Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Il ne leur fallut pas longtemps pour se retrouver rue de Furstemberg. C'était la fin de la journée, et la lumière dorée allongeait l'ombre des arbres sur la placette. La librairie était éclairée. Le cœur serré, Nathan poussa lui-même la porte du petit magasin.

Le vieux libraire était assis derrière son comptoir, plongé dans la lecture d'un ouvrage, exactement dans la même position que lors de leur premier passage.

Il redressa la tête et remonta ses lunettes sur son nez.

- Bonsoir, jeunes gens, que puis-je faire pour vous ? demanda-t-il d'une voix usée.

Nathan eut l'impression qu'il allait se sentir mal. Il n'osait pas le regarder en face. Heureusement, Zayn passa devant lui et prit la situation en main :

- Bonsoir, monsieur. Nous voudrions voir l'appartement de Mélior, qui se trouve au-dessus de votre magasin. Nous pensions que vous aviez peut-être les clefs ?

L'homme frissonna. Un éclat brilla dans ses yeux et s'éteignit aussitôt.

- Mélior ? Oui..., ce nom me dit quelque chose. Il me semble qu'il habitait bien dans l'immeuble, oui. Mais il n'y vit plus depuis longtemps… je crois… Pourquoi ?

- Nous sommes de sa famille, répondit Zayn, qui avait visiblement préparé ses arguments.

Le libraire les regarda tous les trois avec attention.

- Je vous connais, n'est-ce pas ? Je vous ai déjà vus ? Je suis sûr de vous connaître.

Le cœur de Nathan s'affola dans sa poitrine. Il ferma les yeux, espérant échapper à cet instant pénible. Mais Zayn ne se démonta pas.

- Oui, nous sommes déjà passés. Mélior était mon oncle, vous m'avez déjà vu plusieurs fois !

- Mais oui, bien sûr, je me disais aussi que vous ne m'étiez pas étranger. Le neveux de Mélior. Je dois avoir la clef de l'appartement de ton oncle quelque part… Mais je ne sais plus du tout où...

- Dans le tiroir de votre bureau ? risqua Zayn.

Le libraire tressaillit. Son regard se voila et il passa la main sur son front.

- C'est étrange… Je...

Ses yeux se posèrent sur Nathan. Il blêmit et sembla sur le point de dire quelque chose puis la tension retomba.

- Oui, qu'allais-je dire ? Le tiroir de mon bureau ? Je vais aller voir. Attendez ici.

Il disparut dans l'arrière-boutique Nathan poussa un gémissement.

- Quelle horreur !... Le pauvre, il a l'air tellement… perdu… Ça se voit qu'il ne tourne pas rond !

- Il ne tournait pas rond avant non plus, rappela Lia d'une voix étouffée.

Le vieil homme revint dans le magasin, un trousseau de clefs à la main.

- Bonsoir, c'est à quel sujet ? demanda-t-il, complètement hagard.

Zayn eut une exclamation mais se ressaisit très vite.

- Nous sommes venus chercher les clefs que vous tenez.

Le libraire sembla alors découvrir le trousseau.

- Ah oui ? Si vous le dites...

Il le tendit à Zayn, qui s'en empara d'un geste vif. Le libraire regarda encore Nathan.

- Toi..., tu es un ange, c'est ça ? Je me souviens. Un ange...

Nathan sentit ses jambes flageoler. Il étouffait dans cette boutique poussiéreuse.

- Pardon ? demanda-t-il d'une voix tremblante.

Sans plus attendre, Zayn poussa Nathan vers la sortie tout en saluant le vieil homme au regard mort :

- Merci beaucoup, monsieur, c'est très aimable de votre part. Bonne soirée !

Le libraire ne répondit pas. Il avait déjà repris sa place derrière le comptoir et feuilletait son livre comme si il n'avait jamais été interrompu.

Les trois adolescents se ruèrent à l'extérieur tels des prisonniers en mal de liberté.

Zayn poussa la porte de l'immeuble le premier et grimpa les escaliers en bois à toute allure. En vérité, il était bouleversé mais ne voulait pas le montrer à Nathan et Lia. Il se sentait en partie responsable de la situation, mais rien ne pourrait réparer ce qui avait été commis. Alors autant continuer la quête des Livres-Monde sans regarder en arrière.

Au premier étage, il n'y avait qu'un appartement. Zayn glissa une des clefs dans la serrure et, dans un "clic" léger, la porte s'ouvrit aussitôt sur un logement désert et silencieux.

Les trois jeunes gens restèrent un moment immobiles, n'osant s'aventurer plus loin. Lia fut la première à entrer. Les volets étaient fermés, plongeant dans la pénombre la pièce parfaitement ordonnée qui s'offrait à eux. Seule une couche de poussière grise indiquait que personne ne vivait ici depuis longtemps. Le salon sentait le renfermé, le bois, l'absence.

Timidement, Zayn suivit Lia et alla ouvrir les volets pour laisser entrer les derniers instants de lumière de la journée.

- Qu'est-ce qu'on cherche exactement ? demanda Lia en tournant sur elle-même.

- Quelque chose en rapport avec un canon, répondit Nathan.

La petite équipe se mit alors au travail. Au début, ils n'osaient toucher à rien, puis, prenant de l'assurance, ils ouvrirent les armoires, inventorièrent les tiroirs, soulevèrent quelques babioles. Mais rien ne parlait d'un canon.

Zayn finit par s'asseoir sur le lit de la chambre à coucher. Mélior semblait avoir été quelqu'un de très méticuleux. Son appartement était en ordre, la vaisselle et les vêtements parfaitement rangés. Ses papiers aussi étaient classés et il avait eu la preuve de ce qu'il avançait : Mélior avait acheté son appartement et pris toutes les dispositions nécessaires pour que sa disparition n'ait aucune conséquence. Pourquoi exactement ? Il n'en savait rien. Peut-être que, ne sachant pas quand il s'effacerait, il avait prévu large pour ne pas être embêté une fois incapable de s'occuper de tout ça lui-même ? Ou alors, peut-être espérait-il revenir un jour, puisqu'il s'était attaché à la Terre...

Quoi qu'il en soit, c'était une chance que personne n'ait touché à rien ! Si un indice était encore caché ici, ils finiraient par le trouver. Il entendait Nathan et Lia s'affairer dans la cuisine et le séjour. Il laissa ses pensées errer en observant la pièce. Sur un mur, Mélior avait collé plusieurs photos en pêle-mêle. Sur l'une d'entre elles, on voyait une femme aux yeux mauves dont le regard était si vivant qu'on avait la sensation qu'elle allait se mettre à bouger. Attiré par ce visage aux traits purs, Zayn se leva et s'approcha de la photo. Dans un angle, Mélior avait écrit au feutre argenté : "Le regard de Mira, ma beauté." C'était sa femme. Mélior en parlait souvent dans son carnet. Un sentiment de tristesse envahit Zayn en pensant à toutes ces vies noyées dans le néant.

Visiblement, c'était le seul souvenir que le Chébérien avait apporté de son monde car, sur une autre photo, on voyait la tour Eiffel annotée elle aussi : "Un prodige d'architecture." Mélior avait également accroché une photo du château de Chambord, une autre du Mont-Saint-Michel : "Une curiosité à ne pas manquer." Apparemment, il avait visité la France et avait collecté ces souvenirs, certainement pour qu'ils lui reviennent juste en contemplant le pêle-mêle, quand il affronterait l'oubli. Est-ce que ces sites étaient susceptibles d'abriter des canons ? Il savait qu'il y en avait au Mont-Saint-Michel. Est-ce qu'il tenait une piste ?

Il continua à regarder les paysages qui jaunissaient sur le mur. Soudain, il se figea. Sur une photo, on voyait la mer et, devant, une muraille de pierres blanches qui s'élevaient tels des orgues vers le ciel. Au milieu, une petite ouverture carrée découpait la roche comme une fenêtre. Dans un coin, Mélior avait écrit : "En-Vau et son Trou du Canon."

Zayn arracha la photo du mur et, le cœur battant, se précipita dans le salon où ses camarades continuaient leurs recherches.

- J'ai trouvé ! s'écria-t-il en brandissant la photo. J'ai trouvé ! Ce n'était pas un canon ! C'est un trou dans la roche !

Les deux autres se ruèrent sur leur ami qui s'affairait déjà à déballer son ordinateur portable de son sac à dos. Il le posa sur la table de la salle à manger et l'alluma.

Lia prit la photo et l'inspecta.

- Pas facile à deviner, ronchonna-t-elle en lisant les mots de Mélior.

Mais Zayn ne l'écoutait pas, concentré sur son ordinateur.

- Pourvu qu'il y ait du réseau… Ah ! Super !

Sur la barre supérieure de l'écran, un symbole indiquait que l'ordinateur avait bien capté un réseau wifi dans la rue. Zayn s'y connecta et se rendit sur la page d'accueil de Google. Il tapa dans la barre de recherche "En-Vau + Trou du Canon". L'ordinateur moulina quelques secondes puis le résultat s'afficha. La première entrée était la suivante :

"Escalade dans les Calanques

Retour en rappel du Trou du Canon puis descente à En-Vau."

- C'est ça ! s'écria Zayn. J'en suis sûr ! Il ne fallait pas lire le "Trou du Canon d'en haut", mais le "Trou du Canon d'En-Vau".

Il cliqua sur le lien. La page chargea sur un tableau qui résumait la journée d'escalade d'un groupe de personnes. Ils avaient gravi un endroit qui s'appelait le plateau de Castelvieil, uniquement accessible en escalade. Sous le texte, il y avait des photos. Le paysage était époustouflant. On voyait une grande paroi rocheuse blanche, parsemée d'arbres et de buissons. La mer vert émeraude en contrebas était transparente comme le cristal.

Et dans le mur rocheux du plateau de Castelvieil, une petite ouverture carrée se dessinait, comme une fenêtre sur le ciel, étrange et improbable.

- Ouaaaah ! murmura Lia.

- C'est magnifique ! C'est comme sur la photo de Mélior ! C'est où exactement ? demanda Nathan, surexcité.

Zayn déplaça le curseur vers le cadre dédié aux informations.

- C'est à Cassis, près de Marseille. Mais oui ! Bien sûr ! s'exclama-t-il en retournant fouiller dans son sac pour en sortir les photocopies du cahier de Mélior. Il les feuilleta fébrilement et s'arrêta sur une page cornée.

" Dans ce coin de paradis, je m'imbibe des couleurs, si simples mais tellement éclatantes. Ce bleu, ce vert et ce blanc explosent sous le soleil de plomb. Les cigales crissent dans la moiteur et des parfums de sève et de thym montent du sol. Je suis là, assis au milieu de cette splendeur, dans ce lieu hors du temps. Et je regarde autour de moi, je respire, j'écoute, je m'emplis de cette beauté. C'est le lieu idéal. "

- Le lieu idéal pour cacher un des Livres-Monde ! conclut triomphalement Zayn en brandissant la page.

Son visage irradiait de joie et de fierté.

- J'y crois pas, souffla Nathan en se passant les mains dans les cheveux, on a trouvé !

- Euh..., pas encore, il vous reste à aller à Marseille, à trouver cette calanque d'En-Truc et à deviner quel doigt vous indique le Livre-Monde, fit remarquer Lia.

- Bien résumer, il ne nous reste plus qu'à aller là-bas !

- Ah ah, avec toi, Zayn, tout est facile !

- Attends, excuse-moi, mais il y a plus compliqué sur terre que de prendre le train et de retrouver un coin touristique dans le sud de la France !

Nathan se tourna vers Lia :

- Dis-moi, tu ne voulais pas qu'on se prenne quelques jours de vacances dans un camping au bord de la mer ? Même que je devais t'y amener en volant...

- Tout à fait ! J'ai pas oublié !

- Marseille, ça te dit comme destination ? Mais je te préviens, personne n'y va en volant ! Le TGV est plus confortable !

Ils éclatèrent de rire. Ils se sentaient soudainement tellement plus légers ! Le Livre-Monde leur paraissait être au bout de leurs doigts, si proche...

Avec un pincement au cœur, ils avaient refermé les volets de l'appartement de Mélior. Zayn avait même remis la photo en place, désirant que tout soit rangé à l'identique, comme l'avait laissé le Chébérien avant de disparaître.


Nathan et Lia avaient raccompagné Zayn au métro et revenaient chez eux tranquillement, en riant.

- Je suis trop contente ! s'écria Lia. On va partir en vacances ! C'est génial ! Tu crois que l'eau sera chaude ?

Nathan éclata de rire.

- On verra bien ! Moi aussi je suis super content ! Je commençais à me demander où tout cela allait nous mener ! Tu sais quoi ? Ça me donne envie de m'envoler, de planer !

- Vas-y ! Ne te gêne pas pour moi !

- Comme ça, au milieu de la rue ?...

Lia regarda autour d'eux. Personne ne regardait dans leur direction. Un couple qui marchait devant eux disparut à l'angle du carrefour.

- Allez, fais-toi plaisir !

Nathan examina les environs à son tour. Ils marchaient le long du parc, là où le libraire les avait agressés quelques jours auparavant. Il n'y avait jamais grand monde dans ce coin là le soir, une fois le jardin fermé.

- J'y vais ?

Nathan sentait le bout de ses ailes le démanger.

- Vas-y, je fais le guet !

Lia lui fit un clin d'œil

Nathan regarda encore une fois dans toutes les directions, enleva son tee-shirt et le tendit à son amie. Puis il étira ses ailes, comprimées depuis trop longtemps sous ses vêtements.

- Ouah ! s'exclama Lia. Chaque fois que tu fais ça, tu m'impressionnes !

Nathan lui sourit et, d'un coup de talon, s'éleva dans le ciel qui saluait la fin de la journée dans une débauche de couleurs.

Pendant qu'ils discutaient, la porte d'un immeuble s'était ouverte un peu plus loin. Une jeune fille en était sortie et son regard avait été attiré par le rire des deux jeunes.

- Mais c'est Nathan ! s'était-elle exclamée.

Elle allait s'élancer vers lui pour le saluer quand elle l'avait vu ôter son tee-shirt et, curieuse, elle s'était plaquée dans le renfoncement d'une porte pour l'observer.

- Qu'est-ce qu'il fabrique ?

Son cœur fit un bond lorsque d'immenses ailes blanches jaillirent de chaque côté du dos de son ami. Aela plaqua une main sur sa bouche pour étouffer un cri de surprise. Elle le suivit longuement des yeux, émerveillée, jusqu'à ce qu'il disparaisse au-dessus des arbres du parc.

Des ailes ! Elle fut tentée de rattraper Lia qui contournait la grille, mais elle se ravisa. Il fallait qu'elle réfléchisse et qu'elle en parle avec Nathan directement. Lentement, elle rentra chez elle, envahie par la joie et le regret...

Nathan virevolta longuement dans la nuit. Il avait besoin de s'enivrer de cette sensation de liberté, d'apprendre à connaître ce corps étrange, qui était pourtant bien le sien. Il montait haut en fermant les yeux, jusqu'à ce que le froid le fasse frissonner. Alors, il redescendait et regardait la ville s'approcher de lui à toute allure.

Une fois qu'il fut bien détendu, il rejoignit Lia qui l'attendait, assis sur le perron de leur immeuble, le visage plongé vers l'écran de son téléphone.

Elle releva la tête en voyant Nathan se poser devant lui.

- Alors, c'était bon ?

- Grave. Un vrai bonheur. Tu fais quoi, toi ?

- Rien, j'envoyais un texto à Denis.

- Ah ? Celui du Net ?

Lia hocha la tête en lisant la réponse qu'elle venait de recevoir dans une vibration de son téléphone.

- Je croyais que tu avais laissé tomber parce que tu avais des vues sur Zayn.

- Ouais, mais finalement, il faut que je me rende à l'évidence, il craque pour toi !

Nathan leva un sourcil et s'assit près de son ami en enfilant son haut.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Mais oui, t'as pas remarqué comment il te regarde ? Comment il aime te prendre la main ? Comment il te sourit ? Il est fou de toi !

- Tu plaisantes, j'espère. Zayn et moi, on est proche parce qu'on a nos ailes. Sinon, il ne me regarderait même pas. On est pas du tout du même monde.

Lia s'esclaffa :

- Tu te moques de moi ? Il y a un truc entre vous, c'est sûr. Allez, avoue, il ne te laisse pas indifférent !

Nathan rougit. Il était heureux qu'il fasse nuit et que son visage soit en partie noyé dans la pénombre. Il repensa aux mains de Zayn sur son visage… Il préféra esquiver.

- Pfff !... J'ai autre chose à penser en ce moment !

- C'est ça ouais… Mais fais gaffe ! Avec Aela qui te court après, tu deviens un sex-symbol !

Nathan haussa les épaules.

- Alors celle-là, je ne sais pas ce qui lui a pris...

Lia rit doucement en tapotant le dos de son ami :

- Tu n'es plus le même, Nathan, depuis toute cette histoire de Livres-Monde. Tu ne t'en rends pas compte...

Nathan resta silencieux. Il savait qu'il avait changé. La vie l'y avait forcé. Mais il ne se doutait pas que cela se voyait de l'extérieur. Tout ce qu'il ressentait de nouveau était tellement… intime.

Il était encore l'ancien Nathan, mais il était aussi un nouveau Nathan qui se dévoilait au fil des jours et qu'il apprenait à connaître. Et les autres, est-ce qu'ils avaient changé, ou était-ce le regard qu'il leur portait qui était différent ?