Point de vue : Harry
L'avion avait décollé depuis plusieurs heures et survolait actuellement l'océan atlantique. Je regardais Mia se lever de son siège.
"Tu me suis aux toilettes ?"
"J'ai rêvé toute ma vie d'entendre cette proposition indécente de ta bouche"", elle riait de ma bêtise et se levait sans attendre la suite. J'en faisais de même et m'amusais largement de l'air choqué ensuite de cette passagère qui me regardait entrer dans les toilettes avec Mia. L'espace était très restreint. Mia était collée à moi et commençait à sortir les pansements et la crème de sa trousse de toilette.
"Tu t'appliques, s'il te plaît !", je recevais l'ordre avec amusement.
"Tu dois savoir que je suis très habile de mes mains, Mia", j'avais répondu d'un ton sensuel et joueur en retour. J'avais déposé au même moment mes mains sur ses hanches, je la retournais d'un geste ferme et viril contre la vasque, faisais glisser son gilet le long de ses bras et lui retirais son haut d'un geste habile et sensuel en la laissant en l'état dans ce soutien-gorge noir. Le visage gêné et outré qu'elle avait dans le miroir en ce moment valait tout l'or du monde et me poussait au rire instantanément.
"Tu es démoniaque, Harry", je souriais encore plus de cet adjectif.
"Pas à moi, Mia. Je suis sûre que c'est le genre de chose dont tu rêves encore en repensant à ton Ricardo", Mia me fixait à travers le miroir avec colère et elle essayait simultanément de me gifler. Je n'arrivais pas à calmer mes rires malgré tout et réussissais à parer son geste rapidement.
"C'est bon, je me tais. Promis. Arrête de gigoter, laisse moi faire", Mia me fixait durement dans le miroir pour que je cesse de rire. J'essayais de retrouver mon sérieux et j'y arrivais facilement à la vue de son dos et de sa nuque. Je recevais de nouveau et instantanément cette vague d'émotion et de fierté en les regardant. Je savais que ce sentiment et les souvenirs parfaits de cette semaine me rattraperaient délicieusement à chaque fois que je poserai mes yeux sur cette partie de son corps. Je commençais à nettoyer doucement son dos sur ces réflexions.
"Qu'est-ce que tu comptes dire à Charlie pour ça ?", je la questionnais sérieusement en la regardant à travers le miroir et en appliquant désormais la crème cicatrisante délicatement et minutieusement.
"Comment ça ?", Mia me regardait avec un air interrogateur et je m'interrompais aussitôt, interdit, en comprenant à quel point sa naïveté la perdrait.
"Tu n'envisages pas sérieusement de lui dire la vérité ?".
"Qu'est-ce que tu veux que je lui dise d'autre ? Franchement, il n'est plus à ça près avec toi. Il comprendra"
"Tu es complètement inconsciente, Mia ! Tu devrais sérieusement mettre à profit les dernières heures de ce vol pour trouver une histoire qui tienne la route. Déjà, parce que je ne tiens pas à finir enterré vivant et ensuite parce que la dernière chose dont tu aies envie c'est que Charlie pense à moi à chaque fois qu'il te prendra par derrière", j'avais fini mon argumentaire en me mordant les lèvres pour retenir de nouveaux rires. Le résultat ne se faisait pas attendre et Mia m'insultait de tous les noms en retour en agitant de nouveau ses bras pour me frapper, en déclenchant mon nouveau fou rire incontrôlable. Dieu que je me régalais avec elle. Je me laissais faire docilement cette fois en attendant qu'elle se calme et je finissais enfin par poser son pansement neuf après son accalmie.
Point de vue : Mia
"Tu m'as tellement manqué", je reçevais en ce moment avec délice les paroles et les baisers sensuels de Charlie que j'avais retrouvé quelques heures plus tôt. Ses mots étaient réconfortants mais aussi culpabilisants car je ne pouvais pas en dire de même avec la semaine exceptionnelle que je venais de passer.
"Toi aussi", il plissait des yeux à mon mensonge.
"Mmmh. Je n'ai pas raté une miette des publications de Harry et je suis à peu près certain que tu n'as pas eu une seconde de libre pour penser à moi", je sondais son regard, soudain inquiète de ce qu'avait pu publier Harry, mais je croisais son sourire et percevait son ton calme et bienveillant.
"Très bien ! Tu m'as démasquée. C'était exceptionnel et à la limite de la perfection ! Il ne manquait vraiment plus que toi", je me risquais à ce nouveau mensonge pour lui éviter des peines. Ma réponse lui plaisait visiblement et je le sentais enfin prendre les devants pour la première fois de la journée après une attente qui m'avait semblé trop longue. Je mourrais d'envie de ses bras, de son corps et de son sexe en ce moment. La semaine avait été particulièrement intense, riche en émotions et en frissons et j'avais plus que jamais besoin qu'il me donne cet orgasme et ce plaisir en souffrance depuis trop de jours. Je le laissais m'embrasser langoureusement, me caresser sensuellement. Je l'obligeais au même moment à dévorer ma nuque qui était définitivement devenue trop sensible au terme de cette semaine. Je lui intimais de me déshabiller, ce qu'il faisait en me retirant mon haut et mon soutien-gorges. Jusqu'à ce qu'il s'interrompe nettement dans sa tâche.
"Qu'est-ce que…. Mia !", je voulais protester contre son interruption mais je me ravisais en comprenant l'origine de son trouble. Charlie venait d'apercevoir mon dos dans le miroir situé derrière moi. Il m'avait retourné au même moment, avec son air choqué, pour le constater de ses propres yeux et vérifier qu'il s'agissait d'un vrai.
"Mia !?"
"Tu l'aimes ?"
"Ce n'est pas la question ! Explique-moi ?!", je ne savais pas du tout dire s'il aimait ou non et cela m'inquiétait.
"Mmh, je l'ai fait sur un coup de tête dans l'euphorie du festival. Il te plait ?"
"Tu sais ce que je pense des tatouages mais oui, il est plutôt très joli, je mentirai en disant le contraire. Je suppose qu'il faut juste que je m'habitue", je savais effectivement que Charlie n'était pas friand des tatouages. Il n'en avait aucun, c'était à l'antithèse de ses principes mais au moins, il ne le détestait pas.
"Qu'est-ce que ça signifie ?", je le regardais plisser des yeux à sa lecture et ses caresses pendant que je lui traduisais le texte.
"Et c'est en quel honneur ?", je prenais un inspiration discrète avant de revêtir ma plus belle poker face en repensant aux mises en garde de Harry.
"Ce voyage à Venise avec toi m'a replongé dans mes souvenirs d'enfance. J'avais vraiment très envie de rendre hommage à ma grand-mère. J'étais très proche d'elle.", je n'avais définitivement pas trouvé mieux pendant le vol. Il aurait sûrement préféré entendre que je l'avais fait en pensant à lui mais je ne pouvais pas oser ce mensonge éhonté et surtout cette déclaration d'amour qu'il espérait tant. J'avais donc préféré cette histoire de famille.
J'avais convaincu Charlie visiblement et je m'étais appliquée à lui faire oublier pour l'amener de nouveau à notre occupation de départ. Il reprenait enfin ses baisers dans ma nuque et ses caresses sur ma poitrine, collé contre mon dos.
…
"Je te manque déjà ?", Harry m'ouvrait la porte avec son immense sourire. Je venais de laisser Charlie dans ma chambre après notre moment d'intimité, en prétextant de devoir récupérer je ne sais quoi d'important dans sa valise.
"Oh pitié, tais-toi et laisse-moi entrer", il me laissait faire et me regardait avec curiosité.
"Qu'est-ce qu'il y a ?"
"Pourquoi j'ai fait ça ? Ce tatouage. C'était complètement stupide de ma part ! Mon dieu, je lui mens comme une arracheuse de dents. Je me sens tellement mal, Harry !", Harry s'était rapproché de moi. J'avais vu un semblant de peine passer dans son regard mais il ne se formalisait pas de mes regrets et se rapprochait de moi en continuant de m'écouter.
"Raconte", il posait sa main sur mon épaule pour essayer de calmer ma nervosité.
"Je lui ai dit que j'avais fait ce tatouage en hommage à ma grand-mère, Harry !", il ne retenait pas son rire et se couvrait la bouche et le nez de sa main pour essayer de regagner son sérieux face à mon désespoir. Il prenait le temps de la réflexion avant de me répondre.
"Non, ce n'est pas si mal comme histoire à la réflexion. Ta grand-mère décédée c'est toujours mieux que moi, même si ce n'est pas très glamour. Ça tient la route, c'est ta famille, elle est italienne, elle a vécu à Venise, cette ville dont tu reviens très récemment. Tout colle plutôt bien, enfin mis à part le fait que tu la connaissais à peine, ce qui rend l'hommage un peu disproportionné mais bon, Charlie n'a pas besoin de savoir ce détail", je tombais dans ses bras de soulagement à l'entente de ses paroles réconfortantes. J'étais aussi très émue qu'il se souvienne de ce que je lui avais confié sur ma famille, il y a de cela de nombreuses années.
"Ça va détends-toi. Personne ne saura, aussi longtemps que tu tiendras ta langue ! Tu sais que je suis une tombe ", Harry me caressait les cheveux en me voyant peiner à classer le sujet.
"Je sais, ce n'est pas ça le problème, c'est à cause de ce que tu m'as dit dans l'avion. Mon dieu Harry, il a essayé de me prendre en levrette et j'ai mendié un vieux missionnaire pour ne pas qu'il le regarde, à cause de toi ! Oh j'en ai presque eu la nausée", Harry éclatait de rire à cet aveu. Son fou rire était inarrêtable et moi je me sentais pitoyable.
"Ce n'est pas si mal un missionnaire", son ton était sérieux mais son visage se tordait d'une envie intense de rire.
"PAS APRÈS UN BURNING MAN !", j'étais encore très frustrée d'avoir dû éteindre ma passion ardente dans un orgasme juste passable. Harry le devinait sans difficulté et se mettait maintenant à pouffer plus franchement en se moquant de moi.
"Tu aurais dû demander, je t'aurais soulagé de toute cette souffrance dans les toilettes de l'avion avant de rentrer", il éclatait très franchement de rire à ma réaction colérique et indignée puis redevenait un peu plus sérieux.
"Ça va passer, arrête d'en faire tout un drame. Tu surréagis pour ce tatouage. Tu vas finir par l'oublier, et encore plus avec l'endroit où il se trouve", il faisait une pause en me regardant sérieusement. Il me regardait ensuite en contenant difficilement sa nouvelle envie de rire en me sortant sa dernière réplique.
"Comment tu dis déjà ? BASTA COSI ?", il n'en fallait pas plus pour que je lui saute dessus et ne l'étrangle pour cette utilisation de l'italien qui me ramenait encore à ma culpabilité et mon terrible mensonge.
…
Cela faisait déjà 5 jours que j'étais rentrée des Etats-Unis. J'étais assise sur ma chaise de cuisine et je fixais cette portée d'entrée avec une angoisse comme j'en avais rarement eu de ma vie. Le départ pour Londres était dans quelques jours. Le temps était passé bien trop vite. J'avais beaucoup trop laissé traîner, je devais informer Harry de mes projets avec Charlie. Je ne pouvais plus reculer maintenant, je ne pouvais pas le mettre sur le fait accompli dans quelques jours avec l'arrivée des déménageurs. J'avais décidé de lui en parler ce matin et je n'étais que boule de nerf et de stress.
"Mia, tu as tout à fait le droit de changer d'avis", Charlie était arrivé au même moment et me tirait brutalement de mes réflexions. Il venait de me parler péniblement, d'une voix faible et mal assurée.
"Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes. Non ce n'est pas ça. J'ai juste peur de sa réaction, c'est tout", je le voyais rassuré par ma confirmation et il essayait à son tour de me réconforter.
"Tu ne devrais pas. Je suis sûr qu'il comprendra", j'étais incapable de retenir mon rire moqueur au même moment.
"Tu connais très mal Harry, si tu penses ça", je comprenais à sa grimace qu'il ne croyait pas à son propre mensonge. Non, je savais très bien et lui également que cette conversation allait tourner au drame. Il ne pouvait pas en être autrement avec le tempérament capricieux et tempétueux de Harry mais je n'avais plus le choix.
"Tu veux que je t'accompagne ?"
"Dieu, surtout pas", la présence de Charlie à cette confrontation était la pire des suggestions. Je me levais sur cette réflexion, en puisant mes dernières forces, sans un regard pour Charlie.
Je me décidais enfin à frapper à sa porte.
"Hey Princesse", Harry m'ouvrait avec cet immense sourire qui ne le quittait plus depuis notre voyage. Cet accueil chaleureux et cette joie apparente ne faisaient qu'empirer ma culpabilité et mon appréhension. Je lui rendais son câlin affectueux, le cœur au bord des lèvres, avec l'angoisse qu'il s'agisse du dernier avant un long moment, et j'entrais timidement dans l'appartement en restant proche de la sortie pour parer à toute éventualité.
"Ça ne va pas ?", il me regardait étrangement. J'étais un livre ouvert pour Harry, c'était inutile d'essayer de prendre des détours pour retarder la discussion.
"Le départ pour Londres approche", et je le voyais baisser la tête en comprenant partiellement la problématique. Il se rapprochait de moi et posait ses bras de façon réconfortante sur mes épaules.
"C'est à une heure de vol. Tu sais très bien qu'il rappliquera aux premières opportunités pour te voir, et vice versa. Ça passera vite et je serais là pour te changer les idées", dieu je ne savais pas comment lui annoncer.
"Personne ne sait combien de temps ça va durer…", je traînais, je n'y arrivais pas.
"Et ? Charlie est dingue de toi, il ne se laissera pas décourager par une relation à distance, arrête de t'inquiéter comme ça"
"Mais tu sais très bien que je n'aime pas ce genre de relation",
"Quoi...tu es en train de me dire que tu veux quitter Charlie ?", Harry avait un air choqué. Je l'avais induit en erreur malgré moi en faisant référence à ce premier amour que j'avais quitté avant qu'il ne parte à l'étranger. Harry se fourvoyait et je ne pouvais plus reporter. Je commençais à lui dire non de la tête mais les mots ne sortaient toujours pas de ma bouche. Il était à des années lumières d'imaginer le coup de massue que j'allais lui infliger. J'avais le cœur brisé de le constater et je penchais ma tête en arrière péniblement pour retenir mes larmes de détresse. Harry le voyait, il était inquiet et se rapprochait de moi, en me prenant le visage entre les mains pour me sonder plus profondément et tenter de deviner un peu mieux mon trouble comme il savait toujours le faire.
"Qu'est-ce qu'il y a, Mia ?", c'était maintenant.
"J'ai décidé de partir avec Charlie. Je pars à Londres la semaine prochaine aussi, Harry", c'était terrible de le verbaliser, de lui avouer
"Répète ça"
"Je déménage. A Londres. Avec Charlie", le silence qui suivait était interminable mais le pire était de sentir ses mains quitter mon visage. J'étais au bord de l'implosion, je mourrais d'entendre sa réaction mais Harry était figé et inexpressif. Je me taisais, pour laisser le temps à l'information d'arriver à son cerveau et je me taisais pour ne pas aggraver ma situation. Harry me tournait le dos désormais et se dirigeait vers la table pour se servir de l'eau l'air de rien.
"Dis quelque chose", il avait le visage inexpressif. Je savais que ça ne durerait pas longtemps.
"Depuis quand est-ce que tu le sais ?", il avait maintenant ce ton autoritaire et je ravalais péniblement ma salive avant mon aveu.
"Depuis 10 jours", ma voix était inaudible, je le regardais encaisser la nouvelle. J'avais tellement mal de lire cette peine et cette douleur sur son visage.
"Tu avais promis de ne plus le faire", je savais qu'il me rappellerait sans état d'âme à cette promesse que je lui avais faite au Mexique. J'avais promis de ne plus jamais le quitter, avant de rentrer avec lui à Paris.
"C'était avant que la mère de ton meilleur ami, dans les bras de qui tu m'as poussé, ne tombe malade gravement, Harry", j'avais sorti mon argumentaire le plus fort d'entrée de jeu en espérant que ce contexte parvienne à le raisonner mais je savais que c'était certainement un coup d'épée dans l'eau. Harry était l'homme le plus capricieux et le plus égoïste que je connaissais malgré ses innombrables qualités. Je le voyais lutter et se mordre les lèvres, il était en train de décider du ton qu'il allait donner à la suite. Est-ce qu'il allait me ménager ou est-ce qu'il allait exploser ? J'attendais, morte d'angoisse, qu'il décide.
"Je n'en ai rien à foutre de la mère de Charlie", je fermais les yeux de dénégation en le voyant prendre cette voie.
"Charlie est ton ami, bien sûr que ça te concerne", Harry me sortait un rire moqueur en réplique. J'évitais de poursuivre en sentant la moutarde lui monter au nez.
"Mon ami ? Crois moi, je ne suis pas son ami. C'est devenu limpide depuis cette petite baignade dans ton jacuzzi. Tu veux même que je te dise ? Je pense que c'est très clair dans sa tête depuis le naufrage mais qu'il n'a jamais eu le courage de m'envoyer bouler à cause de toi", je ne voulais pas aggraver la situation et ne répondais pas. Je le regardais impuissante s'énerver encore plus et reposer son verre brutalement sur la table.
"Putain ce qu'il doit être en train de prendre son pied en ce moment ! Il rêve de ce jour depuis qu'il te connaît", je restais silencieuse et bloquée quelque part entre la tristesse et la rancœur. Harry était toujours colérique dans le malheur et la déception et je savais que c'était à moi de temporiser aujourd'hui si je voulais avoir une chance de sortir de cet échange indemne à l'approche de son venin.
"De quel jour tu parles ?", je faisais bref et concis.
"De ce jour où tu le choisis lui. Ce jour qui n'était jamais censé arriver. Jusqu'à ce que tu te décides aujourd'hui à me planter ton pire couteau dans le dos", Harry n'osait même pas me regarder dans les yeux pendant que ces mots terribles sortaient de sa bouche. C'était insupportable, il me culpabilisait et m'enfonçait.
"Mon dieu Harry, ça n'a rien à voir avec toi ! Ça me tue de venir te l'annoncer, tu le vois bien et encore plus avec tous les moments passés ensemble ces derniers temps. Mais tu vas bien mieux et Charlie va très mal. C'est tout. Je ne fais pas ça contre toi !", j'étais obligée de monter le ton pour essayer de contenir son escalade et ses surenchères.
"C'est pire, Mia. Tu es en train de me dire que tu préfères les états d'âme de Charlie aux miens, alors que tu ne le connais que depuis quelques mois", ça devenait trop mesquin et c'était surtout terriblement injuste de sa part.
"C'EST CE QUE FONT LES COUPLES HARRY ! ET C'EST L'HOPITAL QUI SE FOUT DE LA CHARITÉ PUISQUE C'EST EXACTEMENT CE QUE TU AS FAIT AVEC VICTORIA !", il avait relevé sa tête lentement et me lançait un regard dur face à ma colère subite.
"Pardon ?", il répondait avec un ton ferme et faussement calme pour m'obliger à baisser d'un ton, ce que je faisais immédiatement. J'avais peur d'être allée trop loin en parlant d'elle mais j'avais aussi besoin de me libérer de ce vieux fardeau, alors je reprenais avec moins d'humeur.
"Tu as très bien entendu. Je ne me souviens pas t'avoir tourné le dos pendant toutes ces années. Sauf si tu comptes me reprocher d'avoir été une femme battue avec Adrien ou d'être tombée en dépression après le naufrage, comme tous le monde. Tu es là à critiquer Charlie mais en attendant, moi, j'ai résisté face à ses crises de jalousie, je ne t'ai jamais laissé sur le bas côté et je l'ai obligé à te supporter. N'oublie jamais que tu as été le premier à me tourner le dos Harry, tu n'as pas hésité une seule seconde à me mettre au placard sur première demande de Victoria !"
"Je t'en prie continue parce que je ne vois absolument pas de quoi tu parles", je tournais de l'œil et lui jetais un regard méprisant. Bien sûr qu'il savait et il avait intérêt de vite s'en rappeler s'il ne voulait pas que je lui jette son verre à la figure. Je restais silencieuse et l'obligeais à trouver la réponse lui-même. Je le voyais ensuite tempêter et s'agiter en arrivant à ses propres conclusions.
"...JE RÊVE ! Ça ne t'a pas posé de problème à l'époque. Tu as très bien pris ma décision d'arrêter la danse. Tu es culottée de me le reprocher aujourd'hui. N'essaye pas de retourner la situation ! Et surtout c'est complètement incomparable à ton exil en Angleterre"
"Non Harry, c'est encore MOINS COMPARABLE à mon exil en Angleterre. Je pars pour de très bonnes raisons, ça n'a rien de gratuit. Toi tu as foutu en l'air notre plan de carrière et tu m'as laissé seule sans le moindre état d'âme pour les beaux yeux d'une fille que tu connaissais depuis à peine 6 mois.", il écarquillait les yeux et hochait la tête de désaccord, alors je continuais.
"J'étais minable cette année là Harry, je ne sais même pas te dire combien de paquets de mouchoir j'ai terminé de chagrin à cette époque. Il fallait voir à quel point j'étais devenue invisible. Tu n'avais d'yeux que pour elle. J'étais plus que sur la sellette donc j'ai fermé ma bouche et j'ai souris en retour pour éviter que tu me jettes à la poubelle", je le voyais pincer les lèvres, je l'avais touché, j'ai vu une lueur d'intérêt rapide puis j'ai vu la colère reprendre le dessus. Harry était irrécupérable. Je le voyais prêt à me contredire et à se chercher des excuses. Sa réaction décevante m'encourageait encore plus à me délester de mon dernier poids.
"Pourquoi est-ce que tu crois que je me suis accrochée aussi désespérément à Adrien ensuite ?", je le regardais plisser des yeux à cet aveu. Je voyais la douleur, la honte et la culpabilité passer sur ses traits à ce dernier aveu.
De mon côté, j'étais essoufflée d'être parvenue à lui dire ce que j'avais gardé tout ce temps sur le cœur. Je ne pouvais pas être plus sincère. J'avais eu toutes les peines du monde cette année-là face à sa décision. Il me l'avait imposé en fichant en l'air notre avenir prometteur et il m'avait mise de côté pour qu'il n'y ait aucune tâche sur son beau couple. Il l'avait fait brutalement alors que toute ma vie tournait autour de lui. Harry m'avait brisé le cœur à cette époque. Je lui en avais voulu, j'avais rencontré ensuite Adrien et j'avais trouvé toutes les excuses du monde à cet homme violent pour ne pas être seule et trouver un nouvel équilibre.
"C'est ça ton dernier argument ? Tu ne trouves rien de mieux à faire que de comparer mon mariage avec Victoria à ton amourette d'adolescente avec Charlie ?", je levais les yeux au ciel de déception et de peine en constatant sa réaction. Les larmes coulaient définitivement sur mon visage mais j'inspirais douloureusement et je trouvais le courage de m'approcher pour l'obliger à m'affronter.
"Retire ça tout de suite, Harry", j'étais plantée à quelques millimètres de son visage, je l'obligeais à me regarder avec un mince espoir qu'il ait honte cette fois et qu'il se ravise avant d'atteindre le point de non retour. Il allait sur un terrain glissant, il savait à quel point je manquais de confiance en moi et en les hommes, il savait que c'était mon plus gros handicap dans la vie.
"Non, je ne retire pas et je ne me tais pas. Ca ne te fera pas de mal pour une fois d'affronter la vérité. Vous n'avez aucun avenir Charlie et toi. Je n'ai jamais vu une femme avec un coeur de pierre comme le tiens, tu ne seras jamais capable de tomber amoureuse de lui, quoiqu'il fasse. C'est encore plus évident aujourd'hui puisque tu ne pars même pas par amour mais parce que tu as pitié de lui. Cette histoire est morte avant d'avoir commencé. Donc c'est très bien, pars à Londres avec lui et perds en deux pour le prix d'un", Harry n'avait pas cillé, ni en voyant mon visage ravagé par les larmes, ni pendant son cou de grâce, ni pendant que je lui tournais le dos et quittais l'appartement en claquant vigoureusement sa porte.
Point de vue : Charlie
Mia était rentrée sans un mot, entre colère et chagrin, ses yeux baignés de larmes. Je comprenais que la situation avait viré au drame comme elle l'avait redouté. Elle n'avait pas eu un mot à mon encontre et était partie s'enfermer dans sa chambre sans plus de confidence. Je l'entendais pleurer chaudement derrière la porte.
Elle m'avait demandé de ne pas intervenir mais j'étais incapable de rester inactif, je me sentais trop responsable de la situation et décidais donc d'aller frapper à la porte d'Harry avec la ferme intention de le ramener à la raison ou de lui régler son compte suivant le déroulé des évènements.
Je frappais à la porte énergiquement. Harry m'ouvrait avec ses yeux rouges et ses traits déformés par une émotion que je n'arrivais pas à cerner. J'entrais en gardant en tête le fait que cet homme n'avait aucun sang froid en notant donc de prendre sur moi pour éviter d'aggraver la situation déjà dramatique.
"Il ne manquait plus que toi"
"Laisse moi entrer", mon ton était autoritaire. En réponse, Harry amorçait un geste pour me claquer la porte au nez mais je forçais le passage avec ma force supérieure.
"Tu es venu jubiler Charlie ?", Harry me fixait froidement.
"Tu es tellement con quand tu t'y mets. Qu'est-ce que tu lui a craché à la figure pour qu'elle rentre dans cet état ? Ne va pas croire une seconde que ça me plait de la voir comme ça"
"A d'autre, Charlie", il me toisait avec mépris. Notre amitié en avait définitivement pris un sacrée coup ces dernières semaines.
"Si, Harry. Je t'assure que j'ai tout fait pour ne pas en arriver là. La preuve en est, je me tape votre amitié douteuse depuis 6 mois et je l'ai laissé partir dans ce désert seule avec toi alors que tu n'as aucun respect pour moi"
"Je n'ai aucun respect pour toi ?", Harry me sortait le rire le plus moqueur qu'il ait en réserve.
"Oui. Te foutre à moitié à poil dans ce jacuzzi avec la femme que j'aime et la laisser dormir dans tes bras ? Sur quelle planète tu vis ? Quel genre de pote fait ça ?"
"Tout le monde n'a pas le cul aussi serré que toi Charlie et Mia n'est pas une propriété. Tu ne peux pas lui coller une étiquette "Charlie" sur le front", je tournais de l'œil à cette provocation d'un niveau d'immaturité risible et j'entendais Harry poursuivre.
"Ça a toujours été comme ça entre elle et moi et tu as un peu trop tendance à oublier que j'étais là avant toi. Et dans tous les cas, ce genre de chose n'arrive qu'en privé précisément parce que j'avais du respect pour toi", je ne retenais pas mon amertume face à ces nouveaux propos et je reprenais avec un ton acide en notant l'utilisation qu'il avait faite du passé.
"J'ai parfaitement conscience que cette petite scène touchante n'était que la partie visible de l'iceberg Harry. Merci de le confirmer. Je devine qu'il y a encore plus douteux et tordu entre vous, en privé comme tu dis. Si tu savais comme j'ai eu la nausée de vous imaginer pendant cette semaine de vacances en tête à tête", Harry se taisait et ne parvenait pas à soutenir mon regard. J'avais mal face à cet aveu implicite. Je lui étais presque reconnaissant de ne pas m'enfoncer avec des détails douloureux mais je savais qu'il le faisait pour Mia plus que pour moi. Il était trop loyal pour me cracher, même en pleine tempête, des révélations qui pourraient lui causer des problèmes. Je continuais péniblement mon discours, sans lui laisser la chance de changer d'idée.
"Je suis peut-être arrivé après toi Harry mais ça ne devrait rien changer au fait que je suis son petit ami et toi seulement son ami.", Harry prenait la suite, avec une colère et un mépris à peine contenus.
"J'ai beau faire tous les efforts du monde pour te convaincre Charlie, tu n'arrives pas à te défaire de ta jalousie maladive pour moi. Tu te sens si insécure que ça ? C'est ce que tu as trouvé de mieux pour me faire sauter de l'équation ? Tu étais obligé d'aller jusqu'à lui demander de partir avec toi à Londres pour l'emprisonner dans ta cage dorée ? Tu ne peux plus me voir à ce point ? ", je tournais de l'oeil d'exaspération à ses réflexions.
"Arrête de tout ramener à toi Harry. Je n'ai rien demandé à Mia. C'est elle qui l'a proposé et crois moi j'ai essayé de l'en dissuader. J'aurais aimé que les choses se fassent différemment et je n'ai pas plus envie de partir à Londres, car au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis contraint par les évènements.
Est-ce que tu as suivi le passage où ma mère est en train de crever ? Tu as toujours été ce connard insensible et je le découvre aujourd'hui ou tes paroles dépassent ta pensée à cause de ta dépendance maladive pour elle ?", je m'étonnais le premier de voir Harry se calmer après ma tirade. Son humeur était en train de changer. Il passait de la colère à l'épuisement, c'était perceptible de là où j'étais.
J'essayais de me mettre à sa place, j'essayais de toutes mes forces malgré mon dégoût pour lui depuis cette scène du jacuzzi. Je pouvais imaginer sans difficulté la douleur que j'aurais ressenti si Mia avait choisi de s'envoler avec lui pour l'étranger. J'essayais de faire preuve d'empathie en mémoire à ce qu'il restait de notre amitié.
Je l'entendais reprendre avec une voix en peine et pleine de certitudes.
"Mia déteste Londres. Je l'ai amenée une fois la visiter et elle n'a plus jamais voulu y remettre un pied. Je ne sais pas ce qu'elle t'a sorti comme mensonge pour te convaincre mais je sais qu'elle te suis par pitié. Elle est en train de se sacrifier pour te faire plaisir et te soulager. Tu devrais savoir maintenant que c'est ce qu'elle fait toujours. Tu étais là sur cette putain d'Ile, tu étais le premier au balcon à la regarder faire. Et malgré tout, tu acceptes de l'embarquer avec toi dans cette ville pluvieuse et froide qu'elle déteste, elle va pourrir seule dans ton appartement, sans ses repères qu'elle a peiné comme jamais à retrouver", j'avais la gorge nouée à un point insupportable face à son culot.
"Je rêve où tu viens de me donner une leçon d'altruisme, Harry ? Toi ? Et Londres n'est peut-être pas le Mexique mais c'est à côté au moins donc tu auras tout le loisir de venir la voir de temps à autre et de visiter Big Ben comme le ferait un ami normal. Ça ne te fera pas de mal d'essayer", j'avais perdu mon sang froid malgré moi à cause de ses précédentes paroles. Harry avait écouté sans m'interrompre, beaucoup trop calmement. Je le regardais se redresser et réfléchir intensément à ses mots en se pinçant les lèvres. Je lisais dans son regard qu'il n'avait pas apprécié mon ton condescendant et qu'il allait me le faire payer.
"Tu as raison Charlie. Je suis dépendant d'elle mais c'est aussi son cas. Notre relation va bien au-delà de la banale amitié et je t'en avais informé très largement avant de te la présenter.
Donc si mon avis t'intéresse encore, tu te berces d'illusion si tu penses qu'on pourrait se contenter elle et moi d'une ballade mensuelle en car jaune. Je vois très bien pourtant comme tu te tues à la tâche pour essayer de changer ça mais crois moi, tu n'y arriveras pas. Mia aura toujours désespérément besoin de moi, qu'importe l'homme avec qui elle baisera.
Tu ne lui suffiras pas et je ne donne plus cher de votre couple si tu vas au bout de ton audace et que tu l'amènes aussi loin de moi."
Harry avait terminé et dieu merci car j'arrivais au bout de ce que je pouvais supporter. Cet homme avait une quantité de venin impressionnante en lui. Ses répliques étaient brûlantes et hautement toxiques. Je savais qu'il s'agissait des paroles d'un homme blessé, je me blindais pour les ignorer mais le fond de vérité m'accablait.
"C'est un avis ou une menace, Harry ? Est-ce que ça te ferait plaisir ? De nous voir aller dans le mur ? Dis moi pourquoi j'ai cette désagréable impression que tu n'attends que ça ?", le silence et le regard de Harry étaient lourds de sens, autant que le mouvement qu'il amorçait en ce moment pour me tourner le dos. La conclusion était amère : notre amitié était définitivement enterrée.
