Chapitre 12
Gray
J'adore ce moment juste avant de me réveiller, lorsque le brouillard de l'inconscient commence à se dissiper pour laisser place à la cohérence. Lorsqu'on est désorienté et que la moitié de notre cerveau est encore perdue dans les rêves.
Ce matin, quelque chose est différent. Mon corps d'habitude si froid est chaud et je prends peu à peu conscience d'un parfum rafraîchissant. Une sensation pétillante et citronnée, comme une limonade glacée en pleine canicule. Et quelque chose me chatouille le menton, quelque chose à la fois doux et dur. Une tête ? Oui, il y a une tête nichée dans le creux de mon cou. Et un bras autour de ma taille. Et une jambe bouillante sur ma cuisse, et un torse appuyé contre le mien.
J'ouvre lentement les yeux et découvre que Natsu est blotti contre moi. Je suis sur le dos et je le tiens contre moi. Pire, je le serre fort contre moi, au point que mes muscles sont engourdis. Est-ce qu'on a dormi dans cette position toute la nuit ? Je me souviens que l'on s'est endormis de chaque côté du lit, si loin que je m'attendais à trouver Natsu par terre en me réveillant.
Maintenant, on est dans les bras l'un de l'autre. C'est agréable.
J'émerge un peu plus : c'est agréable ? À quoi je pense, bordel ? Les câlins sont réservés aux petits amis, et seulement eux. Et moi, je ne veux ni copain, ni copine. Je suis parfaitement réveillé à présent, mais je ne lâche pas Natsu. Je respire son parfum, enveloppé par la chaleur de son corps.
Je regarde l'heure. Le réveil va sonner dans cinq minutes. Je me réveille toujours avant qu'il sonne, comme si mon corps savait qu'il est l'heure de se réveiller. Cependant, je laisse toujours le réveil, par précaution. Il est sept heures. Je n'ai dormi que quatre heures, mais je suis étonnement reposé. En paix, même. Je ne suis pas prêt à retourner à la réalité, alors je reste allongé avec Natsu dans mes bras, écoutant sa respiration régulière.
- Tu peux expliquer pourquoi tu as décidé de me faire un câlin dans la nuit ?
La voix presque horrifiée de Natsu rompt la tranquillité du moment. Il essaie brusquement de s'asseoir avant de retomber sur le dos, parce que sa jambe est encore sur les miennes.
- Je n'ai rien décidé du tout. Je dormais. Pour autant que je sache, c'est toi qui t'es collé à moi.
- Je ne ferais jamais ça. Même dans mon sommeil, dit-il en se levant.
Dès la seconde où il est parti, je me sens vide. Je ne suis plus dans son cocon de chaleur, j'ai froid et je me sens seul. Je m'assois et je m'étire. Ses yeux verts se fixent sur mon torse, puis il grimace, apparemment dégouté.
- Je n'arrive pas à croire que ma tête était sur cette chose toute la nuit.
- Mon torse n'est pas une chose. Les gens semblent beaucoup l'aimer, je te signale.
- Je ne suis pas les gens.
Non, c'est vrai. Les autres ne m'amusent pas autant que lui. Soudain, je me demande comment j'ai pu vivre jusqu'à maintenant sans les remarques piquantes de Natsu.
- Arrête de sourire, aboie-t-il.
Je souris ? Je ne m'en étais pas rendu compte. Il me fusille du regard, puis il ramasse ses vêtements par terre.
- Je te préviens, ce qui s'est passé ne sort pas de cette chambre !
- Pourquoi ? Ça ne fera que booster ta popularité.
- Je ne veux pas que les gens pensent que je suis un autre de tes fans gagas de la crosse, compris ?
Je souris de plus belle en l'entendant utiliser cette expression. J'aime qu'il commence à employer le jargon du hockey. Peut-être qu'un de ces quatre je pourrai même le convaincre de venir à un match. J'ai le sentiment que Natsu serait un supporter génial. Cela dit, le connaissant, il serait capable d'encourager l'équipe adverse.
- Si tu veux vraiment que personne ne le sache, je te conseille de te dépêcher de t'habiller. À moins que tu veuilles que mes coéquipiers voient ton walk of shame. Et ils le verront, parce qu'on a entraînement dans trente minutes.
- Merde, dit-il en paniquant.
C'est la première fois qu'une personne a peur d'être vue en train de sortir de ma chambre. Normalement elles prennent leur temps pour que tout le monde les voie.
- On a étudié, on a regardé une série, je suis rentré tard. C'est la version officielle, d'accord ?
- Si tu veux, je dis en réprimant mon rire.
- Sois habillé et prêt à partir quand je sors de la salle de bain. Tu vas me ramener chez moi avant que tes colocs ne se réveillent.
Il fonce dans la salle de bain en claquant la porte et je ne peux plus retenir mon fou rire.
Natsu
Mon Dieu, achevez-moi. Je survis avec quatre heures de sommeil. Mes cours du matin s'éternisent. J'ai un cours de théorie de la musique, suivi d'un cours d'histoire de la musique – les deux requièrent que j'écoute le prof, ce qui est compliqué quand j'arrive à peine à garder les yeux ouverts. J'ai bu trois cafés, mais au lieu de me donner de l'énergie, la caféine semble avoir l'effet inverse. Le seul point positif, c'est que personne n'a vu Gray me déposer chez moi. Mon honneur est sauf.
Je mange tard, assis dans un coin de la cafétéria, envoyant des ondes négatives pour que personne ne vienne s'asseoir avec moi. Je suis trop fatigué pour parler. Je suis presque arrivé à la salle de Tolbert lorsque je m'arrête brusquement. Sting est dans le couloir, en train d'écrire sur son téléphone.
J'ai beau m'être douché et changé ce matin, je me sens encore pouilleux. En plus de cela, j'ai presque trop chaud d'avoir mis une énorme écharpe en maille, en prévision de la météo glaciale attendue. Évidemment, le froid n'est jamais arrivé et à laisser place à un soleil radieux. Je me sens ridicule, et j'ai vraiment, vraiment chaud.
Bien évidemment, Sting, lui, est toujours la perfection incarnée. Son jean foncé moule ses longues jambes musclées et son sweat noir accentue son torse et ses larges épaules. J'en ai des frissons.
Plus j'approche, plus mon cœur bat vite. Je ne sais pas si je dois dire bonjour, ou juste hocher la tête, mais il règle le problème en prenant les devants.
- Salut, dit-il en souriant à moitié. Sympa, ton écharpe.
Je soupire.
- Ils avaient annoncé du froid.
- Ce n'était pas du sarcasme. J'adore ton écharpe. Elle me rappelle la maison. Je viens de Seattle, ajoute-t-il lorsqu'il me voit froncer les sourcils.
- Ah, c'est là-bas que tu étais avant d'arriver ici ?
- Oui. Et crois-moi, lorsqu'il ne pleut pas à Seattle, c'est que quelque chose ne va pas. Alors l'écharpe fait partie du kit de survie pour ne pas attraper une pneumonie là-bas. Ça, et les bottes de pluie. Au fait, qu'est ce qui t'est arrivé mercredi soir ? demande-t-il sur un ton nonchalant tout en rangeant son téléphone.
- Comment ça ? je réponds en fronçant les sourcils.
- À la soirée Sigma. Je t'ai cherché après ma partie de billard, mais tu étais déjà parti.
OH. MON. DIEU. Il m'a cherché ?
- Ouais, je suis parti tôt, je dis en espérant que ma voix est normale. J'avais cours à neuf heures, jeudi matin.
Sting penche la tête sur le côté.
- On m'a dit que tu étais rentré avec Gray Fullbuster.
Sa remarque me prend par surprise. Je ne pensais pas que quelqu'un m'avait vu partir avec lui, mais apparemment j'avais tort. Les nouvelles vont vite, on dirait.
- Il m'a ramené chez moi, je réponds en haussant les épaules.
- Ah, je ne savais pas que vous étiez amis.
- Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi, je dis en lui offrant un sourire espiègle.
Mon Dieu. Je suis en train de flirter avec lui.
Sting me sourit à son tour, et la fossette la plus mignonne que j'aie jamais vu apparaît sur son menton.
- Je suppose que tu as raison, dit-il avant de marquer une pause. Peut-être qu'on devrait y remédier.
Nom d'un chien, il flirte avec moi aussi.
Je n'aime pas l'admettre, mais je commence à penser que Gray a raison, il faut avoir l'air inaccessible. Sting semble intrigué par le fait que je sois parti de la fête en compagnie de Gray.
- Alors... commence-t-il alors que ses yeux me sourient. Qu'est-ce que tu fais après le cou...
- Dragneel !
Je ravale un grognement en entendant le ton joyeux de Gray, qui d'autre ? Sting fronce légèrement les sourcils tandis que le joueur de hockey nous rejoint, mais il sourit et le salue d'un signe de tête.
Gray tient deux gobelets en carton dans les mains et il m'en tend un.
- Je t'ai pris un café. J'ai pensé que tu en aurais besoin.
Je ne rate pas le regard curieux que Sting nous jette, mais j'accepte avec plaisir le gobelet et je souffle sur le liquide chaud avant d'en boire une gorgée.
- Tu me sauves la vie.
- Eucliffe, dit Gray pour saluer Sting.
- Fullbuster, dit Sting en lui serrant la main. On m'a dit que vous aviez collé une branlée à St. Anthony ce week-end ? Bravo.
- Merci, répond Gray en riant doucement. Moi, on m'a dit que c'est vous qui avez pris une branlée contre Brown, ça craint.
- Ouais, adieu le grand chelem, rétorque Sting d'une voix lugubre.
Gray hausse les épaules.
- Vous allez sans doute rebondir, Strauss a un lancer incroyable.
- Oui, c'est sûr.
Comme je mets les conversations de sport à peu près au même niveau que celles à propos de politique ou de jardinage, je décide de m'éloigner.
- Je rentre. Merci pour le café, Gray.
Mon cœur bat la chamade tandis que j'entre dans la salle de conférences. C'est étrange, mais ma vie semble défiler à une vitesse ces temps-ci. Avant la soirée Sigma, le contact le plus important que j'avais eu avec Sting, c'était un signe de la tête. À présent, en moins d'une semaine, nous nous sommes parlé deux fois, et soit je l'ai imaginé, soit il était sur le point de me proposer de boire un café avec lui avant que Gray nous interrompe.
Je m'assois à ma place habituelle à côté de Lucy, qui m'accueille avec un sourire.
- Salut.
- Salut, je réponds en ouvrant mon sac pour en sortir un bloc-notes et un stylo. Tu as passé un bon week-end ?
- Non, c'était horrible. J'avais un partiel de chimie ce matin et j'ai révisé toute la nuit.
- Comment tu t'en es sortie ?
- Je suis presque sûre d'avoir un A, dit-elle en me souriant. Maintenant, il faut j'aie une meilleure note au rattrapage de vendredi et tout ira bien.
- Tu as eu mon mail, au fait ?
J'ai envoyé à Lucy une copie de mon partiel, mais elle ne m'a pas répondu.
- Oui, c'est bon. Je suis désolée de ne pas t'avoir répondu, mais j'étais concentrée sur l'exam de chimie. Je vais lire tes réponses ce soir.
Gray apparaît à nos côtés et me surprend en s'asseyant à ma gauche.
- Dragneel, tu as un stylo à me prêter ?
Lucy hausse les sourcils, avant de me dévisager comme si je venais soudainement de m'enflammer. Je ne peux pas lui en vouloir, on s'assoit ensemble depuis le début du semestre et je n'ai jamais prêté attention à Gray Fullbuster.
Lucy n'est pas la seule à être surprise. Lorsque je regarde de l'autre côté de l'allée, je note que Sting nous observe avec un air perplexe.
- Dragneel, un stylo ?
- Tu es venu en cours sans ton matériel ? Pourquoi ne suis-je pas surpris ?
Je fouille dans mon sac et dépose brutalement un stylo dans la main tendue de Gray.
- Merci, répond-il d'un air satisfait en ouvrant son cahier. Salut, je suis Gray, dit-il en se penchant pour voir Lucy.
Elle regarde la main que Gray lui tend pendant quelques secondes, puis elle se ressaisit et la lui serre.
- Lucy. Enchantée.
Tolbert arrive et Gray reporte son attention sur l'estrade.
- On est plus ou moins amis, je chuchote à l'oreille de Lucy qui me regarde d'un air choqué.
- J'ai entendu, dit Gray. Et on n'est pas plus ou moins amis, on est meilleurs amis, Lucy. N'écoute pas ce que te dit Dragneel.
Lucy rigole doucement. Quant à moi, je me contente d'un soupir.
Aujourd'hui, le cours magistral est particulièrement pesant. Tolbert se concentre sur le conflit entre la conscience d'un individu versus la responsabilité de la société en prenant le régime nazi pour exemple. Inutile de préciser que ce sont les quatre-vingt-dix minutes les plus longues et déprimantes du semestre.
Lorsque le cours se termine enfin, je meurs d'envie de terminer ma conversation avec Sting, mais Gray a d'autres projets, il me saisit par le bras et me force à me lever. Je jette un coup d'œil en direction de Sting, qui remonte l'allée d'un pas rapide comme s'il essayait de nous rattraper.
- Ignore-le, murmure Gray.
- Mais j'ai envie de lui parler. Je suis sûr qu'il était sur le point de me proposer un rencard tout à l'heure.
Gray resserre sa poigne en me forçant à avancer. Je dois presque trottiner pour le suivre, et lorsque nous passons les portes du bâtiment, je suis plus qu'agacé. Je suis tenté de regarder derrière moi pour voir si Sting est là, mais je sais que Gray me grondera si je le fais.
- Bon sang, tu joues à quoi ? je m'exclame en dégageant sa main de mon bras.
- Tu es censé être inaccessible, tu te souviens ? Tu lui rends la tâche trop facile.
- Le but de tout ça, c'était qu'il me remarque, non ? Eh bien, il m'a remarqué ! Je ne peux pas arrêter ce petit jeu stupide, maintenant ?
- Tu as attiré son attention, c'est vrai. Mais le seul moyen de conserver son intérêt, c'est d'apparaître comme un défi. C'est ça qui plaît à ce genre de mec.
Je suis à deux doigts de le contredire, mais je pense malheureusement qu'il a raison.
- Sois cool à la fête de Strauss, c'est tout.
- Oui M'sieur. Au fait, je dois annuler notre cours de ce soir. Je suis épuisé par notre marathon Breaking Bad et si je ne dors pas un peu, je vais être un zombie toute la semaine.
- Mais on allait commencer les trucs difficiles aujourd'hui, répond Gray mécontent.
- Tu sais quoi ? Je t'enverrai un sujet de dissertation par mail, le genre que Tolbert pourrait nous donner. Accorde-toi deux heures pour y répondre, et demain on le regardera ensemble. Comme ça, j'aurai une idée de ce sur quoi il faut travailler.
- Très bien, concède Gray. J'ai entraînement demain matin et après j'ai cours. Tu peux venir à midi ?
- Oui, mais faudra que je sois parti pour quinze heures, j'ai répèt' après.
- Ça marche. À demain alors, dit-il en m'ébouriffant les cheveux avant de partir.
Je sens un sourire s'étendre sur mes lèvres tandis que je le regarde s'éloigner, suivant des yeux le blason de son équipe sur son blouson en cuir noir et argenté. Je ne suis pas le seul d'ailleurs, plusieurs filles tournent la tête lorsqu'il passe. Je lève les yeux au ciel et je pars dans la direction opposée. Étant donné que Minerva et moi n'avons toujours pas pris de décision à propos de son idée de chorale absurde, je ne peux pas être en retard.
Cependant, lorsque j'entre dans la salle de musique, Minerva n'est pas là.
- Salut, dis-je à Wendy qui est assise devant son piano, étudiant les partitions.
Elle lève la tête et me sourit, l'air tendue.
- Ah, salut Natsu. Euh, Minerva ne vient pas aujourd'hui.
- Comment ça, elle ne vient pas ?
Je bous déjà de rage.
- Elle m'a écrit il y a quelques minutes. Elle a une migraine.
Ouais, c'est cela, oui. Je ne suis pas sans savoir que les gens de notre classe, y compris Minerva, sont sortis fêter la fin des exams hier soir. L'un d'entre eux m'a invité à les rejoindre pendant que Gray et moi regardions Breaking Bad.
- Mais on peut toujours répéter, dit Wendy en souriant. Ce sera sympa de travailler le morceau sans avoir à s'arrêter pour se disputer toutes les cinq secondes.
- Ouais, sauf que quoi que l'on fasse aujourd'hui, Minerva posera son veto demain, je réponds en m'asseyant à côté du piano. L'idée de la chorale est nase, Wendy, et tu le sais, je lui dis en la fusillant du regard.
- Oui, je sais, répond-elle.
- Alors pourquoi tu ne me soutiens pas ?
- Je... euh...
Wendy rougit en cherchant ses mots.
- Tu peux garder un secret ? demande-t-elle.
Merde. Je n'aime pas ça.
- Bien sûr.
- Minerva m'a demandée de sortir avec elle.
- Ah bon ?
J'essaie de ne pas avoir l'air surpris, mais ce n'est pas évident. Wendy est une fille adorable, avec un sourire enfantin lumineux, mais elle n'est absolument pas le genre de Minerva Orland. J'ai beau la détester, je ne peux pas nier que Minerva est canon. Le genre de beauté qui fait vendre beaucoup – beaucoup – de disques et de posters. Et je ne dis pas que les filles simples ne peuvent pas avoir ce que genre de femme. Je suis certain que cela arrive tout le temps. Cependant, Minerva est une enfoirée de première à l'arrogance inégalée et elle est obsédée par son image. Une fille aussi superficielle ne peut pas être intéressée par une fille aussi timide et discrète que Wendy, même si elle est adorable.
- Ne t'en fais pas, dit-elle. Je sais que tu es surpris. Je l'étais aussi. Elle m'a demandé après la répèt', le jour où elle a suggéré la chorale.
Les pièces du puzzle se mettent soudain en place. Je sais à quoi joue Minerva et je dois faire un effort surhumain pour ravaler ma colère. C'est une chose que de pousser Wendy à le soutenir pendant nos disputes, c'en est une autre de la faire marcher ainsi.
En même temps, qu'est-ce que je suis censé lui dire ? Elle ne veut sortir avec toi que pour que tu soutiennes toutes ses idées stupides ? Je ne veux pas être méchant, alors je lui fais mon meilleur faux sourire.
- Et tu es intéressée, toi ?
Elle rougit de plus belle avant de faire « oui » de la tête.
- Vraiment ? je demande d'une voix sceptique. Mais Minerva est une diva !
- Je sais, répond-elle, l'air gênée. Mais c'est seulement parce qu'elle est passionnée par la musique. C'est une fille sympa, quand elle veut.
Quand elle veut ? Elle dit cela comme si elle méritait une médaille. D'après moi, les gens devraient être sympas parce qu'ils le sont, pas par calcul.
Cependant, je garde mon opinion pour moi.
- Est-ce que tu as peur qu'elle annule le rencard si tu ne vas pas dans son sens ?
- Ça a l'air pathétique, dit comme ça.
De quelle autre façon suis-je censé le dire ?
- Je ne veux pas faire de vague, tu vois ce que je veux dire ? demande-t-elle en ayant l'air particulièrement mal à l'aise.
- C'est ta chanson, Wendy. Tu ne devrais pas avoir à te censurer pour rendre Minerva heureuse. Si tu détestes l'idée de la chorale, dis-le-lui.
Je dis ça, mais je sais que Wendy Marvel n'est pas du genre à s'imposer. Elle est timide et mal à l'aise, et elle passe la plus grande partie de son temps à se cacher derrière son piano ou à écrire des chansons d'amour dans sa chambre. Des chansons d'amour pour des divas qui ne l'aiment pas en retour.
Merde, je viens de réaliser quelque chose. Est-ce que notre chanson parle de Minerva ? Je suis dégoûté à l'idée que les paroles que je chante depuis des semaines aient été écrites pour cette fille que je déteste profondément.
- Je ne déteste pas l'idée, déclare-t-elle timidement. Je ne l'adore pas, mais je ne la trouve pas si terrible.
C'est alors que je sais que le soir du spectacle d'hiver, Minerva et moi monterons sur scène, accompagnés par une putain de chorale.
