Bon. Okay. J'avais pas du tout prévu d'écrire un chapitre et encore moins en quelques heures. Mais remerciez tous Isamoche.76 qui avec sa review a été le moteur de ma soirée. Un immense merci pour son retour qui m'a filé l'envie d'être à la hauteur !

Bref. J'espère que ce chapitre vous plaira.

De l'amour.


Chapitre XIV


Harry était épuisé. Assis en haut de la tour d'Astronomie malgré le froid qui s'était installé, il observait le parc dans lequel circulaient les élèves, certains pour rejoindre un cours, d'autres occupant quelques heures de liberté.

Posant son front contre la rambarde de pierre, il soupira longuement. Depuis cette fameuse altercation avec Ombrage, il avait eu le temps de regretter mille fois son comportement.

Elle ne cessait de s'en prendre à lui, lançant presque à ses trousses sa fameuse brigade de discipline à chaque minute de la journée. Il se sentait de plus en plus observé, traqué. Sur ses gardes à chaque instant. Et isolé.

Il était seul. Depuis quelques semaines il avait l'impression de voir un vide se créer autour de lui et il avait de plus en plus de mal à contrôler l'angoisse qui en découlait. Crispant ses doigts gelés sur la pierre, son regard s'assombrit.

Son tuteur se tenait soigneusement à distance, évitant à tout prix de trahir sa place auprès du Survivant. Tout comme Zabini et Nott avec qui il n'avait quasiment plus parlé depuis la rentrée. Mais le pire restait Draco.

Le Serpentard, quand il n'était pas en train de patrouiller dans les couloirs en tant que préfet, allait s'enfermer dans la salle sur demande ou à la bibliothèque pour faire des recherches sur l'armoire à disparaître. Plus les jours passaient, et plus le blond se renfermait sur lui-même, redevenant le Draco qu'il avait connu à son arrivée à Poudlard. Colérique, froid, impatient et irritable.

Quand il avait appris ce qu'il s'était passé avec Ombrage, il avait vu son regard durcir et il l'avait accusé de jouer à nouveau les Grand Sauveur du Monde Sorcier, lui et sa "résistance".

Rien que d'y repenser, le brun se crispa alors qu'il sentait une vague d'angoisse le traverser. Il ne l'approuvait pas. Il ne le soutenait plus. Et Harry se sentait retomber dans son puit de solitude sans pouvoir rien y faire. Frissonnant, il passa une main sur son visage.

Il lui manquait. Et en même temps il avait envie de lui hurler dessus. Il voulait lui rappeler qu'il existait. Lui rappeler que c'est lui qui était venu le chercher en premier alors il n'avait pas le droit de le laisser tomber maintenant. Sauf qu'il se mettrait en colère.

Il ne pouvait pas le perdre. Pas lui. Pas maintenant. Il se leva lentement, son prochain cours avait lieu dans dix minutes. Potions. Descendant les marches le conduisant au cachot, plongé dans ses pensées, il manqua buter sur quelqu'un.

- Potter.

Évidemment. Relevant les yeux il regarda froidement sa vis à vis avant de le contourner soigneusement.

- Malefoy.

Se glissant entre les étudiants, il entra dans la salle de potion et alla s'asseoir à un des bureaux du fond. Tout seul. Il ignora le regard d'argent du blond posé sur lui quand il entra à son tour, tout comme il évita celui insondable de son tuteur.

Il n'avait pas envie de parler. Alors il ouvrit son livre à la page indiquée et se mit au travail. Le cours portait sur une potion de ratatinage qu'il avait étudié plusieurs fois, alors, sans hésitation, il se lança dans le brassage de celle-ci, concentré.

Le cours passa vite. Trop vite. Surtout qu'il avait senti tout le long les deux Serpentards le fixer et chercher, pour le blond, à effleurer son esprit avec son Occlumancie.

S'il voulait lui parler, il n'avait qu'à venir le voir. Agacé, quand Snape donna enfin la permission aux étudiants de quitter les lieux, il se leva, attrapa son sac et sortit rapidement.

- Potter !

- Qu'est-ce que tu veux Malefoy… ?

Fronçant les sourcils, il se tourna vers le jeune homme. Mal lui en prit. Une seconde plus tard, il se faisait traîner dans le couloir puis jeté dans une salle de cours vide sous les chuchotements des élèves présents.

Draco Malefoy le plaqua contre le premier mur qu'il trouva. Collant son corps au sien, les mains plaquées de part et d'autre de la tête du brun. Il avait les yeux plissés de contrariété, le corps tendu mais brûlant. Il était en colère.

- Par Merlin, Malefoy ! C'est quoi ton problème ?

- A ton avis Potter ?

Le brun se figea. Draco s'était penché sur lui, soufflant exprès sur ses lèvres alors qu'il collait lentement son corps au sien, le dominant clairement.

- Qu'est-ce que j'en sais ? Ça fait des semaines que tu joues à je sais pas quoi…

- Que...Je joue Potter… ? Tu es sûr de ce que tu dis…?

Harry hoqueta alors qu'il sentait le doigt du blond tracer une ligne sur son cou. S'arrêtant exactement là où, il y a quelques semaines, il lui avait laissé la trace de sa bouche. Déglutissant, le brun posa un regard un peu incertain sur l'autre sorcier.

- Que tu m'envoies chier…

- Langage Potter. Il se trouve, qu'effectivement, j'étais légèrement contrarié… Mais tu fais partie de ces contrariétés… toi et tes petits copains Gryffondors…

- D...De quoi tu parles…?

Il pouvait sentir son doigt glisser doucement sur sa gorge alors qu'il remontait doucement, passant maintenant sa main dans les cheveux brun, tirant légèrement dessus, le faisant basculer la tête en arrière alors qu'il souriait froidement.

- Ne joue pas l'innocent… Depuis quand la belette femelle s'assied à côté de toi à table… ?

- Ginny…? J'en sais rien...je m'en fous… A...arrête…

Draco, perdant son sourire s'était encore approché.

- Ah vraiment. Pourtant je t'ai observé Potter… Discuter avec eux… Les rejoindre pour les cours…

- T...t'es encore jaloux Malefoy…?

Harry suffoquait. Il avait beaucoup trop chaud. Il pouvait sentir le corps ferme du blond s'emboiter millimètre après millimètre contre le sien. Il sentait son poids sur lui, son odeur qui envahissait ses sens. Un frisson remonta son dos alors qu'il tentait de se concentrer sur ce que lui disait le Serpentard. Il avait envie de… Non.

- Potter… Si tu veux tout savoir j'ai eu envie de venir tuer ta petite copine cent fois ces deux derniers jours…

- Donc tu es jaloux…

- Chuuut.

Harry bloqua ses yeux dans ceux du blond, il n'était pas certain de ce qu'il renvoyait comme image, mais Draco semblait apprécier. Un rictus naquit sur ses lèvres alors qu'il s'approchait encore.

- Toi aussi...tu étais trop occupé ces derniers temps…

- Potter… j'ai une mission à accomplir je te rappelle…

- … moi aussi Malefoy…

Brusquement agacé, il le repoussa. Le blond se redressa mais ne le lâcha pas pour autant, ses sourcils froncés.

- Je t'ai déjà dit que je n'avais pas le temps pour ta petite guerre avec Ombrage…

- Ma...petite guerre…?

La magie tourbillonne au fond de son ventre alors qu'il répétait, incrédule.

- Tu crois que c'est un jeu ?

- Potter… Laisse tomber… Cette femme devrait être le cadet de tes soucis…

- … Non.

- Potter…

- J'ai dit non. Je ne me laisserai plus jamais traiter comme ça…

Soupirant, Draco se pencha à nouveau sur le survivant, frôlant sa joue de ses lèvres.

- Arrête… On a pas le temps de jouer à ça…

Sans qu'il ne comprenne ce qu'il lui arrive, Draco se retrouva brusquement plaqué au mur. Potter penché sur lui alors qu'il le fixait, ses yeux incandescents.

- Malefoy…

Il le vit se pencher lentement sur lui. Ses yeux brûlaient de haine alors que sa magie suintait de chaque pore de sa peau, menaçante, brûlante.

- Plus jamais personne ne m'humiliera. On ne me marchera plus jamais dessus. J'écraserai chaque personne qui tentera de m'asservir. Je lui ferai regretter toute sa vie.

Draco n'avait jamais vu le jeune homme dans cet état. Il semblait brûler d'excitation, le sourire sur ses lèvres mauvais. Il se crispa légèrement quand il le vit se pencher avant d'écarquiller les yeux. Potter laissait glisser sa langue sur sa joue. Lentement. Si lentement qu'il sentit une décharge de désir électriser tout son corps pour finir droit dans ses reins. Merlin tout puissant.

- Potter.

Les dents serrées, plaqué au mur, Potter collé contre lui, il avait l'impression de perdre pied.

- Chuut Malefoy… Chacun son tour.

- Arrête.

- Non.

- Tu risques de regretter.

- Ah oui….?

Il le sentit mordiller le lobe de son oreille et frissonna avant qu'il ne s'écarte brusquement, se reculant de plusieurs pas pour le fixer, main dans les poches, souriant, carnassier.

- Alors Malefoy. Ca fait quoi d'être la proie pour une fois…. ?

Le blond, reprenant contenance rapidement, se redressa et s'avança d'un coup, poussant Potter contre la porte de la salle. Il le plaqua contre le bois usé avant de souffler.

- Ne prend pas tes rêves pour des réalité Potter. C'est toi qui es à moi.

Se penchant, il glissa un doigt dans le noeud de cravate mal fait du survivant, le défit d'un coup sec avant d'écarter le col de la chemise, le premier bouton sautant. Et il n'hésita pas une seconde avant de poser ses lèvres sur sa clavicule, y laissant la trace de sa bouche alors qu'un son étranglé franchissait les lèvres du brun. Merlin. Il devait le lâcher. Maintenant.

Il se recula d'un pas et satisfait mais horriblement excité, il admira son œuvre. Potter était là, à demi affalé contre le bois, débraillé, décoiffé, essoufflé. Les joues rouges feu et les yeux dans le vague. A lui.

- Maintenant pousse toi Potter. J'ai une ronde à effectuer.

- Connard.

Se déplaçant pour libérer le passage, Harry vit Draco sourire et lever un doigt amusé.

- N'oublie pas Potter. A moi.

Il sortit en coup de vent, très fier de lui. Quand Harry sortit à son tour, il tomba quasiment nez à nez avec Ron qui le fixa la bouche ouverte et les yeux ronds. Hermione quant à elle, ricana et lui signala que sa cravate avait disparu. Sale serpent.


Harry, après ça, était rapidement retourné dans son dortoir. Le cœur en vrac et l'adrénaline coulant dans ses veines, il lui avait fallu bien une heure pour récupérer un rythme cardiaque normal. Et ensuite, il avait senti le noir se refermer à nouveau sur lui. Sans le moindre signe annonciateur. Il avait senti l'angoisse revenir alors que petit à petit il réalisait ce qui était en train d'arriver. De leur arriver.

Assis dans son lit, les rideaux tirés, les jambes remontées contre son torse, il sentait l'air lui manquer. Draco. A lui. Non.

Il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait. De ce qu'il lui arrivait. Il avait eu envie de le toucher… Il lui avait...léché la joue… Écarquillant les yeux alors que les scènes avec son oncle remontaient violemment à la surface de sa conscience, il hoqueta de peur.

Il n'était pas comme ça. Pas normal. Il ne ferait jamais "ça" avec Draco. Il était sale… Tellement sale… Il avait déjà été utilisé… Son corps était bardé des traces de cet homme… De ce qu'il lui avait fait… Et alors qu'il imaginait brusquement se retrouver dans ce genre de situation avec le blond et qu'il sentait son cœur s'emballer, la nausée l'envahit.

Non. Non. Non non non. C'était impossible. Il ne pouvait pas laisser les choses déborder à ce point-là… Il n'avait pas le droit de laisser Draco le toucher… Il n'était pas...propre.

Il se noyait dans l'angoisse. Il sentait son corps fourmiller alors que sa respiration se hachait. Il sentait son cœur ralentir. Ou peut-être qu'il battait trop vite ? Ses oreilles bourdonnaient alors que les tremblements agitaient ses mains moites. Il avait froid. Puis chaud. Il sentait sa bouche s'assécher alors que sa gorge se nouait dans un cri de douleur silencieux.

Il sentait ses yeux le brûler de larmes invisibles et silencieuses. Sa vision se brouilla. Il était dans le noir. Seul. Sa magie prit le relai. S'activant, elle créa la bulle protectrice autour de son lit. Isolé du reste du monde. Il entama un mouvement de balancier pour tenter de se calmer. Se rappelant son placard, cachant son visage dans ses genoux.

Tout irait bien. Il devait juste se calmer. Il devait juste ne pas prendre ce chemin-là. Il devait juste rester à sa place. Il n'avait pas le droit d'aimer ça. C'était mal. Mauvais. Douloureux.

Il perdait pied. Plus les secondes passaient, plus il se sentait perdre pied. Couler à pic. Tremblant de tout son corps. Il devait sortir. Sortir d'ici. Respirer.

Se levant d'un bond, il s'empara de sa cape d'invisibilité, la jeta sur ses épaules et quitta le dortoir. Il traversa la salle commune en évitant habilement les corps anonymes s'y promenant avant de sortir.

Il parcourut les couloirs de l'école comme ivre. Le pas mal assuré et les jambes en coton. Il cherchait la première sortie qu'il trouverait. Descendant les escaliers, il sortit finalement. Se propulsant hors de l'enceinte étouffante de Poudlard, il marcha à pas rapide en direction du lac. De la forêt. De n'importe où.

Vernon tournait dans sa tête. Son regard bovin. Ses lèvres luisantes de gras. La graisse de son corps claquant contre son dos. Ses mains brutales sur ses hanches. Sa langue humide sur son torse.

Il sentait son dos le brûler alors que les cicatrices se rappelaient à lui. Il sentit la trace invisible de sa morsure sur sa cuisse encore son haleine contre sa joue. Pervers. Souillé. Dégoûtant. Honteux. Coupable.

Et il marcha. Sous sa cape, invisible, il marcha. Longtemps. Autour du lac. Le long de la forêt. Il passa son angoisse dans les pas qu'il faisait. Sentant l'air glacial de novembre fouetter son visage alors que ses doigts s'engourdissaient. Il sentait le froid percer ses vêtements pour anesthésier sa peau centimètre par centimètre. Ses poumons le brûlaient et il ne sentait plus son nez.

Quand la crise passa enfin, laissant place à l'épuisement, il nota qu'il faisait nuit. Il n'avait pas la moindre idée de l'heure qu'il était. Frissonnant et tremblant de froid cette fois, il se traîna en direction du château. Dormir. Il avait juste besoin de se reposer.

Franchissant doucement une porte à double battant, il sentit sa cape s'accrocher à un petit éclat de bois et glisser de son corps. Grimaçant, il se pencha pour la ramasser quand une voix le figea d'un coup.

- Monsieur Potter. Quelle surprise.

Très lentement, il se redressa, faisant face à Ombrage et Rusard. La femme, souriant comme à son habitude de son air joyeux, tenant sa baguette qu'elle caressait doucement.

- Monsieur Rusard… Rappelez-moi...à quelle heure les élèves doivent-ils rejoindre leur dortoirs ?

- 20h30 Madame…

- Et quelle heure est-il…?

- 20h38 très exactement Madame…

- Eh bien Monsieur Potter. Pourriez-vous m'expliquer votre présence ici…?

- Je..euh...Je suis désolé..J'étais sorti prendre l'air et je n'ai pas vu l'heure….

- Je vois. Et bien puisque vous tenez tant à sortir, je vous propose une petite promenade dans mon bureau pour une retenue. Il est grand temps que vous appreniez la discipline. Suivez-moi.


Snape observait la table Gryffondor avec l'air extrêmement contrarié.

- Minerva. Où se trouve Monsieur Potter… ?

La professeure de Métamorphose avait les sourcils froncés alors qu'elle examinait la table de sa maison avant de devoir se résoudre à l'évidence. Le survivant était introuvable.

- Je ne sais pas Severus. Je vous suggère d'interroger Monsieur Weasley… Ou Miss Granger.

Le maître des potions lança un regard agacé à sa collègue alors qu'il se faisait la réflexion qu'il y aurait pensé tout seul… Se servant distraitement de nourriture, il se plongea dans ses pensées.

Depuis que Dolores Ombrage avait fait irruption à l'école, les choses s'était inextricablement compliquées. Non seulement il devait faire profil bas pour éviter d'ébruiter ce qu'il s'était passé au sein de la famille Dursley, mais en plus, cette femme était, il en était certain, à la solde du Maître.

Crispant ses doigts sur les couverts d'argent, il repensa à l'air sans vie de son pupille quand il lui avait annoncé qu'il devait quitter sa chambre pour retourner au dortoir. Il avait vu ses yeux s'éteindre d'un coup avant qu'il n'aille en silence empaqueter ses affaires. Fou de rage, il s'était cependant maîtrisé, se rappelant en boucle que cet arrangement était pour le bien du survivant.

Sauf que maintenant il en doutait sérieusement. Il avait noté l'acharnement de la sorcière sur Harry. Il avait noté aussi sa perte de poids ou encore son attitude qui petit à petit se dégradait. Son insolence. Sa propension à manquer des repas... Et la chute vertigineuse de ses notes. Puis il l'avait vu s'éloigner de Draco et des Serpentards qu'il avait fréquenté ces dernières années pour renouer des liens avec ses camarades de maison. Sauf que tout cela ne tournait pas rond. Pas du tout. Il avait à plusieurs reprises senti sa magie s'agiter dangereusement.

Sans parler de la scène que Minerva lui avait rapporté. Sa confrontation avec Ombrage. Suite à cela, il avait discrètement enquêté et découvert que son imbécile d'enfant était à la tête d'une sorte de groupe secret au sein de l'école, la "résistance" comme l'appelaient les élèves.

Il avait ricané quand il avait appris le but de celui-ci et avait décidé de ne pas intervenir pour le moment. Il s'en était d'ailleurs félicité quand il avait noté le nombre étrange de petits incidents qui jonchaient le quotidien d'Ombrage.

Epouvantards fous dans ses placards. Chocolats ensorcelés pour changer la couleur de ses cheveux, Plumes fuyardes, copies volantes, thé danseur ou encore fourchette molle.

Des farces et attrapes signés Weasley qui faisaient beaucoup rire les étudiants. Et puis une sorte de solidarité était née entre les différentes maisons, tous semblaient se serrer les coudes face à la dictature en place. Brusquement, tout le monde perdait vue et ouïe. Les mémoires semblaient défaillir ou s'effacer.

Mais tout cela n'avait pas découragé cette femme exaspérante. Pire, elle avait renchéri, donnant naissance à de nombreux diktats, tous plus ridicules les uns que les autres. Les étudiants finissaient irrémédiablement en retenue alors que les autres professeurs tentaient, de leur côté, de mesurer les punitions.

Plantant sa fourchette dans un morceau de boeuf, il posa son regard glacial sur Ombrage alors qu'elle assommait Flitwick de conseils ridicules. Cette femme avait été jusqu'à exclure Potter de l'équipe de Quidditch.

Sans consulter personne, elle avait décrété que la pratique de ce sport était trop dangereuse et personne n'avait réussi à la faire changer d'avis. Encore un coup qui avait ébranlé Harry. Encore quelque chose qui avait pesé sur ses épaules et brisé un peu plus l'adolescent déjà écrasé par ses responsabilités. Il l'avait vu blêmir de rage, serrer les poings avant de hocher la tête silencieusement.

Et finalement il n'avait pas été capable de l'aider. Se crispant, il repensa à toutes les fois où il avait hésité à lui écrire. Comme un imbécile de père trop émotif qui s'inquiétait pour son rejeton. Ridicule. Sauf qu'il avait tenté. Une fois. Il s'était assis face à une page vierge et malgré tous ses efforts n'avait pas été capable d'écrire la moindre ligne sans mourir de honte.

Alors il avait abandonné. Il s'était contenté de demander à Hedwige de porter au survivant quelques petites affaires. Un livre. Un pull. Rien de trop personnel. Juste fonctionnel.

Mais il était évident qu'il avait platement échoué dans son entreprise douteuse d'apaiser le survivant. Sinon son pupille serait là, assis à table. Il n'aurait pas l'air tout le temps sur les nerfs et à bien y penser, probablement que son filleul n'aurait pas l'air aussi sombre lui non plus.

Satanés gamins.


Draco était inquiet. Potter n'était pas là. Il l'avait laissé dans la salle de classe vide et était parti faire sa ronde mais à bien y réfléchir, les choses dérapaient.

Sans qu'il ne sache réellement comment l'expliquer, il avait un mauvais pressentiment. Quelque chose clochait. Peut-être était-ce dû aux regards inquiets de Miss-Je-Sais-Tout à la porte de la grande salle. Ou parce que Weasmoche avait les sourcils froncés et ne touchait pas à son assiette. Mais il en était certain. Quelque chose n'allait pas comme d'habitude ce soir.

Voyant le duo se lever, il posa brusquement ses couverts et se leva. Il allait éclaircir ça et tout de suite.

Il avait été trop loin. Il s'était juré de faire attention. De ne pas laisser sa propension à devenir possessif le dominer mais il avait échoué. Et il s'en voulait. Est-ce que Potter allait bien…?

- Granger.

Faisant irruption dans le couloir après le duo, il interpella la jeune femme qui gesticulait furieusement en direction du sorcier roux. Il la vit se figer avant de se tourner vers lui.

- Je n'ai pas le temps Malefoy !

- Où est Potter ?

Agacé, le roux, se tourna à son tour vers le Serpentard avant de lui lancer un regard noir.

- Qu'est-ce qu'on en sait ?

- … Vous êtes ses compagnons de maison… Il me semble que vous devriez être au courant.

- On ne l'a pas vu depuis la fin d'après-midi.

- Tu te souviens Malefoy…? Après que tu l'aies laissé en plan à moitié débraillé dans une foutu salle de classe !

- Ron !

Le roux, bras croisés sur le torse, défiait maintenant le blond d'un air furieux. Et pour la première fois, Draco nota que ce foutu Weasmoche était plus large d'épaule que la plupart des autres étudiants…

- Je ne l'ai pas "laissé en plan" la belette

- Ah ouais…? T'as vu sa tête quand tu t'es barré ?

- Ron arrête, ça nous regarde pas…

- Mon cul que ça nous regarde pas ! Je te préviens Malefoy ! Déconne pas avec lui ou je viens te casser les dents ! Compris ?

Depuis quand cet espèce de troll se permettait de le menacer…? Pire. De se positionner en tant que protecteur du Survivant…? Plissant les yeux, le blond susurra.

- Bah alors Weasley… Qu'est ce qui t'arrives…? Tu essaies d'être une sorte...d'ami pour Potter…?

- Je t'emmerde sale fouine… Je te dis juste que si jamais tu foires tu le regretteras…

- Regardez qui parle… Tu n'es pas en position de me donner des leçons la belette…

Ron, rouge de colère s'approcha brusquement de blond, collant presque son nez au sien.

- Ferme la Malefoy… Et sois pas un gros con pour une fois dans ta vie… Harry a pas besoin que t'en rajoutes une couche en étant un gros enfoiré… Ron…

- Quel langage Weasley… Mais ne t'inquiète pas… Potter sait très bien ce qu'il en est… Et de toute manière, je peux pas faire pire que toi…

- Putain ! Mais t'as toujours pas capté ! Harry a subi des trucs horribles okay ! Alors si c'est pour jouer va voir ailleurs !

Il venait de l'attraper par le col, le plaquant durement contre un mur alors qu'Hermione se précipitait brusquement sur eux.

- Ron ! Arrête ! Arrête et tais-toi !

Draco, glacial, fixait le Gryffondor, ses yeux argents brûlant de jalousie et de rage alors qu'il articulait lentement.

- Lâche moi Weasley…

Quand il le sentit desserrer ses doigts sur son col, il rejeta sa main d'un geste sec, lissant sa tenue alors que sa voix glissait comme du venin entre eux.

- Et crois moi Weasley. Tu n'as aucune idée de ces "trucs horribles" qu'il a vécu. Contrairement à moi. Alors ne viens pas me donner des leçons en pensant que tu m'es supérieur. Qu'on soit bien claire. Potter est à moi. Et toi, tu ne pourras plus jamais t'immiscer entre nous. Abandonne.

Hermione observait le blond et déglutit. C'était une menace. Et évidente. Le Sang Pur ne plaisantait pas alors que son visage était transformé par un masque de suprême mépris.

- Je m'en fous de ce qu'il se passe entre vous… Seulement… t'as pas intérêt à merder…

- Arrête de me menacer Weasley.

- Alors ferme ta grande gueule et file droit.

Tournant brusquement les talons, Ron s'éloigna, les épaules crispées, signe de sa colère encore bien présente. Alors qu'il montait les premières marches de l'escalier, il entendit Malefoy ricaner.


Harry se tenait bien droit. Assis à une table, sur une chaise de bois inconfortable dans un décor bardé de rose.

Du rose partout. Sur les murs. Au sol. Sur le bureau. L'odeur capiteuse de lavande et de naphtaline qu'il avait senti lors de sa première rencontre avec la représentante du Ministère flottait dans l'air et était écœurante. Tentant de garder son calme, il observa ses mains, la tête baissée.

Il entendit les petits talons de Dolores Ombrage claquer sur le sol avant qu'ils ne soient étouffés par l'épais tapis fuchsia sous son bureau doré à la feuille d'or. Un frisson glacial remonta jusqu'à sa nuque alors que la sensation étouffante augmenta encore.

Il la sentit s'approcher et se planter devant lui. Sous ses yeux apparurent une liasse de feuille.

- Bien. Vous allez prendre ceci et me copier cent fois la phrase suivante "Je dois apprendre à obéir".

Déglutissant lentement il tendit la main vers la plume posée sur le dessus des parchemins. Mais au fond, il était étonné. Il s'était attendu à bien pire que de devoir simplement recopier une phrase.

- Je n'ai pas d'encre avec moi Madame…

- Cela ne sera pas nécessaire. Écrivez.

Fronçant les sourcils, Harry releva les yeux pour l'observer rejoindre son bureau, une tasse de thé de porcelaine aux délicats motifs apparaissant aux côtés d'une théière assortie. Elle eut un petit soupire d'aise avant de humer le parfum de la boisson chaude, un sourire naissant sur ses lèvres.

Soupirant intérieurement, Harry approcha doucement la pointe de la plume du papier et appuya. Immédiatement une tâche rouge apparut alors qu'il grimaçait de douleur. Examinant sa main, il fronça les sourcils. Rien.

- Monsieur Potter. Veuillez-vous y mettre. Je préférerais ne pas devoir passer la nuit ici.

- Oui Madame.

N'ayant pas la moindre intention de s'éterniser, il se mit à écrire. Et il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre pourquoi l'encre n'était pas nécessaire. Et son étrange couleur carmin.

Petit à petit il sentit son avant-bras chauffer. Et alors que les démangeaisons et les picotements devenaient obsédants, il remonta doucement la manche de son pull et se figea.

Dans sa chaire apparaissait en lettre sanguinolentes "Je dois apprendre à obéir" .

Figé, il observa les minuscules gouttes de sang qui apparaissaient sur les scarifications. Très lentement, il traça le "o" du dernier mot de sa phrase et vit sa peau rougir. Il était en train de copier des lignes grâce à son propre sang.

Et il gravait sur l'intérieur de son bras ces mots. Sentant sa tête lui tourner alors qu'il prenait seulement conscience de l'humiliation qu'il était en train de subir il blêmit. Cette femme… lui demandait d'écrire sur son corps qu'il devait obéir.

Il ne pourrait plus jamais effacer ces mots. Sa main trembla alors qu'un vide sans nom creusait son corps. Il se sentait vidé de toute émotion. Fixant son parchemin sans vraiment le voir, il semblait complètement ailleurs. Est-ce qu'il respirait encore ? Ah oui.

Comme un automate, après avoir caché son bras sous le tissu noir de son pull, il se remit à écrire.

La douleur ne voulait plus rien dire. Du moins, celle qui n'était qu'un écho physique de son esprit qui partait en morceau. Encore une fois, un adulte avait réussi à le traîner au sol. Lui rappeler à quel point il n'était rien. Personne. Il devait obéir. Sinon il le payait de son corps.

Une leçon universelle apparemment. Posant ses yeux sur la feuille, il nota les variations de rouge et de noir de son propre sang. Il exerçait sur lui une fascination morbide. Malsaine

Plus les minutes défilaient et plus il sentait son bras le lancer. Les mots se creusaient de plus en plus profondément et la plaie serait difficile à guérir. Trop concentré pour ne pas perdre pied et se mettre à hurler de haine, de frustration ou encore de douleur, il n'entendit pas et sursauta.

Ombrage avait brusquement reposé sa tasse de thé sur sa coupelle dans un tintement sec de porcelaine malmenée et s'était levée, tenant un parchemin dans sa main gauche.

- Cela suffit. Rapportez-moi vos parchemins et retournez à votre dortoir. Si je vous surprends encore à fouiner dans les couloirs après le couvre-feu attendez-vous à des ennuis.

Silencieux, il se leva et alla déposer les feuillets sur le bureau verni. Tenant son bras blessé, il se contenta de murmurer un "oui madame" avant de quitter les lieux. Sa cape sur le bras, il finit par la remettre pour rejoindre sa Maison. Pas le choix.

Soufflant le mot de passe à la Grosse Dame, le portrait grommela quelque chose avant de s'écarter, laissant le brun entrer.

Se faisant discret, il évita soigneusement d'indiquer sa présence aux autres étudiants encore présents dans la salle commune et monta doucement au dortoir. Retirant sa cape, il sursauta à nouveau quand la voix de Ron résonna derrière lui.

- T'étais où…?

Se tournant brusquement, il observa le roux, assis sur son lit, silencieux, le visage sombre, qui le fixait. Il était trop calme. Trop silencieux. Il était sérieux.

- En retenue…

- Et tu avais besoin de ta cape pour ça… ?

Se crispant, épuisé, le brun n'avait ni la force ni l'envie de se battre avec Ron. Pas ce soir.

- Non… Je suis sorti prendre l'air. Et quand je suis rentré, ma cape a glissé et je suis tombé droit sur Rusard et Ombrage…

- Pourquoi t'as loupé le repas… ?

- Pas faim.

Il avait mal. Il sentait sa peau brûler douloureusement alors que les tissus frottaient sur les plaies toutes fraîches.

- Malefoy te cherchait.

- Ah.

Il se sentit blêmir alors que les souvenirs de sa crise d'angoisse remontaient avec violence. Encore une fois. Il était trop fragilisé. C'était dangereux. Il sentait ses barrières mentales vaciller. Fermant les yeux il inspira profondément.

- Il t'a fait quelque chose…?

- Quoi ?

Fronçant les sourcils il se tourna vers le roux qui semblaient maintenant brûler de rage contenue.

- Est-ce que Malefoy t'as fait quelque chose que tu voulais pas…?

Se crispant entièrement à la formulation employée par le roux, Harry trembla un peu sous la panique. Qu'est-ce qu'il savait…?

- Non.

- T'es sûr…?

- Ouais Ron je suis sûr ! Arrête de me poser des questions !

- Ouais… Si tu le dis

Il le vit se lever et lui jeter un regard inquisiteur.

- Je vais prévenir Hermione que t'es vivant. La prochaine fois que tu veux disparaître préviens. On t'a cherché un bon moment. ….

Harry se retint de tout commentaire sarcastique sur leur subit besoin de s'occuper de lui alors que chaque été, ils le laissaient subir les coups et les viols. Hypocrites.

Ron sortit du dortoir sans ajouter un mot et le brun en profita pour filer à la salle de bain. Fermant à clé derrière lui, il remonta lentement la manche sur son bras et soupira. Ouvrant son petit casier personnel, il en sortit une boite en fer. Deux ans qu'il ne l'avait pas ouverte.

Soulevant le couvercle cabossé, il fouilla dedans. Et après avoir passé sous l'eau son avant-bras suintant de sang, il banda soigneusement sa plaie. Avec un peu de chance, elle guérirait vite.

Du moins assez vite pour que ni Snape, ni Draco ne s'en rendent compte.


Snape surveillait la porte de la grande salle depuis un bon quart d'heure. Si son pupille n'apparaissait pas au petit-déjeuner, cette fois il irait lui-même le chercher et peu importe la discrétion.

Deux jours qu'il ne l'avait pas vu venir manger. Quand il avait été interroger discrètement les elfes de maison, il avait été soulagé de savoir que Dobby avait plusieurs fois apporté des sandwichs au brun. Mais c'était intolérable. Il avait demandé un compte rendu exact de ce qui lui avait été donné et c'était insuffisant.

Le regard sombre, il ne bougeait pas. Tasse de thé en main, il clignait à peine des yeux. Il ignora les questions de Minerva et Dumbledore et fusillait des yeux tout élève faisant un tant soit peu trop de bruit à son goût. Il était de mauvaise humeur. Et quiconque le provoquerait s'exposerait à de fâcheuses conséquences.

Brusquement, il vit une tête rousse apparaître, suivie de l'éternelle tignasse de Miss Granger. Plissant les yeux il allait craquer et se lever quand il vit Harry suivre.

Merlin. Il avait les yeux rougis et les cheveux en bataille. Mains dans les poches, il se traînait de mauvaise grâce derrière ceux de sa main pour venir s'affaler sur sa table. Granger sembla lui faire la leçon, poussant devant lui une assiette de toast. Il l'ignora.

Weasley lui donna un coup dans les côtés et posa sous son nez une tasse de thé ? Café ? Peu importait. Le brun lança un regard colérique à son ancien ami avant de prendre brusquement la tasse et d'en boire une gorgée.

Il évitait de regarder dans sa direction. En réalité, il évitait de regarder autre chose que ses mains. Il semblait mal à l'aise. Pressé de partir. Sous tension. Et brusquement Snape se crispa. Il se leva si vite que sa chaise manqua se renverser. Il se rappelait parfaitement à quoi ressemblait Potter là, tout de suite. A un animal acculé. Pris au piège, cherchant à fuir.

Fendant la foule des élèves qui se figeait sur son passage, il se dirigea droit sur la table des Gryffondors qui pâlirent à l'unisson en voyant le Maître des potions fondre dans sa direction tel un oiseau de mauvais augure.

Ron devint tout pâle quand il le vit surgir derrière Hermione et il lâcha le toast plein de confiture qu'il tenait.

- Monsieur Potter…

Harry, tendu, ne releva pas le visage.

- Oui Monsieur…?

- Venez dans mon bureau après le petit-déjeuner. Je dois vous parler de votre dernier devoir et de son niveau lamentable.

Il ne mentait pas. La veille il lui avait rendu un devoir perclus de fautes et de non-sens. Comme s'il n'avait jamais étudié quoique ce soit. Alors que c'était faux. Il avait lui-même veiller à aider le survivant à combler ses lacunes en potion ces dernières années.

Il vit ses épaules se tendre doucement avant de hocher la tête.

- Bien Monsieur.

Son pupille lui cachait quelque chose. C'était une évidence. Seulement, allez savoir quoi. Se tournant avec brusquerie, il posa ses yeux noirs sur son filleul qui les observait avec l'air contrarié. Celui-là. Il devait probablement y être lié de près ou de loin.

Faisant voltiger ses capes dans un demi-tour plein de menace, il traversa d'un pas rapide la grande salle, manquant bousculer Ombrage qui arrivait. Il ne s'excusa pas. Lui lançant un regard contenant toute la force de son mépris, il réussit à la faire reculer de plusieurs pas et balbutier alors qu'elle était écrasée par l'aura glacial du Maître des potions.

Une fois le chemin libéré, il s'avança rapidement. Il allait rejoindre son bureau et attendre cet enfant qui lui compliquait tant la vie.


Draco avait noté toute la scène. Comme tous les étudiants présents d'ailleurs. Sans parler des Professeurs. Si Snape était d'humeur massacrante déjà depuis plusieurs semaines, il semblait avoir atteint l'apogée de la noirceur. D'ailleurs, Ombrage avait enfin eu un peu de sens de la conservation et s'était promptement écartée du chemin de l'Ex-Mangemort.

A ce moment-là, personne n'aurait été surpris de voir Snape achever la femme rose d'un sort radical. Et probablement que personne n'aurait été très attristé. Tournant les yeux vers la cible de cette prétendue petite scène tragique, il nota l'air angoissé du Survivant.

C'était discret. Cela se manifestait par une attitude, une manière de se tenir à table. Une crispation de ses trapèzes. Une respiration légèrement accentuée. Parce que son visage ne semblait rien exprimer. Il avait posé son menton dans la paume de sa main et fixait le vide, ignorant les Gryffondors autour de lui.

Finalement, il se leva. Enfonça ses mains dans ses poches après avoir repoussé une mèche de cheveux, il ricana. Il jeta une réplique apparemment sarcastique au duo qui le suivait partout et enjamba le banc de bois pour quitter la table. Il avançait lentement. Il semblait réfléchir à toute allure.

Potter, depuis leur dernière petite entrevue, avait soigneusement évité de se retrouver seul avec lui. Soigneusement évité son regard ou de s'approcher trop près. Il avait, semble-t-il, adopté la technique du "il ne s'est jamais rien passé" et cela agaçait royalement Draco.

Il lui parlait comme d'habitude. Mais il avait érigé un mur invisible entre eux. Il le rejoignait dans la salle sur demande mais maintenait la conversation tournée vers leurs missions respectives.

Potter l'évitait.

Et puis il y avait eu ces heures durant lesquelles il avait mystérieusement disparu pour rentrer à 23h selon Granger. Ron l'avait brusquement retrouvé au dortoir, où il lui avait raconté une histoire à dormir debout de retenue avec Ombrage.

Il leur mentait. Potter s'était brusquement refermé sur lui-même.


Quand l'adolescent franchit le seuil de son bureau après avoir frappé deux fois, il sut immédiatement que son instinct ne l'avait pas trompé.

Il se tenait à l'écart, méfiant. Il semblait vérifier que la porte par laquelle il était entré ne disparaissait pas brusquement. Il se pensait certainement discret mais Snape l'avait suffisamment observé ces deux dernières années pour savoir comment le survivant se comportait de manière générale.

Il s'était trop souvent inquiété de son état mental pour que ce genre de petit détail ne passe inaperçu. Sa respiration. La contracture de ses épaules. Sa manière de constamment fixer les issus de secours.

- Vous vouliez me voir professeur…?

Levant sa baguette, il jeta un sort de silence. Personne n'entendrait de l'extérieur ce qu'il se passait dans la salle de classe.

- Harry. Il me semble que nous avions un accord. Manger correctement, à savoir, minimum 3 fois par jour, chaque jour.

Il vit le jeune homme détourner le regard avant d'enfoncer un peu plus ses mains dans ses poches.

- Oui… désolé.. J'ai fait beaucoup de recherches et du coup j'ai demandé à Dobby de m'apporter à manger…

- Pas en quantité suffisante. Et pas la peine de me mentir. J'ai été lui demander en personne.

Harry se crispa alors qu'il se rendait compte que son Tuteur l'espionnait avant de brusquement se raisonner. Il ne l'espionnait pas. Il tentait de prendre soin de lui. Snape avait toujours été de son côté… Il n'avait jamais outrepassé ses droits et envahi sa vie privée. Et pourtant il aurait pu à de nombreuses reprises. Il lui avait fait confiance. Lui avait laissé le choix sur de nombreux sujets. Il l'avait même encouragé. Aidé. Grimaçant un peu il soupira.

- Désolé…

- Être désolé ne me suffit pas. Il s'agit de manger correctement. Tu as maigri.

Face au silence du jeune homme, Snape se laissa aller dans sa chaise, derrière son bureau, croisant doucement les mains alors qu'il posait un regard scrutateur sur Harry.

- Est-ce que quelque chose s'est passé… ? Tes barrières mentales ?

Fronçant d'abord les sourcils d'un air inquiet, il secoua finalement la tête.

- Non… Je m'entraîne toujours alors ça va…

- Alors pourrais-tu m'expliquer ce qu'il se passe…? Tu maigris. Tu sembles fatigué et je ne parle même pas de tes notes qui sont en chute libre…

- Je…

Il se passa une main dans les cheveux alors que pour la première fois en deux ans, il reprenait ses habitudes de demi-mensonge.

- Dumbledore...euh le professeur Dumbledore m'a donné plusieurs livres concernant les Horcruxes… J'ai quasiment tout lu ces derniers jours.

Snape était au courant effectivement. Le directeur l'avait informé il y a quelques jours qu'il avait mis la main sur ces parchemins et qu'il les avait donnés à Harry pour qu'il en apprenne un maximum. Seulement, il avait l'impression que tout cela n'était pas...complet.

- Et la chute de tes résultats scolaires… ?

Le jeune homme grommela alors qu'il détournait les yeux lentement.

- Ombrage n'arrête pas de me mettre des mauvaises notes… Et.. les recherches plus encore celles pour aider Draco prennent beaucoup de temps…

Il n'était pas convaincu...mais en même temps, les arguments étaient plausibles. Il savait que lui et le Serpentard se retrouvaient souvent à la salle sur demande et que leurs recherches avançaient lentement à propos de l'Armoire. Mais quelque chose le gênait.

- Je vois….

Sa voix reflétait parfaitement ce qu'il pensait. Les yeux plissés, il fixait Harry en silence, le mettant mal à l'aise.

- Te laisser retourner dans le dortoir était une erreur…

Il le vit se crisper alors que son visage s'assombrissait.

- Je croyais qu'on avait pas le choix de toute manière…?

- Effectivement. Pas si tu souhaites toujours que ta tutelle et les raisons de son changement ne restent secrets… Il n'empêche qu'il me semble évident que cela ne te convient pas.

- … C'est mieux que de laisser la vérité éclater.

La voix était faible. La peur semblait parcourir le survivant alors qu'il était devenu tout pâle… Était-ce la raison pour laquelle il semblait partir à la dérive ces derniers temps…? Avait-il la crainte de voir son secret révélé au grand jour…?

- Et cela n'arrivera pas. Mais permets-moi de te rappeler que ce n'est pas parce que tu n'habites plus à la maison que je vais te laisser te comportement comme un sauvage. J'exige donc que tu manges correctement et que tu me remontes tes notes.

Harry hocha doucement la tête. Au fond, c'était une petite parcelle de réconfort. Il retrouvait son tuteur. Celui qui l'avait accueilli. Rassuré. Aidé. Celui qui lui avait donné cette "maison" qu'il évoquait.

- Autre chose. Je te demanderai également de réguler ton sommeil. Il est hors de question que tu te présentes en cours épuisé et incapable de suivre.

- Oui Monsieur.

- Bien. Parfait. Maintenant déguerpis.

Le survivant lui offrit un bref sourire. A peine son fantôme à vrai dire. Une espèce de grimace vaguement amusée alors qu'il franchissait la porte du bureau. Mais il avait eu comme l'impression qu'en instant il n'obtiendrait rien de bon. Qu'il l'aurait poussé à s'éloigner encore de lui.

Quelque chose clochait.


Alors qu'il sortait du bureau, il grimaça brusquement. Ça c'était mieux passé que prévu. Et pourtant il se sentait si mal. Plus bas que terre. Il se détestait de lui mentir à lui… Il se détestait de ne pas avoir le courage de lui montrer. De lui parler. De tout lâcher. Il avait pourtant hésité… Il avait voulu et les mots s'étaient coincés dans sa gorge. Pitoyable.

Il avait senti sa gorge s'étrangler doucement alors que Snape lui parlait de Maison… Il ne pouvait pas lui faire voir. Il ne pouvait pas prendre le risque de le voir se confronter à Ombrage et subir le retour de flammes…

Il ne pouvait pas le mettre en danger. Il devait le garder près de lui. Il ne devait pas être renvoyé ou encore suspendu à cause de lui… Il était un de ses points d'ancrage… Alors il avait gardé le silence.

Mais au fond, une petite voix lui hurlait qu'il était stupide. Qu'il aurait mieux fait de tout raconter. Combien de fois Snape lui avait-il répété de ne pas le protéger… Que c'était le rôle de l'adulte… ?

Mais… la réalité...c'est qu'il avait honte. Honte de ce qui était écrit sur son bras. Honte de cette nouvelle cicatrice. Honte de ce que cela laissait suggérer sur lui. Grimaçant, il quitta rapidement les cachots.

Ce matin, au réveil, il avait été dérangé par Ron dans la salle de bain et n'avait pas eu le temps de s'occuper de son bras… Et alors qu'il se dirigeait vers le bureau de son tuteur, il avait senti l'humidité infiltrer le coton noir de son pull d'uniforme.

Montant rapidement les escaliers, il ne croisa presque personne, les étudiants encore en train de prendre leur petit déjeuner. Bifurquant au troisième, il prit la direction des toilettes des filles.

Il savait que personne n'y allait jamais. A cause de Mimi Geignarde mais également de l'entrée de la Chambre des Secrets. Poussant doucement la porte, il entra.

Personne. Parfait. Il s'approcha des éviers et ouvrit l'eau dans un mince filet. Remontant la manche de son pull il grimaça alors qu'il notait le sang sur le bandage de fortune. Déroulant la bande, il lui jeta rapidement un sortilège de nettoyage avant d'observer sa plaie.

Son avant-bras était couvert de sang séché. Les mots étaient clairement lisibles sous les agrégats plaquettaires. Autour, la peau était boursouflée et enflammée. Il soupira et doucement, mis le bras sous l'eau, nettoyant comme il le pouvait en frottant avec douceur de ses doigts. Petit à petit, le sang disparut, teintant la porcelaine de l'évier de rose.

Contemplant maintenant la phrase inscrite là, il frissonna.

- Qui t'as fait ça Harry !

Il sursauta violemment avant de se tourner, les yeux écarquillés. Mimi flottait à quelques pas de là, le visage reflétant le choc, ses yeux ronds alors qu'elle dévisageait son bras.

- Chuuut Mimi ! Je t'en prie ! Moins fort !

- Mais Harry !

Il sentit la panique l'envahir alors qu'il l'imaginait sortir de là et s'égosiller dans toute l'école que le Survivant avait été marqué… Qu'il saignait et que sur son bras était noté… Non.

- Non ! S'il te plaît, n'en parle à personne ! J'aurais de gros ennuis sinon !

- ….A mon avis, c'est la personne qui a fait ça qui aura des ennuis…

Sa voix s'étranglant sur les mots, il couvrit prestement son avant-bras de son autre main, cachant la vue de celui-ci au fantôme trop curieux.

- Non ! Écoute Mimi… J'ai besoin que tu gardes ce secret pour moi d'accord….? Je t'en prie…

Pariant sur l'humeur versatile du fantôme, Harry posa son regard vert sur elle, cherchant à l'amadouer. Elle le fixait, semblant hésiter.

- C'est mal Harry… Ce qui a été fait…

- Je sais… Mais c'est pas encore le moment de le dire…

- Cette personne le paiera…?

- Sûrement…

Si jamais cette histoire venait à ressortir au grand jour, oui, elle paierait. Il était à peu près sûr que son tuteur ne laisserait jamais ce genre de chose passer sans que sa vengeance ne soit le centuple de ce qu'il lui avait été infligé dans ce bureau rose bonbon.

- Annnh j'adore les histoires de vengeances ! Tu me diras qui c'est en premier ? Je pourrai peut-être hanter cette personne ?

- O..oui bien sûr… je t'en parlerai… Alors...tu promets ?

- mmm Okay ! Je ne dirai rien… Mais, tu me devras une faveur Harry Potter.

- D'accord. Marché conclu…

Il la vit pousser une sorte de cri de joie aigu avant qu'elle ne plonge dans les toilettes, inondant immédiatement les alentours. Se crispant, le cœur battant la chamade, la nausée l'envahissant à cause du stress, il refit rapidement son bandage après avoir inspecté la plaie et vérifié qu'il n'y avait pas d'infection et sortit en vitesse des toilettes.

- Potter….? Qu'est-ce que tu faisais dans les toilettes des filles…?

Harry se crispa alors qu'il tombait nez à nez avec Zabini et Nott. Tous deux le fixaient étrangement alors qu'il reculait d'un pas.

- Question à Mimi Geignarde…

- Ah… vraiment.

Nott, les yeux plissés, le fixait. Il détestait quand il faisait ça. Comme Hermione, il donnait l'impression de connaître tous vos petits secrets. Merlin. Zabini quant à lui avait croisé les bras sur son torse et avait un sourcil haussé.

- Draco est vraiment de mauvaise humeur ces derniers jours…

- Et… ?

- Et tu saurais pas ce qu'il se passe... ?

- Qu'est-ce que j'en sais Zabini… ?

Le métis ricana alors que Theodor reprenait la parole.

- C'est toi le plus proche de lui dans l'école alors ça semble logique de te poser la question.

Brusquement, le survivant se rembrunit, son visage se métamorphosant. Il toisa les deux étudiants de Serpentard et se crispa, répondant froidement, sa voix coupante.

- Draco et moi ne sommes pas obligés d'être collés à chaque seconde de la journée. Vous voulez savoir ce qu'il se passe, coltinez-vous sa mauvaise humeur et allez lui demander comme des grands.

Et il les planta là. Se glissant parmi les élèves qui commençaient à envahir le couloir et discutaient joyeusement, créant une cacophonie ponctuée de rires.

- Collés à chaque seconde hein…

Zabini sursauta. Nott soupira. Draco se tenait derrière eux, bras croisés sur le torse, plissant les yeux lentement.

- Merlin ! Draco ! Ça va pas d'apparaître comme ça ?

- Tu as tout entendu… ?

- Oui.

- Potter agit étrangement ces derniers jours.

- C'est un euphémisme Zabini.

Et il devenait de plus en plus évident pour Draco que quelque chose était arrivé au Sauveur du Monde Sorcier.