle de classe ou préparer quelques ingrédients. Cela avait été une bonne distraction. Leurs discussions restaient souvent légères et portaient généralement sur les Potions. Elles avaient parfois été plus profondes, mais Slughorn ne les avaient jamais imposées. Elles venaient naturellement, lorsque Drago en avait besoin.

Il promit à son professeur de revenir bientôt et passa la porte avant de s'engager dans le couloir. Son cours de Défense contre les forces du mal commençait dans quelques minutes. Drago allait devoir trouver le moyen de rester concentré, car là encore, les Serpentards étaient en cours avec les Gryffondors.

Il remonta le corridor en direction de la salle de classe du professeur Littletree. Après des semaines de théorie, les leçons pratiques d'Occlumancie commençaient enfin. C'était la première fois que cette technique était étudiée à Poudlard. Aux yeux du nouveau professeur de Défense, il était plus que nécessaire d'en connaitre les bases.

« T'en as mis du temps, l'accueillit Blaise qui patientait près de la salle, adossé contre le mur.

— Slughorn, répondit-il tout en s'adossant à ses côtés.

— Je vais commencer à être jaloux... Drago, suis-je toujours ton meilleur ami ? s'inquiéta faussement Zabini.

— C'est en cours de décision. »

Blaise feignit d'être outré tandis que Malefoy, un léger sourire railleur sur les lèvres, parcourut ses camarades de 7ème année du regard. Parmi les écharpes rouges et vertes, il en remarqua une jaune qui les surplombait toutes. Même dans la foule, il était difficile de passer à côté de Marius et de ses deux mètres.

Le Poufsouffle était en pleine discussion. Souhaitant découvrir avec qui, Drago se pencha légèrement sur sa droite. Il savait déjà qui il allait apercevoir mais son regard se durcit tout de même en la voyant. Il se surprit même à resserrer le poing autour de la lanière de son sac. Encore une fois, elle riait aux éclats.

« Bon, Drago. Tu comptes m'expliquer ce qu'il se passe avec Hermione ? »

Voyant Drago penché comme ça, Blaise l'avait imité. Il n'avait eu ensuite qu'à suivre son regard.

« Il ne se passe rien. » dit le blond tout en se redressant.

Blaise secoua la tête d'un air affligé.

« Je ne vais pas insister, parce qu'après tout, je suis content de voir que tu vas mieux. Mais, tu te souviens quand tu m'as dit que je pouvais mentir à tout le monde, sauf à toi ? » Drago acquiesça. « Et bien, je te retourne le compliment. »

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Dès le début du cours, le Professeur Littletree avait rappelé à la classe, dans les grandes lignes, les principes théoriques de l'Occlumancie.

Vider son esprit et surtout, ne pas penser à la personne tentant d'y pénétrer.

Il leur avait expliqué que pour cette première leçon pratique, il passerait voir chacun d'entre eux et tenterait d'accéder à leur esprit pendant un bref instant. Le Professeur de Défenses avait rassuré les étudiants en leur expliquant que ce premier essai allait probablement être infructueux pour bon nombre d'entre eux, mais que cet échec serait normal, l'Occlumancie étant une discipline particulièrement complexe et longue à maîtriser.

Drago avait senti l'angoisse grandir dans la salle de classe. Certains élèves semblaient redouter de dévoiler à Littletree leurs pensées les plus intimes. Ce dernier avait alors ajouté qu'il garderait pour lui tout ce qu'il pourrait découvrir.

Cette angoisse, Drago ne la partageait pas. Il pratiquait l'Occlumancie depuis de nombreuses années. C'était la seule chose utile que sa tante Bellatrix lui avait apprise. Utile mais complètement immorale compte-tenu des méthodes qu'elle avait employées.

Elle lui avait également appris l'autre versant de cette pratique, celle que Littletree allait utiliser, la Légilimancie. Les compétences de Drago étaient bien inférieures dans ce domaine, car il était encore plus complexe de pénétrer l'esprit d'une personne que de s'en défendre. Il parvenait à le faire, mais, à l'image d'une visite dans un musée, il ne pouvait que contempler ce qu'il y découvrait. Bellatrix, elle, pouvait mettre à sac la totalité du musée. Elle savait influencer ou extraire des pensées ou des émotions, et surtout, en insuffler des nouvelles. C'était exactement ce qu'elle avait fait à Drago pour le former à l'Occlumancie.

Enfant, il se réveillait en larmes après d'horribles cauchemars, où souvent, sa mère mourait devant ses yeux. Il découvrait sa tante, tapie dans un coin de sa chambre. Elle lui reprochait alors sa faiblesse d'esprit car il ne devait jamais baisser sa garde, y compris dans son sommeil. Elle jubilait car finalement, elle prenait plaisir à terrifier les nuits d'un enfant en donnant vie à ses plus grandes peurs. Elle avait continué ainsi pendant des années, profitant de chacun de ses séjours au manoir, jusqu'à ses treize ans peut-être. Jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus pénétrer l'esprit traumatisé et devenu totalement hermétique du jeune garçon.

Ainsi, lorsque ce fut au tour de Drago d'affronter Littletree, ce dernier ne trouva, derrière les prunelles grises du Serpentard, qu'une obscurité froide et silencieuse. Le professeur s'était senti partagé entre admiration et inquiétude, comment un aussi jeune sorcier pouvait être un aussi bon Occlumens ?

Drago l'observa défiler devant le reste de ses camarades. Tour à tour, le sorcier prenait le temps de les rassurer, de les encourager. Et parfois, les élèves parvenaient à taire leurs pensées pendant une petite poignée de secondes.

Puis, le tour de Granger arriva. Elle était dans les dernières à se risquer à la Légilimancie du professeur et malheureusement, l'attente n'avait pas adouci ses angoisses. L'inquiétude l'habitait, Drago pouvait le voir depuis l'autre côté de la salle. Le corps de la jeune fille était tendu et figé. Elle frottait frénétiquement son pouce contre son index, seul mouvement qu'elle s'autorisait à avoir. Drago n'était même pas sûr qu'elle soit en train de respirer. Elle n'allait jamais y arriver. Bien que l'Occlumancie demande du contrôle, paradoxalement, il fallait être détendu. Il le savait, il fallait qu'elle puisse oublier tout ce qui l'entourait. Qu'elle puisse oublier son professeur, oublier les élèves et leurs regards, et même, s'oublier elle. Lâcher prise, totalement.

Littletree lui murmura des paroles que Drago devinait rassurantes mais elle ne se détendit pas pour autant. Aucun doute, le Légilimens pouvait lire en elle comme dans un livre. Sentant l'angoisse de son élève s'accroître, il préféra s'éloigner en lui adressant un sourire encourageant.

Granger le regarda passer à l'élève suivant. Elle parcourut ses camarades des yeux et s'arrêta sur Drago à qui elle adressa un sourire triste et déçu qui lui fendit la poitrine, plus qu'il ne pourrait jamais l'admettre.

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« Je tenais à vous féliciter. Que vous ayez réussi ou non, il est déjà impressionnant que vous ayez accepté de vous soumettre à l'exercice. Sachez que l'Occlumancie demande beaucoup d'entrainement et de patience. Ce n'est pas un art qui se maitrise en un claquement de doigts. Nous aurons d'autres séances comme celle-ci. En attendant, continuez de vous entraîner. Même seul. Isolez-vous et faites taire le vacarme de vos pensées. Bonne journée à tous et à la semaine prochaine. »

Les élèves se firent l'écho des derniers mots de Littletree et quittèrent peu à peu la salle de classe. Granger fut étonnamment l'une des premières à sortir. Pour Drago, il était certain qu'elle garderait cet échec en travers de la gorge un bon moment.

« J'ai une de ces dalles. » fit Blaise en attrapant son sac pour y ranger ses affaires. De celui-ci tomba une longue boîte délicatement emballée dans un papier blanc et ornée d'un ruban de satin vert émeraude. Zabini ne s'en rendit pas compte et Drago la ramassa, légèrement curieux.

« Qu'est-ce que c'est ? dit-il tout en la déposant devant son meilleur ami. Blaise la regarda d'un air surpris avant de rapidement la glisser dans son sac.

— Rien. Un truc pour ma mère. Je dois lui l'envoyer après le déjeuner.

— Un truc pour ta mère... Emballé comme ça ?

— Que veux-tu, les Zabini sont des gens raffinés. » dit-il fièrement. Tout en se levant, il lança la lanière de son sac sur son épaule. « Tu viens ? J'ai tellement faim que je pourrais me jeter sur la première Poufsouffle qui passerait. Elles sont tellement tendres. »

Blaise lui adressa un clin d'oeil empli de sous-entendu. Drago feignit de le croire, aussi bien concernant cette boite que pour cet attrait soudain envers les Poufsouffles.

Décidement, qu'il était inconfortable de ne pas pouvoir mentir à son meilleur ami.

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Hermione avait quitté la soirée immédiatement après avoir quitté le balcon, feignant une fatigue soudaine. Peu de temps après, les autres étaient rentrés et Hannah était partie se coucher. Drago, lui, était resté noyer son amertume dans plusieurs fioles de Whisky Pur-Feu. Neville l'avait accompagné, ignorant totalement la raison de la soif inextinguible de son collègue, qui avait préféré plaider vouloir fêter les derniers instants de célibat du brun.

Il y avait eu une dizaine de derniers verres avant que Londubat ne rende les armes et s'écroule sur son canapé, complètement ivre.

A la seule lumière de la lune, Drago rejoignait le château, une dernière bouteille à la main.

Il n'aurait jamais dû rentrer en Angleterre. Il n'aurait jamais dû revenir à Poudlard. Et surtout, en voyant qu'Hermione était là, il n'aurait jamais dû choisir d'y rester. Revenir en Angleterre était une immense connerie. Croire à un signe du destin lorsqu'il l'avait retrouvée ici en était une plus grosse encore.

Drago titubait, la silhouette du château peinant à se rapprocher. Il but une nouvelle gorgée de Whisky qui lui brûla la gorge. Ignorant la douleur, il en reprit une autre immédiatement. Cette douleur-là, il avait l'avantage de pouvoir la contrôler. Contrairement à celle qui l'habitait depuis tant d'années et dont il n'arrivait pas à se défaire.

Après Poudlard, Drago avait traversé une phase extrêmement sombre et destructrice. La noirceur qu'il avait en lui refaisant surface, il s'était isolé et seule sa mère en avait été témoin. Après quelques mois, il avait fini par prendre la décision de fuir, quittant le Manoir, puis le pays. Il voulait voyager et c'était ce qu'il avait fait.

Loin de tout, il avait tenté d'oublier qu'Hermione lui avait préféré le confort et la facilité d'une relation avec Weasley. En apprenant qu'ils s'étaient séparés, Drago avait naïvement cru qu'elle leur laisserait une chance.

"Je ne veux plus te voir."

Implacable et sans appel.

Même sans Weasley, elle ne voulait pas de lui dans sa vie. Et comme si la sentence n'était pas assez abominable, elle regrettait même ce qu'il s'était passé entre eux.

Est-ce que lui le regrettait ? Il ne savait plus. Il ne pouvait s'empêcher de penser que sans cette soirée de 7ème année, il serait parvenu à l'oublier. Sans cette ultime soirée, il n'aurait pas eu l'impression que ses sentiments étaient partagés. Il aurait probablement passé quelques semaines à se morfondre, à revivre en boucle tous les moments passés à ses côtés. Puis, la douleur liée à ces souvenirs se seraient peu à peu estompés, en même temps que ses sentiments pour elle. Finalement, il n'aurait conservé qu'un peu de nostalgie à l'évocation d'Hermione.

Seulement, cette soirée avait existé. Dans les yeux d'Hermione, Drago avait cru apercevoir le reflet de ce qu'il ressentait pour elle. Il avait goûté à ce que serait une véritable histoire avec elle et n'avait jamais pu en faire le deuil. Le souvenir d'Hermione vivait en lui. Un souvenir clair et vivace, dont aucun détail ne s'était estompé avec le temps. Il n'avait qu'à fermer les yeux pour revivre cette nuit à ses côtés. Il fermait les yeux et elle était là, devant lui. Il la revoyait clairement, chaque détail de son visage, de son corps. Tout était encore là, ancré dans son esprit. Tous les gestes qu'elle avait eus, tous les regards qu'elle avait posés sur lui, tous les souffles qu'elle avait pris, tous les gémissements qu'elle avait émis.

Il n'avait jamais pu l'oublier, il n'avait jamais pu passer à autre chose. Il avait essayé, évidemment. Des femmes, il en avait rencontrées au cours de ses voyages. Mais à chaque fois qu'il avait senti qu'une relation devenait sérieuse, il y avait mis un terme. Il ne pouvait se résoudre à être avec une femme en sachant pertinemment qu'il en désirait une autre, qu'il en aimait une autre. Et pire, que cette femme l'aimait peut-être aussi.

Mais il s'était trompé, tout ça était vain et sans espoir.

"Je ne veux plus te voir."

Buvant la dernière gorgée contenu dans sa bouteille, Drago décida qu'il en avait assez. C'était terminé. Il ne lui courrait plus après, il abandonnait la partie. Il quitterait Poudlard à la fin de l'année scolaire et probablement l'Angleterre également.

Foulant les derniers mètres le séparant de la Grande Porte, Drago jeta violemment la bouteille vide en direction du lac.

C'était terminé.

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Voilà, c'est la fin de cette histoire. Merci de m'avoir lue.

Non, je déconne. Il reste logiquement 8 chapitres, au moins.

J'imagine à quel point c'est frustrant, certain.e.s n'attendent probablement qu'une chose, qu'ils tombent dans les bras l'un de l'autre. Promis, je ne vous ferai pas de sale coup, il faudra juste être patient.e. (Oui je sais, vous l'êtes déjà beaucoup !) En attendant, ne détestez pas Hermione. Vous comprendrez.

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A dimanche prochain :)