JAROD

J'étais perdu comme jamais encore et le souvenir de ma conversation à bâtons rompus avec Kassandra, n'arrangea rien à mon affaire. J'étais là, au milieu d'une tempête, désarmé dans tous les sens du terme et nu comme un ver. Mais j'étais là avec « elle » celle pour qui je ne devais rien éprouver si ce n'est de l'aversion. Elle dont le seul but était désormais de me priver de ma liberté. Elle que je voulais dépersonnalisé, en vain, parce que ce « elle » je ne le connaissais que trop bien, assez pour savoir que j'étais tout bonnement incapable de la haïr et ce malgré notre appartenance à deux camps opposés.

Mais pourquoi ? Pourquoi était-ce si difficile de faire un choix ? De juste se laisser aller sans penser aux conséquences ? Pourquoi fallait-il que j'interprète tout ? Que je cherche à comprendre, à traduire, à appréhender chaque situation se présentant à moi ? Parfois ( souvent) je m'en voulais d'être pourvu d'une si grande intelligence et de me retrouver désarmé si vite. Oui, j'étais désarmé, même si je m'accrochais encore naïvement aux branches comme on dit. Bien que pour l'heure je demeure incapable de comprendre pourquoi il fallait « s'accrocher aux branches » pour signifier à qui voulait l'entendre, que nous tâchions de faire de notre mieux.

« Tu te poses trop de questions inutiles Jarod ! » Ajoutons aussi les réflexions, si bien que parfois, j'aimerais pouvoir mettre mon cerveau sur « off » plus encore en de telles situations.

« - Oui je laisse ! » trouvais-je la force de répéter alors que jamais encore je n'avais autant désiré quelqu'un. C'était incontrôlable, irrationnel, peut-être même abstrait, autant que la scène et mon attitude. Me voilà jaloux, vraiment ?

« - Une femme aussi belle que toi… » commençais-je avant de me rendre compte que la situation n'était pas aussi facile pour elle. J'avais aussi pris soin sans m'en rendre compte d'ignorer son interrogation alors que dehors, un éclair déchira à nouveau l'horizon. Nous n'en demeurions pas moins encore attachés et par notre promiscuité et par la menotte.

« - Oui j'y étais » répondis-je à sa suite en constatant qu'elle laissait paraître bien malgré elle, dans le regard, une inquiétude légère, mais palpable.

« - J'étais de service ce soir-là ! » Une flopée de souvenirs m'assaillit suite à mon aveu. Moi, l'évacuation dans les canots, Sydney, la bombe sur le bateau et dans les canots. Mais plus encore l'inquiétude de la savoir sur ce bateau sans que je ne puisse rien faire. Ce souvenir, que dis-je cette impuissance avait ouvert une faille et je fonçais droit dedans en m'épanchant sans filtre.

« - Oui je t'en ai voulu et je me suis demandé si tu m'aurais fait subir la même chose pour « m'arrêter » ? Tu m'aurais tiré dessus ? » Je ne voulais pas connaître la réponse et je me maudissais déjà d'avoir posé la question qui allait avec. Mais je continuais à m'enfoncer en déballant ce que j'avais sur le cœur. Et c'est peut-être ce qu'il nous fallait aussi bien à moi qu'à elle.

« - Athena ? » fis-je entendre en brisant le secret le plus intime de Parker. Ce prénom, que dis-je ce doux prénom qu'elle m'avait murmuré un jour au creux de l'oreille en me faisant savoir que j'étais le seul à le connaître avec ses parents. Était-ce encore le cas aujourd'hui ? Non visiblement pas au vu de sa réaction.

Elle se laissa alors rouler, brisant notre promiscuité. Je me sentais idiot, mais léger.

« - Parler ça fait du bien parfois ! » commençais-je incertain avant qu'elle ne prenne le relais et ne fasse entendre une réplique qui me sortit presque aussitôt de ma torpeur pour je crois, me briser le cœur.

« - Parker tu veux mourir pour te libérer ? » Je vis alors une larme couler le long de sa joue. « - Alors c'est ça le fin mot de l'histoire ? Ta liberté contre la mienne ? Tu n'es pas revenue par choix ? » Je posais une question dont la réponse me paraissait évidente à présent. Sans que je ne m'en rende compte ma main vint se glisser dans la sienne. « - Je… je n'imaginais pas. Ou peut-être ai-je fait semblant de ne pas comprendre. » Je me redresse alors, décollant mon dos du sol et couvrant mon intimité, car je me sens à nouveau pudique.

« - Viens…En se collant l'un à l'autre on va pouvoir se réchauffer. » lançais-je incertain quant à sa réponse. Je me sentais bête et coupable de sa situation. « - Je te demande pardon. » laissais-je donc entendre tout penaud.

PARKER

Je n'étais pas le genre de femme à qui l'on disait non, sur tout et n'importe quoi. Les refus que j'avais pu essuyer dans ma vie d'adulte se comptaient sur les doigts d'une main. Après les baisers échangés, étais-je vexée qu'il refuse d'aller plus loin avec moi ? Certainement, assurément ! Je me maudissais d'ailleurs de ressentir une telle frustration, un tel sentiment de vexation, et je savais que je ne devais pas le désirer ainsi, mais ce soir, j'avais bien du mal à jouer la comédie et à dissimuler mes désirs. J'en étais en colère. Après moi pour tout ça et après lui pour oser me dire non alors que c'était lui qui venait de m'embrasser. J'étais en ébullition et il me rejetait, c'était infernal. Et il osait le répéter en plus. Et me dire que j'étais belle, à quoi ça rimait alors qu'il se refusait à moi ?

- Pas assez belle pour toi, visiblement…

Mais soudain je compris par ses propos que Jarod avait été présent sur ce yacht ! Comment avais-je pu passer à côté de ce détail ? Comment avais-je pu ne pas le voir ? Oh comme je m'en voulais ! Sans doute que si je l'avais vu, je l'aurais chopé ce soir-là, et nous n'en serions pas là à l'heure actuelle. Mon coeur se serrait à la pensée qu'il aurait pu exploser sur l'un de ces deux canots. Puis je songeais que Sydney était, elle aussi, sur l'un d'eux. Avec lui ?

- Est-ce que tu as vu Sydney ce soir-là ?

Voilà qu'il reparlait à présent du soir de leur infiltration au Centre pour libérer le gamin. Oui, j'avais tiré sur Kassandra, avais-je le choix ?

- Qu'est-ce que j'étais sensée faire, hein ? La laisser se barrer comme ça ?! Peut-être même que j'aurais dû l'aider à grimper dans ce conduit, tiens pendant qu'on y est ? Non mais tu réfléchis, monsieur le génie ? Je DOIS ramenez vos fesses là-bas !

J'étais excédée, découragée, et je m'étais laissée rouler sur le côté, me retrouvant au sol sur le dos avec un morceau de plaid entre le sol et ma peau. Le feu de cheminée à côté de moi crépitait. Je fronçai les sourcils en entendant Jarod prononcer mon prénom par deux fois. Je serrai la mâchoire avant de susurrer entre mes dents/

- Si tu prononces ce prénom encore une fois je te brise les dents à coups de poings…

Je ne supportais pas d'entendre mon prénom. Et comme une idiote j'avais un peu trop dévoilé la situation merdique dans laquelle j'étais. La prison qu'était pour moi aussi le Centre et cet emploi. Jarod avait sans doute compris, et je ne voulais pas de sa pitié. Je détestais cette situation, je détestais qu'il sache. C'était plus facile qu'il me croit cruelle. Je préférai alors me mettre sur le côté, lui tournant le dos. Il pourrait se réchauffer en venant contre moi, mais au moins, il ne verrait pas mon visage. Qu'allait-il advenir de nous ? Allions-nous vraiment mourir de froid ou bien le feu suffirait-il à nous tenir chaud jusqu'à ce que nos vêtements sèchent ?

- T'as pas à me demander pardon, rétorquai-je d'une voix rauque. Tais-toi maintenant. S'il te plaît.

C'était rare que je prononce une telle formule de politesse. J'étais vraiment au trente-sixième dessous. Surtout, j'étais fatiguée de tout ça, du moins ce soir.